21 décembre 2015

Genève: casseurs partout, police nulle part

Les Genevois ont eu une bonne gueule de bois ce dimanche: ils ont découvert l'état de leur ville après une manifestation interdite de l'extrême-gauche locale. Extrême-gauche? Pardon, ultra-gauche selon la novlangue en vigueur, histoire d'épargner l'extrême-gauche institutionnelle... Certains élus de gauche soutenant d'ailleurs le mouvement.

genève,extrême-gaucheLa manifestation, sobrement intitulée "sauvage" (tout un programme!) sur le site "information et luttes" de Suisse romande renverse.ch, a dévasté la ville depuis les Cropettes dans le quartier de la gare jusqu'au boulevard Carl-Vogt à la Jonction. De nombreuses vitrines ont souffert ainsi que des banques et des bâtiments publics, au premier rang desquels le Grand Théâtre, lourdement maculé de peinture et de slogans.

Le quotidien 20 minutes se fait l'écho de la profession de foi des nihilistes:

"Nous prenons la rue pour qu'elle soit autre chose qu'un espace de circulation automobile et de vitrines de luxe; nous prenons la rue car l'avenir de nos lieux de fête et de culture est menacé par la volonté inflexible de Pierre Maudet d'imposer sa loi; nous prenons la rue parce que l'état de Genève subventionne en grande majorité le Grand Théâtre, un lieu de culture bourgeoise pratiquant des tarifs inaccessibles aux plus nombreux."


Pierre Maudet, l'ennemi à abattre. Ainsi que toutes les banques et les commerces rencontrés sur le chemin, nos révolutionnaires n'hésitant pas à s'offrir un petit extra en se servant sur la bête. De nombreuses vidéos de Genevois atterrés montrent les émeutiers attaquer les vitrines à coup de marteau, voire tenter d'y bouter le feu avec des bombes incendiaires improvisées, en toute décontraction. Mais de police, point.

La police était là, nous dit-on à la radio par le biais de sa cheffe Monica Bonfanti, mais elle a choisi... De ne pas agir. Alors que la manifestation ne comportant en tout et pour tout que quelques centaines de personnes (on parle de 500 individus, casseurs compris), les forces de l'ordre on décidé "d'être souple" et donc de livrer le centre-ville à des hordes de barbares pendant une heure et demie, les laissant infliger des dégâts se chiffrant en dizaines de milliers de francs avant de se lancer et de disperser la manifestation non autorisée. Mais qu'on se rassure, personne n'a été arrêté!

Dans une Genève prétendument en état d'alerte maximum à cause du danger terroriste, pareille démonstration d'impuissance représente un échec crucial. La soirée de samedi soir ne contribue pas à renforcer la crédibilité de la police - ni pour les citoyens du bout du lac et leur sempiternel "sentiment d'insécurité", ni face à d'éventuels islamistes en quête d'une cible facile.

En période de crise, mieux vaut éviter de crier que le roi est nu ; Genève vient de faire exactement le contraire, étalant au grand jour son impuissance derrière des excuse de stratégie de contention de la foule qui n'abusent personne.

Aurait-il été possible d'agir? De toute évidence, oui, ne serait-ce que lorsque le cortège non autorisé était le plus vulnérable, lors du passage du pont du Mont-Blanc. C'est d'ailleurs ainsi qu'une manifestation altermondialiste fut neutralisée lors du sommet du G8 à Évian en 2003. Bien que le sommet se déroule à une cinquantaine de kilomètres, les black blocks avaient investi la Cité de Calvin, surprenant tout le monde. Mais, il y a douze ans déjà, la police n'avait pu arrêter les meneurs: un Conseiller d’État de gauche avait pris fait et cause pour les manifestants, allant jusqu'à rejoindre le cortège sur le pont pour empêcher la police de les arrêter...

A l'époque déjà le problème était moins légal que politique. Que peut faire la police si on lui a donné l'ordre de ne pas intervenir?

De même que les émeutes de 2003 avaient brisé la carrière de la conseillère d'Etat Micheline Spoerri, responsable de la police à l'époque, celles de 2015 pourraient menacer Pierre Maudet. Nul doute que celui-ci ne laissera pas l'épisode de ce week-end ternir son image sans réagir. Alors que l'enquête patauge déjà et qu'on se demande si le moindre casseur verra jamais une cellule, la pression est donc maximale sur les épaules de Monica Bonfanti, dont la gestion de crise laisse pour le moins à désirer.

