21 septembre 2017

Ignazio Cassis, un nouveau PLR au Conseil fédéral

Après un suspense en carton, Ignazio Cassis est devenu Conseiller fédéral ce mercredi, succédant à son collègue de parti Didier Burkhalter.

ignazio_cassis_15-087.jpgDans le théâtre d'ombres de la Berne fédérale, la pièce s'est jouée comme du papier à musique.

Lancé le premier dans la compétition pour accéder au Conseil fédéral, l'ancien médecin fit la course en tête, de bout en bout. Son seul acte controversé fut de renier en cours de campagne sa nationalité italienne, geste symbolique chargé de sens pour le futur co-dirigeant d'un pays. Si cela eut comme principal effet de mettre sous le feu des projecteurs une double-nationalité que beaucoup ignoraient, les médias se montrèrent très critiques face à sa décision, la percevant comme un acte de nationalisme rance offert en gage à la vilaine UDC, en ces temps d'immigration heureuse, de mondialisme forcené et d'allégeances politiques transfrontalières.

Parlant de ces dernières, Ignazio Cassis fut heureusement servi et quasiment sûr de l'emporter dès que le PLR fit mine de jouer la carte des ambitions internes pour dégotter deux autres poulains, histoire de donner l'illusion d'une compétition.

À gauche de M. Cassis, nous avions donc Pierre Maudet, politicien français égaré à Genève, le lieu idéal pour une incarnation du pléonasme du carriériste à l'appétit démesuré, mais aussi de nombreux oxymores comme le volontarisme creux, la communication sans message ou le pédalage sans mouvement. Au moment de l'élection, soudainement à court de formules choc, M. Maudet sembla marqué par son propre échec ; il est possible qu'il se soit auto-intoxiqué de propagande au point de croire qu'il l'emporterait. Cela arrive aux plus fins diplomates, et aux individus vulnérables à ceux qui flattent leur ambition.

À gauche de M. Maudet, donc à gauche de la gauche de M. Cassis, nous avions Isabelle Moret, brandissant le féminisme comme d'autres une massue, suffisamment liée à l'industrie de l'armement pour perdre son calme dès qu'on lui pose la question, et dont la principale qualité était une haine notable de l'UDC, dépassant les standards politiques habituels. Ce maigre CV s'avéra suffisant pour convaincre le groupe des Verts, qui n'en espéraient pas tant. Mais les Verts, même alliés à Jean-Pierre Grin qui ne rata pas l'occasion de se couvrir de ridicule - ou de faire preuve d'un recul cynique confinant au génie, chacun jugera en son âme et conscience - ne pouvaient viser mieux que le pétard mouillé.

Les greffiers réclamèrent que les votants inscrivent aussi les prénoms de ceux pour qui ils votaient, Maudet et Moret semblant trop proches aux yeux des Alémaniques - un détail qui éclaira une bonne fois pour toute les chances de succès des Romands. Le premier tour donna 109 voix pour Ignazio Cassis, contre 62 pour Pierre Maudet et 55 pour Isabelle Moret. Après cette première photo des forces en présences, seul le politicien du bout du lac avait la plus petite chance de damer le pion au Tessinois.

Le tour suivant fut aussi le dernier. 28 élus s'accrochèrent à une candidature Moret en perdition. 90 voix se portèrent sur le Genevois, soit bien trop peu pour menacer Ignazio Cassis, qui put pendant ce temps rassembler sur lui les suffrages des élus, nombreux à Berne, ne souhaitant à aucun prix ni Pierre Maudet ni Isabelle Moret au Conseil Fédéral. La majorité absolue fut donc facilement atteinte avec 125 voix, faisant de M. Cassis le 117e Conseiller fédéral du pays.

Peu à attendre

"Je me prépare au pire tout en espérant le meilleur", disait Benjamin Disraeli. Depuis bien avant son élection, les médias étalèrent l'origine tessinoise de M. Cassis comme la principale justification pour sa présence au Conseil Fédéral. Mais c'est un peu court. Si le Tessin manquait à ce point-là de représentants au parmi l'exécutif du pays, l'Assemblée Fédérale aurait parfaitement pu élire Norman Gobbi dès 2015, un politicien d'expérience, membre d'un exécutif cantonal, en le choisissant parmi les trois candidats alors proposés par l'UDC. Bizarrement, leur choix se porta plutôt sur Guy Parmelin. A croire que le Tessin n'avait pas encore assez attendu. Deux ans plus tard, c'était bon.

De fait, la majorité des élus des Chambres fédérales sait parfaitement ce qu'elle veut: un Tessinois peut-être, mais uniquement à condition qu'il soit dans la ligne de la trajectoire qu'ils ambitionnent pour le pays - un chemin qui passe encore et toujours par l'Union Européenne. Qu'on ne s'y trompe pas ; après la prestation de serment, la première déclaration de M. Cassis rappela ainsi l'importance de la voie bilatérale - voie dont l'UE annonça elle-même depuis des années qu'elle était abandonnée. Peut mieux faire.

Lorsque les représentants du nouveau Conseil fédéral iront ployer le genou à Bruxelles en ramassant une fin de non-recevoir, alors nous verrons de quel bois M. Cassis est fait. La réponse à cette question pourrait prendre des années.

