19 février 2015

Dominique Strauss-Kahn et les turpitudes socialistes

Le suspense n'aura pas duré: en requérant la relaxe contre Dominique Strauss-Kahn, le procureur de l'affaire du Carlton confirme la trajectoire prise par le parquet de Lille qui avait déjà demandé un non-lieu lors de l'instruction. DSK sortira libre du tribunal, blanchi aux yeux de la justice.

Le procès portait moins sur les pratiques sexuelles dépravées de l'individu que sur les moyens de preuve. Tant le juge que le procureur en conclurent que le dossier était "vide", mais c'est avant tout une question d'interprétation. Les éléments à charge étaient bien présents, comme de nombreux SMS, les témoignages de jeunes femmes, ou encore le prêt d'une garçonnière à des amis pour des orgies avec des prostituées, constitutif de proxénétisme. DSK savait pertinemment qu'il avait affaire à des professionnelles du sexe et sa façon de plaider le contraire n'aura convaincu, étrangement, que les autorités judiciaires.

Que vaut contre la parole d'un ex-directeur du FMI celle d'une prostituée sodomisée par lui? Nous avons désormais la réponse.

Il y aura des gens - indécrottables tenants de théories du complot, fans jusqu'au-boutistes de DSK ou naïfs finis de la présomption d'innocence - qui se réjouiront de la conclusion de la cour, y voyant le triomphe de leur vision personnelle. Le grand public sera peut-être plus circonspect. J'ai pour ma part les plus grandes peines à croire que le verdict eut été identique si le médiatique accusé avait été encarté au Front National plutôt qu'au Parti Socialiste.

france,dsk,justice,socialismeLe procès DSK offre une nouvelle définition au proxénétisme. Il suffit apparemment de ne jamais prononcer le mot p... et ensuite on peut faire à peu près ce que l'on veut, évoquant au besoin du "libertinage". Nul doute que cette jurisprudence sera exploitée à fond par les professionnels du secteur. Le président Lemaire avait annoncé le 2 février que le tribunal de Lille ne ferait pas de morale mais du droit ; on eut préféré qu'il se livrât aussi, à l'occasion, à un peu de justice.

Rétrospectivement, le procès du Carlton de Lille donne un nouvel éclairage à l'agression et au viol au Sofitel de New York d'une modeste femme de chambre. Les adeptes d'un complot ourdi par Nicolas Sarkozy ou d'une machination orchestrée par la femme de ménage elle-même, Nafissatou Diallo, ne semblent plus très plausibles. Pareil pour l'affaire Tristane Banon. Quelqu'un clamera-t-il encore que l'agression sexuelle dont fut victime la jeune femme est pure invention?

Dominique Strauss-Kahn plaida à l'ouverture du procès qu'il répondrait de l'acte d'accusation de proxénétisme aggravé et pas de ses pratiques sexuelles "hors norme" ; difficile pourtant d'en faire abstraction. La presse en fit étalage jour après jour, révélant de façon crue les relations primitives que DSK entretenait avec la gent féminine. Entre un DSK vautré dans le stupre et une Najat Vallaud-Belkacem souhaitant abolir la prostitution, il aurait fallu organiser un petit débat.

Dominique Strauss-Kahn était l'incarnation du succès. Ses relations et ses prétendues compétences avaient conduit Nicolas Sarkozy à le nommer à la tête du FMI. Il était marié à une femme riche et célèbre. Il ne comptait que des amis. Il était le mieux placé, et de très loin, dans la course à l'investiture socialiste pour l'élection présidentielle de 2012.

L'image a depuis volé en éclat. Il trompait allègrement sa femme avec des prostituées. Doté d'un appétit sexuel aussi insatiable qu'incontrôlable, il tentait lourdement de coucher avec la moindre femme à son goût dont il pouvait croiser le chemin. Il participait à des orgies organisées pour lui par un cercle de connaissance souhaitant se faire bien voir lorsqu'il accèderait à la plus haute marche du pouvoir - une phrase bien longue pour parler de corruption. Il eut ce train de vie pendant des décennies.