Entre malveillance ou incompétence il est difficile de trancher; mais du point de vue des citoyens, les deux maux sont tout aussi rédhibitoires. Si les responsables sont incapables, il faut en changer, point.

21 novembre 2014

Genève découvre la grève "à la française"

Si Genève n'est pas vraiment la Suisse, comme le proclament de nombreux Genevois avec une pointe de fierté, la ville ressemble de plus en plus à la France - grèves comprises. Mais tout n'est pas perdu.

L'événement genevois de la semaine eut donc lieu mercredi 19 novembre avec une grève des Transports Publics Genevois (TPG) de 24h particulièrement suivie. Elle priva la ville de bus et de tram pendant une journée entière. L'expérience de cette privation fut riche en enseignements.

Sur le plan de la circulation d'abord. La population locale, dressée comme partout à croire en l'omnipotence du transport collectif sur l'odieux déplacement individuel en voiture, s'attendait au pire. Et en fin de compte... Rien - ou quasiment. Les gens se déplacèrent tant bien que mal, en taxi à plusieurs, en vélo, en covoiturage ou tout simplement à pied. Il faisait beau mais froid en ce mois de novembre. Quelques embouteillages eurent lieu le soir mais malheureusement ils sont monnaie courante dans la région, grève ou pas.

L'information avait été correctement diffusée: il en allait de l'influence du mouvement syndical, après tout. Mais mis à part quelques malheureux découvrant la situation le jour même, la plupart des gens eurent le temps de se préparer et de trouver des alternatives. Le chaos annoncé laissa plutôt la place à la bonne humeur, de nombreux citoyens - dont beaucoup de cyclistes - goûtant à l'absence des bus et tram qui monopolisent d'habitude la circulation au centre-ville.

Surpris et un peu déçu du manque d'impact de la disparition des transports publics sur les déplacements de la population, certains affirmèrent que les solutions trouvées ce jour-là ne sauraient être que ponctuelles ; d'autres annoncèrent au contraire que nous avions assisté en direct à la démonstration de l'inutilité des transports en commun.

Sur le plan politique les Suisses découvrirent un mouvement social à la française - on fait grève d'abord et on discute ensuite. L'idée des grévistes était de demander au Conseil d’État le retrait du contrat de prestation 2015-2018, actuellement discuté au Grand Conseil et dont le vote final est attendu le 4 ou le 5 décembre. Ce contrat remet en cause le statut des employés de la régie publique et pourrait amener un certain nombre de licenciements.

Il n'est pas anodin de constater la naïveté absolue de la classe politique face à ce mouvement de contestation. La palme en revient incontestablement à Christophe Stucki, directeur par intérim des TPG, et Luc Barthassat, le Conseiller d'Etat chargé du département de l'environnement, des transports et de l'agriculture. Les deux hommes claironnèrent ainsi que "le mouvement syndical avait été très suivi" et "les avait pris au dépourvu", justifiant ainsi l'échec de la mise en application d'un service minimal pourtant prévu dans la Constitution. Un véritable camouflet pour l'élu PDC.

La motivation des grévistes l'aurait emporté... Bel exemple de lyrisme syndicaliste comme on les aime, à un petit détail près: c'est complètement faux. Le soir même de cette journée de contestation, la RTS diffusait le reportage de journalistes embarqués avec les grévistes. On y voit un leader syndical local haranguer ses troupes et les préparer, le micro d'un haut-parleur en main:

"Mettez-vous dans tous les points stratégiques, empêchez les gens d'aller démarrer les véhicules, et on va essayer de tenir toute la journée comme on a prévu."


Autrement dit, loin des couleuvres gobées par les responsables hiérarchiques des TPG, il y avait bien un piquet de grève ce jour-là pour empêcher les non-grévistes de travailler, ce qui est évidemment illégal.

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Une voiture peu discrète bloque la porte du dépôt

Un peu moins naïfs que leurs aînés, les jeunes libéraux genevois en profitèrent donc pour déposer des plaintes à titre personnel. Nous verrons comment la justice instruira ces dossiers.