"La droite espère, la gauche maugrée", tenta de résumer Le Temps dès le lendemain. La droite, espérer? Sans doute une extrapolation des propos de Mme Céline Amaudruz, qui invita le nouveau Conseiller fédéral à se rappeler avec quelles voix il obtint son siège. Mais la vérité est que si la droite authentique du pays espérait quelque chose, il y avait peu de chances qu'elle le trouve sur le ticket proposé par le PLR, où les libéraux classiques ont depuis longtemps été phagocytés par les radicaux. Quant à la gauche, elle maugrée d'insatisfaction chronique, ne pouvant obtenir un élu encore plus radicalement favorable à ses thèses parmi le panel proposé. M. Cassis a malheureusement exprimé un reste suranné de respect pour le vote populaire ; mais rassurons-nous, la majorité du Conseil fédéral et le devoir de collégialité auront tôt fait de ramener le médecin dans les clous sur ces aspects mineurs, comme d'autres avant lui.

Si Ignazio Cassis ne parvient pas à montrer très vite sa force de caractère et l'indépendance d'esprit que seul son vécu au Tessin peut apporter, les quelques espoirs qu'il pouvait susciter seront en vain, et il faudra boire le Cassis jusqu'à la lie.

14 juin 2017

Sans regret, M. Burkhalter.

Aujourd'hui à 18h00 Didier Burkhalter a donc annoncé sa démission du Conseil Fédéral. Les rédactions travaillent d'arrache-pied à établir les dithyrambes du Grand Homme que la Suisse vient de perdre, et dont le portrait ornera la première page de toute la presse de demain. Pour d'autres dont je suis, ce départ est plutôt un soulagement.

Selon M. Burkhalter, "Ce n'est pas la question européenne ou la position du Conseil fédéral sur ce dossier qui m'a fait faire ce pas de côté" explique-t-il. Ce n'est évidemment pas vrai, mais en fin diplomate, M. Burkhalter a pris l'habitude de travestir la vérité au point de la rendre indiscernable du mensonge.

Burkhalter.jpgDidier Burkhalter commence sa carrière politique à Neuchâtel. Député au Grand Conseil neuchâtelois dès 1990, il réussit dans la foulée à se faire élire à l'exécutif de la ville du même nom. Il y restera quatorze ans. Mais l'homme a autant d'ambition que de patience. Élu Conseiller national en 2003, il parvient à passer au Conseil des États lors de la législature suivante. Il ne terminera pas son mandat, appelé à succéder à Pascal Couchepin en 2009.

Tirant depuis vingt-sept ans ses revenus de ses activités d'élu, M. Burkhalter est membre de plein droit de ce qui ressemble le plus à une classe politique professionnelle en Suisse. Pendant ses années de préparation à Neuchâtel, la gauche locale a le loisir d'examiner en détail le comportement politique de cet individu volontiers cassant et souvent irritable. Les camarades testent sa compatibilité avec les valeurs du progressisme qu'ils incarnent, vérifient ses orientations pro-européennes, valident son aspiration à dépasser les bornes de la petite Helvétie, concèdent son mépris souverain de l'UDC et de tout ce qu'elle représente.

M. Burkhalter est bon pour le service.

C'est donc après une longue sélection en coulisses que le natif d'Auvernier est préféré à Christian Lüscher, jugé moins malléable, dans un duel au sommet monté de toute pièce. Après avoir affiché des hésitations de bon aloi, Didier Burkhalter est intronisé héritier naturel du siège de M. Couchepin au Conseil Fédéral. Mais pour lui, ce n'est qu'un début. L'élection l'oblige à se contenter du Département fédéral de l'Intérieur ; ce n'est pas son premier choix. Son domaine de prédilection, c'est la diplomatie, les affaires étrangères, tout ce qui peut lui faire dépasser les frontières de ce pays trop modeste pour lui. Hormis sa décision (annulée depuis) de ne plus rembourser les lunettes pour enfants ou la réduction des forfaits pour chiens d'aveugle (de 190 à 110 francs par mois), son passage au DFI ne marque guère les esprits.

L'opportunité de reprendre enfin les rênes du Département fédéral des affaires étrangères arrive en 2011 avec le retrait de Micheline Calmy-Rey. Certains pensent peut-être que le passage du DFAE de la gauche à la droite changera quelque chose ; ils n'ont rien compris au film. Le radical succède à la socialiste mais aucun changement de cap n'est à attendre, bien au contraire. Avec Didier aux commandes, c'est double dose.

Épris d'une véritable boulimie de voyages, le Conseiller Fédéral se fait une joie de présenter sa femme à tous les grands de ce monde. On claque la bise à l'impératrice du Japon, on serre des mains, on est sur tous les dossiers -  Iran, Ukraine, Union Européenne. En coulisses, on murmure que Didier se verrait bien encore plus haut, à l'ONU peut-être. N'est-il pas un pro-immigrationniste convaincu?

