14 mai 2017

Attaque informatique mondiale: Merci la NSA!

Depuis vendredi, tous les services informatiques de la planète sont en alerte rouge. La faute à "WannaCry", un programme informatique qui infecte tous les ordinateurs mal protégés d'un réseau informatique. Mais pas seulement.

WannaCry est un ransomware, un rançongiciel selon le dernier néologisme à la mode. Le fonctionnement du programme est redoutable: il s'installe sur un ordinateur grâce à une faille de Windows et encrypte systématiquement les fichiers qu'il trouve. L'utilisateur ne peut plus lire ses propres données. Tout ce qu'il peut faire est de payer une rançon sous forme de Bitcoins (donc impossible à tracer) à une mystérieuse adresse pour espérer retirer le chiffrement...

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La sympathique page d'accueil de WannaCry
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Le mode de fonctionnement, particulièrement vicieux, repose sur le sentiment de panique de la victime. L'utilisateur n'a droit qu'à un temps limité de trois jours pour payer 300 dollars, après quoi la somme passe à 600, et au bout d'une semaine le logiciel annonce qu'il ne permet plus de déchiffrer les fichiers qu'il a encrypté.

Bien entendu, rien ne prouve que la libération surviendra en cas de paiement. Il faudrait le témoignage de victimes cédant au chantage, mais peu s'en vanteront.

Tous les ordinateurs ne sont pas touchés - seulement ceux qui n'ont pas appliqué le patch 4013389 de Microsoft, rendu public le 14 mars de cette année. Compte tenu de la quantité gigantesque de machines en circulation tournant sous différentes versions de Windows, il n'y avait aucun doute que certaines succomberaient.

Depuis vendredi donc, les médias se font l'écho des diverses entreprises et organisations affectées: Renault, le National Health Service britannique, le ministère de l'Intérieur russe, la Deutsche Bahn, FedEx, Vodafone... L'informatique étant omniprésente dans les entreprises, il s'en faut de peu pour que le virus ne se répande comme un feu de brousse. Le New York Times montre une carte de la progression géométrique du problème. Après l'offensive de vendredi, un nouveau flot d'infection est à prévoir lundi matin avec le retour au travail de millions de personnes rallumant leur ordinateur après le week-end.

Si le mode de fonctionnement de WannaCry est relativement classique, l'attaque frappe par son ampleur, elle-même permise par la faille de sécurité de Windows. L'affaire prend alors un tour plus politique. Citant la page Wikipédia de WannaCry - fréquemment mise à jour ces derniers temps - le visiteur aura un léger aperçu du pot-aux-roses:

[WannaCry] tire parti d’une faille de sécurité informatique utilisée par la NSA, « EternalBlue », dont l’existence a été révélée mi-avril 2017 par les groupes de hackers appelés The Shadow Brokers et Equation Group. EternalBlue exploite la vulnérabilité « MS17-010 » dans le protocole Server Message Block dans sa version 1. Microsoft avait publié une mise à jour pour corriger cette vulnérabilité un mois avant, le 14 mars 2017.


Il reste quelques points à connecter. Les méchants groupes de hackers ont pu révéler la faille de sécurité informatique EternalBlue utilisée par la NSA grâce à Wikileaks, révélant en mars de cette année l'archive Vault 7 témoignant du fonctionnement des services de renseignement américains pour espionner leurs concitoyens et le monde entier. Le sujet avait été évoqué ici.

Reprenons donc dans l'ordre chronologique:

  1. Une faiblesse apparemment assez ancienne dans une version de Microsoft Windows permet d'installer des programmes par une "porte dérobée".
  2. Repéré par les services de renseignement américains, le bug ne va surtout pas être annoncé à Microsoft, mais sera au contraire exploité à travers tout un panel d'outils comme EternalBlue pour installer des logiciels espions.
  3. Un individu, vraisemblablement un lanceur d'alerte interne à la NSA, contacte Wikileaks avec une manne d'informations volées quant aux méthodes, logiciels et même au code utilisé par la NSA. L'archive est révélée le 7 mars. On ne sait pas depuis combien de temps Wikileaks dispose de l'archive, certaines sources évoquent la date du 16 février, il est donc possible que des groupes en aient disposé plus tôt.
  4. Bien que relativement peu couverte par les médias, l'information est soigneusement disséquée par divers acteurs aux intérêts divergents: défenseurs de la vie privée, services secrets de divers pays, éditeurs de logiciels, et bien sûr hackers.
  5. Le 14 mars, soit une semaine plus tard, Microsoft publie un correctif permettant de fermer la porte dérobée. Reste à l'installer sur tous les ordinateurs du monde fonctionnant sous Windows...
  6. Le 12 mai, un groupe de hackers lance le logiciel WannaCry qui se duplique sur les réseaux informatiques en profitant de la faille sur les ordinateurs non mis à jour.