Les syndicalistes n'ont pas obtenu gain de cause et promettent de remettre le couvert en décembre. Les dégâts en termes d'image sont pourtant très importants. La grève en Suisse est contraire à l'esprit de la paix du travail, qui ne la considère comme un moyen de dernier recours. Ce n'est évidemment pas le cas ici, puisque le projet litigieux n'a même pas encore été étudié par le parlement genevois.

Non seulement les grévistes des TPG passent pour des jusqu'au-boutistes capricieux, mais aussi pour des... Français. Le rayonnement français n'est pas forcément celui que l'on croit ; ici, le pays est devenu synonyme de conflits sociaux à répétition pour un oui ou pour un non. Les internautes s'en donnent ainsi à cœur-joie:

"Genève compte tellement de Français que forcément leur mentalité revendicatrice et tire-au-flanc se transmet aux Suisses. Une horreur qui porte gravement préjudice aux citoyens."


Les Français frontaliers représentent un peu plus d'un quart des salariés des TPG. Sont-ils responsables du style du mouvement syndical? Nous n'en savons strictement rien. Mais beaucoup de Genevois y ont vu l'occasion de tirer à boulets rouges sur leurs voisins français et sur les frontaliers, et ce bien que les compagnies privées qui aient remplacé au pied levé les TPG défaillants pour assurer un minimum de service aient été... Françaises.

Dans son propre intérêt, le personnel des TPG aurait intérêt à revenir s'asseoir à la table de négociation et à essayer de trouver des solutions au lieu de se jeter à corps perdu dans le bras de fer. La grève préventive ne correspond tout simplement pas à la mentalité helvétique, Genève comprise.

18 septembre 2014

A nos musulmans de Suisse

"Respect à nos musulmans de Suisse", lance Pascal Décaillet sur son blog.

mosquee_petit_saconnex.jpgEst-ce son appui immodéré pour Mauro Poggia qui le fait s'exprimer ainsi? Sur ce sujet sur lequel il rumine depuis des mois, "des années même" , il s'inquiète du "niveau d'inculture" de ceux qui débattent de l'islam dans l'espace public, rappelle la proximité entre les religions du Livre, et fait en fin de compte tristement étalage de sa méconnaissance (si ce n'est touristique, peut-être) de l'islam, à commencer par croire qu'il ne s'agit que d'une religion.

Il est vrai que M. Décaillet a été à bonne école, soumis pendant quelques années à un prêtre catholique infiniment respectueux de l'islam, dans cette attitude post-Vatican II si typique d'une église qui cessa de croire en elle-même et dans la vérité de son message.

Maintenant, j’ai aussi moi-même un respect infini pour les musulmans:

  • qui concèdent que le droit civil l’emporte sur la charia et le droit divin, estiment que la pratique de la religion est une affaire aussi privée que personnelle et que l'islam n'a pas a régir le fonctionnement de la société civile ;
  • qui aiment leurs filles et respectent leurs choix de sortir avec des non-musulmans et éventuellement de les épouser sans qu'ils n'aient à se convertir ;
  • qui voient la sunna comme un carcan de superstitions d’un autre âge ; qui concèdent que le jeûne du ramadan est plus une tradition qu’une obligation, et qui ne feraient jamais une remarque à un coreligionaire décidant de ne pas le suivre ;
  • qui respectent les femmes, refusent de voir filles et épouses comme du bétail à voiler pour les préserver de la prétendue convoitise des hommes ;
  • qui ne voudraient pas d'un minaret à leur mosquée, comme d'ailleurs des milliers de mosquées dans les pays musulmans eux-mêmes ;
  • qui admettent que le retard de développement du monde musulman est largement lié à la pratique de cette religion, et qu'être musulman n'est gage d'aucune forme de supériorité ;
  • qui célèbrent et acceptent l’égalité homme-femme et la monogamie telles que les conçoivent la civilisation occidentale ;
  • qui ne voteraient jamais pour des musulmans sur la base de cette seule qualité ;
  • qui reconnaissent le droit d'Israël à exister, et ont eux-mêmes des amis juifs ;
  • qui s'indignent des exactions commises par des islamistes et manifestent publiquement pour les dénoncer ;
  • qui respectent la conversion d'un musulman à une autre religion avec autant de fatalisme qu'ils éprouvent de joie à convertir un nouveau fidèle à l'islam ;
  • qui se font la voix de la modération dans leur communauté et n'hésiteraient pas à coopérer avec la police s'ils entendaient dans leur mosquée le moindre prêche incitant à la haine ;
  • qui seraient capable de m'expliquer pourquoi tant de bouchers massacrant dans différentes guerres civiles partout autour du globe insistent tant pour se réclamer de l'islam alors que leur pratique de cette prétendue "religion de paix" est si diamétralement opposée à la leur ;
  • qui rient des caricatures de Mahomet, parce qu’elles sont drôles.