Malheureusement, 2014 marque aussi le temps des désillusions. M. Burkhalter n'était pas encore en charge des explications de texte lors du vote du peuple suisse contre les minarets en 2009, pas plus qu'en 2010 au moment de l'approbation du Renvoi des Criminels étrangers, mais sa chance tourne. Il subit de plein fouet le vote de février 2014 contre l'immigration de masse. Pour le pro-européen enthousiaste, c'est la douche froide: aller ployer le genou à Bruxelles pour expliquer à ses amis de cœur que ces imbéciles de Suisses, à la maison, ont voté n'importe comment...

Tout n'est pas perdu cependant. Il reste l'accord institutionnel - un traité qui permettra une bonne fois pour toute de museler la démocratie directe sur tous les sujets concernant les relations entre la Suisse et l'Union Européenne. Mieux encore, la Suisse reprendra automatiquement le droit européen. Didier s'engage.

À Berne, les choses se présentent plus mal. L'UDC rugit contre un "accord colonial", contre le retour des "juges étrangers". Les explications du Conseiller fédéral tentant de présenter un traité équilibré n'abusent personne. Même les compères libéraux-radicaux tempèrent leur soutien: ils sentent bien que le temps n'est plus à une nouvelle poussée de la Suisse en direction de l'Union Européenne. Cet accord institutionnel n'aurait aucune chance en votation.

Isolé même de son parti, coupé du peuple, en délicatesse avec Bruxelles, le Neuchâtelois se retrouve bien seul. Élu Suisse de l'année en 2014, son étoile pâlit. Et les choses empirent.

L'accord-cadre avec l'UE ne parvient pas à se concrétiser et les délais échoient pour la traduction en loi de l'initiative contre l'immigration de masse. Le Conseil Fédéral a beau édulcorer l'article constitutionnel afin qu'il n'en reste rien, c'est encore trop pour Bruxelles, décidément très irritable depuis le Brexit. Aux Nations Unies, António Guterres est élu Secrétaire Général, repoussant une éventuelle candidature à 2022 voire 2027. Mais il n'y a plus guère d'espoir de ce côté-là non plus: les élections présidentielles américaines amènent Trump au pouvoir et balayent d'un coup la longue stratégie de rapprochement que M. Burkhalter avait personnellement mené avec la gauche démocrate américaine, notamment son "grand ami" John Kerry.

burkhalter_kerry.jpgLe moment le plus fort de la carrière de Didier Burkhalter: un massage impromptu
donné par John Kerry dans les couloirs du Forum économique mondial (WEF).

Didier Burkhalter n'a plus les moyens de ses rêves. La Suisse lui a coupé les ailes. Prisonnier de ce petit pays provincial, limité à quelques "bons offices" pour lesquels il n'obtiendra en guise de retour d'ascenseur que des remerciements polis, il comprend qu'il n'a plus rien à attendre de sa présence au Conseil Fédéral. Autant donc tirer sa révérence en appréciant une dernière fois les feux de la rampe.

À 57 ans et au bénéfice d'une confortable rente d'ancien Conseiller Fédéral, Didier Burkhalter a tout le temps et le carnet d'adresses pour s'essayer à de nouveaux défis.

09 décembre 2015

Guy Parmelin, nouveau Conseiller Fédéral UDC

C'est désormais chose faite, le gouvernement helvétique est sous toit.

Une matinée à suspense, surtout vers la fin

Le seul suspense concernait, il faut bien le dire, l'élection d'un éventuel second Conseiller fédéral UDC au gouvernement. Le reste de la matinée se déroula comme du papier à musique avec la réélection convenue des 6 sièges des sortants avec force applaudissements complaisants - de quoi occuper les journalistes sur des fils d'actualité en continu, brodant sur le nombre de voix réunies par celui-ci ou celle-là face à une Assemblée fédérale absolument placide.

Pour mémoire, voici donc les scores obtenus par les différents sortants, réélus par ordre d'ancienneté (compte tenu d'une absence, il fallait 123 voix pour être élu):

  • Doris Leuthard, PDC, 215 voix.
  • Ueli Maurer, UDC, 173 voix (10 voix allèrent à Thomas Hurter, conseiller national UDC de Schaffhouse, que certains considérèrent dès lors comme l'éventuel "candidat sauvage" contre le ticket UDC officiel.)
  • Didier Burkhalter, PLR, 217 voix.
  • Simonetta Sommaruga, socialiste, 182 voix.
  • Johann Schneider-Ammann, PLR, 191 voix.
  • Alain Berset, socialiste, 210 voix.

Après ce passage obligé laborieux et débordant de complaisance - Eveline Widmer-Schlumpf eut droit à deux ovations... - vint le seul petit suspense, savoir qui allait l'emporter entre Thomas Aeschi et Guy Parmelin. Le sort du tessinois Norman Gobbi semblait déjà joué mardi soir après l'interview des candidats par les différents groupes politiques, les socialistes ayant déclaré que "jamais" ils ne voteraient pour lui.

Vint enfin l'élection du nouveau venu.

