07 décembre 2015

Le Front National dynamite le bipartisme

La campagne des régionales fut bouleversée et temporairement remise au second plan après les attentats de Paris, que d'aucuns invoqueront pour justifier ce qui s'est passé ce dimanche. L'explication est plausible mais très incomplète: le triomphe du Front National était annoncé par tous les sondages, depuis longtemps. En faisant part de son étonnement la classe politico-médiatique n'affiche rien d'autre que son incompétence: la percée du FN était prévue, attendue, et, que croyez-vous, elle est survenue!

La dernière ligne droite avant le scrutin vit également deux journaux, la Voix du Nord et Le Monde, prendre officiellement position contre le Front National. Certains s'offusqueront de ce manque assumé de déontologie journalistique. Dénué depuis longtemps de toute illusion à ce sujet, je salue pour ma part la démarche de franchise assez rare ces acteurs engagés. Rien ne vaut un militant prétendûment "neutre" sortant enfin du bois pour afficher son obédience. Bien entendu, il faut en tirer les conséquences: que personne ne s'avise plus jamais de prétendre que de la Voix du Nord et Le Monde sont des quotidiens d'information!

Cette dernière couche de propagande émouvante eut à peu près autant d'effet que les mille couches précédentes et la couleur de la carte en est la preuve:

 

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En arrondissant les résultats définitifs du ministère de l'intérieur, le Front National recueille 28% des suffrages, l'alliance de centre-droit Les Républicains, MoDem et UDI 27%, et le PS n'atteint pas 23,5%. Dans six régions, le FN vire en tête.

En Provence-Alpes-Côte d'Azur, terre plutôt réceptive au FN, la liste emmenée par Marion Maréchal-Le Pen atteint 40,5%, soit quinze points d'avance sur le maire de Nice Christian Estrosi des Républicains. Les socialistes ferment le podium avec 16,5%. Il faudrait donc un report total de l'électorat dans une alliance Les Républicains/PS pour que le challenger de Marion Maréchal-Le Pen ait la moindre chance de l'emporter.

En Nord-Pas de Calais-Picardie, le symbole est encore plus fort: Marine Le Pen a mené campagne dans une région en première ligne dans l'aggravation de la crise des migrants de Sangatte, un camp de réfugiés devenu véritable bidonville aux portes de Calais. La liste FN atteint 40,5% des suffrages devant Xavier Bertrand des Républicains, l'ancien ministre réunissant quant à lui presque 25% des voix. Là encore, les socialistes sont loin derrière avec 18%, un score cinglant sur ces terres historiques de la gauche. Cette culture locale rend encore plus invraisemblable l'idée d'un report de voix massif de l'électorat de gauche vers Les Républicains, alors que les nombreux déçus de la gauche se sont massivement tournés vers le FN...

Que dire, que faire? Hier soir les socialistes n'hésitaient pas à faire dans l'hyperbole: le score du FN était, à peu de chose près, annonciateur de l'Apocalypse. Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti Socialiste, excellait dans ce rôle d'annonciateur de l’Armageddon, n'hésitant pas à décréter que "les socialistes entrent en résistance" ou estimant que "la gauche est le dernier rempart de la France républicaine contre l'extrême-droite xénophobe". Les mots ne coûtent pas cher, les socialistes en font commerce.

Nulle mention d'une quelconque responsabilité, en revanche. Dans son discours, M. Cambadélis fit l'impasse sur la gestion de la France par les socialistes et leurs alliés depuis 2012. La gauche tenait en main tous les leviers du pouvoir, de l’Élysée aux communes en passant par les régions, l'Assemblée Nationale et le Sénat, avant de les perdre peu à peu par leur gestion calamiteuse. Oubliées la hausse vertigineuse du chômage, les aventures militaires, les hausses d'impôts, l'incapacité à maintenir l'ordre sur le territoire, l'ingénierie sociale du Mariage pour tous, l'immigration de masse, la folie taxatoire, et la liste est encore longue... Pourquoi les électeurs auraient été assez fous pour leur laisser les Régions?

La Noble Retraite

Les socialistes français n'ont aucune chance de se revenir dans la course s'ils ne parviennent pas à admettre leur responsabilité dans la débâcle. Au vu des analyses délivrées par les caciques du parti dimanche soir, ils n'en prennent pas le chemin. A la place, entre deux discours surannés sur la force de la gauche plurielle, on pratique la surenchère, parle de rempart contre le chaos, de menace sur la République... Face au "péril mortel" du FN l'option finalement choisie semble dérisoire: retirer les listes PS dans quelques régions, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Nord-Pas de Calais-Picardie et Grand-Est.

"Pendant cinq ans les socialistes ne siègeront pas dans ces régions", annonce solennellement le premier secrétaire du Parti Socialiste, comme si les petites gens devait en pleurer à chaudes larmes dans leurs foyers. Au vu du score desdites listes, le sacrifice ne sera pas très lourd, et les socialistes locaux guère regrettés. Pas sûr non plus d'ailleurs que la gestion FN qui s'annonce soit plus catastrophique que celle de ses prédécesseurs. Les sortants ont placé la barre assez haut. Enfin, il faudra que les militants sur le terrain acceptent d'abandonner même les strapontins des Conseils Régionaux ; pareilles démissions laisseront des traces à l'interne.

