14 octobre 2018

Devine qui vient rapper ce soir

Répondant au doux nom de Médine, ce rappeur haineux, comme le décrit AgoraVox, "étalant sans vergogne sa haine de la France et de ses valeurs, évoquant le Jihad violent mais attention c'est du second degré", devrait se produire aux Docks de Lausanne le 27 octobre.

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Complètement second degré. Ça se voit tout de suite.

Médine?

On le constate sur l'illustration de cet article, c'est une figure joviale et avenante Médine. Il nous fait le coup de la barbe bien taillée et des petites lunettes d'intellectuel comme Benallah pour nous montrer combien il serait inoffensif, un agneau se désaltérant dans le courant d'une onde pure, un gosse des rues voulant se tirer d'affaire, un autre genre de Gavroche...


D'ailleurs, chacun peut le juger à l'aune des paroles de ses chansons, depuis le titre sobrement intitulé Bataclan où il explique "Tout ce que je voulais faire c'était le Bataclan" (aucun rapport avec les attentats du 13 novembre 2015 qui firent 90 morts dans cette seule salle bien entendu) ou son "chef-d’œuvre" Angle d'Attaque où, se plaçant dans le rôle d'un jeune homme noir indigné par l'assassinat d'un frère de race, il lui fait dire:

Les Blancs sont des démons, des cochons d’aucune moralité
Lui était suffisamment black pour être décapité
Ces incestueux nous ont barricadé
Puis ils nous crèvent dans un tieks qu’ils ont fabriqué
C’était un bon c’cousin, un fan de Black Panther
Les Blancs des consanguins, lui lutte pour ses frères
(Yeah) Ces porcs blancs vont loin
Passe moi une arme de poing
J'vais faire un pédophile de moins (...)

Je hais les blancs depuis Rodney King
J'ai besoin d’une carabine car ils assassinent
Molo bolo
Les blancs sont des démons, tuent des Afros
Molo bolo
On n'a pas la même peau chacun pour sa peau
Molo bolo


Attention! Angle d'attaque est une trilogie! L'acte 1 parle du racisme anti-blancs, l'acte 2 parle du racisme anti-noirs et l'acte 3 de la bêtise des deux! Dont acte: jetons un œil aux paroles de l'acte 2 qui "donne la parole aux blancs":

Les bwana banania n’sont bons qu’à faire des portées
Simple agent de sécu’, pourtant sans histoires
Qui grattait dur pas comme ces bons à rien de Noirs
Qui collectionnait embrouilles et garbars


Et l'acte 3 qui "réalise une synthèse":

Simple agent de sécu'
Un fan de Black Panters
Qui grattait dur
Lui lutte pour ses frères
Qui collectionnait embrouilles et garbars
La rumeur dit qu’il s’était pris la tête avec de gros boucaques
Impossible c’était un bon, un militant
Quelques blancs préméditèrent comme le Kux Klux Klan


Notez comme l'acte 1 insulte les blancs par la voix d'un noir, l'acte 2 insulte encore les blancs par la voir d'un blanc en leur faisant affubler les noirs de surnoms dégradants (ce que le noir de l'acte 1 ne fait pas), et l'acte 3 les associe au Kux Klux Klan (le "récit" se passe en France). La trilogie entière est donc tournée vers la haine du blanc, mais ce n'est pas grave, Médine est un poète... On pourrait aussi parler de sa chanson Don't Laïk:

Je porte la barbe j'suis de mauvais poil
Porte le voile t'es dans de beaux draps
Crucifions les laïcards comme à Golgotha
Le polygame vaut bien mieux que l'ami Strauss-Kahn
Cherche pas de viande Halal dans les lasagnes c'est que du cheval
Au croisement entre le voyou et le révérend
Si j'te flingue dans mes rêves j'te demande pardon en me réveillant
En me référant toujours dans le Saint-Coran
Si j'applique la Charia les voleurs pourront plus faire de main courante
Ils connaissent la loi, on connait la juge
Pas de signes ostentatoires, pas même la croix de Jésus
J'suis une Djellaba à la journée de la jupe
Islamo-caillera, c'est ma prière de rue


L'ASVI, l'Association Suisse Vigilance Islam, remplit sa mission en alertant les autorités locales sur la venue de l'énergumène désireux de cracher sa haine. La liberté d'expression est une chose, mais elle doit s'inscrire dans le respect de la loi ; or l'article 261 bis du Code pénal stipule que "celui qui, publiquement, aura incité à la haine ou à la discrimination envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur appartenance raciale (…)" enfreint la norme antiraciste, encourant une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d'une peine pécuniaire.