  • Premier tour, Guy Parmelin, 90 voix ; Thomas Aeschi, 61 voix ; Norman Gobbi, 50 voix ; Thomas Hurter, 22 voix ; Viola Amherd (Conseillère nationale PDC haut-valaisanne), 16 voix. Le score de Norman Gobbi fut étonnamment bon, et les voix éparses entre Thomas Hurter et Viola Amherd illustrèrent le manque de coordination de la tentative de putsch opérée par une partie de l'Assemblée Fédérale.
  • Deuxième tour, Guy Parmelin, 117 voix ; Thomas Aeschi, 78 voix ; Norman Gobbi, 30 voix ; 14 voix éparses. Guy Parmelin n'était plus qu'à six petites voix de l'élection.
  • Troisième tour, Guy Parmelin, élu avec 138 voix. Thomas Aeschi reçut 88 voix et Norman Gobbi ferma la marche avec 11 voix.

Pourquoi si peu de suspense? Pourquoi, au grand dam de tous ceux qui détestent l'UDC, les partis politiques ne décidèrent-ils pas de réitérer leur "coup" de 2007 avec Eveline Widmer-Schlumpf? Les éditorialistes se pencheront longuement sur la question dans la presse demain matin. Pour ma part, j'estime qu'il y a plusieurs explications. Par exemple, la force électorale accrue du groupe UDC-PLR, qui, s'il n'a rien d'une alliance, représente tout de même une grande quantité de parlementaires prêts à jouer le jeu du ticket UDC. Celle-ci s'étant pliée de bonne grâce aux contraintes imposées par les autres formations politiques, personne n'avait d'excuse commode. On aurait pu citer aussi l'absence d'effet de surprise et l'absence de candidat sauvage suffisamment à gauche comme l'UDC pré-PBD parvenait à en fourbir à Berne. Mais, comme je l'évoquais il y a quelques jours, je ne doute pas que le PS se soit échiné à en chercher jusqu'au dernier moment.

Roger Nordmann, chef de groupe pour le PS, n'exprime pas autre chose dans son discours d'avant-vote:

Du point de vu du PS, le siège vacant doit revenir au centre. A l'intention de M.Cassis, le pays n'a pas vécu de crise institutionnelle au cours de ces 8 dernières années. Nous regrettons donc que le centre ne revendique pas le siège de Widmer-Schlumpf.
Le ticket UDC est tout sauf enthousiasmant et nous regrettons que le centre ne choisisse pas un candidat, même UDC, mais hors du ticket. (...)


Essayé, pas pu.

En fin de compte, je pense que la première raison est à chercher du côté du Conseil Fédéral actuel. Il ne comporte qu'un seul UDC bien esseulé. En 2007, il fallait impérativement éjecter l'incontrôlable Blocher ; en 2015, il n'y a personne à évincer. Il n'a jamais été question de chasser Ueli Maurer, affaibli après son échec dans l'acquisition du Gripen. Les candidats fournis par l'UDC, pour inacceptables qu'ils paraissent aux yeux du centre et de la gauche, ne peuvent se comparer avec le sentiment d'horreur que suscitait M. Blocher à l'époque - et suscite encore - auprès de ses adversaires politiques.

Quoi qu'on en dise, il n'y a ni respect des institutions, ni candidat UDC séduisant, ni retour de la formule magique ; les parlementaires helvétiques n'ont certainement pas renoncé à leurs intrigues de couloir, seulement à déclencher une nouvelle crise politique.

En ce 9 décembre 2015, ils ont simplement conclu que pour cette fois, le jeu de la candidature surprise n'en valait pas la chandelle.

Guy Parmelin élu

Parmelin.jpgGuy Parmelin est donc au Conseil Fédéral après 17 ans d'absence du canton de Vaud. Il est probable que face à la terreur que M. Aeschi suscitait à gauche, nombre de parlementaires auront choisi le "moindre mal" que représentait le viticulteur de Bursins, malgré ses faiblesses linguistiques. Comme dit l'adage, mieux vaut frayer chemin avec le diable qu'on connaît...

Il est clair que les voix de M. Parmelin sont bien venues de quelque part, ce quelque part pouvant être la gauche. Cela en chagrinera certains, qui voyaient en sa personne la candidature la plus faible du ticket UDC, comme le rappelle une célèbre caricature du processus par Mix et Remix.

Est-ce pourtant le cas? Seul l'avenir le dira. N'oublions pas que M. Parmelin a été soutenu par l'ensemble du groupe UDC à Berne, ce qui en dit long sur sa force à l'interne. Ayant désormais les coudées franches, le soutien de ses pairs et la confiance de l'Assemblée Fédérale, il a désormais toute latitude pour agir selon ses convictions, sans perdre sa bonne humeur habituelle.

Nous verrons donc assez vite au Conseil Fédéral de quel bois M. Parmelin est fait. Mais, pour rappeler une litote typiquement romande, j'espère que nombre des militants UDC méfiants envers Guy Parmelin seront déçus en bien.

02 décembre 2015

Trois papables pour un siège

L'élection du Conseil Fédéral approche à grands pas et la principale incertitude du vote tient en une phrase: l'UDC obtiendra-t-elle un second siège, mérité en regard de sa force électorale?

Pour légitime qu'elle soit, cette revendication n'a rien d'évident. Qui se rappelle encore la lutte homérique de Christoph Blocher en 2003 pour gagner sa place? Il fallut pas moins de trois tours de scrutin pour que le père du rejet de l'adhésion à l'UE passe l'épaule. Puis Eveline Widmer-Schlumpf trouva le chemin tortueux du pouvoir en 2007 et en 2011, à l'aide d'une profusion de justifications de mauvaise foi.

