27 octobre 2016

Le chant du cygne de la classe moyenne

La dernière enquête du Matin Dimanche sur les difficultés de la classe moyenne en Suisse montre que la classe moyenne se sent "piégée" - un sentiment que beaucoup de compatriotes doivent éprouver ces temps en tentant de jongler avec leurs assurances-maladie dans l'espoir de diminuer la facture. Reposant sur des statistiques de l'OFS, le constat est implacable: "Impôts, assurances, loyers, difficultés d’accès à la propriété, de partout les coups pleuvent sur les ménages suisses."

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Ces coups sont d'autant plus douloureux qu'une proportion élevée des ménages n'a plus les moyens de résister au moindre imprévu. Un quart des familles de la classe moyenne inférieure serait incapable de faire face à une dépense de 2500 francs, comme des réparations sur un véhicule âgé. Car la classe moyenne est pressée comme un citron et sent sa prospérité lui échapper:

Au sentiment d’oppression que déclenche ce manque de réserves s’en ajoutent d’autres. La lourdeur des impôts, celles des assurances, notamment avec la hausse des primes d’assurance-maladie qui ont bondi de près de 160% depuis 1996. Sans compter les loyers, qui ont grimpé de 20% entre 2000 et 2010. Ou le marché immobilier, devenu inaccessible pour les jeunes familles.


Le collier est en place, et il serre.

On ne pourra pourtant guère crier au scoop. Les journalistes du Matin Dimanche n'ont découvert que l'eau chaude. Les statistiques de l'OFS sont publiées tous les ans et cette évolution n'a rien d'une nouveauté. Il est d'ailleurs intéressant de mettre ces soudaines révélations en perspective avec une étude d'Avenir Suisse remontant à 2012, où on évoquait alors une classe moyenne encore aux prises avec une simple "désillusion". Le Temps, à l'époque, résumait l'affaire en disant que "l'action de l’État contribue fortement au nivellement vers le bas dont souffre la classe moyenne suisse".

L’État? Ce géant bien intentionné redistribuant aux uns et aux autres? Parfaitement! Tout simplement parce que cette redistribution prend sa source dans les prélèvements de L’État sur les revenus de la classe moyenne, justement. On a déshabillé Pierre pour habiller Paul, comme d'habitude. Avenir Suisse concluait sur des enseignements politiques limpides:

Toute politique sur mesure pour la classe moyenne est vouée à l’échec, vu la grande hétérogénéité de celle-ci. Il n’est en tout cas pas utile d’augmenter les transferts, vu que les mesures en faveur de la classe moyenne sont largement payées par la classe moyenne elle-même. Une meilleure manière d'aider cette classe serait d’alléger ses charges fiscales et sociales. L’État est aussi invité à démêler et à simplifier le fouillis de subventions, allocations et autres rabais, qui résultent de bonnes intentions mais dont les effets peuvent être incohérents.


On voit avec quel enthousiasme la classe politique suisse s'est empressée d'ignorer ces conseils de bon sens depuis... Tout en persistant dans ce qui a amené la classe moyenne à s'étioler progressivement. Car rien n'est plus risible que la ronde des politiciens de la plupart des partis autour de ce constat, alors qu'ils en sont les principaux responsables. Le tour d'horizon est vite fait:

  • Impôts et taxes: la gauche et le centre-gauche voient dans la fiscalité une manne inépuisable et n'hésitent pas à hausser la TVA à la moindre occasion.
  • Assurances-maladie: Merci à la LAMal de Mme Dreifuss, qui n'en finit pas d'étrangler les familles! Et les socialistes responsables de ce désastre ne proposent rien de mieux que de plafonner les primes en fonction du revenu... Ce qui fera revenir la différence sous forme d'impôt.
  • Énergie: merci aux Verts et à leurs valets dans d'autres partis, toujours d'accord pour limiter les options des particuliers en matière de chauffage et hausser les taxes au point de faire payer l'énergie en Suisse au tarif le plus élevé d'Europe, alors que partout ailleurs son prix s'est effondré.
  • Loyer et marché immobilier: toujours cette différence entre offre et demande qu'aucune tentative d'encadrement des loyers ne parviendra jamais à juguler. La pression démographique est toujours aussi forte mais les partis politiques hors UDC ont rivalisé de félonie pour refuser d'appliquer l'initiative contre l'immigration de masse approuvée par le peuple.

