15 juin 2011

Choisir, c'est discriminer

Cette formule simple me revenait à l'esprit au lendemain de la piètre tentative de rejouer la grève féministe de 1991, qui avait rassemblé un demi-million de personnes. Depuis le temps que l'égalité devant la loi est acquise, les cris de ralliement sonnent creux.

fuschia.jpgEn 2011, on a juste du mal à croire les revendications selon lesquelles les femmes seraient victimes de sous-enchère salariale. Si différence de salaire il y a, elle est selon moi plus à chercher en direction des comportements des uns et des autres. Les femmes choisissent plus souvent l'investissement dans leur vie familiale que dans leur carrière et optent davantage pour le temps partiel.

Je ne fais là qu'énoncer des généralités, les exceptions sont monnaie courante. On peut surtout regretter la paupérisation continue de la classe moyenne suisse à cause des prélèvements obligatoires - impôts et assurances sociales - obligeant de plus en plus les deux conjoints à travailler pour joindre les deux bouts. On peut discuter longtemps de l'opportunité de travailler à temps partiel ou du choix de rester à la maison, encore faut-il en avoir les moyens.

Dans un marché du travail libre, une catégorie de personnes prêtes à travailler à un salaire inférieur toutes choses étant égales tend à s'éliminer d'elle-même. Si une femme et un homme étaient identiques en tout hormis leur rémunération, les chefs d'entreprises se battraient pour embaucher plutôt des femmes, moins chères et tout aussi performantes donc, et réduire d'autant la facture salariale de leur société. A cause de leur rapport qualité-prix supérieur, les femmes seraient très demandées, ce qui amènerait immanquablement les employeurs à proposer des rémunérations plus élevées... Et pousserait rapidement l'écart à se combler en faveur d'un salaire lié à la seule compétence.

Soit les patrons, plus machistes que radins, sont prêts à péjorer les performances de leur entreprise par pur sexisme, soit la sous-enchère salariale entre hommes et femmes est illusoire.

Dans la cosmologie syndicale où le patron fait figure de croquemitaine, pareille perception ne dérange pas plus que ça. Mais heureusement, tout le monde n'est pas obligé d'appréhender le monde professionnel avec des oeillères idéologiques.

Les partisans de l'égalité se battent peu contre les avantages particuliers dont les femmes disposent: exemption du service militaire, conditions de retraite plus avantageuses. A l'inverse des théories sur la sous-enchère salariale, sujette à controverse, il s'agit d'une discrimination totalement assumée, inscrite noir sur blanc dans les textes de loi. Leur égalitarisme est à géométrie variable. Et ne parlons même pas de la garde des enfants en cas de divorce...

De même, le silence est de mise lorsqu'il s'agit de dénoncer les mariages arrangés ou le statut inférieur de la femme au sein des communautés musulmanes en Suisse et ailleurs.

Les différences hommes-femmes ne semblent bonnes à dénoncer que lorsqu'elles permettent de s'en prendre au Grand Capital, ce qui ne surprendra personne.

Mais quitte à entrer dans les revendications salariales, pourquoi se restreindre à l'opposition homme-femme? On pourrait évoquer la beauté:

"Une étude (...) prouve que si les plus beaux gagnent un peu plus que la moyenne nationale, les plus laids perçoivent des salaires de 11 à 15 % inférieurs. "


Ou encore, la taille:

"Les étudiants les plus grands en taille (supérieurs à 1m85) commencent leur carrière avec un salaire de 12,40% plus élevé que celui d'étudiants moins grands."

 

Nobles combats syndicaux en perspective! Ces deux exemples portent sur des différences salariales supérieures aux discriminations prétendument associées au sexe des employés. Les mots d'ordres ne mobiliseront peut-être pas des masses ("petits et laids de tous les pays, unissez-vous!") mais la lutte contre ces abjectes discriminations promets de beaux morceaux de bravoure...

Ce combat est sans fin parce qu'il est dénué de sens. Les gens ne sont pas interchangeables: la notion même de compétence et d'expérience "identique" est extrêmement suspecte. Et s'il y a un biais, il n'est pas toujours dans le sens que l'on croit, comme l'attestent des tests effectués en France avec des CV anonymes qui pénaliseraient... Les demandeurs d'emploi issus de l'immigration ou venant de zones sensibles.

