11 mai 2016

Un référendum contre la nouvelle loi sur l'asile, pourquoi faire?

Le 5 juin le peuple votera sur le référendum contre la révision de la loi sur l'asile - et approuvera vraisemblablement la nouvelle loi, selon ce qu'indiquent les sondages.

Il faut dire que l'absence de campagne digne de ce nom n'aide pas les adversaires de la révision. Sur ce dossier, l'UDC, à l'origine du référendum, semble retenir ses coups ; échaudée par son échec cinglant sur le renvoi effectif des criminels étrangers, elle souhaite sans doute réserver ses moyens - qui ne sont pas infinis, n'en déplaise à ses contempteurs - pour des combats plus importants, comme la soumission de la Suisse à l'Union Européenne à travers un accord "institutionnel".

asile,prise de position,votation du 5 juin 2016Résultat, le grand public est laissé dans l'incertitude. Les éditorialistes salivent d'impatience devant une défaite annoncée. Ils affûtent leur plume dans l'anticipation d'une nouvelle déconvenue de cette UDC honnie, qui semble cette fois-ci avoir carrément déserté le champ de bataille. Les absents ont toujours tort ; le terrain médiatique est entièrement abandonné aux partisans de la nouvelle loi. Il suffit de lire un article du Matin - présentant le sujet "en un clin d’œil", alors qu'il façonnera l'avenir du peuple suisse pendant les prochaines décennies - pour avoir l'impression que l'UDC s'oppose par pur esprit de contradiction, voire, selon les plus vicieux, pour "saboter" une réforme qui résoudrait pour de bon son thème de prédilection... Si seulement!

Sur le principe, pourquoi rejeter la nouvelle loi? Réunir tous les acteurs de l'asile dans de grands centres fédéraux afin d'être plus efficace semble couler de source. De même que le raccourcissement des procédures, qui pourrait être contre? On annonce même une économie de moyens, c'est merveilleux!

Évidemment, tout cela n'est qu'illusion. La loi ne peut pas garantir la vitesse de traitement des demandes, et si elle tentait de le faire, vous pourriez être sûr que l'échec de l'administration à tenir ses délais serait au bénéfice des demandeurs.

Le coût de l'ensemble est encore plus invraisemblable. Non seulement le Conseil Fédéral s'est fait totalement dépasser par le phénomène continental du nouveau tourisme de l'assistanat social sous couvert d'asile, mais les chiffres sur lesquels il fait reposer ses calculs sont grossièrement sous-évalués. Il tablait sur 24'000 demandes d'asile par année ; la Suisse en a reçu 40'000 en 2015 et s'attend à en recevoir 60'000 pour 2016. Et nul n'en voit la fin.

Bien sûr, les coûts prendront l'ascenseur ; chacun le sait, mais pendant la campagne, c'est silence radio. Les centres d'accueils fédéraux, devant recevoir chacun 5'000 demandeurs, vont pousser comme des champignons dans toute la Suisse, ne serait-ce que pour gérer l'afflux. Car l'objectif d'un raccourcissement des délais est sans doute l'argument le plus mensonger de tous. Il faut être un escroc de premier ordre pour clamer sans sourciller que les procédures seront plus rapides "si les requérants acceptent des décisions négatives sans faire recours" alors même que la Confédération leur fournira des conseils et une protection juridique gratuite précisément pour leur expliquer leurs voies de recours...

Les "avocats gratuits" dont disposeront les requérants d'asile les mettra encore une fois en situation privilégiée par rapport à l'autochtone qui doit payer sa défense rubis sur l'ongle à la moindre incartade devant les tribunaux. L'UDC s'oppose également à la terrifiante dérive de l'administration fédérale qui s'arrogera pour l'occasion un véritable privilège d'expropriation, en violation des droits humains fondamentaux - une "avancée" qui fait saliver nombre d'élus de tous niveaux, et dont on devine qu'elle sera immanquablement étendue à d'autres domaines dans les années qui viennent.

Bref, la nouvelle loi sur l'asile est une coquille aussi vide que mensongère sur les sujets qu'elle prétend résoudre. Comment s'en étonner alors qu'elle émane des services de Mme Sommaruga dont la position pro-immigration n'est plus à démontrer?

Les discussions sur les effets de la nouvelle loi sur l'asile ne doivent pas faire oublier le cadre du phénomène global dans lequel elle s'inscrit: l'attractivité des pays d'Europe pour des hordes déferlantes d'Afrique, du Moyen-Orient et même au-delà. Le flot d'immigrant n'a, de loin, pas été endigué. Comprenant qu'il en va de leur survie, les pays exposés violent sciemment les Accords de Dublin, rejettent la tutelle de l'Union Européenne, rendent plus difficile le détournement de l'asile à des fins économiques, réinstaurent des contrôles et - crime parmi les crimes - finissent par admettre que les gens qui se pressent à leurs frontières ne sont absolument pas des réfugiés en danger de mort.

Avec enthousiasme, la Suisse va totalement à contre-courant. Elle rejette toute idée de surveillance de son territoire. Elle ne ménage pas ses efforts pour accueillir toute la misère du monde - littéralement. Jusque chez le particulier.

J'avais coutume de le dire mais je ne plaisante qu'à moitié: pour résoudre les problèmes de logement, de pauvreté, de santé en Suisse, il suffit de distribuer des passeports syriens. Là, on s'occupera de vous - comme jamais.

Oublieuse de ses faibles, de ses pauvres, de ses aînés et pour tout dire de toute sa population, la Suisse de 2016 définit les demandeurs d'asile comme les nouveaux Übermenschen légaux, le nouveau peuple élu. Ils ont droit au gîte, au couvert, au ménage, aux cours, aux soins médicaux et dentaires, aux distractions, à des smartphones dernier cri et maintenant aux avocats - le tout gratuitement, c'est-à-dire payé par des contribuables qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts.

