17 janvier 2016

Blocher et le coup d'État silencieux

Vendredi soir l'UDC organisait sa 28e séance de l'Albisgütli. Pareille grande réunion du premier parti politique suisse ne suscite au mieux qu'un désintérêt poli de la part des médias, rapportée par un simple entrefilet dans la presse. Ce n'était toutefois pas le cas cette année, chacun attendant au tournant Christoph Blocher après l'annonce de son retrait de la vice-présidence de l'UDC. Les journalistes salivaient donc à l'idée d'un discours d'adieu, de l'abandon de la vie publique... Les débuts d'année sont toujours riches en vœux!

C'est un Christoph Blocher combatif et plein de verve qui vint à la tribune. Lorsqu'il annonça "Je n’ai pas quitté la vice-présidence pour arrêter le combat, mais pour le commencer," tous les espoirs de faire l'éloge funèbre de la vie politique de cette figure historique suisse se dissipèrent en un instant. Encore raté!

Son discours durant un peu plus d'une heure, il aborda d'autres questions que son non-retrait de la vie politique helvétique. Les reporters étant sur place, ainsi que le président de la Confédératon M. Schneider-Ammann et 1'300 invités et délégués de l'UDC, il était difficile de passer le tout sous silence. Les médias romands tentèrent notamment d'en rendre compte à travers un article de 24heures. Quant à la RTS, pour avoir un vague compte-rendu il fallut attendre le lendemain où un reportage se contenta de tourner en ridicule les propos tenus la veille:

Alain Rebetez, qu'on avait connu plus inspiré, expédia le propos en une phrase: "la volonté du peuple n'est plus respectée en Suisse, on assiste à un coup d'état silencieux et à l'établissement d'une dictature", avant de passer sans transition à la réunion PLR du lendemain où, face à un public conquis, un M. Schneider-Ammann placide put tourner en dérision les propos entendus la veille.

Le grand public en est-il vraiment quitte pour une franche rigolade? Est-il réellement dupe? Peut-on balayer comme une simple anecdote une discussion aussi cruciale sur le fonctionnement du pays, tenue publiquement par un ancien conseiller fédéral?

Alors que les citoyens helvétiques s'apprêtent à voter le 28 février pour l'initiative de mise en œuvre du renvoi des criminels étrangers - un texte visant à forcer le Parlement et le Conseil Fédéral à appliquer réellement une volonté populaire clairement exprimée six ans plus tôt! - il est difficile de prétendre que M. Blocher soit complètement hors sujet. Et, histoire de partir d'une définition:

Un coup d'État est un renversement du pouvoir par une personne investie d'une autorité, de façon illégale et souvent brutale. On le distingue d'une révolution en ce que celle-ci est populaire. Le putsch est un coup d'État réalisé par la force des armes.


Le coup d'État silencieux existe bel et bien ; il suffit d'obtenir le pouvoir et ensuite abuser de sa position, sans forcément exercer de violence visible.

Il y aura bien entendu une bonne partie de la population complètement d'accord avec l'idée de limiter les droits populaires d'une façon ou d'une autre, que ce soit en rendant leur exercice plus difficile, en subordonnant la Constitution aux jugements de la Cour Européenne de Bruxelles, ou simplement en décrétant que tel ou tel texte d'initiative validé par le peuple n'obéit pas à un vague "droit international", dont il n'existe nulle formulation, avant de jeter le tout à la poubelle. Pratique.

Il y a une quinzaine d'années, seules quelques voies solitaires tenaient des propositions aussi iconoclastes. Elles gagnent progressivement en force aujourd'hui. Il faut bien l'admettre, la seule chose qui ait changé entre-temps est le succès régulier de l'UDC en votation. On peut donc dire objectivement que certains n'hésiteraient pas à détruire le mécanisme de la démocratie directe juste pour contrecarrer leurs adversaires politiques - bien que peu d'entre eux osent avouer ces objectifs aussi ouvertement.

Parfaitement défendable dans le cadre d'une discussion, cette démarche reste selon moi profondément anti-suisse dans le sens où elle s'inscrit en opposition directe à tous les principes fondateurs de ce pays tels qu’égrenés dans son histoire et l'article 2 de sa Constitution: "La Confédération suisse protège la liberté et les droits du peuple et elle assure l'indépendance et la sécurité du pays." Changer constitutionnellement les droits du peuple pour les limiter revient en définitive à demander à la Constitution de se saborder elle-même.

Pour le plus grand malheur de nos journalistes superficiels, le discours de M. Blocher lors de l'assemblée de l'Albisgütli est entièrement disponible en ligne et en français. Chacun peut donc juger sur pièce les propos tenus, et les nombreux exemples que cite M. Blocher lorsqu'il parle de coup d'état silencieux - l'accord-cadre avec l'Union Européenne, le refus d'appliquer l'initiative sur l'immigration de masse, le rejet du renvoi des criminels étrangers sur lequel le peuple sera amené à redonner son point de vue le 28 février.

M. Blocher explique que la Suisse est bien davantage menacée par des forces intérieures que par des forces extérieures ; notamment la propension de la classe politique à s'affranchir de ce peuple revêche qui refuse de reconnaître sa supériorité immanente. Je m'étais déjà exprimé précisément sur le même sujet il y a un an et demi lorsque je voyais l'avenir de la démocratie directe s'assombrir et les chemins que prenaient ces affaiblissements. L'ancien conseiller fédéral ne lit probablement pas mes textes mais a simplement fait de son côté la même observation que moi et que bien d'autres: le régime helvétique de la démocratie directe est menacé à tel point que, pour reprendre des termes médicaux, son "pronostic vital est engagé".