La classe politique suisse ne s'embarrasse pas de grand-chose dès lors que l'UDC est concernée, et certainement pas de scrupules. L'incertitude est donc maximale.

Les trois candidats officiels

Immédiatement après les élections fédérales, la politique politicienne prit rapidement le dessus. Les présidents des formations politiques hors UDC eurent donc tôt fait d'exprimer une liste d'exigences plus ou moins saugrenues pour un éventuel second siège de celle-ci, comme un candidat favorable à l'Union Européenne (autant trouver un socialiste rejetant le collectivisme...) ou issu de telle ou telle minorité.

Le parti prit néanmoins la classe politique au mot en sortant une liste de trois candidats issus de trois régions linguistiques de Suisse.

Aeschi.jpgThomas Aeschi, le Zougois. Âgé de seulement 36 ans, c'est le plus jeune des candidats. Travailleur et compétent, passé sur les bancs d'universités de renommée internationale en restant imperméable au gauchisme dont elles sont imprégnées, il vécut aux Etats-Unis et en Australie. Consultant en entreprises, il connaît le secteur privé. Il milite pour une Suisse souveraine et un gouvernement doté d'une épine dorsale, capable de négocier quelque chose sans se coucher à plat ventre en implorant pitié comme préalable à toute discussion.

Présenté comme le "grandissime favori", il fait peur à la gauche et se retrouve en conséquence violemment attaqué par les journalistes. Il serait la "créature" de Blocher / Dr. Frankenstein, à peine un être humain ; on le taxe "d'ultra-libéralisme", tare irrémédiable s'il en est ; enfin, c'est un Alémanique, source intarissable de mépris de la part des rédactions romandes. L'encre de son nom n'était pas sèche sur le communiqué de presse que déjà commençaient les campagnes sournoises contre sa personne, évoquant par exemple son implication dans "une procédure pénale pour violation du secret de fonction" en sous-entendant lourdement qu'il serait lui-même mis en cause... Ce qui n'est absolument pas le cas.

Tous les fouilleurs de poubelles sont sur la brèche.

Gobbi.jpgNorman Gobbi, le Tessinois. A peine plus vieux que le précédent (38 ans) l'élu a acquis son siège au Conseil national sous les couleurs de la Lega. Proche de l'UDC, il en est devenu officiellement membre après son élection juste pour pouvoir se présenter sous ses couleurs, procédure acceptée et entérinée par le groupe UDC. La proximité idéologique entre la Lega et l'UDC sur de nombreux sujets est un fait établi ; issu d'un Tessin victime depuis de nombreuses années des problèmes liés aux frontaliers italiens (dans l'indifférence générale du reste de la Suisse il faut bien le dire), Norman Gobbi serait, au sein du Collège, une voix entière et résolument hostile à la libre-circulation.

Cette position affirmée sur ce dossier crucial est sans doute son plus grand défaut aux yeux des sycophantes pro-européens. L'absence de représentant au Conseil Fédéral de la minorité italophone depuis Flavio Cotti en 1999 joue officiellement en sa faveur, mais on peut parier que cet argument ne pèsera pas lourd lorsque l'Assemblée fédérale votera à bulletins secrets.

Malgré la sympathie qu'il inspire, M. Gobbi fait figure d'outsider.

Parmelin.jpgGuy Parmelin, le Vaudois. Là où les autres candidats de l'UDC manquent de réseaux à Berne, le conseiller national de Bursins a patiemment bâti le sien depuis 1994 et les bancs du Grand Conseil vaudois avant de passer au Conseil National. Maître agriculteur-viticulteur de profession, il est apparenté à la branche agrarienne de l'UDC vaudoise et souvent considéré, à tort, comme un individu effacé. Son caractère aimable et son entregent habillent d'authentiques convictions.

Très à l'aise dans le fonctionnement des institutions politiques, il avoue une nette préférence pour les dossiers ayant trait aux assurances sociales, actuellement entre les mains d'Alain Berset. Le socialiste pourrait faire pression sur son groupe pour l'aider à se débarrasser de ce département toxique. Mais Guy Parmelin est romand et son élection porterait à trois sur sept leur nombre au Conseil Fédéral...

Quel serait mon candidat préféré? Tous! Sans langue de bois, je trouve chacun de ces candidats parfaitement valable, ce qui est déjà un tour de force. Je serai très satisfait si l'un d'eux parvient à entrer au Conseil Fédéral le 9 décembre.

Vous ne me verrez pas soutenir M. Parmelin avec des glapissements hystériques au nom d'un chauvinisme vaudois déplacé ; pas plus que je n'enterrerai sa candidature au prétexte qu'il vient d'une section cantonale pas toujours brillante à Berne. Il faut bien l'admettre, Guy Parmelin est le seul candidat que je puisse me targuer de connaître un peu ; derrière sa plaisante bonhomie, il m'a toujours semblé plus sérieux et solide qu'un examen superficiel laissait présager.

Norman Gobbi promet à l'inverse une communication plus rugueuse, ce qui ne serait pas pour me déplaire. Comme Conseiller fédéral, il serait sans doute un trublion imperméable au politiquement correct si mièvre et si typique de l'exécutif helvétique. Un anti-Burkhalter, en quelque sorte. Cette perspective inquiète certainement en haut lieu.

