22 juillet 2019

Nouvelles d'Iran

Que se passe-t-il en Iran? Où en est le régime de Téhéran? Y aura-t-il une guerre dans le Golfe Persique?

Comme il est difficile d'avoir des nouvelles authentiques sur ce qui se passe dans cette zone, autant avoir l'information de première main - auprès d'un ressortissant iranien faisant de fréquents voyages dans ce pays. Voici donc le compte-rendu d'une interview avec Berham (prénom d'emprunt, bien évidemment).


Bonjour Berham. Pour commencer, puisque nous allons parler de l'Iran, quelle est ta connaissance réelle du pays?

Je suis Iranien d'origine, j'en parle la langue. Je travaille avec l'Iran et en Iran depuis des années. Je m'y rends environ une fois toutes les trois ou quatre semaines, à vrai dire j'en reviens à peine.

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Vue de Téhéran.

D'accord, mais que vois-tu du pays à chaque fois? Rencontres-tu des membres du régime? Des civils? Te rends-tu hors de Téhéran?

Je suis en contact avec des politiciens et des membres de l'administration - les Gardiens - pour des raisons professionnelles. Je ne fais pas que rester dans la capitale. Je discute avec les locaux, je consulte la presse iranienne, l'opinion de l'homme de la rue, et mes nombreuses connaissances sur place. Et pour finir le tour d'horizon, comme je travaille en lien avec l'industrie pétrolière, je suis très au courant des enjeux du régime iranien de ce côté aussi. Donc autant dire que je vois de façon assez limpide à travers toutes les strates de la propagande, que ce soit en Iran ou en Occident.

Propagande ou pas, les nouvelles ne semblent pas très bonnes du côté du Détroit d'Ormuz. Il y a une escalade visible entre l'Iran et la flotte des États-Unis, des attaques de pétroliers, des combats de drones... L'Iran souhaite-t-il la guerre?

Les Gardiens de la Révolution, oui.

Ils veulent la guerre?!

Oui! Mais ils ne veulent pas qu'on dise que ce sont eux qui ont commencé. Ils veulent faire en sorte qu'on dise que les Américains les ont attaqués en premier. Ils ont l'impression que si une guerre commence, beaucoup d'Iraniens vont se rallier à eux. Alors qu'on n'est plus dans les années 80, contre l'Irak, où les gens se sont vraiment ralliés aux ayatollahs pour faire la guerre. Mais ce n'est plus comme avant. La nouvelle génération est tellement désabusée... C'est une génération qui s'en fout, elle se dit qu'elle ne va sûrement pas se laisser massacrer pour Hassan Rohani.

On n'a pas très envie qu'une guerre éclate juste pour vérifier cette hypothèse.

Les Gardiens de la Révolution pensent qu'une guerre pourrait très bien, comment dire, réunifier le pays, mais même de ça ils ne sont pas sûrs. Le problème qu'ils ont maintenant c'est le manque d'argent.

Ils ont mis un État social en place après la révolution islamique mais ils n'ont plus d'argent...

Un État social, mais pas pour tout le monde! Surtout pour les Gardiens de la Révolution, le Bassiji, etc. Eux ont droit à des appartements, des faveurs, ils sont dans les bonnes grâce de l'État kleptocrate, mais les autres non, et c'est pour ça que ça crée des tensions. Mais ces gens se sont dit "après nous le Déluge!" donc si on commence une guerre, voilà, on y sera. Mais le problème, s'il y a un problème dans le pays, c'est qu'ils n'ont nulle part où aller. S'ils veulent fuir, ils vont aller où? Le seul endroit susceptible de les accueillir ce serait l'Irak. Et encore. Il y a des chiites et des sunnites là-bas, et une fois qu'ils auront dilapidé ce qu'ils ont emporté avec eux, qu'est-ce qui va se passer?

Mais ces tensions ont quand même pour origine le programme nucléaire iranien, non?

Pour moi le programme nucléaire c'est un prétexte - on va dire, une conséquence. La première cause de tension dans le pays c'est sa mauvaise gestion, la corruption, qui est responsable de 95% des difficultés que traverse l'Iran. Ils ont essayé de contourner ça en signant en 2015 les Accords de Vienne, le Traité sur le Nucléaire Iranien, on s'est dit tout va bien, mais en fin de compte rien ne va!

Avec la complicité d'Obama, les Accords de Vienne permettaient surtout aux mollahs d'obtenir légalement la bombe nucléaire au bout de dix ans...

Pour moi, le Traité ignorait un aspect essentiel, la vérification des bases militaires ne prenant pas officiellement part au programme nucléaire. Mais évidemment la corruption persiste, et pour moi, même si Trump ne s'était pas officiellement retiré du Traité nucléaire, les choses en seraient quand même arrivées au point où nous en sommes aujourd'hui. Juste un peu plus lentement. Le retrait des Américains a précipité la chose.

Là où les pays européens sont en totale contradiction avec eux-mêmes, c'est qu'ils disent tous "Oui oui, il faut défendre les Droits de l'Homme" etc., mais ils cherchent tous à préserver le Traité nucléaire iranien, et à travers lui ils perpétuent le régime iranien criminel. En fait cet accord nucléaire n'a rien d'extraordinaire. Ça a simplement permis aux mollahs de recevoir 150 milliards de dollars.

Pour moi les Européens défendent le Traité iranien parce qu'ils ont été payés pour le faire... L'Iran a reçu des milliards de dollars par Obama, dont 150 milliards en cash, ce sont des faits avérés. Et on suppose que l'Iran s'est servi de cette somme pour corrompre des politiciens occidentaux pour qu'ils soutiennent le Traité nucléaire iranien, lever les sanctions, etc. Et l'Iran veut un retour sur investissement. Et comme ces politiciens sont pris à la gorge par leur propre corruption, ils se démènent pour montrer, à défaut d'y parvenir, qu'ils font sincèrement tout ce qu'ils peuvent pour aller dans le sens des Iraniens.

On saura ça si un jour le régime de la République Islamique tombe et on arrive, peut-être, à avoir accès à des documents confidentiels, on verra si les politiciens européens ont été payés... Mais pour le moment on n'a pas de preuves. Personne n'exclut ça mais pour le moment on n'a pas de preuves. Zarif [par le biais de Hossein Jaberi Ansari, porte-parole du Ministère des affaires étrangères iranienne] a dit une fois "si les Européens ne coopèrent pas on dira qui on a payé". Il est possible qu'il y ait eu quelque chose, il ne faut pas croire que les Européens soient plus intègres que les autres...