Le vote citoyen appartient-il au folklore, une vieille tradition désormais vide de sens? La démocratie directe - que tant de peuples européens nous envient en ces heures sombres - est-elle une singularité dont la classe politique doit débarrasser le pays pour le plus grand bien de la population, et sans lui demander son avis? Nous aurons, très vite, des réponses à ces questions ; lorsque nous voterons sur l’initiative de mise en œuvre par exemple, ou sur celle sur l'autodétermination décrétant une bonne fois pour toute que la Constitution n'a pas à se plier à des traités internationaux, mais au contraire que ces derniers doivent être renégociés en cas d'incompatibilité.

Mieux que le résultat des votes populaires, c'est le comportement des élites médiatico-politiques face aux résultats que chacun devra suivre... Et il se pourrait avant peu que le coup d'État silencieux dénoncé par M. Blocher ne soit plus aussi silencieux que cela.

18 mars 2015

La dernière initiative

C'est avec une immense tristesse que j'ai découvert dans les médias le lancement de la dernière initiative de l'UDC "pour la primauté du droit suisse" - la dernière du premier parti de Suisse, et peut-être la dernière tout court.

On le savait, le projet couvait depuis quelques temps déjà, alors que Christoph Blocher avait annoncé son retrait du Parlement pour s'adresser directement au peuple souverain, l'organe suprême de la démocratie helvétique. Mais tout semble s'accélérer, en particulier les circonstances qui rendent soudainement ce texte terriblement nécessaire.

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Beaucoup, à commencer par moi, auraient aimé que ce texte ne voie pas le jour, non pas à cause d'un désaccord avec son contenu mais au contraire parce qu'il égrène des évidences. Dans une situation normale, il est difficile de démontrer des évidences. Allez non pas expliquer mais démontrer au sens mathématique la commutativité de l'addition à un jeune enfant! Pas simple.

La Constitution helvétique est issue du peuple suisse. La chose est acquise dès son préambule. Tous les autres organes de l'Etat émanent de cette Constitution et sont donc subordonnés à la collectivité des citoyens qui lui a donné naissance. Viennent donc dans l'ordre de priorité des institutions fédérales le Peuple Suisse, puis le Parlement, puis le Conseil Fédéral - chacun étant aux ordres du précédent.

À Berne, la chose a été oubliée depuis longtemps. Le divorce entre le peuple et les partis politiques remonte sans doute à ce "jour noir" de 1992 où la Suisse refusa les fiançailles avec l'Union Européenne, infligeant un affront cinglant à ses élites. Convaincue de dominer un troupeau d'ânes incapables de comprendre le grand ordre des choses, la classe politique œuvre depuis à contourner, museler et finalement se passer de ces citoyens revêches.

Pendant très longtemps la transformation du régime se fit par petites touches, en toute discrétion: une adhésion par la bande à une organisation supranationale présentée comme de peu de conséquences ; la ratification d'un traité tellement flou qu'on le dote d'une cour de "justice" chargée de définir son contenu, lui garantissant une extension à peu près infinie, peu importe l'éloignement du texte initial ; l'abandon de la convertibilité-or du Franc Suisse, préalable à l'adhésion à l'euro ; des jugements de la Cour Européenne des Droits de l'Homme niant sans contestation les dispositions constitutionnelles fédérales ; la disparition des frontières pour que le territoire suisse ne fasse enfin plus qu'un avec celui de ses nouveaux maîtres.

Longtemps le peuple helvétique fit preuve d'une bienveillance coupable, berné et bercé dans l'idée que ses représentants - jamais mot ne fut plus mal choisi - œuvraient dans le sens de l'intérêt commun. Il y avait bien quelques cahots mineurs lors d'un référendum, mais dans l'ensemble rien de bien grave.

Les choses s'accélérèrent de façon notable au tournant des années 2000 puis ensuite lors de la crise de la dette publique de 2008. Désormais, les avancées se font carrément au grand jour, qu'il s'agisse de l'adhésion de la Suisse à la zone euro à travers les manipulations de la BNS ou de la soumission voulue et assumée de la législation du pays à Bruxelles à travers "l'accord institutionnel" concocté par M. Burkhalter, totalement incompatible avec la démocratie directe - et il le sait très bien!

Par ailleurs et en parallèle le gouvernement n'a jamais été aussi sourd aux cris du peuple qui s'incarnent dans un nombre inégalé d'initiatives acceptées: contre les pédophiles, pour le renvoi des criminels étrangers, contre l'immigration de masse... Mais ces initiatives sont ignorées, perverties, détournées autant que le permet la loi et même au-delà. Il ne s'agit pas d'une évolution progressive face à des opinions qui auraient pu changer depuis le précédent scrutin sur le sujet il y a quinze ou vingt ans. L'objectif avoué est d'ignorer les décisions populaires lorsqu'elles contreviennent à la doxa collectiviste et internationaliste des élites.

