18 janvier 2017

Face au Brexit, l'UE choisit la crise

Ce mardi Theresa May, Première Ministre du Royaume-Uni, livra un discours très attendu sur les objectifs de son pays dans sa future relation avec l'Union Européenne une fois qu'il n'en ferait plus partie. Les réactions européennes oscillèrent entre le ridicule et le consternant.

Dans un communiqué, le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier résuma la position des autorités européennes:

"Les négociations ne commenceront que lorsque la Grande-Bretagne aura officiellement fait part de son souhait de sortir" de l'UE. Celle-ci a en outre exclu de donner au Royaume-Uni un accès "à la carte" au marché commun, c'est-à-dire de permettre d'avoir en même temps la liberté de circulation des citoyens et un contrôle de l'immigration comme le souhaitent les partisans du Brexit.


Que de temps perdu! Six mois déjà depuis le vote britannique, sans que rien ne bouge. On imagine difficilement l'énergie qu'il faut déployer pour arracher un accord avec un ensemble aussi inaudible que l'UE, mais la perspective d'une sortie "élégante" de l'Union, où le Royaume-Uni et l'UE seraient partis sur de bonnes bases pré-négociées avant le déclenchement officiel du Brexit, semble complètement tombée à l'eau.

royaume-uni,europe,manoeuvres politiques,crise,diplomatie,theresa may,brexitLe discours de Mme May est donc un constat d'échec. Le Royaume-Uni ne parviendra pas à organiser une sortie ordonnée de l'Union Européenne. Mais Mme May n'est pas de l'espèce continentale: elle respecte la démocratie. Forte de son mandat populaire, elle déclenchera le Brexit coûte que coûte, contre les manœuvres de la magistrature anglaise et contre les euro-turbos du Parlement britannique. La sortie du pays de l'UE sera donc, selon le sabir journalistique du moment, un hard Brexit, un Brexit "dur" où Anglais et membres de l'UE se regarderont en chien de faïence, les sourcils froncés. Ils ne recommenceront à discuter qu'une fois le principe du divorce signé, flanqués de leurs avocats.

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que cette situation est entièrement le résultat de la posture de l'Union Européenne. Celle-ci fait depuis le mois de juin preuve d'une intransigeance extrême envers le Royaume-Uni. Exemple significatif, les représentants britanniques ne sont plus conviés aux réunions de l'UE, alors même que celui-ci fait toujours partie des institutions européennes. L'accès au Marché Unique est la pierre d'achoppement de ces négociations en forme de dialogue de sourds. Bruxelles exclut de l'accorder sans l'associer à la participation au budget européen et sans la libre-circulation des personnes telle qu'elle se pratique actuellement en Europe, c'est-à-dire une absence quasi totale de contrôle de l'immigration.

De toute évidence, les hordes dépenaillées des Anglais et des Gallois ne s'apprêtent pas à déferler sur l'Europe. L'inverse n'est malheureusement pas aussi vrai, et la question migratoire a apparemment joué un rôle de premier plan dans le vote du Brexit, bien avant les questions financières. Les sujets de Sa Majesté veulent contrôler qui rentre dans leur pays. Ils sont prêts à quitter l'UE pour y parvenir. Leur cohérence devrait faire réfléchir en Suisse.

royaume-uni,europe,manoeuvres politiques,crise,diplomatie,theresa may,brexitDepuis six mois donc on se tourne autour, on s'invective de plus en plus fort et on n'avance pas d'un millimètre. Les Européens affichent leur mépris face à ces Anglais qui ne veulent plus être membres du club, les Anglais se plongent la tête entre les mains de ces Européens qui sont prêts à dévaster leurs propres économies nationales dans une tactique de la terre brûlée pour punir autant qu'ils le peuvent ce peuple anglais qui vote mal.

Et c'est très exactement ce futur que décrit Theresa May dans son discours de cette semaine, mais ne comptez pas trop sur les médias du continent pour le relater de cette façon. Le Temps déclare que "Theresa May choisit une rupture complète avec l'Union Européenne", le Huffington Post parle de ses "menaces voilées"... Mais quelle meilleure façon de révéler la vérité que d'aller à la source? Citons donc quelques extraits de la transcription de son discours, que je vous invite à lire en entier:

[Je] suis convaincue que les objectifs que je vous expose aujourd'hui correspondent aux besoins de l'UE et de ses États membres. C'est pourquoi nos objectifs comprennent un projet d'accord de libre-échange entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne et excluent explicitement l'adhésion au Marché Unique de l'UE. Parce que lorsque les dirigeants de l'UE affirment estimer que les quatre libertés du Marché Unique sont indivisibles, nous respectons leur position. (...)

Mais je dois être claire. La Grande-Bretagne veut rester une bonne amie et une bonne voisine de l'Europe. Je sais pourtant que des voix réclament un accord punitif qui pénaliserait la Grande-Bretagne et découragerait d'autres pays de prendre le même chemin.