Le retrait est donc un pari risqué. Il n'a d'ailleurs pas grand sens non plus, car si la France était au bord du gouffre, pourquoi ne pas retirer systématiquement les listes socialistes des régions où le FN est en mesure de l'emporter? Est-ce raisonnable de jouer ainsi avec le feu, avec le diable, lorsque les enjeux sont si grands?

Évidemment, c'est pure rhétorique; personne ne croit à ces grands mots. Nous sommes dans la posture politicienne, comme d'habitude. Les socialistes essayent de passer pour de grands seigneurs en sacrifiant quelques pions, s'octroyant la supériorité morale pour mieux accuser la droite de ne pas faire de même. Jusqu'à présent leurs rodomontades ont peu d'écho. Les Républicains n'ont pas l'air de vouloir tomber dans le piège.

A droite, on est un peu plus cohérent: pas question de faire un barrage au Front National si cela implique de s'allier avec l'adversaire socialiste. Comme l'explique Bruno Lemaire, "on ne peut pas dire qu'on lutte contre les socialistes au niveau national parce que le socialisme ne marche pas et que les socialistes sont nos adversaires, et trouver des alliances locales avec eux..." Le FN doit se combattre en proposant des alternatives crédibles, pas en fomentant des alliances électorales bancales, conclut-il.

Malheureusement, il est un peu tard pour lancer des alternatives crédibles. Au second tour, les politiciens n'auront donc rien de mieux à proposer aux Français que des alliances bizarres.

Aussi étrange que cela puisse paraître, les alliances bizarres fonctionnent. L'électeur français est habitué à voter n'importe comment, pour le "moins pire", au nom d'un front ceci ou cela ou pour faire barrage de son vote à quelque indicible personnage. L'entre-deux tours ouvre la voie à tout un ensemble de stratégies destiné à barrer la route au FN à tout prix. Le mouvement de Marine Le Pen pourrait ainsi voir lui échapper la plupart des régions où il est en tête. Mais le résultat du second tour ne sera pas une véritable photographie des forces politiques en présence - juste de la capacité d'alliance défensive d'une dualité politique agonisante.

Car il faut bien le dire, le jeu du rapprochement entre Les Républicains et le PS a un prix: leur crédibilité en tant que forces de majorité et d'opposition. Contrairement à ce que d'aucuns annoncent, je ne crois pas que la France s'ouvre en direction du tripartisme ; cette formule politique ne marche pas, elle est intrinsèquement instable et les institutions du pays ne s'y prêtent pas. Seul le score des trois principales formations politiques permet de plaider cette situation, mais ce phénomène est transitoire.

La République Française est conçue pour fonctionner dans un mode binaire. Nous assisterons dans les prochaines années à une recomposition des partis - une menace qui pèse tant sur le Front National confronté au pouvoir que sur Les Républicains et les socialistes menacés d'obsolescence et de disparition. Mais en attendant, le FN incarne désormais la véritable opposition en France, balayant l'alternance polie entre le centre-droit et la gauche.

Et c'est bien cette nouvelle situation qui donne des sueurs froides aux états-majors politiques.

22 novembre 2015

Attentats de Paris: la phase d'exploitation

Vendredi dernier, la France découvrait de façon très concrète l'ampleur de la menace islamique pesant sur son territoire. Une semaine plus tard la situation a évolué: aux réactions de bon sens des premières heures - promesse d'une riposte impitoyable, contrôles aux frontières, volonté affichée d'expulser les indésirables - sont assez vites venus se greffer des déclarations parasites, stériles, voire contre-productives. Si l'enquête proprement dite a progressé à grands pas, le train des mesures politico-juridiques semble bien avoir déraillé avant même de quitter la gare.

Cela n'a rien de surprenant. Les élites de France (et d'ailleurs) ne seraient pas arrivées là où elles sont sans un grand sens de l'improvisation et de l'escamotage leur permettant de se ramener à leur agenda initial quelle que soit la force des événements venus, un instant, les perturber. Après quelques heures de déclarations émues, les hauts fonctionnaires et les bureaux politiques ont donc travaillé d'arrache-pied pour en revenir au plan initial: maintenir le statu-quo et garder le pouvoir, et peut-être même le renforcer.

Entre désinformation et agenda politique, un petit tour d'horizon s'impose.

L'épopée du faux passeport syrien

La découverte d'un passeport syrien à côté du cadavre d'un des assaillants du Bataclan fut un épisode tout à fait symptomatique d'une communication de crise échappant pendant quelques heures à l'exécutif. Rapportée par un policier sans doute sous le coup de l'émotion, l'information fut transmise à un journaliste et reprise immédiatement par de nombreux médias internationaux. Plus possible désormais de planquer ce détail sous le tapis du secret de l'instruction, voire du Secret Défense. Mais le pire arriva ensuite lorsqu'une source gouvernementale grecque confirma que les empreintes digitales du porteur du passeport avaient été enregistrées à Lesbos le 3 octobre!