Parmi tous les pays du monde, il n'y a probablement qu'en Suisse où le respect du moindre traité international suscite une piété quasiment religieuse. Les autres n'hésitent pas à les dénoncer, à les renégocier, ou à rejeter leur ratification. Même dans les rares cas où l'adhésion à un traité supérieur est établie et attestée, comme dans le cas des États-Membres de l'Union Européenne, cette situation est source d'innombrables débats sur les manœuvres possibles au sein du collège. Chaque pays de l'UE n'hésitera pas et n'hésite d'ailleurs pas à tirer la couverture à lui autant que le permettent les textes ; les autres discutent carrément de leur retrait éventuel de l'Union... C'est, tout simplement, le monde réel.

Rien de tel en Suisse où un respect aveugle, soumis et unilatéral aux traités internationaux semble l'incarnation d'une curieuse naïveté alliée à une bêtise stupéfiante. En fait l'attitude obéit à un objectif intérieur assumé: la soumission à l'international est aussi le meilleur moyen de museler la démocratie directe en réduisant progressivement son champ d'application jusqu'à ce qu'il n'en reste rien.

Minée sans relâche depuis vingt ans, la démocratie directe est si vermoulue qu'elle est à deux doigts de l'effondrement. L'initiative pour la primauté du droit suisse vise à restaurer la charpente. La démarche est louable mais s'apparente aussi à un quitte ou double.

Si le texte est rejeté, alors, il en sera officiellement fini de la démocratie directe. C'est une possibilité bien triste mais tout à fait légale ; la démocratie est ainsi faite qu'elle a le droit de voter son suicide. On continuera à voter certes mais sur des choses triviales, la couleur des volets, les dates des vacances scolaires ; le reste sera décidé à Berne (et Bruxelles, et Strasbourg) sans que personne ne puisse y redire quoi que ce soit. La "démocratie directe" sera réduite à un simulacre plus ou moins folklorique.

Mais si le texte est accepté? Les élites, les médias, le Parlement et le Gouvernement accepteront-ils alors de résilier les traités en conflit avec la Constitution suite à diverses votations passées et futures? Vous avez le droit de le penser ; pour ma part je n'y crois pas une seconde. On expliquera que cela nous mettrait en porte-à-faux avec nos partenaires internationaux et puis que tout cela est bien compliqué, et ensuite on ne fera rien.

L'initiative de l'UDC "pour la primauté du droit suisse" est la dernière initiative pour laquelle voter ait encore un sens - à condition que son adoption soit suivie d'effets. Malheureusement, il est sans doute déjà trop tard. Son refus enterrera pour de bon la démocratie directe, mais son acceptation ne fera probablement rien d'autre que révéler à tous que le coup d’état institutionnel a déjà eu lieu.

Le combat pour la restauration de la démocratie directe ne fait que commencer. Il sera long, incertain et difficile, et demandera bien plus qu'une initiative.

13 février 2014

La phrase de trop?

Lors d'une interview dans les colonnes de la Basler Zeitung, invité à expliquer le score relativement faible de l'initiative "Contre l'Immigration de Masse" en Romandie, l'ignoble Christoph Blocher aurait commis l'irréparable au détour d'une petite phrase en affirmant:

christoph blocher,médias"Les Romands ont toujours eu une conscience nationale plus faible."


Le Temps relate les grandes lignes de l'interview en mettant ladite réplique au sommet de l'article - tronquant le reste de l'explication - mais ne va pas plus loin: le journaliste de garde n'a sans doute pas décelé toute l'exploitation possible du scandale.

Rien de tel chez Tamedia où on a plus d'expérience lorsqu'il s'agit de faire du buzz. Devant l'occasion rare de faire payer le tribun tenu pour responsable du choix populaire du 9 février, la rédaction du Matin organisera donc un tollé dans les formes - avec pas moins de quatre articles sur le sujet, puis un cinquième pour récolter les aveux de l'intéressé.

Alors que le président du PS Christian Levrat se ridiculise avec dix propositions-choc pour punir les mauvais Suisses qui ont eu l'audace de contrecarrer la vision européiste des socialistes - pêle-mêle les agriculteurs, les Suisses allemands, les étrangers sous forfait fiscal, les propriétaires de logement dans les régions périphériques... - dans un article qu'il a eu le temps de mûrir et de relire, on préférera s'acharner longuement sur une simple phrase du vice-président de l'UDC, comme s'il cristallisait sur lui toute la rage contenue par une gauche politico-médiatique incapable d'accepter un verdict des urnes n'allant pas dans le "sens de l'histoire". Bouc-émissaire, avez-vous dit?

Mais, pour commencer, y a-t-il vraiment de quoi s'indigner?

"Je n’ai jamais dit que les Romands sont de mauvais patriotes, et d'ailleurs je ne le pense pas non plus. Lorsque j’évoque "une conscience nationale plus faible" du côté de la Suisse romande, je fais référence à l’Histoire. En Suisse alémanique, on est très attaché à l’histoire suisse et au souvenir des premiers cantons de la Confédération qui se sont liés il y a plus que 700 ans. Par contre, les Romands se déclarent "plus ouverts". En 1992 ils étaient en majorité en faveur de l'adhésion à l'UE et nous traitaient "d'isolationnistes". Ce que je veux dire par là, c'est que les Romands ne se battent pas tellement pour l’indépendance."


