01 juillet 2016

Après le Brexit, les masques tombent

Il n'aura fallu qu'une semaine après un scrutin fatidique pour que la donne change au sein de la construction européenne. De nombreuses illusions sont tombées - sur la démocratie, le sens du projet européen, et les valeurs dont se réclament les élites.

Voici un petit tour d'horizon de l'hypocrisie ambiante et de ce qui attend l'Union Européenne.

Démocratie à géométrie variable

Le Brexit a sans aucun doute libéré la parole, mais pas dans le sens où on aurait pu l'entendre. Le grand public du continent eut donc la joie de découvrir des facettes inédites des médias et d'élites mécontentes du résultat, s'adonnant ouvertement aux manœuvres les plus cyniques sans la moindre retenue.

keep-calm-and-vote-for-brexit.pngOubliés la majorité de citoyens ayant voté pour le Brexit! La parole ne fut jamais donnée qu'aux vaincus du jour, et si par malheur un micro s'égarait devant un partisan du Brexit, ce serait pour lui faire dire qu'il avait peur, regrettait son vote, et finalement n'avait pas vraiment souhaité tout cela. Sur Sott.net, un article hilarant intitulé Brexitinérance nous dévoile preuves à l'appui les quatre étapes suivies par l'ensemble des rédactions francophones du continent: "Tout le monde a perdu" ; "Ils ne savent pas ce qu'ils font" ; "Les pro-Brexit regrettent déjà" ; et enfin, "Et si on revotait?"

Évidemment, en cas de victoire du Remain, on ne serait pas plus allé chercher des indépendantistes du Pays de Galles que des pro-européens soudainement pris d'un doute. Tout est dans le résultat.

Derrière ce traitement médiatique hallucinant pour contourner le résultat des urnes, la perspective d'un deuxième vote n'est qu'une hypothèse de travail parmi d'autres. Le Parlement écossais cherche à opposer un veto. On conseille au gouvernement britannique de se retrancher derrière le caractère "purement consultatif" du référendum. De repousser sine die le déclenchement du fameux article 50 entérinant le départ du Royaume-Uni de l'UE.

Bien entendu, ce déni de démocratie est assorti de toutes les excuses possibles ; le camp du Brexit aurait menti, dépassé ses prérogatives, n'était pas prêt à assumer la victoire. Un jour, Boris Johnson n'est qu'un "ambitieux" faisant campagne pour avancer sa carrière ; le lendemain, il devient un "lâche" en renonçant à postuler comme futur Premier Ministre. Toutes les décisions et toutes les circonstances sont portées au passif du Brexit.

Jean-David Sichel, juriste, s'émeut de ces manœuvres dans Le Figaro en pointant les contradictions du camp Remain. Qui n'a jamais employé de slogan simplificateur dans une campagne politique? Libération rêve d'une oligarchie éclairée au lieu du vote démocratique, mais monte sur les barricades lorsqu'il s'agit de lutter contre l'adoption via le 49.3 d'un projet de loi en France. David Cameron est pointé du doigt comme l'artisan de l'échec alors que l'Europe a boudé ses propositions de réforme. On reproche aux "xénophobes" le résultat mais en refusant de tirer le moindre lien avec la politique d'accueil lancée par Mme Merkel...

Dernière approche, et non la moindre, il faudrait changer les règles de la démocratie elle-même. L'abolir pour donner le pouvoir à une caste éclairée, par exemple. Les moins extrêmes suggèrent tout de même plus de poids pour les "jeunes", qui ont voté dans le bon sens sur ce scrutin, une majorité qualifiée à 60%, une participation de trois quarts des électeurs pour valider le résultat... D'autres enfin, sans doute nostalgiques des guerres de sécession, visent la piste institutionnelle: supprimons tout simplement l'article 50 permettant de quitter l'Union Européenne et les problèmes seront réglés!

Tous ces gens se comportent en parfaits fascistes mais ils n'ont même plus assez de recul pour s'en rendre compte.

Le véritable projet européen se dévoile

L'Europe doit-elle redevenir l'espace de libre-échange qu'elle était au début des années 80, ou pousser plus avant le long du chemin de l'intégration jusqu'à devenir le fameux super-État dont rêvent les étatistes de tout poil?

Le départ du Royaume-Uni, fervent adepte de la première solution, est effectivement une mauvaise nouvelle pour le camp libre-échangiste. Les étatistes se sentent pousser des ailes, incapables de comprendre que leur vision a précisément contribué à faire fuir les Anglais et en fera fuir d'autres. Des documents de travail commencent à filtrer dans la presse - mais sont rapportés uniquement dans les journaux anglais comme l'Express ou le Daily Mail. Ne comptez pas sur les médias du continent pour faire le moindre travail d'information.

Comme le rapporte l'Express, la solution préconisée pour sortir de la crise existentielle de l'Europe post-Brexit consiste à concrétiser un plan prévu de longue date pour fusionner tous les pays du continent en un seul super-Etat. La proposition, radicale, demandera aux pays de l'Union de renoncer au droit de posséder leur propre armée, à leur code pénal, à leur système de taxation et à leur banque centrale, toutes ces prérogatives étant désormais transférées à Bruxelles.

Selon le Daily Express, ce rapport de neuf pages aurait "suscité un outrage" auprès de certains leaders de l'UE en prenant connaissance. Le Ministre tchèque Lubomír Zaorálek aurait exprimé des réserves contre la politique de sécurité commune ; Lorenzo Condign, l'ex-ministre du trésor italien, aurait quant à lui affirmé que ce plan était trop ambitieux pour une Europe en proie à la crise interne actuelle (notez bien qu'il ne dit pas qu'il était contre).

