19 avril 2019

Les faillites de Notre-Dame

La destruction par le feu de Notre-Dame de Paris, le poumon culturel et historique qui subsistait au cœur de la capitale française, marque incontestablement la fin d'un cycle.

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Depuis l'incendie, les hommages rendus par les politiciens semblent sincère - de la même façon qu'on ne réalise la valeur d'une chose qu'une fois qu'on l'a perdue. Mais le sont-ils vraiment? Et comment en est-on arrivé là?

Faillite de l'État Français

"Les millions affluent pour reconstruire la cathédrale, mais lorsqu'il s'agissait simplement de financer les travaux de réfection, il n'y avait personne", se plaignit sur les ondes un fonctionnaire français du Patrimoine. La remarque est typique de ce qui tient lieu de réflexion à tous les niveaux de la société française: avec plus d'argent, tout irait drôlement mieux.

Avec plus d'argent, Notre-Dame n'aurait pas pris feu? Curieuse défense pour un chantier de réfection transpirant l'incompétence dès le premier jour.

Pourquoi collecter des millions pour rebâtir la cathédrale alors que le versement de l'assurance aurait suffi? Mais pour toucher une assurance, il aurait fallu que le chantier soit assuré en premier lieu (des économies de bout de chandelle pour lesquelles nos Vaudois n'ont pas été meilleurs). Ne pas assurer un chantier revient à s'exposer à un risque inqualifiable.

Bien entendu, une compagnie d'assurance aurait pu refuser le mandat ou, plus probablement, poser des exigences aussi élevées que ses primes. Ce n'est que justice: une assurance n'est pas là pour éponger la bêtise et l'inconséquence, mais pour se prémunir contre un risque. Rétorquer que Notre-Dame était "inestimable" n'est pas un argument recevable. Tous les jours, des œuvres d'art tout aussi "inestimables" voyagent à travers le monde, parfaitement assurées. Et là encore, les assurances jouent parfaitement leur rôle de prévention: l'emballage, les vibrations et le taux d'humidité sont vérifiés en permanence pour les tableaux anciens, en plus d'une expertise scrupuleuse au départ et à l'arrivée.

Si l'État français n'avait pas failli dans sa mission de sauvegarde du patrimoine, il aurait assuré le chantier de réfection de la toiture de Notre-Dame. Il aurait signé un contrat d'assurance de chantier. Il se serait plié aux exigences du contrat, comme un stockage approprié des matériaux inflammables, un système de détection d'incendie digne de ce nom, une vérification du personnel et une certification des systèmes électriques des échafaudages, des rondes… Autant de choses qui auraient pu éloigner le risque d'un sinistre comme celui qui emporta la cathédrale cette semaine.

À la place, l'État français choisit de s'affranchir des règles de bonne gestion qu'il n'hésite pas à imposer au secteur privé. Des fonctionnaires - qui ne seront pas limogés - firent "des économies" de moyens et de contrôle des risques en renonçant à contracter une assurance. Ils mirent en place un ensemble de précautions de chantier qui n'étaient visiblement pas à la hauteur. Le résultat s'étale depuis plusieurs jours en une de tous les journaux du monde.

Il faut l'écrire: il n'y a aucune fatalité là-dedans. La destruction de Notre-Dame est la responsabilité de l'État français. La cathédrale était le monument le plus fréquenté d'Europe avec 13 millions de visiteurs l'an dernier. Sa toiture avait survécu à plus de 700 ans d'histoire et deux Guerres Mondiales. Il aura suffi de quelques années de social-démocratie française pour que tout parte en fumée.

Faillite du Vivre-ensemble

L'incendie de Notre-Dame est-il volontaire? Dans les médias, la question est taboue. Aucun article francophone sur le drame ne mentionne des mots comme "islam", "attentat" ou "terrorisme". Dès les premières minutes (!) de l'incendie la police présentait l'événement comme un "incendie accidentel". Établir les conclusions de l'enquête avant même qu'elle ne débute, voilà un bon moyen de gagner du temps.

D'une certaine façon, le porte-parole qui lança cet énorme bobard n'avait pas tort: l'incendie de Notre-Dame sera accidentel. Pour la simple et bonne raison que l'enquête lancée sur le sinistre, la vraie, a déjà limité son champ d'investigation aux "causes accidentelles", et nulle autre.