La NSA a donc un rôle clé dans la catastrophe que représente WannaCry. En décelant une faiblesse de Windows mais en cherchant à la cacher pour s'en servir, elle a laissé vulnérable des millions de serveurs de par le monde. Le cas n'est pas aussi grave que les portes dérobées délibérément réclamées par la CIA auprès des producteurs de smartphones, mais relève clairement du même état d'esprit: surtout ne pas chercher à rendre l'informatique mondiale plus sûre, mais à profiter des failles. Seulement, une porte dérobée peut laisser entrer n'importe qui, et il arrive toujours un moment où cela se produit...

Des millions de gens viennent de comprendre l'importance critique de disposer de systèmes informatiques protégés et fiables, et que cette priorité l'emporte même sur la lutte contre le terrorisme invoquée par les services de renseignement américains. L'expérience est douloureuse mais nécessaire ; que ceux qui rejettent la leçon installent directement WannaCry sur leur ordinateur, pour voir!

Un adage des débuts d'Internet affirmait avec humour: "L'erreur est humaine. Mais pour une vraie catastrophe, il faut un ordinateur." On sait désormais que pour une catastrophe de classe mondiale, il faut aussi des services secrets irresponsables. Peut-être que cette affaire amènera certains individus à écouter un peu plus les alertes lancées depuis des années par Edward Snowden.

12 mai 2017

James Comey limogé: quand tout le monde ment

Le licenciement ordonné par Donald Trump de James Comey, directeur du Federal Bureau of Investigation (FBI), donne lieu aux échafaudages politico-médiatiques les plus échevelés. Dans cet océan de fake news, difficile de faire la part des choses entre les mensonges éhontés, les vœux pieux et les simples manœuvres politiciennes. Le fait est que tout le monde ment, quoique des recoupements de témoignages permettent de retrouver la vérité des motivations des uns et des autres.

Comey.jpgÉvidemment, ce n'est pas ainsi que vous verrez l'information traitée dans les médias officiels, partie intégrante du théâtre d'ombre de l'opposition totale contre Donald Trump.

James Comey, entre atermoiements et casseroles

Ne l'oublions pas, l'individu le plus trouble du dossier est le principal intéressé. Selon sa page Wikipédia, James Comey, né le 14 décembre 1960 dans l'État de New York, a été le septième directeur du FBI du 4 septembre 2013 au 9 mai 2017.

Avocat issu du monde des grandes banques et d'une loyauté républicaine très ténue, il est nommé à son poste par Barack Obama. Le véritable scandale arrive au beau milieu de la dernière ligne droite des élections.

En 2016, quelques jours avant l'élection présidentielle américaine lors de laquelle Hillary Clinton est jugée favorite, il annonce la réouverture de l'enquête concernant les mails de la candidate démocrate puis annonce une semaine après qu'il n'y a finalement aucun élément nouveau. Cette annonce est considérée pour beaucoup comme l'une des causes de la défaite de la candidate.


Nous n'avons à ce jour, et n'aurons sans doute jamais, le fin mot de l'histoire quant à cette annonce surprenante et son revirement tout aussi soudain. Au milieu des nombreuses casseroles d'Hillary Clinton, l'affaire du serveur mail d'Hillary était la plus symbolique des dérives de la justice américaine. Sur ce seul dossier, n'importe qui coupable des mêmes actes qu'Hillary Clinton aurait été inculpé sans hésitation et croupirait probablement en prison depuis longtemps.

Dans ce contexte, la réouverture de l'enquête sonna comme le retour tardif, et trop bref, d'un fonctionnement normal de la justice. Mais pourquoi James Comey choisit-il de communiquer publiquement sur ce sujet au mépris des règles de l'agence? Était-ce un geste d'ouverture envers Trump? Peu vraisemblable au vu des sondages d'alors. Peut-être était-ce une revendication d'indépendance chargée de menace face à la future présidente démocrate? Scott Adams, le célèbre créateur de Dilbert, estima quant à lui que ce geste visait à laisser la décision finale de la culpabilité de Clinton entre les mains des électeurs américains. Nous en sommes toujours réduits à des hypothèses, mais à cette occasion, James Comey se créa de profondes inimitiés dans les deux camps.