L'approbation de la réforme de la loi sur l'asile par le peuple suisse représentera une sorte de consécration dans cette trajectoire de suicide collectif. Les générations futures la paieront chèrement. Mais qu'importent des lendemains de chaos face à la perspective d'infliger une défaite politique à la vilaine UDC!

02 août 2015

L'asile, à en devenir fou

Nous n'en sommes qu'au début de l'année et l'Allemagne a déjà reçu plus de 300'000 demandes d'asile - contre 200'000 pour l'ensemble de l'année 2014. Le site d'Eurotunnel à Calais est devenu le centre d'une polémique alors que la société doit faire face à plusieurs centaines de tentatives d'intrusion chaque nuit - avec parfois des morts. L'immigration est la première préoccupation des Européens.

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Et en Suisse? Rien du tout. Dans le petit pays au centre de l'Europe, on célèbre le premier août comme il se doit - l'occasion de faire un peu la fête sans se préoccuper du lendemain.

Ce n'est pas que les gens soient moins inquiets, au contraire, mais simplement l'effet d'une situation où la caste médiatico-politique s'oppose frontalement aux citoyens. On a passé le stade où il suffisait de nier le problème ; désormais, on l'embrasse carrément, prenant fait et cause pour les envahisseurs. Le peuple n'est plus ignoré, il est ouvertement ridiculisé et méprisé.

La conseillère fédérale Simmonetta Sommaruga représente une espèce de monument historique vivant dans la catégorie pourtant disputée du déni de réalité. Son discours du premier août est ainsi un modèle du genre. Son éloge de la démocratie directe est-elle une oraison funèbre? Il est vrai qu'elle en est le premier fossoyeur, refusant obstinément de mettre en place des initiatives votées par le peuple comme le renvoi des criminels étrangers ou le refus de l'immigration de masse. Mais la Suisse, qui pèse un bon 0.95% de l'économie mondiale, se doit de devenir, à coup de taxes bien entendu, le fer de lance de la lutte contre le prétendu réchauffement climatique anthropique...

Pendant ce temps, les immigrés clandestins s'accumulent. Partout. Il faut ouvrir des centres de protection civile, des structures d'accueil, nourrir, loger, blanchir, distraire en distribuant de l'argent de poche. L’État pourvoie à tout, récoltant les ressources nécessaires sur le dos des contribuables. Il faut bien payer les smartphones avec un crédit de communication (pas compris dans le forfait payé aux mafias pour parvenir sur le continent semble-t-il) pour rester avec les cousins et oncles restés au pays ou déjà en route. Et surtout, surtout, il faut entretenir l'industrie florissante de l'asile - ses conseillers administratifs, ses traducteurs, ses travailleurs sociaux, ses magasiniers, fourreurs, nettoyeurs, comptables, sous-directeurs, animateurs, cuistots, fournisseurs et tutti quanti. Un secteur public pléthorique et en forte croissance, œuvrant sans relâche à surcharger jusqu'à la détruire la société hôte.

Le terme d'immigré clandestin est probablement galvaudé vis-à-vis de gens aussi plaisamment accueillis malgré leur mépris ouvertement affiché de toutes les lois sur l'accès d'un individu à un territoire donné - le viol des lois sur l'asile authentique n'étant que la première d'une longue liste d'infractions. Il n'y a jamais eu moins clandestin que ces gens s'invitant au vu et au su de tous. Le terme de "migrant", tournure de voix passive et fataliste particulièrement prisée de la classe médiatique, n'est pas moins mensongère ; elle laisse croire que rien ne peut être fait et que tout cet épisode a un parfum de transitoire. Or, le migrant n'a absolument pas vocation à migrer, au contraire, il vise l'installation définitive et une vie confortable aux dépens du pays qui l'accueille.

Malheureux migrants! En Suisse, on travaille à leur fournir une liste infinie d'excuses. Lorsque ce n'est pas la RTS qui nous livre sa "série de reportages de l'été" sur ces braves gens c'est au tour de la presse écrite de nous expliquer que la vie dans les abris de la protection civile n'est pas tenable. Ailleurs, en guise d'intolérable ils sont passés à la vitesse supérieure ; l'Italie nous donne ainsi l'exemple d'une manifestation pour avoir de meilleurs logements et de meilleurs habits, ou d'une autre parce que la température des douches et des bains n'est pas à leur goût. Ils joignent le geste à la parole ; lorsque les habits gracieusement fournis ne sont pas assez à la mode, ils les jettent. Mais vous ne verrez pas ces reportages dans les médias mainstream.

Question: avec leur nombre croissant, leurs revendications et leur manière de les exprimer vont-elles se calmer, ou au contraire s'aggraver?

Le délire érigé en politique

Tous pays confondus, la plupart des idéologies politiques sont complices de cette triste situation.

L'extrême gauche internationaliste, politiquement dérisoire mais idéologiquement dominante, a toujours vu ces nouveaux damnés de la terre comme un excellent moyen de mettre à genoux la bourgeoise société d'accueil qui les recevait. Les troubles civils consécutifs à une surcharge de population allogène revendicative, alliés à l'explosion des coûts de la paix sociale, font le terreau de bonnes guerres civiles.

Les grands frères fréquentables socialistes voient quant à eux une excellente façon de punir leur électorat traditionnel des classes populaires qui a eu le malheur de se tourner vers d'autres formations politiques. Quel meilleur moyen de créer une nouvelle population de working poors qu'en mettant en concurrence les employés locaux les plus modestes avec des candidats littéralement issus du monde entier? En outre, l'appauvrissement généralisé est une excellente justification pour une politique fiscale encore plus punitive. S'ajoute enfin la pléthore d'emplois de fonctionnaires qu'implique la gestion de ce lumpenproletariat d'importation et la boucle est bouclée - les socialistes sont gagnants sur tous les tableaux. Nulle surprise donc qu'un Christian Levrat y aille de son couplet en Suisse. Lorsqu'il clame que "le système fonctionne" parce que "nous accueillons des milliers de personnes", il ne fait pas forcément référence à l'intérêt général!