Le passeport retrouvé au Bataclan fut donc l'écueil sur lequel plusieurs mensonges vinrent se fracasser:

  • L'innocuité du flots de migrants, au sein desquels ne saurait se trouver le moindre terroriste;
  • La qualité de la surveillance des frontières de l'Espace Schengen et des frontières intérieures dans l'Union Européenne;
  • La vigilance de la surveillance des milieux islamistes par les services de renseignement français.

Il fallut donc orchestrer un rétropédalage massif. Premier angle d'attaque, minimiser l'importance de ce "mystérieux" passeport - sans succès. Dès les premières heures, outre le conditionnel de circonstance, on insista lourdement sur le fait que ce passeport syrien "serait un faux". Mais qu'est-ce que cela change? Les empreintes digitales du kamikaze ne laissent aucun doute. Il a bien suivi la route des migrants dans les Balkans. Le fait d'avoir employé un faux document n'illustre rien d'autre que la faiblesse du contrôle des frontières de l'Espace Schengen. A ce stade, on se demande même d'ailleurs si se munir du moindre passeport était réellement nécessaire...

L'incongruité de la découverte de ce passeport sur les lieux du massacre donna également lieu à divers détournements de piètre qualité sur le Web. Tout cela ne pouvait être qu'une "manipulation". Restait à inventer laquelle.

La dernière phase de la stratégie de désinformation, la plus vicieuse, fut lancé par plusieurs personnalités politiques ; par exemple le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas, qui jugea lundi que ce passeport pouvait être "une fausse piste" lancée par le groupe Etat islamique pour "radicaliser" le débat migratoire. Les graines du doute étaient plantées, à dessein.

Est-il possible que les terroristes aient gardé sur eux un faux passeport syrien juste pour orienter, post-mortem, le débat sur les migrants et la politique migratoire? Sans pouvoir l'exclure totalement, l'hypothèse paraît largement invraisemblable. Elle ne cadre pas avec une attaque synchronisée contre le public d'un match de football, des terrasses de restaurants, ou une salle de concert la veille du week-end - bref, des Bobos parisiens dans leurs activités habituelles. Les assaillants eurent-ils attaqué une permanence du Front National ou un repaire d'identitaires, on aurait pu penser qu'ils jetaient de l'huile sur le feu ; mais le soir du 13 novembre, ils s'attelèrent au contraire à s'aliéner une des communautés françaises les plus ouvertes face à l'islam, ce qui ne traduit pas un niveau élevé de conscience politique...

Les troupes de l'Etat Islamique ne brillent guère par leur intelligence, essayant par exemple d'abattre des avions russes à l'aide de préservatifs gonflés. En Europe, les islamistes sont difficiles à repérer et à surveiller, essentiellement à cause de leur nombre, mais leur mode de pensée est extrêmement simple: les infidèles doivent être tués, dominés ou convertis, point. Ils sont capables de subtilité, mais essentiellement dans le domaine des subterfuges visant à se dissimuler face à leurs cibles. En l'occurrence, on se demande d'ailleurs, même pour une "tête pensante" de Daesh, quel serait l'intérêt de focaliser l'attention sur les migrants musulmans. Le seul effet serait d'instiller la méfiance et de rendre plus compliquée encore leur arrivée sur le sol européen, soit un résultat totalement contre-productif.

De toute évidence, l'hypothèse tordue d'un faux passeport abandonné exprès ne tient absolument pas la route du point de vue de l'Etat Islamique. Mais elle tient au contraire parfaitement debout du point de vue de l'Union Européenne et de sa classe politique, prête à toute invention pour peu qu'elle contribue à rendormir une opinion publique agitée.

Dans ces heures difficiles, un petit mensonge ne coûte pas cher...

La ritournelle du Padamalgam™

Bien que la société française soit très inquiète, il faut absolument l'apaiser. A cette fin, le Padamalgam, un puissant opiacé, est distillé à large dose depuis une semaine. Pas un jour ne passe sans que paraissent plusieurs articles décrivant en long, en large et en travers toutes les opérations de communications opérées par les communautés musulmanes européennes, les messages d'amour et de tolérance, les gestes d'apaisement des uns et des autres - jusqu'aux victimes des terroristes elles-mêmes.

Malgré des télescopages malheureux, nous assistons ainsi à un étalage continuel de textes parfois très beaux. Pensons par exemple au fameux Vous n'aurez pas ma haine d'un père dont la famille vient d'être brisée:

"Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus fort que toutes les armées du monde (...) Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l'affront d'être heureux et libre. Car vous n'aurez pas sa haine non plus."


Oui, hormis que ce petit garçon sera peut-être un peu moins "heureux et libre" maintenant qu'il est orphelin de mère et qu'il finira par comprendre qu'il est en danger à cause de la veulerie de gens comme son père, ce qui pourrait alimenter une certaine amertume à l'adolescence... Car, il faut bien le reconnaître, continuer à vivre comme si de rien n'était suite aux attentats de Paris revient exactement à laisser de nouveaux attentats se préparer sur un mode opératoire identique.