Je n'ose imaginer ce qui se passerait si un individu moins recommandable, comme un UDC par exemple, osait qualifier des noirs de "bwana banania" en face d'une assemblée de quelques milliers de personne? Qui osera plaider que la débauche d'hostilité et d'insultes vomie dans les textes de Médine n'enfreint pas la norme antiraciste?

Mais peut-être nos autorités attendent-elles que le crime soit commis pour envoyer Médine en détention préventive à l'issue de son concert, la France n'extradant pas ses ressortissants? Une stratégie intéressante pour le moins...

Dans notre époque trouble où les défenseurs de la loi en Suisse sont fréquemment accusés de faire du deux-poids-deux-mesures selon les opinions défendues par chacun (rappelons que les autorités avaient été assez peu gênées en 2010 pour interdire la tenue d'un congrès de l'UDC sur le territoire vaudois, qu'il s'agisse de l'UNIL ou de Beaulieu...) ils sont désormais au pied du mur pour prouver leur indépendance d'esprit.

Les Romands inquiets de la venue de ce rappeur controversé à Lausanne guettent donc avec impatience la réaction de la Municipalité de Lausanne, du Canton, et bien sûr de Mme Martine Brunchwig Graf de la Commission fédérale contre le racisme.

Mise à jour (15 octobre): toujours pas de réaction des autorités, mais deux pétitions ont été mises en ligne par l'Alternative Populaire Suisse (APS) contre la venue de Médine à Lausanne et contre... Son passage à Neuchâtel, que j'ignorais encore lors de la rédaction de ce billet. Apparemment, Médine espère un large succès ici.

Mise à jour (27 octobre): Médine sera bel et bien accueilli à Lausanne - au nom de la "liberté artistique" bien entendu. Il faudra un jour faire l'inventaire de toutes les lois que cette licence permet de contourner. Le concert sera "surveillé" par les autorités ; une vaste blague, puisqu'on sait que ce n'est qu'un gage sans effet à destination de l'opinion publique et que les autorités ne feront rien.

29 décembre 2017

La Météo n'est pas le Climat... Quand Trump en parle

Entre Noël et le Jour de l'An, Donald Trump a eu la mauvaise idée de lancer un tweet sur la vague de froid qui frappe les États-Unis en ce moment.

trump_tweet_dec29_2017.jpg

Traduction: "Dans l'Est, cela pourrait être la veille du jour de l'an LA PLUS FROIDE jamais enregistrée. Peut-être pourrions-nous nous servir un peu de ce bon vieux réchauffement climatique pour lequel seul notre pays, et pas les autres, était sur le point de payer des MILLIONS DE MILLIONS DE DOLLARS afin de se protéger. Couvrez-vous!"

Il n'en fallait pas davantage pour que les médias se déchaînent (ici, ici, ici ou encore ): une attaque aussi frontale contre le dogme du Réchauffement Climatique d'origine Anthropique (RCA) ne pouvait pas rester impunie.

Pour ne prendre qu'un exemple dans le concert des pleureuses, le Figaro français se livra à un réquisitoire en règle, avec dénonciation de la posture anti-scientifique du Président américain et un parallèle avec un tweet de Jean-Marie Le Pen pour faire bonne mesure - étant entendu que seuls des nazis, au minimum, peuvent douter du RCA.

Pourtant, il fait froid aux États-Unis:

Depuis quelques jours, l'Amérique du Nord est frappée par un froid extrême. Outre les fortes chutes de neige (1,5 mètre en 48 heures), des températures allant de -40 à -50°C ont été enregistrées et la situation pourrait perdurer encore quelques jours selon les météorologues, qui ne prévoient pas de remontée des températures pour le moment. Du jamais vu depuis 1993. Au Canada, les bulletins d'avertissement de froid extrême appellent les populations à la vigilance et à éviter les déplacements.


MAIS MAIS MAIS il ne faut surtout rien en déduire vis-à-vis du réchauffement:

Le tweet de Donald Trump a cependant fait bondir les scientifiques, qui rappellent qu'il existe une différence entre le climat, qui s'étudie sur une longue période, et la météo quotidienne, soumise à des variations saisonnières.


Dont acte. La météo n'est pas le climat, et nul être doué de raison ne saurait confondre l'un avec l'autre.

...Et pourtant.

La fin d'année 2017 étant propice aux rétrospectives, revenons sur quelques événements météorologiques marquants de l'année écoulée.