Ce serait un acte d'aliénation calamiteuse pour les pays d'Europe. Et ce ne serait pas la démarche d'un ami.

La Grande-Bretagne ne voudrait pas - et nous ne pourrions pas - accepter une telle approche. Et même si je suis convaincue que ce scénario ne se concrétisera pas, alors que je suis sûre qu'un accord positif peut être atteint, je suis tout aussi déterminée à dire qu'une absence d'accord avec la Grande-Bretagne est préférable à un mauvais accord pour la Grande-Bretagne.

Parce que [dans le cadre d'une absence d'accord avec l'UE] nous serions toujours en mesure de commercer avec l'Europe. Nous serions libres de conclure des accords commerciaux à travers le monde. Et nous aurions la liberté de fixer des taux d'imposition concurrentiels et d'adopter des politiques qui attireraient les meilleures entreprises du monde et les plus gros investisseurs vers la Grande-Bretagne. Et, si nous étions exclus de l'accès au Marché Unique, nous serions libres de changer la base du modèle économique britannique.

Mais pour l'UE, cela signifierait de nouveaux obstacles au commerce avec l'une des plus grandes économies du monde. Cela mettrait en péril les investissements d'une valeur de plus de [600 milliards d'euros] des entreprises de l'UE en Grande-Bretagne. Cela signifierait pour les entreprises européennes la perte de l'accès aux services financiers de la City de Londres. Cela mettrait en danger environ [330 milliards d'euros] d'exportations annuelles de l'UE vers la Grande-Bretagne. Et cela perturberait les chaînes d'approvisionnement sophistiquées et intégrées sur lesquelles se reposent de nombreuses entreprises européennes.

Des secteurs importants de l'économie de l'UE en souffriraient également. Nous sommes un marché d'exportation crucial, rentable, pour l'industrie automobile européenne, ainsi que des secteurs tels que l'énergie, l'alimentation et les boissons, les produits chimiques, les produits pharmaceutiques et l'agriculture. Ces secteurs emploient des millions de personnes dans toute l'Europe. Et je ne crois pas que les dirigeants de l'UE oseront dire aux exportateurs allemands, aux agriculteurs français, aux pêcheurs espagnols, aux jeunes chômeurs de la zone euro et à des millions d'autres qu'ils veulent les rendre plus pauvres juste pour punir la Grande-Bretagne et afficher une posture politique.


Ces extraits de son discours interviennent en dernier, juste avant sa conclusion. Il s'agit donc des points les plus importants. Face à l'intransigeance de l'UE, le Royaume-Uni se prépare tout simplement à une absence d'accord au terme des deux ans de négociations du Brexit. Elle avertit d'ores et déjà des conséquences.

L'histoire est-elle écrite? Les autorités de Bruxelles choisiront-elles de poignarder les économies de l'UE dans l'espoir d'emporter celle de la Grande-Bretagne avec elles? Malgré l'absurdité de la démarche, et dans une semaine où face au méchant Donald Trump toutes les élites de l'UE rappellent ironiquement leur attachement au libre-échange, pareil scénario n'a rien d'impossible. A l'inverse de Mme May, je le crois même extrêmement probable.

Si le marché commun était un objectif économique, l'Union Européenne bâtie par-dessus est un projet totalement politique. De nombreux exemples issus de la bureaucratie de Bruxelles montrent clairement que la prospérité économique est très secondaire face aux objectifs politiques des élites de l'Union. Pour ces raisons, je crois expressément que s'ils contreviennent à ses plans, l'UE n'a que faire des exportateurs allemands, des agriculteurs français, des pêcheurs espagnols, des jeunes chômeurs de la zone euro et de millions d'autres. Quels que soient leurs malheurs, aucun d'eux ne coupera l'appétit d'un bureaucrate à l'heure du déjeuner. Qu'ils soient ruinés, tous, s'ils font obstacle à la création du Super-État européen! La marche forcée vers l'Utopie n'a que faire des incroyants!

Selon moi, Theresa May, dans un éclair de lucidité prémonitoire, vient donc juste d'esquisser le paysage économique de l'UE dès 2019, lorsque le Brexit aura officiellement débouché sur une absence totale d'accord entre le Royaume-Uni et les pays de l'UE d'alors. Il n'est d'ailleurs pas exclu que les autorités de Bruxelles rajoutent par-dessus une louche de mesures vexatoires anti-britanniques, fussent-elles économiquement désastreuses pour le continent.

Les Anglais ont choisi de partir, ils doivent souffrir. Peu importe que l'UE en souffre aussi.

22 décembre 2010

Fausses notes

Vous êtes en quête d'une voiture d'occasion. Vous hésitez devant un modèle vanté par le vendeur. Celui-ci vous brandit un certificat de qualité pour le véhicule, mais en faisant le tour vous apercevez une large tache d'huile sous le bloc moteur... L'achèteriez-vous?

