08 janvier 2018

Et maintenant, Trump est fou.

Dire que les Démocrates s'emploient à éjecter Trump du pouvoir depuis le jour de son élection serait un euphémisme. Incapables depuis plus d'un an d'avaler le résultat d'une élection contraire à leurs attentes, ils n'ont de cesse de trouver le moyen de le renvoyer de la Maison Blanche avant la fin de son mandat. Complot russe, prétendue obstruction à justice, une page Wikipédia tente même de recenser les diverses manœuvres employées dans ce but.

usa,donald trump,manoeuvres politiques,foliePas un mois ne passe sans que vienne s'ajouter une nouvelle excellente raison de chasser le Président en exercice. Disons plutôt que chaque péripétie sur sa présidence, vraie ou fausse mais toujours montée en épingle par les médias, se conclut invariablement par l'examen d'une possible destitution sur la base de ces nouveaux "faits".

La dernière tentative en date se base donc sur une probable "folie" de M. Trump, qui pourrait comme par hasard mener à sa destitution par le biais du 25e amendement.

Une vingtaine de psychiatres et psychologues - forcément "éminents" pour la presse - franchirent le pas en octobre 2017 en publiant un ouvrage collectif sur la question: The Dangerous Case of Donald Trump ("Le Dangereux Cas Donald Trump"). Il reçut bien sûr un certain succès de la part des anti-Trump, confortés par les descriptions hyperboliques livrés aux médias par la coordinatrice très engagée à gauche de l'ouvrage, la psychologue Bandy Lee de l'Université de Yale. Apparemment, il y avait urgence à envoyer M. Trump à l'asile, en camisole de force.

Quelques professionnels du secteur eurent beau objecter que depuis quarante-cinq ans l'Association des psychiatres américains (APA) a établi la "Règle Goldwater", dénonçant comme un grave manquement à l’éthique le fait de dresser le diagnostic d’une personnalité publique sans son autorisation et sans même la rencontrer, personne ne les écouta. Billevesées que tout cela. Les règles de déontologie les plus élémentaires ne sauraient s''appliquer face à Donald Trump!

La nouvelle couche est appliquée ces derniers jours par Michael Wolff et son livre Fire and Fury : Inside the Trump White House ("Feu et Fureur : Dans la Maison Blanche de Trump"). Les médias font leur régal des bonnes feuilles de l'ouvrage. Trump serait un enfant gâté réclamant des "victoires", pris de crises de colère et insultant le personnel de la Maison Blanche et son propre gouvernement ; il s'enfermerait pour ruminer devant plusieurs télévisions en même temps ; il craindrait d'être empoisonné par les repas présidentiels ; il serait quasiment illettré, ou trop impatient, et incapable de venir à bout de textes simples...

usa,donald trump,manoeuvres politiques,folieBien que l'ouvrage soit entièrement à charge et dérive souvent dans le grotesque, les rédactions ne prennent aucune distance lorsqu'elles en parlent. Pour les médias, et Le Temps est en première ligne, Fire and Fury ne représente rien d'autre que la vérité. Comment s'en étonner alors que Michaël Wolff a couché sur le papier, jusque dans des "anecdotes" sur la chevelure de Trump, les fantasmes qu'attendait son public?

Seul problème, une partie au moins du livre est basée sur des affabulations - de l'auteur ou de ses sources - donnant au final un tableau caricatural et mensonger.

Prenons le simple exemple de l'élection. Wolff prétend à de nombreuses reprises que Trump ne voulait "pas vraiment" l'emporter - d'où une promesse faite à son épouse Melania qu'elle n'avait pas à s'inquiéter de devenir Première Dame contre sa volonté, car il n'avait aucune chance. Il aurait de même été parfaitement livide, le soir fatidique, en apprenant finalement sa victoire. Pourtant, Trump s'est battu comme un lion pendant toute la campagne, mettant au point une stratégie novatrice pour arracher aux Démocrates des États considérés comme acquis et enchaînant des dizaines de meetings durant la dernière ligne droite. Pourquoi se serait-il donné tant de peine s'il ne voulait pas gagner? Pourquoi aurait-il lutté avec succès contre seize autres candidats lors des primaires républicaines pour arracher l'investiture du parti s'il ne voulait pas gagner? Pourquoi se serait-il compromis dans l'illégalité avec les Russes, comme l'affirme Wolff, pour arracher un avantage indu dans l'élection, s'il ne voulait pas gagner?

Le récit de Fire and Fury n'a même pas de cohérence interne. Certains intervenants cités par l'auteur ont apporté un démenti cinglant face aux propos qu'on leur prête. Tant que nous n'aurons pas eu le verbatim des enregistrements effectués par l'auteur, nous ne saurons pas où situer le mensonge. Mais Michaël Wolff se couvre lui-même dès l'introduction:

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"Beaucoup des comptes-rendus de ce qui s'est passé dans la Maison Blanche de Trump entrent en conflit les uns avec les autres ; beaucoup, à la mode trumpienne, sont cruellement faux. Ces contradictions et cette souplesse prise avec la vérité, sinon avec la réalité elle-même, forment le fil conducteur du livre. Parfois, j'ai laissé les intervenants exposer leurs versions, permettant en retour au lecteur de les juger. Dans d'autres cas, grâce à une cohérence dans les récits et par le biais de sources auxquelles j'ai fini par faire confiance, je me suis arrêté sur une version des événements que je crois véridique."

Alors, Fire and Fury est-il un récit ou une fiction? Probablement un peu des deux, quoique le point de vue de l'auteur sur Donald Trump ne fasse guère de doute. Comment croire alors que Wolff, coutumier de ces dérives, n'a pas prêté davantage de bienveillance à tous ceux qui disaient du mal de Trump? Et comment s'étonner du résultat?

Nous sommes en pleine construction de narrative, celui-ci visant à préparer l'opinion publique à la prochaine offensive démocrate contre Trump. Les médias qui enquêtent aujourd'hui sur la santé de M. Trump sont les mêmes qui refusèrent avec acharnement de rendre compte de l'évanouissement public de Mme Clinton en 2016.

Mais il n'est pas sûr que la sauce prenne. Donald Trump tweete avec son public, parle un langage simple et direct, n'est pas bardé de diplômes des plus hautes universités du pays. M. Trump est indiscutablement un Président atypique et les Américains le savent. Ceux qui ont voté pour lui l'ont fait précisément pour ne plus être menés dans l'ornière par des élites surdiplômées, sûres d'elles et de leur verbe, et bien plus préoccupées par les cercles mondains que par le devenir de la classe moyenne.

Pourtant, Trump est bel et bien dérangé. Père de grands enfants, marié à un ancien mannequin, entrepreneur richissime, vedette de son émission de télé-réalité, il aurait pu couler une retraite paisible en profitant de la vie. À la place, il choisit de se lancer dans la conquête de la Présidence des États-Unis et tente depuis, avec les plus grandes difficultés, de remettre le pays sur les rails. Clairement, aucune personne saine d'esprit ne ferait tout cela.

Mise à jour (14 janvier): Par un étrange tour du destin, nous apprenons que la psychiatre Brandy Lee à l'origine du livre indiquant que M. Trump n'était pas apte à gouverner ne dispose plus de licence de psychiatrie depuis 2015, soit bien avant l'écriture de son livre.

29 décembre 2017

La Météo n'est pas le Climat... Quand Trump en parle

Entre Noël et le Jour de l'An, Donald Trump a eu la mauvaise idée de lancer un tweet sur la vague de froid qui frappe les États-Unis en ce moment.

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Traduction: "Dans l'Est, cela pourrait être la veille du jour de l'an LA PLUS FROIDE jamais enregistrée. Peut-être pourrions-nous nous servir un peu de ce bon vieux réchauffement climatique pour lequel seul notre pays, et pas les autres, était sur le point de payer des MILLIONS DE MILLIONS DE DOLLARS afin de se protéger. Couvrez-vous!"