Et ce, qu'ils viennent de Suisse ou d'ailleurs.

J'ai la chance de connaître une poignée de musulmans helvétiques qui se rapprochent de cette liste sur certains aspects, mais pas tous. Bizarrement, ils sont très humbles quant à leur approche modérée de leur religion et s'efforcent de rester discrets. Pour leur défense, il faut bien reconnaître que les quelques croyants correspondant à tous ces critères dont j'ai pu entendu parler ailleurs en Europe vivent généralement sous protection policière, s'étant fait remarquer par des coreligionnaires moins ouverts d'esprit. Tout cela est très curieux.

Mais comme annuellement des centaines de milliers de nouveaux immigrés musulmans s'ajoutent en Europe à ceux qui y sont déjà installés, les perles rares ne tarderont pas à se révéler. Plus il y a de musulmans, plus ils glissent vers la modération. C'est la logique même, n'est-ce pas?

En attendant, je me réjouis de pouvoir un jour rencontrer quelques-uns de ces musulmans genevois si dignes de respect évoqués par M. Décaillet.

J'ose juste espérer qu'il ne faisait pas référence aux frères Ramadan.

06 juin 2014

Quand l'application des peines fait peine

"L'assassin a trahi notre confiance." C'est par ces mots hallucinants de naïveté que Pierre Maudet a commenté l'évasion d'un détenu à l'issue de deux jours de permission sans surveillance accordés par l'administration pénitentiaire...

Dans le monde très particulier de l'application des peines en Suisse, la confiance s'accorde assez aisément. C., de nationalité française, avait tué de 110 coups de couteau une transsexuelle de 49 ans à son domicile de la rue de Berne, aux Pâquis, en janvier 2004, clamant avoir agi sous l'influence de stupéfiants. Il fut condamné à 15 ans de réclusion la même année.

Ne tombez pas dans le panneau d'une simple addition pour en déduire que le coupable devrait sortir en 2019 ; le temps carcéral s'écoule d'une façon toute particulière:

En Suisse, la majorité des personnes détenues sont libérées après avoir exécuté au minimum deux tiers de leur peine ou, dans le cadre de l’exécution des mesures, quand les interventions thérapeutiques ont permis des progrès permettant de considérer qu’elles sont en mesure de réussir la mise à l’épreuve.


Donc 33% de remise de peine pour tout le monde, sauf exception. Les quinze ans en deviennent dix. Mais un condamné se retrouvera au contact du public bien avant:

Souvent, la sortie des personnes détenues ayant exécuté de longues peines se fait progressivement. La personne passe d’une exécution en milieu fermé à une exécution en milieu ouvert, ouvrant la possibilité d’une réinsertion par étapes successives. Avant la libération conditionnelle, il est également possible de passer par une période de travail externe, éventuellement suivie d’une période de logement externe (...)


prison,justice,pierre maudet,genèveLe terme "milieu ouvert" renvoie au contact entre l'individu et la société. Dès la moitié de la peine effectuée, il peut effectuer un travail externe - si le risque d'évasion est nul et le risque de récidive faible, précise-t-on avec un cynisme calculé. Il est aussi possible d'accéder à un logement à l'extérieur. On parle alors de travail et logement externes (TLEX), un statut qui n'a plus guère de rapport avec l'image traditionnelle de la prison. Les détenus doivent simplement dormir dans la structure les soirs de semaine. C. était ainsi logé à Plainpalais, en plein centre de Genève, dans l'institution "la Pâquerette des Champs".