Malheureusement, cet épisode ne resta pas au rang d'incident unique. Le FBI se fit remarquer après l'élection de Trump en tombant dans le narrative des "hackers russes" influant l'élection présidentielle. L'histoire, inventée de toute pièce par les Démocrates quelques heures après la défaite d'Hillary Clinton, tomba peu à peu en désuétude faute de vraisemblance et suite à des révélations de Wikileaks indiquant que les services secrets américains étaient capables de donner à l'aide du programme Marble l'apparence d'une provenance étrangère à leurs propres attaques.

Les hackers russes à peine enterrés, l'opposition au nouveau Président (Démocrates mais aussi Républicains anti-Trump) revint à la charge avec l'idée que les Russes auraient une lourde influence dans l'Administration naissante, arrachant péniblement la démission du Conseiller à la Sécurité Nationale Michael Flynn. Au cours de cette véritable cabale, menée notamment avec de faux documents grotesques, le Président finit par apprendre que lui et ses aides étaient en fait espionnés depuis des mois par l'Administration Obama...

Pour Donald Trump la coupe était pleine.

Donald Trump

Donald Trump exprima à de nombreuses reprises l'importance des services de renseignements dans son plan présidentiel - notamment pour lutter contre le terrorisme islamique. Cette vision se heurta rapidement aux utilisations partisanes de l'appareil d'État du renseignement pour des motifs politiques. Bien qu'initialement épargné par le Président, il devint de plus en plus clair à ses yeux que James Comey ne jouait pas dans son équipe.

Utilisant les ressources à sa disposition, James Comey tenta avec la plus grande persévérance de démontrer une collusion entre les membres de l'Administration Trump et les Russes - en dépit de preuves inexistantes et de celles de nombreux liens entre les Russes et des cadres haut placés de l'équipe démocrate, qui furent quant à elles complètement ignorées.

Cette différence de traitement, et le refus de Comey d'admettre la moindre implication dans l'espionnage de l'équipe Trump, mena le Président à l'exaspération. Citant Politico:

Le président Donald Trump envisageait l'éviction de son directeur du FBI depuis plus d'une semaine. Quand il la déclencha finalement mardi après-midi, il n'appela pas James Comey. Il envoya son ancien garde de sécurité privé pour remettre au siège du FBI une lettre de résiliation dans une simple chemise.

Il a été rendu furieux par l'enquête sur ses liens avec la Russie, déclarèrent deux conseillers, frustré par son incapacité à contrôler les rumeurs foisonnantes sur le sujet. Il demanda à plusieurs reprises à ses assistants pourquoi l'enquête sur la Russie ne disparaissait pas et exigea qu'ils parlent en son nom. Il s'emporta parfois devant la télévision lors de reportages sur le sujet, déclara un conseiller.

La colère de Trump s'est alimentée de l'enquête sur les liens russes - en particulier Comey affirmant devant le Sénat que le FBI avait surveillé sa campagne - et du directeur du FBI refusant de soutenir que le Président Barack Obama avait mis sur écoute ses téléphones de la Trump Tower.


Selon d'autres sources, Trump était également exaspéré du peu d'empressement du FBI à enquêter sur les nombreuses fuites de documents émanant de sa propre Administration et des services de renseignement eux-mêmes. Le Département de la Justice reprochait au directeur du FBI un comportement à la limite de l'insubordination. Une fois la décision prise de limoger Comey, encore fallait-il trouver le motif approprié. Qui veut tuer son chien l'accuse de la rage!

Lundi, Trump rencontra le Procureur Général Adjoint Rod J. Rosenstein et ils discutèrent des "performances professionnelles" de James Comey. À la demande de la Maison Blanche, Rosenstein mit par écrit un message au Président détaillant ses inquiétudes quant à la conduite du directeur du FBI. Ce message fut utilisé par Trump pour justifier sa décision (depuis, il s'en est distancié, avouant qu'il aurait licencié James Comey "de toute façon").

S'ensuivit une réunion dans le Bureau Ovale mardi, durant laquelle Trump déclara son intention d'évincer Comey. Le Procureur Général Sessions et le Procureur Général Adjoint Rosenstein établirent que la gestion de l'affaire des e-mails d'Hillary Clinton était peut-être le meilleur angle d'attaque. Donald Trump y adhéra d'autant plus facilement qu'à l'époque de la réouverture de l'enquête de nombreuses voix démocrates s'étaient élevées pour réclamer la démission du directeur du FBI.

