07 mars 2019

Bigard et la Spirale de la Pureté

Jean-Marie Bigard est dans la tourmente.

Jean-Marie_Bigard.jpgLe comique français, spécialiste depuis des décennies de l'humour gras, a commis un impair à une heure de grande écoute. Dans Touche Pas À Mon Poste sur C8, le 11 février, il raconte sa blague de "la déchirure".

Alors que l'émission arrive son terme, Cyril Hanouna invite le comique à raconter une dernière blague pour clôturer l'émission. "Oui, mais elle est terrible. Tout le monde va se faire virer", prévient Jean-Marie Bigard. Le présentateur de C8 propose alors d'apposer sur l'émission la pastille "moins de 10 ans". (...)

Jean-Marie Bigard commence alors le récit de sa blague : "C'est une bonne femme qui exaspère son médecin. Elle vient trois fois par semaine. Lui, il n'en peut plus. Et elle vient une fois de trop, en disant : 'Je viens vous voir parce que j'ai une déchirure'". Et l'auteur du sketch "Le lâcher de salopes" de continuer, gestes à l'appui : "Le médecin lui dit : 'Déshabillez-vous. Je vous demande vous déshabiller. La jupe, le string, à poil !'". En plateau, l'animateur esquisse un sourire alors que le silence plane du côté des chroniqueurs. "Il arrive. Il la chope par le chignon. Et là, clac, sur son bureau. Il défouraille ! Il l'attrape par les hanches et il l'encule ! A sec ! Voilà, ça c'est une déchirure", termine-t-il, provoquant un énorme malaise dans l'émission. "On ne cautionne pas du tout cette blague", lâche le présentateur.


La séquence est coupée au montage dans la rediffusion de l'émission. Est-ce une décision de Cyril Hanouna, le spécialiste de la provocation convenue, ou de plus haut dans la hiérarchie de la chaîne? Mystère. Mais le gant est jeté: plus de 200 signalements sont recensés au CSA 24 heures après la diffusion. La polémique enfle, peu apaisée par la réaction du principal intéressé.

En France en 2019, celui qui fait une blague politiquement incorrecte à la télévision doit faire preuve de contrition sous peine de sanction. Et les sanctions finissent par tomber. En début de semaine, Jean-Marie Bigard annonce, sous le choc, avoir été écarté du festival d'humour "Var Matin", pour lequel il devait effectuer une tournée cet été, à cause de cette séquence.

"Je reste assis parce que je suis détruit. Mes chers amis, je viens de prendre un coup de barre à mine sur la tête. Je devais faire la tournée 'Var Matin' cet été. 49 dates. C'était tout mon été de travail. Et je viens d'apprendre que j'étais viré, en fait" explique-t-il, avant de s'en prendre au directeur du festival.

Jean-Marie Bigard vient de découvrir bien malgré lui ce qu'un Internaute américain appelle la Spirale de la Pureté, qu'il tient à rappeler à tous les bien-pensants de passage:

Ils viendront pour vous ensuite.

Vous utiliserez le "mauvais" pronom.
Vous raconterez la "mauvaise" blague.
Vous ferez le "mauvais" geste de la main.
Vous prononcerez le "mauvais" mot, porterez le "mauvais" vêtement, commanderez le "mauvais" plat, fredonnerez la "mauvaise" chanson...

Personne ne peut prendre la mesure de tant de "règles", pas même vous.

Finalement, vous commettrez un impair. Et ils vous étiquetteront de noms comme "d'extrême-droite", "bigot", "islamophobe", "beauf", "haineux", "pourriture de Blanc", "patriarche" etc. etc.

Tous vos agissements précédents pour afficher vos belles valeurs compteront pour rien. Il y a des crimes pour lesquels toute excuse est impossible, voyez-vous. Ces crimes ne peuvent être pardonnés, car ceux qui les pardonneraient pourraient être accusés à leur tour de ne pas être assez vigilants face à eux.

Vous serez une persona non grata. Impossible à embaucher. Impossible à aimer. Impossible à accepter. Impossible à tolérer. Exactement comme ceux que vous tourmentez en ce moment.

C'est le Meilleur des Mondes que vous avez créé.

Bienvenue dans la Spirale de la Pureté.