Au centre, diverses formations mineures d'obédience chrétienne, sur le papier tout au moins, font acte de myopie sélective en promettant accueil et soutien à des immigrés dans leur écrasante majorité musulmans, qui les méprisent et ont parfois été responsables d'exactions anti-chrétiennes dans leur propre pays d'origine. Cette contradiction n'est rien d'autre que les reflets de la posture merveilleusement incarnée par le Vatican qui culpabilise le monde entier à tour de bras sans accueillir lui-même le moindre réfugié.

L'aile économique n'est pas en reste: ouvrir les frontières c'est embaucher les meilleurs talents au meilleur prix ; les effets négatifs lié aux coûts sociaux du regroupement familial ou de la criminalité s'inscrivent dans une autre logique puisqu'ils concernent la société entière et seront payés par elle et non par le simple employeur. On retrouve donc l'équation si profitable de la privatisation des profits et de la collectivisation des pertes chère à certains grands comptables du secteur privé. La question de l'asile ne s'inscrit pas directement ce cadre pour les emplois les plus évolués mais trouve néanmoins sa place dans une stratégie pro-immigration assumée. Tous ces nouveaux miséreux sont autant de bouches à nourrir, de couvertures à fournir, de services à facturer...

Certains libéraux enfin s'aveuglent volontairement en ne voyant en chaque migrant qu'une ressource bienveillante, prête à travailler courageusement pour rembourser sa dette à sa société d'accueil dès qu'on lui en donnera l'occasion. Et si d'aventure il ne le fait pas c'est probablement à cause du vil système de redistribution étatique, sans comprendre que c'est à cause de celui-ci qu'il a entamé le voyage et qu'il deviendra de la plus extrême violence si on le force à y renoncer! Arc-boutés dans une perception rousseauiste du bon sauvage en totale contradiction avec la nature humaine et les enseignements de l'actualité, ils donnent une nouvelle profondeur au concept de déni de réalité.

Non, l'idéologie ne fait pas bon ménage avec la horde de migrants qui déferle sur les côtes européennes et envahit ses gares et ses centre-ville. Ce défi soudain et immense, cette guerre civile qui ne dit pas son nom, façonnera brutalement le destin de notre continent dans un avenir proche. Et quel que soit le pays européen dans lequel vous vous trouvez, ne comptez pas sur vos élites locales pour mener la lutte - soit elles sont trop stupides pour y parvenir, soit elles sont corrompues au point d'avoir fait cause commune avec l'ennemi.

En Suisse, c'est objectivement le cas de 80% de la classe politique, et même la démocratie directe a ses limites lorsque les élus décident de n'en faire qu'à leur tête, nous présageant un avenir des plus sombres. Mais comme les électeurs portent toujours les mêmes personnes au pouvoir, c'est probablement qu'ils sont satisfaits.

Bon premier août.

22 juillet 2015

Revoir la logique de l'aide sociale

La petite ville d'Aarburg en Argovie a aujourd'hui les faveurs du Matin, qui n'hésite pas à parler de "controverse". Une élue UDC locale, chargée des œuvres sociales, veut en effet empêcher l'aide sociale d'être envoyée au pays d'origine des étrangers qui en bénéficient.

aide sociale,asile,Martina BircherOn s'en doute, pareille suggestion est un véritable crime contre la bien-pensance. Le postulat de l'élue - l'aide sociale est censée aider faciliter la vie de ses bénéficiaires en Suisse, et non pas aider la famille restée au pays - est ainsi présenté comme un credo. Quasiment mystique. Pourtant, l'explication est toute simple et totalement légale:

«Presque 45% des bénéficiaires de l'aide sociale sont des anciens requérants d'asile qui vivent maintenant de l'aide sociale», constate Martina Bircher. «Et on se rend compte que 40 à 60% de l'argent que nous versons retourne dans le pays d'origine. C’est contraire à la loi, on n'a pas le droit de détourner l'aide sociale», estime l'élue qui craint en outre que l'argent puisse financer des passeurs.


Craintes certainement infondées - après tout, selon un article de 20 minutes publié deux jours plus tôt, les demandes d'asile en Suisse n'ont augmenté que de 64 modeste pourcents par rapport au premier trimestre de cette année!

Mais l'Etat helvétique sait être accueillant avec la planète entière et généreux à souhait ; après tout, c'est l'argent des contribuables qui régale. Les robinets de l'aide sociale peuvent donc couler à flot. Ils coulent d'ailleurs si bien que nos anciens requérants d'asile passent à l'aide sociale, sautant avec maestria d'un filet social à un autre sans jamais cesser d'être à la charge de la collectivité. Habitués au modeste train de vie de leur pays d'origine, ils se retrouvent carrément avec un surplus d'argent. Et le renvoient.

Honnêtement, difficile de leur en vouloir. Après avoir payé leur écot à diverses mafias et franchi tant de frontières au mépris des lois pour atteindre un pays de cocagne, pas de raison de se montrer égoïste. Autant envoyer de l'argent à la famille pour que les nombreux frères, sœurs, cousins, oncles et tantes puissent en profiter aussi, soit en venant à leur tour, soit en utilisant cet argent sur place.

Seul problème, cette façon de faire n'a pas le moindre rapport avec les objectifs de l'aide sociale telle qu'ils ont été conçus.

Dans son projet pilote, Aarburg prévoit de verser l'aide sociale à certains bénéficiaires au travers de cartes de crédit dont le solde ne pourra être retiré en liquide, l'idée étant de faire en sorte que les sommes ne puissent quitter le pays (en tout cas, pas facilement) au travers des services de transfert d'argent liquide qui fleurissent un peu partout en Suisse précisément pour ces raisons.