Les Internautes furent nombreux à mentionner l'incongruité d'un visiteur dans les tours le soir du sinistre - un ouvrier, explique-t-on. Le départ et la rapidité du feu suscitèrent l'incrédulité jusque chez l'ancien architecte en charge de l'édifice - en direct sur le plateau de France 2. De lourdes poutres de bois de chêne massif qui s'embrasent comme des allumettes? Le doute s'immisce malgré le bétonnage de la vérité officielle…

"On n’est pas responsable politique quand on se complaît dans le complotisme", rétorqua, avec la subtilité qui le caractérise, le nervis Christophe Castaner, dont on raconte qu'il serait ministre de l'Intérieur. En revanche, l'incompétence et l'hypocrisie se conjuguent parfaitement avec la charge politique. Car si on ne sait pas quelles sont les causes du sinistre de Notre-Dame, ce n'est que le brasier qui cache l'incendie de forêt. 875 églises ont été vandalisées en France, rien que l'an dernier.

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La carte 2018 des attaques christianophobes (attaques d'églises et attaques dans des églises)

Les médias ne parlent du sujet que du bout des lèvres. Une tache aveugle tellement béante face à l'ampleur des faits qu'elle attire l'attention de médias étrangers, quelques jours avant l'incendie de Notre-Dame...

La célèbre cathédrale n'est pourtant même pas la seule église de Paris à brûler cette année. La deuxième plus grande église de Paris, l'église Saint-Sulpice, a fait l'objet d'un incendie volontaire le 17 mars, il y a tout juste un mois. En aviez-vous entendu parler?

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Incendie criminel à Paris - mais à l’église Saint-Sulpice plutôt que Notre-Dame. Tout va bien.

Quant à Notre-Dame, le hasard est taquin: la cathédrale est en feu la semaine même le la condamnation d'une certaine Inès Madani… Pour avoir tenté de faire sauter Notre-Dame avec des bonbonnes de gaz en 2016.

Oui, les églises de France sont sous pression. Et la destruction de Notre-Dame fait des heureux - je vous laisse deviner qui. Des gens qui laissent éclater leur joie dans les rues et sur les réseaux sociaux.

Faillite des élites

Notre-Dame a brûlé. Vous savez, l'œuvre d'art. Le monument historique. Les réactions de certains hauts responsables démocrates américains ont un point en commun:

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...Vous n'y trouverez ni le mot "église", ni le mot "catholique". Un problème de saisie au niveau du clavier, sans doute.

Notre-Dame était certes un joyau architectural de l'art gothique, une mémoire du passé, un symbole de Paris, une attraction touristique majeure, tout ce que vous voudrez, mais c'était aussi, et surtout, une église. Une véritable église, ouverte au public, à la prière et au culte. Pas une ex-église, une église reconvertie en musée ou quoi que ce soit d'autre. Une église catholique.

Et ça, il leur est impossible de l'écrire!

Le virus mental qui affecte la gauche américaine a traversé l'Atlantique depuis longtemps. La nouvelle polémique qui enfle désormais en France concerne la reconstruction de Notre-Dame. Rien n'oblige à reconstruire la toiture à l'identique, rappellent avec empressement les serviteurs de la France de Macron. État entendu que la réalité d'une "éventuelle contrainte" ne peut aller se chercher que dans l'examen de traités internationaux ; le peuple français n'a pas, et ne doit jamais, avoir son mot à dire!

Alors qu'Emmanuel Macron lance un programme "ambitieux" de reconstruction en cinq ans (rappelons que Notre-Dame fut construite entièrement en 60 ans, avec la technologie disponible au XIIIe siècle…) quelques personnes en viennent à se poser la question: si le but est de reconstruire ce qui a été détruit par le feu, pourquoi l'Elysée souhaite-t-il lancer un concours ouvert "aux plus grands architectes internationaux"? Mais s'inquiéter de cela, c'est probablement être "d'extrême-droite"…

Sur France-Info, un architecte interviewé se lâche: bien sûr qu'il faut profiter de l'occasion pour faire quelque chose de différent! Et utiliser les matériaux modernes d'aujourd'hui, l'acier, le béton! Tant pis si ça choque! Les générations futures pardonneront volontiers, comme elles pardonnent aujourd'hui des merveilles architecturales parisiennes comme le Palais Beaubourg, la Tour Montparnasse, les Colonnes de Buren ou l'Opéra Bastille…

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Notre-Dame 2.0 va avoir de l'allure.

Par une inconséquence coupable, la toiture de Notre-Dame a été détruite sous l'égide du Président Macron. Tout porte à croire que l'homme-enfant parvenu, désespéré de laisser une trace dans l'histoire, trouvera dans la réfection de la toiture de la cathédrale le moyen d'en faire le symbole de son passage au pouvoir.

Avec une inauguration prévue en 2024, nous saurons assez vite ce qu'il en est. En attendant, beaucoup d'autres églises brûleront en France d'ici la fin de l'année et lors des suivantes, dans des incendies forcément accidentels et le plus grand silence médiatique.

