30 juin 2011

Déjeuner sur l'herbe, meurtrier inclus

C'est le feuilleton de l'été dont chacun se serait bien passé: la fuite de "Jean-Louis B.", évaporé dans la nature depuis le début de la semaine. On ne divulguera pas son nom de famille dans les médias. Les autorités débordent d'égards pour les assassins et les violeurs, et dans ces catégories Jean-Louis est un client de tout premier ordre. Outre ses viols, il tué une adolescente. Respect.

Jean-louis_B.jpgDans sa longue peine de réclusion à perpétuité, Jean-Louis est passé par plusieurs prisons; il a terminé sa carrière de prisonnier lundi en s'évadant de celle de Bellevue, à Neuchâtel. Remarquez, il ne s'est pas vraiment évadé, il s'est juste enfui à l'issue d'un pique-nique organisé pour lui sous la surveillance de deux agents de détention non armés, dont une femme. Le monsieur n'était pas menotté et a commencé à étrangler la gardienne depuis le siège arrière du véhicule sensé le ramener. Pas fou, notre homme a attendu le trajet du retour. Autant fuir le vendre plein!

Après l'altercation à l'intérieur de la voiture, il s'est enfui à pied. L'autre gardien, indemne, n'a pas été capable de courser l'homme de 64 ans.

On ne pourra pas plaider la surprise, seulement l'aveuglement. L'administration pénitentiaire, bonne fille, n'a pas tenu rigueur à Jean-Louis de ses écarts de conduite passés. Ce n'était de loin pas le premier incident provoqué par notre bonhomme. Il a commis au moins cinq viols dont deux lors de permissions accordées en détention. Jean-Louis n'était pas vraiment un prisonnier modèle, certes, mais pas au point de lui refuser des "sorties humanitaires". On n'est pas des bêtes!

Des fois, je me demande ce qu'il faut avoir fait pour se voir refuser une sortie...

Pourtant, Jean-Louis a plutôt bien résisté à l'appel du large. Il ne s'est fait la malle que lors de sa quatrième excursion en sept mois. Suivant la logique administrative, on peut penser que les trois épisodes sans encombres plaideront en sa faveur la prochaine fois qu'on évaluera son droit humanitaire à partir se promener.

D'ailleurs, contrairement à ce que clament les uns et les autres, l'administration pénitentiaire était pleinement consciente du dossier de Jean-Louis. C'est à cause de ce dossier qu'elle l'a fait garder par une femme lors de la sortie pique-nique, la gardienne devant avoir un "effet thérapeuthique" sur le détenu. Ne riez pas, c'est du sérieux. Vous savez, montrer une femme à un criminel sexuel, ça le calme tout de suite. Regarde, Jean-Louis! Une femme! Ça te donne pas envie, hein? Comme celles que tu aimes tant violer et assassiner! Berk! Bon, oublions cela et partons gaiement à la campagne! Tu veux un sandwich au jambon? Mange-le entier, mon gars, parce que tu sais, il ne faut pas courir le ventre vide...

Depuis que Jean-Louis s'est fait la belle, on piste, on recherche, on diffuse des photos. On parle de "cafouillage".

Dans une fiction, personne ne croirait à un scénario aussi grotesque. Mais ce n'est pas du cinéma, c'est le système carcéral suisse. Et un niveau d'incompétence si dramatique que c'en est à se taper la tête contre les murs.

La notion de "sortie humanitaire" prendra un tout autre sens dans l'hypothèse probable où Jean-Louis commettrait quelque nouveau méfait avant la fin de sa cavale.

Car malheureusement, le feuilleton de l'été n'en est pas à son dernier épisode.