07 décembre 2015

Le Front National dynamite le bipartisme

La campagne des régionales fut bouleversée et temporairement remise au second plan après les attentats de Paris, que d'aucuns invoqueront pour justifier ce qui s'est passé ce dimanche. L'explication est plausible mais très incomplète: le triomphe du Front National était annoncé par tous les sondages, depuis longtemps. En faisant part de son étonnement la classe politico-médiatique n'affiche rien d'autre que son incompétence: la percée du FN était prévue, attendue, et, que croyez-vous, elle est survenue!

La dernière ligne droite avant le scrutin vit également deux journaux, la Voix du Nord et Le Monde, prendre officiellement position contre le Front National. Certains s'offusqueront de ce manque assumé de déontologie journalistique. Dénué depuis longtemps de toute illusion à ce sujet, je salue pour ma part la démarche de franchise assez rare ces acteurs engagés. Rien ne vaut un militant prétendûment "neutre" sortant enfin du bois pour afficher son obédience. Bien entendu, il faut en tirer les conséquences: que personne ne s'avise plus jamais de prétendre que de la Voix du Nord et Le Monde sont des quotidiens d'information!

Cette dernière couche de propagande émouvante eut à peu près autant d'effet que les mille couches précédentes et la couleur de la carte en est la preuve:

 

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En arrondissant les résultats définitifs du ministère de l'intérieur, le Front National recueille 28% des suffrages, l'alliance de centre-droit Les Républicains, MoDem et UDI 27%, et le PS n'atteint pas 23,5%. Dans six régions, le FN vire en tête.

En Provence-Alpes-Côte d'Azur, terre plutôt réceptive au FN, la liste emmenée par Marion Maréchal-Le Pen atteint 40,5%, soit quinze points d'avance sur le maire de Nice Christian Estrosi des Républicains. Les socialistes ferment le podium avec 16,5%. Il faudrait donc un report total de l'électorat dans une alliance Les Républicains/PS pour que le challenger de Marion Maréchal-Le Pen ait la moindre chance de l'emporter.

En Nord-Pas de Calais-Picardie, le symbole est encore plus fort: Marine Le Pen a mené campagne dans une région en première ligne dans l'aggravation de la crise des migrants de Sangatte, un camp de réfugiés devenu véritable bidonville aux portes de Calais. La liste FN atteint 40,5% des suffrages devant Xavier Bertrand des Républicains, l'ancien ministre réunissant quant à lui presque 25% des voix. Là encore, les socialistes sont loin derrière avec 18%, un score cinglant sur ces terres historiques de la gauche. Cette culture locale rend encore plus invraisemblable l'idée d'un report de voix massif de l'électorat de gauche vers Les Républicains, alors que les nombreux déçus de la gauche se sont massivement tournés vers le FN...

Que dire, que faire? Hier soir les socialistes n'hésitaient pas à faire dans l'hyperbole: le score du FN était, à peu de chose près, annonciateur de l'Apocalypse. Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti Socialiste, excellait dans ce rôle d'annonciateur de l’Armageddon, n'hésitant pas à décréter que "les socialistes entrent en résistance" ou estimant que "la gauche est le dernier rempart de la France républicaine contre l'extrême-droite xénophobe". Les mots ne coûtent pas cher, les socialistes en font commerce.

Nulle mention d'une quelconque responsabilité, en revanche. Dans son discours, M. Cambadélis fit l'impasse sur la gestion de la France par les socialistes et leurs alliés depuis 2012. La gauche tenait en main tous les leviers du pouvoir, de l’Élysée aux communes en passant par les régions, l'Assemblée Nationale et le Sénat, avant de les perdre peu à peu par leur gestion calamiteuse. Oubliées la hausse vertigineuse du chômage, les aventures militaires, les hausses d'impôts, l'incapacité à maintenir l'ordre sur le territoire, l'ingénierie sociale du Mariage pour tous, l'immigration de masse, la folie taxatoire, et la liste est encore longue... Pourquoi les électeurs auraient été assez fous pour leur laisser les Régions?

La Noble Retraite

Les socialistes français n'ont aucune chance de se revenir dans la course s'ils ne parviennent pas à admettre leur responsabilité dans la débâcle. Au vu des analyses délivrées par les caciques du parti dimanche soir, ils n'en prennent pas le chemin. A la place, entre deux discours surannés sur la force de la gauche plurielle, on pratique la surenchère, parle de rempart contre le chaos, de menace sur la République... Face au "péril mortel" du FN l'option finalement choisie semble dérisoire: retirer les listes PS dans quelques régions, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Nord-Pas de Calais-Picardie et Grand-Est.