DSK incarnait finalement mieux que personne l'hypocrisie de la gauche caviar: le riche qui méprise les riches et mène un train de vie de nabab. L'homme intègre qui ne respecte ni ses engagements conjugaux ni même ses partenaires sexuels. L'apôtre de l'égalité homme-femme qui considère ces dernières comme des objets et tenta plusieurs fois de les violer. Le haut fonctionnaire pétri d'intérêt général qui se laisse délibérément entretenir par un cercle de courtisans intéressés. Le voyou que chacun voyait déjà président.

Et, c'est encore le pire, tout le monde le savait. Les politiciens collègues de parti, et même l'opposition. Les journalistes. Les fonctionnaires du FMI qui organisèrent le voyage et accueillirent dans les locaux de l'institution une des prostituées favorites du maître de maison. La propre mère de Tristane Banon, une des innombrables victimes de l'ogre, qui conseilla à sa fille de ne pas porter plainte de peur de jeter une ombre sur sa propre carrière au sein du PS français.

Jusqu'à l'affaire du Sofitel DSK était considéré comme le meilleur candidat socialiste à l'élection présidentielle. Il fallut son arrestation soudaine par la police américaine pour mettre un terme abrupt à sa trajectoire politique, une prouesse dont la justice française fut éternellement incapable. N'y avait-il aucun lanceur d'alerte au PS, au gouvernement, au FMI, dans les rédactions de la presse? Personne, jamais?

DSK sortira libre du tribunal, mais pas victorieux. Sa carrière politique est terminée. Mais tous les complices qui l'ont couvert pendant ces années, ces journalistes obséquieux, ces collègues de parti si prompts à accuser autrui tout en gardant silence sur les errements de leurs camarades idéologiquement proches, cette justice si pusillanime... Tous ces gens restent en place et n'ont de comptes à rendre à personne.

19 septembre 2011

Dominique Strauss-Kahn: suite et faim

Comme plusieurs millions de Français, j'ai sacrifié une demi-heure de mon dimanche soir pour regarder l'interview de Dominique Strauss-Kahn sur TF1 plutôt que d'assister à la défaite des basketteurs tricolores face à l'Espagne.

Et comme des millions de téléspectateurs, j'ai été assez déçu de la prestation (non, je ne parle toujours pas de basket).

TF1 avait bien joué le coup: dès le générique du journal, on pouvait apercevoir les ombres de Claire Chazal et de Dominique Strauss-Kahn sur un plateau encore plongé dans une semi-obscurité. L'Homme était là. L'actualité fut expédiée en quelques minutes, avant que l'on ne passe dans le vif du sujet pour un long entretien.

Enfin, vif du sujet, façon de parler. Claire Chazal posa ses questions avec bien peu d'insistance. Lorsqu'elle demanda "ce qui s'est passé" dans la suite 2806 du Sofitel de New-York, voilà ce qu'elle et les téléspectateurs reçurent en guise de réponse:

"Ce qui s’est passé ne comprend ni violence, ni contrainte, ni agression, ni aucun acte délictueux. C’est le procureur qui le dit. C’est une relation non seulement inappropriée, mais plus que cela une faute vis-à-vis de ma femme, mes enfants, mes amis, les Français. Ils avaient placé en moi une espérance de changement. J’ai donc manqué mon rendez-vous avec les Français."

 

On s'en fiche de ton "rendez-vous avec les Français", Dominique. Ce qu'on aurait voulu savoir, c'est ta version des faits, pas ce salmigondis insipide sorti de vingt séances de préparation avec une équipe d'experts en marketing.

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Dominique Strauss-Kahn rate son rendez-vous avec les Français. Encore.

Face à une réponse aussi creuse, une journaliste un peu moins obséquieuse aurait peut-être froncé les sourcils et relancé son interlocuteur avec quelque chose de plus incisif, comme "Mais enfin, que c'est-il passé? Que vous a-t-elle dit, que lui avez-vous fait?" ou "expliquez-nous comment un homme de 62 ans peut séduire une parfaite inconnue rencontrée par inadvertance en moins de dix minutes, au point d'avoir une relation sexuelle non tarifée avec elle?" Qu'il la dise, sa vérité. Qu'il les lance, ses accusations de complot. Mais il aurait fallu en face de DSK quelqu'un d'un autre calibre qu'une journaliste amie d'Anne Sinclair, l'épouse cocue-et-contente de notre homme.