Les prochains mois seront critiques alors que l'agitation politique est à son comble. L'époque est propice à des ajustements de grande ampleur qui définiront le futur des institutions européennes. La volonté de centralisation est d'autant plus forte que les autorités de Bruxelles entendent aller vite, prenant de vitesse les mouvements eurosceptiques de plusieurs pays de l'Union avant leur accès au pouvoir.

Prochaine étape, la crise

Le Royaume-Uni est perdu pour l'Europe. Reste à le lui faire payer.

Nous en avons un aperçu grâce à la vidéo de la première intervention post-référendum de Nigel Farage, le bouillant leader du UKIP, devant le Parlement européen (les sous-titres en anglais sont disponibles dans les paramètres).

Cette séquence a valeur de témoignage non à cause des propos tenus par le leader du UKIP mais bien par la réaction de l'assemblée. Malgré son style corrosif, M. Farage ne demande rien d'autre qu'un comportement constructif de la part des autorités de l'UE face au futur départ du Royaume-Uni. Le Parlement Européen n'est certes qu'un théâtre de marionnettes au sein des institutions européennes, mais reste emblématique de l'humeur qui règne à Bruxelles.

L'hostilité est palpable. La bronca des parlementaires survient à chaque fois que M. Farage évoque la possibilité d'une future entente cordiale profitable entre l'UE et le Royaume-Uni. Il a beau rappeler qu'un conflit commercial endommagerait autant, voire davantage, l'industrie européenne que son pays, l'assemblée n'en a cure. Elle réclame vengeance.

Les parlementaires européens n'ont que faire de l'économie privée. Pour la plupart, ils n'y ont jamais mis les pieds. Le sort des ouvriers automobiles d'Allemagne leur importe donc peu, et moins que l'idée de pénaliser l'économie anglaise à titre de rétorsion. Nous avons finalement un aperçu de la trajectoire du prochain divorce entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne: côté européen, on œuvrera à provoquer une crise économique pour punir le Royaume-Uni en faisant porter le blâme au Brexit, peu importe ce que cela coûte au reste de l'Union Européenne.

Le Brexit et la crise économique qui lui succèdera seront érigés en exemple de ce qui attend les populations qui votent mal - un avertissement adressé tant aux citoyens mécontents qu'à des dirigeants qui oseraient leur poser la question de leur avenir au sein d'une Union Européenne toujours plus centralisée.

24 juin 2016

23 juin, jour de libération du Royaume-Uni

Le Brexit n'est plus une vue de l'esprit. Les sujets de Sa Majesté viennent de lui donner corps à 51,9%, selon les derniers dépouillements.

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Le succès du référendum pour sortir de l'Union Européenne jette rétrospectivement le trouble les sondages qui émaillèrent la campagne. Depuis des mois le camp du Remain était censé être en tête et ce n'était que récemment que le Brexit avait refait son retard jusqu'à passer devant de très peu. Assistions-nous a un réel renversement de tendance, ou les instituts de sondages n'avaient-ils finalement pas d'autre choix que de coller progressivement à la réalité alors que la date fatidique approchait?

La mort brutale de la députée Jo Cox fut l'occasion de nouvelles manipulations, redonnant là encore un prétendu "coup de fouet" au camp Remain. La mauvaise foi fut maintenue jusque dans les tous derniers instants, avec deux camps prétendument au coude-à-coude, et des instituts refusant de se livrer au classique "sondage sorti des urnes".

D'autres manipulations eurent lieu au niveau des bookmakers, considérés jusqu'à présent comme des outils de prédiction plus fiables que les sondages lorsque l'issue est disputée. Des agents du camp Remain engagèrent tout simplement de grosses sommes pour faire changer les cotes en faveur du résultat espéré. La distorsion amena le pari Remain moyen à atteindre 450 £, contre 75 £ pour un pari Brexit. Les Remain gageaient que la perspective d'un échec démobiliserait les partisans du camp donné perdant.

Mais de toute évidence, et malgré les moyens employés, les Anglais avaient compris que les enjeux dépassaient un simple calcul d'intérêt. Il y avait des principes à la clef, et je pense que bien peu des citoyens britanniques changèrent d'avis comme des girouettes, à l'inverse de ce que toutes ces variations au fil du temps laissent imaginer.

Le Royaume-Uni demande donc le divorce d'avec l'Union Européenne. David Cameron, le Premier Ministre hypocrite qui demanda un référendum à reculons, n'a plus d'autre choix que d'annoncer sa démission. L'histoire gardera de lui un portrait peu reluisant. Ses compromissions pour garder - du bout des lèvres - l’Écosse europhile dans le Royaume-Uni risquent de provoquer l'éclatement de celui-ci à relativement court terme. La gestion catastrophique du royaume par M. Cameron laissera de profondes cicatrices.

Le projet de construction d'un Super-État européen sur le socle du Marché Unique ne vient pas de ralentir, mais bien de dérailler complètement. La renégociation de centaines de traités croisés entre les membres restants de l'UE et le Royaume-Uni occupera les bureaucrates bruxellois pendant des mois. Le prochain Premier Ministre anglais, qu'on imagine réellement eurosceptique, défendra pour une fois sincèrement les intérêts de son pays. Ne subsisteront donc que les accords diplomatiques avantageux pour le Royaume-Uni.

Ce "détricotage sélectif" annonce évidemment un effondrement encore plus rapide de l'UE. Les peuples restants comprennent bien désormais qu'un pays qui divorce peut garder les meilleurs morceaux alors qu'eux-mêmes doivent subir l'entier du joug de Bruxelles. Ils demanderont des aménagements ou probablement un référendum de sortie à leur tour - comme Geert Wilders vient d'en faire la requête au nom des Pays-Bas. Et qui pourrait refuser pareil référendum et prétendre ensuite que l'UE est encore un ensemble démocratique?