En utilisant un argument employé par ses adversaires, Donald Trump crut qu'il pourrait obtenir l'assentiment de ces derniers. Grossière erreur. Pour les Démocrates, la haine contre Trump l'emporte sur toute autre considération. Comme l'avoua sans la moindre hésitation l'un d'eux sur les ondes:

"Je ne soutiens pas Trump pour avoir viré Comey... J'aurais soutenu Hillary Clinton pour avoir viré Comey."


Certains manient le deux-poids-deux-mesures avec brio!

La réalité, de la bouche du FBI, face aux fakes news et théories du complot

Depuis le licenciement de James Comey, un nombre impressionnant de défenseurs monte au créneau à son secours. Les médias salivent d'avance en décelant une répétition de l'histoire: la dernière fois où un Président limogea le directeur du Renseignement remonte à l'époque de Nixon et du Watergate. Quelle meilleure preuve de la duplicité de Donald Trump! Sa destitution est imminente! Hurlant avec les loups, les Démocrates invoquent un "procureur indépendant" pour relancer une enquête qui n'a jusqu'ici rien donné...

Donald Trump a-t-il interféré avec les enquêtes le concernant? S'est-il rendu coupable d'empiéter dans le bon fonctionnement de la justice, ou en tout cas d'une éventuelle instruction, ce qui accréditerait la thèse de sa culpabilité?

Malheureusement pour nos journalistes, le témoignage face au Sénat d'Andrew McCabe, directeur adjoint du FBI et remplaçant de James Comey en attendant la nomination de son successeur, fait état d'une réalité nettement moins excitante. Citons-le sur quelques points concrets des diverses théories lancées comme des faits dans les médias ces derniers jours:


Marco Rubio: "L'éviction de M. Comey a-t-elle d'une quelconque manière gêné, interrompu, stoppé ou eu le moindre impact négatif sur n'importe quel travail, n'importe quelle enquête ou n'importe quel projet en cours au FBI?"
McCabe: "Il n'y a eu jusqu'ici aucun effort pour gêner nos enquêtes."

Sénateur Lankford: "Avez-vous l'impression en moment que le FBI n'est pas en mesure de compléter l'enquête [sur les liens entre l'Administration Trump et la Russie] d'une façon équitable et diligente à cause de l'éviction de Jim Comey?"
McCabe: "Je pense et je suis persuadé que le FBI continuera à mener vigoureusement et complètement cette enquête à son terme."

Sénateur Lankford: "Avez-vous besoin que quelqu'un vous retire cette affaire et que quelqu'un d'autre s'en charge?"
McCabe: "Non, Monsieur."


Cela n'empêche pas les médias de persévérer dans le déni, les hypothèses les plus folles, et en général tout ce qui peut porter préjudice à l'Administration Trump.

07 mars 2017

Obamagate et Vault 7

Deux termes promettent de faire le buzz ces prochains jours - Obamagate et Vault 7 - et pourraient bien façonner le futur de la politique aux États-Unis.

Ces deux termes sont liés.

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L'Obamagate

Chaque mois voit surgir son -gate - un nouveau scandale baptisé selon le Watergate originel, l'affaire qui mena le président Richard Nixon à la démission pour avoir tenté de poser des micros pour espionner ses concurrents démocrates dans l'immeuble qui donna son nom au dossier. Depuis, tous les journalistes et les blogueurs sont sur les rangs dans l'espoir de révéler un complot du même ordre de magnitude.

Ils ont été dépassés par Donald Trump, qui a révélé le scandale lui-même samedi dans une série de tweets assassins [1, 2, 3, 4]:

  • Terrible ! je viens de découvrir qu’Obama a mis la Trump Tower sur écoute juste avant la victoire. Rien trouvé. C’est du Maccarthysme!
  • Est-ce normal, pour un président en exercice, de mettre sur écoute une course à la présidentielle avant une élection? Demande une première fois refusée par un tribunal. Une NOUVELLE BASSESSE!
  • Je parie qu’un bon avocat pourrait faire un beau procès avec le fait que le Président Obama a mis sur écoute mes lignes téléphoniques en octobre, juste avant l’élection!
  • À quelle bassesse le président Obama est descendu pour mettre mes téléphones sur écoute durant la période sacrée du processus électoral. C’est du Nixon/Watergate. Sale type (ou taré)!