"Pendant cinq ans les socialistes ne siègeront pas dans ces régions", annonce solennellement le premier secrétaire du Parti Socialiste, comme si les petites gens devait en pleurer à chaudes larmes dans leurs foyers. Au vu du score desdites listes, le sacrifice ne sera pas très lourd, et les socialistes locaux guère regrettés. Pas sûr non plus d'ailleurs que la gestion FN qui s'annonce soit plus catastrophique que celle de ses prédécesseurs. Les sortants ont placé la barre assez haut. Enfin, il faudra que les militants sur le terrain acceptent d'abandonner même les strapontins des Conseils Régionaux ; pareilles démissions laisseront des traces à l'interne.

Le retrait est donc un pari risqué. Il n'a d'ailleurs pas grand sens non plus, car si la France était au bord du gouffre, pourquoi ne pas retirer systématiquement les listes socialistes des régions où le FN est en mesure de l'emporter? Est-ce raisonnable de jouer ainsi avec le feu, avec le diable, lorsque les enjeux sont si grands?

Évidemment, c'est pure rhétorique; personne ne croit à ces grands mots. Nous sommes dans la posture politicienne, comme d'habitude. Les socialistes essayent de passer pour de grands seigneurs en sacrifiant quelques pions, s'octroyant la supériorité morale pour mieux accuser la droite de ne pas faire de même. Jusqu'à présent leurs rodomontades ont peu d'écho. Les Républicains n'ont pas l'air de vouloir tomber dans le piège.

A droite, on est un peu plus cohérent: pas question de faire un barrage au Front National si cela implique de s'allier avec l'adversaire socialiste. Comme l'explique Bruno Lemaire, "on ne peut pas dire qu'on lutte contre les socialistes au niveau national parce que le socialisme ne marche pas et que les socialistes sont nos adversaires, et trouver des alliances locales avec eux..." Le FN doit se combattre en proposant des alternatives crédibles, pas en fomentant des alliances électorales bancales, conclut-il.

Malheureusement, il est un peu tard pour lancer des alternatives crédibles. Au second tour, les politiciens n'auront donc rien de mieux à proposer aux Français que des alliances bizarres.

Aussi étrange que cela puisse paraître, les alliances bizarres fonctionnent. L'électeur français est habitué à voter n'importe comment, pour le "moins pire", au nom d'un front ceci ou cela ou pour faire barrage de son vote à quelque indicible personnage. L'entre-deux tours ouvre la voie à tout un ensemble de stratégies destiné à barrer la route au FN à tout prix. Le mouvement de Marine Le Pen pourrait ainsi voir lui échapper la plupart des régions où il est en tête. Mais le résultat du second tour ne sera pas une véritable photographie des forces politiques en présence - juste de la capacité d'alliance défensive d'une dualité politique agonisante.

Car il faut bien le dire, le jeu du rapprochement entre Les Républicains et le PS a un prix: leur crédibilité en tant que forces de majorité et d'opposition. Contrairement à ce que d'aucuns annoncent, je ne crois pas que la France s'ouvre en direction du tripartisme ; cette formule politique ne marche pas, elle est intrinsèquement instable et les institutions du pays ne s'y prêtent pas. Seul le score des trois principales formations politiques permet de plaider cette situation, mais ce phénomène est transitoire.

La République Française est conçue pour fonctionner dans un mode binaire. Nous assisterons dans les prochaines années à une recomposition des partis - une menace qui pèse tant sur le Front National confronté au pouvoir que sur Les Républicains et les socialistes menacés d'obsolescence et de disparition. Mais en attendant, le FN incarne désormais la véritable opposition en France, balayant l'alternance polie entre le centre-droit et la gauche.

Et c'est bien cette nouvelle situation qui donne des sueurs froides aux états-majors politiques.

24 mars 2015

Succès du FN et mensonge médiatique de base

Ce début de semaine voit fleurir diverses analyses sur le premier tour des élections départementales françaises - pêchant par un évident manque de diversité:

Le PS « trébuche », l’UMP « l’emporte », le FN « s’installe. »


Les éléments de langage sont en place et ils seront abondamment répétés. Il faut que le message rentre, même s'il ne correspond pas à la réalité. En effet, le Front National est bel et bien resté le premier parti de France, comme en témoignent les chiffres du Ministère de l'Intérieur. 5'142'177 voix pour le FN (25% des suffrages), la deuxième formation étant l'Union de la Droite avec 4'254 '078 voix (21% des suffrages). Le PS ferme le podium avec 2'708'592 voix (13% des suffrages). Pas vraiment de quoi s'allumer un cigare.