Le fameux traité de Lisbonne, la Constitution de l'UE, admettait qu'un pays sorte de l'Union - bien que sur un plan strictement théorique. Aujourd'hui il est nécessaire de mettre ces textes à l'épreuve de la pratique, mais ce n'était de toute façon qu'une question de temps. Par deux fois les Eurocrates sentirent le vent du boulet: lorsque les Grecs votèrent contre l'austérité mais furent finalement trahis par leur gouvernement, permettant à la Grèce de rester dans l'UE ; et lorsque les Autrichiens faillirent élire le mauvais président mais furent sauvés in extremis par les fameux votes par correspondance. On pourrait aussi citer l'impasse helvétique et la sortie de crise choisie par la classe politique en violant la Constitution. Devant les coups de boutoirs financiers, institutionnels ou démocratiques, l'utopie européenne devait un jour ou l'autre finir par se fracasser sur la réalité.

C'est désormais chose faite et le message vient d'un pays respectable, respecté, membre ancien de l'Union Européenne, riche et doté d'une longue tradition démocratique. Impossible de l'ignorer.

Les peuples osent encore, parfois, faire preuve de courage. Saluons les Anglais d'avoir osé ce dont rêvent tant de populations soumises, ailleurs sur le continent, et parions que grâce à cela ils s'en porteront bien mieux. A l'Union Européenne, la cinquième puissance économique préfère le Monde.

03 mai 2016

Cette France impossible à réformer

Vue de Suisse, la France de ces derniers jours ne fait pas plaisir à voir.

La France s'entortille dans un projet de réforme d'une façon dont elle a le secret. Au départ, "l'avant-projet de loi El Khomri", du nom de la Ministre du travail, devait assouplir les horaires des salariés, plafonner les montants des indemnités prud'homales, préciser les motifs invoqués pour des licenciements économiques et impliquer directement les salariés dans des référendums d'entreprise.

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L'idée ne paraissait pas mauvaise, mais peu importe qu'on soit pour ou contre, finalement, car on peut en parler au passé. Le projet de loi a été tellement retouché, rapiécé et modifié qu'il en est devenu méconnaissable. Et ce n'est pas fini: le texte est encore l'objet de près de 5'000 propositions d'amendements. Des élus manquent à la majorité socialiste pour faire passer le texte. Le gouvernement français envisage de recourir à l'article 49-3 de la Constitution française pour couper court aux débats. Belle démocratie!

Pourquoi ce projet de loi, émanation de parlementaires professionnels, a-t-il été à ce point remis en question? À cause de la pression de la rue. Depuis des semaines diverses oppositions battent le pavé. Les fronts se sont crispés et beaucoup espèrent désormais faire complètement capoter le projet. François Hollande joue son avenir de candidat de la gauche. Le président essaye, bien tardivement, de se donner une image de réformateur ; il hésite à passer en force. Il veut parvenir à un résultat, même symbolique, mais à un an des élections présidentielles il ne peut laisser la crise s'étendre. À gauche on crie que la réforme est une trahison, un cadeau au patronat ; à droite, on s'indigne des reculades gouvernementales.

La situation, inextricable, finit de jeter les uns contre les autres toutes les factions de la vie politique française. Lycéens et étudiants, sempiternelle chair à canon des mouvements de gauche ; MEDEF ; majorité et opposition ; syndicats ; extrême-gauche poignardant le frère ennemi socialiste ; ambitieux cherchant à se profiler pour les présidentielles ; mouvements protestataires parasites cherchant à greffer leur propre cause sur l'agitation générale... Personne ne manque à l'appel.

france,réforme,droit du travail,françois hollande,manifestationNul ne sait quand ni comment le sac de nœuds se dénouera, ni même s'il parviendra à se dénouer. A ce stade, tout est envisageable. L'issue la plus probable reste celle d'une montagne accouchant d'une souris, une loi vidée de sa substance afin de ne fâcher personne tout en donnant aux uns et aux autres des motifs de victoire. Il y a évidemment peu de chances que le droit du travail français en sorte simplifié.

La France semble, en dernière analyse, impossible à réformer. Chaque intervenant aura son explication, principalement pour pousser en direction de sa paroisse. Mais selon moi, le problème est tout autre. La clé du mystère pourrait se trouver dans l'absence criante de démocratie en France, en particulier l'absence de référendum.

Nombreux sont ceux qui, en Suisse, n'éprouvent que mépris pour la démocratie directe. Le peuple est assez intelligent pour élire des candidats mais certainement pas pour décider davantage, disent-ils. Les politiciens helvétiques endurent les référendums avec fatalisme. Ils n'en voient pas les avantages. Ils existent pourtant bel et bien.

Le droit de référendum permet aux citoyens de convoquer un vote populaire contre une loi votée par le Parlement. La loi est sous toit: les commissions se sont prononcées, le projet a été relu dans ses moindres détails et approuvé par les deux chambres de l'Assemblée fédérale. Il ne manque pas un bouton de guêtre. Le peuple peut malgré tout s'emparer du dossier et l'envoyer à la poubelle.

L'idée que n'importe quelle loi aboutie puisse éventuellement être annulée provoquera chez tout politicien français un réflexe de rejet. Question d'ego et de perception de sa fonction. Les uns et les autres oublient pourtant qu'un référendum peut aussi servir à valider une loi en lui donnant un appui démocratique incontestable. Tout référendum ne se concrétise pas en rejet systématique!