Thomas Aeschi, enfin, laisse transparaître de sa candidature suffisamment de compétence et de volonté pour clairement effrayer la gauche, ce qui en fait un candidat prometteur. Nul doute qu'il est sans doute le mieux placé des trois pour parvenir à dompter l'Administration fédérale, véritable État dans l’État.

Mais l'un d'eux sera-t-il seulement élu le 9 décembre? Ce n'est pas du tout certain.

Les manœuvres

S'il y a bien une erreur que peuvent commettre même les observateurs les plus blasés de la politique fédérale, c'est sous-estimer le niveau de cynisme dont sont capables les adversaires de l'UDC.

Par exemple, je reste persuadé que les exigences avancées pour accepter une candidature UDC au Conseil Fédéral n'avaient absolument pas pour objectif de dénicher la perle rare, mais seulement de préparer le terrain pour justifier la réélection d'Eveline Widmer-Schlumpf. Le ou les candidats de l'UDC auraient été trop anti-européens, ou pas assez latins, ou trop masculins, ou n'importe quel prétexte cousu de fil blanc qui permette d'empêcher l'UDC d'accéder à son second siège.

Une fois Eveline Widmer-Schlumpf réélue la population protesterait - mollement, elle qui a rejeté l'élection du Conseil Fédéral par le peuple, sans compter qu'un grand nombre d'anti-UDC s’accommoderaient grandement de ce nouveau "petit écart" - et les éditorialistes lâcheraient quelques lignes au vitriol sur cette affreuse UDC incapable de séduire le Parlement. Choisissant la "continuité", nous en serions quitte pour un nouveau tour de piste.

Malgré tout il arrive que les comploteurs les plus compétents subissent des vents contraires, ici, la force électorale du bloc UDC-PLR. Elle amena Eveline Widmer-Schlumpf à jeter l'éponge. La Grisonne annonça son retrait avant même que soit connu le visage final de l'Assemblée Fédérale. Se rappelant la façon dont elle acquit son siège, réclamer du courage eut été trop lui demander ; après deux législature, elle n'avait certainement pas envie de prendre le moindre risque d'une humiliation électorale.

Le plan Widmer-Schlumpf traditionnel étant tombé à l'eau, il fallait trouver une solution de rechange. Mais une nouvelle Widmer-Schlumpf semble hors d'atteinte. L'UDC de 2015 a présenté des candidats au positionnement clair ; plus possible d'y trouver des socialistes honteux comme lorsque les courants du futur PBD (positionné plus à gauche que le PLR, c'est dire) imprégnaient certaines sections cantonales.

thomas aeschi,norman gobbi,guy parmelin,udc,conseil fédéral,manoeuvres politiquesL'autre solution serait de trouver un UDC assez pro-européen et suffisamment respecté pour que la formation politique accepte d'avaler la pilule. Le nom de Peter Spuhler, de Stadler Rail, revient avec insistance. L'entrepreneur s'était fait remarquer pour s'être engagé en faveur de la libre-circulation contre l'avis de sa formation politique. Mais il quitta le Conseil national en 2013 et, au vu de l'évolution récente de la situation européenne, nul ne sait aujourd'hui s'il défendrait encore aussi aveuglément cette thèse.

Le jour J

Les chefs de parti de centre-gauche ont probablement quelques atouts dans leurs manches. L'attaque, si elle a lieu, sera déclenchée avec un maximum de force dès le premier tour alors que les voix de l'UDC et du PLR s'éparpilleront entre les trois candidats officiels, sans compter que certains PLR se joindront joyeusement à la curée. Si l'UDC tient le choc, elle se rabattra probablement en intégralité sur un candidat unique aux tours suivant pour préserver ses chances de succès, candidat que les médias s'empresseront alors de dépeindre comme "le seul vrai candidat qu'il y a jamais eu" en soulignant "l'hypocrisie" d'en avoir présenté plusieurs.

Mais il n'est pas dit que les petits comploteurs de Berne parviennent à trouver un nouveau poulain de la trempe d'Eveline Widmer-Schlumpf, et le grand public n'en saura probablement jamais rien. Le cas échéant, il faudra alors s'en remettre à la liste officielle, la mort dans l'âme. Il est peu probable que Norman Gobbi surmonte l'odeur de soufre qu'il charrie en tant qu'élu de la Lega. Guy Parmelin serait un choix raisonnable mais la surreprésentation romande au Conseil Fédéral ferait obstacle à l'ambition personnelle de Christophe Darbellay au moment de remplacer Doris Leuthard, ce qui serait problématique. Le Parlement pourrait donc opter pour une élection de Thomas Aeschi, sans enthousiasme et sous les huées de la gauche.

Tout cela n'est bien sûr que mon analyse personnelle et une bonne dose de politique-fiction. Il sera intéressant de relire ce texte après l'élection du 9 décembre.

21 mai 2013

L'élection du Conseil Fédéral par le peuple, un révélateur

Le 9 juin, le peuple sera amené à se prononcer sur l'initiative de l'UDC "Élection du Conseil Fédéral par le peuple".