Les Romands, férus de conscience nationale? Cela ne correspond pas tellement à mon expérience. "Genève n'est pas la Suisse", me rappelaient avec insistance, en guise de patriotisme, plusieurs Genevois de mes connaissances. "Les Vaudois ne se sont jamais battu pour leur indépendance, leur autonomie leur a simplement été offerte par Napoléon pour contrarier les Bernois alors qu'il envahissait le pays" m'expliqua, en guise d'amour de la liberté, un Vaudois féru d'histoire lors du bicentenaire du canton. Et de m'apprendre que le Major Davel ne fut célébré comme héros que longtemps après sa mort...

En revanche, combien de Romands m'avouèrent leur admiration pour la France, ce "grand et beau pays" - quoique son étoile ait légèrement pâli depuis quelques années - face à cette Suisse si étroite d'esprit, ringarde et étriquée! Combien de mots n'ai-je entendu contre les Suisses-totos, obstacles à tous les rêves de grandeur d'une Romandie ouverte sur le monde! Pendant combien d'année les Romands regrettèrent que les Alémaniques les aient empêché de devenir européens!

Mais admettons que le vieux lion de l'UDC se soit fourvoyé à cause de son mépris supposé à l'égard des Romands. Je suggère alors une réaction à mes concitoyens: montrons-lui à quel point il se trompe. Que la Suisse romande s'illustre désormais par son patriotisme sans faille! Qu'elle en impose à ces Suisse-allemands d'outre-Sarine! Qu'elle prouve à quel point elle a à cœur les intérêts du pays dans son ensemble, de Vernier au Couvent bénédictin de Müstair! Qu'elle affiche sa fierté d'être suisse dans ses paroles et ses actes! Qu'elle oblige le reste du pays à prendre acte de son sens indiscutable de l'intérêt général! Je ne demande pas mieux!

Et, puisque nous sommes dans le contexte du vote contre l'immigration de masse, la Romandie a immédiatement une carte à jouer: prouver à quel point elle respecte le verdict démocratique venu de Suisse alémanique et du Tessin, en acceptant l'initiative sans arrière-pensée!

Y a-t-il meilleur moyen de montrer à tous l'intensité de sa conscience nationale?

28 mars 2012

La Suisse s'offre un procès politique

En s'attaquant ouvertement - et avec raison - au Président de la Banque Nationale Suisse, Christoph Blocher s'est fait de puissants ennemis. Aujourd'hui, ils sortent du bois, pensant disposer d'un levier permettant d'envoyer pour de bon le tribun helvétique en prison.

Tiennent-ils enfin un moyen de faire taire leur bête noire? Ce n'est pas sûr.

"Du délit d'initié à la chasse aux sorcières", écrivais-je il y a quelques mois en publiant un billet relatant l'affaire Hildebrand. Je pensais naïvement que le dossier s'était conclu avec le départ du président de la BNS Philipp Hildebrand, démasqué dans une affaire de spéculation sur le marché monétaire totalement indigne de sa fonction. Les révélations s'étaient succédées petit à petit, rendant les mensonges du banquier intenables et l'acculant finalement à la démission (qu'on se rassure pour lui, il ne finira pas sous un pont).

Revenons sur le déroulement chronologique de l'affaire:

  1. Reto T., informaticien de la banque Sarasin, détecte des opérations sur devises sur le compte du président de la BNS. Il est si scandalisé par ce qu'il voit qu'il décide de prendre des photos de ces opérations avec son téléphone portable.
  2. Les extraits bancaires sont transmis à l'avocat et député thurgovien Hermann Lei. Voyant le côté explosif du scandale, il décide en toute discrétion de faire remonter l'affaire au gouvernement. Il s'adresse à Christoph Blocher, élu au Conseil National, comme intermédiaire.
  3. Christoph Blocher informe Micheline Calmy-Rey, alors présidente de la Confédération, des transactions suspectes menées par le couple Hildebrand. Pas de réaction.
  4. L'affaire est portée devant les médias. La polémique s'emballe. D'un côté, les noms des informateurs (Reto T., Herman Lei et Christoph Blocher) sont livrés à la presse où ils sont dénoncés comme des "agresseurs" contre la Banque Nationale Suisse et sa politique ; mais de l'autre, la polémique sur son président ne désenfle pas. Même si tout un chacun insiste lourdement sur la "légalité" des opérations au vu de la règlementation lacunaire de la BNS, le manque d'éthique et la perte de crédibilité de Philipp Hildebrand l'amènent à jeter l'éponge. L'affaire s'arrête là - même si le directeur n'est pas le seul en cause!

fm_blocher_23434534.jpgDéjà à l'époque, j'avais noté que la colère des médias et de certains membres de la classe politique semblait bien plus dirigée vers le messager Christoph Blocher que contre les autres protagonistes de l'affaire, y compris le banquier central indélicat. L'étape suivante de la chasse au sorcière a été franchie avec l'implication de la justice zurichoise. Le conseiller national a été formellement inculpé lundi dernier pour "violation du secret bancaire". Cette notification a été suivie le lendemain de deux perquisitions, l'une au domicile de M. Blocher sur les hauts de Herrliberg, l'autre au siège d'une de ses sociétés, Robinvest, à Männedorf (ZH).

Le politicien se défend en invoquant l'immunité parlementaire. Les éditorialistes et les commentateurs anti-Blocher s'en donnent à coeur-joie. On discutaille de l'éventuelle immunité, on se réjouit que les documents saisis permettent éventuellement de trouver d'autres moyens de jeter M. Blocher en prison... Ils ont senti l'odeur du sang et cachent mal leur désir de se débarrasser de lui.