C'est un long chemin descendant.


Qu'on apprécie ou non le style de Bigard, là n'est pas la question. Cette censure et les réactions qui s'ensuivent sont des marqueurs de la société française d'aujourd'hui - un marqueur inquiétant. La communication publique bascule de plus en plus nettement vers un manichéisme pudibond assez extraordinaire. "Il le dit, ça veut donc dire qu'il le pense", voilà ce qui ressort en filigrane, comme si un comédien était l'homme de ses rôles.

Au delà des questions d'humour, la liberté d'expression est en France en voie d'effondrement rapide. Autant la police et la sécurité disparaissent des rues, autant la police de la pensée montre qu'elle est omniprésente.

03 mars 2019

Censure et contre-censure

Sur Internet la liberté d'expression se réduit comme peau de chagrin, mais tout n'est pas perdu.

Facebook, pris encore une fois dans un scandale de manipulation

La duplicité de Facebook a été dévoilée le 27 février par Project Veritas, un site spécialisé dans la traque de la corruption. Grâce à un lanceur d'alerte employé de Facebook, le site dévoile preuve à l'appui les mécanismes internes du géant de l'Internet pour filtrer les contenus politiquement déplaisants et les utilisateurs en relation.

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Le lanceur d'alertes, amenant avec lui des preuves sous la forme de documentation et de photos d'écran, révèle que le réseau social géant a "pour habitude" de supprimer des pages politiquement connotées à droite. Le réseau social ne s'appuie ni sur un filtrage manuel ni sur des signalements d'utilisateurs mais sur un processus systématique, automatisé et appuyé par une batterie de programmes, notamment le logiciel d'intelligence artificielle "Sigma".

Sigma analyse les mots-clés associés par exemple à une vidéo et peut ensuite déclencher une "dégradation" de la publication, appelée ActionDeboostLiveDistribution. Équivalent à un coefficient de visibilité négatif, cette dégradation diminue la fréquence de présence de la vidéo dans les flux de nouvelles des autres utilisateurs, supprime les options de partage, et désactive les notifications interactives liées à sa présence.

Le lanceur d'alertes put citer de nombreuses personnalités conservatrices ciblées par Facebook, comme le comédien et commentateur de droite Steven Crowder, qui obtint en 2016 un accord financier extra-judiciaire avec Facebook après avoir dénoncé une limitation arbitraire de la visibilité de ses vidéos. Il ne put en revanche citer aucune personnalité de gauche ciblée par cette politique.

L'Intelligence artificielle Sigma, développée à l'origine pour détecter des publications invitant au suicide ou à l'automutilation, a semble-t-il trouvé bien d'autres sujets à traiter. L'outil s'inscrit dans la stratégie développée dans un document de Facebook écrit par deux ingénieurs, Seiji Yamamoto et Eduardo Arino de la Rubia, visant à combattre les "abus coordonnés" sur la plateforme. La définition de ces abus est de plus en plus élastique ; s'y rattachent désormais les publications "qui ne sont pas à proprement parler des discours de haine mais qui s'en rapprochent", c'est-à-dire, alors qu'aucune définition juridique n'existe pour un discours de haine, de choses "qui pourraient offenser quelqu'un". Vaste programme...

Qu'on se rassure, la définition d'une offense est politiquement orientée d'emblée grâce au vocabulaire employé. Ainsi, évoquer les Social Justice Warriors, surnom donné à ces militants engagés dans toutes les causes de la gauche, est un marqueur immédiat d'évaluation négative. Même chose pour ceux qui emploient le terme de pilule rouge: il est important, aux yeux des ingénieurs de Facebook, que nul utilisateur ne soit "amené à remettre en question sa représentation de la réalité" à travers la plateforme. On se croirait en pleine dystopie.

Les médias habituels sont évidemment muets sur le sujet: cela correspond tant à leur propre point de vue! Mais la liberté de penser trouve toujours un chemin...

Gab, la riposte

Né en 2016, Gab (via Gab.ai ou Gab.com) est un réseau social particulier car réduit à sa plus simple expression. Son intitulé de mission est limpide:

"Un réseau social qui promeut la liberté d'expression, la liberté individuelle et le libre flux d'information en ligne."