L'hypothèse expliquerait en tout cas pourquoi les Européens sont allés jusqu'à mettre en place un véhicule financier spécialement conçu pour contourner le système de paiement Swift, et donc les sanctions américaines contre l'Iran.

Oui mais c'est un système qui ne marche pas du tout! Ce truc il est mort. Les Européens disent "Oui oui on va faire quelque chose" mais les Iraniens voient que tous les jours il n'y a rien qui se passe, ils sont financièrement pris à la gorge, et puis ensuite ils sont en train de défaire cet accord nucléaire parce qu'il ne sert plus à rien. Selon moi il va se déliter complètement d'ici un mois et demi.

À l'intérieur du pays, environ 70% à 80% des Iraniens se disent, heureusement qu'il y a eu Trump pour sortir de cet Accord nucléaire parce que comme ça on est d'accord de vivre une période difficile pendant un an et demi, deux ans, mais après on sera débarrassés des ayatollahs.

Et en ce moment, sans vouloir vexer personne ici, le pays le plus détesté en Iran, c'est la France.

La France?

Macron est toujours en train de dire "nous allons faire ceci avec les Iraniens", "nous allons faire cela avec les Iraniens..." La France sera toujours considérée comme le pays qui a hébergé Khomeini et lui a donné la liberté de parole en 1978. Ensuite une fois que Khomeini était de retour on a couru pour signer des traités commerciaux, mais pendant la guerre Iran-Irak la France a pas mal soutenu Saddam en lui vendant des armes. Ensuite après la guerre ils mettent à disposition sous licence la technologie pour les voitures Peugeot, Renault, etc. mais ce sont des modèles inférieurs, avec des pièces pour liquider leurs stocks, des véhicules invendables en Europe... Après vient la période des sanctions internationales, on sort du pays, puis on revient avec les Accords, puis on en ressort... Total a même été condamné par la justice pour avoir payé des bakchichs en Iran. Par la justice française, c'est dire à quel point on en est.

...Finalement, les Iraniens se disent, "qu'est-ce que la France a jamais fait de positif pour nous?"

Les Suisses et les Allemands, eux, gardent une bonne image. Les Allemands ont fait un tour après 2015 et dit "c'est trop compliqué de faire des affaires ici" et ils sont partis, ce sont des gens réglos ; et les Suisses, qui ont fait pareil, représentent toujours l'Arabie Saoudite en Iran et l'Iran en Arabie Saoudite.

Que penses-tu des prises d'otages d'Iraniens binationaux?

L'Iran fait de la prise d'otage de binationaux de toutes nationalités. Il y a pas mal de Canado-iraniens, d'Anglo-iraniens, d'Américano-iraniens, qui sont déjà en prison. On ne sait pas combien ils sont parce qu'on n'entend parler que de certains cas médiatisés mais on ne sait pas combien il y en a au total, peut-être 200...

J'ai entendu que l'Iran ne reconnaissait pas la double-nationalité...

Ils la reconnaissent quand ça les arrange, et ils ne la reconnaissent pas quand ça les dérange. On prend par exemple en otage les binationaux franco-iraniens pour rappeler à M. Macron ses nombreux engagements avec l'Iran, pour lui mettre un peu la pression. Les Allemands et les Suisses, pour l'instant, on leur fout la paix. Jusqu'à quand, on ne sait pas!

Le pire c'est que l'Iran n'a pratiquement plus de relations avec certain de ces pays. L'Iran a brulé les ponts avec les USA donc il n'y a plus trop de possibilité de négociation pour les Américano-iraniens, quant aux relations avec le Canada elles sont loin d'être au beau fixe en ce moment... Les relations avec le Royaume-Uni sont au plus bas ; et les relations avec la France se dégradent. Le régime ignore relativement les Franco-iraniens, comme si c'était des citoyens de seconde zone. Mais Macron se pavane et ne fait rien, et les Français perdent de plus en plus leur réputation.

Pourquoi les Européens s'acharnent-ils à ce point à vouloir faire des affaires avec l'Iran?

Ils en ont gardé une image "romantique" d'un pays extraordinaire avec lequel on pouvait toujours faire des affaires, comme au temps du Shah. Ils ne se rendent pas compte qu'il vaut mieux attendre un changement de régime avant de passer à l'offensive... Commercialement, j'entends.

Revenons à cette perspective de guerre. De toute façon, même si Trump avait mordu à l'hameçon avec des provocations iraniennes, à cause des distances, les Américains et les Iraniens ne pourront jamais être directement en guerre, soldat contre soldat. Les Américains ne vont jamais envoyer des dizaines de milliers de boys comme au Viêt-Nam... Ce ne seront jamais que des campagnes aériennes contre un pays qui ne peut pas répliquer...

Mais la plupart des gens ne se rendent pas compte... À quel point l'Iran est actuellement un pays en faillite, une faillite aussi morale, absolument totale. L'Iran est un pays qui se désintègre. Donc, contrairement à ce qu'on pense, une guerre avec l'Iran, ça ne va pas durer longtemps. On envoie trois bombes à gauche à droite et les gens prennent la fuite. Il y a eu un tremblement de terre il y a quelques années dans le Kurdistan iranien, les gens vivent toujours dans des containers depuis, comme des miséreux.

Il n'y a pas eu de formation décente en Iran depuis trente ans! Les cadres de la compagnie pétrolière iranienne avaient été formés à l'époque par les Américains, maintenant ils sont tous à la retraite. À force de nommer des gens aux postes-clés parce que "lui c'est le fils de..." ou que "lui fait bien ses prières cinq fois par jour" ou "lui sait réciter le coran par cœur", on finit avec un pays grippé, immobilisé, où plus personne n'est capable de prendre une décision. Et maintenant, si on prend juste le secteur du pétrole, même en Iran, on pourrait continuer à exporter encore un million et demi de barils par jour, facilement. Mais ils se jettent tellement de bâtons dans les roues les uns les autres que l'exportation est tombée à 250'000 barils par jour. Parce que si Monsieur X voit que Monsieur Y s'en sort mieux que lui, Monsieur X va tout faire pour le saboter. Ça c'est typique des pays musulmans. Donc moi dans le cas d'une guerre avec l'Iran, moi je dis, il ne faut pas avoir peur... Les gens, dès qu'ils verront un risque crédible de guerre contre les Américains, ils vont s'empresser de changer de camp.

L'État iranien est en faillite.