Mais que lui reproche-t-on au juste? D'après l'ancien procureur Peter Cosandey:

La Loi sur les banques prévoit jusqu'à trois ans de privation de liberté et des peines pécuniaires pour qui viole le secret bancaire. Elle s'applique en premier lieu au «dépositaire du secret», soit dans le cas présent à l'ex-informaticien de la Banque Sarasin. Ceux qui aident le dépositaire peuvent néanmoins être poursuivis en vertu des articles 24 et 25 du code pénal. L'article 47 de la loi fédérale sur les banques prévoit aussi la possibilité de punir celui qui «incite autrui à violer le secret professionnel». Une disposition qui vaut également si cette incitation reste sans résultat.

 

M. Blocher a-t-il trahi le secret bancaire? Alors même que le premier parti de Suisse défend bec et ongles ce qu'il en reste, l'idée semble cocasse. Mais elle ne résiste pas à l'analyse. Seul l'employé de la banque Sarasin, avec l'accès aux données, a pu se rendre coupable d'un tel crime. Quant à l'unique alternative impliquant directement Christoph Blocher - l'idée qu'il ait pu être le commanditaire de ce vol - elle ne tient pas debout. Aucune information ne fait état de relations entre M. Blocher et Reto T. avant l'affaire. Et si tel était le cas, pourquoi s'embarrasser d'Hermann Lei comme intermédiaire?

Peut-être le ministère public est-il parti à la pêche à ce genre de preuve en perquisitionnant chez l'élu zurichois? La perquisition étant l'équivalent légal du cambriolage, la brutalité de ces violations de domicile pour rechercher des traces de simples conversations datant de plus de trois mois fait hausser quelques sourcils. Quand même Christian Levrat, président du Parti Socialiste suisse, admet que "[M.] Blocher a agi correctement, en rapportant au Conseil fédéral, respectivement à la présidente de la Confédération, les informations sur les opérations en devises menées en privé par Hildebrand", on ne peut guère dire que les faits reprochés à M. Blocher fassent l'unanimité.

Une fois mis dans la confidence d'un risque de délit d'initié de la part du président même de la BNS, Christoph Blocher s'est retrouvé dans une situation impossible. Soit il taisait l'affaire et devenait complice, soit il la remontait aux autorités compétentes (enfin, façon de parler) mais s'exposait alors à des mesures de rétorsion si son nom était révélé au public. Évidemment, il choisit vaillamment la seconde solution et évidemment aussi, quelques fuites soigneusement organisées eurent tôt fait de le désigner comme informateur. Les médias et les autorités sont étonnamment peu curieux sur cet aspect de l'affaire.

L'acharnement judiciaire à l'encontre de Christoph Blocher ne semble pas loin. Plusieurs pistes plaident en ce sens. Bien qu'on l'ait cru un moment, l'homme politique mis en examen lundi dernier ne savait pas qu'il ferait l'objet d'une perquisition le lendemain. Mais alors, qui a donc mis au courant les journalistes de 10 vor 10, le journal du soir de la télévision alémanique, de perquisitions chez lui avant même qu'elles n'aient lieu?

Il y a pire. Vendredi, l'un des deux Procureurs Généraux de Zürich s'est un peu trop lâché dans un bar:

Depuis la table d'à côté, vendredi dernier au Horse Pub de Bülach (ZH), des témoins n'ont pas perdu une bribe des propos tenus derrière une bière par Martin Bürgisser (PRD). Normal, il s'agit d'un des deux procureurs généraux de Zurich et il s'exprime sur l'affaire qui est dans tous les esprits: les perquisitions menées le mardi précédent chez Christoph Blocher et la question épineuse de son immunité parlementaire.

L'un des témoins aurait fait aussitôt un rapport circonstancié de la scène à Christoph Mörgeli (UDC, ZH). Ni une ni deux, l'élu UDC zurichois a diffusé partout une lettre recommandée adressée au procureur Bürgisser. Il y dénonce une violation du secret de fonction pour avoir dit à ses amis sportifs - et aux autres clients du pub - que la levée de l'immunité parlementaire de Christoph Blocher allait être demandée avant mercredi.

[Le procureur bavard] aurait affirmé que si l'ex-conseiller fédéral devait tomber dans cette affaire, ce serait la ruine de l'UDC et que, du coup, c'en serait fini aussi, «enfin», pour Christoph Mörgeli.

 

Mis en cause, le procureur zurichois Martin Bürgisser a nié le viol du secret de fonction, minimisé l'affaire, et démenti le moindre propos désobligeant à l'encontre de MM. Mörgeli et Blocher et de l'UDC. Malheureusement pour lui, le témoin de la scène n'est pas le premier venu -  nul autre que le député UDC au Grand Conseil zurichois Claudio Schmid! - et son compte-rendu de la discussion entre M. Bürgisser et ses amis a été corroboré par un deuxième témoin...

Depuis, Martin Bürgisser avoue avoir "manqué de la sensibilité nécessaire" en abordant l'affaire dans un bar - façon peu élégante de dire qu'il regrette seulement de s'être fait attraper.