Oubliez les discours des uns et des autres, la classe politique actuelle est le pire ennemi de la classe moyenne. Le résultat est là aujourd'hui: la Suisse est en panne et sa classe moyenne meurt peu à peu.

Rien ne changera tant que les électeurs continueront à voter pour leurs bourreaux.

30 janvier 2015

USA: cette classe moyenne qui va si mal

"Vous prétendez que les chiffres de la reprise américaine sont arrangés, pourriez-vous apporter des preuves pour être crédible ?" demande, en commentaire, un internaute qui a du mal à accepter l'idée que l'échec de la reprise économique américaine a provoqué la défaite du camp démocrate aux élections de Midterm en 2014.

Mais pareil sujet mérite amplement un billet entier - d'autant plus que le travail de mesure a été fait dans les grandes largeurs par Michael Snyder sur son blog.

Voilà donc une traduction des 27 signes qui montrent ce que la classe moyenne a enduré sous 6 ans de présidence de Barack Obama. Que tous ceux qui prétendent ensuite que l'économie (hormis la bourse dopée à l'argent gratuit de la FED) et la population américaine se portent mieux amènent des preuves pour être crédibles...

Mais laissons la parole à Michael Snyder.

 


 

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Pendant son discours sur l'état de l'Union jeudi soir, Barack Obama va promettre [NdT: le billet est du 18 janvier] une vie meilleure pour les familles de la classe moyenne. Bien entendu, il a déjà promis cela lors de tous ses discours précédents sur l'état de l'Union, mais apparemment il croit qu'il y a encore des gens ici-bas pour prendre ses paroles pour argent comptant. Chaque mois de janvier, il vient à la tribune et nous raconte comment l'économie "se remet" et nous incite à croire que les jours heureux nous attendent au détour du chemin.

Et pourtant les choses continuent à empirer pour la classe moyenne. Les chiffres que vous allez voir ne seront pas mentionnés dans le discours sur l'état de l'Union d'Obama. Ils ne collent pas avec la "trame narrative" qu'Obama essaye de faire avaler au peuple américain. Mais toutes ces statistiques sont précises. Elles brossent le portrait d'une classe moyenne en voie de disparition.

Certes, le déclin de la classe moyenne américaine est un phénomène qui se déroule depuis des décennies, mais les troubles se sont sans aucun doute accélérés pendant les années Obama. Lorsqu'il s'agit d'économie, il est complètement et définitivement paumé, et les politiques qu'il a mis en place grignotent les fondements de l'économie américaine comme un cancer. Voici 27 faits qui montrent comment la classe moyenne s'en est sortie après six années de Barack Obama...

#1 Les familles américaines dans les 20% du centre de cette tranche de revenus gagnent moins d'argent maintenant qu'elles n'en gagnaient le jour où Barack Obama est entré pour la première fois à la Maison Blanche.

#2 Les familles américaines dans les 20% du centre de cette tranche de revenus ont un patrimoine moyen inférieur à ce qu'elles avaient lorsque Barack Obama est entré pour la première fois à la Maison Blanche.

#3 Selon un article du Washington Post publié il y a quelques jours seulement, plus de 50% des enfants dans les écoles publiques américaines viennent de foyers pauvres. C'est la première fois que cela arrive depuis au moins 50 ans.

#4 Selon un rapport du Census Bureau récemment publié, 65 % des enfants aux États-Unis habitent dans un foyer qui reçoit de l'aide du gouvernement fédéral sous une forme ou une autre.

#5 En 2008, le nombre total de faillites a excédé le nombre total de créations d'entreprises pour la première fois jamais enregistrée, et cela a continué chaque année depuis.

#6 En 2008, 53% de tous les Américains se considéraient comme faisant partie de la "classe moyenne". Mais en 2014, seuls 44% d'entre eux considèrent encore en faire partie.

#7 En 2008, 25% de tous les Américains dans la tranche d'âge des 18-29 ans se considéraient comme faisant partie de la "classe défavorisée". Mais en 2014, une proportion étonnante de  49% d'entre eux considère en faire partie.

#8 Traditionnellement, l'accession à la propriété était un des indicateurs-clef de l'appartenance à la classe moyenne. Alors, qu'est-ce que la chute pendant sept ans de suite du taux de propriétaires peut nous enseigner sur les années Obama?