Pour lire un peu de prêt-à-penser sur Gab, rien de mieux qu'une visite sur Wikipédia:

Gab est un service de réseautage social en ligne basé à Austin, au Texas, créé pour servir d'alternative aux réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et Reddit.

[Il] permet à ses utilisateurs de lire et d'écrire des messages comportant jusqu'à 300 caractères, appelé « gabs ». Le site propose également des fonctionnalités multimédia et s'est donné pour mission de servir ses « utilisateurs et la liberté de parole en premier ».

Il gagne en audience après la tuerie de la synagogue de Pittsburgh, le terroriste antisémite ayant un profil vérifié sur le site. Gab cible une audience marquée à l’extrême droite, comme les néo-nazis, les conservateurs (sic!), l'alt-right et les suprématistes blancs. Plusieurs figures de ces mouvements y sont par ailleurs actives, comme Richard B. Spencer, Mike Cernovich, ou Alex Jones.


On admirera la tournure... Typique de Wikipédia, dirons-nous, de la description du réseau social. L'utilisation de la tuerie de Pittsburgh contre Gab est particulièrement savoureuse: non seulement Gab désactiva le profil de l'utilisateur dès qu'il eut connaissance de son identité, mais si un tel argument était recevable pour détruire un réseau social, alors Facebook ou Twitter devaient être mis hors ligne séance tenante pour héberger des milliers de comptes liés à des terroristes, des tueurs en série ou des extrémistes musulmans (lire ici et ici pour quelques exemples).

Néanmoins, l'argument fut aussi facilement reçu que Gab était une menace - une menace contre l'approche corporatiste et contrôlée de la diffusion d'information sur les réseaux sociaux. Dire que Gab fut combattu est bien en-deçà de la vérité. D'importantes manœuvres eurent lieu pour lui couper l'accès à ses serveurs du jour au lendemain, pour couper son financement et pour empêcher ses utilisateurs de l'employer. Aujourd'hui encore l'application mobile Gab a été retirée tant de l'App Store que du Play Store - sans aucune explication ni d'Apple ni de Google.

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Rien dans ce que fait ou propose Gab n'est contraire à la loi. Contrairement aux mensonges délibérément propagés, on ne peut pas dire n'importe quoi sur Gab. La société est basée au Texas et obéit donc à la législation américaine en matière de liberté d'expression. Celle-ci est vaste, c'est vrai, mais ni infinie, ni incontrôlée.

Des individus peu recommandables sont allés sur Gab après avoir été bannis d'autres réseaux sociaux, c'est incontestable. Mais d'autres individus parfaitement recommandables ont aussi été bannis des réseaux sociaux à cause de leurs opinions politiques, dans une chasse aux sorcières qui ne semble pas avoir de limite. De nombreux utilisateurs concernés comprennent donc que le contrôle des GAFA sur Internet prend une tournure de plus en plus inquiétante et qu'il devient nécessaire de s'inscrire sur Gab.

Gab rencontre donc un certain succès. Gab a désormais ses propres serveurs, son propre gestionnaire de domaine, son propre processus de paiement et résiste à des attaques de déni de service quotidiennes. Suivant l'adage du "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort", il a surmonté tant de tentatives pour l'éteindre qu'on peut estimer qu'il devrait tenir debout encore longtemps.

Voire, de riposter.

Dissenter, le gant est jeté

Si les patrons de Facebook ou de Google détestaient Gab, ils ont désormais une bonne raison de le haïr: Gab Dissenter.

facebook,liberté d'expression,censureGab Dissenter - ou simplement Dissenter - est un nouveau service récemment lancé par Gab. Il permet tout simplement de commenter n'importe quelle page Internet au sein de la communauté Gab.

Comment cela fonctionne-t-il? Rien de plus simple. Il suffit d'installer sur son navigateur le plug-in Dissenter et ensuite, depuis n'importe quelle page du web, de cliquer sur l'icône et d'écrire son commentaire ou de consulter ceux des autres utilisateurs. On peut aussi, naturellement, voter pour les commentaires d'autrui ou y répondre. D'autres fonctionnalités sont prévues comme de permettre d'intégrer directement les commentaires dans un site.