Il n'en fallait pas davantage pour que les médias se déchaînent (ici, ici, ici ou encore ): une attaque aussi frontale contre le dogme du Réchauffement Climatique d'origine Anthropique (RCA) ne pouvait pas rester impunie.

Pour ne prendre qu'un exemple dans le concert des pleureuses, le Figaro français se livra à un réquisitoire en règle, avec dénonciation de la posture anti-scientifique du Président américain et un parallèle avec un tweet de Jean-Marie Le Pen pour faire bonne mesure - étant entendu que seuls des nazis, au minimum, peuvent douter du RCA.

Pourtant, il fait froid aux États-Unis:

Depuis quelques jours, l'Amérique du Nord est frappée par un froid extrême. Outre les fortes chutes de neige (1,5 mètre en 48 heures), des températures allant de -40 à -50°C ont été enregistrées et la situation pourrait perdurer encore quelques jours selon les météorologues, qui ne prévoient pas de remontée des températures pour le moment. Du jamais vu depuis 1993. Au Canada, les bulletins d'avertissement de froid extrême appellent les populations à la vigilance et à éviter les déplacements.


MAIS MAIS MAIS il ne faut surtout rien en déduire vis-à-vis du réchauffement:

Le tweet de Donald Trump a cependant fait bondir les scientifiques, qui rappellent qu'il existe une différence entre le climat, qui s'étudie sur une longue période, et la météo quotidienne, soumise à des variations saisonnières.


Dont acte. La météo n'est pas le climat, et nul être doué de raison ne saurait confondre l'un avec l'autre.

...Et pourtant.

La fin d'année 2017 étant propice aux rétrospectives, revenons sur quelques événements météorologiques marquants de l'année écoulée.

  • L'ouragan Harvey:
    L'ouragan Harvey qui s'est déchaîné sur le sud des États-Unis, causant la mort ainsi que des milliards de dollars de dégâts, est déjà rangé parmi les pires catastrophes naturelles de l'histoire américaine. (...) Face aux doutes, le météorologiste Eric Holthaus rappelle le danger auquel l'humanité fait face. Le réchauffement climatique n'est pas un mythe, c'est une réalité. Et ses conséquences se sont abattues sur Houston, met en garde le scientifique dans les colonnes de Politico. (...) Le scientifique l'assure: Harvey est une conséquence du réchauffement global.

  • Des inondations en Sierra Leone:
    Plus de 400 personnes ont péri à la suite des inondations survenues [en août]. Si le changement climatique explique l’intensité du phénomène, le nombre de morts est lié à l’absence d’infrastructures adaptées. (...) Plus globalement, le drame survenu la semaine dernière pose la question de l’adaptation défaillante des espaces urbains assujettis aux effets du changement climatique.

  • Des feux de forêt au Canada:
    [Les conclusions de chercheurs américains et australiens] rejoignent celles d'autres experts. Le doyen du Département de foresterie de l'Université de la Colombie-Britannique, John Innes, affirmait il y a quelques jours que le réchauffement climatique contribuait à exacerber l'intensité des feux de forêt, comme ceux qui font rage [en juillet] dans l'Ouest canadien, et à prolonger leur durée.

  • Un éboulement en Suisse:
    Fin août, deux glissements de terrain successifs ont eu lieu en Suisse. Une partie du village alpin de Bondo a été détruit. Une dizaine de personnes auraient trouvé la mort. La catastrophe est survenue lorsqu'une masse rocheuse de quatre millions de m3 s'est détachée de la paroi du Piz Cengalo (3.369 m) et s'est déversée, telle une avalanche, dans une vallée en direction de Bondo, détruisant tout sur son passage.
    Les experts ont également expliqué que l'éboulement avait été causé par le dégel du permafrost (les terrains gelés depuis des millénaires), sous l'effet du réchauffement climatique.

  • Des inondations en Asie du Sud-Est:

    De Miami à Porto Rico, en passant par La Barbade et La Havane, les ravages de la saison des ouragans dans toute l’Amérique latine et les Caraïbes ont sonné comme un rappel du fait que les effets du changement climatique ne connaissent pas de frontières. (...) Les conséquences [du Réchauffement Climatique] ne se limitent pas à cette région. Le niveau record d’inondations enregistré au Bangladesh, en Inde et au Népal a affecté quelque 40 millions de personnes. Plus de 1 200 personnes ont péri et beaucoup d’autres ont perdu leurs maisons, leurs cultures ou leurs lieux de travail.

Les citations agrémentant chacun de ces épisodes météorologiques de 2017 sont issues de sites qui n'hésitent pas à lier météo et climat - y compris pour la vague de froid actuellement subie par les USA - et critiquent aujourd'hui M. Trump pour avoir fait de même. En d'autres termes, ils font exactement ce qu'ils reprochent au Président américain. La seule différence est qu'ils agissent au nom du réchauffement et non contre lui.

Précisons donc la règle médiatique que M. Trump vient d'enfreindre: un épisode météorologique particulier ne saurait être monté en épingle au nom du climat, sauf s'il permet d'appuyer la théorie controversée du réchauffement climatique d'origine humaine.

16 décembre 2017

Fin de la neutralité du Net: Catastrophe ou libération?

Depuis jeudi et sous l'impulsion de Donald Trump, la FCC, l'autorité de régulation américaine des communications, a validé par un vote (3 voix contre 2) le démantèlement des lois passées sous l'administration Obama et connues du grand public sous le nom de "Neutralité du Net". Est-ce une catastrophe ou une libération? Se pourrait-il que le Président américain soit allé trop loin dans sa volonté de détricoter l'héritage Obama? Ou est-ce une bonne chose pour Internet en général et les États-Unis en particulier?

Chacun sera seul juge ; mais pour avoir la moindre chance de comprendre, il faut rester éloigné de la presse francophone dont la superficialité et le biais anti-Trump pèsent lourdement sur la moindre analyse.

Neutralité du Net et Neutralité du Net

La neutralité du Net est un concept quelque peu confus parce qu'il signifie en pratique des choses différentes. À la base, la "Neutralité du Net" est l'idée selon laquelle chaque parcelle d'information venue d'Internet est un ensemble de 0 et de 1, peu importe qu'ils viennent d'une série sous Netflix, de la lecture de ce blog, ou d'un email ; et qu'au bout du compte, tous ces 0 et ces 1 doivent être traités de la même manière.

En d'autres termes, aucun fournisseur d'accès Internet (FAI) ne devrait être capable de vous interdire d'accéder à un quelconque site, ou au contraire d'accélérer votre accès à d'autres sites, puisque ce sont toujours des paquets d'information de même nature.

Notons que l'idée de rejeter des vitesses d'accès différentes est discutable, car tous les flux informatiques n'ont pas la même importance. Le flux vidéo d'un chirurgien en train d'opérer un patient à distance est sans doute plus important que le flux d'interactions de votre partie de Call of Duty, qui sont eux-mêmes plus importants que l'arrivée sur votre ordinateur du énième patch de Windows, ou la synchronisation dans le Cloud des photos du remariage de Tante Huguette.

En réalité, à cause du concept de Neutralité du Net, la non-différentiation du trafic internet est une cause de congestion du réseau.

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La séparation entre paquets lents et paquets prioritaires permet de renforcer l'efficacité d'une infrastructure sans augmenter sa capacité globale. Les organismes chargés de gérer le trafic routier le savent bien.

La différentiation du trafic est un débat ouvert, avec ses partisans et ses adversaires. Mais on trouvera bien moins de gens pour défendre l'idée que les FAI puissent ralentir ou barrer l'accès de certains sites. Et cela tombe bien puisque la Neutralité du Net qui vient d'être démantelée n'a pas exactement la signification que le grand public lui prête, comme nous le verrons.

La Neutralité du Net, dans la décision qui vient d'être prise par la FCC, concerne la catégorisation des Services Internet comme des services de "Titre II" selon la législation américaine, c'est-à-dire leur définition comme services publics au même titre que l'accès à l'eau ou l'électricité.