Résumons: l'assassin aux 110 coups de lames condamné à quinze ans de prison en 2004 goûtait à la liberté probablement depuis 2011-2012 et serait sorti de prison cette année. C'est d'ailleurs le refus de sa liberté conditionnelle suite au tour de vis général consécutif à l'assassinat d'Adeline qui l'amena à "péter les plombs" et se rendre chez sa mère en France, d'où il n'était pas possible de l'extrader... Un pétage de plomb qui n'a rien de surprenant sachant qu'il était déjà hébergé dans une structure destinée à des personnes souffrant de troubles de la personnalité, comme en témoigne cette définition de poste pour un nouveau directeur.

Savez-vous pourquoi vous n'avez vu aucun portrait-robot de C. dans la presse ni à la télévision? Parce qu'il était en régime de semi-liberté depuis si longtemps que la police ne voulait pas avoir à traiter les centaines de témoignages de gens l'ayant croisé avant sa cavale!

Un système carcéral reposant sur le bon vouloir de meurtriers et d'assassins peut-il fonctionner? Oui, s'il est très confortable, que les prisonniers sont aux petits soins, les professionnels chargés de l'évaluation compétents, le suivi impeccable, et les détenus pas trop vicieux. Qu'un seul de ces critères tombe et toute la construction s'écroule.

En Suisse il est effondré depuis longtemps, mais le grand public ne réalise l'ampleur de la situation que depuis peu. Suivi lacunaire par des administration qui se renvoient la balle, irresponsabilité généralisée, évaluations angéliques... Les gabegies se succèdent, en particulier pour les peines les plus longues. On finit avec des remises de peine tellement banalisées qu'elles déclenchent l'ire des détenus lorsqu'elles ne sont pas accordées de suite, et bien sûr une dangereuse exposition de la société civile aux éléments dont la prison est sensée la protéger.

La personne qui prend un café en terrasse en face de vous est peut-être un condamné avec encore de longues années théoriques de peine devant elle. Vous n'avez aucun moyen de le savoir. Ne vous fiez pas à l'absence de surveillant aux alentours pour conclure quoi que ce soit... Il faudra sans doute encore bien des scandales pour que les sorties soient correctement surveillées ; quant à des détenus purgeant enfin leur peine telle que définie dans le code pénal, n'en rêvons même pas.

M. Maudet, chef du Département de la Sécurité et de l'Economie dans le gouvernement genevois, le jeune loup PLR si triste que la confiance de l'administration pénitentiaire ait été flouée, fait paraît-il partie des "durs" de sa formation politique. Cela donne une petite idée de l'état d'esprit qui règne en haut lieu. Et puis bon, après quelques jours le condamné est retourné au bercail, donc tout va bien, non?

L'enquête administrative n'a pas encore démarré mais gageons que cette fois encore ce ne sera la faute de personne.

29 octobre 2013

Mauro Poggia est-il un bon musulman?

Le deuxième tour de l'élection au Conseil d'Etat genevois nous donne l'occasion d'une jolie danse médiatique autour du candidat du Mouvement Citoyen Genevois, Mauro Poggia. Les responsabilités individuelles sont délicates à établir ; quitte à commencer avec un calendrier, prenons celui proposé par Pascal Décaillet lorsqu'il dénonce la cabale:

A l’émission Mise au Point de la TSR, dimanche 6 octobre. Dans un titre du Matin dimanche, le 13 octobre. Dans un blog de Jacques-Simon Eggly, posté dimanche 13 octobre. Trois indices, très clairs, de l’opération « Flinguer Poggia » lancée par l’Entente, et quelques affidés.


Et par les trois canaux, la même révélation insidieuse: Mauro Poggia est converti à l'islam. Comme personne ne pourra m'accuser de rouler pour l'Entente, essayons d'analyser la situation.

Il va de soi que tant la télévision que la presse romande s'opposent au MCG, parfois officieusement par le biais de reportages orientés, parfois ouvertement comme lorsque la rédactrice en chef du Matin Dimanche appelle carrément à ne pas voter pour le mouvement. Dans ce contexte, on imagine sans peine que la "révélation" a pour but de couler sa candidature. La tactique cousue de gros fil part du principe que l'électeur moyen ne saurait donner sa voix à un musulman, quelle que soit la tolérance de façade affichée par chacun.

Qui aurait cru que nos journalistes si empressés de combattre l'islamophobie auraient si peu de réticence à l'employer dès lors qu'elle sert leurs objectifs politiques? Il y a l'élévation des masses et les priorités du moment...

