05 novembre 2015

La Chine découvre que les enfants sont l'avenir

"Les familles chinoises pourront avoir plusieurs enfants: une révolution pour la 2e économie du monde." C'est en ces termes que le site d'information belge RTL évoque la fin de la politique de l'enfant unique en Chine le 29 octobre, selon un communiqué du Parti communiste rapporté par l'agence Chine nouvelle. Et je vous passe les majuscules.

La Politique de l'Enfant Unique a droit à sa page Wikipedia, convenablement actualisée ; elle se décrit donc comme une "politique publique" de "contrôle des naissances" et courut de 1979 à 2015. Les termes diplomatiques employés par l'encyclopédie en ligne ne peuvent évidemment pas transmettre la violence de cette politique. Tout au plus évoque-t-elle des "méthodes autoritaires"...

Le contexte de la Politique de l'Enfant Unique est lié à des idées en vogue: malthusianisme (il y aura trop de bouches à nourrir), hausse du niveau de vie (transmission du patrimoine à un plus petit nombre d'héritiers), et même multiculturalisme (les minorités ethniques ne sont quasiment pas concernées). La Politique de l'Enfant Unique est donc une barrière totalement artificielle dressée sur le chemin de la plus grande ethnie de Chine par le Parti Unique qui contrôle le pays.

On a coutume de dire que la domestication désigne l'état dans lequel la reproduction des animaux est contrôlée par un maître humain ; de ce point de vue, le Parti Communiste Chinois a formellement réussi la domestication de l'Humanité sur son territoire.

Après trente ans, les ravages sont indiscutables. L'indice de fécondité est aujourd'hui de 1,4 enfant par femme. Le nombre de personnes en âge de travailler ne cesse de diminuer, cette population perdant 3,7 millions de personnes l'an dernier. Quant aux personnes âgées, elles représentent désormais plus de 15% de la population.

La démographie est une science lente, mais exacte. En 2050, un Chinois sur trois aura plus de 60 ans. Cette tendance, qui ira croissant, rendra impossible toute forme de "solidarité" intergénérationnelle telle que celles conduites à travers les politiques étatiques de redistribution. Aucune classe active n'arrivera à assumer le fardeau d'un tel entretien. Pour assurer leur retraite, les Chinois ne pourront compter que sur la générosité des enfants qu'ils n'ont pas eu.

Après des décennies de complaisance et malgré leur imperméabilité dogmatique à toute réalité, les autorités communistes ont malgré tout, peu à peu, saisi l'ampleur du problème. La Politique de l'Enfant Unique a donc été progressivement "assouplie" - pour les couples dont les deux, voire un seul membre, était lui-même issu d'une famille soumise à la Politique de l'Enfant Unique ; pour les campagnes, lorsque le premier enfant était une fille ; et aujourd'hui, pour la Chine toute entière, sans restriction.

Malheureusement, c'est trop peu, et trop tard.

Le problème n'est pas dans le raz-de-marée de personnes âgées auquel la Chine devra faire face dans les prochaines décennies. Il n'est pas non plus dans le déséquilibre des sexes où les filles moins "prestigieuses" étaient régulièrement tuées avant ou après la naissance, laissant des millions de mâles sans compagne potentielle. Il s'est logé dans la psyché la plus intime d'un peuple entier.

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Un million de fœtus féminins étaient avortés chaque année
à cause de la
Politique de l'Enfant Unique.

On ne peut tout simplement pas être soumis à un lavage de cerveau de trente ans et en sortir indemne. Pendant des décennies, l'école, les politiciens, les médias, les lois, les élites ont façonné l'esprit des Chinoises et des Chinois pour leur faire comprendre que l'idée d'une descendance était néfaste. Les enfants étaient décriés jusque dans des campagnes publicitaires. Les couples enfreignant la Politique de l'Enfant Unique étaient sévèrement punis et dénoncés publiquement.