Auquel cas l'interview ne se serait probablement pas faite.

Car, il faut bien l'admettre, DSK n'est revenu face caméra que parce qu'il était dans un environnement ami. Du coup, cette parodie de confession sera probablement la seule "explication" de l'affaire à laquelle les Français auront droit.

Ne nous leurrons pas, hier soir Dominique Strauss-Kahn jouait pour gagner. Sa prestation n'était pas celle d'un homme à bout de souffle écrivant l'épilogue de sa carrière, mais bien celle d'un politicien avide de préparer son retour.

Ainsi, une combativité toute artificielle, livrée en brandissant le rapport du procureur enterrant l'affaire, face à l'indignation consécutive au manque de respect témoigné à DSK ces quatre derniers mois.

Ainsi, les remarques grotesques sur les péripéties du logement de l'accusé (la famille Strauss-Kahn cherchant un trois pièces, puis un studio, avant de se rabattre faute de mieux sur un véritable palais - on y croit!) ou les attaques contre le pouvoir de l'argent dans la justice américaine, pouvoir dont il a été le premier bénéficiaire.

Ainsi, les sous-entendus et faux-semblants quant aux primaires socialistes, étant entendu qu'il ne faut se fermer aucune porte, quitte à n'avouer que du bout des lèvres son accord secret avec Martine Aubry, pauvresse en difficulté dont il faudra peut-être se séparer en faveur d'un poulain mieux placé.

Croire à la bonne foi de Dominique Strauss-Kahn est un exercice difficile, tant il en a peu dit. Or, le silence ne plaide pas en sa faveur. Toute la mise en scène fleure bon l'opération de communication. Mention spéciale pour le montage, avec une succession de plans serrés et larges, de gros plans sur les mains et la gestuelle... Un beau travail en régie, tout au service de l'ex-futur candidat. Mais où est l'authenticité? Quand un quotidien romand en arrive à lancer un débat sur la sincérité dégagée la prestation sans réaliser l'ironie de la question, on devine qu'on a touché le fond.

Mais n'exagérons rien. Quoi qu'on pense de lui, Dominique Strauss-Kahn n'est pas Hannibal Lecter, et l'affaire DSK n'est pas l'Affaire Dreyfus. La France ayant ses particularités, la carrière politique de DSK n'est pas forcément terminée. Le monarque président français alloue des maroquins de ministre comme il l'entend et ne s'en prive pas. Jacques Chirac a ainsi choisi comme Premier Ministre un individu n'ayant jamais affronté la moindre élection. Nicolas Sarkozy a attribué un portefeuille ministériel à un repris de justice.

Le prochain président français pourrait aller au bout de la logique d'une réhabilitation à tout prix, et, ignorant superbement l'opinion publique, le nommer à un poste prestigieux en rapport avec ses compétences.

Tiens, Directeur du FMI, par exemple.

24 août 2011

Dominique Strauss-Kahn: La petite porte

Dominique Strauss-Kahn est libre, pas lavé de tous soupçons.

La fin en queue-de-poisson du procès DSK aura durée moins d'un quart d'heure. Une brève audience durant laquelle l'ex-directeur du FMI aura entendu que les preuves d'une relation sexuelle dans la chambre 2806 ne suffisent plus à le faire poursuivre en justice, les faits étant amoindris par les mensonges et les doutes sur la femme de chambre. DSK devrait revenir en France ces prochains jours.

Ses ennuis judiciaires ne sont pas terminés. Si la procédure pénale s'est éteinte, une procédure civile est toujours en cours. Le Ministère Public contre DSK n'est plus, reste Nafissatou Diallo contre DSK.

fight.jpgLe procès pénal étant annulé, DSK ne saurait être jugé coupable. Il n'est de loin pas innocenté pour autant. De nombreux éléments plaident en faveur d'actes criminels: le dossier médical de la victime, les traces de sperme dans la chambre, l'historique des relations que DSK entretient avec la gent féminine. Mais aussi et surtout, son silence. Un silence obstiné, lourd, dérageant.