#9 Selon une enquête conduite l'année dernière, 52% des Américains ne pourraient plus se payer la maisons dans laquelle ils vivent actuellement.

#10 Après avoir intégré l'inflation, le revenu médian des foyers aux États-Unis est 8% plus bas qu'il n'était lorsque la dernière récession a débuté en 2007.

#11 Selon un sondage récent, 62% des Américains vivent actuellement de mois en mois [NdT: sans mettre le moindre centime de côté.]

#12 En ce moment, un adulte sur trois aux États-Unis a une dette impayée "en cours de recouvrement".

#13 Quand Barack Obama a mis le pied dans le Bureau Ovale, 60,6% des Américains en âge de travailler avaient un emploi. Aujourd'hui, ce nombre s'est tassé à seulement 59,2%...

Employment Population Ratio 2015

#14 Pendant que Barack Obama était à la Maison Blanche la durée moyenne de chômage entre deux emplois aux Etats-Unis est montée de 19,8 semaines à 32,8 semaines.

#15 C'est difficile à croire, mais une proportion stupéfiante de 53% des employés américains gagne moins de 30'000 $ annuels.

#16 A la fin de la première année de Barack Obama à son poste, le déficit commercial annuel avec la Chine se montait à 226 milliards de dollars. L'année dernière, il était à plus de 314 milliards de dollars.

#17 Quand Barack Obama a été élu pour la première fois, le taux d'endettement des Etats-Unis était en-dessous de 70% du PIB. Aujourd'hui, il est au-dessus de 101%.

#18 La dette fédérale américaine est sur une trajectoire qui la fera approximativement doubler sur les huit ans de l'administration Obama. Autrement dit, sous l'égide de Barack Obama le gouvernement américain aura accumulé autant de dettes que tous les autres présidents américains de l'histoire réunis.

#19 Selon le New York Times, le patrimoine de la "famille américaine typique" est maintenant inférieur de 36% comparé à ce qu'il valait dans la décennie précédente.

#20 Le taux de pauvreté aux États-Unis a été à 15% ou plus pendant 3 années consécutives.  C'est la première fois que cela arrive depuis 1965.

#21 De 2009 à 2013, le gouvernement des États-Unis a dépensé la somme colossale de 3,7 mille milliards de dollars sur des programmes de prestations sociales.

#22 Pendant que Barack Obama était dans la Maison Blanche le nombre d'Américains vivant de chèques alimentaires est passé de 32 millions à 46 millions.

#23 Il y a dix ans, le nombre de femme aux États-Unis avec un emploi à temps plein dépassait celui des femmes vivant de chèques alimentaires dans une proportion de 2 pour 1. Mais aujourd'hui le nombre de femmes vivant de chèques alimentaires dépasse désormais le nombre de femmes avec un emploi à plein temps.

#24 Une enquête récente a révélé qu'environ 22% des Américains a eu recours à des banques alimentaires paroissiales pour subvenir à leurs besoins.

#25 Une proportion ahurissante de 45% des enfants afro-américains vit dans des zones de "pauvreté concentrée".

#26 40,9% des enfants américains en foyer monoparental vivent dans la pauvreté.

#27 Selon un rapport publié l'an dernier par le National Center on Family Homelessness, le nombre d'enfants sans domicile fixe aux États-Unis a atteint un nouveau record absolu de 2,5 millions.

Malheureusement, ce n'est que le début.

Les décisions incroyablement folles prises par Obama, le Congrès et la Réserve Fédérale nous amènent droit dans le précipice d'une nouvelle crise financière majeure et d'un nouveau revers terrible pour l'activité économique.

Donc aussi mauvais que puissent être les chiffres partagés avec vous ci-dessus, la vérité est qu'ils ne sont rien par rapport à ce qui nous attend.

Nous nous dirigeons vers la plus grande crise économique jamais vue, et elle va bouleverser le monde.

J'espère que vous vous vous préparez.

27 décembre 2013

Une prospérité en trompe-l'oeil

La Suisse va bien, paraît-il. Tellement bien qu'il y a quelques jours France 2 lui a consacré une série de reportages sur le "miracle" suisse, car il va de soi que la réussite helvétique ne peut être que le résultat de l'intervention irrationnelle de quelque force supérieure...