Pourquoi ce gouffre entre les résultats les plus officiels qui soient et la couverture médiatique du premier tour des élections départementales? Sous une forme graphique où le FN est affublé d'une jolie couleur marron (comprenne qui veut) on devine un début d'explication:

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(cliquez pour agrandir)

De nombreux partis et coalitions ont été représentées pour ces élections, sans vraiment être reconnus par les médias comme des entités politiques indépendantes. Le rassemblement forcé de la gauche autour du PS d'un côté et de la droite autour de l'UMP de l'autre permet de cacher l'émiettement de ces partis respectifs et de présenter un podium plus conforme à l'image attendue.

Combien de journalistes se sont penchés sur le fait que les écologistes réunissaient autour de 2% des suffrages nationaux alors qu'ils bénéficient d'une couverture médiatique absolument démesurée? Combien de journalistes pour relever le score absolument pitoyable réalisé par l'UMP en son nom propre, 1'339'579 voix (6% des suffrages), soit encore moins que les "Divers Gauche"?

Cela n'empêche pas certains titres "amis" comme Le Figaro de titrer, toute honte bue, que l'UMP de Nicolas Sarkozy remporte la victoire...

Non, le Front National a remporté le premier tour de ces élections départementales, et de loin. Il a progressé tant en pourcentage qu'en nombre de suffrages. Alors qu'il ne bénéficiait pas de la prime de notoriété des sortants, il a réussi à s'implanter dans des lieux où il n'avait aucune présence historique, et ses plus beaux résultats ont été obtenus dans les zones où il disposait déjà d'élus municipaux. Comme quoi les électeurs ne semblent pas déçus de "l'expérience FN", ou en tout cas pas encore.

Mais pourquoi cet émiettage des partis? La responsabilité en incombe vraisemblablement au Ministère de l'Intérieur:

Dans ce scrutin d'un genre nouveau ne pouvaient se présenter que des binômes constitués d'un homme et d'une femme, qui n'étaient pas obligatoirement issus du même parti politique. A charge pour le ministère et les préfectures de déterminer les binômes socialistes (PS), Union pour un mouvement populaire (UMP), écologistes (EELV), Front national (FN), et surtout les cas, plus complexes, d'unions : « union de la gauche », « union de la droite », « divers gauche », etc.

Interrogé par Le Monde avant le premier tour, le ministère de l'intérieur expliquait s'être fondé, pour établir ses grilles, sur « les clivages politiques issus des scrutins passés et de l'actualité politique ». Celles-ci précisaient par exemple que les binômes intitulés « union de la gauche » devaient avoir été investis par deux partis de gauche, dont le PS, quand ceux d'« union de la droite » devaient avoir reçu l'investiture à la fois de l'UMP et de l'UDI. Subtilité supplémentaire : le ministère distinguait les listes estampillées « union de la gauche » des listes « divers gauche » où aucun des deux candidats n'a été investi par le PS.


Divers gauche tout de même comptabilisés dans le résultat final du "PS" tel que présenté dimanche soir! Si vous avez l'impression d'une manipulation, vous ne seriez peut-être pas loin de la vérité:

[Pour le seul département de l'Ain] quatre cas litigieux ont été recensés. En se basant sur le Répertoire national des élus (RNE), qui recense tous les élus de France, on pouvait trouver, sous l'étiquette « union de la gauche » un binôme radical de gauche-divers gauche (sans le PS) ; deux binômes Parti socialiste-divers gauche (sans la présence d'un deuxième parti de gauche) et même un binôme divers gauche et… divers droite (dans le 20e canton).

En s'affranchissant de leur propre grille, les services du ministère de l'intérieur ont-ils dans ces cas précis choisi de favoriser l'exposition de binômes PS-union de la gauche ? Contacté, le ministère botte en touche : « La corrélation entre le RNE et les nuances individuelles des candidats n'est pas automatique. La nuance attribuée à un scrutin peut refléter l'évolution politique du candidat (…) à partir de l'ensemble des éléments connus de celui-ci... »


Pratique, en effet. A gauche, la manœuvre profita essentiellement au PS. Un binôme PS-Écologiste comptait par exemple comme "Union de la Gauche" et se vit finalement intégrer au score des socialistes ; dans les quelques cantons où ils se présentèrent sous leurs propres couleurs les candidats écologistes purent réunir autour de 10% des voix.