S'il est bien un domaine dans lequel les communistes excellent, c'est le lavage de cerveau. Ils y ont mis les moyens, et ils ont réussi. Nombre de Chinois ne veulent plus d'enfant - du tout. Enfants uniques choyés par leurs parents, ils ont été pourri-gâtés depuis leur premier jour et ne conçoivent plus l'idée du moindre sacrifice matériel pour la génération suivante. L'égocentrisme absolu ne s'autorise pas la concurrence d'une éventuelle descendance.

Même les couples cédant à leur désir d'enfant ne s'imaginent pas avec une fratrie à gérer. Leurs parents se sont sacrifiés pour leur donner un niveau de vie décent ; comment imaginer parvenir à atteindre des résultats identiques en devant gérer non pas un seul mais deux, voire trois bambins? Comment mener une carrière, céder à ses caprices consuméristes et se livrer en même temps aux sacrifices qu'implique une famille? L'hypothèse est totalement impensable, d'autant plus que nombre de couples chinois doivent déjà soutenir des parents âgés.

Pourtant, il les faudrait, ces fameuses familles avec deux ou trois enfants. Il en faudrait des centaines de millions.

Avec une certaine ironie, on peut espérer que le talent des communistes à laver le cerveau de leurs concitoyens marche tout aussi bien dans l'autre sens. Mais même ce talent a des limites. Il faut vingt ans pour bâtir une nouvelle génération. Le travail de désendoctrinement commence à peine. La Chine n'a plus assez de temps. De plus, la mission est autrement plus délicate: il est plus facile de supprimer des enfants jugés surnuméraires et de clouer des familles au pilori que d'inciter les êtres humains à se reproduire, ce qui implique des valeurs positives de continuité et de confiance dans l'avenir... Pas vraiment le genre de partition que savent jouer les nervis du Parti Unique chinois.

Comme le résume une formule limpide, la Chine sera vieille avant d'être riche. Le socialisme l'aura anéantie avec plus de certitude que n'importe quelle catastrophe naturelle.

Il y a des raisons de s'attarder sur l'abandon de la Politique de l'Enfant Unique. Il relève de l'événement planétaire de par l'importance du pays. Mais il permet également de jeter un regard en arrière sur des décennies d'ingénierie sociale et leurs conséquences, un aspect du problème qui rebute quelque peu des éditorialistes européens peu enclins à transposer ces questions à nos contrées. Cette approche est pourtant nécessaire.

On notera ainsi un terme totalement absent du débat démographique en Chine: l'immigration. On ne peut affirmer que les dignitaires du parti soient hermétiques à l'idée, mais elle n'a tout simplement aucune viabilité: quel pays du monde pourrait, en pratique, fournir les cohortes infinies des millions d'immigrés productifs nécessaires à l'entretien des générations chinoises vieillissantes? A travers son seul poids démographique, la Chine est arrivée au terme du jeu de l'avion immigrationniste que d'aucuns plaident pour l'Europe.

La Chine montre que les politiques d'ingénierie sociale étatiques mènent invariablement au désastre. Dans un dernier sursaut de lucidité, elle indique finalement le chemin à suivre: s'il faut assurer l'existence de générations futures pour la population d'un pays, les autochtones sont probablement les personnes les mieux placées pour le faire.

15 août 2015

La guerre des monnaies

En choisissant de dévaluer le Yuan trois fois en une semaine - chaque opération étant expliquée comme une action unique qui ne serait suivie d'aucune autre intervention - la Banque de Chine a jeté un nouveau combattant dans l'arène de la guerre monétaire. Une guerre absurde et sans vainqueur possible, qui ne fait que précipiter la mort des monnaies papier...

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Officiellement, la dévaluation chinoise est justifiée par un "réajustement" de la force du Yuan par rapport au dollar. La Chine a raté plusieurs objectifs économiques trimestriels, activité industrielle et croissance, et le gouvernement de Pékin voit sans doute une façon supplémentaire de réagir à la chute boursière qui frappe Shanghai depuis plusieurs semaines - l'indice perdant 30% en juillet. A l'annonce de ces modifications le marché a réagi positivement.