Depuis, l'affaire est progressivement dévoilée. Barack Obama aurait tenté à trois reprises entre juin et octobre de mettre Trump sur écoute, mais aurait échoué à obtenir l'autorisation de la justice. Sa demande fut rejetée même par la Cour de Surveillance du Renseignement Étranger des États-Unis, la FISA, ce qui est extrêmement rare. Mais, mentant à la cour en cachant que la surveillance s'étendrait jusqu'à Trump, il obtint finalement gain de cause et put procéder à l'espionnage de la campagne républicaine et de son candidat.

Un président américain en exercice abusant de ses pouvoirs pour espionner un rival à la veille d'une élection? C'est très exactement un remake du Watergate, à ceci près que l'immeuble en question est la Trump Tower. Seul bémol, les rôles sont inversés. Nixon pouvait être descendu en flammes sans modération, il était républicain et espionnait des Démocrates. Déontologie journalistique oblige, pas question de réserver le même traitement à un président démocrate espionnant un Républicain!

Depuis, les médias se couvrent donc (une fois de plus...) de ridicule en refusant mordicus de suivre les accusations du président américain en exercice. On critique donc Trump en parlant "d'allégations sans preuves" - alors même que depuis des mois les médias critiquent Trump pour ses prétendus liens avec la Russie sur nulle autre base que des allégations sans preuves. On explique que M. Obama a nié ses accusations à travers son porte-parole - comme si des gens capables de telles vilenies allaient tout avouer benoîtement devant la première caméra de télévision venue. On fait venir sur les plateaux de télévisions des experts exprimant toute "l'invraisemblance" des accusations de Donald Trump - alors que les preuves abondent que Barack Obama a espionné dans un but politique de nombreux individus pendant son mandat, dont des journalistes américains.

En fait l'espionnage de ce qui se passait dans la campagne de Trump est tellement de notoriété publique que l'information fut diffusée... Sur la première page du très démocrate New York Times, le jour de l'inauguration du Président!

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La première page du New York Times du 20 janvier - maintenant et selon le même journal,
l'accusation d'espionnage est désormais une "pure invention".

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Vault 7

En attendant que des commissions d'enquête mettent au clair tous les détails de cette affaire, la dernière ligne de défense du Président Obama et de son ex-administration est de clamer qu'ils n'avaient pas le droit, et qu'ils se sont donc évidemment abstenus, d'espionner des citoyens américains.

Le mythe d'Américains protégés par leur Constitution et de services de renseignements uniquement tournés vers l'extérieur est tombé depuis longtemps, mais certains aveugles volontaires continuaient de le prétendre, en grande partie pour absoudre l'Administration Obama de ses nombreuses dérives. Aujourd'hui, un énorme paquet de documents classifiés révélés par Wikileaks montre qu'il n'en est rien, depuis plusieurs années. Sous le nom énigmatique de Vault 7, l'organisation pour la transparence montre, documents à l'appui, le degré de sophistication et l'étendue proprement délirante de l'espionnage domestique par les États-Unis.

Le fantasque ex-patron de MegaUpload, Kim Dotcom, très intéressé par les questions de vie privée, résume dans quelques tweets [1, 2, 3] certaines trouvailles révélées par ces milliers de documents:

  • La CIA dispose de techniques permettant de donner l'apparence que des cyber-attaques proviennent d'un pays ennemi. Cela tourne en PLAISANTERIE les allégations de la CIA d'un piratage de la Convention Démocrate par les Russes.
  • SCOOP: La CIA peut transformer les Smart TV, les iPhones, les consoles de jeu et de nombreux autres gadgets de grande consommation en systèmes d'écoute. #Vault7
  • Obama a accusé la Russie de cyber-attaques pendant que sa CIA transformait tous les appareils connectés en Russie en micro-espions. Wow!

Le code et les documents révélés aujourd'hui montrent que les services de renseignement américains sont capables d'écouter les conversations depuis à peu près n'importe quel appareil connecté doté d'un micro, qu'il s'agisse d'un ordinateur, d'un smartphone, voire d'une télévision connectée, et ce même s'ils sont en veille. Ils sont aussi capables d'obtenir les informations encryptées transmises par les applications "sécurisées" usuelles comme WhatsApp, Signal, Telegram, Wiebo, Confide ou Cloackman simplement en piratant le smartphone où ces applications sont installées avant que le chiffrement ne soit appliqué.