A droite, sans surprise, la manœuvre profita à l'UMP, puisqu'une liste estampillée "Union de la Droite" devait avoir reçu l'investiture à la fois de l'UMP et de l'UDI, tout en étant uniquement comptée dans le giron de la première le dimanche soir. Il est clair que les deux formations politiques ne sont pas de la même force (l'UDI en nom propre ne réunit que 1% des voix) mais le parti centriste avait une vocation naturelle à chercher des alliances... Lesquelles furent, du coup, entièrement phagocytées par son partenaire.

Alors, comme on le voit, le premier tour de ces élections départementales donna lieu à un sacré mensonge médiatique (jusque sur la RTS). Mais dans quel but? Certains diront, et c'est vraisemblable, que l'objectif était de présenter un résultat honorable pour tout le monde. Le PS sauve les meubles, l'UMP revient mais pas trop fort, le FN a de quoi être fier... Mais je crois pour ma part qu'il s'agissait d'autre chose: préparer l'opinion aux résultats finaux.

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La magie du découpage électoral

Si le premier tour d'une élection ouverte est représentatif des citoyens se donnant la peine d'aller voter, le second n'a aucune qualité de cette sorte. Entre les reports de voix, les consignes de vote et les listes éliminées car n'ayant pas atteint un score arbitraire, on se doute bien que la carte de France n'aura pas grand-chose à voir d'un dimanche à l'autre. Si les journalistes avaient fait correctement leur travail en présentant la réalité la pilule aurait été d'autant plus difficile à avaler pour le bon peuple: comment accepter que le FN soit à la fois si présent et réduit à rien? Mais ici nous jouons sur du velours. L'UMP est en tête, le PS bien placé et le FN troisième et réduit, déjà, à la portion congrue.

Les médias nous ont simplement livré, un peu en avance pour préparer l'opinion, les résultats du second tour.

04 février 2015

L'UMP fait naufrage dans le Doubs

Au vu de l'actualité, vous auriez pu penser que l'activité médiatique hexagonale se tournerait vers Boko Haram et ses massacres, la guerre en Ukraine ou, s'il faut vraiment parler d'actualité intérieure, les cellules djihadistes régulièrement découvertes ici et là ou l'exposition du contribuable français à cette dette grecque que le nouveau gouvernement local souhaite "effacer".

Que nenni. A la place, l'actualité semble exclusivement se ramener à deux sujets: un procès en proxénétisme aggravé où Dominique Strauss-Kahn se retrouve sur le banc des accusés - mais on évitera soigneusement d'évoquer les mécanismes de corruption sous-jacents - et la primaire législative dans le Doubs pour trouver un remplaçant au socialiste Michel Sapin, appelé à servir dans les plus hautes sphères de l'Union Européenne.

Et encore! Le second sujet ne semble qu'une vaine excuse pour guetter les querelles au milieu d'une UMP éliminée dès le premier tour. Les ténors appelleront-ils à voter pour le PS? A s'abstenir? A poursuivre dans le "ni-ni" prôné en son temps par Nicolas Sarkozy?

france,ump,nicolas sarkozy,marine le penEn bonne politicienne engagée dans le mauvais parti, Nathalie Kosciusko-Morizet appelle à voter à gauche. L'ancien premier ministre François Fillon lance quant à lui un "pas de complaisance avec le FN, pas d'indulgence avec le PS" ambigu devant le groupe UMP à l'Assemblée. Faut-il donc s'abstenir? Non, puisque le président du groupe UMP de l'Assemblée nationale Christian Jacob se prononce, lui, pour un vote blanc. Après une attente soigneusement orchestrée, Alain Juppé invite quant à lui à "faire barrage" au Front National, donc de voter pour ces socialistes qui lui sont finalement si sympathiques. Et Nicolas Sarkozy, capitaine du Radeau de la Méduse, de réclamer une réunion du bureau politique de l'UMP dont on se demande bien quel pourra être l'effet vu qu'elle a lieu après que chacun ait dit ce qu'il avait à dire...