Le référendum permet de pacifier la vie politique. Il permet aux camps en présence de se compter dans l'épreuve démocratique fondamentale, le verdict des urnes. Les démonstrations de force changent de dynamique: il s'agit désormais d'agir sur l'opinion publique et non plus celle des décideurs. Il ne faut plus intimider, il faut convaincre. Plus personne ne peut se bombarder d'une représentativité autoproclamée. La classe politique a aussi son rôle à jouer, elle doit entrer en contact avec la population, être didactique, comprendre et informer des tenants et aboutissants de ses propres textes. Se contenter de suivre la ligne du parti dans une assemblée ne suffit plus.

Dernier avantage, le résultat des urnes débouche sur un résultat clair et à une date précise. C'est Oui ou c'est Non, il n'y a plus à y revenir. Le référendum définit à l'avance la fin du débat politique, un luxe dont la France aurait bien besoin en ces heures troubles.

La loi El Khomri aurait suivi en Suisse un destin bien différent. Tous les partis auraient été consultés lors de son élaboration, tant pour mesurer le degré de résistance que pour tenter d'en faire un compromis acceptable. Le projet final aurait été approuvé par la majorité des représentants du peuple. Les adversaires du texte auraient alors livré une première campagne médiatique pour convoquer un référendum, suscitant une première salve de débats.

france,réforme,droit du travail,françois hollande,manifestationUne fois le référendum obtenu, la date en aurait été décidée, ouvrant la voie à une campagne officielle. Chaque camp aurait fourbi ses arguments dans la presse, les réseaux sociaux, les marchés ; les débats télévisés auraient vu s'affronter les pro et les anti. Les discussions auraient embrumé les comptoirs de bar, les pauses-café, les réunions familiales du dimanche. Et le jour dit, on aurait voté et enfin découvert dans les urnes le fin mot de l'histoire.

Nulle part il n'y aurait eu besoin d'occuper les rues, de manifester, de saccager, d'amender le texte dix fois de suite ; nulle part il n'y aurait besoin de faire du bruit pour donner contenance à son camp. Les urnes mesurent les rapports de force avec bien plus de légitimité et de précision que n'importe quel sondage.

La classe politique française n'est pas mûre pour les référendums. Hors de sa réélection, elle n'aime guère faire appel aux citoyens. La perspective d'une loi rejetée par le bas peuple lui inspire un profond dégoût. Elle ne veut pas prendre ce risque. Alors, elle tergiverse, dilue ses réformes, fait étalage de son impuissance et, souvent, recule.

En se méfiant de la démocratie, atteint-elle un meilleur résultat?

20 mai 2015

Les Suisses, bons à décapiter?

"Les Suisses ne sont bons qu'à être décapités", proclame un certain Oussama M., Irakien incarcéré en Suisse. Les autorités fédérales, décidément très remontées, ont décidé de "prolonger une nouvelle fois sa détention", explique le Matin. Pas de jours-amende avec sursis ni de réhabilitation aux petits oignons pour le vilain petit canard du vivre-ensemble métissé et festif - en tout cas, pas pour l'instant.

daesh.jpgPadamalgam™, double dose

Sans doute pas au courant que l'islam-ce-n'est-pas-ça (on attend avec impatience le débat télévisé entre un frère Ramadan et ce genre d'olibrius) l'individu explique au Tages Anzeiger qu'il n'y a pas lieu de perdre du temps à essayer de convertir les infidèles: "Les chrétiens suisses ne sont bons que pour la décapitation, pas pour le prosélytisme". On a beau être promis au paradis, il faut utiliser son temps efficacement. D'ailleurs Oussama se préparait à joindre le geste à la parole:

Pour les autorités suisses, Oussama M. était clairement en train de préparer une action en Suisse pour le compte de l'organisation terroriste avec l'aide de deux complices. L'Irakien «est totalement en phase avec les activités de l’État islamique et se considère comme un de ses membres», écrit le Tribunal pénal fédéral. Il se décrit comme un combattant respecté qui a participé à des batailles.


Heureusement, c'est probablement un loup solitaire, le genre de type qui devient méchant à coup de vidéos sur Youtube alors qu'avant il était gentil comme tout et disait bonjours à ses voisins lorsqu'il les croisait dans l'escalier... Rien qui justifierait, par exemple, une remise en question de la politique d'asile habilement conduite par notre conseillère fédérale socialiste Mme Sommaruga... Oups!

Oussama M. a été accueilli en Suisse après une grave blessure en Irak. Il souhaite retourner dans son pays une fois sur pied. Actuellement, il se déplace en chaise roulante. Et même s'il a été soigné et qu'il touche l'aide sociale, il est virulent (sic) avec la Suisse. Selon les autorités fédérales, l'accusé a apporté son soutien à l’État islamique, notamment pour des transferts de fonds. Il aurait aussi eu des contacts avec un membre influent Abu al-Muhajir Akkab, recherché par Interpol. Oussama M. était aussi chargé de mettre en place une cellule terroriste en Suisse chargée de préparer des attentat ici ou en Allemagne.


padama10.jpgLa Suisse est tellement accueillante qu'elle soigne et entretient des gens qui avouent ouvertement leur souhait de décapiter ses habitants! A-t-on jamais vu plus merveilleuse démonstration d'hospitalité? Mais ne vous inquiétez pas outre mesure des propos tenus! Force restera à la loi:

L'Irakien, comme ses deux complices, clame leur innocence depuis des mois. Aucune de ses demandes de libération ne lui a été accordée. En fait, sa détention préventive vient même d'être prolongée jusqu'au 20 septembre au moins.


Prend ça, vil islamiste! Ça calme, hein? Face à un type qui a probablement vu (et commis) des atrocités sans nom en Syrie et en Irak, la perspective d'être incarcéré "jusqu'au 20 septembre au moins" dans une confortable cellule helvétique - à la superficie scrupuleusement conforme aux Droits de l'Homme - doit probablement être terrifiante, faisant vaciller toutes ses convictions.