Du point de vue technique, c'est absolument imparable: l'identité unique d'une page est reconnue de la même façon par Dissenter qu'elle l'est par les robots des moteurs de recherche. Autrement dit, à moins de saboter sa visibilité pour ne plus apparaître sur Google, personne ne peut empêcher les utilisateurs de Dissenter de commenter la page.

Alors que le service n'est même pas vieux d'une semaine, les commentaires Dissenter apparaissent déjà sur des lieux normalement fermés aux commentaires - qu'il s'agisse de vidéos YouTube, de pages de Wikipédia ou d'articles de presse suscitant des réactions qui ne s'inscrivent pas dans la pensée officielle.

Dissenter n'a rien de révolutionnaire ; un service comme hypothes.is permet déjà le même genre d'annotation de site web. Même Google proposa un service équivalent appelé Sidewiki dix ans plus tôt, mais qui fut abandonné faute d'avoir décollé. Car ce n'est pas tout que de proposer un service, il faut que celui-ci atteigne son public ; et à l'heure actuelle, l'initiative de Dissenter tape dans le mille.

Il faudra peut-être un peu plus de temps pour que Dissenter perce en langue francophone mais cela viendra, ne serait-ce qu'à cause de la frustration accumulée par les Internautes face à des articles fermés aux commentaires sur 24Heures ou 20 Minutes, pour ne prendre que l'exemple de la presse romande.

Conclusion

Il y a plusieurs façons de contrôler l'information sur Internet, mais celle qui prévaut aujourd'hui sur la plupart des médias en ligne se résume en une phrase: "comme certains utilisateurs disent des choses déplaisantes, nous devons désactiver les commentaires pour tout le monde".

En suivant exactement la même logique, puisque Hitler buvait de l'eau, il faudrait interdire la consommation d'eau. On voit à quel point l'argument ne tient pas debout. Celui qui enfreint la loi doit être puni, il n'y a aucune raison de censurer l'opinion de tout le monde... À moins que l'idée ne soit justement de contrôler par la force les "opinions acceptables" qu'un média souhaite laisser afficher sur ses pages. Les rédactions choisissent l'option nucléaire dès que la discussion risque d'aller hors des sentiers balisés. Une alternative comme Dissenter pourrait leur faire perdre aussi cette bataille.

L'idée que la censure soit nécessaire pour "lutter contre l'extrême-droite", fantasme ou réalité, revient à dire que des gens réellement convaincus d'opinions racistes, extrémistes, xénophobes, antisémites, nazies ou autres ne pourraient se voir opposer des arguments solides dans le cadre de la liberté d'expression. L'argument est absurde: ces opinions ont précisément reculé à des époques où la liberté d'expression était bien plus répandue qu'aujourd'hui.

En revanche, on comprend bien mieux l'utilité de la censure lorsque l'anathème de l'extrême-droite n'est qu'un prétexte jeté au visage d'adversaires politiques pour mieux les réduire au silence.

07 juillet 2018

Bébé décapité en public en Allemagne

L'histoire remonte au mois d'avril, mais la vérité n'émerge que maintenant.

Allemagne – Jeudi, sur le quai du RER de la gare Jungfernstieg à Hambourg, Mourtala M., un « réfugié » nigérien, a mortellement poignardé son épouse, une Allemande de 34 ans, et leur enfant âgé d’un an à peine.

Cet immigré africain serait arrivé en Allemagne en 2013, après avoir débarqué à Lampedusa. Il avait été accueilli dans l’église Saint-Paul de Hambourg où l’on suit à la lettre les directives immigrationnistes du pape François.

L’immigré infanticide a été arrêté par la police et incarcéré.

 
Voilà comment l'information fut présentée en France. Elle fut aussi transmise en Suisse, en Inde, au Pakistan, en Afrique du Sud et naturellement aux États-Unis. En Français, seule une publication moins "mainstream" se permit de rentrer dans quelques détails du mode opératoire:

Jeudi 12 avril à Hambourg en Allemagne. Plusieurs dizaines de passagers attendent leur train à Jungfernstieg, une station de métro du centre-ville, quand soudain vers 10h30, une scène d’horreur se déroule sous leurs yeux. Un homme d’une trentaine d’années s’approche d’une mère de famille et de sa fille de 1 an. Il sort un énorme couteau de cuisine puis les poignarde toutes les deux. Sauvagement.