Depuis deux mois et demi, pas une phrase de DSK n'a filtré sur ce qui s'est vraiment passé ce jour-là à l'hôtel Sofitel de New-York. Nous n'avons jamais eu la version des faits selon l'accusé. Juste une vague mention d'acte consenti, policée par ses avocats, alors qu'ils travaillaient sans relâche à traîner Nafissatou Diallo dans la boue.

Peut-être que la femme de ménage guinéenne est une prostituée, mais même une prostituée peut être violée. Peut-être que DSK a souhaité une relation tarifée, qu'il y a eu méprise sur la valeur de la prestation, à moins qu'il n'ait carrément décidé de décharger sur elle la frustration de s'être fait éconduire plusieurs fois par d'autres femmes la veille au soir. Notre homme a fort appétit.

Qui peut croire qu'une femme de chambre soit séduite par un homme de soixante-deux ans, parfait inconnu, au point de passer à l'acte en lui faisant une fellation, dans une rencontre durant moins de neuf minutes?

Reste, bien sûr, la possibilité que DSK soit tombé dans un piège. Possible, mais clairement peu crédible. Quitte à pigeonner quelqu'un, DSK ne convenait pas du tout. Compte tenu de sa notoriété, il semblait évident qu'il se défendrait. Les multiples contradictions de la victime ne plaident pas non plus en faveur d'une action préméditée. La version d'un guet-apens tendu depuis l'Elysée, quant à elle, est si faible qu'elle ne semble avoir été conçue que pour démasquer les esprits crédules.

Piège ou pas, toute cette affaire restera une tache indélébile sur le parcours d'un homme qui aspirait à la fonction suprême de l'Etat français. Au-delà des accointances politiques, beaucoup ne s'y sont pas trompés. Citons pour mémoire la réaction de Marie-George Buffet du Parti Communiste Français, rompant avec le choeur de félicitations du cercle des fidèles:

La vérité n'est pas dite, ni pour le présumé innocent ni pour la présumée victime. Le refus de faire juger l'affaire dans laquelle l'ancien directeur du FMI est accusé de viol est une mauvaise nouvelle pour la justice et une mauvaise nouvelle aussi pour les femmes. (...) En montrant le vrai visage de M. Strauss-Kahn, la politique française a été débarrassée d'un individu indigne de toute représentation démocratique.

 

Indigne de toute représentation démocratique? Les mots sont sans doute excessifs, la représentation démocratique revienant en fin de compte au peuple français. Mais, c'est vrai, celui-ci pourrait être moins conciliant que le procureur Cyrus Vance.

Le corps électoral n'a que faire du bénéfice du doute.

En acceptant avec empressement l'annulation du procès, Dominique Strauss-Kahn s'est épargné une épreuve judiciaire, mais aussi l'occasion de faire la démonstration publique de son innocence. Eut-il combattu pour que la vérité éclate au grand jour, il aurait redoré son blason auprès de beaucoup d'indécis et de sympathisants ébranlés, il aurait exposé publiquement sa version des faits, la seule, la vraie.

Au lieu de cela, le silence, la discrétion, les dénégations hautaines, les avocats faisant mur. Son comportement ne correspondait pas à celui d'un innocent bafoué. Et certainement pas au président que les Français recherchent. Les évolutions lancinantes de la procédure civile empêcheront l'affaire de disparaître dans l'oubli. DSK est parti pour traîner l'affaire Diallo comme un boulet. Eternellement.

Cette semaine, DSK a recouvré la liberté, mais pas l'honneur. Politiquement, il vient sans doute de marquer la fin de sa carrière.

Une sortie par la petite porte.

03 juillet 2011

Dominique Strauss-Kahn: le retour de la vengeance?

Le New York Times a ouvert une brèche dans laquelle tous se sont engouffrés: le dossier de l'accusation "se serait effondré", au point de remettre en question l'ensemble du procès. Et d'aucun, en France, de voir Dominique Strauss-Kahn à la présidence.

Les tenants de la théorie du complot se sentent pousser des ailes.