La mesure "serait très contestée par les autorités cantonales ainsi que par la Conférence Suisse des institutions d'action sociale", explique la RTS. On aimerait toutefois entendre les arguments employés pour soutenir l'objection. Face à un tir de barrage manifeste de toutes les autorités supérieures contre la petite commune, le projet sera probablement assez vite retiré.

La démarche a quand même le mérite de soulever quelques questions.

  • L'aide sociale n'est-elle pas trop élevée? Si un individu touchant l'aide sociale parvient à en mettre 40 à 60% de côté, on conclut objectivement qu'il arrive à vivre avec le solde. Ce n'est donc plus de l'aide sociale mais bien du confort - même si évidemment en termes de train de vie "supportable" chacun verra midi à sa porte.
  • Est-ce un détournement? Selon la modification constitutionnelle sur le renvoi automatique des criminels étrangers, l'abus d'aide sociale est susceptible d'entraîner une expulsion. Or, il est évident que le transfert des fonds reçus à l'extérieur du pays, au bénéfice de tiers, n'est pas une utilisation conforme des prestations sociales.
  • Le mécanisme est-il encore pertinent? Tout versement direct d'argent au bénéficiaire est susceptible de générer des effets pervers de ce genre, et les cas sont de plus en plus fréquents. Les aides au logement sont englouties en alcool, les subventions pour la cantine des enfants servent à acheter de nouvelles jantes alliage à la voiture de sport de Monsieur, et l'aide sociale finit dans les réseaux de passeurs.

Avec tout le respect qui lui est dû, je ne pense pas que la solution adoptée par Mme Martina Bircher à Aarburg soit appropriée. Bien que ce soit un peu plus compliqué, il y aura certainement moyen de contourner la restriction du versement par cartes de crédit, ce qui impliquera plus de flicage, etc.

La meilleure solution serait peut-être dans un changement de paradigme.

Jeune, je vis ma mère apporter de l'aide à un clochard du quartier ; puant et recouvert de crasse, les ongles en deuil et la barbe luxuriante, il avait sonné chez nous dans l'espoir de récupérer des chaussures usées que mon père utilisait pour le jardin. Ma mère fut prise de pitié devant le pauvre hère et fit de son mieux pour lui apporter un peu de confort - lui confiant des chemises propres que mon père ne portait plus, un repas chaud, et tout ce que nous étions en mesure de lui offrir.

Mais pas d'argent, malgré plusieurs demandes en ce sens.

"Jamais d'argent", m'expliqua ma mère. "Si on leur donne de l'argent, ils iront se saouler." Il faut bien avouer que l'odeur d'alcool se sentait d'assez loin. "Ce n'est pas pour rien qu'ils sont devenus comme ça. On peut les aider, mais en leur donnant de l'argent on ne leur rend pas service."

Il y avait de la sagesse dans ce raisonnement. Appliqué à l'aide sociale, on peut se poser la question: pourquoi donner l'argent au bénéficiaire? Ne serait-il pas préférable d'offrir des prestations au bénéficiaire? Offrir des repas plutôt que de l'argent pour les repas, des vêtements plutôt que de l'argent pour les vêtements, le loyer plutôt que de l'argent pour payer (ou pas) le loyer?

L'objectif de l'aide sociale est-il de verser de l'argent et de vite fermer les yeux ou au contraire de s'assurer que les gens qui en bénéficient sont correctement nourris, vêtus et logés?

Cette réorientation de l'aide sociale permettrait un bien meilleur contrôle de la santé des bénéficiaires et rendrait sans objet la plupart des détournements actuels. Bien sûr, il y aurait des esprits chagrins pour reprocher un manque de respect à la personne, comme si être à la charge de la collectivité n'était déjà pas assez dégradant en soi... Mais à tout prendre, ne serait-ce pas là une excellente motivation supplémentaire pour regagner ce fameux respect en quittant l'aide sociale?

La vérité toute simple est que les prestations sociales ont pour but de suppléer à des situations de faiblesse ; elles n'ont pas vocation à être confortables, ni à être une rente à vie, et encore moins des sommes à disposition au bon vouloir du récipiendaire. Mais pour nos autorités, il est probablement plus commode de verser de l'argent et d'oublier le reste.

25 avril 2015

Réflexions iconoclastes sur l'asile

Ce mercredi le Matin nous conte l'histoire de Daouda et Diallo, deux requérants d'asile pour qui "rester voulait dire crever". L'article suit un consternant débat la veille sur Infrarouge sur la question des drames en Méditerranée en interrogeant: "tous coupables?" Au cas où vous en doutiez, la réponse est positive, naturellement, d'ailleurs elle a été donnée un peu plus tôt, le 21 avril, dans un éditorial de Cléa Favre au titre on ne peut plus limpide: "pourquoi nous sommes tous responsables des morts en mer".

L'offensive médiatique a la subtilité et l'opiniâtreté du rouleau-compresseur. Une déferlante idéologique qui fait écho à la déferlante humaine sur les côtes italiennes.

La fable imparfaite

La raison semble avoir déserté le débat ; il est temps de l'y ramener avec un peu d'esprit critique. S'il ne fallait qu'un exemple, prenons la fable des deux Guinéens fuyant la misère, si caractéristique du misérabilisme au nom duquel les autochtones européens devraient tout accepter, et démontons quelques articulations du récit.