Confusion et Politisation

Avant d'entrer plus en détail sur ce qui vient de se passer jeudi, mentionnons encore deux aspects singuliers du débat, mais qui ont leur importance:

  • La "Neutralité du Net" dont il est question est une réglementation passée en 2015 à l'instigation de l'administration Obama. Autant dire hier. Internet, Google, Amazon, Wikipédia et bien d'autres ont existé et gagné leurs galons bien avant la législation sur la Neutralité du Net, et même avant la première élection d'Obama.
     
  • La plupart des acteurs en faveur de la "Neutralité du Net" sont des sites comme Twitter, Google, Facebook, Reddit, qui ont tous montré à de nombreuses reprise leur orientation politique de gauche, leur opposition résolue à l'administration Trump, et qui n'ont pas hésité et n'hésitent toujours pas à censurer le contenu de leurs propres utilisateurs dès lors qu'il ne convient pas à l'orientation politique de leur plateforme.

Comme le résume un créateur de contenu:

"Si vous avez le malheur d'exprimer un point de vue de droite, Google repousse votre apparition à la dixième page des résultats de recherche, YouTube vous coupe vos revenus publicitaires ou supprime vos vidéos, Twitter ferme votre compte, et Facebook censure vos publications de sorte qu'elles n'apparaissent jamais dans le flux d'actualités."


usa,donald trump,internet,réformeIl y a donc anguille sous roche.

L'explication remonte à 2010. Avant cette date, la FCC classait les FAI sous le Titre I du Telecommunication Act du Président Clinton, signifiant qu'elle agissait comme entités privées avec un minimum de régulation de la part du gouvernement. Séparément et sans rapport avec cette classification, la FCC considérait les FAI comme responsables du respect des règles de l'Internet Ouvert (pas de débit variable selon le type de données, pas de blocage de site, pas de navigation prioritaire contre paiement).

Le procès Verizon contre la FCC changea cela, précisant que si la FCC souhaitait faire respecter les règles de l'Internet Ouvert, elle devrait désormais classer les FAI sous le Titre II, soit des fournisseurs de services publics, opérant effectivement sous le contrôle d'un monopole d'État. Le changement le plus radical concernant de fait l'apparition d'une licence de diffusion, donnant pouvoir au gouvernement sur eux. La lutte fut épique sur le dossier entre les fournisseurs d'accès, les lobbies et les politiciens ; mais quoi qu'il se passe en coulisse, les globalistes marquèrent un point essentiel puisqu'ils obligèrent désormais les FAI à s'inscrire pour bénéficier d'une licence de diffusion, et à la renouveler régulièrement. Sans licence de diffusion, un FAI était instantanément condamné à la banqueroute.

Obama fut un acteur essentiel de cette transformation, faisant pression sur les trois juges - deux démocrates et un républicain - pour classer les FAI sous le Titre II et donner ainsi le contrôle d'Internet au gouvernement. Cette prise de contrôle aurait pu être mal prise par l'opinion, elle fut donc rebaptisée "Neutralité du Net" et vendue ainsi emballée aux médias. La nouvelle formule passa comme une lettre à la poste!

Big Brother se réveille

Le gouvernement avait donc un pied dans la porte pour le contrôle des FAI grâce au renouvellement de leur licence, mais l'administration Obama n'avait pas encore les moyens légaux de justifier un non-renouvellement de ladite licence.

Cette base légale se concrétisa à travers le Countering Information Warfare Act de 2016. L'Acte donnait lieu à la création d'un "centre inter-agences", basé à la Maison Blanche, dont le chef était directement nommé par le Président, et dont l'intitulé de mission était de "Maintenir, collecter, utiliser et disséminer des enregistrements pour la collecte et l'analyse de donnée liées à des efforts de désinformation étatique et non-étatique et de propagande étrangère". Non-étatique signifie ici: à l'échelle des entreprises, des sites web, et même des individus.

Avec le Countering Information Warfare Act de 2016, n'importe qui pouvait être désormais coupable de "propagande" ou de "désinformation", une accusation d'autant plus facile à formuler que la signification de ces termes étaient laissés à l'appréciation de l'Administration.

Le Countering Information Warfare Act ne donna pas lieu à un débat par le Congrès. À la place, il fut subrepticement glissé dans les 3'000 et quelques pages du National Defense Authorization Act for Fiscal Year 2017, un texte voté la veille de Noël 2016 par des élus dont aucun ne se donna la peine de le lire. La création du Global Engagement Center est pourtant bien là-dedans, avec des détails opérationnels comme:

"Identifier les tendances actuelles et émergentes de propagande et de désinformation étrangère (...) et permettre l'utilisation d'agents infiltrés ou d'opérations clandestines spéciales pour influencer et cibler des populations et des gouvernements, pour coordonner et élaborer des tactiques, techniques et procédures pour exposer et réfuter la désinformation et l'information mensongère étrangère (...)"

"La législation établit un fonds pour aider à la formation des journalistes locaux (...)"

"Le Centre développera, intégrera et synchronisera des initiatives gouvernementales globales pour exposer et contrer les opérations de désinformation étrangères (...)"

 
Et ainsi de suite sur des pages et des pages.

L'Administration Obama visait également à mettre en place des "groupes d'experts" extérieurs au gouvernement, comme des ONG, des organisations de la société civile, des laboratoires d'idées, des compagnies du secteur privé et ainsi de suite, pour détecter et classifier l'information comme "trompeuse".

Vous rappelez-vous du fameux Décodex du Monde? Des associations diverses et variées lançant des procédures pour une remarque jugée litigieuse sur Facebook? Les personnes condamnées en Suisse pour un like? Voilà, en pratique, vers quoi menait l'arbitrage par ces "tierces parties indépendantes".

La boucle est bouclée

En quelques étapes et quelques années, l'Administration Obama mit en branle une mainmise totale d'Internet par le gouvernement américain, sur le territoire des États-Unis.

Bombardé par le flot de fausses nouvelles débordant sur le Net, le grand public aurait progressivement adopté le terme de "fake news" et l'idée de "tiers de confiance" chargés de vérifier la véracité de l'information. Ces tiers de confiance, sans lien apparent avec le gouvernement, auraient formulé des jugements de valeur sur de prétendues "fake news" soigneusement sélectionnées, permettant ensuite à l'administration de faire pression sur les Fournisseurs d'Accès Internet qui transmettaient ces informations par leur réseau, et qui seraient devenus complices simplement en les faisant transiter par leurs infrastructures.

Les FAI auraient eu ensuite deux choix: soit couper le sifflet aux sites "déplaisants" pour les élites en place - Drudge Report, Breitbart, 4chan, Wikileaks, etc. dans le monde anglophone - soit perdre leur licence, auquel cas ils auraient instantanément été conduits à la faillite alors que leur infrastructure aurait été rachetées à vil prix par le gouvernement ou leurs concurrents. Les FAI auraient évidemment obtempéré et une partie de la toile aurait tout simplement disparu.

Et tout cela au nom de la Neutralité du Net!

Tous les scandales visant Hillary Clinton et révélés par Internet auraient-ils pu voir le jour sous ce régime?

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Les partisans de la loi Obama sur la Neutralité du Net s'inquiètent d'un monde où les FAI pourraient arbitrairement supprimer l'accès à des sites web, alors qu'en réalité cette loi permet exactement ce résultat... Sur décision de l'Administration.

Conclusion

Toute cette histoire est 100% authentique - il suffit de suivre les liens vers les divers textes légaux et projets de loi qui émaillent ce billet. Mais comme dans bien d'autres dossiers, l'élection surprise de Donald Trump bouleversa les plans établis par la bureaucratie démocrate. 

Notons que Trump n'aurait eu aucun mal à préserver les directives mises en place par son prédécesseur et les employer à son propre avantage, éliminant progressivement CNN et d'autres canaux du paysage d'Internet suite à leurs mensonges répétés, souvent pris la main dans le sac. Mais, et c'est tout à son honneur, il choisit plutôt de désamorcer la bombe et de l'envoyer à la poubelle.