Les dernières illusions sur le secret des communications viennent de voler en éclats. Et ce sont ces gens qui auraient eu des scrupules à espionner M. Trump pour des motifs politiques?

Nul doute que les scandales ne font que commencer. À terme, il faudra à l'ancien président Obama peut-être plus qu'une simple dénégation pour sortir indemne de toutes les dérives qui ont eu lieu sous son égide.

25 juin 2015

Secrets de Polichinelle

"La France est espionnée!" s'indignent les pouvoirs publics. Après s'être gaussé de l'Allemagne et du portable piraté de Mme Merkel, c'est au tour de François Hollande de découvrir qu'il est sur écoute. Il aurait même décidé d'appeler Obama - sans réaliser l'absurdité de sa démarche, le président américain étant déjà au courant que les opérations étaient éventées...

espionnage,france,usaHilare, le Web s'est donc emparé du dossier pour le plus grand déplaisir d'une classe politique qui ne supporte pas qu'on lui rappelle sa banalité. C'est bien pourtant ce dont il s'agit car les secrets pêchés jusqu'ici sont bien médiocres:

Jacques Chirac a, en 2006, poussé son candidat pour le poste de sous-secrétaire général adjoint des Nations unies, mais aussi que, selon la NSA, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Philippe Douste-Blazy, avait une «propension […] à faire des déclarations inexactes ou inopportunes.»


Une tentative de pousser son influence dans une organisation internationale? Un ministre qui parle mal - et trop? Sacrées nouvelles. Quant au successeur de M. Chirac, on apprend que...

Nicolas Sarkozy se voyait, en 2008, comme «le seul homme capable de résoudre la crise financière»


Là encore, quel scoop! Face à une telle humilité, même le journaliste avoue que cela ne surprendra personne. Finissons ce triste tableau avec M. Hollande:

Le mémo le plus récent date du 22 mai 2012 (...) et fait état de «réunions secrètes» pour discuter d’une possible sortie de la Grèce de la zone euro, mais également des inquiétudes de Jean-Marc Ayrault quant aux réactions d’Angela Merkel si elle venait à avoir vent de la rencontre entre le nouveau président et l’opposition allemande.


Discuter de la sortie de la Grèce de la zone euro en 2012 n'avait rien d'absurde, au vu de la trajectoire que continue de prendre le pays depuis. Quant à une réunion avec les socialistes allemands pour préparer une éventuelle alternance du pouvoir à Berlin, là encore rien de stupéfiant.

Où sont les Puissants décidant en toute omnipotence du destin du monde et de ses peuples? Pas d'avant-garde du prolétariat qui tienne, ni de quoi que ce soit en vérité. On en apprend décidément davantage sur la politique française dans les pages de papier glacé de Closer ou entre deux mauvais jeux de mots du Canard Enchaîné.

Depuis les communistes russes qui inventèrent l'espionnage en temps de paix peu après la Première Guerre Mondiale, le succès des services de renseignement ne s'est jamais démenti. Tout le monde espionne tout le monde, ennemis comme alliés, dans la mesure de ses moyens financiers et techniques. Comme le dit en boutade François Heisbourg, président de l'International Institute for Strategic Studies, à l'antenne de la RTS, François Hollande aurait pu tout aussi mal prendre de ne pas avoir été jugé assez important pour être espionné...

Dans ce jeu hypocrite, la seule faute est de se faire prendre.

S'il y a bien une nouveauté, c'est la façon dont les services secrets (essentiellement américains, mais pas seulement) se font désormais attraper la main dans le sac dans des opérations d'espionnage pas du tout justifiables. Leurs errements finissent régulièrement dans les médias grâce à des contre-pouvoirs comme Wikileaks qui prouve encore une fois la terrible nécessité de leur existence. La volonté des pouvoirs publics de fermer les sites de ce genre est-elle vraiment mue par la recherche de l'intérêt général?

La démultiplication des moyens technologiques permet désormais une surveillance de masse ; mais ce que les États s'autorisent pour le simple quidam ne saurait s'appliquer pour les dirigeants, les élites, bref, ces gens tellement au-dessus du lot que la seule idée d'être traités de la même façon les indigne.

Par hasard, le jour même du scandale de l'espionnage des président français, le parlement approuvait quant à lui le vote final de la loi sur la surveillance de masse. On ne saurait trouver meilleure illustration de cette hypocrisie institutionnelle.

Comme le résume parfaitement un internaute:

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