Ce triste entrefilet de la presse locale n'est qu'un exemple parmi tant d'autres d'une guerre qui gagne en intensité non seulement en Suisse mais dans l'ensemble du monde occidental, et ce d'autant plus que le flot de réfugiés "syriens" que Mme Sommaruga accueille à bras ouverts avec l'argent des contribuables comporte son lot de combattants de l’État Islamique.

La myopie ordinaire

Sans transition, prenons l'exemple imaginaire, mais inspiré de la réalité, de Martine. Martine se définit elle-même comme une amoureuse de la nature ; Martine concrétise cet amour dans un respect scrupuleux des directives officielles édictées par les écologistes et religieusement retransmises par les médias de masse. Martine mange Bio autant qu'elle peut, consomme local, recycle, ne laisse pas ses appareils en veille quand elle y pense, et se maudit intérieurement plusieurs fois par semaine lorsqu'elle est contrainte d'utiliser sa voiture.

Naturellement, Martine vote écolo - les mêmes qui réclament l'accueil de 100'000 réfugiés syriens dans le pays.

Bernard, lui, est fonctionnaire. Employé dans la prestigieuse administration cantonale de Fribourg, son travail est routinier mais finalement confortable. L'argent rentre, il a droit à ses vacances, ses chèques Reka, l'accès à la cantine du personnel. Il ne se foule pas trop mais s'entend bien avec son supérieur, ça compense. Sa progression salariale est garantie et chaque année ses copains syndicalistes réussissent à grappiller un petit plus par-ci ou par-là.

Depuis quelques temps, Bernard dort mal. Sa petite commune de Chevrilles a été sélectionnée par Mme Sommaruga pour implanter un nouveau (et énorme) centre d'accueil pour requérants. Il se demande quel effet cela aura sur la valeur de sa maison et les trajets qu'effectuent quotidiennement ses deux filles. Naturellement, cela ne l'empêchera pas de continuer à voter socialiste.

Thomas, enfin, est un rebelle. Il ne supporte pas les normes sociales rigides. Il se plaint sans arrêt que la Suisse "ne bouge pas assez", qu'elle est trop "réactionnaire" et que sa vie est un carcan. Il rêve d'un revenu universel qui lui permette une vie tranquille avec son copain, bière à volonté et un peu de deal d'herbe au noir comme complément. Il en fume aussi, tant pour oublier ses études qui ne décollent pas que pour mieux planer avec sa musique où on rêve d'un monde ouvert, beau et généreux où tous les humains se tendent la main.

Si Thomas est homosexuel, il ne s'en vante pas - et encore moins depuis vendredi dernier, où il s'est laissé submerger par l'émotion en embrassant son ami devant la gare de Zurich. Il était tard, ils devaient se quitter, mal leur en a pris. Une douzaine d'individus désœuvrés et visiblement étrangers les a vigoureusement houspillés. Les baffes ont commencé à pleuvoir et la situation manquait de dégénérer jusqu'à l'arrivée providentielle d'une patrouille de police qui dispersa l'attroupement. Depuis, Thomas s'efforce de ne plus penser à cet incident troublant, de peur de remettre en question sa vision du monde où l'UDC est le principal obstacle sur le chemin du bonheur.

Responsabilité électorale et priorités

La vie est faite de choix. Nous nous faisons une fierté de proclamer que ces choix sont l'écho de nos valeurs, de notre époque et de notre histoire personnelle ; ce n'est pas toujours vrai. Souvent, ces choix sont aussi les conséquences de notre conformisme, de nos habitudes ou de notre refus d'admettre un problème.

Les exemples de Martine, Bernard ou Thomas n'ont rien de particulier - on pourrait les décliner à l'infini. Mais chacun d'eux aura un petit souci: définir l'ordre de ses priorités face à la menace islamique incarnée par exemple par Oussama. Il y a les choix qu'on fait, mais aussi ceux qu'on refuse de faire.

  • La Suisse est-elle menacée davantage par l'islamisme ou par le réchauffement climatique?
  • La Suisse doit-elle privilégier l'accueil de faux réfugiés ou le respect de son cadre de vie?
  • Comment la Suisse peut-elle promouvoir le respect des homosexuels ou l'égalité homme-femme face à des populations allogènes totalement hostiles à ces concepts?
  • Que vaut la loi des hommes, la démocratie, la liberté d'expression, face à ceux pour qui la seule loi qui vaille est la loi d'Allah? Quel sens y a-t-il à les laisser s'installer sur notre territoire?
  • Quel sens y a-t-il à vouloir renvoyer les criminels étrangers dans leur pays, refuser l'accès à un flot de faux réfugiés, instaurer des quotas pour l'immigration lorsque les autorités élues par ces mêmes citoyens refusent par principe tout contrôle des frontières?

Ces interrogations dérangent - tant et plus que trois-quart des électeurs, et je suis généreux, s'efforcent surtout de ne pas se tourmenter avec des questions de ce genre.

La politique de l'autruche est aussi décriée qu'elle est pratiquée. Si nombre d'élus suisses ont clairement choisi leur camp, la responsabilité finale de leur accès au pouvoir incombe à l'électeur et à nul autre.

« Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime, il est complice. »

George Orwell


Pas besoin d'être devin pour comprendre qu'en Europe la situation va aller en s'aggravant: hordes de requérants d'asile, crise économique, islamisation, guérillas urbaines. L'ère de l'insouciance heureuse est terminée et chaque jour il devient plus dangereux de continuer à faire comme si.