  • L'ouragan Harvey:
    L'ouragan Harvey qui s'est déchaîné sur le sud des États-Unis, causant la mort ainsi que des milliards de dollars de dégâts, est déjà rangé parmi les pires catastrophes naturelles de l'histoire américaine. (...) Face aux doutes, le météorologiste Eric Holthaus rappelle le danger auquel l'humanité fait face. Le réchauffement climatique n'est pas un mythe, c'est une réalité. Et ses conséquences se sont abattues sur Houston, met en garde le scientifique dans les colonnes de Politico. (...) Le scientifique l'assure: Harvey est une conséquence du réchauffement global.

  • Des inondations en Sierra Leone:
    Plus de 400 personnes ont péri à la suite des inondations survenues [en août]. Si le changement climatique explique l’intensité du phénomène, le nombre de morts est lié à l’absence d’infrastructures adaptées. (...) Plus globalement, le drame survenu la semaine dernière pose la question de l’adaptation défaillante des espaces urbains assujettis aux effets du changement climatique.

  • Des feux de forêt au Canada:
    [Les conclusions de chercheurs américains et australiens] rejoignent celles d'autres experts. Le doyen du Département de foresterie de l'Université de la Colombie-Britannique, John Innes, affirmait il y a quelques jours que le réchauffement climatique contribuait à exacerber l'intensité des feux de forêt, comme ceux qui font rage [en juillet] dans l'Ouest canadien, et à prolonger leur durée.

  • Un éboulement en Suisse:
    Fin août, deux glissements de terrain successifs ont eu lieu en Suisse. Une partie du village alpin de Bondo a été détruit. Une dizaine de personnes auraient trouvé la mort. La catastrophe est survenue lorsqu'une masse rocheuse de quatre millions de m3 s'est détachée de la paroi du Piz Cengalo (3.369 m) et s'est déversée, telle une avalanche, dans une vallée en direction de Bondo, détruisant tout sur son passage.
    Les experts ont également expliqué que l'éboulement avait été causé par le dégel du permafrost (les terrains gelés depuis des millénaires), sous l'effet du réchauffement climatique.

  • Des inondations en Asie du Sud-Est:

    De Miami à Porto Rico, en passant par La Barbade et La Havane, les ravages de la saison des ouragans dans toute l’Amérique latine et les Caraïbes ont sonné comme un rappel du fait que les effets du changement climatique ne connaissent pas de frontières. (...) Les conséquences [du Réchauffement Climatique] ne se limitent pas à cette région. Le niveau record d’inondations enregistré au Bangladesh, en Inde et au Népal a affecté quelque 40 millions de personnes. Plus de 1 200 personnes ont péri et beaucoup d’autres ont perdu leurs maisons, leurs cultures ou leurs lieux de travail.

Les citations agrémentant chacun de ces épisodes météorologiques de 2017 sont issues de sites qui n'hésitent pas à lier météo et climat - y compris pour la vague de froid actuellement subie par les USA - et critiquent aujourd'hui M. Trump pour avoir fait de même. En d'autres termes, ils font exactement ce qu'ils reprochent au Président américain. La seule différence est qu'ils agissent au nom du réchauffement et non contre lui.

Précisons donc la règle médiatique que M. Trump vient d'enfreindre: un épisode météorologique particulier ne saurait être monté en épingle au nom du climat, sauf s'il permet d'appuyer la théorie controversée du réchauffement climatique d'origine humaine.

11 novembre 2017

Les Amis de Ramadan

Tariq Ramadan a quelques soucis. Dans la ligne du buzz de #BalanceTonPorc, il semble qu'il ait été dénoncé comme prédateur sexuel par certaines de ses anciennes victimes. Une première. Puis une deuxième. Puis la Tribune de Genève lâche une bombe: alors qu'il enseignait à Genève, le respectable M. Ramadan aurait harcelé et eu des relations sexuelles avec des élèves mineures sous son emprise.

deux poids deux mesures,justice,hypocrisie,islam,médiasSandra* avait 15 ans lorsque le jeune et séduisant Tariq Ramadan s’est rapproché d’elle. Comme d’autres, elle se souvient encore des mots du professeur, qu’elle trouvait bizarres: «Je me sens proche de toi. Tu es mature. Tu es spéciale. Je suis entouré de beaucoup de monde mais je me sens seul.» Comme d’autres, elle a été invitée à rester dans la classe après les cours. Puis elle a accepté de boire des cafés avec lui en dehors de l’école. «J’étais à l’aise et mal à l’aise. La confusion s’était installée dans ma tête. A deux ou trois reprises, nous avons eu des relations intimes. A l’arrière de sa voiture. Il disait que c’était notre secret», confie celle qui n’avait alors pas la majorité sexuelle.(...)