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Hélas non, le succès de la Suisse n'a rien d'un miracle. Une économie ouverte, un système scolaire où le milieu académique méprise un peu moins le monde professionnel qu'ailleurs, un Etat limité par la démocratie et la subsidiarité, voilà quelques recettes fondamentales pour expliquer pourquoi la Suisse s'en sort si bien face à des voisins qui s'en sortent si mal. Mais faire comprendre à un gouvernement socialiste français - exemple au hasard - que le salut vient du retrait de l'Etat, de la baisse des impôts et du recul de la réglementation revient à enseigner la danse classique à un tronc d'arbre. Toute transmission d'information est impossible ; au mieux n'assistera-t-on qu'à un intérêt poli et des rires sincères face à la perspective d'appliquer ici les mêmes recettes que là-bas.

La difficulté à exporter un "modèle suisse" où que ce soit ne vient pas que de l'étroitesse d'esprit d'éventuels auditeurs, mais aussi de la faiblesse des élites du pays à le comprendre - quand elles ne cherchent pas carrément à le détruire. Demandez donc à un socialiste, suisse cette fois, les raisons du succès de son pays: s'il daigne vous répondre, vous aurez droit à un galimatias d'explications confuses dont les rares éléments reconnaissables seront ostensiblement méprisés car en opposition frontale avec le programme de son parti.

Cette attitude recouvre une bonne partie du spectre politique. Centralisation, uniformisation, étatisme, contrôles, fiscalité, plans de relance, grands travaux, dilution des institutions et du peuple dans d'autres ensembles plus grands: le programme de l'establishment politique (et par extension de la proportion importante du corps électoral qui le soutient) ne correspond guère à ce qui fait le succès de la Suisse.

Leur réussite est au rendez-vous puisque la Suisse va de moins en moins bien.

Après le sentiment d'insécurité, le sentiment d'appauvrissement

Bien entendu, médiatiquement, tout est parfait ; en témoigne cette dépêche s'évertuant à marteler que rien n'a changé depuis une dizaine d'années pour la classe moyenne suisse.

Les statistiques ne confirment pas les craintes d'une érosion progressive de la classe moyenne en Suisse. Les groupes de la population à revenus moyens sont restés en grande partie stables entre 1998 et 2011, selon l'Office fédéral de la statistique (OFS).

D'après la définition de l'OFS, faisaient par exemple partie de la classe moyenne en 2011 les personnes vivant seules qui disposaient d'un revenu brut mensuel compris entre 3719 et 7968 francs ou les couples ayant deux enfants de moins de 14 ans dont le revenu brut s'échelonnait entre 7809 et 16'734 francs.

Dans l'ensemble, la part de la population appartenant aux groupes à revenus moyens est restée stable au cours des années 1998 à 2011, communique l'OFS mardi. Elle était la plus grande (61% de la population) en 2009, et la plus faible (57%) en 1998. En 2011, la part était de 58%. (...)

Pour l'OFS, ces résultats montrent qu'il y a un certain décalage entre le discours public et la réalité des faits. Même si l'on observe une baisse de la part des ménages familiaux traditionnels dans le groupe des revenus moyens, les chiffres ne confirment pas les craintes d'une érosion de la classe moyenne.


Un organisme public se livrant à un peu de complaisance, quelle surprise! Ainsi, le "ressenti" des gens quant à une baisse de leur niveau de vie ne serait qu'une illusion. On nous ressort la vieille martingale du sentiment d'insécurité, appliqué cette fois-ci à la classe moyenne.

Tous ceux vivant en Suisse depuis ces dix dernières années auront sans doute une opinion différente. L'OFS se concentre sur les revenus, pas le revenu disponible ou le pouvoir d'achat. Ce n'est pas innocent.

La classe moyenne laminée

Depuis dix ans, le coût de la vie en Suisse a explosé alors qu'il était déjà très élevé au départ.

Si l'indice des prix à la consommation et l'inflation sont restés raisonnables sur la durée - ainsi que les salaires - les autres facteurs ont augmenté parfois dramatiquement. Taxes sur l'essence et sur l'énergie, taxe-poubelle, prix de l'abonnement général pour les transports publics... Prenons le cas emblématique de l'assurance-maladie, qu'on ne pourra pas discuter puisqu'elle est obligatoire: d'une base 100 en 1999, elle est passée à 183.1 en 2013 d'après les données de l'OFS.