L’État Islamique n'a pas encore un an

Voyant l'évolution des crises dans la période 2010-2015 et leur accélération stupéfiante rien que depuis le début de l'année, on s'effraie à penser à ce que sera devenu le monde en 2020 à ce rythme. Bien avant, nous aurons sans doute d'autres chats à fouetter que l'organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse.

La Suisse n'a plus guère les moyens de continuer à ignorer les problèmes, ou ceux-ci finiront par l'emporter. Mais la prise de conscience requiert le réveil des citoyens, une vision claire des enjeux, et un engagement fort pour appliquer des solutions concrètes. Nous reste-t-il, en tant que peuple, assez d'énergie et de volonté pour organiser notre propre survie? Ou les réglementations sur le ramassage des déchets sont-elles l'aboutissement de notre projet de civilisation?

Nous aurons les réponses à ces questions lors des élections fédérales de cet automne. Je ne vais pas vous mentir, les perspectives ne sont pas bonnes. Si au bout du compte nous nous destinons à n'être que du bétail pour islamistes, c'est aussi parce que nous en aurons décidé ainsi.

13 mai 2015

Contre-analyse des élections britanniques

La réélection triomphale de David Cameron est une surprise pour tout le monde, y compris l'intéressé. Les sondages annonçaient depuis des semaines que les Conservateurs et les Travaillistes étaient au coude-à-coude et qu'on s'avancerait "nécessairement" vers un gouvernement de coalition.

Que s'est-il passé? Et qu'est-ce que ce résultat augure pour l'avenir?

Difficiles prédictions

Pour expliquer l'incroyable sous-estimation du résultat des Conservateurs, certains médias jugèrent bon de ressortir pour l'occasion un vieux concept, le Conservateur Timide, un individu qui voterait à droite mais piteusement, honteux de l'avouer face à un institut de sondage. En 2015, l'hypothèse peine à convaincre: le gouvernement conservateur sortant fit campagne en s'appropriant les bons résultats économiques, et l'offre politique est bien plus vaste - avec tout son lot de partis décrétés "infréquentables" par l'establishment - qu'en 1992 où cette notion fut inventée.

L'explication est probablement ailleurs, plus précisément, dans le découpage électoral. Reprenant une image publiée sur Zerohedge des résultats quasi-définitifs, la comparaison entre votes et sièges donne un aperçu du problème:

uk_results_2015.png
Résultats partiels (dépouillement de 642 sièges sur 650)

Les médias ne cherchaient pas forcément à favoriser la victoire de leur poulain travailliste ; ils prédirent d'ailleurs avec une parfaite exactitude sa défaite en Écosse face au raz-de-marée des indépendantistes du SNP. Le SNP avait rassemblé moins de la moitié des suffrages lors du référendum sur l'indépendance en septembre 2014 (avec un taux de participation de presque 85%!) mais aujourd'hui, par le mécanisme du découpage électoral, il rafle quasiment tous les sièges parlementaires dévolus à cette partie du pays, au grand dam des Travaillistes.

De la même façon, la poussée électorale du UKIP, le parti anti-européen, est totalement remarquable ; à presque quatre millions de voix, il est clairement le troisième parti de Grande-Bretagne. Cependant, comme pour le Front National en France, le système se défend fort bien en l'écartant du pouvoir. Le UKIP n'aura donc qu'un seul siège, à comparer avec les 8 qu'obtiennent les libéraux-démocrates avec deux tiers de leurs voix, ou les 8 autres qu'obtiennent les Démocrates Unionistes avec vingt fois moins de suffrages!

Et ne croyez pas qu'il ne s'agisse là que d'un chagrin partisan ; d'autres formations politiques comme les Verts sont aussi sous-représentées, bien que classées plus loin en valeur absolue.

Selon l'Electoral Reform Society, un think-tank militant pour une démocratie britannique plus représentative, la répartition des sièges à la proportionnelle intégrale donnerait un tout autre résultat à la chambre du parlement:

  1. Conservateurs 244
  2. Travaillistes 201
  3. UKIP 83
  4. Libéraux Démocrates 52
  5. Parti Nationaliste Ecossais 31
  6. Verts 25
  7. Parti Démocrate Unioniste 3
  8. Plaid Cymru 3
  9. Sinn Fein 3
  10. Parti Unioniste d'Ulster 2
  11. Parti Socio-Démocrate 2
  12. Alliance 1

La majorité absolue étant à 326 sièges, aucun parti n'aurait obtenu le pouvoir à lui seul ; et s'il est évidemment plus délicat de gouverner à travers une alliance, cela n'a rien d'impossible. L'argument selon lequel la proportionnalité amène des majorités "fragiles" ne tient pas. Non seulement c'est exactement sur la base d'une telle alliance que les Conservateurs sortants ont réussi leur réélection, mais c'est encore ce que prévoyaient de faire les deux principaux partis quelques heures avant le scrutin. Tous les instituts de sondages prédisaient qu'ils ne réussiraient pas à obtenir le pouvoir directement.

La démocratie britannique est peu représentative. Une tentative d'introduire un mécanisme de vote alternatif échoua en 2011, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'arriver au système plus représentatif de la proportionnelle intégrale. Il est vrai que les réformes étant organisées par le parti au pouvoir, celui-ci a du mal à mettre en place une modification de la loi électorale qui se traduirait invariablement par une diminution de sa propre force au sein des instances élues...

Le Brexit, question interdite

Dès le jour de l'élection la question était sur toutes les lèvres: David Cameron honorera-t-il sa promesse de soumettre au peuple britannique "en 2017 au plus tard" un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union Européenne? Les contempteurs de l'Europe politique - et ils sont nombreux - se réjouissent de cette perspective mais il y a loin de la coupe aux lèvres.

royaume-uni,david cameron,ukip,élections,démocratieSi quelqu'un hésitait quant à la position de Mr Cameron vis-à-vis de ce sujet, la réponse est contenue dans la question. S'il estimait que la présence du Royaume-Uni dans l'Union Européenne soit une mauvaise chose pour le pays, il n'aurait aucune raison d'attendre 2017 pour proposer au peuple un éventuel divorce.