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Dessin d'Artiste Mal Pensant

Dans le même ordre d'idée, les citoyens dotés d'un minimum de mémoire se rappelleront la photo du petit Aylan Kurdi, l'enfant mort noyé retrouvé sur une plage turque, disponible en gros plan dans tous les médias. Visiblement, à ce moment, la "nécessité d'informer" (d'une certaine façon, cela va sans dire) prenait apparemment le pas sur d'autres obligations journalistiques comme la déontologie, le respect des morts, la protection des mineurs et tutti quanti.

Malgré la polémique les médias s'empressèrent de rétorquer qu'ils avaient toutes les raisons de procéder comme ils le firent. Le contraste n'en est que plus grand avec la volonté actuelle de masquer une image du massacre du Bataclan circulant sur Twitter et Facebook. Dès lors, on comprend bien que les justifications liées à la "dignité humaine" ou au "secret de l'enquête" ne sont rien d'autre que des prétextes. La photo d'Aylan Kurdi devait être diffusée parce qu'elle servait certains objectifs politiques ; celles de la tuerie du Bataclan doivent être retirées parce qu'elles les desservent.

Il en est d'ailleurs de même avec les témoignages directs rapportant des égorgements et des coups de poignard portés au ventre des victimes par l'équipe de terroristes islamistes du Bataclan. Ces informations sont pour l'heure cantonnées aux médias étrangers, sur lesquels le gouvernement français n'a pas prise. Les médias suisses, eux, se contentent de censurer ces détails sordides non par obéissance mais par proximité idéologique.

Une fois de plus, l'affrontement fait rage entre les sources institutionnelles et les réseaux sociaux pour connaître la vérité.

Maastricht ou la Sécurité

Le dernier volet de l'exploitation politique des attentats de Paris dépasse le simple cadre de l'information pour provoquer des effets sur toute la population française et jusque dans les plus hautes instances européennes.

"Le Pacte de Sécurité l'emporte sur le Pacte de Stabilité." Ces mots sont ceux de François Hollande et donnent une idée de la bassesse du chef d’État, prêt à exploiter la mort de plus d'une centaine de victimes pour s'épargner des obligations de bonne gestion.

Depuis 2007 la France n'a jamais respecté les critères de Maastricht d'un déficit maîtrisé des dépenses publiques - sans même entrer dans la polémique de la pertinence de critères aussi larges. Les déclarations du président d'un retour dans les clous en quelques années n'ont jamais été rien d'autre que des paroles en l'air destinées à donner le change à Bruxelles ; les attentats de Paris lui apportent désormais une posture morale qui suffira à quémander perpétuellement la clémence des autorités de surveillance européennes.

Il est clair pour quiconque en aurait jamais douté que la France ne respectera jamais les critères d'un déficit public annuel en-dessous de 3% de PIB, et encore moins maintenant alors qu'elle dispose d'une excuse.

La sécurité a un prix, c'est un fait. François Hollande s'engage ainsi à recruter 8'500 policiers, gendarmes et juristes dans le cadre d'un large panel de mesures. Mais toutes ces dépenses, étalées sur plusieurs années, resteront une goutte d'eau dans l'océan des déficits de l’État français. Est-il question de renvoyer chez eux les criminels étrangers qui peuplent les prisons hexagonales? De mettre un terme à l'arrosoir des politiques sociales, qui représentent une véritable manne pour les mouvements terroristes en plus de miner tout espoir d'intégration par le travail? De remettre sur la table les critères d'acquisition de la nationalité ou la surveillance pérenne des frontières?

Il n'est évidemment pas question de tout cela. A la place, la France rajoutera une strate de bureaucratie sur un pays qu'elle écrase. Mieux encore, en guise de réforme François Hollande demande une facilitation et une pérennisation de l'état d'urgence: en un mot, encore plus de pouvoir discrétionnaire à disposition de la police et de l'exécutif. Pour que même Jean-Luc Mélenchon s'en inquiète, on comprend que certaines bornes ont été franchies.

Les politiciens français savent parfaitement exploiter quelque chose d'aussi abominable qu'une attaque terroriste ; ils maîtrisent parfaitement la maxime résumée par le maire démocrate de Chicago Rahm Emanuel:

« Ne jamais gâcher une bonne crise. »

 

15 novembre 2015

Premier massacre à Paris

Vendredi soir, au beau milieu d'une rencontre de football France-Allemagne, les Parisiens ont été rattrapés par la réalité de la guerre contre l'islamisme. Trois équipes différentes ont ouvert le feu dans différents lieux de la capitale avant d'actionner leurs ceintures explosives. La salle de concert du Bataclan est le principal foyer de victimes alors que les 1'500 spectateurs seront massacrés puis pris en otage pendant deux heures avant l'assaut des forces spéciales de la police. Sur l'ensemble des sites, 129 personnes sont mortes et 352 sont hospitalisées, dont 99 encore en "urgence absolue" aujourd'hui.