"Rester voulait dire crever". La formule-choc est là pour marquer les esprits. Mais de quel enfer proviennent ces gens? De Guinée, apparemment. Le pays d'Afrique de l'Ouest est indépendant depuis 1958 et compte 11 millions d'habitants. Sa densité moyenne est de 45 habitants au kilomètre carré ; pour comparaison, la Suisse est à 204. L'épidémie d'Ebola dans la région fut certes dramatique, mais elle est terminée. Le pays n'est pour l'heure pas la proie d'une quelconque guerre civile. On imagine que l'environnement économique est moins prospère qu'en Europe (et encore, qui est allé voir comment vivent les Roumains ou les Polonais les plus pauvres?) mais n'exagérons rien, les millions d'habitants restés sur place ne sont pas condamnés à mourir de faim dans le dénuement.

Premier mensonge donc: non, rester ne veut pas dire crever.

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Le marché de Madina, à Conakry, illustration terrifiante de l'enfer guinéen

Voyage de riches. Selon la légende éprouvée, les deux requérants se présentent comme des individus risquant héroïquement leur existence pour une vie meilleure... Mais ils étaient déjà aisés en regard de leur pays, et de beaucoup. Ils affirment avoir payé leur traversée 800 euros, soit 860 dollars. D'autres témoignages font état de tarifs divers allant de 600 à 1500 euros. Ce ne sont pas les seuls frais du voyage ; selon la RTS - qu'on pourra difficilement accuser de propagande anti-réfugiés - et les informations glanées sur le démantèlement d'un réseau de passeurs, l'ensemble du trajet "porte à porte" entre l'Afrique et une social-démocratie européenne revient à environ 7'200 dollars par personne.

En venant de Guinée, Daouda et Diallo ont peut-être payé moins que des immigrés clandestins du Yémen ; mais même en prenant pour hypothèse la moitié de ce montant, soit 3'600 dollars chacun, ce sont des hommes riches. Le revenu mensuel moyen par habitant en Guinée s'élève à 38 dollars, soit 460 dollars par an. Leur voyage aura donc coûté presque huit ans de salaire annuel moyen.

Deuxième mensonge donc: le voyage n'est pas fait par des miséreux. Les gens pauvres n'ont pas les moyens de se payer les services des passeurs.

Les meilleurs qui s'en vont. L'énorme somme d'argent réunie par nos deux immigrés pour venir en Europe aura intégralement servi à remplir les poches de passeurs, esclavagistes des temps modernes. En Guinée, cette somme aurait largement pu suffire à rassembler le capital d'une petite entreprise, des locaux et des machines-outils par exemple, et à payer les salaires des premiers employés.

Comme une proportion écrasante des immigrés économiques, Daouda et Diallo sont jeunes, dynamiques, en bonne santé, débrouillards, et même courageux. N'en déplaise à leurs détracteurs, il faut des tripes pour oser se lancer à l'assaut de l'Europe. Pour de nombreux jeunes candidats au voyage, c'est la première aventure de leur existence.

On comprend donc le drame des populations dont ils sont issus: l'immigration leur fait perdre les individus les plus capables, les plus prometteurs, les plus talentueux, en un mot leurs forces vives. Ironie du sort qui fait venir en Europe les gens qui seraient les plus à même de sortir l'Afrique de la misère...

Troisième mensonge donc: les candidats à l'Europe ne sont de loin pas des individus sans importance dans leur société d'origine.

Réfugiés de guerre. Si nos Guinéens ne prétendent pas fuir la guerre, l'antienne est si banale que nous devons nous y frotter. Le mythe du réfugié de guerre est abondamment répété par les médias mais les images les contredisent sans cesse: ce sont des noirs d'Afrique qui débarquent par navires entiers, pas des Syriens. L'abondance d'hommes jeunes par rapport aux femmes, enfants et familles contredit elle aussi l'hypothèse de civils fuyant un conflit.

Considérons l'Ukraine, un pays européen en proie depuis plus d'un an à une guerre civile. Les chiffres de l'ONU affirment que celle-ci a provoqué plus de 5000 victimes. Si pareil conflit était survenu en Afrique ou au Moyen-Orient, d'après les explications habituelles de nos éditorialistes, toute la population locale chercherait asile en Europe pour échapper aux violences et nous aurions l'obligation morale de les accueillir. Mais alors, selon cette logique, où sont les Ukrainiens? Où sont les colonnes de réfugiés venus de Donetsk ou même de Kiev? Où sont ces milliers de pauvres hères inondant les services diplomatiques occidentaux de demandes d'asile? Alors qu'ils n'ont même pas à traverser la Méditerranée sur une coquille de noix!

Les hordes de réfugiés ukrainiens brillent par leur absence. Malgré un conflit dur et un hiver rude, les Ukrainiens ne se sont pas déplacés. La crise du Donbass nous enseigne que les populations malmenées restent tout bêtement chez elles quand elles le peuvent, terrées dans leurs habitations ; si elles doivent partir, elles vont chez des proches moins menacés ou encore dans des zones calmes du même pays, car il est rare qu'il soit tout entier embrasé par la guerre.

Lors de la crise libyenne, les Libyens fuirent en Tunisie et en Égypte. Même dans le cas de la Syrie, le schéma est identique: les civils syriens fuient en Jordanie, en Turquie et au Liban. Parmi tous les immigrés économiques qui mentent sur leur pays d'origine, il y a certainement quelques individus sincères qui ont fui une zone de guerre authentique, mais en allant jusqu'en Europe ils cherchent bien autre chose qu'échapper à la mort - ce premier objectif de survie ayant été atteint bien longtemps auparavant, simplement en traversant une frontière.

Quatrième mensonge donc: pour fuir la guerre, nul besoin d'aller aussi loin qu'en Europe.

Un monde différent du discours

Si pour une fois le récit de deux immigrés clandestins n'est pas instrumentalisé pour dénoncer le sempiternel racisme des Européens, nous avons un aperçu de la façon dont les étrangers sont considérés dans d'autres régions:

«J’étais soudeur, je faisais des portes-fenêtres en aluminium pour un policier libyen que je connaissais et qui avait une petite entreprise. Il m’a annoncé un matin qu’il fallait partir. Que ça allait chauffer pour les étrangers si on restait.»