Les citoyens suisses vont donc collectivement décider s'ils sont assez intelligents pour élire directement leurs Conseillers Fédéraux, ou trop stupides pour y avoir droit.

Le fait est que sur ce sujet, l'Assemblée Fédérale a largement fait preuve de son incompétence. La réélection d'Evelyne Widmer-Schlumpf sous les couleurs du Parti Bourgeois Démocratique (5% des suffrages à l'échelle nationale) en 2011 n'est que le sommet de l'iceberg. Le Conseil Fédéral représentatif des partis a vécu, remplacé par une décennie d'arnaques vaseuses la veille de chaque élection - au point que la presse lui donne le surnom de "nuit des longs couteaux". Sachant qu'on ne parle pas de la dernière émission de télé-réalité à la mode mais bien de la composition de l'exécutif d'un pays de huit millions d'habitants, ça fait un peu tache.

votation du 9 juin 2013,démocratie,conseil fédéral,manoeuvres politiquesL'élection du Conseil Fédéral par le peuple permettrait de remédier à bien des errements. Les magouilles de couloir entre 246 politiciens ne peuvent pas se reproduire à l'échelle du corps électoral entier. On reproche par exemple au texte de forcer les candidats à "faire campagne" en cas d'approbation. En quoi serait-ce un mal? Cela semble préférable à la pratique actuelle, qui voit parfois d'illustre inconnus portés aux nues par le sérail sans qu'on sache rien d'eux. L'élections directe du Conseil Fédéral étendrait simplement les modes de campagne que les partis mettent déjà en place pour les exécutifs cantonaux.

L'idée qu'un mouvement politique (au hasard, l'UDC, éternel méchant de la fable) puisse "marteler" la présence d'un candidat avec des affichages massifs ne tient pas la route. La publicité omniprésente n'a jamais suffit à convertir les électeurs en nombre, quel que soit l'enjeu. Dans la recherche d'un candidat apte au compromis et capable de travailler en collège, une telle stratégie de communication pourrait même être contre-productive.

Aujourd'hui les Conseillers Fédéraux ne sont propulsés au pouvoir qu'en échange de marchandages secrets et de promesses inavouables. Avec une élection directe du Conseil Fédéral, les Conseillers Fédéraux pourraient établir un programme et être jugés sur leurs résultats. Ils seraient bien plus légitimes, car affranchis de la tutelle qu'excercent actuellement sur eux les états-majors des partis.

Les tractations entre formations politiques resteraient possibles, avec des apparentements et des tickets communs, mais elles seraient publiques et les électeurs pourraient choisir d'y adhérer ou pas. Nous aurions une chance de voir accéder au Conseil Fédéral des personnalités compétentes, au lieu d'individus faibles choisis par de vieux renards de la politique pour barrer la route à d'autres candidats plus prometteurs.

Le peuple aurait tout à gagner d'une élection directe du Conseil Fédéral.

Les partis politiques, eux, font feu de tout bois contre ce mode d'élection. Ils auraient tout à y perdre, quoique pour des raisons différentes.

Le spectateur naïf s'étonnera ainsi de compter la gauche parmi les adversaires du texte, sachant que les socialistes eux-mêmes ont proposé de par le passé plusieurs initiatives similaires à celle de l'UDC. Mais il faut se rappeler que les socialistes sont moins amoureux de la démocratie que du pouvoir ; ils voient la démocratie comme un moyen, non un but. Compte tenu de leur position actuelle, l'élection du Conseil Fédéral par le peuple n'est plus d'actualité. Leurs deux sièges leurs conviennent parfaitement. Bien installée dans le fromage gouvernemental, la gauche n'a aucunement l'envie de remettre en jeu une situation favorable pour de vagues principes.

Mention spéciale aux communistes qui "apprécient" l'idée d'une élection directe mais refusent de la soutenir... Parce qu'elle est proposée par l'UDC! Une argumentation aussi profonde force le respect.

Côté centre, l'opposition est des plus virulentes. Bourgeois-démocrates, démocrates-chrétiens, chrétiens-sociaux, verts-libéraux et libéraux-radicaux emportés malgré eux dans cette charge des poids légers luttent pour préserver leur influence, c'est-à-dire leur capacité de nuisance. Dans les batailles de décembre pour l'élection du Conseil Fédéral par l'Assemblée Fédérale, chaque voix compte. Que serait le PDC sans son rôle d'arbitre dans la nuit des longs couteaux? Que serait un Christophe Darbellay sans les conciliabules avec ses amis socialistes, les calculs d'apothicaire sur un coin de table et les interviews à des journalistes avides de confidences? L'élection du Conseil Fédéral par le peuple donnerait un choix lisible et prévisible à l'électeur - un cauchemar pour les partis du centre, obligés d'afficher clairement leur position et de renoncer aux intrigues! La fin des marchandages, la fin du suspense, la fin de tout!

Et à droite? De façon surprenante, même les électeurs de l'UDC ne sont pas entièrement convaincus par le texte. Il faut y voir la marque d'un respect emprunt de conservatisme face aux institutions actuelles. Le scepticisme traverse tous les partis: dans le doute, préférer un système lamentable à l'éventualité d'un changement. Le calendrier n'aide pas. Nous sommes en 2013, au creux de la vague de frustration qui saisit les spectateurs des élections fédérales tous les quatre ans... Combien de déçus regretteront en 2015 leur vote du 9 juin!