Ce décalage entre la qualité estimée par un tiers, ici l'émetteur du certificat, et la qualité effectivement perçue par le client se retrouve à tous les niveaux, y compris lorsque des organismes financiers cherchent à placer leur capital en souscrivant à des obligations d'Etat.

rust.jpgAlors, que fait-on en cas d'incertitude? On s'assure. On s'assure contre le risque. Dans le cas d'une voiture, on négociera une garantie auprès du garagiste-vendeur; dans le cas de la souscription à un emprunt d'Etat, on achètera des Credit Default Swaps (CDS).

Derrière leur nom barbare, les CDS ne sont que des certificats d'assurance comme les autres. Ces produits financiers permettent de se prémunir contre un défaut de paiement de celui qui a émis une dette. Ils n'existent pas que pour les Etats, d'ailleurs, certaines variétés couvrent les emprunts des grandes entreprises. La comparaison entre le prix des uns et des autres est révélatrice, et j'invite le lecteur curieux à lire ce billet instructif sur une spéculation qui ne dit pas son nom.

Mais revenons à notre sujet: les CDS sont une assurance contre la faillite.

Si le risque est élevé, le CDS est cher, forcément. C'est comme pour les assurances automobiles, ceux qui plient une voiture par an doivent payer plus de primes que les bons conducteurs.

Or, nous savons tous que le "risque" d'un pays est aussi représenté à travers la note que celui-ci obtient des agences financières. AAA, AA1, perspective négative, dégradation de la note, toutes ces notions font désormais partie du vocabulaire courant, crise oblige. Les pays jugés très fiables comme la France et l'Allemagne, nous dit-on, méritent un triple A, la meilleure note. Les mauvais payeurs obtiennent des notes inférieures, pour rester poli, jusqu'aux eaux troubles où les perspectives de retrouver sa mise sont si faibles qu'il vaut mieux tenter sa chance au casino.

On serait donc en droit de voir une sorte de corrélation entre la note attribuée à un pays par une agence de notation, et le prix de ses CDS sur le marché, c'est-à-dire le tarif des assurances destinées à se protéger contre un défaut. Bonne note = pas risqué = CDS pas cher. Et réciproquement, Mauvaise note = risqué = CDS coûteux.

Eh bien, pas du tout.

Beaucoup de pays de la zone euro ont des notes excellentes et des CDS paradoxalement très chers.

La note dit "pas risqué" et le CDS hurle "attention, risque maximum, méfie-toi!" Tout cela est très étrange.

Une seule explication: l'un des deux se trompe. Est-ce la note, ou le CDS?

Levons un secret de Polichinelle: c'est évidemment la note. Pour une raison très simple - celui qui note ne prend pas de risque personnel. Il note, rien de plus. S'il s'est fourvoyé, eh bien, ça arrive, l'erreur est humaine. Il en sera quitte pour une réputation un peu étrillée mais c'est à peu près tout. A l'opposé, celui qui souscrit des CDS le fait pour couvrir un emprunt; il a confié son argent et cherche à le protéger. S'il se trompe, il met en jeu la rentabilité de son prêt et ses économies. Il fait donc nettement plus attention.

Savoir que les notes sont surévaluées, c'est déjà bien, et beaucoup s'en doutaient déjà. Mais un article de Businessweek (Merci à Astynoos) nous donne une information autrement plus précise: à quel point sont-elles fausses?

Pour le savoir, des experts se sont contentés d'établir une corrélation entre le prix des CDS et les notes. Là où les pays, mêmes pauvres, ne sont pas dans la tourmente politique (et où les agences de notation ne sont pas désignées comme bouc-émissaire par des élites irresponsables) il existe une corrélation nette entre le prix de l'assurance et la note. Rien de tel pour la zone Euro, où on voit que les pressions des gouvernements sur les agences de notation portent décidement leurs fruits. Mais, en utilisant les CDS, il reste possible de mesurer le décalage entre note officielle et note réelle. Le résultat est décoiffant.

Les CDS associés aux obligations françaises impliquent une note de Baa1, sept rangs en dessous de la note Aaa actuellement accordée par Moody's, selon le groupe de recherche sur le marché des capitaux de la firme basée à New York.

Les contrats sur le Portugal impliquent une note B2, dix rangs en dessous de sa note A1, alors que les swaps associés aux obligations espagnoles valent un Ba3, onze rangs en dessous de sa note Aa1 actuelle, montrent les données du groupe de recherche sur Moody's. Les produits dérivés protégeant la dette belge impliquent un rating de Ba1, neuf rangs en dessous de son Aa1 actuel.

 

Il faut décidément être bien naïf pour croire aux bonnes notes attribuées par les agences. Et en fait, comme en témoigne le marché des CDS, les investisseurs n'y croient pas!

J'en arrive presque à me demander si l'illusion des notes ne serait pas maintenue juste à l'intention du grand public. Ce n'est pas impossible, vu la propension des autorités à multiplier les déclarations pontifiantes. Mais comme quelques graphiques valent mieux que de longs discours, voyons à quel point l'Euroland est sorti des turbulences, avec le taux d'intérêt des emprunts d'Etat à dix ans pour...

