16 mars 2012

Le Conseil d'Etat à la croisée des chemins

L'électeur vaudois sera confronté à un choix essentiel le 1er avril, lors du 2e tour de l'élection au Conseil d'Etat: faire rentrer l'UDC Claude-Alain Voiblet au gouvernement, ou subir pendant une législature un exécutif de gauche.

equipe.png
L'affiche de campagne pour le second tour

Depuis mardi, nous connaissons les candidats pour le second tour: Anne-Catherine Lyon et Nuria Gorrite pour le Parti Socialiste, Béatrice Mettraux pour les Verts, Claude-Alain Voiblet pour l'UDC et Emmanuel Gétaz pour Vaud Libre.

Dès dimanche soir, quatre des sept sièges étaient attribués. Si les trois sortants libéraux-radicaux ont été réélus comme dans un fauteuil, le plébiscite revient au socialiste Pierre-Yves Maillard, en tête des suffrages. L'apparente faiblesse de la gauche avec un seul élu est donc trompeuse, d'autant plus que les seconds rangs sont bien fournis: à ce quatuor de tête succèdent dans l'ordre Béatrice Métraux (Verts), Anne-Catherine Lyon (PS), puis la syndique socialiste de Morges Nuria Gorrite (PS), et enfin Claude-Alain Voiblet (UDC). Les autres candidats ne font qu'une apparition anecdotique, le meilleur d'entre eux n'atteignant pas le quart des voix du dernier du groupe de tête.

A gauche, on se presse au portillon; à droite, il n'y a guère que la candidature de M. Voiblet pour sauver la majorité de droite à l'exécutif.

Depuis la disparition de Jean-Claude Mermoud, le canton de Vaud expérimente une curieuse cohabitation: un Parlement à droite et un Conseil d'Etat à gauche. C'est que l'UDC fait face ici comme ailleurs à un flot ininterrompu de polémiques. La représentativité, l'équilibre des forces et tous les beaux discours du même genre tombent à l'eau dès lors qu'on parle d'un modeste siège échu à l'UDC.

L'an dernier, le parti agrarien avait lancé Pierre-Yves Rapaz dans la course au Conseil d'Etat pour l'élection complémentaire. Mal lui en pris. Le syndic de Bex, député et chef du groupe UDC au Grand Conseil Vaudois, échoua sèchement. Les analystes rivalisèrent d'imagination pour expliquer le désaveu des électeurs; les plus optimistes se contentèrent de tabler sur la faible mobilisation lors de ce scrutin, le nouveau Conseiller d'Etat ne siégeant que pour six mois. Mais il devint clair pour tout le monde que le siège perdu ne serait pas facile à reprendre.

C'est donc en resserrant les rangs que l'UDC vaudoise choisit en janvier de lancer dans la course son meilleur candidat, Claude-Alain Voiblet, secrétaire du parti et coordinateur de l'UDC en Suisse romande. Sans même faire campagne, Claude-Alain Voiblet s'est naturellement imposé en interne. Pour ceux qui le connaissent, la décision de l'UDC relève de l'évidence. Claude-Alain Voiblet est un bourreau de travail. Ni "agrarien" ni "blochérien", juste pragmatique et loin des querelles de chapelle, il est largement responsable de la croissance de l'UDC vaudoise pendant ces dernières années. Ses convictions ne l'empêchent pas d'être à la ville un homme courtois et disponible, ouvert et apte au compromis - raisons pour lesquelles il a réussi à accéder à la présidence du Conseil Communal de la ville de Lausanne, notoirement à gauche.

Quoi qu'il advienne le 1er avril, je pense et je continuerai à penser que l'UDC a présenté le meilleur candidat issu de ses rangs, compte tenu des équilibres du canton, des compétences de chacun, et des valeurs de l'UDC. Et je ne suis pas le seul à avoir ce point de vue ; si aucun des "candidats à la candidature" devancés par Pierre-Yves Rapaz l'an dernier ne s'est représenté face à M. Voiblet en janvier, ce n'est pas que leur ambition se soit soudainement éteinte, mais simplement le résultat d'une analyse lucide de leur popularité face à ce candidat naturel.

Dans tous les partis, chacun fourbit donc ses armes pour le second tour. Pauvre Claude-Alain! Alors que même les délégués verts libéraux ont compris les enjeux et ont voté à 44 voix sur 49 en faveur du soutien au centre-droit, les Socialistes et les Ecologistes ne font pas mystère de leur stratégie: ils vont chercher à "diaboliser" Voiblet. Et ce sont ces gens qui parlent de remonter le niveau de la politique...