La police et les pompiers arrivent sur place très rapidement. Pour la petite fille, hélas, il est déjà trop tard. Elle succombe à ses blessures sur le quai de la gare. La mère, quant à elle, parvient à être réanimée mais elle mourra finalement à l’hôpital…

“Il les a clairement visées et ne leur a laissé aucune chance”, précise aujourd’hui Timo Zill, porte-parole de la police de Hambourg. D’après les déclarations de cet officier, le tueur, originaire du Niger en Afrique, était l’ex-mari de la jeune femme, une allemande de 34 ans. Il était aussi le père de l’enfant. (...)


Quelques termes manquent de ces descriptions:

  • "Bébé". Les médias préfèrent pudiquement évoquer un "enfant âgé d'un an" pour diminuer la perception d'horreur par le public, mais on parle d'une fille de un an, c'est-à-dire d'un bébé.
  • "Décapitation". Parce que l'assassin a bel et bien décapité l'enfant et ne l'a pas seulement poignardé.

Nous le savons à travers des témoignages concordants et parce que désormais des images du crime, commis en plein jour et en pleine foule, circulent. Un citoyen ghanéen, Daniel J., chanteur de gospel dans une église évangélique de Hambourg présent sur le quai à ce moment-là eut la présence d'esprit de filmer. Je vous déconseille d'aller voir.

Mourtala Madou, immigrant illégal du Niger âgé de 33 ans, n'a laissé aucune chance à son ex-petite amie, Sandra P, et leur fille Miriam âgée d'un an. Les médias ne rapportent pas que le premier enfant de la victime, âgé de 3 ans, était lui aussi sur les lieux et vit sa mère et sa sœur assassinées juste devant lui. Ils précisent pudiquement que les coups de couteau étaient "précis". L'assassin a commencé par s'enfuir de la scène de crime ; il n'appela la police pour se rendre que plus tard. Il aurait agi "par colère et esprit de revanche" car une cour de justice lui aurait dénié la veille la garde jointe de sa fille.

En réalité, Madou aurait menacé de s'en prendre à Sandra P. et au bébé depuis des mois. Un inspecteur expliqua aux journalistes que la police avait lancé une enquête mais avait conclu que les "menaces n'étaient pas crédibles" et abandonna les charges. Un an et demi plus tôt, en Octobre 2017, un juge mit fin à une ordonnance restrictive que Sandra P. avait obtenue deux mois auparavant en estimant qu'il ne voyait "aucune preuve" que Madou la menaçait. C'est en même temps que les menaces de Madou se firent plus précises et qu'il annonça clairement: "je vais tuer notre fille, et après ce sera ton tour!"

Or, et c'est là que les choses deviennent instructives, les autorités allemandes font de gros efforts pour supprimer toute trace de cette vidéo du témoin et tous les articles qui l'évoquent, ou qui évoquent le crime lui-même.allemagne,immigration,islam,violence

Voilà pourquoi de nombreux liens fournis dans ce billet pointent vers des archives plutôt que les sites eux-mêmes, où l'information est rapidement purgée. On ne s'étonnera pas que les autorités allemandes essayent de taire la vérité, comme en Suisse d'ailleurs, mais les moyens déployés pour atteindre l'objectif montrent les priorités des pouvoirs publics:

Heinrich Kordewiner, un blogueur de Hambourg qui découvrit la vidéo de Daniel J. sur sa page Facebook, la mit en ligne sur YouTube. Quelques jours plus tard, une équipe d'inspecteurs et d'officier de la cyber-police de Hambourg arriva à l'appartement de Kordewiner avec un mandat de perquisition. Les agents confisquèrent son ordinateur, son téléphone mobile et d'autres appareils électroniques, dans le but avoué de trouver des "preuves" de son "crime". Celui dont il était et dont il est toujours accusé: avoir mis en ligne la vidéo.

Kordewiner et son colocataire racontèrent le raid à Gatestone, qui eut lieu à 6h45 du matin. Alors qu'ils refusèrent d'ouvrir la porte, la police l'enfonça - et lança ses recherches jusque dans la chambre du colocataire, qui n'était même pas concerné par le mandat de perquisition. "L'officier de police dit qu'il pouvaient aussi chercher des cartes SD", raconte le colocataire. "Alors qu'il renversait mes livres des étagères, il sous-entendit qu'il avait le droit de mettre sens dessus dessous l'appartement tout entier. Il m'intima de rester tranquille."