Depuis le début de l'affaire, chaque camp fourbit ses armes. Un représentant de DSK est allé jusqu'au village natal de la victime, en Guinée, pour essayer d'arracher un accord à l'amiable avec sa famille. Mais le coup le plus violent porté au dossier vient du bureau du procureur lui-même. Quelle sont ces nouvelles informations?

nafissatou-diallo-victime-dsk.jpgSelon les deux enquêteurs cités par le journal américain, [Nafissatou Diallo, la femme de chambre supposée victime d'agressions sexuelles] a téléphoné à un détenu dans les 24 heures qui ont suivi sa rencontre avec Dominique Strauss-Kahn. Au cours de cette conversation, qui a été enregistrée, elle a évoqué le profit qu'il y aurait à maintenir ses accusations contre DSK. 
Ce détenu a été incarcéré pour possession de 180kg de cannabis et fait partie d'un certain nombre de personnes, qui ont transféré de l'argent, d'un montant total de 100 000 dollars, vers le compte bancaire de Nafissatou Diallo au cours des deux dernières années. 
Les enquêteurs soupçonnent la femme de ménage de faire partie d'un réseau de blanchiment d'argent.

 

La jeune femme aurait également nettoyé une autre chambre après "l'épisode DSK" et serait revenue sur les lieux une fois le directeur du FMI parti, contrairement à ses déclarations initiales. Finalement, elle aurait souscrit des abonnements téléphoniques auprès de cinq compagnies différentes alors qu'elle aurait assuré aux enquêteurs ne posséder qu'un seul abonnement (sans conteste son crime le plus abject.)

Au vu de ces révélations, je me suis empressé de relire mon premier billet sur l'affaire ainsi que mes commentaires, afin de vérifier si mes dires étaient devenus terriblement gênants. Mais en fait, non. Certes, certains aspects factuels présentés initialement on mal vieilli au fur et à mesure du déroulement de l'enquête (de même que la présentation des faits par les médias a évolué) mais le fond du débat reste tristement identique: l'inéquité entre les puissants et les faibles face à la justice, la fragilité d'une accusation parole contre parole, les casseroles du prévenu, et bien sûr, des prises de position qui sentent bon la justice de classe par les uns et les autres.

Dans une situation comme celle-ci la crédibilité est un facteur essentiel. Les jurés doivent être convaincus au-delà du doute, ce qui laisse peu de place à une accusation dont la motivation est entachée de soupçon.

sofitel.jpgChacun s'accorde à dire qu'un rapport sexuel a bien eu lieu. Les analyses ADN laissent peu de place à l'interprétation. Nafissatou Diallo a eu sur les parties génitales des hématomes reconnus par des professionnels de la santé. Mais ces éléments essentiels semblent avoir été complètement oubliés. Prenons le nettoyage d'une suite supplémentaire par la victime, le 14 mai, après son agression sexuelle présumée. Pareil comportement peut aisément s'expliquer par une situation d'état de choc et la nécessité absolue - confinant à l'absurde - de revenir temporairement à une routine. Les psychologues connaissent bien ces situations comportementales, mais aucun témoignage de ce genre ne parviendra dans les colonnes des journaux.

Le coup de téléphone passé dans les 24h à un ami détenu? Qu'y a-t-il de surprenant? Y-a-t'il un délai à respecter? La législation américaine ouvre fréquemment la voie à de larges compensations financières pour des victimes déposant plainte au civil. En écrivant cela, je n'apprends rien à personne. Quel mal y a-t-il à l'admettre? A en parler à un proche? Quitte à s'être fait violer, à essayer d'obtenir une compensation financière? Si une victime se débat pendant son agression, ce que chacun peut comprendre, faudrait-il qu'elle cesse après coup de lutter par tous les moyens possibles, comme une poursuite au civil avec dommages et intérêts à la clef? Ou alors, clamera-t-on que toute action en justice est motivée par de bas intérêts mercantiles à partir du moment où un plaignant demande plus que le franc symbolique?

Mais les révélations sur le passé de la jeune femme ou son comportement avant les faits sont autrement plus choquantes. Il n'y a pour l'heure pas le moindre soupçon de préméditation ou de complot. Le compte bancaire de la jeune femme a peut-être servi à faire transiter de l'argent sale, mais son implication ne semble pas lui avoir profité au point de la préserver de l'emploi ingrat de femme de chambre des années durant. Certes, Nafissatou Diallo n'a pas l'air d'être une sainte, mais c'est à se demander s'il faut être une sainte pour avoir le droit de porter plainte pour viol.