Oui, complètement. Ils ont beau avoir des Gardiens de la Révolution, le régime n'est même pas un colosse aux pieds d'argile, c'est des pieds en sable en train de s'effriter... Le seul danger que je vois s'il y a une guerre, ce sont les milliers de réfugiés qui vont se mettre en marche en direction de l'Europe par la Turquie. Les Iraniens rêvent d'aller en Europe. 60% des Iraniens le souhaitent. Et entre 15 et 40 ans le taux monte à 90%. C'est énorme!

Comme tout gouvernement aux abois, l'Iran manipule les taux de change officiels pour siphonner des devises étrangères aux gens qui sont obligés d'échanger des rials. Le Hezbollah est fâché parce qu'il ne reçoit plus d'argent, les Palestiniens sont fâchés parce qu'ils ne reçoivent plus d'argent... Toute la construction iranienne se désagrège faute d'argent pour la faire tenir debout.

Ce n'est que de l'argent?

Oui, les Européens ne comprennent pas ça. Si tu prends un paysan suisse d'Appenzell, qui a ses cinquante vaches et qui vit péniblement avec deux mille francs par mois, et que tu lui proposes dix mille balles pour farcir une de ses vaches de bombes et faire un attentat avec devant le Palais Fédéral, il refusera, j'en suis certain. Pas seulement par peur, mais aussi parce qu'il aura une espèce de confiance intrinsèque dans la société dans laquelle il vit et dans ses autorités. Une forme de reconnaissance. C'est pour ça qu'en Occident le prix pour l'espionnage est aussi élevé. En Iran, on peut corrompre facilement n'importe quel fonctionnaire pour avoir des renseignements. Ils n'ont aucune fierté dans le régime. Aucune loyauté.

J'ai eu des Gardiens de la Révolution qui prétendaient être de bons musulmans en public et qui se pointaient chez moi, en plein ramadan, à cinq heures du soir, pour boire un peu d'alcool... Et même manger une omelette au jambon!! Tout ça c'est n'importe quoi.

Mais s'il y avait une guerre et si le régime tombait, qui le remplacerait?

Ça c'est le plus grand problème. On se basait sur les Moudjahidines du Peuple, qui ont pas mal d'immobilier à Paris mais aussi en Albanie et au Kosovo, mais ce sont des communistes. Entre les Moudjahidines du Peuple et les mollahs moi je préfère encore les mollahs! Les Moudjahidines sont communistes-islamistes. Communistes d'abord, et islamistes ensuite.

L'Occident n'a jamais voulu vraiment aider à élaborer une opposition crédible pour l'Iran. Là les Européens ont fait une énorme connerie, ils auraient pu piocher à loisir dans la diaspora avec les services de renseignement pour monter quelque chose...

Oui mais il aurait fallu pour cela que les Européens croient encore en quelque chose, c'est un peu le problème...

Les Européens croient toujours qu'ils ont l'argent, mais l'argent, ils ne l'ont plus. En Europe on est toujours sur la base de "En Europe ça va bien, on a de l'argent donc on peut donner dans le social, dans l'union ceci, dans la subvention de cela, etc." mais je me rends compte de plus en plus fortement que ça ne fonctionne plus.

S'il y a trente ans les Occidentaux avaient dit à l'Iran "ça c'est inacceptable, c'est comme ça que ça marche, on n'est pas d'accord," les choses n'en seraient pas arrivées là à Téhéran. Et en Europe non plus où l'islam règne désormais dans les banlieues, d'ailleurs.

En Iran, si le régime s'effondre, il n'y a même pas de général à poigne pour reprendre le pouvoir, des généraux il n'y en a plus. Il y a les généraux des Gardiens de la Révolution et ce n'est pas vraiment pareil. Et si ceux-là prennent le pouvoir ça va être encore pire.

Pire?

On va passer d'un État islamiste à un État fasciste type nazi, avec une couleur islamique en plus. L'islam c'est le nazisme. Mais là le côté nazi prendra le dessus. On passera d'un régime islamiste avec une pointe de nazisme à un régime nazi avec une pointe d'islamisme.

Comment vois-tu l'évolution des prochains mois?

Je dirais que dans les six prochains mois on va rester comme aujourd'hui, dans une situation assez tendue.

Ça pourrait durer plus longtemps, non? Trump essaye autant que possible de se dépêtrer des guerres de l'Amérique, ce n'est pas pour se lancer dans un nouveau conflit contre un pays de 80 millions d'habitants...

Mais je vois un "mais", c'est qu'à chaque fois qu'il y a une guerre le Président se fait réélire. Donc si les Gardiens de la Révolution voient que la situation est devenue telle pour eux qu'ils ont besoin d'une guerre, c'est la fuite en avant. Ils continueront comme ils le font jusqu'à ce qu'il y ait une réponse des Américains, et là ils pourront déclarer le commencement de la guerre.

Quelle forme prendra cette guerre? Ils vont tirer tous azimuts sur tous les bateaux passant dans le Détroit d'Ormuz? Ils vont bloquer le Détroit? Alors que les Américains sont devenus autosuffisants en pétrole...

C'est la Chine et l'Asie qui vont en pâtir le plus. Donc pour les Américains ce n'est pas un problème. Ils pourraient se dire, finalement pourquoi pas?

Les Russes ont tellement de problèmes intérieurs que malgré toutes leurs déclarations ils ne feront rien. Les Chinois n'osent pas intervenir si loin à l'extérieur de leur zone d'influence, ils se contenteront de proclamer que tout ça est la faute des Américains, comme les Européens dont l'économie souffrira.

Et là les Européens diront "Oh mon Dieu comme c'est grave, faisons des conférences à Davos."

Moi ce que je crains le plus c'est que les services iraniens aient préparé des bombes sales, et à la première occasion qu'ils viennent les faire exploser en Occident.

En Occident?! Et pour obtenir quoi?

Un chien enragé ne se pose pas de questions. Il mord.

09 juin 2019

Célébrations

Le mois de juin est celui des célébrations - particulièrement cette année. Faisons le tour de quelques-unes des nombreuses festivités de 2019.

Les 30 ans de Tiananmen

Voilà la commémoration la moins célébrée du mois - le trentième anniversaire du massacre de la place Tiananmen à Pékin face à des étudiants qui voulaient, comme les peuples d'Europe de l'Est face à l'URSS, que leur pays desserre l'étau du totalitarisme communiste. Il n'en reste guère qu'une photo, devenue célèbre, celle d'un étudiant chinois faisant face à une colonne de chars d'assaut (et écrasé par ces derniers peu après). Mais il fut loin d'être le seul. Le 4 juin, quelques 200'000 soldats de l’Armée de libération du peuple furent déployés pour participer au massacre.