Léa* s’en souvient encore. Elle avait 14 ans lorsqu’il lui a fait des avances durant le trajet. «Il a mis sa main sur ma cuisse en me disant qu’il savait que je pensais à lui le soir avant de m’endormir. Ce qui était faux. C’était de la manipulation. Il disait qu’il pensait à moi mais qu’il était marié. J’étais mal, mais je ne pouvais rien dire. C’était mon prof.» (...)

Cette emprise, Agathe* la ressent encore dans sa chair. «J’ai été abusée et violentée. Je me suis beaucoup efforcée d’oublier, mais tout ressort maintenant avec ces affaires…» La voix déraille. (...)

La trame de l’histoire se répète quelques années plus tard avec Claire*. (...)


Il ne s'agit bien sûr que des victimes recensées lors de l'écriture de l'article. Stéphane Lathion, enseignant, cofondateur du Groupe de recherche sur l’islam en Suisse, ami de Tariq Ramadan jusqu'à ce que le voile sur son idéologie réelle se déchire, confirme: "Non seulement les faits relatés sont choquants, mais ils révèlent en plus le décalage entre son attitude et son discours sur un islam moralisateur, qui prône des relations sexuelles dans le cadre exclusif du mariage."

Heureusement, Tariq Ramadan peut compter sur de nombreux soutiens. Dans la communauté musulmane suisse par exemple, ou auprès de féministes musulmanes (dont on apprend par la même occasion l'existence contradictoire),  ou encore chez son ami Jacques Neyrinck, érigeant en loi divine la présomption d'innocence pour mieux verser dans la théorie du complot:

Il faut donc prendre la présomption d’innocence très au sérieux. Le symétrique du harcèlement sexuel, de la pédophilie ou du viol est la dénonciation calomnieuse de ces fautes lorsqu’elles sont imaginaires, inventées pour les besoins de la cause, c’est-à-dire la destruction de la réputation d’un homme public qui gêne certains. Bien évidemment, en prônant un islam pacifique, réfléchi, positif, Tariq Ramadan embarrasse tous ceux qui essaient, au contraire, de l’identifier au terrorisme, à la violence, au machisme.

L’accusation portée contre lui pourrait donc se résumer à une campagne d’intoxication, visant l’islam à travers sa personne.


Car il va de soi que les victimes de M. Ramadan ne sauraient être que des menteuses sournoises qui cherchent à le faire tomber. On s'amusera par ailleurs à comparer l'amour de la présomption d'innocence prônée par M. Neyrinck lorsque lui-même se charge de faire le portrait des électeurs de l'UDC.

On pourrait sans doute multiplier les exemples, mais la palme de l'excuse la plus invraisemblable revient sans doute au 20 minutes du 9 novembre. Selon le journaliste Jérôme Faas, l'explication est toute simple: "d'anciens élèves du collège disent avoir été au courant des frasques de l'islamologue. Mais c'était une autre époque, la chose était courante, disent-ils." L'aspect de l'âge des victimes n'est même pas abordé.

Le prétexte est proprement génial. La faute de l'époque - le joker pour tous les pédophiles et prédateurs sexuels, la ligne de défense parfaite. "C'était une autre époque, la chose était courante, Monsieur le Juge." Victimes de la mode, en quelque sorte. Un avocat rappelle tout de même que les faits reprochés à l'individu à l'époque auraient été poursuivis d’office, et passibles de cinq ans de prison.

On notera qu'aucun des anciens élèves décrivant cette "époque" n'a été victime du prédicateur des Frères Musulmans. Une élève temporise tout de même, révélant au passage la chape pesante du gauchisme sur la liberté d'expression: "Il dégageait quelque chose de malsain. Il voulait se comporter en guide. Cela choquait certains, qui désiraient qu’on les laisse tranquilles. Mais, dans un collège un peu altermondialiste, ce n’était pas bien vu de le dire." On ne sera pas surpris d'apprendre que

Un doute m'étreint face à la mansuétude politico-médiatique dont bénéficie le BHL de l'islamisme. Aurait-elle eu lieu si Tariq Ramadan avait été, disons, un brillant prédicateur chrétien?