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...L'Irlande...

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...L'Espagne...

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...Le Portugal.

Tout cela est radieux, n'est-ce pas? Et on s'étonne d'une crise de confiance enver l'Euro!

L'hiver va être rude, pas seulement à cause de la neige.

25 novembre 2010

Coups de Semonce sur l'Euro

Le rythme des mauvaises nouvelles en provenance de la zone Euro s'accélère. On n'en est plus à dénigrer des Grecs dépensiers ou des Irlandais essayant tant bien que mal de sauver leur secteur bancaire sans convaincre, car ils ne sont plus seuls:

De leur côté, les autres pays fragiles de la zone euro étaient également en difficultés, gagnés par la contagion, avec notamment le Portugal et l’Espagne qui inquiètent le plus. Les taux espagnols à 10 ans s’inscrivaient à 5,190% contre 5,064% mercredi soir, après avoir dépassé la veille les 5% pour la première fois depuis 2002. Quant aux taux portugais, ils évoluaient également au plus haut à 7,020% contre 7,016% la veille.

 

europe-flags_1480541c.jpgL'inquiétude ne porte pas que sur le long terme; le taux des emprunts espagnols à court terme augmente d'un coup. De même, l'incendie ne se limite pas non plus à la périphérie de l'Euroland et aux vilains PIIGS. Le coeur de la zone est touché, c'est-à-dire l'Allemagne et la France. Ainsi, la France doit trouver des solutions improvisées pour payer ses fonctionnaires pour ce mois de décembre:

On pensait que cela ne pouvait arriver que dans les pays les plus en difficultés de l'Union européenne [comme si la France n'en faisait pas partie!]. Mais c'est bien l'Etat français qui rencontrerait des difficultés à payer ses fonctionnaires en décembre. La commission des Finances du Sénat s'inquiète dans un communiqué de ce que Bercy cherche 930 millions d'euros pour régler ses factures de personnel à la fin de l'année. Huit ministères sont concernés, dont l'Éducation nationale, la Défense et le Budget.

 

Huit ministères ça semble beaucoup, mais la France est richement dotée en ministères. L'explication avancée fait sourire: le Sénat dénonce des "surcoûts associés à des mesures catégorielles dont la multiplicité conduit à douter de la consistance réelle des efforts de maîtrise de la masse salariale de l’État". Que de termes polis pour dénoncer une abondance de primes de fin d'années s'accommodant bien mal à la rigueur ambiante! Mais ce ne sont que des péripéties; d'ailleurs, dès qu'on manque d'argent on en trouve:

Pas d'inquiétude, les salariés de l'Etat seront payés. L'Etat va ouvrir «en urgence» des «autorisations d'engagement» à hauteur de 1,39 milliard d'euros et des crédits de paiement pour 1,14 milliard, expliquent les sénateurs dans un communiqué, «dont 930 millions d'euros seront destinés à couvrir des dépenses de personnel». Ces dépenses seront compensées par des annulations de crédits dans d'autres postes du Budget et n'aggravent donc pas le déficit, précise la commission des Finances du Sénat.

 

Tout va hyper bien, donc. C'est à se demander comment on arrive à dégotter un ou deux milliards d'euros sans toucher à rien, mais je digresse... Pas très loin, de l'autre côté du Rhin, l'Allemagne est elle aussi à la peine:

Dans le contexte actuellement très troublé pour les marchés de dettes européens, même Berlin éprouve des difficultés à se refinancer. Le Trésor allemand avait prévu mercredi d'emprunter 6 milliards à dix ans. Mais les Bunds, pourtant considérés comme les emprunts les plus solides de la zone euro, n'ont pas réussi à séduire: la demande s'est élevée à 5,67 milliards d'euros, et 4,76 milliards ont été alloués. C'est la quatrième fois cette année, sur 69 émissions menées jusqu'à maintenant, que les demandes ressortent inférieures à l'offre, a expliqué à l'AFP Jörg Müller, porte-parole de l'Agence financière, qui gère la dette allemande.

 

Même si une souscription n'est pas pleinement remplie (ce qui constitue un très mauvais signe par les temps qui courent) il suffit de jouer sur la trésorerie et de souscrire un peu plus la prochaine fois pour espérer retomber sur ses pieds.

Pas de panique à Berlin non plus donc. Il est encore trop tôt.

En réalité, la zone euro est aux prémisses d'une crise qui la fera éclater. L'Euro a permis aux Etats les plus lourdement endettés de l'Euroland de vivre en déficit à bon compte pendant une période beaucoup trop longue, en étant les passagers clandestins d'une monnaie unique dont la seule force tenait à la signature allemande. Alors que leur endettement augmentait démesurément, les taux baissaient en parallèle et la dette restait "indolore". Ce n'est plus le cas aujourd'hui, parce que les taux peuvent difficilement descendre plus bas, que la crise a encore plus creusé les déficits et que les prêteurs se méfient.