Les élites du régime ont soudainement pris conscience de leur vulnérabilité, au premier rang desquelles M. Hollande soudainement exfiltré du Stade de France sous bonne garde de ses services de sécurité. En ce sens, la première intervention du chef de l’État français peu avant minuit, la voix tremblante d'émotion, était bien plus authentique que la version policée et maîtrisée qui lui fit place le lendemain matin.

padama10.jpgLe soir même des attaques, alors que la plupart des grandes chaînes françaises avaient interrompu leurs programmes pour des flashs spéciaux, France2 continuait à diffuser son débat "Réchauffement climatique: qu'allons-nous devoir sacrifier?" en toute insouciance. Même les meilleurs machines de propagande souffrent parfois d'inertie. Mais les médias se sont repris depuis. On analyse, on décortique, on place du contexte. Dans tous les pays l'opinion est malaxée comme la pâte à pain. En Suisse, il fallait un estomac solide pour assister sur la RTS à la danse du ventre des deux duettistes Jean-Philippe Schaller et Xavier Colin, le premier obnubilé par le futur score de Marine Le Pen aux élections régionales - la seule question importante à ses yeux - et le second récitant sans ciller l'homélie consacrée du Padamalgam.

Le drame suit désormais sa logique standardisée: nouveau logo, un nouveau slogan Pray for Paris, nouveau hashtag. Les journalistes sont invités à dénicher de nouveaux héros et de nouvelles initiatives citoyennes plutôt que de s'attarder sur les faiblesses de la sécurité intérieure et les errements géostratégiques de leurs gouvernements successifs. Pourtant, si l'impulsion est toujours la même, quelque chose s'est brisé. Le moteur tourne à vide. Exemple marquant, il n'y aura pas de rassemblement solennel façon Je Suis Charlie. D'une part, le danger est encore omniprésent, une manifestation étant l'endroit rêvé pour quelques nouvelles explosions de kamikazes dont certains courent certainement dans la nature ; d'autre part, la solidarité avec Charlie Hebdo s'expliquait par la volonté de s'associer avec une minorité menacée, les caricaturistes de presse. Cette fois-ci l'ensemble de la population française est visé. Une manifestation de solidarité serait donc vide de sens. On ne peut pas afficher de solidarité avec soi-même.

La légende du loup solitaire radicalisé - ou d'une meute, nous ne sommes plus à un oxymore près - ne tient plus. La France a bien eu affaire à une opération militaire professionnelle: un massacre organisé par des kamikazes équipés de bombes, d'armes de guerre et de gilets pare-balles, regroupés en équipes, suivant un timing défini; le tout dans la capitale d'un pays sûr de lui, confiant dans ses services de sécurité et surveillé au travers d'un plan Vigipirate en alerte maximum.

La vérité qui se fait jour peu à peu n'a rien de reluisant. Le passeport syrien d'un des kamikazes, retrouvé sur les lieux du massacre à deux pas de son propriétaire, a été enregistré à Lesbos en Grèce le 3 octobre de cette année. Tout porte à croire qu'une partie de l'équipe terroriste est venue en Europe au travers des flots de migrants. Ce n'est pas la première fois. En septembre, l'Etat Islamique revendiquait déjà 4'000 terroristes infiltrés dans toute l'Union Européenne...

Les Français aiment croire aux histoires que leurs racontent leurs médias, mais cette fois il y a trop de témoins pour livrer une vérité officielle. Des dizaines de familles sont endeuillées par les morts, certains égorgés. 99 personnes grièvement blessées donneront autant de vies à rebâtir après des mois de convalescence et de rééducation. D'innombrables individus directement impliqués mais physiquement indemnes resteront marqués par les horreurs dont ils ont été témoin cette nuit-là. Toute la population parisienne a été durablement traumatisée.

En quelques heures abominables la France a perdu une certaine forme d'insouciance, probablement pour toujours. Elle a compris que la menace islamique pèse directement sur elle. Le combat ne se déroule pas que dans les terres lointaines du Mali, sur les pistes poussiéreuses d'Afghanistan ou au sein des états-majors planifiant les prochains bombardements sur la Syrie ; elle se joue en Europe, au sein de ses banlieues, de ses populations immigrées, des convertis à l'islam, des prédicateurs et des fanatiques, et des flots continus de pseudo-réfugiés syriens.

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Bien sûr, les services gouvernementaux ne cessaient de mettre en garde contre une "attaque d'envergure", mais eux-mêmes n'imaginaient pas une offensive d'une telle ampleur. Et le peuple français se figurait peut-être qu'il serait sauvé in extremis par une nouvelle intervention miraculeuse dans le style de celle qui empêcha le massacre du Thalys.

Les Français ont compris que leur sécurité était une illusion. Les Suisses le croient-ils encore?

Que se passera-t-il pendant la COP21? Aura-t-elle seulement lieu comme prévu? Et l'Euro 2016 de football?

Électoralement, Marine Le Pen pourrait en profiter, c'est indéniable. Mais cela devrait surtout être le cadet des soucis d'une société menacée. Car les Français - et le reste des Européens - ont aussi compris, quelque part, que ces attentats ne seront pas les derniers.