David Cameron est un politicien dans le mauvais sens du terme: habité de peu de convictions authentiques mais d'une redoutable efficacité dès lors qu'il s'agit d'organiser son maintien au pouvoir. Par exemple, après avoir longtemps été le chantre de la lutte contre le prétendu réchauffement climatique d'origine humaine, il opéra un revirement assez net sur le sujet simplement à cause du peu d'écho que la thématique suscitait au sein d'une population britannique plus inquiète de la crise économique.

C'est un peu la même chose pour le référendum sur l'Europe ; la promesse a été jetée en pâture aux citoyens en premier lieu pour monnayer sa réélection. Pro-européen convaincu, David Cameron sera le premier à voter pour le maintien dans l'UE. Il a toutefois bien conscience d'évoluer dans un parti moins europhile que lui, même si ce sentiment s'est amoindri dernièrement (les éléments les plus véhéments ayant fait défection auprès du UKIP). Maintenant que le Premier Ministre est installé au 10 Downing Street pour un nouveau mandat, le référendum perd toute utilité. Mais les Anglais ne l'entendront pas de cette oreille.

De façon étonnante, toutes les manœuvres possibles entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne semblent avoir déjà eu lieu entre l’Écosse et le Royaume-Uni, les rôles étant alors inversés.

Le précédent écossais

Le UKIP est en embuscade. Si David Cameron renonce au référendum, il lui offrira le pouvoir sur un plateau d'argent ; les anti-UE de Nigel Farage talonnent les Conservateurs dans nombre de circonscriptions et pas un électeurs ne croira à la fable d'un référendum retardé "pour des raisons indépendantes de notre volonté" au mandat suivant, en 2021 par exemple.

Malgré leur succès de la semaine dernière, l'assise des Tories sur le pays est fragile ; le système électoral aidant, il s'en faut de relativement peu pour que quelques points supplémentaires acquis au UKIP transforment le prochain scrutin en un raz-de-marée violet. La menace est exactement la même que celle qui s'est concrétisée à l'encontre des Travaillistes en Écosse: dopés par le référendum sur l'indépendance, même perdu, les indépendantistes du SNP mirent un terme brutal à une domination travailliste de plusieurs décennies. Ils remportèrent quasiment tous les sièges de cette partie du pays.

La seule échappatoire serait que David Cameron cristallise sur lui l'entier du mécontentement (certains diraient la trahison) issu de son refus d'organiser le référendum afin d'épargner le reste du parti conservateur. Outre qu'il a peu de chances de réussite, cet avenir sacrificiel n'est guère dans le caractère du personnage.

L'autre possibilité serait de renégocier avec Bruxelles des aménagements pour le Royaume-Uni, vidant le référendum de sa substance en obtenant des concessions importantes. Là encore, David Cameron rejouerait le scénario écossais: accorder tant d'avancées sur l'autonomie que la question de l'indépendance en devienne presque symbolique. Mais les autorités européennes ont déjà fait savoir qu'elles seraient aussi souples qu'un bloc de granit sur les revendications anglaises, comme à l'accoutumée.

Les portes se fermant les unes après les autres, il ne restera peut-être plus que le scénario classique: promettre l'apocalypse en cas de Brexit. Face à l'inflexibilité européenne, il faudra préparer le terrain du référendum en le jalonnant d'innombrables analyses démontrant par A + B que la sortie du Royaume-Uni sera dévastatrice pour le pays, laisser la peur et l'incertitude gagner le cœur des citoyens. Cela aussi a parfaitement fonctionné lors du scrutin écossais. Il faudra juste que la propagande arrive à étouffer le ressentiment anti-européen des sujets de Sa Majesté, et que ces derniers oublient également que ces expertises viendront des mêmes brillants esprits qui proclamaient que l'Europe et l'euro annonceraient paix et prospérité...

Au bout du compte, il n'est pas du tout certain que les électeurs puissent voter sur le Brexit, ni même qu'ils l'approuvent. Mais une bonne nouvelle est toujours possible, comme on dit. S'ils le font, David Cameron pourrait passer à la postérité pour avoir été le politicien qui a détruit l'Union Européenne - à son corps défendant!

L'humour anglais, sans doute.

18 mars 2015

La dernière initiative

C'est avec une immense tristesse que j'ai découvert dans les médias le lancement de la dernière initiative de l'UDC "pour la primauté du droit suisse" - la dernière du premier parti de Suisse, et peut-être la dernière tout court.

On le savait, le projet couvait depuis quelques temps déjà, alors que Christoph Blocher avait annoncé son retrait du Parlement pour s'adresser directement au peuple souverain, l'organe suprême de la démocratie helvétique. Mais tout semble s'accélérer, en particulier les circonstances qui rendent soudainement ce texte terriblement nécessaire.

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Beaucoup, à commencer par moi, auraient aimé que ce texte ne voie pas le jour, non pas à cause d'un désaccord avec son contenu mais au contraire parce qu'il égrène des évidences. Dans une situation normale, il est difficile de démontrer des évidences. Allez non pas expliquer mais démontrer au sens mathématique la commutativité de l'addition à un jeune enfant! Pas simple.

La Constitution helvétique est issue du peuple suisse. La chose est acquise dès son préambule. Tous les autres organes de l'Etat émanent de cette Constitution et sont donc subordonnés à la collectivité des citoyens qui lui a donné naissance. Viennent donc dans l'ordre de priorité des institutions fédérales le Peuple Suisse, puis le Parlement, puis le Conseil Fédéral - chacun étant aux ordres du précédent.