Il n'y aura pas de Global Engagement Center chargé de faire la guerre de l'information au nom du gouvernement américain sur Internet. Il n'y aura plus de menaces de retrait de licence des opérateurs pour qu'ils éliminent de leur offre les sites présentant une opinion dissidente du pouvoir. Et il n'y aura plus ces taxes que l'Administration prélevait sur le moindre abonnement Internet, les services publics étant plus taxés que les entreprises privées.

Internet ne sera pas "neutre", quoi que ce terme puisse signifier pour chacun, mais il restera peut-être libre un peu plus longtemps.

02 novembre 2017

Trump: "complot russe" et coup d'épée dans l'eau

En début de semaine, l'Enquêteur Spécial Mueller livra ses premières inculpations suite à ses investigations autour du fameux "complot russe" - ciblant, comme le répétèrent à l'envi tous les journalistes du monde, "des membres de l'entourage de Donald Trump". Les médias anti-Trump (pardon pour le pléonasme), les mouvements de gauche et les élites bien-pensantes du monde purent sabler le champagne, la Bête allait tomber à son tour, tout n'était plus qu'une question d'heures.

En Europe, les quotidiens rivalisèrent d'inventivité pour trouver des titres matérialisant leurs fantasmes. Sur Dreuz, Jean-Patrick Grumberg réussit à surmonter sa nausée et en énuméra quelques-uns:

Pour Ladepeche.fr, «L’ex-directeur de campagne de Trump [est] inculpé de complot contre les Etats-Unis». La Tribune de Genève, prenant ses désirs pour des réalités, écrit que «L’étau russe se resserre autour de Trump», et Le Monde, jamais le dernier dans la course à la désinformation, affirme que «Trois conseillers de Donald Trump [sont] visés par l’enquête “ russe ”»

RTL va encore plus loin dans le mensonge en affirmant que «plusieurs proches de Donald Trump [sont] poursuivis [dans le dossier] d’ingérences russes».


Mensonge, car les inculpations en question n'ont rien à voir avec une quelconque collusion entre le Président des États-Unis et une puissance étrangère. Une réalité que le principal intéressé rappela avec un tweet tout en subtilité:

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Donald Trump, pas content.

Comment peut-on en être arrivé à deux représentations aussi diamétralement opposées de la réalité? Tout dépend si vous considérez les faits comme à charge et à décharge, ce qui permet de se faire une idée, ou simplement à charge, à l'instar des chasseurs de sorcières des temps anciens.

Robert Mueller, enquêteur partial

usa,donald trump,mensongesPour donner une idée de la qualité de l'enquête se déroulant outre-Atlantique, il faut se rappeler que celle-ci est menée par l'Enquêteur Spécial Robert Mueller, un personnage particulier nommé en mai par le Département de la Justice. Il dispose de pouvoirs étendus pour enquêter sur "tout lien et/ou coordination entre le gouvernement russe et des individus associés à la campagne du Président Donald Trump, et tout élément qui émerge ou puisse émerger de cette enquête" - un ordre de mission aussi vaste que flexible.

Robert Mueller fut choisi parmi plusieurs personnalités parce que son profil semblait le mettre au-dessus de la mêlée, ce qui donnait aux Républicains l'espoir d'éviter les accusations de partialité et aux Démocrates celui de trouver la vérité. Ce n'est malheureusement qu'un mois plus tard que certains médias remontèrent des liens étroits entre M. Mueller et James Comey, le directeur du FBI limogé par Trump pour avoir tant accordé de crédit au faux dossier russe et s'être par ailleurs montré si complaisant avec l'enquête sur le serveur mail d'Hillary Clinton.

Comme le résuma l'animateur radio Mark Levin:

(...) John Legato est un ancien agent infiltré pour le compte du FBI, et il écrit de [James] Comey et [Robert] Mueller que leurs familles ont passé des vacances ensemble, ont eu des pique-niques ensemble, ils ont passé des heures au bureau ensemble, et pris ensemble des cocktails après le boulot. Donc Mueller ne peut pas être impartial ici. Pas lorsqu'il est si proche d'un témoin clé.

En résumé de tout ceci: il n'est pas indépendant.


Des élus protestèrent rapidement que la nomination de Mueller biaisait de fait tout espoir d'impartialité dans son enquête, qu'il était honteux qu'il ait accepté le poste au vu de ses liens personnels, et que l'intégrité réclame qu'il démissionne pour un autre enquêteur réellement neutre. Mais comme ces protestations ne venaient que des rangs républicains, elles n'eurent aucun écho dans les principaux médias.

Manœuvres juridico-politiques

Pour voir sur quoi repose le complot russe à ce stade, il suffit de reprendre l'infographie d'un journaliste de l'AFP reprenant les faits les plus terribles de cette enquête:

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(cliquez pour agrandir)

L'infographie est correctement intitulée - rencontres embarrassantes et justifications tardives. Un peu léger pour faire tomber un président au nom d'un "complot avec l'étranger". À noter également que, comme d'habitude, les faits présentés par le journaliste sont volontairement déformés pour leur donner une ampleur qu'ils n'ont pas. Jeff Sessions, par exemple, ne se cacha guère de ses deux rencontres avec Sergueï Kislyak - et les quelques 25 autres ambassadeurs qu'il rencontrait à travers son poste au Comité des Forces armées. Dans un premier temps, il avait simplement répondu par la négative lorsqu'on lui demanda s'il avait "conspiré avec les Russes".

Pour les autres accusés, Jean-Patrick Grumberg prit là encore la peine de lire les actes d'accusation délivrés par Robert Mueller:

Paul Manafort est inculpé, mais pour des faits qui remontent à 2012, soit 4 ans avant l’élection, et essentiellement pour évasion fiscale.

Rick Gates, un des associés de Paul Manafort, a également été inculpé par Mueller. Le New-York Times, pourtant archi-politisé et archi anti-Trump, indique que l’inculpation concerne le blanchiment d’argent, l’évasion fiscale et du lobbying pour les Russes entre 2006 et 2015 - 10 ans avant l’élection.


Reste George Papadopoulos, totalement inconnu jusqu’à lundi. L'homme a travaillé comme obscur conseiller aux Affaires étrangères – bénévole – pour la campagne Trump. Il semble qu'il ait gonflé son importance, prétendant connaître Vladimir Poutine lui-même, vraisemblablement pour alimenter son arrivisme. S'il est possible qu'il ait tenté de conspirer avec la Russie, il n'a même pas été inculpé pour cela. Parce que l'équipe Trump n'a pas mordu à l'hameçon!

George Papadopoulos plaidera pourtant coupable d'avoir menti au FBI... Pour s'être trompé sur la date où il a rencontré un professeur russe à Londres. "Grosse affaire!" commente Jean-Patrick Grumberg...

Paul Manafort est sans doute le plus gros poisson dans les filets, mais la pêche est maigre. Aucun individu n'a été arrêté pour des faits liés à la campagne présidentielle de Trump. Plus étonnant encore, Paul Manafort faisait l'objet d'une enquête du FBI depuis 2009 et, alors qu'il était sur écoute, l'Administration Obama le laissa sans autre rejoindre l'équipe de Donald Trump pour mener sa campagne électorale - une démarche qui soulève de graves interrogations sur qui était réellement espionné au bout du compte.

Paul Manafort a donc été inculpé et pas moins de douze chefs d'accusation ont été retenus contre lui - dont ceux de complot contre les États-Unis, blanchiment, fausses déclarations et non déclarations de comptes détenus à l'étranger. À l'aide de fuites soigneusement organisées dans la presse, M. Manafort a donc eu le privilège d'être arrêté chez lui, sous l’œil avide des caméras. Mais tant Paul Manafort que Rick Gates ont plaidé non coupable.