15 juin 2011

Choisir, c'est discriminer

Cette formule simple me revenait à l'esprit au lendemain de la piètre tentative de rejouer la grève féministe de 1991, qui avait rassemblé un demi-million de personnes. Depuis le temps que l'égalité devant la loi est acquise, les cris de ralliement sonnent creux.

fuschia.jpgEn 2011, on a juste du mal à croire les revendications selon lesquelles les femmes seraient victimes de sous-enchère salariale. Si différence de salaire il y a, elle est selon moi plus à chercher en direction des comportements des uns et des autres. Les femmes choisissent plus souvent l'investissement dans leur vie familiale que dans leur carrière et optent davantage pour le temps partiel.

Je ne fais là qu'énoncer des généralités, les exceptions sont monnaie courante. On peut surtout regretter la paupérisation continue de la classe moyenne suisse à cause des prélèvements obligatoires - impôts et assurances sociales - obligeant de plus en plus les deux conjoints à travailler pour joindre les deux bouts. On peut discuter longtemps de l'opportunité de travailler à temps partiel ou du choix de rester à la maison, encore faut-il en avoir les moyens.

Dans un marché du travail libre, une catégorie de personnes prêtes à travailler à un salaire inférieur toutes choses étant égales tend à s'éliminer d'elle-même. Si une femme et un homme étaient identiques en tout hormis leur rémunération, les chefs d'entreprises se battraient pour embaucher plutôt des femmes, moins chères et tout aussi performantes donc, et réduire d'autant la facture salariale de leur société. A cause de leur rapport qualité-prix supérieur, les femmes seraient très demandées, ce qui amènerait immanquablement les employeurs à proposer des rémunérations plus élevées... Et pousserait rapidement l'écart à se combler en faveur d'un salaire lié à la seule compétence.

Soit les patrons, plus machistes que radins, sont prêts à péjorer les performances de leur entreprise par pur sexisme, soit la sous-enchère salariale entre hommes et femmes est illusoire.

Dans la cosmologie syndicale où le patron fait figure de croquemitaine, pareille perception ne dérange pas plus que ça. Mais heureusement, tout le monde n'est pas obligé d'appréhender le monde professionnel avec des oeillères idéologiques.

Les partisans de l'égalité se battent peu contre les avantages particuliers dont les femmes disposent: exemption du service militaire, conditions de retraite plus avantageuses. A l'inverse des théories sur la sous-enchère salariale, sujette à controverse, il s'agit d'une discrimination totalement assumée, inscrite noir sur blanc dans les textes de loi. Leur égalitarisme est à géométrie variable. Et ne parlons même pas de la garde des enfants en cas de divorce...

De même, le silence est de mise lorsqu'il s'agit de dénoncer les mariages arrangés ou le statut inférieur de la femme au sein des communautés musulmanes en Suisse et ailleurs.

Les différences hommes-femmes ne semblent bonnes à dénoncer que lorsqu'elles permettent de s'en prendre au Grand Capital, ce qui ne surprendra personne.

Mais quitte à entrer dans les revendications salariales, pourquoi se restreindre à l'opposition homme-femme? On pourrait évoquer la beauté:

"Une étude (...) prouve que si les plus beaux gagnent un peu plus que la moyenne nationale, les plus laids perçoivent des salaires de 11 à 15 % inférieurs. "


Ou encore, la taille:

"Les étudiants les plus grands en taille (supérieurs à 1m85) commencent leur carrière avec un salaire de 12,40% plus élevé que celui d'étudiants moins grands."

 

Nobles combats syndicaux en perspective! Ces deux exemples portent sur des différences salariales supérieures aux discriminations prétendument associées au sexe des employés. Les mots d'ordres ne mobiliseront peut-être pas des masses ("petits et laids de tous les pays, unissez-vous!") mais la lutte contre ces abjectes discriminations promets de beaux morceaux de bravoure...

Ce combat est sans fin parce qu'il est dénué de sens. Les gens ne sont pas interchangeables: la notion même de compétence et d'expérience "identique" est extrêmement suspecte. Et s'il y a un biais, il n'est pas toujours dans le sens que l'on croit, comme l'attestent des tests effectués en France avec des CV anonymes qui pénaliseraient... Les demandeurs d'emploi issus de l'immigration ou venant de zones sensibles.

"Toutes les fois que je donne une place vacante, je fais cent mécontents et un ingrat" disait Louis XIV. Aujourd'hui, on parlerait de cent personnes discriminées. Choisir une personne pour un poste, c'est nécessairement écarter des candidats: certains seront des hommes, d'autres des femmes, des grands, des petits, des beaux, des laids, des droitiers, des bruns, des obèses, ou porteront des taches de rousseur.