09 novembre 2015

COP 21 et contrôle des frontières: l'ultime hypocrisie

france,hypocrisie,espace schengen,cop 21En France, COP 21 est sur toutes les lèvres: enfin l'Hexagone aura l'occasion de briller sur la scène internationale, organisant le dernier grand raout diplomatique en date autour de la thèse controversée du réchauffement climatique d'origine humaine - laquelle bat un peu de l'aile ces derniers temps face aux aléas de l'actualité...

Puisque le sujet est franco-français, citons un site local:

Fin novembre, la quasi-totalité des dirigeants mondiaux seront à Paris pour la COP 21, la grande conférence internationale sur le réchauffement climatique qui doit durer 12 jours. Pour cette occasion, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a fait une annonce ce 6 novembre : les contrôles aux frontières vont être renforcés.

Gares, ports, aéroports... Chaque mouvement sera scruté. L'État redoute les menaces terroristes, un sujet sensible depuis les attentats de janvier 2015 dans la capitale.

 

En guise de "quasi-totalité des dirigeants mondiaux", tablons sur quelque 80 chefs d'État, ce qui n'est pas si mal. S'il leur vient l'idée saugrenue de se déplacer pendant les douze jours du sommet, les Parisiens passeront probablement un mauvais quart d'heure.

Mais au-delà de la paralysie habituelle d'une capitale lors de la visite de hauts dignitaires étrangers, la réinstauration de contrôles aux frontières prend un caractère hautement polémique dans le contexte actuel de la crise des migrants et des tensions institutionnelles autour de l'Espace Schengen.

Les possibilités d'explication ne sont pas légion.

Imaginons que cela soit utile. Cela voudrait dire que quelques groupes terroristes hors sol français attendent le dernier moment pour venir en France lors de la COP 21 et faire un carton. Enfin, dernier moment, c'est encore discutable: l'annonce de M. Cazeneuve le 6 novembre leur laisse encore une bonne semaine pour rapatrier tranquillement leur matériel sur le territoire. On a déjà connu plus efficace comme effet de surprise...

Mais attention: on sait qu'ils sont décidé et dangereux, on sait qu'ils veulent frapper lors de COP 21, on sait qu'ils sont quelque part à l'extérieur du territoire français, on sait que leurs plans diaboliques seront déjoués avec un contrôle aux frontières d'un mois instauré une semaine plus tard, mais... On n'en sait tout de même pas assez pour les identifier et les arrêter. Crédible de bout en bout!

Imaginons que cela soit inutile. Sachant que le journaliste précédent utilise comme exemple les attentats de 2015 - dont les exécutants sont nés en France et y ont vécu pendant plus de trente ans - il est probable que les menaces éventuelles sur COP 21 soient déjà profondément établies sur le sol français, peut-être même depuis plus d'une génération.

La décision de surveiller les frontières ne serait donc qu'une mesure folklorique destinée à distiller un sentiment parfaitement illusoire de sécurité à l'attention des chefs d'État invités. Les cyniques pourraient même y déceler une excuse à posteriori: voyez, il y a eu des problèmes mais nous avons fait de notre mieux, nous avions même remis en place la surveillance des frontières... Mais même si rien ne se produit, et bien qu'elle soit tolérée dans le cadre des accords de Schengen, la réinstallation temporaire de la surveillance aux frontières reste le signe que la France n'a pas confiance dans les règles de sécurité communes de l'espace et préfère ses propres contrôles lorsque les choses sont vraiment importantes.

Bien sûr, on pourra plaider que cette mesure n'a rien d'exceptionnel ; elle a été appliquée en France en 2009 lors du sommet de l'OTAN à Strasbourg, en 2011 lors du G8 à Deauville puis lors du G20 à Cannes. D'autres membres de l'Espace Schengen mirent en place des mesures similaires lorsqu'ils accueillirent la COP eux-mêmes, comme le Danemark en 2009 et la Pologne en 2013. Il n'en reste pas moins que dans le contexte actuel de l'effondrement de l'Espace Schengen, la surveillance de frontières à l'échelle d'un pays entier et pour une période aussi longue est un acte symbolique fort dont la signification n'a pas pu échapper à l'exécutif français. On ne peut décemment pas placer cette décision sous le signe de la banalité.

Comme on voit, la décision du gouvernement socialiste français n'a guère de sens, et en tout cas aucune conséquence positive. C'est, au pire, un aveu d'impuissance, et au mieux un effet de manche destiné à distraire la galerie.

Dans les deux cas, l'insulte finale est à destination du petit peuple. Il a bien compris qu'en fin de compte seule la conférence COP 21 a de l'importance. Rien n'est trop beau pour la grand-messe médiatico-politique. La crise des migrants n'est pas un motif suffisant pour reprendre le contrôle des frontières ; la sécurité des personnes ordinaires non plus. Mais qu'un parterre de hauts dignitaires se rende à Paris et tout le pays peut, doit, être paralysé!

Vue de Suisse, la COP 21 ne semble qu'une nouvelle occasion de dépenser de l’argent public et de se goinfrer de petits fours, et, pour des dirigeants en perdition, de tenter de redorer leur blason en "rayonnant" internationalement à la veille d'élections régionales fort mal engagées. Se livrant à l'exercice avec sa maladresse habituelle, il n'est pas sûr que le gouvernement socialiste voie sa manœuvre produire les effets escomptés.