Les estimations des victimes varient, entre 286 (selon les officiels chinois) et 10'000 ; et entre ‎7'000 et 10'000 blessés - comme cet ancien étudiant de l'époque qui eut les deux jambes broyées par un char et qui cherche encore à connaître le nom du conducteur qui lui infligea cela, et le responsable qui avait donné cet ordre. Le nombre d'arrestations d'opposants politiques et le volume des purges qui s'ensuivirent n'est évidemment pas connu.

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Le mouvement Tiananmen reste un sujet tabou en Chine, banni des mondes académiques et de la culture populaire. Même le nombre réel de morts et de blessés reste inconnu.

Immédiatement après les arrestations massives et les purges dans tout le pays, le Parti Communiste Chinois (PCC) mit au point un récit décrivant le mouvement Tiananmen comme un complot occidental visant à affaiblir et diviser la Chine. Rapportant à l'Assemblée populaire nationale le 30 juin 1989, le maire de Beijing, Chen Xitong, affirma que le mouvement était "planifié, organisé et prémédité" par ceux qui "s'unissent à toutes les forces hostiles à l'étranger et dans des pays étrangers pour lancer une bataille contre nous jusqu'au dernier."

La justification officielle de la répression était que les étudiants auraient été des "contre-révolutionnaires" menaçant la stabilité et la prospérité du pays. Pourtant, en 1989, ils espéraient que le régime se transformerait. Ils ne cherchaient pas à changer de régime, ils demandaient simplement au PCC de respecter ses idéaux [communistes]. Leurs actions étaient enracinées dans la tradition chinoise de la dissidence confucéenne: aider les dirigeants à s’améliorer, sans chercher à les renverser. (...) [Mais] puisque le PCC prétendait incarner la révolution, quiconque le critiquait serait qualifié de contre-révolutionnaire. Aujourd’hui, la Chine accuse ses détracteurs de «subvertir l’État», mais elle repose essentiellement sur le même chef d’accusation. (...)

Être idéaliste en Chine, c'est être égoïste envers ses proches. Vous choisissez de vous battre pour votre cause, de défendre vos principes et d'être prêt à en payer le prix - mais souvent, les membres de la famille en subissent les conséquences. Interdire aux enfants d'avocats spécialisés dans les droits de l'homme d'aller à l'école en est un exemple frappant.

Trois décennies plus tard, les mères des victimes de Tiananmen ne peuvent toujours pas pleurer ouvertement leurs enfants et les étudiants manifestants exilés se voient interdire de rentrer chez eux, même pour les funérailles de leurs parents. De nombreux partisans plus âgés du mouvement, des intellectuels libéraux des années 1980, sont morts en exil.


Si quelques médias ont fait le minimum syndical en évoquant brièvement ce douloureux épisode de l'histoire du totalitarisme communiste, les politiciens brillent par leur silence à ce sujet. Il ne faut pas fâcher les honorables communistes chinois pour ces peccadilles vieilles de quelques décennies.

Les 75 ans du Débarquement

Le 6 juin 1944 à l'aube l'opération Overlord commença - la plus grande opération militaire de tous les temps. Plus de 132'000 soldats et 23'000 parachutistes furent débarqués sur les côtes normandes (73'000 Américains, 61'000 Anglais et 21'000 Canadiens pour l'essentiel) pour débarrasser le continent européen de la barbarie nazie. Les combats furent d'une extrême violence ; 4'400 d'entre eux périrent dans les 24 premières heures.

Là encore, la couverture médiatique brille par son absence. Il y a de nombreuses raisons à cela - la présence de l'infréquentable Trump aux cérémonies, même si son magnifique discours montre une fois de plus la mauvaise foi totale de ses détracteurs. Le sujet s'inscrit contre l'idée martelée d'une Europe unie (sans doute l'était-elle sous la botte de Hitler) et rappelle qu'il n'y a pas si longtemps encore les pays européens avaient été en guerre les uns contre les autres ; pourtant, les chefs d'États ne ménagent pas leurs efforts pour la réconciliation, comme le montre ce tweet britannique:

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Les leaders des nations qui "prirent part" au Débarquement...

Pourtant, pourquoi rester discret sur cette commémoration? Il s'agit d'un épisode décisif de la Seconde Guerre mondiale. Dans une époque où certains voient des néo-nazis et l'ombre de l'extrême-droite partout, pourquoi ne pas faire davantage la promotion de l'anniversaire d'un événement où de vrais combattants de la liberté venaient en Europe botter le train de vrais nazis pour les chasser du pouvoir et les éliminer?

Le mois LGBT

La libération de l'Europe méritait sans doute une journée de temps en temps, mais la promotion des pratiques sexuelles d'une minorité mérite quant à elle un mois entier - et tous les ans s'il vous plaît.

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Vous avez gagné un jour de reconnaissance / Vous avez gagné un mois de reconnaissance

Le mois de juin est donc celui de la fierté LGBT (à l'origine seulement homosexuelle mais on est désormais plus "inclusif", en attendant des pratiques sexuelles toujours plus variées). Les manifestations de revendications sexuelles se parent immanquablement d'autres revendications à teneur politique, cristallisées comme il se doit par quelques pancartes anti-Trump.

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Outre l'incongruité d'un message de haine au milieu d'une manifestation censée plaider pour l'amour inconditionnel et inclusif, Trump se révèle être sans doute le Président le plus gay-friendly de toute l'histoire des États-Unis, mentionnant officiellement le mois de juin comme celui de la fierté LGBT. Il nomma d'ailleurs aussi un ambassadeur américain ouvertement gay en Allemagne. Ces deux actes suffisent à le rendre infiniment plus ouvert d'esprit que son prédécesseur Barack Obama qui, sans doute à cause de son passage dans une madrassa en Indonésie, se montra toujours beaucoup plus réservé face à la cause homosexuelle.

Rappelons à toutes fins utiles que l'islam se marie assez mal avec la cause LGBT. Le détail a une certaine importance puisque la population musulmane ne cesse de grandir (en nombre, en visibilité et en revendications) dans les pays occidentaux, ce qui risque de rendre les célébrations du mois de juin de plus en plus difficiles à tenir les années qui viennent - en Occident, seul endroit où elles soient possibles en premier lieu. Il suffit d'entendre un sympathique musulman de Toronto expliquer ce qu'il en est sur YouTube pour comprendre les difficultés auxquelles les sexualités les plus exotiques feront face dans un avenir proche: "Mettre à mort les homosexuels peut sembler un peu "injuste", mais c'est la loi de la Sharia." CQFD.