Rapportée graphiquement pour le seul canton de Vaud, l'évolution n'est pas aussi radicale mais suit franchement une courbe ascendante:

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Evolution des primes d'assurance-maladie jusqu'à 2013
pour le canton de Vaud, base 100 en 1999

D'après l'ASLOCA (association de défense des locataires, clairement affiliée à gauche) le prix mensuel des loyers en moyenne nationale se montait, pour un trois-pièces, à 976 francs en 2000 contre 1216 francs pour 2010, soit une majoration de 24,6% en dix ans. Mieux, l'association fait clairement le lien entre la pression sur les loyers et l'immigration:

De manière diplomatique tous s’accordent à dire que l’afflux migratoire impacte le niveau des loyers.

«La hausse néanmoins persistante des loyers reflète une demande qui demeure excédentaire. Celle-ci est stimulée par l’afflux de personnel hautement qualifié qui reste important. (…) Les données fondamentales ne devraient pas changer en 2013.» -- Homegate.ch 16.1.2013

«Par contre, les loyers des nouveaux baux sont en hausse constante depuis 2005.(…) L’immigration de l’étranger, principal moteur de la demande de surfaces locatives, est restée constante et à haut niveau pendant l’année 2012. Ces prochains mois, cette dynamique devrait rester inchangée.» -- Wuest & Partner, 2013/2

«L’immigration en Suisse se concentre essentiellement sur les cantons du centre. Avec environ 15 000 personnes, Zurich enregistre le plus grand nombre d’immigrés, suivi par le canton de Vaud (10 000), celui de Genève (5800) et celui de Berne (5200). La pénurie de logements dans l’arc lémanique entraîne aussi un fort taux d’immigration dans les cantons de Fribourg et du Valais, essentiellement constitués d’agglomérations.» -- Credit Suisse, Research News, 29 avril 2013


Les Suisses payent leur énergie, leurs déplacements, leur loyer, leurs déchets, leur assurance-maladie plus chers. Et fort logiquement ils partent moins souvent en vacances et s'inquiètent du chômage, et pendant ce temps la facture sociale explose.

Mais on vous expliquera que tout cela n'est que vue de l'esprit.

A la recherche d'une explication

Si les journalistes de France 2 sont à la recherche de solutions que la France en crise s'empressera d'ignorer, le point de vue idyllique posé par la classe politique et les médias suisses sur la situation du pays obéit selon moi à une toute autre logique: il s'agit de préserver la dynamique, c'est-à-dire la libre-circulation des personnes, la disparition des frontières et la dilution progressive de la Suisse au sein de l'Union Européenne.

Ainsi, la sous-enchère salariale, la pression sur les infrastructures, la criminalité galopante, la pénurie du marché du logement... Tous ces maux n'existent pas. Des illusions. Des "sentiments", tout au plus. Par tous les moyens, le grand public doit avoir l'impression que la Suisse s'en sort mieux que ses voisins, qu'elle est sur la bonne voie et qu'il faut donc continuer le long de cette voie.

En 2014 auront lieu de nombreuses échéances électorales cruciales: l'initiative de l'UDC contre l'immigration de masse, l'initiative Ecopop, l'extension des accords de libre-circulation avec la Croatie, autant d'obstacles possibles sur la voie de la fusion dans l'Union Européenne.

Ces épreuves seront vraisemblablement les dernières. Une fois ces écueils passés, entre l'asservissement de la démocratie directe au droit international ou la suprématie du droit européen sur le droit suisse, on voit mal comment la Suisse pourrait revenir en arrière, même si la crise en Europe continue d'empirer. Il n'y aura plus qu'à briser quelques initiatives populaires gênantes (interdiction des minarets, renvoi des criminels étrangers) par la Cour Européenne des Droits de l'Homme et c'en sera fini du "miracle helvétique": le petit pays au centre du continent sera un pays européen comme les autres, en proie aux mêmes problèmes et gouverné par les mêmes élites.

Le particularisme suisse se terminera dans l'indifférence générale et le soulagement de voisins peu enclins à goûter le succès d'un pays fonctionnant sur d'autres bases.