Pourquoi dévaluer?

Dans le monde des monnaies-papier dans lequel nous vivons, la monnaie n'est rien d'autre qu'une convention contrôlée par la Banque Centrale dont elle dépend, laquelle fixe les montants en circulation et les taux d'intérêt. Ces deux valeurs déterminent la puissance d'une monnaie-papier par rapport aux autres.

Dévaluer une monnaie revient à en diminuer la valeur et donc son pouvoir d'achat. Les importations deviennent donc plus chères, puisque exprimées dans d'autres devises soudainement plus fortes, alors que les exportations sont rendues plus compétitives puisqu'elles s'expriment dans la monnaie affaiblie. La dévaluation s'apparente donc à une mesure protectionniste.

Malgré les apparences, la dévaluation n'a rien d'une Panacée. Elle correspond en réalité à un affaiblissement généralisé de l'épargne et des dettes, et surtout des salaires locaux. La "compétitivité" acquise par le biais d'une dévaluation s'accomplit donc en particulier sur le dos des salariés.

De plus, la réalité colle rarement à la théorie. Même les pays exportateurs importent massivement et font souffrir des pans entiers de leur économie. Les exportateurs ne sont pas forcément beaucoup plus compétitifs, ne reflétant que rarement l'entier de la baisse de la devise dans leurs tarifs. Les seuls secteurs bénéficiant réellement d'une dévaluation sont ceux de la production agricole et de l'extraction directe de matières premières (par exemple les terres rares ou le charbon pour la Chine) car les coûts de production, principalement les salaires, sont dévalués en même temps que la monnaie. L'impact du coût des importations - carburant, matériel - ne se fait sentir qu'à plus long terme.

On s'en doute, la dévaluation n'amène pas la prospérité sur un plateau. Si c'était aussi simple, les pays avec la monnaie la plus faible seraient les plus riches de la planète. Tout au plus ces modifications de la valeur de la monnaie forcent un réajustement économique faisant des gagnants (l'Etat et souvent les gros propriétaires et actionnaires) et des perdants (le reste de la population).

La guerre des monnaies

Les chancelleries occidentales ont eu beau jeu de critiquer la manœuvre chinoise sur le Yuan, elles font la même chose depuis des années. QE, taux d'intérêt négatifs, rachats par la banque centrale - c'est-à-dire monétisation - de dette souveraine sur le marché secondaire... Les pays occidentaux travaillent sans relâche à affaiblir leur monnaie sans l'avouer.

Dévaluation, inflation, taux négatifs et autres manipulations monétaires sont devenues, si j'ose dire, monnaie courante. Chacune de ces opérations ne peut amener au mieux qu'une bouffée d'air temporaire et des effets secondaires négatifs à long terme. Mais beaucoup de pays n'ont plus d'autre option. Un quart des revenus de l’État japonais sert à payer les intérêts de sa dette...

Étranglés par une croissance atone, une dépense publique en roue libre, un appétit fiscal toujours plus fort que des recettes décevantes ne parviennent pas à combler, les gouvernements sont prêts à tous les expédients pour prolonger le statu quo et éviter la faillite ou la mise en place de véritables réformes impliquant une réduction du périmètre de l’État - les deux revenant quasiment au même.

Dans cette course à qui s'effondrera en dernier, la monnaie joue un rôle central ; si l'affaiblissement d'une monnaie-papier peut donner quelques mois de répit, alors il n'y a plus à hésiter. Chacun y va donc de son "ajustement compétitif", l'objectif avoué étant de se donner une avance économique sur ses concurrents.

Mais s'ils le font tous?

Première victime, la Suisse

L'illustration de l'introduction de cet article ne montre pas le Franc suisse au rang des combattants, sans doute parce qu'il gise démembré sur le sol de l'arène. La guerre des monnaies a déjà fait une victime.