Les Libyens ont encore a être charmés par les vertus du métissage et autre vivre-ensemble, apparemment. Est-ce du racisme, de la xénophobie ou autre chose? Le lecteur sera seul juge. Le fait est que la tolérance est un concept rare hors de l'Occident ; l'Afrique nous en donne un aperçu régulier, de l'Afrique du nord comme ci-dessus jusqu'à l'Afrique du Sud. Et il ne s'agit pas simplement d'un regard de travers dans la rue ou d'une difficulté à entrer en boîte de nuit - les différends se règlent avec des pneus enflammés autour du cou, des lynchages, ou même une extermination systématique des voisins à coups de machette.

Diallo le Guinéen avait trouvé en Libye sa fameuse vie meilleure ; il avait un travail qui lui permettait d'épargner assez pour payer la suite de son périple. Une fois les tensions devenues trop vives, il aurait pu retourner en Guinée avec un bon pécule et bâtir à partir de là ; mais il rêvait d'Europe. Il finit par embarquer sur un navire surchargé pour finir au chômage ici. Cet exemple - et des milliers d'autres - ne suffira pas à changer le discours officiel selon lequel l'immigration est une chance ou des thèses encore plus absurdes selon laquelle ces gens-là assureraient le futur des régimes de retraite par répartition.

Même si elle ne s'était pas enfermée dans l'idéologie universaliste de la libre-circulation des personnes, l'Europe reste incompétente, impuissante et divisée. Empêtrée dans un dogme égalitariste absurde, elle ne veut pas entendre parler de contrôle des frontières, de reconduite dans le pays d'origine, ni même d'immigration choisie où ceux qui seraient plus compatibles avec les valeurs européennes - par exemple des chrétiens persécutés - seraient favorisés, car pareille attitude fermerait la porte à trop de musulmans. Il n'est pas plus possible de remettre en question les systèmes sociaux redistributifs qui exercent tant d'attrait auprès des immigrés et permettent d'arroser des villages entiers dans leur pays d'origine, alors qu'ils n'ont à l'évidence pas été conçus dans ce but.

N'est pas Australien qui veut. La traque contre les passeurs ne donnera rien puisqu'ils sont une conséquence, et non la cause, des politiques intérieures européennes en matière d'asile. Les solutions pragmatiques et efficaces ne seront employées que quand tout le reste aura échoué, c'est-à-dire jamais ou seulement lorsqu'il sera beaucoup trop tard. Quel sera le portrait de l'Europe alors? Peut-être un continent entier ruiné et en proie à des violences ethniques sporadiques, devenant la copie conforme des fameux "enfers" que tant d'immigrés cherchent si ardemment à abandonner?

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Vision pessimiste? Sans aucun doute, mais les chiffres parlent d'eux-mêmes. Si les morts en Méditerranée sont une catastrophe, les hordes d'immigrés elles-mêmes en sont une autre.

Combien de millions en faudra-t-il annuellement pour que l'on comprenne que les périls de la mer ne sont pas le seul problème?

09 février 2013

Safari-Jihad au Kenya

Il fallait l'histoire ubuesque d'un ressortissant jordanien arrêté au Kenya pour que le voile se lève sur les étranges pratiques de certains réfugiés en Suisse, et du choix de leurs vacances.

A mi-chemin entre les pages people et la rubrique insolite, la nouvelle fait son chemin jusque sur le Matin: un gymnasien, un adolescent, presque un enfant, serait en danger de mort dans les geôles kenyanes! La famille appelle solennellement la Suisse à l'aide: que les services diplomatiques s'activent, il faut le reprendre, tout tenter pour qu'il rentre au pays! Ne pas le faire serait une "condamnation à mort" selon les termes de l'avocat de la famille, Me Jacques Emery.

Et le juriste de lâcher de façon péremptoire: "La Suisse est moralement et juridiquement responsable de cette situation". Rien que ça.

Si on peut comprendre le désespoir sincère d'une famille et la mise en oeuvre de tous les moyens possibles pour sauver un proche en danger, la stratégie de l'appel à l'aide public n'est pas sans risque si le dossier souffre quelques faiblesses...

En l'occurrence, le jeune homme de 19 ans, donc majeur, est bien connu de l'administration helvétique: celle-ci l'a déjà déclaré persona non grata sur le territoire helvétique l'an dernier, juste après son arrestation:

Le jeune Jordanien résidant à Bienne (BE) inculpé au Kenya pour ses liens présumés avec les insurgés islamistes somaliens ne peut plus entrer en Suisse jusqu'à nouvel ordre. Parallèlement, l'Office fédéral des migrations (ODM) a engagé une procédure de révocation de l'asile.

Des indices clairs montrent que cette personne a séjourné dans des régions de la Somalie dans lesquelles se trouvent des groupes djihadistes impliqués dans un conflit, écrit samedi le Département fédéral de justice et police (DFJP) dans un communiqué. Il semble aussi qu'elle ait entretenu des contacts avec des éléments islamistes en Suisse.

 

Des éléments islamistes en Suisse? Voyons! Ca n'existe pas.

Le Biennois d'origine jordanienne, au bénéfice de l'asile, se rendit au Kenya en février 2012 en passant vraisemblablement par la Somalie. Soupçonné d'être lié à d'autres européens recherchés et d'avoir été formé dans un camp de la milice islamiste des al-Shabaab, il fut arrêté en avril, prétendit être "suisse" (les autorités locales confondirent avec la Suède, comme de bien entendu) et formellement inculpé le 6 juin pour implication dans des activités criminelles organisées.

magd.jpgIl croupit dans une cellule kenyane depuis octobre, et son état de santé n'est plus au beau fixe.