Dans une justice idéale (et visiblement utopique) le dossier porterait sur les faits. Des éléments de preuve mesurables et factuels. Et dans cette justice idéale, une victime de viol aurait le droit d'attaquer son violeur en justice, la victime fut-elle en délicatesse avec les services sociaux, avec un casier judiciaire, portée sur la boisson ou entrée illégalement dans le pays. La seule chose qui compte est ce qui est ce qui est reproché à l'agresseur, pas le statut social ou les relations que la victime entretient avec l'administration locale.

dsk1.jpgNafissatou Diallo mériterait peut-être une révocation de son permis de séjour aux Etats-Unis. Peut-être a-t-elle des relations fort louches. Peut-être est-elle vénale et membre d'un réseau de blanchiment d'argent. Et peut-être s'est-elle aussi fait violer par Dominique Strauss-Kahn. Tous ces éléments peuvent être vrais, simultanément.

Aujourd'hui, l'affaire DSK s'est pas mal dégonflée. Dès le début, j'imaginais mal un verdict jetant derrière les barreaux le directeur du FMI pour une quinzaine d'années - même s'il était pleinement coupable des faits qui lui sont reprochés dans la suite 2806 du Sofitel de Manhattan. Les moyens dont disposent la défense sont démesurés. Le bureau du procureur a eu beau jeu de révéler ces nouveaux éléments, il l'a fait seulement parce que les limiers des avocats du politicien les auraient amenés au procès.

Souiller la crédibilité de la victime est une ficelle vieille comme le monde. C'est désormais chose faite.

Aujourd'hui déjà, beaucoup pensent que tout ceci est un coup monté. Personnellement, je pense que non. Contre toute attente, selon moi ces éléments plaident en faveur de l'authenticité de l'agression sexuelle. Si Nafissatou Diallo avait comploté contre un client du Sofitel, elle aurait préparé plus soigneusement son témoignage. Elle n'aurait pas caché des détails gênants de sa vie, nuisant à sa crédibilité, qui auraient fini par être découverts. Elle n'aurait pas nettoyé une chambre supplémentaire après son passage dans la 2806, mais se serait jetée de façon théatrâle devant les caméras de surveillance de l'hôtel juste après l'événement, avec des vêtements déchirés pour faire bonne mesure. Quelqu'un prêt par convoitise à inventer un viol aurait agi avec autrement plus de sang-froid.

Dans l'hypothèse probable où le procureur de New York, Cyrus Vance, se préparerait progressivement à lâcher l'affaire, DSK pourra peut-être tenter un retour politique en France. Mais le soupçon n'est pas levé. Les électeurs de l'Hexagone pourraient ne pas être aussi prompts à en faire un saint que les journalistes et politiciens français.

16 mai 2011

Dominique Strauss-Kahn: les dix minutes fatales

Il y a toujours eu quelque chose de très aristocratique dans la haute bourgeoisie incarnée par Dominique Strauss-Kahn - jusque dans sa façon de rejouer une version moderne (et nettement plus improvisée) de la fuite de Louis XVI par Varennes.

DSK.jpgPensez donc: à dix minutes près, le vol retour du Paris / New-York d'Air France décollait avec Dominique Strauss-Kahn à son bord. Le politicien socialiste serait confortablement installé en première classe en sirotant un champagne. Il aurait jeté un dernier regard sur la nuit illuminée par les gratte-ciels de Manhattan avant de rejoindre en Europe le cercle des puissants - rencontrant Angela Merkel le lendemain, et d'autres chefs d'Etat tentant d'endiguer la crise de la dette publique. Il se serait présenté aux primaires du PS, qu'il aurait brillamment remportées. Il se serait opposé à Nicolas Sarkozy lors de l'élection présidentielle avec de bonnes chances d'être élu.