Après avoir épluché quasiment sans limite le passé et le contexte des centaines de personnes impliquées dans une des plus folles campagnes électorales de l'histoire, les prises sont dérisoires. Mais elles existent. On peut s'attendre à ce que Robert Mueller exerce une pression maximale sur les prisonniers, avant de faire miroiter la possibilité d'un pardon en échange de secrets croustillants contre Donald Trump. Nous verrons dans quelques temps la qualité des aveux extorqués de cette façon.

Pendant ce temps-là, du côté d'Hillary...

Un tour d'horizon des démêlés politico-judiciaires visant le Président Trump ne saurait être complet sans évoquer, en parallèle, les affaires qui remontent jour après jour sur sa concurrente malheureuse Hillary Clinton. Des affaires dont on attend en vain qu'elles soient décemment couvertes par les principaux médias, en particulier de ce côté de l'Atlantique.

  • Le Washington Post révéla récemment que Hillary Clinton, par le biais de la Fondation Clinton, et le Comité du parti démocrate avaient conjointement payé pour les recherches menant à la fabrication du dossier russe.

  • Un an après avoir invité Vladimir Poutine à un événement organisé par la Fondation Clinton, elle approuva la vente de 20% de la capacité de production américaine d'uranium à la Russie", note le Conservative Review.

  • "Peu après cela, des donneurs liés à la compagnie vendue aux Russes contribua à hauteur de 145 millions de dollars en donation à la Fondation Clinton."

  • Par ailleurs, on apprend que M. Comey, ex-directeur du FBI précédemment évoqué, rédigea la lettre exonérant Mme Clinton de toute poursuite dans l'affaire de son serveur mail privé, plusieurs mois avant l'interrogation de pas moins de 17 témoins-clé, et avant même que certains ne se voient offrir une immunité en échange de leur témoignage. À noter que cette nouvelle contredit des déclarations sous serment de M. Comey lui-même quant à la date de la décision de ne pas poursuivre Mme Clinton.

Mais bon, pas de quoi justifier un Enquêteur Spécial, ni même une simple enquête normale, apparemment. Ni quelques articles dans vos quotidiens préférés.

14 juillet 2017

Un 14 juillet en France

Aujourd'hui le grand voisin français célèbre sa fête nationale - et ce jour semble cristalliser tous les enjeux du moment.

Après avoir enchanté sa grande amie Angela Merkel, le président Emmanuel Macron reçut en grande pompe le président américain Donald Trump dès jeudi. L'occasion de ses plaindre du rejet des Accords de Paris, mais aussi celle de célébrer l'entrée en guerre des États-Unis en 1917 aux côtés de la France. Les héritiers des "Sammies", selon le surnom des soldats américains de l'époque, eurent l'honneur d'ouvrir le défilé sur les Champs Élysées.

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La veille, sécurité oblige, les Parisiens excédés souffrirent toute la journée des restrictions de circulation liées à l'arrivée en ville du chef de la première puissance mondiale. Les médias en profitèrent pour étaler plaisamment des séquences de micro-trottoir récoltant les protestations de citoyens en colère contre Trump. À celles-ci succédèrent les plaintes de touristes empêchés d'accéder à la Tour Eiffel dès le milieu de l'après-midi, l'édifice étant interdit au public pour laisser aux deux couples présidentiels l'exclusivité d'un dîner au restaurant du premier étage.

"On voit que les puissants comme M. Trump font ce qu'ils veulent", se livra avec amertume une touriste au Champs de Mars devant une caméra avide. Mais si les contraintes du déplacement de Trump dans la capitale étaient inévitables, son passage à la Tour Eiffel releva entièrement de l'organisation de son séjour par le président français. On blâma donc un invité qui n'y était pour rien. Peu importe: toute occasion de critiquer M. Trump qui se présente est à saisir. Sur un plateau de télévision, un commentateur s'égaya: M. Trump aura enfin "l'occasion de goûter une meilleure cuisine que les hamburgers, frites et ketchup qu'il affectionne". Se vautrer dans le caviar serait plus adéquat? Il n'y a décidément pas de limite à la petitesse.

Le défilé du 14 juillet vit passer 3'720 soldats à pied, 211 véhicules, 241 chevaux, 63 avions et 29 hélicoptères, dans un bel étalage représentatif des différentes composantes de l'armée française. Mais cette force, d'ailleurs lourdement prétéritée par les futures coupes budgétaires souhaitées par le président Macron, est loin d'atteindre les engagements de 3% du PIB impliqués par le statut de pays-membre de l'OTAN. La France atteint péniblement les 2,3%, à comparer aux 6,2% de 1960. Bizarrement, les médias ne s'étendèrent pas sur cet aspect de la visite de M. Trump.

En dépit d'un dramatique manque de moyens, l'armée française est déployée avec efficacité sur divers théâtres d'opération, mais à cause du laxisme de leur politique intérieure les Français n'ont jamais été aussi peu en sécurité, et ce 14 juillet le rappelle également.

Cette fête nationale française est un jour sombre pour des centaines de familles - le souvenir d'un deuil commencé il y a un an lorsque Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien de 31 ans, fonça dans la foule à bord d'un camion sur une Promenade des Anglais bondée à l'occasion du feu d'artifice clôturant la soirée. 86 personnes trouvèrent la mort cette nuit-là, dont de nombreux enfants. On dénombra 458 blessés.

nice_logo.jpgLa récente polémique sur la republication de photos de la soirée dramatique dans le quotidien Paris-Match de cette semaine prouve, s'il en était besoin, que la plaie n'est pas refermée. Les autorités locales niçoises organisent le devoir de mémoire avec un défilé particulier, un lâcher de ballons et 86 faisceaux lumineux symbolisant les victimes. Il n'est pas sûr que cela apaise les familles touchées. Nombre d'entre elles feront l'impasse sur la cérémonie.

Sur le plan de la sécurité, tout a été fait correctement: de multiples patrouilles et des blocs de bétons disposés aux points de passage-clés de la Promenade des Anglais garantissent que cette année aucun islamiste au volant d'un poids-lourd ne pourra faire de carnage dans la foule.

L'incongruité d'un dispositif arrivant avec un an de retard le dispute à l'absurdité de se prémunir contre un nouvel extrémiste musulman tentant de faire exactement la même chose au même endroit.

Cette tentative triste et vouée à l'échec de mettre les citoyens en sécurité démontre l'incompétence et le retard de l'État français dans la guerre asymétrique qui l'oppose au terrorisme islamiste. Soit il ne s'agit que d'une opération de communication visant à rassurer un public naïf, soit les fonctionnaires en charge de la sécurité publique croient réellement que ces mesures pourraient déjouer un attentat prévu ce soir sur la Promenade des Anglais. Chacune de ces hypothèses ouvre des perspectives vertigineuses.

La visite de M. Trump en Europe serait l'occasion d'ouvrir enfin le débat sur la sécurité de nos sociétés occidentales. Mais il ne sera pas ouvert, car il obligerait à mettre toutes les options sur la table, y compris des possibilités comme la surveillance des frontières et l'interdiction d'entrée du territoire et le renvoi de ressortissants de pays dangereux. Ce chemin, emprunté par la Maison-Blanche, est combattu avec la dernière énergie aux États-Unis par tout ce que le pays compte de Démocrates.

Une telle approche est impensable en France et en Europe. Entre leur sécurité et la crainte d'être mal vus, les Français ont choisi. Mais, au fond de soi, on ne peut s'empêcher de penser que les prochains attentats islamistes ont plus de risques de se produire sur le Vieux Continent qu'au pays de l'Oncle Sam.

09 juillet 2017

Discours de Donald Trump en Pologne

Le 6 juillet 2017 Donald Trump donna en Pologne un discours fondateur sur le sens de ses valeurs et sa vision de l'Amérique au sein de l'Occident et de l'OTAN. Ce discours absolument essentiel aura marqué divers observateurs (voir les commentaires de Jacques-Antoine de Coyetaux ou de Guy Millière) mais ne sera évidemment pas repris comme il le mérite par les médias européens: aujourd'hui, venir en Europe parler de la supériorité de la civilisation occidentale est une insulte au bon goût - en particulier pour ces élites qui font profession de la mépriser, mais jamais ne la quitteraient pour rejoindre un des paradis alternatifs qu'elles prennent pour exemple à longueur de temps.