26 décembre 2016

Le Grand Remplacement au Moyen-Orient

Une fois n'est pas coutume, en guise de cadeau de Noël, le Figaro offre à ses lecteurs un article relatant la réalité du Grand Remplacement des chrétiens par les musulmans au Moyen-Orient. Sous la plume d'Adrien Jaulmes, il n'est bien sûr pas nommé ainsi mais pudiquement Le grand exode des chrétiens du Moyen-Orient. Dans les faits, pourtant, c'est exactement ce dont il s'agit, comme nous l'apprenons dès le chapeau de l'article: "alors qu'ils représentaient environ 20% de la population de la région il y a cent ans, les chrétiens de toute obédience, cibles de persécutions, ne sont plus que 2 ou 3%."

Des régions entières se sont vidées de leurs chrétiens.

Souvent annoncée, la disparition de communautés entières est devenue une réalité. En Irak, la grande majorité des chrétiens restants sont des déplacés intérieurs. Pour la première fois en deux mille ans, il n'y a plus de chrétiens à Mossoul ni dans la majeure partie de la Mésopotamie. Chassés par l'État islamique, les habitants assyriens et chaldéens de la plaine de Ninive vivent depuis deux ans dans des caravanes dans des camps de réfugiés au Kurdistan. Ils ont ces derniers mois subis un deuxième choc. La libération de leurs villes et de leurs villages s'est accompagnée de la découverte de leurs églises profanées et de leurs maisons pillées par des militants de l'État islamique, souvent venus des villages voisins.


chretiens_irak.jpgL'État Islamique repoussé, on peut imaginer que les rares chrétiens qui retournent sur place auront peu de poids pour récupérer des maisons désormais occupées par des musulmans dans des pays gérés par une administration musulmane. Le droit de propriété ne pèse pas lourd face aux affiliations religieuses des uns et des autres.

Le nettoyage ethnique opéré sous la domination de l'État Islamique n'est que l'accélération d'un phénomène plus ancien. Non seulement les chrétiens de la région étaient démographiquement dépassés par la natalité musulmane, mais ils furent vite amenés à offrir un meilleur destin à leurs descendants à travers l'émigration, seule façon d'éviter l'hostilité générale des populations locales à leur encontre. De fait, les chrétiens sont attaqués depuis plus d'un siècle.

Les pogroms antichrétiens du XIXe siècle se transforment au début du XXe siècle, changeant à la fois d'échelle et de nature. Le grand massacre des Arméniens et des Assyriens en 1915, décidé et organisé par les Ottomans, et perpétré avec l'active collaboration des Kurdes qui s'emparent de terres des chrétiens dans l'est de la Turquie, est le premier génocide du siècle. Il a pour résultat l'éradication presque totale du christianisme du territoire de la Turquie moderne.

Ce génocide est suivi, juste après la Première Guerre mondiale, par un autre phénomène d'ampleur historique: l'expulsion des Grecs d'Asie mineure en 1922 (alors qu'une partie des Turcs sont chassés des Balkans), qui voit la disparition des églises les plus anciennes de l'histoire, fondées par les premiers apôtres.

Le phénomène se poursuit à l'ère des États-nations créés sur les ruines de l'Empire ottoman. Plus proche de nous, la guerre du Liban marque la fin du seul État à dominante chrétienne du Moyen-Orient. Souvent vu en Occident comme une guerre civile entre des révolutionnaires "islamo-progressistes" et un camp chrétien présenté comme conservateur et fascisant, ce conflit complexe et long de quinze ans s'achève par la défaite des chrétiens, qui perdent leur prédominance politique sur le Liban au profit des musulmans sunnites et chiites. Les chrétiens sont aussi chassés de régions entières du Liban, le Sud et la Bekaa, massacrés dans le Chouf.


Régions libanaises désormais sous la coupe du Hezbollah chiite et affilié à l'Iran, qui en profita pour tirer ses roquettes contre Israël... L'article s'achève en citant l'historien Jean-Pierre Valognes qui écrit la conclusion de l'existence de ces chrétiens dans son monumental ouvrage Vie et mort des chrétiens d'Orient:

"Leur histoire glorieuse fut occultée et travestie, au point que, sur la terre dont ils étaient les anciens propriétaires, ils finirent par être traités en hôtes plus ou moins tolérés, quand ce n'est pas en étrangers."


Bien sûr, un destin aussi funeste ne saurait survenir en Europe...