Comme souvent, les positions des partis sont avant tout celles des responsables qui le composent et non celles de la base des électeurs. En la matière, c'est moins la gauche contre la droite que le haut contre le bas: que les citoyens envoient leurs délégués à Berne et les laisse jouer ensuite comme ils l'entendent, tel pourrait être le mot d'ordre de la plupart des formations politiques. Mais honnêtement, qui se satisfait du résultat actuel?

A en croire les sondages, l'initiative serait bien mal partie pour le 9 juin, où elle se verra probablement repoussée. C'est fâcheux - non pour telle ou telle raison partisane, mais pour une simple question de logique. Les élites au pouvoir cherchent constamment le moyen de brider et de corseter la démocratie directe, entrave à leurs rêves de grandeur et à leur liberté d'action. En refusant l'élection du Conseil Fédéral par le peuple, celui-ci avouera implicitement son incapacité, donnant un blanc-seing aux parlementaires pour continuer leurs magouilles actuelles. Non, diront les citoyens, nous ne sommes pas vraiment capable d'élire nous-mêmes nos Conseillers Fédéraux. Mais alors, pourquoi le peuple aurait-il le discernement d'approuver ou de rejeter des accords internationaux autrement plus complexes? Pourquoi aurait-il l'intelligence de signer des initiatives déplaisantes aux yeux du Parlement? Pourquoi sa compréhension limitée l'autoriserait s'opposer de quelque façon que ce soit à l'évanescent "droit international"?

En rejetant l'élection du Conseil Fédéral par le peuple, celui-ci renforce la tutelle des autorités sur lui et risque, à terme, de renoncer à bien davantage.

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Même le Parti du "Tavail" genevois est contre, c'est dire.

14 décembre 2011

Quand 5,4% égalent 26,6%

Ca y est, le nouveau Conseil Fédéral est sous toit. Il a quatre jours, j'écrivais que les politiciens tueraient la concordance en pleurant leurs larmes de crocodiles: le déroulement de ce matin correspond entièrement à ce scénario.

Le révélateur est venu de l'élection d'Eveline Widmer-Schlumpf; élue au premier tour avec 131 voix sur 245, l'Assemblée Fédérale a fait preuve d'une belle unité dans l'hypocrisie. On aime et on respecte la concordance, tout en allouant autant de sièges à un parti qui a récolté 5,4% des suffrages face à l'UDC, premier parti de Suisse, avec plus d'un quart de l'électorat.

palais.jpg5,4% égalent donc 26,6% aux yeux du Parlement. Un conseiller fédéral chacun.

Le reste de la matinée n'est pas brillant. L'UDC, respectant le choix du candidat-président du Conseil Hansjörg Walter de se retirer de la course en cas d'échec contre Eveline Widmer-Schlumpf, a lancé son candidat Jean-François Rime contre les deux derniers sièges en jeu; c'était inutile vis-à-vis du PS, qui a bétonné sa place dans un gouvernement désormais ouvertement de centre-gauche, et du PLR, qui a fait de son mieux pour soutenir l'UDC et qui ne méritait pas cette hostilité aussi gratuite que stérile. Certes, nul n'est certain que 100% des élus PLR aient bien joué leur partition, mais c'est humain. De plus, comme dès hier soir le PS avait annoncé (avec des prétextes cousus de gros fil) qu'il ne soutiendrait pas une attaque de l'UDC contre le PLR, l'affaire était entendue.

On passera sur le duel Berset-Maillard ennuyeux au possible - comme si le syndicaliste vaudois avait eu la moindre chance face à un Conseiller aux Etats membre du sérail.

La Suisse vient de changer de système politique. Elle vient de passer d'un système de concordance à un système de coalition.

Le changement de paradigme était pressenti depuis 1999 déjà, lorsque la classe politique commençait à chercher des moyens de refuser à l'UDC une représentation en rapport avec sa force politique. Il aura fallu douze ans de gestation et de manoeuvres avant que le nouveau mode de fonctionnement du Conseil Fédéral ne soit enfin entériné. Officiellement.

Tout est à rebâtir. Passant sur les péripéties de ce matin, l'UDC va peut-être devoir s'ouvrir à son allié traditionnel, le PLR, pour arriver ensemble à former la base d'une future majorité de droite ou de centre-droit. A moins que le PLR ne se complaise de ses strapontins dans un gouvernement où les socialistes tirent clairement les ficelles? A chaud, difficile d'analyser tout ce qui nous attend. J'ai du mal à imaginer que l'UDC accepte de rester dans un pareil gouvernement, mais cela ne dépend pas de moi.

Et que va donner désormais l'initiative de l'élection du Conseil Fédéral par le peuple? Nul doute qu'elle vient de prendre un bon petit coup de fouet ce mercredi...

Beaucoup de chemins sont possibles. A la veille de la tempête de la crise de la dette publique déferlant sur l'Europe, le choix de l'instabilité politique n'était pas forcément le plus judicieux; mais le vin est tiré, il faut le boire.