A dix minutes près, DSK aurait eu toutes les cartes en main et un avenir présidentiel. Il aurait nié en bloc - comme il le fait aujourd'hui, bien sûr - mais en position de force: avec assurance, dans son costume impeccable, il aurait expliqué que le témoignage d'agression sexuelle dont l'accuse une femme de chambre du Sofitel de New-York n'était que pure invention, voire quelque manoeuvre machiavélique pour le salir. Il aurait été hors de la sphère d'influence de la justice américaine. Il aurait eu des centaines d'amis haut placés pour prendre fait et cause contre des "allégations", sans compter les immunités dont il aurait pu se prévaloir.

Qui sait, il aurait peut-être même tourné l'affaire à son avantage en dénonçant des machinations exploitant ses faiblesses ou un acharnement judiciaire. Il aurait été soutenu par sa femme et ses proches, et même par une bonne partie du peuple français pour qui les histoires de fesses sont rarement à prendre au sérieux (en tous cas certainement pas comme ces Américains qui font "tout un drame" de la moindre incartade...)

Au pire, il aurait pu - avec l'assentiment bienveillant du monde entier - se contenter d'éviter ces fous d'Américains si ceux-ci s'étaient mis en tête de le poursuivre à l'étranger; pour ses dernières semaines à la tête du FMI, il aurait délégué les quelques rencontres prévues avec le gouvernement fédéral ou fait en sorte qu'elles aient lieu hors de sa juridiction.

A dix minutes près, DSK aurait pu avoir un destin à la Polanski.

Mais voilà, l'histoire se joue parfois sur des questions de timing. Dix minutes suffisent à changer la face du monde et le destin d'un homme. Du jour au lendemain, la question la plus brûlante de l'actualité, la volonté de Dominique Strauss-Kahn de se présenter aux présidentielles françaises, n'a plus la moindre pertinence. Obsolète. Périmée. Balayée.

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DSK, la tête des mauvais jours: la police de New-York vient de lui retirer son triple-A.

Comme d'habitude, l'affaire vaut moins par les faits sordides dont elle est issue que par les réactions qu'elle provoque. Chacun y va de son "je-n'aurais-jamais-cru-ça-de-lui-c'est-pas-possible-ce-n'est-pas-le-DSK-que-je-connais" dégoulinant d'hypocrisie, quand on sait que le bestiau trimballe depuis longtemps une certaine réputation. Dans un parcours typique de récidiviste, le faux-pas final a été précédé de nombreux coups de semonce.

En riche et puissant, DSK se livrait à des penchants dont il était peut-être coutumier à travers ses divers déplacements professionnels. Peu de chances d'être inquiété en agressant une soubrette à Lahore ou à Buenos Aires. Mais à New-York, USA, la justice ne fait pas la même distinction entre les gens du peuple et les VIP. A quel moment s'en est-il souvenu? Etait-ce pendant qu'il violentait sa victime? Lorsqu'il lui imposait une fellation? Ou lorsqu'il l'a vu s'enfuir, terrifiée, dans les couloirs de l'hôtel? Quoi qu'il en soit, c'est sans doute à ce moment qu'il a réalisé le danger et s'est enfui de sa suite, en oubliant effets personnels et téléphone portable - impensable pour un directeur du FMI - pour s'engouffrer dans le prochain avion.

Relations sexuelles illégales, tentative de viol, séquestration, c'est pas joli-joli. Il risque quinze ans de prison. Les charges sont sérieuses et l'enquête avancera sans peine, mais d'autres jouent l'air du "voyons-pas-de-précipitation-laissons-l'enquête-suivre-son-cours-présomption-d'innocence", mélopée entraînante mais rarement jouée. Par exemple, dans l'affaire de Berlusconi et du Rubygate: présomption d'innocence? Allons. Bush qui aurait prétendument menti sur les Armes de Destruction Massive en Irak: présomption d'innocence? Voyons, vous n'y pensez pas! Non, la présomption d'innocence est un concept trop généreux pour en accorder le bénéfice à des adversaires politiques...

Mais foin des postures - elles ne sont là que pour les caméras. En coulisse, maintenant que l'éléphant s'est fait choper pour avoir trop joué de sa trompe, chacun a ressorti sa petite calculette pour actualiser les nouveaux rapports de force au sein du PS. Le calendrier est toujours là, et avec lui les primaires socialistes.

Décidément, au train où vont les choses, il est de plus en plus difficile de prédire qui, en 2012, sera au second tour de l'élection présidentielle française.