"Toutes les fois que je donne une place vacante, je fais cent mécontents et un ingrat" disait Louis XIV. Aujourd'hui, on parlerait de cent personnes discriminées. Choisir une personne pour un poste, c'est nécessairement écarter des candidats: certains seront des hommes, d'autres des femmes, des grands, des petits, des beaux, des laids, des droitiers, des bruns, des obèses, ou porteront des taches de rousseur.

Il est aussi facile que tentant de tomber dans le travers simpliste d'un refus motivé par l'apparence ou la condition physique. Quand bien même ce serait le cas - qui a déjà vu un top-model homme, petit, noir, obèse et âgé de soixante-trois ans? - personne ne penserait remettre ces critères en question. Le physique fait simplement partie de beaucoup de définitions de postes. Ceux dont l'amour-propre ne supporte pas l'idée seraient bien avisés d'affiner leurs compétences dans des secteurs où pareils critères n'ont pas d'importance.

Choisir, c'est discriminer. Nous ne sommes pas interchangeables. Et c'est tant mieux.

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Les employés de demain tels que les rêvent les égalitaristes:
A
sexués, compétences identiques, salaire unique, CV anonymisés.

23 octobre 2010

La Paille et la Poutre

Sarah Palin provoque la terreur.

Pour la gauche (pourtant avide de laïcité) elle représente l'antéchrist. L'an dernier, à l'aide d'une simple mention sur sa page facebook, elle a démoli la réforme de la santé prévue par Obama. Il ne s'en est toujours pas remis. Elle a apprivoisé le mouvement Tea Party. Elle soutient les candidats conservateurs contre les républicains aux valeurs indéfinissables. Pire, ses poulains l'emportent.

En réaction à cette terreur, un grand nombre de personnes idéologiquement engagées - dont, naturellement, quantité de journalistes des deux côtés de l'Atlantique - haïssent Sarah Palin du plus profond de leur être. Comme une tentative d'exorcisme, avec un art achevé du ridicule, ils traquent le moindre défaut, la moinde hésitation, si dérisoire soit-elle, pour pointer du doigt et ricaner, espérant que les rires forcés cacheront leurs tremblements de panique.

Rigolons un bon coup avec le dernier exemple en date, photo d'écran de la page d'accueil de Yahoo France hier:

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Pfff, quelle andouille.

Sarah Palin signe sa plus belle gaffe. Sarah Palin choque encore. Qu'a-t-elle commis? Un crime fédéral? Ou encore une autre "terrible" maladresse, comme d'avoir écrit quelques mots-clé dans sa main?

Hélas, pour ceux qui auraient espéré quelque chose de pertinent, notre Américaine honnie a commis une offense de seconde catégorie. Elle a signé un autographe sur un drapeau américain. A-t-elle outragé le drapeau américain, s'interroge, inquiet, Le Point? Parce "qu'on ne plaisante pas avec les étoiles et les rayures du drapeau des Etats-Unis", explique le journal. "Un code bien précis, le Flag Code, interdit notamment qu'on dessine ou qu'on écrive quoi que ce soit dessus."

Qui sait, peut-être que sa condamnation à la chaise électrique sera commuée en peine de prison à vie en appel.

C'est vrai, le drapeau c'est important, pour toutes les nations. On se doit de lui témoigner du respect, comme dans cette exposition photo qui rend bien honneur au drapeau français et qui a d'ailleurs été primée dans un concours de la Fnac:

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"Coup de coeur" du jury.

C'est beau, hein? Notez tout de même que là, l'autographe ayant été signé avec les fesses, l'équivalent français du Flag Code a été invoqué pour poursuivre le sujet. Euh, en fait, non. Et dans tous les cas, l'éminent panel décernant les prix n'a pas été inquiété...

Mais oublions les digressions sur ce qu'on peut faire ou ne pas faire avec un drapeau. C'est hors sujet, finalement. Ce qui compte, c'est que Sarah Palin soit une andouille. Une incapable.

Ecrire un autographe sur un drapeau américain, franchement! Et penser qu'il y aura des électeurs assez paumés pour voter pour elle!!

A propos de paumer, voilà qui me rappelle un autre titre - le même jour - sur un président américain, pas le deuxième nom d'un ticket perdant comme Palin. Remarquez, pas de quoi crier au scandale ni faire la première page de Yahoo, tout de même. Gardons le sens des proportions. Jugez plutôt:

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"Vous allez rire les gars..."

M. Cliton était un bon président. Un grand président. Si c'est la presse qui le dit, c'est que ça doit être vrai.

Signer un autographe sur un drapeau: indignation, mise au pilori.

Perdre les codes nucléaires: anecdote amusante.

C'est beau, l'actualité.