Pour d'autres pays dont la dette n'est pas le premier souci, comme l'Espagne, l'Euro a été désastreux par son taux d'intérêt inadapté à l'économie locale. Trop bas, il a rendu trop aisé l'accès à l'emprunt, poussant l'économie dans des investissements non rentables mais donnant l'illusion de l'être - la bulle immobilière en étant l'illustration la plus aboutie.

Pour l'Allemagne et sa croissance atone, engluée dans des politiques socio-démocrates, le taux d'intérêt de la BCE était au contraire trop élevé, poussant l'économie à chercher de la rentabilité à l'extérieur du pays à travers l'exportation.

"Tous ne mouraient pas mais tous étaient frappés" écrivait Jean de la Fontaine dans la fable des Animaux malades de la peste, une situation brillamment démontrée dans L'Etat est mort, Vive l'Etat, le livre de Charles Gave.

dominos-falling.jpgAujourd'hui, les métaphores à base dominos ont le vent en poupe. L'Euroland s'effondre par la périphérie. Le parallèle a ses limites, chaque pays de l'Euroland s'effondrant pour des raisons qui lui sont propres. Si l'Irlande tombe, ce n'est pas la faute de la Grèce. Si le Portugal tombe, ce n'est pas la faute de l'Irlande, à l'inverse de ce que sous-entendent certains analystes. Chaque Etat de l'Euroland ne doit pas chercher à l'extérieur les raisons de ce qui lui arrive. S'ils tombent les uns après les autres, c'est simplement à cause d'une crise de confiance généralisée où les créanciers potentiels commencent - enfin! - à examiner de plus près les bons d'Etat qu'on leur propose. Les causes varient localement mais les symptômes sont les mêmes au bout du compte, une hausse insoutenable des taux d'intérêts réels.

D'ici peu, lorsque les montants réunis pour le fonds européen de stabilité financière seront épuisés, chacun verra que les investisseurs ont cessé pour de bon d'acheter des dettes européennes à des prix praticables. Les cris de triple A des agences de notation - "allez-y, c'est sans danger!" - n'y changeront rien. C'est à ce moment-là que les choses sérieuses commenceront.

Qui paie ses dettes s'enrichit, dit le proverbe. Or, pour payer ses dettes, il faut commencer par dégager un excédent de trésorerie, c'est à dire un bénéfice, peu importe qu'il soit libellé en pourcentage du PIB ou pas. Tant que vous ne verrez pas un pays dégager des excédents budgétaires lui permettant de réduire sa dette nette, sachez-le, quoi qu'en disent les politiciens prêt à tous les mensonges pour finir leur mandat dans le calme, l'Europe ne sera pas sortie de la crise.

06 octobre 2010

En guerre contre la réalité

Les nouvelles se suivent et se ressemblent. En vrac:

- Aujourd'hui, l'agence de notation Fitch a dégradé la note de dette à long terme de l'Irlande, à A+ contre AA-, assortissant sa décision d'une "perspective négative"; le coût du sauvetage des banques irlandaises s'avère plus élevé que prévu et le déficit budgétaire du pays est désormais estimé à environ 32% du PIB pour cette année. Oui, vous avez bien lu.

560453p_deficit.jpg- Les déficits et la dette grecques vont être "nettement" revus à la hausse; il est vrai que le déficit grec pour 2009 chiffré à seulement 13,6% du PIB, ça semblait trop beau...

- Le Portugal annonce en urgence des mesures d'austérité: TVA à 23%, baisse du salaire des fonctionnaires... Tout cela parce que la dette portugaise à 10 ans a atteint le 29 septembre un niveau proche de celui touché en mars par son homologue grecque, avec les conséquences que l'on sait.

- L'Espagne quant à elle a perdu son dernier AAA (celui de Moody's) le 30 septembre. Le chômage y atteint un modeste 20% et la saison touristique touche à sa fin. L'hiver sera rude.

- Le FMI, décidément prêt à enfoncer toutes les portes ouvertes, avertit les derniers optimistes que la crise n'est pas finie.

Le temps est à l'orage.

Il n'est pas de pire aveugle que celui qui ne veut point voir, dit-on. Maxime pleine de sagesse que devraient se rappeler les adeptes de la bourse, les éditorialistes et les politiciens chantant que la crise est derrière nous, sur la mélodie de Tout Va Très Bien, Madame La Marquise.

Dans cette vaste population faisant fi de la réalité, l'élite française fait figure d'espèce dominante. La classe politique hexagonale est en quelque sorte l'aristocratie du déni; dans son costume de velours moisi, elle agite ses manches en dentelle élimée en égrènant ses vieilles rengaines, si creuses mais pourtant si mélodieuses aux oreilles des courtisans...