Le plus triste dans toute cette affaire est que l'élection du 1er avril ne concerne l'UDC que de très loin. Avec au mieux un siège de Conseiller d'Etat sur sept, peu de chances que celle-ci influe de façon démesurée sur la trajectoire du canton. Le véritable enjeu est tout autre, et les état-majors politiques l'ont bien compris: le risque consiste à subir une majorité de gauche à l'intérieur du Conseil d'Etat.

Si le centre-droit échoue, selon toute vraisemblance le Conseil d'Etat vaudois comptera 3 socialistes, 1 écologiste et 3 libéraux-radicaux. Outre le fait que les uns seront sur-représentés et les autres sous-représentés, le Conseil d'Etat sera en porte-à-faux continuel avec le Grand Conseil, et surtout, à gauche, ce qui lui permettra de dilapider sans retenue la bonne santé financière retrouvée que l'équipe sortante est parvenue à restaurer. Ne minimisons pas les capacités de gaspillage, de fiscalité et de nuisance que peut accomplir un exécutif de gauche, même face à un parlement vaudois de droite.

Les Démocrates du Centre jouent pour un siège; les Libéraux-Radicaux, pour le sens des trois qu'ils ont obtenus.

On comprend donc l'appétit des uns et l'inquiétude des autres...

Alors, le Conseil d'Etat vaudois basculera-t-il pour de bon à gauche le 1er avril? Rien n'est certain, même si le retard de Claude-Alain Voiblet semble difficile à rattraper. Il en va de 10'000 voix, c'est énorme. Libéraux-radicaux comprennent enfin le danger: il n'est plus question de tergiverser et de parler de l'UDC ou de ses candidats en tordant le nez, selon les bonnes vieilles habitudes. Il faut pour eux que Claude-Alain Voiblet accède au Château dans deux semaines, point. Il en va de bien plus que de la simple représentativité de l'UDC au Conseil d'Etat.

Les citoyens et les politiciens de centre-droit vaudois semblent découvrir que la présence de l'UDC est indispensable au maintien de leur propre majorité dans le canton.

Dommage que cette révélation survienne si tard.

20 octobre 2011

Les Suisses votent UDC.

La première fois que j'ai entendu parler du slogan du premier parti de Suisse "les Suisses votent UDC" pour les fédérales 2011, j'ai éclaté de rire. La formule avait tout pour elle: simple, impertinente et astucieuse!

Pendant que les autres partis affichent des truismes - Y-a-t'il quelqu'un en faveur de la "bureaucratie absurde" dans la salle? Quelqu'un qui souhaite "affaiblir les PME"? Ou "plus de privilèges" pour les politiciens? Non? Personne? - le slogan de l'UDC fait mouche.

Pas plus tard qu'aujourd'hui, je lisais encore dans un courrier des lecteurs de la Tribune de Genève un olibrius s'exclamant qu'il ne votait pas UDC. "Suis-je Suisse?" demandait-il - voire, "Suis-je un bon Suisse?" Etrange interrogation, puisque dans le débat qui nous occupe, le chemin du jugement de valeur ne mène strictement nulle part. Pour le PS, les meilleurs Suisses sont ceux qui votent socialiste, pour les Verts, ceux qui votent écologiste, et ainsi de suite. Chacun voit midi à sa porte et on imagine mal comment il pourrait en être autrement.

suisses_udc.jpgDe fait, si tous les Suisses ne votent pas UDC - et il n'en n'a jamais été question - l'UDC est incontestablement le premier parti de Suisse. Elle est donc en droit de parler au nom de tout le corps électoral. Cette situation (suscitant bien des glapissements indignés) se retrouve fréquemment dans le domaine de la publicité hors du champ politique: une marque leader sur son créneau peut faire campagne non pour elle, mais pour le créneau lui-même - l'eau minérale par exemple - et en retirera naturellement les dividendes. Poussé à l'extrême, le phénomène voit passer les marques dans le langage courant, comme Frigidaire, Kleenex ou Escalator.

C'est aussi pour cela que l'UDC a le plus à gagner d'une participation élevée, la vraie inconnue de ces élections fédérales. A chaque fois que dix citoyens décident de se rendre aux urnes, l'UDC engrange trois nouveaux bulletins, les autres partis en moyenne un ou deux. Les formations politiques concurrentes prétendent que chacun doit aller voter mais ne visent pas vraiment l'entier du corps électoral. Elles essayent de mobiliser leurs propres troupes sans réveiller celles du voisin.

Le dernier aspect du slogan "les Suisses votent UDC" tient aux Suisses dont il est fait mention.

Il ne s'adresse pas aux Suisses de passeport - les seuls à exister aux yeux de l'administration - mais aux Suisses de sentiment.

Il ne s'agit pas seulement d'aimer la Suisse, mais aussi d'accepter son histoire, ses religions, sa culture, sa neutralité armée, ses traditions, son conservatisme, sa fierté, son indépendance, son libéralisme et sa démocratie directe.