La grève des femmes

Sans même entrer dans une discussion identique pour le dernier événement recensé dans ce billet - essayez de faire la Grève des Femmes à Jeddah - la Grève des femmes, puisque c'est ce dont il s'agit, aura lieu le 14 juin, au milieu d'un mois déjà passablement chargé. Pourquoi le 14 juin? Selon la communication officielle, il s'agit de faire grève à partir de 15h24, sont invitées à cesser de travailler pour marquer l’heure de la journée à partir de laquelle elles ne sont plus payées, selon les statistiques de la différence salariale entre hommes et femmes. On peut aussi faire grève toute la journée, bien sûr.

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Les femmes sont nombreuses à s'afficher sur le site de la centrale syndicale. (photo d'écran)

Évidemment, la grève est regardée avec bienveillance par l'administration et les employeurs publics. Comme d'habitude en Suisse, l'activisme du moment offrira un répit à des femmes dans des positions privilégiées tandis que les familles du secteur privé devront s'organiser pour garder leurs enfants, et ce sont probablement d'autres femmes qui en pâtiront.

Il y a huit ans déjà je décrivais la faiblesse du raisonnement inhérente à toutes les revendications sexistes ayant trait au salaire. Si on accepte le postulat de base, à savoir que les femmes recevraient moins d'argent que des hommes pour fournir exactement le même travail, pourquoi les employeurs ne remplacent pas immédiatement tous les hommes par des femmes pour économiser en coût de main-d'œuvre? 

Il n'y a pas cinquante façons de se sortir de cette incohérence. Soit le postulat de base est faux (statistiques biaisées ou incomplètes) soit on verse dans le complotisme le plus ridicule (les employeurs se mettent d'accord en secret pour discriminer les femmes… Et acceptent au passage que leur main-d'œuvre leur coûte plus cher qu'elle ne devrait). Seule ligne de défense de celles et ceux qui n'en n'ont aucune, on rétorquera que c'est là un raisonnement d'homme, mais je préfère prendre cela comme un compliment.

Il serait sans doute cynique de percevoir la Grève des Femmes comme un énième avatar du marxisme culturel visant à diviser la société de toutes les façons possibles afin d'instrumentaliser des groupes (ici, les femmes) pour servir des objectifs politiques gauchistes. D'ailleurs on le voit à toutes ces élections où un homme est opposé à une femme, les mouvements féministes se rassemblent spontanément derrière la candidature féminine, comme dans le second tour de l'élection présidentielle française où Marine Le Pen fut opposée à Emmanuel Macron… Ah, on me souffle dans l'oreillette que non.

Bref, entre les trente ans du massacre de Tiananmen, les trois quarts de siècle du Débarquement, le mois de célébration LGBT ou la Grève des Femmes, gardez un œil sur ce que les médias choisissent de célébrer ; c'est un précieux indicateur de leur idéologie.

06 septembre 2017

Corée du Nord: les limites de l'inaction

La Corée du Nord vient une fois de plus de défrayer la chronique en se livrant à un essai thermonucléaire.

Comme à leur habitude, les élites du monde actuel, qui n'ont plus rien à proposer, temporisent en affirmant que la "la guerre n'est jamais la solution". Or, c'est précisément parce que la guerre n'est prétendument jamais la solution que nous en sommes là aujourd'hui.

La Corée du Nord, un vieux cancer

corée du nord,guerreComptant parmi les derniers pays communistes staliniens de la planète, poursuivant méthodiquement l'asservissement systématique de sa population à travers la famine, les camps de concentration et les procès politiques, la Corée du Nord est une sorte d'enfer sur Terre. L'évasion de nombreux Nord-coréens a permis au reste du monde de se faire progressivement une idée de l'inhumanité du régime et des épreuves endurées par les habitants. Les plus pauvres tentent de ne pas mourir de faim - souvent en vain - et les couches supérieures de la société vivent constamment dans la peur de l'arrestation et de l'exécution sommaire.

La Corée du Nord réussit le tour de force d'être un pays dans lequel personne n'est heureux.

Dès 1965, la Corée du Nord disposa d'installation de recherche nucléaire, grâce à un réacteur de recherche fourni par les grands frères de l'Union soviétique. La matière fissile put quant à elle être extraite directement des gisements du pays.

La culture du secret étant ce qu'elle est en Corée du Nord, il est difficile de déterminer quand le programme nucléaire clandestin du régime entra dans une phase active. Certains avancent l'année 1989, alors que le pays était encore officiellement signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), mais nous n'avons pas de certitude.

Bien entendu, selon le mode de pensée propre à la dialectique marxiste, le programme nucléaire nord-coréen n'a jamais eu d'autre but qu'une "visée défensive" destinée à préserver le régime de ses innombrables ennemis extérieurs, ceux-ci étant largement fantasmés par une clique paranoïaque et délirante. Pour s'en convaincre, il suffit de recompter le nombre d'opérations hostiles visant la Corée du Nord et son régime durant, disons, les cinquante dernières années - très exactement zéro. Les exactions militaires de la Corée du Nord furent elles bien visibles, tout comme les opérations hors du pays telle l'exécution à l'arme chimique du demi-frère de Kim Jong-Un à l'aéroport de Kuala Lumpur.

L'apathie prévalant contre la Corée du Nord aurait pu, aurait dû changer en octobre 2006 lorsque Pyongyang procéda à un premier essai nucléaire. Mais rien ne se produisit, ni pour lui, ni pour les suivants. De vagues sanctions économiques et ce fut tout - comme si les dirigeants du pays allaient plier devant des sanctions menaçant le bien-être d'une population qu'ils laissent volontiers mourir de faim. Le cynisme et l'inaction de la communauté internationale sont sans limites lorsque le sujet est un pays sans intérêt géostratégique immédiat.

La triste vérité est que l'Occident a eu l'occasion d'en finir avec la Corée du Nord à de multiples reprises, mais n'en fit rien. L'effondrement de l'Union Soviétique ouvrit une exceptionnelle fenêtre d'opportunité pour régler une bonne fois pour toute la "question coréenne" mais au cours de ses deux mandats Bill Clinton se montra surtout concerné par ses frasques sexuelles. Les États-Unis restèrent inactifs lors d'une décennie riche en opportunités.