Il manquait tout de même une retranscription en français du discours original, voici donc mon humble tentative, épurée des nombreuses démonstrations d'enthousiasme du public (acclamations, applaudissements et chants).

 


 

Nous sommes venus auprès de votre nation pour transmettre un message très important: l'Amérique aime la Pologne et l'Amérique aime le peuple polonais. Je vous remercie.

Les Polonais ont non seulement enrichi cette région, mais les Américains d'origine polonaise ont également beaucoup contribué aux succès des États-Unis, et j'étais vraiment fier de bénéficier de leur soutien lors des élections de 2016.

C'est un honneur profond de me tenir dans cette ville, aux côtés de ce monument érigé en l'honneur de l'insurrection de Varsovie, et de m'adresser à la nation polonaise dont tant de générations ont rêvé: une Pologne sûre, forte et libre.

pologne,donald trump

Le président Duda et votre merveilleuse Première Dame, Agata, nous ont accueillis avec chaleur et gentillesse, qualités pour lesquelles la Pologne est réputée dans le monde entier. Je vous remercie. Je vous remercie sincèrement tous les deux. Et j'adresse aussi au Premier ministre Syzdlo un remerciement particulier.

Nous sommes également ravis que l'ancien président Lech Wałęsa, si célèbre pour avoir dirigé le mouvement Solidarité, ait également pu nous rejoindre aujourd'hui. Je vous remercie.

Au nom de tous les Américains, permettez-moi aussi de remercier tout le peuple polonais de la générosité que vous avez manifestée pour accueillir nos soldats dans votre pays. Ces soldats ne sont pas seulement de courageux défenseurs de la liberté, mais aussi des symboles de l'engagement de l'Amérique envers votre sécurité et pour votre place dans une Europe forte et démocratique. (...)

Le président Duda et moi sortons juste d'une réunion incroyablement fructueuse avec les dirigeants participant à l'Initiative des Trois Mers (Three Seas Initiative). Pour les citoyens de cette grande région, l'Amérique est impatiente d'élargir son partenariat avec vous. Nous nous félicitons du renforcement des liens économiques et commerciaux au fur et à mesure que vous développez vos économies. Et nous nous engageons à sécuriser votre accès à d'autres sources d'énergie, de sorte que la Pologne et ses voisins ne soient plus jamais pris en otage par un seul fournisseur.

Monsieur le Président, je vous félicite, ainsi que le Président de la Croatie, de votre leadership dans cette initiative historique des Trois Mers. Je vous remercie.

C'est ma première visite en Europe centrale en tant que président, et je suis ravi que cela puisse être ici dans cette splendide et magnifique contrée. Elle est belle. La Pologne est le cœur géographique de l'Europe, mais surtout, nous contemplons l'âme de l'Europe dans le peuple polonais. Votre nation est grande parce que votre esprit est grand et parce que votre esprit est fort.

Durant deux siècles, la Pologne a essuyé des attaques constantes et brutales. Mais tandis que la Pologne pouvait être envahie et occupée, et voir même ses frontières effacées de la carte, elle ne put jamais être effacée de l'Histoire ni de nos cœurs. Dans ces jours sombres, vous avez perdu votre terre mais vous n'avez jamais perdu votre fierté.

C'est donc avec une admiration sincère que je peux dire aujourd'hui que, depuis les fermes et les villages de votre campagne jusqu'aux cathédrales et aux places de vos grandes villes, la Pologne vit, la Pologne prospère, et la Pologne prévaut.

Malgré tous les efforts entrepris pour vous transformer, vous opprimer ou vous détruire, vous avez tenu bon. Et vous les avez surmontés. Vous êtes la fière nation de Copernic - pensez à cela - de Chopin, de Saint Jean-Paul II. La Pologne est une terre de grands héros. Vous êtes un peuple qui connaît la véritable valeur de ce qu'il défend.

Le triomphe de l'esprit polonais à travers des siècles de difficultés nous donne à tous l'espoir d'un avenir dans lequel le bien vainc le mal et où la paix remporte la victoire sur la guerre.

Pour les Américains, la Pologne a été un symbole d'espoir depuis les débuts de notre pays. Les héros polonais et les patriotes américains se sont battus côte à côte dans notre Guerre d'Indépendance et dans de nombreuses autres qui ont suivi. Nos soldats continuent de servir ensemble aujourd'hui en Afghanistan et en Irak, combattant les ennemis de toute civilisation.

Du point de vue de l'Amérique, nous n'avons jamais abandonné le droit et le destin du peuple polonais à la liberté et à l'indépendance, et nous ne le ferons jamais. Nos deux pays partagent un lien particulier forgé par des histoires uniques et des héros nationaux. C'est une communauté qui n'existe que parmi les hommes qui ont combattu, ont souffert et sont morts pour la liberté.

Les signes de cette amitié sont dans la capitale de notre pays. À quelques pas de la Maison Blanche, nous avons élevé des statues d'hommes avec des noms comme Pułaski et Kościuszko. Il en va de même à Varsovie, où des panneaux de rue portent le nom de George Washington, et où s'élève un monument à l'un des plus grands héros du monde, Ronald Reagan.

Je suis donc ici aujourd'hui non seulement pour rendre visite à un allié de longue date, mais aussi pour le citer en exemple auprès de ceux qui recherchent la liberté et qui en appellent au courage et à la volonté de défendre notre civilisation. L'histoire de la Pologne est l'histoire d'un peuple qui n'a jamais perdu espoir, qui n'a jamais été brisé, et qui n'a jamais perdu son identité. (...)

Voici une nation vieille de plus de mille ans. Vos frontières furent effacées pendant plus d'un siècle et ont été restaurées il y a seulement un siècle. En 1920, lors du "Miracle de la Vistule", la Pologne arrêta une armée soviétique vouée à la conquête de l'Europe. Puis, 19 ans plus tard, en 1939, vous fûtes encore envahis, cette fois par l'Allemagne nazie à l'Ouest et par l'Union Soviétique à l'Est. Ce fut difficile. Ce fut abominable.

Sous une double occupation, le peuple polonais subit des maux impossibles à décrire: le massacre de la forêt de Katyń, l'Occupation, l'Holocauste, le ghetto de Varsovie et son insurrection, la destruction de cette belle capitale et la mort de près d'un Polonais sur cinq. Une population juive dynamique - la plus grande en Europe - fut quasiment réduite à rien après que les nazis assassinèrent systématiquement des millions de citoyens juifs polonais, ainsi que d'innombrables autres, pendant cette occupation brutale.

Au cours de l'été 1944, les armées nazies et soviétiques se préparaient à une bataille terrible et sanglante ici à Varsovie. Au milieu de cet enfer terrestre, les citoyens de la Pologne se relevèrent pour défendre leur patrie. Je suis profondément honoré d'être rejoint aujourd'hui par des vétérans et des héros de l'insurrection de Varsovie. Nous saluons votre noble sacrifice et nous nous engageons à nous rappeler toujours votre combat pour la Pologne et pour la liberté. Je vous remercie.

Ce monument nous rappelle que plus de 150'000 Polonais trouvèrent la mort pendant cette lutte désespérée pour renverser l'oppression. De l'autre côté de la rivière, les forces armées soviétiques s'arrêtèrent et attendirent. Ils regardèrent les nazis ravager la ville sans relâche, assassinant hommes, femmes et enfants dans la plus grande violence. Ils essayèrent de détruire pour toujours cette nation en brisant sa volonté de survivre.