A gauche, nous avons les cohortes écolo-progresso-révolutionnaires, toutes plus unitaires et plurielles les unes que les autres. Une seule cible, un seul horizon, un seul programme - l'anti-Sarkozysme primaire, aveugle et vociférant. Quand même Claude Imbert les trouve ridicules, on devine qu'un palier de médiocrité a été atteint. Citant l'éditorialiste du Point:

En tête du défilé [contre l'augmentation de l'âge de la retraite], Martine Aubry, Cécile Duflot, Marie-George Buffet affichaient, coude à coude, le cliché d'une gauche impossible où socialistes, Verts et communistes réchaufferaient le ragoût de feu le Programme commun. Une chimère, évidemment ! Bonne encore pour caresser la conquête du pouvoir. Bonne, ces temps-ci, devant les pas de clerc et foucades de la droite, pour exploiter la sarkophobie ambiante. Et après, pour quoi faire ? Enterrer la réforme des retraites ? Allons donc... Tandis que tendre son rouge tablier pour y cueillir la colère populaire, pardi, pourquoi pas ? Au pouvoir, s'il échoit, on avisera...

Qui peut croire que le socialisme français, seul en Europe, pourrait défier la sanction arithmétique d'un régime condamné (...) Le spectre d'une faillite nationale dissuaderait quiconque voudrait emplir à nouveau le panier percé de l'Etat-mamma.

 

Ce qui ne les empêche pas d'essayer. Tous ensemble, on a le droit croire en un autre avenir, pas vrai? Après tout, l'espérance a le droit d'être vaste, surtout si elle est irrationnelle! Mais la réalité ne saurait s'habiller éternellement de slogans stériles, hélas, faute de quoi la France serait le pays le plus prospère du monde...

Rappelons que la gauche se bat contre une réforme du régime des retraites par répartition, réforme elle-même largement insuffisante dans son ampleur, et dont le but n'est pas de pérenniser un système voué à la faillite (comme n'importe quel schéma pyramidal) mais simplement de donner assez l'impression d'une réforme pour éloigner la perspective d'une remise en question du AAA français, les agences de notation ayant à plusieurs reprises menacé la France d'abaisser sa note si rien n'était entrepris. On comprend dès lors la combativité du gouvernement - l'esprit guerrier tardif des gens au pied du mur. Il faut tenir, coûte que coûte, jusqu'à la fin du mandat présidentiel.

Malheureusement, l'UMP mérite largement son qualificatif de socialistes de droite. Si l'absence de réalisme, la vacuité du discours et les imprécations sont l'apanage d'une opposition dénuée de toutes responsabilités décisionnelles, on aurait espéré un ton différent de la part du gouvernement. Peine perdue:

 

Le projet de budget 2011 présenté mercredi prévoit ainsi une baisse du déficit public à 6,0% du PIB fin 2011, après 7,7% fin 2010, un effort "historique", selon le gouvernement, mais qui risque de devoir être accentué, disent les économistes. [Tu parles Charles!]

Cette réduction du déficit en 2011 viendrait d'une hausse des recettes liée à une accélération de la croissance économique à 2,0%, d'une maîtrise accrue des dépenses et d'une réduction de quelque 10 milliards d'euros des niches fiscales.

"C'est un budget historique. Nous tournons le dos à des années d'augmentation du budget de l'Etat", a dit le ministre du Budget, François Baroin, à des journalistes.

"6,0% en 2011 est un objectif intangible", a-t-il ajouté. "Franchir une telle marche n'a jamais été vu depuis 50 ans", a-t-il dit, à propos de l'ampleur de la réduction du déficit prévue l'an prochain.

La dette publique atteindra 86,2% fin 2011, après 82,9% fin 2010. Le déficit de l'Etat sera de 92 milliards d'euros en 2011.

Le déficit public, qui comprend les comptes de l'Etat, les comptes sociaux et ceux des collectivités locales, sera ensuite réduit à 4,6% fin 2012, 3,0% fin 2013 et 2,0% fin 2014, selon la loi de programmation des finances publiques présentée en même temps que le budget mercredi en conseil des ministres.

La dette atteindra 87,4% fin 2012 avant de baisser à 86,8% fin 2013 et 85,3% fin 2014.

 

Domination totale, la France et son équipe de choc vont au charbon, avec en tête le Président qui, rappelez-vous, annonçait: "La croissance, j'irai la chercher avec les dents". Accélération, Maîtrise, Réduction, tout à la fois.

Sérieusement, qui peut croire en pareils bobards? Il faut un réel talent pour annoncer un tel tombereau de fadaises à des journalistes sans se départir de son sérieux. On reconnaît le professionnalisme d'un Ministre du Budget. Mis à part les "10 milliards d'euros de réduction des niches fiscales", c'est-à-dire des augmentations d'impôt (dont l'Etat se rendra assez vite qu'elles procurent des rentrées décevantes) les autres éléments sont totalement hors de portée de l'Etat. Réduire les dépenses? Depuis quand un gouvernement y est parvenu? La croissance? L'Etat n'est pas fichu de la prévoir trois mois à l'avance. Tabler sur 2% est très optimiste - ce taux n'a été atteint qu'une fois, en 2004, sur les dix dernières années. Mais non, là nos brillants ministres annoncent une croissance record plusieurs années de suite... C'est du grand n'importe quoi!