Comme toujours et partout dans les affaires de censure, celle-ci finit par avoir un effet complètement opposé à son objectif initial.

Kordewiner fut mis en accusation pour avoir "envahi la sphère privée" de la victime de l'assassin, en vertu du paragraphe 201a du code pénal allemand, voté en 2015. La législation de censure d'Internet fut poussée par le Ministre de la Justice d'alors, le social-démocrate Heiko Maas - aujourd'hui Ministre des Affaires Étrangères dans le gouvernement Merkel - soi-disant au nom de la protection des victimes d'accident de la route contre d'éventuels voyeurs.

Même alors, la loi controversée fut longuement débattue en 2014 et dénoncée par des associations de journalistes comme mettant en danger la liberté de la presse. Le raid contre Kordewiner fut justifié par une "atteinte à la vie privée" mais cet angle d'attaque est extrêmement faible. Seul le pied de la victime peut être aperçu dans la vidéo, et seulement pendant un bref instant. Comme le quotidien Hamburger Abendblatt le fit remarquer, la prise de vue est "floue, prise à distance et ne permet pas l'identification de qui que ce soit." Pendant ce temps, le journal Die Welt mit en ligne une vidéo montrant un gros plan du corps de la victime - sans rencontrer la moindre réaction des pouvoirs publics. La seule différence entre les deux vidéos est l'évocation d'une décapitation en commentaire sur celle de Daniel J.

De ce point de vue, la prétendue "atteinte à la vie privée" résonne comme un prétexte.

Les pouvoirs publics allemands font de leur mieux pour cacher la décapitation du bébé au grand public. La procureure d'État Nana Frombach évoque une simple "rumeur". Tout au plus admit-elle que le bébé avait subi "de graves blessures au cou". Nana Frombach dépend de l'autorité du gouvernement de Hambourg, une coalition d'écologistes alliés à des socio-démocrates. Le Ministre de la Justice local, Till Steffen, est membre des Verts. En 2016, il empêcha la police de diffuser des photos d'Anis Amri, conducteur responsable de l'attentat au camion de Berlin, alors qu'il était en fuite, craignant que la diffusion des images du suspect n'alimente des "réactions racistes."

Malheureusement pour ces gens, le récit de ce qui s'est passé est dans un document officiel public - le mandat de perquisition utilisé pour forcer et fouiller l'appartement d'Heinrich Kordewiner. Le document, dont Kordewiner reçut une copie, mentionne que Madou "voulait punir la mère de l'enfant" et "faire respecter ses prétentions de pouvoir et de possession." Avec "l'intention de tuer", Madou prit "soudainement" un couteau du sac-à-dos qu'il transportait, puis "poignarda l'enfant dans le ventre et ensuite trancha presque entièrement son cou." Et depuis quelques jours, cette affaire - qui remonte à avril de cette année - est en train de devenir virale.

Pourquoi ne pas mentionner la décapitation? Chacun aura sa propre idée des raisons de cette censure. Mais il est clair que les autorités allemandes disposent désormais d'un vaste arsenal de mesures juridiques pour empêcher toute diffusion d'une vérité dérangeante et n'hésitent pas à s'en servir - au point que certains se demandent s'il est encore possible de rendre compte correctement du prochain attentat islamiste commis en Allemagne. Comment publier la moindre image des victimes, même impossibles à identifier, si ces diffusions suffisent à constituer autant "d'atteintes à la vie privée" ?

Pour le quotidien régional Hamburger Abendblatt, ce double meurtre est un crime passionnel qui n'a pas le moindre intérêt particulier pour le grand public.

Dans la future Allemagne radieuse d'Angela Wir schaffen das! Merkel, il ne faudra pas longtemps avant que les témoins d'une décapitation publique ne soient tous déportés, hurlants, dans les geôles du Ministère de l'Amour de 1984.