Mais il y a dans le caractère polonais un courage et une force que personne ne pourrait détruire. Le martyr polonais, l'évêque Michał Kozal, déclara: "la capitulation de l'esprit humain est plus horrifiante que la défaite des armes".

Au cours de quatre décennies de règne communiste, la Pologne et les autres nations captives de l'Europe subirent une répression brutale pour abattre votre liberté, votre foi, vos lois, votre histoire, votre identité - l'essence même de votre culture et de votre humanité. Pourtant, à travers tout cela, vous n'avez jamais perdu cet esprit. Vos oppresseurs ont essayé de vous briser, mais la Pologne n'a pas pu être brisée.

Et quand vint ce jour du 2 juin 1979, et qu'un million de Polonais se rassemblèrent aux abords de la Place de la Victoire pour une première messe avec leur pape polonais, ce jour-là, tous les communistes de Varsovie surent que leur système d'oppression tomberait rapidement. Ils durent le comprendre au moment précis du sermon du pape Jean-Paul II où un million d'hommes, de femmes et d'enfants polonais mêlèrent leurs voix en une seule prière. Ce million de Polonais de demandait pas de richesses. Ils ne pas réclamait pas de privilèges. Au lieu de cela, un million de Polonais entonnèrent trois mots simples: "Nous voulons Dieu".

En ces mots, le peuple polonais rappela la promesse d'un avenir meilleur. Ils trouvèrent un nouveau courage pour faire face à leurs oppresseurs, et trouvèrent les mots pour affirmer que la Pologne serait la Pologne à nouveau.

Alors que je me tiens ici devant cette foule incroyable, cette nation fidèle, nous pouvons encore entendre ces voix qui font écho à l'Histoire. Leur message est aussi vrai aujourd'hui que jamais. Les peuple de la Pologne, d'Amérique et d'Europe crient encore: "Nous voulons Dieu".

Ensemble, avec le pape Jean-Paul II, les Polonais réaffirmèrent leur identité en tant que nation dévouée à Dieu. Et avec cette puissante affirmation de votre identité, vous en vîntes à comprendre quoi faire et comment vivre. Vous étiez solidaires contre l'oppression, contre une police secrète hors-la-loi, contre un système cruel et vicieux qui appauvrit vos cités et vos âmes. Et vous l'avez emporté. La Pologne a prévalu. La Pologne prévaudra toujours.

Vous avez été soutenu dans cette victoire sur le communisme par une puissante alliance de nations libres en Occident qui défia la tyrannie. La Pologne a maintenant repris sa place parmi les membres les plus engagés de l'Alliance de l'OTAN comme nation à la pointe d'une Europe forte, intègre et libre.

Une Pologne forte est une bénédiction pour les nations d'Europe, et elles le savent. Une Europe forte est une bénédiction pour l'Occident et le monde. Cent ans après l'entrée des forces américaines dans la Première Guerre mondiale, le lien transatlantique entre les États-Unis et l'Europe est aussi fort que jamais et peut-être, à bien des égards, encore plus fort.

Ce continent n'est plus confronté au spectre du communisme. Mais aujourd'hui, nous sommes l'Ouest, et nous devons accepter de dire qu'il existe de graves menaces contre notre sécurité et notre mode de vie. Vous voyez ce qui se passe là-bas. Ce sont des menaces. Nous les affronterons. Nous gagnerons. Mais ce sont des menaces.

Nous sommes confrontés à une autre idéologie oppressive - une qui vise à exporter le terrorisme et l'extrémisme partout dans le monde. L'Amérique et l'Europe subissent une attaque terroriste après l'autre. Nous allons faire en sorte d'arrêter ça.

Lors d'un rassemblement historique en Arabie Saoudite, j'ai invité les dirigeants de plus de 50 nations musulmanes à s'allier pour chasser cette menace qui met en danger toute l'humanité. Nous devons rester unis contre ces ennemis communs pour les dépouiller de leur territoire, de leur financement, de leurs réseaux et de toute forme de soutien idéologique qu'ils pourraient avoir. Bien que nous accueillions toujours de nouveaux citoyens qui partagent nos valeurs et qui aiment notre peuple, nos frontières seront toujours fermées face au terrorisme et à l'extrémisme de toute nature.

Nous luttons âprement contre le terrorisme islamiste radical, et nous allons l'emporter. Nous ne pouvons pas accepter ceux qui rejettent nos valeurs et qui utilisent la haine pour justifier la violence contre les innocents.

Aujourd'hui, l'Occident est également confronté à des pouvoirs qui cherchent à tester notre volonté, à saper notre confiance et à mettre en danger nos intérêts. Pour faire face à ces nouvelles formes d'agression, comprenant la propagande, les crimes financiers et la cyberguerre, nous devons adapter notre alliance pour combattre efficacement et de façon différente sur ces nouveaux champs de bataille.

Nous exhortons la Russie à cesser ses activités déstabilisatrices en Ukraine et ailleurs, ainsi que son soutien à des régimes hostiles - y compris la Syrie et l'Iran - et à rejoindre la communauté des nations responsables dans notre lutte contre des ennemis communs, dans la défense de la civilisation elle-même.

Enfin, des deux côtés de l'Atlantique, nos citoyens sont encore confrontés à un autre danger - quoique fermement sous notre contrôle. Ce danger, invisible pour certains, est familier aux Polonais: le broiement continu de la bureaucratie gouvernementale, qui assèche la vitalité et la prospérité des gens. L'Ouest n'est pas devenu extraordinaire grâce à la paperasse et aux règlements, mais parce que les individus ont pu poursuivre leurs rêves et accomplir leur destinée.

Les Américains, les Polonais et les nations d'Europe tiennent en haute estime la liberté individuelle et la souveraineté. Nous devons travailler ensemble pour affronter les forces, intérieures ou extérieures, du Sud ou de l'Est, qui menacent avec le temps de saper ces valeurs et d'effacer les liens de culture, de foi et de tradition qui font de nous ce que nous sommes. Si elles ne sont pas contrôlées, ces forces minent notre courage, sapent notre esprit et affaiblissent notre volonté de nous défendre et de défendre nos sociétés.

Mais tout comme nos adversaires et nos ennemis du passé l'ont appris ici en Pologne, nous savons que ces forces, elles aussi, sont vouées à l'échec si nous voulons qu'elles échouent. Et nous voulons qu'elles échouent. Elles sont condamnées non seulement parce que notre alliance est forte mais parce que nos pays sont résilients et notre pouvoir, incomparable. À travers tout cela, vous devez réaliser que tout est vrai. Nos adversaires, cependant, sont condamnés parce que nous n'oublierons jamais qui nous sommes. Et si nous n'oublions pas qui nous sommes, nous ne pouvons pas être battus. Les Américains n'oublieront jamais. Les nations d'Europe n'oublieront jamais. Nous sommes la communauté la plus vaste et la plus solide. Il n'y a rien d'équivalent à notre communauté de nations. Le monde n'a jamais connu quelque chose comme notre communauté de nations.

Nous écrivons des symphonies. Nous poursuivons l'innovation. Nous célébrons nos anciens héros, embrassons nos traditions et nos coutumes intemporelles et cherchons toujours à atteindre et à explorer de nouvelles frontières.

Nous récompensons les talents exceptionnels. Nous recherchons l'excellence et apprécions les œuvres d'art inspirées qui honorent Dieu. Nous chérissons l'État de Droit et protégeons la parole et la liberté d'expression.

Nous donnons aux femmes le pouvoir d'être les piliers de notre société et de notre succès. Nous plaçons la foi et la famille au centre de nos vies, pas le gouvernement ni la bureaucratie. Et nous débattons de tout. Nous remettons tout en question. Nous cherchons à tout connaître afin de mieux nous connaître.

Et surtout, nous accordons la dignité à toute vie humaine, protégeons les droits de chaque personne, et partageons l'espoir de chacun de vivre en liberté. C'est ce que nous sommes. Ce sont les liens inestimables qui nous unissent en tant que nations, alliés et au sein d'une civilisation.