Il est aussi facile que tentant de tomber dans le travers simpliste d'un refus motivé par l'apparence ou la condition physique. Quand bien même ce serait le cas - qui a déjà vu un top-model homme, petit, noir, obèse et âgé de soixante-trois ans? - personne ne penserait remettre ces critères en question. Le physique fait simplement partie de beaucoup de définitions de postes. Ceux dont l'amour-propre ne supporte pas l'idée seraient bien avisés d'affiner leurs compétences dans des secteurs où pareils critères n'ont pas d'importance.

Choisir, c'est discriminer. Nous ne sommes pas interchangeables. Et c'est tant mieux.

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Les employés de demain tels que les rêvent les égalitaristes:
A
sexués, compétences identiques, salaire unique, CV anonymisés.

23 octobre 2010

La Paille et la Poutre

Sarah Palin provoque la terreur.

Pour la gauche (pourtant avide de laïcité) elle représente l'antéchrist. L'an dernier, à l'aide d'une simple mention sur sa page facebook, elle a démoli la réforme de la santé prévue par Obama. Il ne s'en est toujours pas remis. Elle a apprivoisé le mouvement Tea Party. Elle soutient les candidats conservateurs contre les républicains aux valeurs indéfinissables. Pire, ses poulains l'emportent.

En réaction à cette terreur, un grand nombre de personnes idéologiquement engagées - dont, naturellement, quantité de journalistes des deux côtés de l'Atlantique - haïssent Sarah Palin du plus profond de leur être. Comme une tentative d'exorcisme, avec un art achevé du ridicule, ils traquent le moindre défaut, la moinde hésitation, si dérisoire soit-elle, pour pointer du doigt et ricaner, espérant que les rires forcés cacheront leurs tremblements de panique.

Rigolons un bon coup avec le dernier exemple en date, photo d'écran de la page d'accueil de Yahoo France hier:

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Pfff, quelle andouille.

Sarah Palin signe sa plus belle gaffe. Sarah Palin choque encore. Qu'a-t-elle commis? Un crime fédéral? Ou encore une autre "terrible" maladresse, comme d'avoir écrit quelques mots-clé dans sa main?

Hélas, pour ceux qui auraient espéré quelque chose de pertinent, notre Américaine honnie a commis une offense de seconde catégorie. Elle a signé un autographe sur un drapeau américain. A-t-elle outragé le drapeau américain, s'interroge, inquiet, Le Point? Parce "qu'on ne plaisante pas avec les étoiles et les rayures du drapeau des Etats-Unis", explique le journal. "Un code bien précis, le Flag Code, interdit notamment qu'on dessine ou qu'on écrive quoi que ce soit dessus."

Qui sait, peut-être que sa condamnation à la chaise électrique sera commuée en peine de prison à vie en appel.

C'est vrai, le drapeau c'est important, pour toutes les nations. On se doit de lui témoigner du respect, comme dans cette exposition photo qui rend bien honneur au drapeau français et qui a d'ailleurs été primée dans un concours de la Fnac:

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"Coup de coeur" du jury.

C'est beau, hein? Notez tout de même que là, l'autographe ayant été signé avec les fesses, l'équivalent français du Flag Code a été invoqué pour poursuivre le sujet. Euh, en fait, non. Et dans tous les cas, l'éminent panel décernant les prix n'a pas été inquiété...

Mais oublions les digressions sur ce qu'on peut faire ou ne pas faire avec un drapeau. C'est hors sujet, finalement. Ce qui compte, c'est que Sarah Palin soit une andouille. Une incapable.

Ecrire un autographe sur un drapeau américain, franchement! Et penser qu'il y aura des électeurs assez paumés pour voter pour elle!!

A propos de paumer, voilà qui me rappelle un autre titre - le même jour - sur un président américain, pas le deuxième nom d'un ticket perdant comme Palin. Remarquez, pas de quoi crier au scandale ni faire la première page de Yahoo, tout de même. Gardons le sens des proportions. Jugez plutôt:

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"Vous allez rire les gars..."

M. Cliton était un bon président. Un grand président. Si c'est la presse qui le dit, c'est que ça doit être vrai.

Signer un autographe sur un drapeau: indignation, mise au pilori.

Perdre les codes nucléaires: anecdote amusante.

C'est beau, l'actualité.