A peine constituée, la commission de l'immunité devra faire face à un dossier épineux. M. Blocher a-t-il agi dans le cadre de son travail de parlementaire? Etait-il couvert au moment des faits? Ces questions ne trouveront leur réponse que dans quelques mois. La temporisation sera bienvenue face à une justice zurichoise brûlant les étapes et soudainement prise de frénésie:

Après la perquisition, Christoph Blocher a immédiatement fait valoir son immunité parlementaire, bloquant la procédure. Toutes les pièces saisies sont sous scellés, donc inutilisables tant que la question de l’immunité n’est pas tranchée par le Parlement. Est-ce une erreur du procureur de ne s’être pas préoccupé de ce statut plus tôt? Beaucoup le pensent. Avocat et conseiller national UDC, Yves Nidegger se pose ainsi la question de «l’ordre dans lequel les choses ont été faites». Pour lui, le ministère public a mis la «charrue avec les bœufs», avec pour résultat de ne pas pouvoir utiliser le matériel saisi.

Sur les ondes de la RTS La 1ère, l’avocat genevois Marc Henzelin s’est aussi dit «étonné que le ministère public zurichois n’ait pas pris plus de précaution avant»! Il y voit un problème de procédure, mais aussi de proportionnalité. «Nous n’avons pas affaire à un crime mais à un délit qui concerne une présumée complicité dans la fuite de certains documents, estime-t-il. La démesure entre l’acte soupçonné et l’intrusion qu’est une perquisition est assez choquante.»

 

Le fait que la cible de toutes ces attentions s'appelle Christoph Blocher ne peut être qu'une coïncidence, bien entendu.

On a coutume de dire qu'il a une justice pour les puissants et une autre pour le commun des mortels; mais en Suisse, l'UDC semble elle aussi avoir droit à sa justice d'exception.

04 janvier 2012

Du délit d'initié à la chasse aux sorcières

"Christoph Blocher aurait dénoncé le patron de la BNS", titrait le Matin le premier janvier - comme si l'auteur de la dénonciation visant le président de la Banque nationale suisse Philipp Hildebrand avait plus d'importance que l'accusation proprement dite.

Depuis plusieurs jours, les nouvelles autour de cette affaire sont rapportées de la même étrange façon. Les journalistes ne s'inquiètent guère d'un éventuel délit d'initié du chef de la BNS, mais se réjouissent à l'idée que le Conseiller national UDC puisse avoir des ennuis. Il aura fallu attendre mardi pour qu'une dépêche de l'AFP de Marie Noëlle Blessig relate enfin les faits dans le bon ordre.

Philip_Hildebrand.gifLe 15 décembre, un informateur dévoile à Micheline Calmy-Rey, Présidente de la confédération, des transactions sur devises effectuées par la femme du président de la BNS. Mme Kashya Hildebrand, Américaine d'origine pakistanaise, dirigeant une galerie d'art à Zürich, aurait acheté 500'000 dollars américains le 15 août, à un moment où le franc suisse était au sommet.

Trois semaines plus tard, la BNS fixe un "taux plancher" du franc suisse à 1,20 CHF pour un euro (sujet traité ici même) en dévaluant le franc suisse. La monnaie helvétique dévisse de 10% dans la journée, mais s'était déjà affaiblie alors que les rumeurs d'une intervention de la BNS allaient bon train. Pour ceux qui ont acheté de la monnaie étrangère au bon moment, la plus-value s'établit entre 10 et 20%.

Dans le contexte du franc fort, ces opérations de change sont explosives. La femme du président pouvait-elle tout ignorer du futur de la politique de son mari, qui affaiblirait le franc moins d'un mois plus tard?

Aussi peu crédible soit-elle, les enquêteurs privilégient immédiatement la piste de la naïveté chanceuse. Le cabinet PricewaterhouseCoopers et le Contrôle fédéral des finances ne trouvent aucune transaction illicite (était-ce seulement le sujet?) mais surtout "aucune exploitation impropre d'informations privilégiées."

Il est vrai que la proximité entre les protagonistes rend inutile la présence de traces écrites...

La BNS, présidée par M. Hildebrand, conclut donc joyeusement que l'achat opportun de dollars par Mme Hildebrand - ancienne trader de son état - est "absolument conformes aux exigences réglementaires."

On se réjouit pour elle.

Mais notre affaire ne s'arrête pas là. Une fois blanchi par ses propres consultants et ses diligents services, le président de la BNS passe à la contre-offensive, envisageant de déposer plainte pour violation du secret bancaire. Et il dispose de ses propres alliés. Le nom de Christoph Blocher est ainsi livré à la presse alémanique:

M. Blocher aurait été averti de ces opérations sur de devises par ses bons contacts dans les milieux bancaires, notamment à la Banque Sarasin, de Bâle, qui aurait effectué les transactions et où l'on se refuse à tout commentaire.

 

On se refusait, plutôt. Depuis hier soir, les fils se sont déliés. Sans grande surprise, c'est un employé de la banque Sarasin, choqué par les transactions de la famille Hildebrand, qui aurait décidé de son propre chef de rapporter les documents et de les confier à un avocat "proche de l'UDC". Lequel aurait fait passer les pièces à Christoph Blocher, qui aurait ensuite transmis le dossier explosif à la présidente de la confédération, la très socialiste Micheline Calmy-Rey.

Résumons.