Il est encore un peu tôt pour savoir comment se démêlera cette situation. L'individu n'est plus admis à entrer en Suisse (l'appel de cette décision donnant lieu à ce récent battage médiatique) et la révocation de son statut de de réfugié est encore pendante. Mais qu'on se rassure, le jeune homme est encore sous la protection du Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU. Les instances supra-nationales veillent sur le bien-être des meilleurs d'entre nous...

Si le Kenya le libère, il devrait probablement être expulsé, mais ni en direction de la Jordanie (dont il est originaire) ni en direction de la Suisse (qui ne veut plus de lui). Nul doute que la Terre est assez vaste pour que ce turbulent jeune homme trouve un nouveau point de chute, même si chacun semble s'efforcer d'ignorer cette possibilité.

Outre la dangerosité de l'individu, le choix de destination du "réfugié" fait réfléchir. La frontière Kenyo-Somalienne, quel bel endroit pour passer des vacances!

En réalité, les réfugiés politiques et autres demandeur d'asile abrités par la généreuse Helvétie ont eu, jusqu'à ce que l'UDC réduise cette possibilité, de généreux droit au voyage depuis la Suisse, même vers le pays dont ils s'étaient enfui. Et ce, même si leur demande d'asile avait été rejetée!

Si les abus les plus criants ont été calmés (du moins l'espère-t-on) l'interrogation de fond reste posée. Selon la LAsi, la qualité de réfugié est reconnue "aux personnes qui, dans leur État d’origine ou de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de leurs opinions politiques."

Lorsque des commissions politiques à Berne discutèrent de resserrer la vis, on entendit que les gens au bénéfice de l'asile pouvaient l'être en Suisse simplement "pour y recevoir des soins médicaux indisponibles dans leur pays", comme l'expliqua le secrétaire général de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés, ou encore qu'ils souhaitaient "garder des liens avec le pays dont ils sont issus."

A lire les propos de connaisseurs du milieu, la menace grave et immédiate pesant sur les demandeurs d'asile semblait finalement assez lointaine.

Posons simplement la question: une personne suffisamment peu en danger dans son pays d'origine pour y passer régulièrement des vacances mérite-t-elle vraiment la "protection" offerte par l'asile?

Et pour en revenir au cas particulier du jeune biennois si bien intégré, l'Office fédéral des migrations distribuant les permis F assure-t-il suffisamment le suivi des dossiers? L'asile peut être révoqué si le bénéficiaire se livre à des actes criminels ou compromet la sécurité intérieure ou extérieure de la Suisse.

Fallait-il attendre que le jeune biennois passe dans le centre d'entraînement d'un mouvement terroriste affilié à al-Qaeda au Kenya pour réaliser qu'il y avait un problème?

12 novembre 2012

Quand le PS s'essaye à l'asile

Pour ne pas laisser à l'UDC la haute main sur le dossier de l'asile, le PS suisse semble prêt à fournir les pistes les plus originales, comme venir avec ses propres propositions.

De la part d'une formation politique qui a fait de l'ouverture des frontières son cheval de Troie de bataille, cela mérite le détour. L'équation est d'autant plus délicate qu'il s'agit de ménager la chèvre bobo progressiste et le chou syndicaliste.

D'un côté, des gauchistes urbains bon teint, pétris d'universalisme, de culpabilité occidentale et d'ouverture à la misère du monde, prenant une posture d'autant plus décontractée qu'ils vivent déconnectés de toute conséquence concrète de leur utopie, sauf peut-être lorsqu'un fait divers sordide vient ternir la page des quotidiens qu'ils affectionnent en savourant leur café-croissant.

De l'autre, des syndicalistes traditionnellement gauchistes (dialectique du "progrès social" oblige) mais confrontés quotidiennement aux problèmes de sous-enchère salariale, de chômage, de concurrence des frontaliers, de sous-traitance. Ceux-là ne voient pas l'immigration en général d'un très bon oeil, fussent-ils passés par là eux-mêmes.

Ces deux groupes, bien qu'apparentés, n'ont pas du tout la même perception de l'immigration au sens large, un débat qui dépasse de beaucoup la simple question des demandeurs d'asile. Ces derniers focalisent malgré tout les tensions, car ils sont à la fois symboliques de la condition humaine du point de vue des "idéalistes" que nombreux et venus en Suisse pour trouver du travail, du point de vue des "syndicalistes".

cesla amarelle,immigration,asile,initiativeDes socialistes suisses qui s'essayent au problème de l'asile promettent forcément un joli grand écart. La conseillère nationale socialiste Cesla Amarelle s'y essaye avec une belle interview bienveillante dans les colonnes du Matin (dont, divine surprise, les commentaires sont désactivés).

Déjà, on notera une nette progression des idées de l'UDC au sein même du parti socialiste. Entendre l'ancienne présidente du PS vaudois (de mars 2008 jusqu'à avril 2012) lancer des répliques comme "l’Etat doit renvoyer les personnes qui ont notamment commis des délits pénaux graves, y compris avec des mesures de contrainte", " il y a des personnes qui n’ont rien à faire dans cette filière asile mais qui l’occupent" ou "une personne qui vient pour dealer n’a pas sa place en Suisse", on sent comme un fléchissement de tendance.

Salutaire, mais tardif - et immédiatement atténué par une dénégation: "mais l’essentiel du problème est ailleurs!"

Le véritable dada de la dame, c'est le marché du travail:

C’est ce que la gauche doit mettre en avant. La filière de l’asile est engorgée par des personnes qui essayent de trouver du travail et qui se retrouvent dans la filière asile alors que leur cas ressort de la migration du travail.

 

Ce n'est pas faux. On le sait bien, outre ses aspects criminels, l'asile est devenu depuis des années une filière d'immigration économique alternative. Des milliers d'immigrés clandestins essayent vaguement de se faire passer pour des réfugiés politiques kurdes, irakiens, nigérians, arrivent miraculeusement en Suisse sans être arrêtés par les Accords de Dublin, et attendent de l'administration un sésame pour avoir le droit de travailler. Selon des responsables du secteur, 90% des demandeurs d'asile, si ce n'est plus, seraient en fait des immigrés économiques.