Au sein du corps électoral, beaucoup de Suisses de passeport ne correspondent pas à cette description. Evidemment, ils ne se reconnaissent pas dans l'UDC. Grand bien leur fasse. Mais ils entrent dans une colère noire à l'idée d'être comparés à ces Suisses qui votent UDC, et c'est là leur erreur.

J'ai un deuxième scoop pour eux: il n'y a même pas besoin du passeport rouge à croix blanche pour se reconnaître dans ce portrait. Je connais des étrangers plus conscients de l'importance et de la nécessité de préservation du particularisme helvétique que bien des Suisses eux-mêmes. Il faut parfois être immigré, avoir eu un regard extérieur et envié le génie de ce pays, pour réaliser l'importance des valeurs que la Suisse abandonne jour après jour sans la moindre arrière-pensée.

L'UDC s'identifie comme jamais au caractère helvétique. Elle intègre complètement les valeurs du pays, dans son corpus et dans ses courants, et il n'y a là rien de plus normal, parce que l'UDC a dépassé le stade du parti politique depuis des années. C'est désormais un mouvement social. La politique n'est qu'une de ses facettes.

A partir de là, prétendre que "les Suisses votent UDC" revient finalement à simplement énoncer les faits, fut-ce au risque de déplaire.

Après des mois de campagne et des milliers d'affiches vandalisées, la conclusion s'impose - cette vérité dérange. L'application avec laquelle les adversaires de l'UDC détruisent systématiquement le matériel électoral n'a d'égale que leur impuissance à contrer le message. A défaut d'avoir quelque chose à rétorquer, on arrache.

Leur rage vaut toutes les démonstrations.

13 mai 2011

Le Mauvais Débat

Il est des débats qui sont mauvais. Je ne parle pas des débats interdits pour cause d'atteinte au politiquement correct - ceux-là sont rapidement entachés du vocabulaire connoté habituel, lié à l'odorat, aux fonctions digestives et à la seconde guerre mondiale - mais bien aux débats mauvais parce que médiocres, mal posés, louvoyant, porteurs de polémiques et de sous-entendus inavouables.

Le débat sur le financement des campagnes électorales est de ceux-là. Sa dernière incarnation en date concerne bien évidemment la votation du 15 mai du référendum vaudois sur les Prestations Complémentaires Familles et donne lieu à un article de Daniel Audétat sur 24Heures.

L'argent dépensé dans des campagnes électorales n'est pas un moyen de blanchir l'argent sale, de frauder le fisc ou de placer ses économies avec un rendement alléchant - loin de là. En fait, il importe moins par son montant que par la comparaison des moyens déployés par l'un ou l'autre camp; c'est le petit combat financier que se livrent les acteurs politiques dans les coulisses.

Brisons ici le mystère: le "débat" sur le financement des campagnes électorales est l'incarnation de la jalousie de politiciens médiocres, qui estiment que l'électeur est un veau dont le vote ira au camp qui a dépensé le plus pour marteler son message.

Triste conception de la politique.

Quelle que soit la campagne, un camp aura forcément plus d'argent. Et s'il n'a pas plus d'argent, il aura peut-être des avantages en nature: une inclination plus ou moins marquée des médias en faveur de ses thèses, donnant autant de publicité gratuite au détour des articles de journaux; ou alors, faveur de l'actualité, un petit tsunami à l'autre bout du monde, dont les images de catastrophe seront autant d'arguments matraqués sur le thème du je-vous-l'avais-bien-dit (Qui fait encore le distinguo entre les milliers de morts liés au tsunami au Japon et ceux liés à l'accident nucléaire de Fukushima, c'est-à-dire quasiment aucun? Au train où vont les choses, d'ici quelques temps on montrera les côtes japonaises dévastées par les eaux en expliquant que c'est la centrale nucléaire de Fukushima qui a provoquée toute cette dévastation. Si ça se trouve, cette confusion est déjà dans les esprits... Mais je digresse.)

Ceux-là même qui sont prompts à réclamer une transparence des comptes de campagne le sont nettement moins lorsqu'il s'agit de révéler les accointances partisanes dont ils disposent au sein des médias, des fonctionnaires, de l'administration fédérale et de tous ces organismes dont le grand public serait en droit d'espérer un point de vue neutre et objectif. Et puis c'est difficile à chiffrer tout ça, alors, oublions-le!

Bref. Tout comme la concurrence pure et parfaite est une utopie, l'équilibre politique pur et parfait permettant à chaque électeur de juger avec exactement 50% d'arguments "pour" et 50% d'arguments "contre" en est une autre - et c'est tant mieux.