14 juin 2013

Il veut une église pauvre, il l'aura

Sacré pape François! Depuis son élection, Jorge Mario Bergoglio bénéficie d'un capital de sympathie intact, succédant au timide Benoît XVI et multipliant les déclarations improvisées avec le plus grand naturel. Dernière saillie en date, adressée à un parterre de journalistes: "je voudrais une Eglise pauvre, pour les pauvres".

religion,pape françois,catholicismePareille musique plaît. Les médias adorent relayer les appels à une vie plus simple lancés depuis le fond du palais de tel ou tel milliardaire, vedette ou homme d'Etat ; c'est presque un passage obligé pour les membres de l'élite. L'hypocrisie est si répandue qu'elle en est devenue banale. Mais sortis de la bouche d'un pape, les mots prennent une autre dimension.

On ne devine que trop bien la lassitude du saint père face aux ors du Palais Saint-Pierre. Pour un homme habitué à un mode de vie frugal à Buenos Aires, cela n'a rien de surprenant. Il y a malgré tout une différence énorme entre le rejet du confort de son poste et l'appauvrissement systématique et généralisé de l'Église.

La charge soudaine du pape contre la richesse n'a rien d'un événement isolé ; quelques jours plus tard, il récidive dans son homélie en expliquant que "Saint Pierre n'avait pas de compte en banque":

"Saint Pierre n'avait pas de compte en banque", a déclaré mardi le pape François, dans un plaidoyer pour une Église pauvre qui n'agisse pas en "entrepreneur", à l'occasion de la messe quotidienne dans la résidence Sainte-Marthe au Vatican. "Quand nous voulons faire une Église riche, l'Église vieillit, n'a pas de vie." La pauvreté qui doit caractériser l'Église "nous sauve du risque de devenir des organisateurs, des entrepreneurs".


Les entrepreneurs, quelle horreur!

L'attitude affichée par le pape François est étonnante de la part d'un homme de foi qui aurait prétendument rejeté la fameuse "théorie de la libération", soit l'imprégnation du christianisme par l'idéologie marxiste. Il semble que le prélat ne soit pas sorti totalement indemne de cette subversion sud-américaine ; à moins que son attitude ne trouve ses sources dans un héritage franciscain où dénuement et pauvreté sont des vertus cardinales.

Dans la Curie, on temporise. "[Les paroles du pape] ne doivent donc pas être interprétées comme une injonction aux institutions de l'Église à fermer leurs comptes en banque ou à ne pas poursuivre leurs nombreuses oeuvres coûteuses en matière de santé, d'éducation, de secours aux pauvres à travers le monde", explique-t-on.

Il n'empêche. La pauvreté est tellement au coeur du projet du pape François qu'il s'est choisi son nouveau nom en rapport avec Saint-François d'Assise, le "saint des pauvres", mais aussi le descendant d'une riche famille marchande finalement déshérité à cause de ses excentricités. Quant à savoir si c'est une métaphore de la trajectoire du nouveau souverain pontife...

Jésus n'avait rien contre la richesse, mais rejetait la cupidité, ce qui n'est pas la même chose. Les premiers chrétiens - tout comme Saint-François d'Assise - vécurent largement de l'aumône ; comment auraient-ils pu détester les riches, alors que la générosité de ces derniers était souvent leur seule ressource?

La méfiance affichée par le pape à l'égard des entrepreneurs a quelque chose d'étonnant. Ces derniers vivent en proposant de nouveaux produits et services à des clients qui n'ont nulle obligation de les accepter, sauf à accroître leur satisfaction. Les entrepreneurs ne peuvent donc exister qu'en contribuant au bien-être général. Saint-Pierre n'avait peut-être pas de compte en banque, mais il n'avait pas non plus accès à l'hygiène dentaire, à l'ampoule avec interrupteur ni aux voyages en avion - autant de trouvailles qui ne furent ni de son fait ni de celui de son église, mais bien d'individus inventifs à travers les siècles. Eussent-elles existé à son époque, les aurait-il reniées?

Les pauvres dont les catholiques s'occupent seront-ils séduits par une église elle-même pauvre? S'inspireront-ils du modèle? Ce n'est pas certain. En sublimant la pauvreté, le pape fait aussi l'apologie de la soumission et de l'inaction. La pauvreté est une situation dont on ne peut s'extraire que par la volonté ; n'en déplaise au pape François, une église riche, généreuse et incitant ses ouailles à s'élever est peut-être préférable à une église pauvre n'ayant rien de mieux à partager qu'une pénurie larmoyante.

Par chance nous serons rapidement fixés sur l'ambiguité du message, car la pauvreté est un objectif extrêmement facile à atteindre. L'humanité se bat depuis qu'elle existe pour sortir de la misère et n'y arrive que modestement depuis un siècle. Parcourir le chemin inverse ne devrait pas prendre trop de temps.