Le blog de Jacques-Simon Eggly, lui, argumente sur un angle plus subtil: il reproche surtout au candidat MCG d'avoir abandonné sa religion d'origine. Pascal Décaillet rétorque à l'artillerie lourde, accuse M. Eggly de chercher à faire un procès d'apostasie, ce à quoi M. Eggly recule, courbe l'échine, s'excuse piteusement de sa propre audace et capitule en rase campagne sur le thème du caractère velléitaire supposé de Mauro Poggia sur les questions de religion et peut-être d'autres. Et de conclure qu'en fin de compte chacun est libre de croire ce qu'il lui plaît dans la sphère privée et, voyons, ne nous fâchons pas pour si peu.

Islam et droite, ce débat qui n'aura pas lieu, commentent ironiquement Les Observateurs. Mais pourquoi n'aurait-il pas lieu? Car enfin la question de fond demeure: être converti à l'islam et candidat au Conseil d'Etat à Genève en 2013, est-ce anodin? La religion est-elle un élément du décor au même niveau que des goûts culinaires ou les préférences en ameublement intérieur?

genève,mcg,mauro poggia,islam,électionsMauro Poggia donna lui-même il y a quelques années une explication tout en nuance quant à sa conversion: en 1996, à cause de la religion de sa compagne. Mais il n'implique pas qu'il s'agisse d'une conversion de convenance, bien au contraire. Même si cela avait été le cas le choix aurait été porteur de sens, puisqu'il était visiblement impensable que la compagne du politicien abandonne la sienne... Il est vrai que l'apostasie est punie de mort selon le dogme de la religion désormais embrassée par le couple, ce qui réduit les risques de changements futurs.

Il importe peu aux électeurs genevois que Mauro Poggia consomme ou non de l'alcool ou du porc, et l'idée qu'il prie cinq fois par jour tourné vers la Mecque prête plutôt à sourire. Mais il semble qu'il ait longuement plaidé devant son parti son rejet de l'initiative contre les minarets, par exemple. Se peut-il que ses convictions religieuses n'aient joué aucun rôle dans la formation de son opinion? Et quels sont ses points de vue sur les repas halal à la cantine, la ségrégation des horaires de piscines publiques selon les sexes, les prières dans la rue, le port du voile en public, la charia comme source du droit? Quelles sont les différences entre ses opinions sur l'islam et celles d'un Tariq Ramadan ou d'un Hafid Ouardiri?

Ce sont là des question légitimes qu'il convient de poser à un candidat de confession musulmane, converti ou non, MCG ou non. La religion fait partie de la sphère privée, mais les convictions, elles, font partie de la sphère publique, spécialement pour un politicien candidat à l'exécutif. Rien n'empêche que ces questions soient posées à tous les candidats - et croyez bien que j'aimerais qu'elles le soient - mais elles prennent un sens particulier pour un musulman.

Pascal Décaillet manie sa plume avec talent et soutient objectivement le MCG, ce qui est son droit le plus strict. Il a raison quand il dénonce d'odieuses manœuvres visant à descendre une candidature. Mais il se trompe en affirmant dans une posture contradictoire que les opinions religieuses des uns et des autres n'auraient finalement aucune importance ou qu'elles relèveraient de la sphère privée. Malgré leurs motivations plus que douteuses, les médias sont dans leur rôle en soulevant cette question. Et foin de faux semblants, le premier responsable de la tonitruante révélation est M. Mauro Poggia lui-même en embrassant la religion de Mahomet il y a dix-sept ans.

Même les horloges arrêtées donnent l'heure juste deux fois par jour, comme on dit.

15 mars 2013

Des riches toujours plus riches... Grâce à l'Etat

La petite histoire du jour nous vient du canton de Genève, où le bon public découvre (honteux et confus, mais un peu tard) que les politiques sociales d'accession à la propriété ont en fait des effets aux antipodes de leurs buts initiaux.

Dans un article limpide, Christian Bernet explique que des promoteurs et leurs amis font main basse sur les biens à vendre.

genève,immobilierLe mécanisme est extrêmement simple: agissant sur plans, de riches individus s'emparent d'immeubles à bâtir en "zone de développement", où les prix de vente sont contrôlés par l'Etat pour permettre l'accès au logement à des prix abordables.