Les médias doivent respecter un certain équilibre lorsqu'ils offrent à leur public une information sur les enjeux. C'est une question d'équité et il en va de leur propre réputation. Mais l'idée que l'électeur soit simplement convaincu par celui qui parle le plus longtemps ou qui placarde le plus d'affiches serait proprement insupportable; par chance, c'est un fantasme. L'histoire suisse récente des votations montre que des initiatives sont passées sans grands moyens déployés par leurs promoteurs, comme dans le cas de l'internement à vie pour les délinquants sexuels ou violents jugés très dangereux et non amendables, approuvé en 2004, ou l'imprescriptibilité des actes de pornographie enfantine, approuvée en 2008.

Evidemment, une votation ne se gagne pas dans le silence et la discrétion. Mais si une certaine publicité est nécessaire, l'excès attend au tournant. La campagne contre les Prestations Complémentaires Familles semble atteindre les limites de l'exercice, avec des affiches placardées depuis des semaines dans tout le canton de Vaud, jusqu'à saturation. Là encore, c'est une bonne chose, puisque cela laisse penser qu'à partir d'un certain point, les sommes supplémentaires investies dans une campagne deviennent contre-productives. On ne peut tout simplement pas acheter l'opinion publique.

Chacun essaye de faire au mieux, tout simplement.

Que se passerait-il si un camp disposait de moyens financiers écrasants, face à un autre, totalement démuni? C'est un peu le scénario qu'essayent de jouer les perdants au soir de nombreuses votations, mais il ne correspond pas souvent à la réalité, et tient carrément de la science-fiction dans le cadre des votations du 15 mai. L'enquête de Daniel Audétat sur la campagne du référendum sur les Prestations Complémentaires Familles est, à ce titre, assez remarquable. Loin de verser dans les thèses des pleureuses de service, soit-disant écrasées par la toute-puissance financière de leurs adversaires du Centre Patronal, le journaliste a soulevé quelques cailloux pour voir le budget réel de chaque camp, et surtout, d'où vient l'argent. Il en donne un petit tableau récapitulatif:

argent-campagne.jpg
Surprises!

Première révélation: à 280'000.- contre 455'000.-, les partisans du Oui sont moins dotés, mais les budgets sont clairement d'un ordre de grandeur similaire. Les deux camps jouent dans la même division; on est loin du "David contre Goliath" souvent invoqué. A ce niveau de dépense, c'est la qualité de la publicité de la campagne qui l'emporte, et non la force financière brute. Si l'autre camp a deux fois plus d'affiches que le vôtre, c'est embêtant, mais si votre slogan est meilleur, ce n'est pas vraiment un problème.

Ensuite, et c'est là le plus savoureux, le décompte du budget. Dans le camp du Non, 80'000.- de dons de particuliers, d'associations et d'entreprises; on devine que ce sont ces donateurs que cherchent à atteindre (et à salir) les partisans d'une "totale" transparence en matière de financement de campagne. Mais le camp du Oui recèle deux ou trois petites gemmes de son cru.

D'abord, les transfuges "bourgeois" sont sollicités à hauteur de 6'000 francs suisses: quand on franchit le Rubicon, apparemment, il faut payer le péage. Ensuite, on notera 11'000.- en provenance "d'associations": voilà des associations bien riches. Si ce sont des associations politiquement à gauche, donc loin du Grand Capital honni, je me demande à combien est fixée la cotisation des membres pour constituer un pareil trésor de guerre à dépenser dans une campagne de votation? Mon petit doigt me dit que cet argent "associatif" pourrait peut-être inclure quelques subventions publiques détournées, mais cela doit être un tour de mon imagination, parce que ce ne serait pas très moral, n'est-ce pas.

Remarquez, quand on voit que l'Etat de Vaud a lui-même dépensé 40'000.- des contribuables dans la campagne, on peut douter de tout. Les citoyens s'opposeront peut-être au projet le 15 mai dans les urnes, mais qu'on se rassure, ils auront quand même payé pour le soutenir, à travers leurs impôts!

Finalement, on relèvera avec malice qu'il reste encore "8'000.- à trouver" pour boucler le budget du Oui. En d'autres termes, les partisans du Oui se préparent à laisser une ardoise! Et ce sont ces gens qui gèrent nos oeuvres sociales? Ceux-là même qui ne sont pas fichus de boucler correctement leurs comptes de campagne prétendent que l'équilibre financier de la réforme est assuré?!

Bref, à 280'000.- contre 455'000.-, lorsque vous entendez des gens se plaindre que l'autre camp l'emportera parce qu'il a les poches plus profondes, le détecteur de mauvaise foi s'emballe.

Je ne sais qui gagnera au soir du 15 mai. J'espère juste que personne n'invoquera l'excuse du manque de moyens. Mais je ne me fais guère d'illusions!