Ce que nous avons, ce que nous avons hérité de nos ancêtres n'a jamais existé jusqu'ici. Et si nous ne le conservons pas, il n'existera plus, jamais plus. Nous ne pouvons donc pas nous permettre d'échouer.

Cette grande communauté de nations a autre chose en commun: dans chacune d'elles, ce sont les peuples, et non les puissants, qui ont toujours formé les bases de la liberté et la pierre angulaire de notre défense. Les gens forment cette fondation ici en Pologne - comme ils l'étaient là-bas à Varsovie - et forment aussi le fondement de l'Amérique, depuis les tous débuts du pays.

Nos citoyens n'ont pas gagné la liberté ensemble, n'ont pas survécu aux horreurs ensemble, n'ont pas fait face ensemble au mal seulement pour perdre ensuite notre liberté par manque de fierté et de confiance en nos valeurs. Nous ne l'avons pas fait et nous ne le ferons pas. Nous ne renoncerons jamais.

Tant que nous reconnaissons notre histoire, nous saurons comment construire notre avenir. Les Américains comprennent qu'une puissante alliance de nations libres, souveraines et indépendantes constitue la meilleure défense de nos libertés et de nos intérêts. C'est pourquoi mon administration a exigé que tous les membres de l'OTAN répondent finalement à leurs obligations financières, complètes et équitables.

À la suite de cette insistance, des milliards de dollars supplémentaires ont commencé à se répandre dans l'OTAN. En fait, les gens sont choqués. Mais des milliards et des milliards de dollars de plus viennent de pays qui, à mon avis, n'auraient pas payé si rapidement.

À ceux qui critiquent notre ferme position, je voudrais souligner que les États-Unis ont démontré non seulement avec des mots, mais aussi avec leurs actions leur soutien résolu de l'article 5, l'engagement de défense mutuelle.

Les paroles sont aisées, mais les actes sont ce qui compte. Et pour sa propre protection - et vous le savez, tout le monde le sait, tout le monde doit le savoir - l'Europe doit faire davantage. L'Europe doit démontrer qu'elle croit en son avenir en investissant son argent pour protéger cet avenir.

C'est pourquoi nous applaudissons la Pologne pour sa décision d'aller de l'avant cette semaine dans l'acquisition auprès des États-Unis du système de défense aérienne et antimissile Patriot, testé au combat, le meilleur au monde. C'est aussi pourquoi nous saluons le peuple polonais pour être l'un des pays de l'OTAN qui a effectivement atteint l'indice de référence dans l'investissement pour notre défense commune. Je vous remercie. Merci, Pologne. Je dois vous dire que l'exemple que vous avez montré est vraiment magnifique, et nous applaudissons la Pologne. Je vous remercie.

Nous devons nous rappeler que notre défense n'est pas seulement un engagement financier, c'est l'engagement d'une volonté. Parce que, comme le rappelle l'expérience polonaise, la défense de l'Occident repose non seulement sur les moyens, mais aussi sur la volonté de son peuple de prévaloir et de réussir à obtenir ce qu'il est en droit d'attendre. La question fondamentale de notre temps est de savoir si l'Occident a la volonté de survivre. Avons-nous confiance en nos valeurs pour les défendre à tout prix? Avons-nous suffisamment de respect envers nos citoyens pour protéger nos frontières? Avons-nous le désir et le courage de préserver notre civilisation face à ceux qui la subvertissent et la détruisent?

Nous pouvons avoir les plus grandes économies et les armes les plus mortelles de la Terre, si nous n'avons pas de familles fortes et de valeurs fortes, nous serons faibles et nous ne survivrons pas. Si quelqu'un oublie l'importance cruciale de ces choses, laissez-les venir dans un pays qui n'a jamais renoncé. Laissez-les venir en Pologne. Et laissez-les venir ici, à Varsovie, et apprendre l'histoire de l'insurrection de Varsovie.

Quand ils le feront, ils devraient connaître l'avenue de Jérusalem. En août 1944, l'avenue de Jérusalem était l'une des artères principales qui courait de l'est à l'ouest de cette ville, comme c'est encore le cas aujourd'hui. Le contrôle de cette route était crucial pour les deux camps lors de la bataille de Varsovie. L'armée allemande la voulait parce que c'était le chemin le plus direct pour déplacer ses troupes et former un front solide. Et pour l'armée des résistants polonais, cette rue était le moyen de passer du nord au sud, essentielle pour empêcher le centre de la ville et l'insurrection elle-même d'être divisée et de se décomposer.

Chaque nuit, les Polonais empilèrent des sacs de sable au milieu des tirs de mitraille - c'était un feu horrible - pour protéger un étroit passage à travers l'avenue de Jérusalem. Tous les jours, les forces ennemies les renversèrent encore et encore. Ensuite, les Polonais creusèrent une tranchée. Enfin, ils construisirent une barricade. Et les courageux combattants polonais commencèrent à traverser l'avenue de Jérusalem. Ce passage étroit, de quelques mètres de large, était le fragile cordon qui maintenait l'insurrection en vie.

Entre ses murs, un courant constant de citoyens et de combattants de la liberté se lançait dans un sprint périlleux, très périlleux. Ils traversèrent cette rue en surface, au travers et par-dessous, toujours pour défendre cette ville. "L'autre côté se trouvait à plusieurs mètres", se rappelait une jeune polonaise nommée Greta. La mortalité et la vie étaient si importantes pour elle. En fait, elle dit: "Le secteur mortellement dangereux de la rue était trempé de sang. C'était le sang des messagers, des agentes de liaison et des courriers."

Des tireurs d'élite nazis tiraient sur quiconque traversait. Quiconque traversait était abattu. Leurs soldats incendièrent tous les bâtiments de la rue, et ils utilisèrent les Polonais comme boucliers humains pour leurs chars dans leurs tentatives de capture de l'avenue de Jérusalem. L'ennemi ne cessa jamais son assaut sans relâche sur ce petit avant-poste de la civilisation. Et les Polonais ne cessèrent de se défendre.

Le passage de l'avenue de Jérusalem exigeait une protection, une réparation et des renforcements constants, mais la volonté de ses défenseurs ne vacilla jamais, même face à la mort. Et lors des derniers jours de l'insurrection, la traversée fragile tint bon. Elle ne fut jamais oubliée. Elle a été tenue par les Polonais.

La mémoire de ceux qui ont péri dans l'insurrection de Varsovie traverse les décennies, et peu sont plus claires que les souvenirs de ceux qui sont morts pour construire et défendre la traversée de l'avenue de Jérusalem. Ces héros nous rappellent que l'Occident a été sauvé avec le sang des patriotes ; que chaque génération doit se lancer et jouer son rôle dans sa défense - et que chaque carré de terre et chaque quartier de civilisation vaut la peine d'être défendu de votre vie.

Notre propre combat pour l'Occident ne commence pas sur le champ de bataille - il commence dans nos esprits, nos volontés et nos âmes. Aujourd'hui, les liens qui unissent notre civilisation ne sont pas moins vitaux, et ne demandent pas moins de défense, que ces arpents de terre sur lesquels reposait entièrement l'espoir de la Pologne. Notre liberté, notre civilisation et notre survie dépendent de ces liens d'histoire, de culture et de mémoire.

Et aujourd'hui comme toujours, la Pologne est dans notre cœur, et son peuple est dans cette lutte. Tout comme la Pologne ne pouvait pas être brisée, je déclare aujourd'hui que le monde entend que l'Occident ne sera jamais brisé. Nos valeurs prévaudront. Notre peuple va prospérer. Et notre civilisation triomphera.

Ensemble, combattons tous comme les Polonais - pour la famille, pour la liberté, pour le pays et pour Dieu.

Je vous remercie. Dieu vous bénisse. Dieu bénisse le peuple polonais. Dieu bénisse nos alliés. Et Dieu bénisse les États-Unis d'Amérique.

-- Président Donald J. Trump, Varsovie, le 6 juillet 2017