20 janvier 2012

De la régression intellectuelle

On peut être à la fois bref et constructif. Le petit opuscule de Philippe Nemo, la Régression Intellectuelle de la France, nous en donne la preuve en dressant une analyse très pertinente de la situation du débat d'idées dans l'Hexagone.

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20 novembre 2010

Sous-Marins, Dictateurs et tutti quanti

Un "sous-marin", c'est ainsi que Géraldine Savary évoque l'arrivée de Christoph Blocher au sein de la Basler Zeitung, engagé comme "expert" pour redresser la situation désastreuse du journal bâlois. Et de se lancer dans une tirade sur les dangers d'un journalisme acquis à une cause politique portant menace à notre démocratie, Blocher-Dassaut-Sarkozy-Berlusconi même combat. Rien que ça.

Je n'ai rien contre ce genre de posture, on sait très bien que le journalisme professionnel ne saurait qu'être orienté à gauche. Le journaliste de droite est un Dahu médiatique. Mais tout de même, lire ce genre de "craintes" de la main de Géraldine Savary, Conseillère aux Etats socialiste et disposant de sa tribune libre dans les colonnes du Matin, cela prête à sourire. A sous-marin, sous-marin et demi... Oh, et un autre sujet sur le même thème. Peut-être pour le prochain billet de Mme Savary?

kada.pngCachez ce Dictateur que je ne saurais voir, pourrait dire le Conseil Fédéral. Encore plus prude que la FCC américaine face à un sein de Janet Jackson, le Ministère Public de la Confédération a décidé d'assigner Eric Stauffer en justice. Sa faute? Avoir placé sur des affiches du MCG une photo de Muammar Kadhafi avec le texte suivant: "Il veut détruire la Suisse". La photo n'était pas trafiquée, le texte se référait à une déclaration en ce sens du leader de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire socialiste devant l'ONU (on a vu mieux question discrétion) et le peuple genevois, fort sensible, a été heureusement privé du spectacle: l'affiche a été caviardée (découpée) avant son affichage. Il n'y a donc pas grand-chose dans le dossier, à part une publicité gratuite et une tribune pour le MCG, comme d'habitude. Mais M. Stauffer est tout de même menacé de trois ans de prison!

Et Yves Nidegger, conseiller national UDC de Genève de résumer ce qui va se passer: "En faisant du foin autour de cette affiche, le gouvernement genevois n’a fait que donner des arguments supplémentaires aux Libyens qui sont déjà assez créatifs. La procédure va probablement échouer. Je ne vois pas en quoi l’affiche est outrageante. Stauffer ne sera pas condamné. Et cela fournira des arguments à la Libye pour dire que la justice suisse méprise la Libye. Tout ceci est tellement prévisible." L'analyse me paraît juste.

Eh oui, quand on joue les censeurs, on se retrouve souvent ridiculisé. Mais le Conseil Fédéral n'avait peut-être pas encore subit assez d'outrages de la Libye? Pas sûr qu'il comprenne cette fois encore.

L'Initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers pourrait franchir la barre et cela crée la panique. Un dernier sondage la crédite le Oui de 54% des suffrages: à un jet de pierre de la votation, rien n'est joué ni dans un sens ni dans l'autre. Les médias font donc feu de tout bois et grillent leurs dernières cartouches. Le Temps livre une analyse sociologique qui essaye, sans réussir, de faire passer les partisans du renvoi pour des gros abrutis incultes; mais, hélas, il ne trouve pas de corrélation significative entre le soutien à l'initiative et la présence (ou plutôt l'absence) de livres à la maison. Pourtant, on sait bien que les membres de l'UDC savent à peine lire et écrire, n'est-ce pas! Sans doute les 39% de Verts et 38% de socialistes d'accord avec l'idée d'expulser les étrangers qui commettent des crimes graves font-ils monter la moyenne...

Pendant ce temps, en Europe, l'Irlande continue à crier que tout va bien mais commence à souffrir d'une extinction de voix. Et l'Europe d'une extinction de fonds, en même temps. En cas de "contagion" dans le reste de la zone euro - un scénario très vraisemblable - "les 750 milliards du fonds de stabilisation européen et du FMI ne suffiront plus", souligne Bruno Jacquier, économiste à la Banque Privée Edmond de Rothschild. Pour la zone euro, l'hiver sera chaud.