03 juillet 2015

Alerte aux Guignols

Malgré le titre, ce billet ne s'adresse pas à la classe politique d'un pays ou d'un autre, mais à un sujet bien plus grave venant de France: la disparition éventuelle de l'émission Les Guignols de l'info.

Merveilleuse France éternelle, lumière du monde, où les affaires courantes sont tellement tranquilles, la vie économique si paisible, les banlieues à ce point sereines que seule la grille des programmes télévisés permet d'animer un peu le débat!

L'émission satirique, présentée par des marionnettes de latex caricaturant des personnalités du monde réel, commente l'actualité depuis maintenant 27 ans. Elle emploie aujourd'hui 300 collaborateurs pour huit minutes quotidiennes, diffusées en clair sur la chaîne à péage.

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Alors voilà, Les Guignols de l'info vont-ils disparaître? Ce serait odieux, entend-on. La marque de l'infâme Vincent Bolloré, nouveau propriétaire de Canal+ - pardon, "le milliardaire Vincent Bolloré, qui offrit à Nicolas Sarkozy la jouissance de son jet et de son yacht personnel en 2007 après son élection à la présidence de la République." En un mot: un monstre.

Le fait qu'il soit progressivement parvenu à transformer Vivendi en société de médias et possède donc une grande part de Canal plus n'entre apparemment pas en ligne de compte - pas plus le fait que les affaires ne soient pas bonnes:

Le chiffre d'affaires de la chaîne a reculé de près de 3% en 2014 et ses bénéfices de 9%. Le nombre d'abonnés est en baisse et les audiences de la tranche en clair, où figurent les Guignols, sont également décevantes.


Face à la multiplication des chaînes de TV sur le câble et sur Internet, face à du contenu en ligne légal et de qualité comme Netflix, le modèle d'affaire de Canal + semble pour le moins condamné. Mais ce n'est pas la raison pour laquelle on veut préserver cette émission.

Par un mélange de "je suis Charlie", de nostalgie et de volonté de lutte contre la logique comptable d'un ignoble investisseur classé à droite, Les Guignols de l'info cristallisent sur eux toute l'attention d'une classe médiatique revendiquant son exception. L'émission satirique est devenue un symbole. Le fait que le symbole soit lui-même lourdement engagé à gauche est évidemment un argument supplémentaire, mais personne n'aura la décence de le mentionner.

Comme tous les Français d'un certain âge, mon adolescence et mes années d'étudiant ont été bercées par les Guignols. Si dans leurs meilleures périodes ils étaient réellement drôles, ils s'abîmèrent également très souvent dans la facilité d'un comique de répétition usé jusqu'à la corde - et fièrement repris par des adolescents heureux d'afficher leur suivisme. Et lorsqu'ils s'attaquaient, très souvent, à l'actualité politique, ils poursuivaient d'autres objectifs que le simple divertissement.

Le terme d'endoctrinement est probablement excessif mais il semblera évident à tout observateur que l'émission avait bien un effet sur ses spectateurs. Par exemple, on entendait un matin par ces derniers que "Valls avait dit" ou "Sarkozy avait dit" telle ou telle déclaration outrancière la veille ; pressant son interlocuteur, on apprenait ensuite que non, en réalité, ladite réplique avait été prononcée au cours de l'émission, c'est-à-dire par un imitateur prêtant sa voix à une marionnette en latex. La confusion entre caricature et réalité régnait déjà le lendemain ; mais si vous posiez la question pour des propos vieux d'une semaine, la plupart du temps votre interlocuteur était bien en peine de distinguer ce qui relevait de la marionnette ou du personnage authentique.

Canal + fut inventée par l'équipe de François Mitterrand comme une réserve pour l'idéologie de gauche lorsqu'elle ne serait plus au pouvoir. Ses techniques de manipulation sont absolument remarquables et la chaîne fourmille de faux journaux, de parodies et autres vrais-faux reportages qui ont pour but de mélanger la fiction et la réalité sous couvert d'humour tout en distillant des touches de propagande (voire, souvent, des louches).

500Il y eut quelques épisodes fameux des Guignols, comme celui où Sylvester Stallone, invité sur le plateau, découvrit pour la première fois sa marionnette de "M. Sylvestre", une espèce d'abruti pro-militariste réunissant à peu près tous les clichés possibles et imaginables sur les Américains (et multiplié dans la même scène aussi souvent que nécessaire). Comprenant assez vite que la marionnette le singeait lui en tant qu'Américain, et non le personnage qu'il jouait dans Rambo comme il avait cru au départ, il réalisa l'ampleur de l'insulte faite à ses compatriotes et menaça de quitter le plateau.