George W. Bush ne brilla pas non plus pour son intérêt envers la Corée du Nord durant ses deux mandats - à sa décharge, les attentats du 11 septembre l'amenèrent à tourner son attention plutôt vers les pays musulmans. La surprise du premier essai nucléaire nord-coréen en 2006 aurait pu l'amener à réagir de façon plus efficace, mais à ce stade les États-Unis étaient déjà empêtrés en Irak et en Afghanistan.

Bien entendu Barack Obama, le Messie intergalactique, n'en fit pas davantage. Trop occupé à diviser l'Amérique à l'aide de polémiques raciales et partisanes, le prix Nobel de la Paix se contenta en matière de politique extérieure de poursuivre les offensives engagées jusque-là à grand coup de bombardements par drones, mettant son inaction entre parenthèses juste le temps de faire chuter le régime de Kadhafi. Les soubresauts du "printemps arabe" et ses fruits islamistes furent bien assez nombreux pour occuper le monde, mais pendant ce temps les essais nucléaires nord-coréens s'enchaînaient en toute impunité.

Chronologie de la lâcheté

Internet n'oublie pas. Le réseau permet de retrouver de belles réactions liées au programme nucléaire militaire nord-coréen. Dès le début, l'accent fut mis sur l'incrédulité, la minimisation, le fait que la Corée du Nord ne disposait pas des capacités de frappes à distance... Livrons-nous à une modeste chronologie de ces essais nucléaires et des réactions suscitées:

  • Premier essai nucléaire le lundi 9 octobre 2006 sur le site de Hwadaeri, près de Kilju, à 100 km de la frontière chinoise. Tout va bien, c'est un essai "de faible puissance". Il serait même raté. Et puis la communauté internationale réagit fermement: elle dénonce cet essai, y compris la République populaire de Chine, principal soutien de la Corée du Nord, nous dit-on. La résolution 1718 du Conseil de sécurité des Nations unies impose des sanctions. Pyongyang n'a qu'à bien se tenir.
     
  • La Corée du Nord annonce le 25 mai 2009 avoir réalisé un second essai nucléaire souterrain, dont la puissance estimée varie selon les observateurs entre 2 et 20 kilotonnes. Deux ans et demi plus tard, les diplomates réalisent que les sanctions n'ont peut-être pas plus marché en Corée du Nord qu'en Irak avec le régime pétrole contre nourriture, ou que partout ailleurs en fait. Plus personne ne prétend que les explosions atomiques sont des trucages, mais la presse se veut toujours rassurante: "le Conseil de sécurité de l'ONU a entamé lundi soir une réunion d'urgence pour discuter du nouvel essai nucléaire effectué par la Corée du Nord." Et puis, qu'on se le dise, Barack Obama a de son côté estimé que les ambitions nucléaires de la Corée du Nord représentaient une "menace pour la paix" et nécessitaient "une action de la communauté internationale". Rassurons-nous, les grands de ce monde se penchent sur le dossier.
     
  • Troisième essai le 12 février 2013. La puissance augmente ; les services sud-coréens l'estiment entre 6 et 7 kilotonnes. Mais il est condamné "par une très large majorité de la communauté internationale", fort heureusement. Ici, on en rigole ; "La Corée du Nord a toujours des atomes crochus", plaisante Paris-Match. Et puis Pyongyang a violé des résolutions des Nations-Unies et ça c'est très grave, on va voir ce qu'on va voir. Au bout de trois essais en toute impunité, on commence, lentement, à s'interroger sur l'efficacité des sanctions...
     
  • Le 6 janvier 2016, quatrième essai. La télévision officielle annonce par la voix enthousiaste de sa présentatrice que la Corée du Nord a fait exploser une bombe H miniaturisée. Mais le succès de cet essai est mis en doute par certains experts. Ce ne serait qu'une bombe atomique de plus, pas une vraie bombe H, donc pas de quoi fouetter un chat. Toutefois en Suisse les esprits supérieurement intelligents du Temps commencent à réaliser le problème: "le monde est démuni face au chantage nucléaire nord-coréen". Incidemment, l'article nous apprend que "La stratégie de Pyongyang est limpide: continuer de faire chanter la communauté internationale. Cela avait très bien marché après les premiers essais, puisque Pyongyang avait obtenu une coopération dans le nucléaire civil et une aide alimentaire." Certains auraient apparemment pris goût aux terribles mesures de rétorsion de la communauté internationale...
     
  • Le monde s'était presque habitué aux explosions nucléaires du paradis communiste tous les trois ou quatre ans, mais le rythme s'accélère. Le cinquième essai a lieu quelques mois plus tard seulement, le 9 septembre 2016, menant à une activité sismique de magnitude 5,3 enregistrée par les pays voisins. Les autorités nord-coréennes confirment que cette activité est liée à un essai nucléaire souterrain, le plus puissant mené jusqu'à présent. On se pose des questions. En retard d'une guerre, les analystes éclairés du Courrier International proclament: "la menace est devenue une réalité."
     
  • Sixième et dernier essai en date, le dimanche 3 septembre 2017. Une déflagration souterraine localisée à 24 km au nord-est de la localité de Sungjibaegam, dans la province de Hamgyeong au nord du pays, entraîne un séisme d'une magnitude de 6,3 et des protestations internationales. Le président de la commission de la Défense du parlement sud-coréen estime qu'il s'agit d'une explosion de 100 kilotonnes. Pékin "condamne vigoureusement" le nouvel essai nucléaire. Séoul demande "la punition la plus forte" contre la Corée du Nord... C'est sûr, Kim Jong-un doit trembler de peur.

Cette modeste énumération ne s'étend que sur les essais nucléaires militaires de la Corée du Nord. Le pays avance en parallèle ses pions dans le domaine des missiles balistiques - le moyen privilégié d'envoyer des bombes à destination. Là aussi les progrès sont patents, comme peuvent en témoigner des Japonais voyant des missiles passer au-dessus de leur archipel.

Sur le plan de la communauté internationale, en revanche, les progrès s'apparentent au néant absolu.

Procrastination fatale

Rares sont les problèmes qui se résolvent d'eux-mêmes. Ils ont plutôt tendance à empirer et la Corée du Nord en est l'exemple parfait.

"Résoudre" le problème de la Corée du Nord à travers un changement de régime n'aurait rien eu d'une partie de plaisir, quelle que soit l'époque. L'adversaire de Pyongyang aurait eu à affronter les millions de soldats d'une armée pléthorique et une population fanatisée à l'extrême. Toutefois, il paraît probable que l'État nord-coréen se serait alors effondré comme un château de cartes - les routes défoncées, les tanks rouillés des années 50 et les hordes dépenaillées d'infanterie à demi morte de faim n'auraient guère posé problème au moindre régiment d'armée moderne.