Personne n'est dupe, bien sûr, mais cela n'empêche pas Mme Lagarde de claironner depuis mi-septembre une réduction du déficit public de 40 milliards avec un mélange d'astuces comptables, de méthode coué et de mensonges.

Certains socialistes, plus réalistes peut-être, ont trouvé la panacée: faire payer les expatriés (il faut le lire pour le croire!)

La France est aux abois, l'Euro part à veau-l'eau.

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La France (et d'autres pays d'Europe plongés dans le déni à divers degrés) ne réalisent sans doute pas que des plans pour 2013, 2014 n'ont aucun sens. A mon avis, la crise aura balayé l'Europe bien avant. Je doute fort, par exemple, que les finances publiques françaises tiennent jusqu'aux prochaines élections présidentielles. En fait, je ne suis même pas sûr que la France tienne jusqu'à Noël prochain.

Cela affectera la Suisse aussi, bien entendu. La question des finances publiques risque fort de s'imposer de manière inattendue dans les campagnes politiques en cours.

Je n'adhère pas aux discours millénaristes sur la fin du monde; c'est une crise et nous y survivrons. Mais les Américains de 1929, les Argentins de 1990 ou les habitants du Sud-Est asiatique en 1997 se rappelleront que ce n'était pas un moment agréable à passer.

En attendant, achetez de l'or. Si vous pensez que les records viennent d'être battus, vous n'avez encore rien vu.

29 juillet 2010

Islande, le doute s'installe

Gentiment, les Islandais perdent leur enthousiasme envers une adhésion à l'Union Européenne, au point que leur hostilité commence à inquiéter Bruxelles.

Rappelons le contexte: l'Islande se bâtit une prospérité de papier à base de spéculation bancaire hasardeuse. La finance devient le premier secteur économique du pays, mais s'effondre en 2008, frappé de plein fouet lors de la crise des subprimes. Déboussolés, les Islandais cèdent aux sirènes socialistes. Ils élisent un gouvernement de gauche qui s'empresse, dans la foulée de sa victoire électorale, de poser une demande d'adhésion à l'Union Européenne. La crise est une occasion trop belle pour être gâchée!

943823_reykjavik.jpgMais voilà, bien que les choses aillent vite, elles ne vont pas assez vite. Lentement mais sûrement, les Islandais se remettent de leur gueule de bois et commencent petit à petit à réfléchir à ce qu'implique une adhésion à l'UE.

Il y a les quotas de pêche, par exemple, ces limitations pas-du-tout-arbitraires sur lesquelles devisent gaiement les pêcheurs Espagnols ou Français en envoyant leurs navires à la casse. A y penser, c'est étonnant d'ailleurs: comment l'Islande a-t-elle encore du poisson sans quota édicté par Bruxelles? Mais quoi qu'il en soit, les banquiers reconvertis dans la pêche ont du mouron à se faire. Il faudrait partager les zones de pêche à la morue avec d'autres joyeux drilles européen. Quant à la traditionnelle pêche à la baleine, elle serait interdite.

Eh oui, l'Europe n'est pas faite que de beaux drapeaux flottant au vent et de photos de famille de Conseils des Ministres. Il y a aussi deux-trois restrictions, en passant.

Mais l'Europe n'est pas qu'une grande famille, c'est aussi une belle famille, avec l'ambiance en rapport. Prenez Icesave, par exemple. Voilà un bel exemple de relations publiques comme l'Europe sait si bien les gérer... En 2008, les trois principales banques islandaises sont quasiment en faillites; elles se retrouvent nationalisées à la hâte pour éviter leur effondrement. Icesave est la filiale de Landsbanki, avec pour clients des investisseurs attirés par des placements à hauts rendements... Et à hauts risques. Comme l'explique Objectif Liberté:

Le gouvernement Islandais a annoncé qu'il ferait jouer, pour ses citoyens, la garantie législative d'état sur les comptes bancaires, au mieux de ses possibilités, mais qu'il était hors de question pour lui de prendre en charge les pertes sur investissements via les filiales étrangères de ces banques, pertes privées qui n'avaient pas à être supportées par le contribuable Islandais.

 

Mais les dirigeants anglais et néerlandais ne l'entendent pas de cette oreille. Ils ont un excellent moyen de pression sur l'Islande à travers le FMI et exigent que l'Islande paye aussi pour les clients anglais et hollandais de Icesave, au lieu de faire jouer les garanties habituellement offertes par leurs Etats respectifs. Le contribuable islandais se retrouve donc à devoir rembourser les pertes des clients anglais et hollandais, au lieu de l'Angleterre et des Pays-Bas! Vae Victis, comme on dit... Avait-ils seulement pensé aux conséquences géopolitiques de leur avidité? Ce n'est pas certain. Mais il est clair qu'en rejetant l'accord de dupes par 93% des voix, les Islandais ont aussi sérieusement affiné leur connaissance du fonctionnement de l'Europe.