Ils réussissent ainsi à acquérir des appartements à des prix très inférieurs aux tarifs usuels en vigueur à Genève. Le journaliste évoque ainsi 600'000 à 800'000 francs pour un cinq pièce, par exemple. Mais les contraintes légales sur ces prix ne s'appliquent que pendant dix ans. A l'issue de ce délai, la vente de ces appartements est libre. Les propriétaires ont donc carte blanche pour se séparer de leurs biens avec une plus-value époustouflante à la clef. Ils peuvent doubler voire tripler leur mise!

Seuls les individus les mieux informés et avec des fonds mobilisables rapidement ont accès à cette loterie privée. On s'en doute, ce genre de personne ne se trouve pas parmi la population officiellement visée par le programme d'aide:

L’exemple le plus flagrant se situe à la Tulette, à Cologny, où un grand chantier est en cours. Ici, le promoteur Abdallah Chatila construit 250 appartements, dont 149 sont à vendre en PPE (propriété par étages). Or, quelques familles, en bonne partie de Cologny et fortunées, ont fait main basse sur ces PPE. Les anciens propriétaires, qui ont vendu le terrain, ont acquis 29 appartements! Sur les 120 restants, plus de 70 ont été vendus par lots de deux, trois, voire six appartements. (...) Jean Murith, qui était maire de Cologny quand l’opération s’est montée, a acheté deux appartements. In fine, on ne trouve que 52 personnes qui n’ont acheté qu’un seul logement. Et encore, parmi ce chiffre figurent des membres d’une même famille.


Le maire de la ville trempe lui aussi dans la bonne combine, tiens tiens! Cela n'empêchera pas les gens de réclamer à l'Etat - c'est-à-dire une organisation remplie de politiciens exactement comme le maire de Cologny - de légiférer davantage pour "réagir". La machine est en marche et rien ne l'arrêtera:

Le Conseil d’Etat évoque un «contournement inadmissible» de la loi, dans son récent Plan directeur cantonal. François Longchamp, en charge de l’Urbanisme, va bientôt annoncer des mesures pour lutter contre ce phénomène qui, parfois (sic), relève de la pure spéculation.


Reste à savoir comment. Augmenter les délais avant la remise en vente? Empêcher la vente locative? Limiter l'acquisition de propriété à un logement par personne?

Aucune de ces mesure ne fonctionnera, évidemment. Les spéculateurs ont toujours un coup d'avance. Face à la perspective de multiplier leur mise, même à l'issue d'un long délai dans, peu d'entre eux hésiteront à choisir un placement à l'abri de l'inflation, dussent-ils attendre quinze ou vingt ans. Quant aux autres méthodes de contrôle, elles seront contournées par l'utilisation de prête-noms ou des locations sous le manteau, d'autant plus faciles à conclure que la pénurie immobilière sévit à Genève.

Les investisseurs fortunés ont simplement, pour faire fructifier leurs biens, des outils dont ne dispose pas la classe moyenne.

La connivence avec la classe politique est l'un d'eux.

Le fait est qu'en permettant la mise sur le marché de logements à des prix manipulés, l'Etat offre une aubaine dont seuls certains parviendront à profiter. Des barrières supplémentaires repousseront quelques-uns d'entre eux, mais pas tous ; les spéculateurs s'adapteront et si certains n'y arrivent pas ou plus, d'autres encore plus riches se substitueront aux premiers pour rafler la mise.

Autrement dit, l'Etat est la source du problème. Alors même qu'il est directement responsable de la pénurie immobilière parfaitement illusoire frappant le canton du bout du lac, il y a peu à espérer de lui pour arranger les choses.

La population genevoise, ivre d'interventionnisme, n'est évidemment pas prête à accepter cette idée. Elle scandera, manifestera et votera pour que l'Etat légifère, encadre, interdise et surveille toujours plus les transactions immobilières déséquilibrées qu'il aura lui-même contribué à créer ; et qu'au détour d'un article de la Tribune le citoyen genevois découvre les pitoyables abus qu'entraîne ce dirigisme, il s'en lamentera brièvement avant d'en réclamer encore davantage. Cela ne va évidemment pas arranger la situation du logement dans le canton.

Les riches spéculateurs immobiliers genevois n'ont, eux, pas trop de soucis à se faire: l'Etat travaille pour eux.