  1. Nous avons un soupçon de délit d'initié impliquant rien de moins que le directeur de la Banque Nationale Suisse et sa femme. Si l'affaire s'est soldée par un non-lieu, on peut être surpris par la rapidité et la légèreté du verdict. Tant que le public n'aura pas accès à l'ensemble des pièces (notamment les montants en jeu) il sera difficile de se faire une idée. Rappelons que les transactions ont été suffisamment choquantes aux yeux d'un employé de banque privée pour qu'il joue - et perde - sa propre carrière professionnelle en transmettant les documents nécessaires à cette plainte.

  2. Même si les opérations monétaires montées par la famille Hildebrand sont légales, elles ne sont en aucun cas morales. Il paraît inconcevable que les proches du président de la BNS soient autorisés à spéculer sur les monnaies alors que lui-même influe directement sur la valeur du franc suisse. Bizarrement, peu de journalistes s'inquiètent de cet aspect de l'affaire.

  3. Les médias ne se sont concentrés que sur l'implication de Christoph Blocher dans l'histoire, salivant à l'idée qu'il puisse être poursuivi pour violation du secret bancaire. Blocher, Blocher, Blocher - le stratège de l'UDC est définitivement l'homme à éliminer par tous les moyens. Qui veut abattre son chien l'accuse de la rage, dit le proverbe. Transposé à Christoph Blocher, il faudrait rajouter la gale, la syphilis et la lèpre pour avoir une petite idée de l'envie des médias et de la classe politique de se débarrasser de lui.

  4. Christoph Blocher a agi de façon totalement intègre, en transmettant les pièces en sa possession à qui de droit et en protégeant ses sources. On ne peut pas en dire autant de toute la chaîne. Par quels moyens son nom s'est-il retrouvé dans les médias? Une indiscrétion d'un membre du Conseil Fédéral semble l'hypothèse la plus plausible. On pense tout de suite à Micheline Calmy-Rey, qui s'est déjà faite remarquer pour son peu de respect du secret.

Dans un pays où des syndicalistes se plaignent du manque de protection des "lanceurs d'alerte" (Whistleblowers), l'exposition à laquelle ont eu droit les intermédiaires et l'employé de la Banque Sarasin fait réféchir. Mais on devine le deux-poids deux-mesures: la protection des plaignants et des témoins ou la confidentialité ne s'appliquent pas quand elles visent à protéger une personnalité controversée comme Christoph Blocher.

Restent enfin les soupçons pesant sur Philipp Hildebrand. Le président de la BNS aura beau être blanchi par le sérail et un règlement très souple remontant à une époque où on attendait des directeurs de la BNS une certaine éthique, le doute plane. Il serait bien avisé de demander à sa tendre ex-trader d'épouse de cesser de spéculer sur les monnaies le temps de son mandat. Au vu de son modeste salaire, le couple n'a certainement pas besoin de tels expédients pour boucler les fins de mois.

Aujourd'hui, la Tribune de Genève parle d'un pétard mouillé. Si M. Blocher s'était enrichi de façon douteuse mais légale alors qu'il était Conseiller Fédéral, le traitement médiatique de l'affaire aurait-il été identique?

Mise à jour (4 janvier): apparemment, il y a bel et bien anguille sous roche.

[La Weltwoche] avance les points suivants, dans l'ordre, en avance sur son édition à venir du 5 janvier de demain jeudi:

Le compte dont il est question est au nom de Philipp Hildebrand, et non pas à celui de sa femme Kashya Hildebrand. Les ordres d'achat ont été donnés par le président de la BNS lui-même, indique la Weltwoche.

M. Hildebrand a réalisé plusieurs transactions entre mars et octobre 2011. Il s'agit par exemple pour mars d'achats de 1,1 mio USD.

Le 15 août 2011, soit trois semaines avant que le taux plancher CHF/EUR ne soit fixé, M. Hildebrand a acheté en deux tranches pour 400'000 CHF, soit 504'000 USD, au cours de dollar à 0,7929.

Le 4 octobre 2011, trois semaines après la fixation du taux plancher, M. Hildebrand a réalisé cette position en dollar avec un gain de 75'000 CHF, au cours de 0,9202 USD pour 1 CHF. (...)

Ces nouvelles révélations de la "Weltwoche" concernant les transactions litigieuses du président de la BNS Philipp Hildebrand ne sont pas encore confirmées, a indiqué pour sa part ATS.

 

Mise à jour (7 janvier): comme on pouvait s'en douter, l'affaire tourne à l'eau de boudin. Tout le monde est prêt à pardonner à ce pauvre M. Hildebrand et à s'en prendre au vilain Blocher, coupable d'avoir gâché les voeux de nouvel an.

Plus intéressant, la BNS vient d'émettre un nouveau règlement pour encadrer un peu mieux (c'est un euphémisme) les transactions financières de ses membres; tout achat de monnaie de plus de 20'000 CHF devrait être soumis à l'approbation d'un comité.

On pouvait s'attendre à un tel resserrage des vis; mais on notera que M. Hildebrand se situait au-delà des nouvelles limites en spéculant entre dollars et francs suisses. En d'autres termes, les instances de la BNS estiment clairement que les transactions de son directeur étaient abusives et ne seraient plus tolérables aujourd'hui.

Mise à jour (9 janvier): M. Hildebrand démissionne avec effet immédiat, et ce juste avant son audition devant la commission de l'économie du Conseil national, prévue à 16h.