J'ai le souvenir d'un épisode particulier des Guignols, un certain dimanche soir, le 21 avril 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen avait réussi à dépasser Lionel Jospin pour se retrouver face à Jacques Chirac au second tour de l'élection présidentielle. L'émission spéciale des Guignols, lancée à 19h45, donc avant l'annonce des résultats officiels, commença par ces mots: "Bonjour et bienvenue, Jean-Marie Le Pen est au second tour, ce n'est pas une plaisanterie, dépêchez-vous il vous reste encore un quart d'heure pour aller voter". La réplique suscita quelques éclats de rire ironiques, le public croyant qu'il s'agissait d'un gag... Avant de rapidement déchanter! Naturellement, personne ne fut poursuivi pour cette violation flagrante de la loi électorale française.

Comme le démontrent les pertes régulières d'audience, les Guignols ont fait leur temps, que ce soit en termes d'humour, de divertissement ou même de propagande. Mais ils tiennent une place particulière dans le cœur de tous ceux qui ont grandi avec eux. De fait, et bien que suscitée par des raisons pas forcément très pures, la mobilisation reste forte ; elle sauvera sans doute les marionnettes en latex. Il paraît improbable que l'émission disparaisse. Elle sera sauvée, sous une forme ou une autre, voire peut-être sur une autre chaîne.

Après avoir innové dans tant de domaines la France a désormais inventé le concept d'émission-monument-historique.

25 juin 2015

Secrets de Polichinelle

"La France est espionnée!" s'indignent les pouvoirs publics. Après s'être gaussé de l'Allemagne et du portable piraté de Mme Merkel, c'est au tour de François Hollande de découvrir qu'il est sur écoute. Il aurait même décidé d'appeler Obama - sans réaliser l'absurdité de sa démarche, le président américain étant déjà au courant que les opérations étaient éventées...

espionnage,france,usaHilare, le Web s'est donc emparé du dossier pour le plus grand déplaisir d'une classe politique qui ne supporte pas qu'on lui rappelle sa banalité. C'est bien pourtant ce dont il s'agit car les secrets pêchés jusqu'ici sont bien médiocres:

Jacques Chirac a, en 2006, poussé son candidat pour le poste de sous-secrétaire général adjoint des Nations unies, mais aussi que, selon la NSA, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Philippe Douste-Blazy, avait une «propension […] à faire des déclarations inexactes ou inopportunes.»


Une tentative de pousser son influence dans une organisation internationale? Un ministre qui parle mal - et trop? Sacrées nouvelles. Quant au successeur de M. Chirac, on apprend que...

Nicolas Sarkozy se voyait, en 2008, comme «le seul homme capable de résoudre la crise financière»


Là encore, quel scoop! Face à une telle humilité, même le journaliste avoue que cela ne surprendra personne. Finissons ce triste tableau avec M. Hollande:

Le mémo le plus récent date du 22 mai 2012 (...) et fait état de «réunions secrètes» pour discuter d’une possible sortie de la Grèce de la zone euro, mais également des inquiétudes de Jean-Marc Ayrault quant aux réactions d’Angela Merkel si elle venait à avoir vent de la rencontre entre le nouveau président et l’opposition allemande.


Discuter de la sortie de la Grèce de la zone euro en 2012 n'avait rien d'absurde, au vu de la trajectoire que continue de prendre le pays depuis. Quant à une réunion avec les socialistes allemands pour préparer une éventuelle alternance du pouvoir à Berlin, là encore rien de stupéfiant.

Où sont les Puissants décidant en toute omnipotence du destin du monde et de ses peuples? Pas d'avant-garde du prolétariat qui tienne, ni de quoi que ce soit en vérité. On en apprend décidément davantage sur la politique française dans les pages de papier glacé de Closer ou entre deux mauvais jeux de mots du Canard Enchaîné.

Depuis les communistes russes qui inventèrent l'espionnage en temps de paix peu après la Première Guerre Mondiale, le succès des services de renseignement ne s'est jamais démenti. Tout le monde espionne tout le monde, ennemis comme alliés, dans la mesure de ses moyens financiers et techniques. Comme le dit en boutade François Heisbourg, président de l'International Institute for Strategic Studies, à l'antenne de la RTS, François Hollande aurait pu tout aussi mal prendre de ne pas avoir été jugé assez important pour être espionné...

Dans ce jeu hypocrite, la seule faute est de se faire prendre.

S'il y a bien une nouveauté, c'est la façon dont les services secrets (essentiellement américains, mais pas seulement) se font désormais attraper la main dans le sac dans des opérations d'espionnage pas du tout justifiables. Leurs errements finissent régulièrement dans les médias grâce à des contre-pouvoirs comme Wikileaks qui prouve encore une fois la terrible nécessité de leur existence. La volonté des pouvoirs publics de fermer les sites de ce genre est-elle vraiment mue par la recherche de l'intérêt général?

La démultiplication des moyens technologiques permet désormais une surveillance de masse ; mais ce que les États s'autorisent pour le simple quidam ne saurait s'appliquer pour les dirigeants, les élites, bref, ces gens tellement au-dessus du lot que la seule idée d'être traités de la même façon les indigne.

Par hasard, le jour même du scandale de l'espionnage des président français, le parlement approuvait quant à lui le vote final de la loi sur la surveillance de masse. On ne saurait trouver meilleure illustration de cette hypocrisie institutionnelle.

Comme le résume parfaitement un internaute:

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