La question du second tour n'est pas anodine puisque le cas de figure est inédit. Les précédentes élections partielles avaient vu l'élimination de la gauche au premier tour, laissant au second l'UMP face au Front National. L'électeur socialiste moyen avait donc deux choix: soit se déplacer pour élire l'UMP et donc opter pour le "moindre mal" en présentant cela comme un devoir civique, soit rester chez lui à savourer un thé chaud. Ici, l'UMP se retrouve tiraillée entre deux rivaux: l'ancien à gauche, le nouveau à droite. Entre le PS et le FN, quel dilemme!

L'élimination de l'UMP au premier tour montre à quel point le PS a effectivement repris du poil de la bête - en particulier depuis les attentats du 7 janvier et la récupération politique le dimanche même par François Hollande lors de la marche "je suis Charlie". L'opération fut si réussie que Manuel Valls, en campagne dans le Doubs, présente désormais carrément cette manifestation comme un rassemblement historique de la gauche:

"Mobilisez-vous! Soyez fiers de cette France du 11 janvier, qui s'est retrouvée et que nous chérissons. Soyez fiers de cette gauche que nous incarnons, de cette gauche qui affronte le réel avec la force de son idéal", a lancé le Premier ministre devant une assistance d'un millier de personnes.


Vous vous sentiez Charlie en janvier? Vous aviez peut-être battu le pavé parisien pour exprimer votre rejet du terrorisme islamique, votre foi dans la société française ou la liberté d'expression? Félicitations. Vous êtes désormais socialiste honoris causa - nous ne sommes plus à une contradiction près.

Consternant spectacle d'une classe politique et d'une classe médiatique vivant complètement en dehors de la réalité - jusque dans les consignes de vote qu'elle croit donner. Saluons le collectif de droite Sens Commun de rappeler l'absurdité du mépris des choix électoraux:

La question à se poser est pourtant simple: que reste-t-il de la démocratie quand certains s'arrogent le droit de qualifier un vote de bon et l'autre de mauvais? (...) La République n'est pas un monopole: en la récupérant à son seul profit, la gauche dite «républicaine» la vide par là même de son sens. Une fois de plus, elle se juge habilitée à exclure du débat démocratique des millions de Français. Mais si elle n'aime pas un certain type d'électeurs, c'est qu'elle n'aime qu'une partie de la France et qu'elle est donc incapable de rassembler notre pays. Et si elle estime que plusieurs millions de Français ne savent pas voter, pourquoi maintenir la démocratie plus longtemps?


Pas un média en revanche pour relever la sortie du candidat UMP vaincu Charles Demouge: "ce sont les bons petits blonds qui m'emmerdent", lança-t-il en tentant visiblement de courtiser l'électorat immigré. Peine perdue. Quant à la mobilisation citoyenne et les plaintes des associations contre cette saillie indigne, on les cherche encore ; mais il est vrai que le racisme anti-blanc est pardonnable et pardonné en France.

Combien d'électeurs ont été rebutés par ces propos consternants? On ne le saura pas puisque, outre l’omerta médiatique, les grands pontes de l'UMP n'ont visiblement pas choisi de remettre en cause la qualité de leur candidat. C'est une faute.

Le deuxième aspect de cette élection partielle concerne la France entière. Après la défection de Jean-Pierre Maggi vers le groupe des radicaux de gauche plus tôt dans l'année, le siège de député du Doubs remet encore davantage en question la majorité du PS sur l'Assemblée Nationale. Autrement dit, l'affaire ne porte pas seulement sur le remplaçant d'un ex-ministre mais bien sur la continuité de l'exercice du pouvoir par le PS.

La chute progressive d'un parti disposant à lui seul du pouvoir de décision législatif reste un symbole fort. Dans ce contexte, l'existence d'un troisième député du Front National est anecdotique ; il est effarant de constater que le sujet peut à ce point obséder l'état-major de l'UMP et livrer des résultats aussi curieux. L'UMP est terrorisée par le FN, c'est un fait, mais il faut livrer bataille intelligemment. Le destin du combat entre les deux partis ne se joue pas dans le Doubs.

Le vote blanc finalement préconisé est un prétexte. En refusant aux électeurs du Doubs le droit d'élire un candidat du Front National, l'UMP montre qu'elle se complaît dans la dualité "UMPS" si souvent dénoncée par Marine Le Pen. Elle sert directement les intérêts des socialistes et de François Hollande. Renonçant de facto à son rôle d'opposition, ses consignes de vote confuses ne font finalement que la démonstration de son inutilité et préparent donc, à terme, son effondrement.