Tout blanchi qu'il était! Bizarre.

Mise à jour (10 janvier): Plus on creuse, plus on trouve... d'après la TSR, M. Hildebrand aurait été forcé à démissionner. Et pas pour rien, citant le Blick:

Les onze membres du conseil de la Banque nationale suisse ont menacé Philipp Hildebrand de démissionner en bloc, s'il ne s'en allait pas. Il semble que ces onze membres aurait reçu vendredi dernier la copie d'un mail qui les a plongés dans un abîme de perplexité. Un mail qui prouverait que c'est effectivement Kashya Hildebrand, la femme de Philipp Hildebrand qui a acheté des dollars en août dernier, mais que l'idée de cet achat venait de Hildebrand lui-même.

 

Mise à jour (19 janvier): la presse nous apprend que l'extrait de compte publié dans la Weltwoche serait un "faux". En fait, plutôt un simple montage pour placer les information de trois feuilles différentes sur une seule page. Cela ne change strictement rien à l'affaire, on s'en doute, mais permet à la presse (notamment romande) de se lancer dans un nouveau round de prises de position pro-Hildebrand et anti-UDC comme si on était encore début janvier, quand le directeur de la BNS était toujours en poste.

Indécrottables, je vous dis!

20 novembre 2010

Sous-Marins, Dictateurs et tutti quanti

Un "sous-marin", c'est ainsi que Géraldine Savary évoque l'arrivée de Christoph Blocher au sein de la Basler Zeitung, engagé comme "expert" pour redresser la situation désastreuse du journal bâlois. Et de se lancer dans une tirade sur les dangers d'un journalisme acquis à une cause politique portant menace à notre démocratie, Blocher-Dassaut-Sarkozy-Berlusconi même combat. Rien que ça.

Je n'ai rien contre ce genre de posture, on sait très bien que le journalisme professionnel ne saurait qu'être orienté à gauche. Le journaliste de droite est un Dahu médiatique. Mais tout de même, lire ce genre de "craintes" de la main de Géraldine Savary, Conseillère aux Etats socialiste et disposant de sa tribune libre dans les colonnes du Matin, cela prête à sourire. A sous-marin, sous-marin et demi... Oh, et un autre sujet sur le même thème. Peut-être pour le prochain billet de Mme Savary?

kada.pngCachez ce Dictateur que je ne saurais voir, pourrait dire le Conseil Fédéral. Encore plus prude que la FCC américaine face à un sein de Janet Jackson, le Ministère Public de la Confédération a décidé d'assigner Eric Stauffer en justice. Sa faute? Avoir placé sur des affiches du MCG une photo de Muammar Kadhafi avec le texte suivant: "Il veut détruire la Suisse". La photo n'était pas trafiquée, le texte se référait à une déclaration en ce sens du leader de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire socialiste devant l'ONU (on a vu mieux question discrétion) et le peuple genevois, fort sensible, a été heureusement privé du spectacle: l'affiche a été caviardée (découpée) avant son affichage. Il n'y a donc pas grand-chose dans le dossier, à part une publicité gratuite et une tribune pour le MCG, comme d'habitude. Mais M. Stauffer est tout de même menacé de trois ans de prison!

Et Yves Nidegger, conseiller national UDC de Genève de résumer ce qui va se passer: "En faisant du foin autour de cette affiche, le gouvernement genevois n’a fait que donner des arguments supplémentaires aux Libyens qui sont déjà assez créatifs. La procédure va probablement échouer. Je ne vois pas en quoi l’affiche est outrageante. Stauffer ne sera pas condamné. Et cela fournira des arguments à la Libye pour dire que la justice suisse méprise la Libye. Tout ceci est tellement prévisible." L'analyse me paraît juste.

Eh oui, quand on joue les censeurs, on se retrouve souvent ridiculisé. Mais le Conseil Fédéral n'avait peut-être pas encore subit assez d'outrages de la Libye? Pas sûr qu'il comprenne cette fois encore.

L'Initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers pourrait franchir la barre et cela crée la panique. Un dernier sondage la crédite le Oui de 54% des suffrages: à un jet de pierre de la votation, rien n'est joué ni dans un sens ni dans l'autre. Les médias font donc feu de tout bois et grillent leurs dernières cartouches. Le Temps livre une analyse sociologique qui essaye, sans réussir, de faire passer les partisans du renvoi pour des gros abrutis incultes; mais, hélas, il ne trouve pas de corrélation significative entre le soutien à l'initiative et la présence (ou plutôt l'absence) de livres à la maison. Pourtant, on sait bien que les membres de l'UDC savent à peine lire et écrire, n'est-ce pas! Sans doute les 39% de Verts et 38% de socialistes d'accord avec l'idée d'expulser les étrangers qui commettent des crimes graves font-ils monter la moyenne...

Pendant ce temps, en Europe, l'Irlande continue à crier que tout va bien mais commence à souffrir d'une extinction de voix. Et l'Europe d'une extinction de fonds, en même temps. En cas de "contagion" dans le reste de la zone euro - un scénario très vraisemblable - "les 750 milliards du fonds de stabilisation européen et du FMI ne suffiront plus", souligne Bruno Jacquier, économiste à la Banque Privée Edmond de Rothschild. Pour la zone euro, l'hiver sera chaud.