Par amour de l'Union Européenne, par pur suivisme envers la BCE et parce que les mêmes filières économiques enseignent les mêmes théories fumeuses depuis des décennies, la Banque Nationale Suisse s'est naturellement lancée dans la course à la dévaluation - décidant de rattacher le Franc suisse à un euro en perdition en instaurant la politique du taux plancher. Créant des francs ex nihilo pour acheter des euros et faire baisser les cours, ce qui devait arriver arriva. Le bilan de l'institution explosa:

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La masse de CHF en circulation (cliquez pour agrandir)

Après trois ans de ce régime même des banquiers centraux imprégnés d'un délire de toute-puissance furent pris d'un doute: la vague d'euros acquise à coup de francs suisses fraîchement imprimés menaçait de les engloutir... Par un matin de janvier, saisis par un réflexe de survie (beaucoup trop tardif pour nous sauver, rassurez-vous) ils décidèrent soudainement de renoncer. Restent sur leurs bras et les nôtres des milliards d'euros impossibles à écouler.

Depuis, la BNS se débat avec ces montagnes de réserves de change totalement ingérables et dont la variation détruit rapidement l'entier de ses fonds propres. A peine cinquante milliards de francs évaporés dans les six premiers mois de l'année 2015, une paille! En rythme annuel, à peine 15% du PIB national helvétique!!

Le Suisse moyen, totalement ignare en économie - une honte au vu de la réputation du pays en matière de gestion - regarde béatement les milliards s'envoler, gobant tout aussi béatement les bobards rassurants selon lesquels la monnaie suisse est bien gérée. Les autorités se livrent il est vrai à de gros efforts pour masquer la situation désespérée du Franc suisse, mais on sait déjà que les cantons actionnaires peuvent faire une croix sur les milliards de dividendes auxquels ils s'étaient habitués.

Lorsque les fonds propres de la BNS seront épuisés (ce qui devrait arriver à court ou moyen terme) et que les mêmes cantons, c'est-à-dire les contribuables, devront mettre la main à la poche pour recapitaliser l'institution à coup de milliards, beaucoup de gens comprendront alors à quel point ils se sont fait mener en bateau et ruiner par les gardiens du temple.

Mêmes les gauchistes haineux, heureux alors du bon tour fait aux "riches", réaliseront à ce moment qu'en Suisse comme ailleurs l'argent ira en priorité sauver le système monétaire plutôt que financer leurs lubies redistributives... Et leur rire leur restera en travers de la gorge. A n'en pas douter, l'époque sera distrayante. Elle arrive bientôt.

Le champ de bataille du marché des changes

Le FOREX est le théâtre d'opération de cette nouvelle guerre. Toutes les devises majeure - le Dollar, l'Euro, le Franc suisse, la Livre sterling, le Yen et maintenant le Yuan - sont engagés dans une course à l'affaiblissement. Cette trajectoire traduit la volonté de nos gouvernants: des devises valant de moins en moins, pour préserver - disent-ils - l'industrie d'exportation et la compétitivité économique... Oubliant de préciser que cette prétendue compétitivité est acquise sur le dos du pouvoir d'achat des salariés.

Il n'y pas plus hypocrite que ces politiciens prétendant faire œuvre de progrès social à coup de projets sur salaire minimum ou d'aides financières aux plus démunis, et travaillant simultanément à détruire le pouvoir d'achat de la monnaie.

Quoiqu'il en soit, c'est bien sur cette trajectoire que travaillent les principaux banquiers centraux de la planète, la Chine n'étant que le dernier combattant entré en lice. Tous les concurrents cherchant à parvenir au même résultat, seule l'intensité permettra de les séparer: tous feront plus de QE, plus de rachat de dettes, plus de taux négatifs, tout en dénonçant les manœuvres de leurs voisins pour affaiblir leurs devises.

Tout va très bien se passer.