On en vient au coeur du projet défendu par Mme Amarelle:

Il s’agit d’une ouverture relative conditionnée par la capacité du marché du travail à intégrer de nouvelles personnes, indépendamment de leur origine géographique. Nous voulons réguler la migration en fonction des besoins réels du marché (sic). Tout le monde sait aujourd’hui que nous avons besoin de personnes, notamment dans les soins, et qui peuvent venir d’autres pays que l’Union européenne. Un Indien ne devrait pas forcément être bac+20 pour venir travailler en Suisse! (...) Si l’économie donne du travail durable à un migrant, cette personne a droit à un permis durable.

Un travail, un permis devrait se situer au centre du projet d’initiative. Mais avec des mesures de protection du marché extrêmement strictes. (...)

 

Malheureusement les socialistes mélangent, probablement volontairement, plusieurs choses. Ils essayent d'associer immigration économique et droit d'asile avec le statut des sans-papiers, qui relèvent de dynamiques différentes.

cesla amarelle,immigration,asile,initiativeTous les immigrés pseudo-demandeurs d'asile qui se pressent dans les centres d'accueil pour requérants ne sont pas bac+20, loin s'en faut. Et ils sont pléthoriques aujourd'hui déjà, alors qu'il leur est quasiment impossible de décrocher un travail en passant par la voie officielle. Pense-t-on vraiment que faire miroiter un plus grand espoir de trouver un travail en Suisse va faire décroître leur nombre?

Offrir un permis à ceux qui trouvent du travail une fois parvenus sur le territoire suisse revient à mettre la charrue avant les boeufs. C'est l'invitation à une véritable déferlante d'immigration économique alors que l'ensemble de l'Europe s'enfonce dans la crise. En plus de l'immigration "traditionnelle" venue des régions périphériques de l'Europe va bientôt s'ajouter celle de tous les immigrés européens, eux aussi frappés par la récession et le chômage sur le vieux continent.

Et puis, si l'immigré était forcément synonyme d'emploi et de productivité, comment se fait-il que les communes avec le plus d'étrangers (comme Renens) soient aussi celles qui souffrent du taux de chômage le plus élevé?

S'il faut impérativement lier le droit de résider en Suisse à un permis de travail, un point de vue que j'estime tout à fait défendable, il faudrait alors faire les choses dans le bon ordre: un permis de résidence ne devrait être délivré qu'une fois un emploi obtenu en Suisse. D'abord le job, puis, ensuite seulement, le droit de résidence. Evidemment, tous les pseudos-requérants d'asile devraient être soumis à la même enseigne, puisqu'il s'agit d'une immigration économique déguisée.

Cette façon de faire règlerait pour de bon le problème de l'immigration économique, transformant celle-ci en "méritocratie", où seuls les immigrés réellement intéressants pour les entreprises helvétiques disposeraient d'un sésame pour s'installer en Suisse.

(NB: il y aura des esprits chagrins pour hausser le sourcil devant le terme de "méritocratie". J'assume: aujourd'hui déjà, une entreprise procède de toutes façons à une sélection à l'embauche. La seule différence entre les deux situations, c'est que dans un cas un candidat écarté reste dans son pays, alors que dans l'autre, après avoir alimenté une mafia de passeurs, il zone dans un centre pour requérants à la charge du contribuable. La seconde approche est-elle vraiment plus noble?)

Évidemment, principe de réalité oblige, il faudrait procéder à une régularisation des sans-papiers se retrouvant dans la situation ubuesque de disposer depuis des années d'un emploi et d'un logement en Suisse. Néanmoins, rappelons-nous que la charge de la preuve (durée d'établissement et de travail en Suisse) pourrait être difficile à apporter. Deuxième point, ces gens pourraient bien avoir trouvé un emploi précisément parce qu'ils pouvaient être sous-payés en tant que sans-papiers: il n'est pas certains qu'ils pourraient prétendre au même emploi (ni même le garder) une fois revenus dans le circuit officiel. On est donc loin de la panacée.

Mais les caciques du Parti Socialiste ont d'autres projets en tête. Pour eux, le rôle social prime sur l'individu: tous ceux qui réussiront à décrocher un job auront un permis de travail à la clé. Que se passera-t-il s'ils perdent leur emploi au bout d'un mois? Quand toucheront-ils des allocations-chômage? Quid du regroupement familial? La question de la criminalité n'est pas abordée concrètement, la sous-enchère salariale éludée avec de vagues "contrôles" par les services d'inspection du travail.

En réalité, les socialistes veulent pouvoir officialiser le statut des immigrés à toute volée, avec des permis de travail en libre service. L'appel d'air lié à la distribution des permis multipliera comme jamais la pression démographique, tant que la Suisse continuera de bénéficier d'un taux de chômage moyen inférieur à celui de l'Europe - ce qui ne durera pas, avec cette politique... Les assurances sociales à l'agonie seront autant d'excuses pour augmenter les impôts, et l'état de misère moyen dans lequel arriveront la plupart des immigrants un excellent justificatif pour davantage de redistribution, le tout dans un bel élan poussant les salaires vers le bas. Lorsque le chômage augmentera, croyez-vous que les syndicats seront en position de force pour établir des conventions collectives?

Quel magnifique tableau!

L'état-major du parti socialiste a semble-t-il décidé de sacrifier l'aile syndicale en faveur de l'aile idéologique. Ce n'est pas la première fois, on l'a vu avec les accords de libre-circulation.

En tous cas, avec ce genre de projet, pas sûr qu'ils empiètent beaucoup sur les plate-bandes de l'UDC.