À Berne, la chose a été oubliée depuis longtemps. Le divorce entre le peuple et les partis politiques remonte sans doute à ce "jour noir" de 1992 où la Suisse refusa les fiançailles avec l'Union Européenne, infligeant un affront cinglant à ses élites. Convaincue de dominer un troupeau d'ânes incapables de comprendre le grand ordre des choses, la classe politique œuvre depuis à contourner, museler et finalement se passer de ces citoyens revêches.

Pendant très longtemps la transformation du régime se fit par petites touches, en toute discrétion: une adhésion par la bande à une organisation supranationale présentée comme de peu de conséquences ; la ratification d'un traité tellement flou qu'on le dote d'une cour de "justice" chargée de définir son contenu, lui garantissant une extension à peu près infinie, peu importe l'éloignement du texte initial ; l'abandon de la convertibilité-or du Franc Suisse, préalable à l'adhésion à l'euro ; des jugements de la Cour Européenne des Droits de l'Homme niant sans contestation les dispositions constitutionnelles fédérales ; la disparition des frontières pour que le territoire suisse ne fasse enfin plus qu'un avec celui de ses nouveaux maîtres.

Longtemps le peuple helvétique fit preuve d'une bienveillance coupable, berné et bercé dans l'idée que ses représentants - jamais mot ne fut plus mal choisi - œuvraient dans le sens de l'intérêt commun. Il y avait bien quelques cahots mineurs lors d'un référendum, mais dans l'ensemble rien de bien grave.

Les choses s'accélérèrent de façon notable au tournant des années 2000 puis ensuite lors de la crise de la dette publique de 2008. Désormais, les avancées se font carrément au grand jour, qu'il s'agisse de l'adhésion de la Suisse à la zone euro à travers les manipulations de la BNS ou de la soumission voulue et assumée de la législation du pays à Bruxelles à travers "l'accord institutionnel" concocté par M. Burkhalter, totalement incompatible avec la démocratie directe - et il le sait très bien!

Par ailleurs et en parallèle le gouvernement n'a jamais été aussi sourd aux cris du peuple qui s'incarnent dans un nombre inégalé d'initiatives acceptées: contre les pédophiles, pour le renvoi des criminels étrangers, contre l'immigration de masse... Mais ces initiatives sont ignorées, perverties, détournées autant que le permet la loi et même au-delà. Il ne s'agit pas d'une évolution progressive face à des opinions qui auraient pu changer depuis le précédent scrutin sur le sujet il y a quinze ou vingt ans. L'objectif avoué est d'ignorer les décisions populaires lorsqu'elles contreviennent à la doxa collectiviste et internationaliste des élites.

Parmi tous les pays du monde, il n'y a probablement qu'en Suisse où le respect du moindre traité international suscite une piété quasiment religieuse. Les autres n'hésitent pas à les dénoncer, à les renégocier, ou à rejeter leur ratification. Même dans les rares cas où l'adhésion à un traité supérieur est établie et attestée, comme dans le cas des États-Membres de l'Union Européenne, cette situation est source d'innombrables débats sur les manœuvres possibles au sein du collège. Chaque pays de l'UE n'hésitera pas et n'hésite d'ailleurs pas à tirer la couverture à lui autant que le permettent les textes ; les autres discutent carrément de leur retrait éventuel de l'Union... C'est, tout simplement, le monde réel.

Rien de tel en Suisse où un respect aveugle, soumis et unilatéral aux traités internationaux semble l'incarnation d'une curieuse naïveté alliée à une bêtise stupéfiante. En fait l'attitude obéit à un objectif intérieur assumé: la soumission à l'international est aussi le meilleur moyen de museler la démocratie directe en réduisant progressivement son champ d'application jusqu'à ce qu'il n'en reste rien.

Minée sans relâche depuis vingt ans, la démocratie directe est si vermoulue qu'elle est à deux doigts de l'effondrement. L'initiative pour la primauté du droit suisse vise à restaurer la charpente. La démarche est louable mais s'apparente aussi à un quitte ou double.

Si le texte est rejeté, alors, il en sera officiellement fini de la démocratie directe. C'est une possibilité bien triste mais tout à fait légale ; la démocratie est ainsi faite qu'elle a le droit de voter son suicide. On continuera à voter certes mais sur des choses triviales, la couleur des volets, les dates des vacances scolaires ; le reste sera décidé à Berne (et Bruxelles, et Strasbourg) sans que personne ne puisse y redire quoi que ce soit. La "démocratie directe" sera réduite à un simulacre plus ou moins folklorique.

Mais si le texte est accepté? Les élites, les médias, le Parlement et le Gouvernement accepteront-ils alors de résilier les traités en conflit avec la Constitution suite à diverses votations passées et futures? Vous avez le droit de le penser ; pour ma part je n'y crois pas une seconde. On expliquera que cela nous mettrait en porte-à-faux avec nos partenaires internationaux et puis que tout cela est bien compliqué, et ensuite on ne fera rien.

L'initiative de l'UDC "pour la primauté du droit suisse" est la dernière initiative pour laquelle voter ait encore un sens - à condition que son adoption soit suivie d'effets. Malheureusement, il est sans doute déjà trop tard. Son refus enterrera pour de bon la démocratie directe, mais son acceptation ne fera probablement rien d'autre que révéler à tous que le coup d’état institutionnel a déjà eu lieu.

Le combat pour la restauration de la démocratie directe ne fait que commencer. Il sera long, incertain et difficile, et demandera bien plus qu'une initiative.