Les dirigeants européens avaient exercé une pression énorme sur le parlement islandais. Ils avaient peut-être perdu de vue que le peuple aurait son mot à dire, et que l'adhésion à l'Union passerait aussi devant lui.

Grand seigneur, le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Pierre Lellouche présente l'UE comme un club select: "Il faut avoir envie d'entrer en Europe (...) On ne va forcer personne et ce n'est pas à l'Union européenne de convaincre le peuple islandais." Bizarre comme seuls des pays plus pauvres que la moyenne de l'UE ont envie d'y rentrer...

Le désespoir est un bien mauvais conseiller. En proie aux affres d'une crise économique majeure, les Islandais étaient prêts à croire aux beaux mensonges de solidarité européenne vendus par les socialistes. Il est bien temps de se remettre à penser normalement. Quitte à avoir des doutes sur leur adhésion, ils feraient mieux de les éprouver avant. Une fois avalé par le Moloch, comme bien d'autres peuples ont pu s'en rendre compte avant eux, plus question d'avoir le moindre doute sur quoi que ce soit.

Ni d'être consulté, d'ailleurs.

29 juin 2010

L'immigrant futé

Ca y est, l'Allemagne fait un pas vers l'immigration "choisie" - c'est-à-dire, choisie par les pouvoirs publics.

Dans les colonnes du Bild, Peter Trapp, membre de la CDU, livre un nouveau diagnostic sur l'immigration. "Nous devons poser des critères qui servent vraiment à notre Etat. Outre une bonne formation et une qualification professionnelles, l'intelligence doit entrer en considération. Je suis pour des tests d'intelligence", explique-t-il.

Il n'est pas le seul à penser ainsi. Le porte-parole pour les Affaires intérieures de la branche berlinoise de la CDU annonce la "fin d'un tabou" sur le sujet, alors que Markus Ferber, un responsable de la CSU (l'aile bavaroise de la CDU) met en principe l'idée d'une politique d'immigration harmonisée à l'échelle européenne fonctionnant différemment: "Les raisons humanitaires comme le regroupement familial ne peuvent être à la longue le seul critère d'immigration." Il avance l'exemple du Canada, qui "exige des enfants d'immigrés un quotient intellectuel plus élevé que celui des enfants locaux."

D'autres politicien, membres du gouvernement d'Angela Merkel, ont contredit ces affirmations en expliquant, non sans ironie, qu'elles n'étaient pas très intelligentes.

Il n'empêche: le débat est désormais ouvert en Allemagne.

J'attends avec impatience la767678KJ_examen.jpg moindre étude scientifique tentant de corréler l'intelligence avec quoi que ce soit d'autre - l'intégration dans la vie sociale allemande, par exemple. Bien sûr, il n'y a strictement rien; ce n'est qu'un signe de plus de la propension des politicien de pondre des théories ex nihilo.

Je m'étonne pour ma part du sens de leurs priorités. Quitte à choisir, préféreriez-vous des immigrés honnêtes, des immigrés travailleurs, ou des immigrés intelligents?

L'honnêteté se mesure (hélas!) assez facilement, et n'a rien à voir avec l'intelligence. Je pense au contraire qu'il faut une certaine jugeote pour monter un gang ou se lancer dans le lucratif commerce de drogue... Quant à la capacité de travail, elle relève de l'employeur et non de l'Etat allemand: à la société civile d'employer le plus efficacement la main d'oeuvre à sa disposition, quitte à chercher ponctuellement des ressources supplémentaires à l'étranger quand la perle rare fait défaut. Toujours pas d'intelligence là-dedans.

En réalité, la discussion porte moins sur les immigrés proprement dits que sur les conditions à remplir pour le regroupement familial, c'est-à-dire faire l'arrivée au pays de toute leur famille. Les critères d'emploi ne s'appliquent pas. On imagine le souci des politicien allemands de limiter le poids de ces nouveaux venus sur des systèmes de redistribution à l'agonie... Et voilà comment on en arrive à établir des critères de discrimination totalement arbitraires sur le QI, en attendant la blancheur des dents ou la circonférence de la boîte crânienne.

L'Allemagne impose déjà des tests de langue aux candidats à la nationalité allemande, ainsi que des tests destinés à prouver leurs connaissances de l'ordre social et juridique allemand. Et avant cela, ils doivent participer à des cours d'instruction civique... Mais ce n'est pas encore assez sélectif.

Pas question de demander à l'immigré d'être capable, par son travail, de pourvoir seul aux besoins de sa famille et de s'arrêter là. C'eût été trop simple.

J'ai du mal à imaginer les conséquences à long terme d'une telle politique. Aujourd'hui l'idée fait sourire, mais après? Dans quelques années, quel sera l'effet d'un test de QI obligatoire pour les candidats au passeport allemand? Faire dire que les Allemands naturalisés sont moins bêtes que les Allemands de naissance? Ou amener les immigrés moins futés à tenter leur chance dans des pays européens moins regardants?

Quelle que soit la façon dont on prenne la nouvelle piste de la politique d'immigration en Allemagne, elle ne présage rien de bon.