Les principales difficultés auraient été liées à la crise humanitaire révélée après le bref affrontement, et à la gestion de l'impérialisme chinois. Pékin se targue d'être l'acteur majeur de la région. La Corée du Nord mérite-t-elle un affrontement militaire direct avec d'autres pays? Il n'est pas certain que les dirigeants chinois, des êtres doctrinaires mais néanmoins capables de raison, souhaitent risquer l'aventure armée pour maintenir un tyran dément à la tête d'un allié aussi embarrassant.

Depuis que la Corée du Nord dispose de l'arme nucléaire et de missiles intercontinentaux, tout est plus compliqué, plus dangereux et plus incertain. Certains analystes prétendent encore que les principaux dangers sont écartés, la technologie balistique de la Corée du Nord n'étant pas encore complètement au point. Peut-on se contenter d'une si faible assurance? Au vu des énormes progrès militaires accomplis par le pays en seulement quelques années, cette maigre réserve est aussi amenée à disparaître.

corée du nord,guerreLa folle trajectoire vers la catastrophe se poursuit. Les pays directement menacés envisagent diverses mesures allant de boucliers anti-missiles à l'éventualité de lancer eux-mêmes leur programme nucléaire - la promesse d'une destruction mutuelle fonctionnant mal face à un ennemi irrationnel. Avec l'augmentation de portée de ses missiles, le problème nord-coréen passe de régional à continental, puis mondial. Nul doute que cela donnera lieu à encore plus de réunions d'urgence à l'ONU, où de nombreux diplomates pourront faire part de leur immense préoccupation avant un agréable déjeuner au restaurant. La diplomatie internationale ne parvient même pas à arracher au régime de Pyongyang des concessions aussi rétrospectivement dérisoires que l'ont été en leur temps les Accords de Munich.

Transposée dans un quartier résidentiel, la Corée du Nord s'apparente à un voisin irascible et paranoïaque qui tire au fusil au hasard et bricole des explosifs dans son garage. "Mais il ne vise pas bien", se rassure-t-on. Et plusieurs pétitions ont déjà été dûment consignées dans sa boîte aux lettres. Sûr qu'avec tout ça les choses ne peuvent que s'arranger.

Et dans l'ombre, un barbu iranien bricole sa propre bombe, enhardi par l'impunité dont jouit son compère.

08 janvier 2016

La guerre Irano-Saoudienne n'aura pas lieu

Entre chiites et sunnites l'année a mal commencé. Le 2 janvier, l'Arabie saoudite annonce l'exécution de 47 personnes. Bon début face aux 90 mises à mort de 2014. Au milieu d'une quarantaine d'individus liés à divers mouvements terroristes, on compte également le cheikh chiite Al-Nimr, dans le collimateur de la dynastie des Saoud depuis le lancement d'un mouvement de protestation dans l'Est du pays en 2011. Fort logiquement au pays du sabre, un tribunal de Riyad le condamna à mort pour sédition, désobéissance au souverain et port d'armes.

Les Iraniens - chiites - protestent. Et manifestent. Et incendient la représentation diplomatique saoudienne à Téhéran, face à des forces de police locale aussi impuissantes que peu motivées. L'Arabie Saoudite proteste à son tour en rompant les relations diplomatiques avec l'Iran. Le Bahrein fait de même. L'escalade continue ces derniers jours - l'Arabie saoudite interrompt toutes ses liaisons aériennes avec Téhéran. L'ambassade iranienne à Saana au Yémen est touchée par un bombardement lors d'un raid aérien saoudien, provoquant un blessé. L'Iran interdit l'importation et le transit des produits saoudiens, ainsi que la participation de ses citoyens au petit pèlerinage de la Mecque...

Certains s'inquiètent ou s'effraient d'un futur affrontement entre les deux pôles de la région, les sunnites d'Arabie Saoudite contre les chiites d'Iran. Et comme toujours en pareil cas, on commence par compter les forces en présence. Des infographies informative circulent sur Internet, comme celle-ci issue du Figaro:

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Infographie Le Figaro (cliquez pour agrandir)

L'affrontement verbal entre deux régimes autoritaires ne peut mener qu'à une dangereuse surenchère. La région est en crise ; l'Iran à cause de son programme nucléaire qui le prive de l'accès au marché international, l'Arabie Saoudite à cause de l'effondrement des cours du pétrole. Les deux pays sont déjà en guerre - l'Iran contre l'Etat Islamique par le biais de son allié syrien et du Hezbollah libanais, l'Arabie contre la rébellion des Houthis qui secoue le Yémen.

Sur le papier, l'Arabie Saoudite semble plus vaste et avec plus d'alliés - de la Turquie au Maghreb, la plupart des pays musulmans se réclament du sunnisme. Mais combien d'entre eux prendraient effectivement les armes dans une coalition contre l'Iran? Considérée seule, l'Arabie Saoudite est une terre aride bien peu peuplée. Une part importante de la population saoudienne vit de la rente pétrolière, soutenue par une énorme population immigrée vivant dans des conditions proches de l'esclavage, et parfois au-delà. Ce n'est vraisemblablement pas un pays dont la population se lancerait volontiers dans une aventure militaire incertaine.

Bien que forte du nombre, l'Iran n'a pas davantage de raisons de franchir le détroit d'Ormuz. Le seul pays qui lui soit favorable est l'Irak où la population chiite est majoritaire, quoi que grandement mise à mal par l’État Islamique. Ne disposant pas encore d'un territoire sanctuarisé par l'arme nucléaire, la crise intervient trop tôt ; et une avancée sur le territoire inviolable du sanctuaire sunnite pourrait mobiliser l'entier du monde musulman contre le pays. Hormis la guerre des mots, l'Iran ne peut guère intervenir que dans les pays du croissant chiite - l'Irak, la Syrie, le Liban.

Alors, c'est vrai, les armes circulent et ne demandent qu'à parler. Les Russes sont alliés avec la Syrie et l'Iran, les Américains soutiennent les Saoud depuis des décennies contre vents et marées... La région ressemble à une poudrière qui n'est pas sans rappeler celle des Balkans à l'aube de la Première Guerre mondiale, provoquée par l'assassinat d'un prince héritier à Sarajevo. Mais même avec de nombreuses rancœurs et la volonté d'en découdre, il y a loin entre le cheikh chiite Al-Nimr et l'archiduc François-Ferdinand.

Malgré tous les discours vindicatifs prononcés de part et d'autre, chaque régime de la région vise avant tout sa propre survie. Les gardiens de la révolution iraniens ne veulent pas davantage la guerre que la dynastie affaiblie des Saoud. La guerre implique une débauche de moyens et des victimes innombrables. Celles-ci sont injustifiables sans la perspective de gains conséquents. Quels pourraient être ces gains? Toute capture de champs pétroliers pourrait être impossible à défendre et exposerait dangereusement l'entier des capacités de production de chaque belligérant - rien n'est plus facile à mettre hors-service qu'un pipeline ou une raffinerie - sans compter les mesures de rétorsion internationales. L'affrontement stérile Iran-Irak des années 80 est encore dans les mémoires.

L'éradication de l'ennemi ancestral sunnite ou chiite est tout aussi fantasmée. Les deux frères ennemis de l'islam comptent des centaines de millions de croyants chacun et se répartissent dans des dizaines de pays. Sur le plan gouvernemental, il ne reste guère que la perspective d'une victoire morale bien peu significative.

L'idée d'une guerre mondiale entre les deux principaux états chiites et sunnites ne me paraît pas pour demain. La perspective d'une guerre civile généralisée et de basse intensité, elle, semble bien plus probable.

En guerre depuis la succession du mythique Mahomet, chiites et sunnites représentent deux branches religieuses irréconciliables sur la nature de l'islam. Les sunnites voient la volonté divine dans l'autorité du "calife", qui est aussi le chef de L’État ; les chiites, eux, ne la reconnaissent que dans les descendants de la famille du prophète. Couplée à la modeste tolérance de l'islam face à toute divergence doctrinaire, l'histoire entre chiite et sunnites peut se résumer en une guerre civile quasiment continue, quoique d'intensité variable, interrompue seulement par des menaces plus urgentes.

L'intolérance intrinsèque de l'islam a amené une répartition hétérogène entre sunnites et chiites au sein d'un pays donné. S'il y a 10% de chiites, vous n'en trouverez pas au hasard dans une maison sur dix ; pareille situation aurait tôt fait de dégénérer. A la place on trouve des enclaves, des villages, des vallées exclusivement peuplées des uns ou des autres. Les 15% de chiites du "bastion sunnite" que représente l'Arabie Saoudite sont ainsi regroupés sur la zone côtière du Golfe Persique, et quasiment absents du reste du pays.

Si en temps de paix ces enclaves permettent à des populations qui ne se supportent pas de vivre côte-à-côte, en temps de crise leur existence facilite les massacres de masse: on sait où trouver l'ennemi. A l'inverse, lorsque les populations sont relativement mélangées comme en Irak, la suspicion est généralisée et les bombes humaines explosent un peu partout sans qu'on ne sache clairement quel camp en est à l'origine.

Les différents régimes de la région se répartissent entre chiites et sunnites mais les regrouper simplement en deux blocs est une erreur d'analyse. Nulle population n'est homogène, et là réside le danger de la surenchère à laquelle s'adonnent Saoudiens et Iraniens - le risque que des groupes radicalisés de chaque pays ne se sentent soudainement investis d'une mission divine et commencent à poser quelques bombes, provoquant immanquablement des mesures de riposte brutales contre les minorités et précipitant lentement mais sûrement le pays dans une guerre civile généralisée.

J'avais déjà décrit ce scénario ici même il y a trois ans:

De la Turquie au Yémen, du Sahelistan aux montagnes afghanes, le monde islamique bascule  progressivement - mais de plus en plus vite - dans le chaos généralisé. La Syrie n'en est que l'éruption la plus visible. Le concept de guerre contre l'Occident lancé par les théoricien du jihad a échappé à tout contrôle. Il devient peu à peu une guerre ouverte, totale, contre tous les ennemis que chacun se désigne en terre d'islam, et Dieu sait s'ils sont nombreux.


Alors que les dirigeants haranguent les foules et chauffent à blanc les manifestants, les exactions continuent de plus belle - contre les sunnites en Iran, contre les chiites en Arabie Saoudite. Croyant renforcer l'unité nationale autour de leur branche de l'islam, les régimes de la région ne font que souffler sur les braises d'une guerre civile qui risque bien de les emporter.

24 novembre 2015

Chaos dans le ciel syrien

Parmi toutes les factions investies dans la guerre en Syrie, la Turquie est sans doute celle dont l'attitude est la plus ambiguë. Mais le jeu trouble d'Erdogan vient d'être révélé ce mardi avec la destruction en vol d'un SU-24 russe, abattu par la chasse turque.

Les Russes décrivent la perte de leur appareil comme une agression. Les Turcs prétendent qu'ils agissaient dans leur bon droit. A cette heure, toutes les informations sont à prendre au conditionnel.

L'avion, en mission de bombardement contre des forces salafistes d'al-Nosra au nord-ouest de la Syrie, à proximité de la ville de Lattaquié, aurait franchi l'espace aérien turc, selon les Turcs, suivant la trajectoire en rouge ci-dessous avant d'être abattu par deux F-16 de l'armée turque:

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Par le biais de leur Ministre de la Défense, les autorités russes annoncent quant à elles que l'appareil était 100% du temps en vol au-dessus du territoire syrien et qu'elles ont les moyens de le prouver. Selon un média turc le SU-24 aurait reçu "des avertissements pendant une dizaine de minutes" avant d'être attaqué, alors que les trajectoires ci-dessus, à supposer qu'elles soient correctes, ne laissent présager que quelques secondes de survol du territoire turc à la vitesse de vol d'un jet. L'appareil s'est d'ailleurs écrasé en territoire syrien.

Mais la crise ne s'arrête pas là. Citant l'AFP:

L'équipage de l'avion s'est éjecté. Selon les informations préliminaires, "un des pilotes est mort dans les airs alors qu'on lui tirait dessus depuis le sol", a précisé le général Sergueï Roudskoï, selon des propos retransmis à la télévision.

Un soldat russe a en outre été tué lors d'une opération de sauvetage avortée des deux pilotes de l'avion, lorsqu'un des hélicoptères du commando a lui-même été la cible de tirs, a aussi annoncé l'état-major russe.


En outre, les informations fournies par l'agence de presse sont lacunaires. Si un des pilotes a bel et bien été tué alors qu'il descendait en parachute (ce qui constitue un crime de guerre), il l'a été par des rebelles d'Alwiya al-Ashar qui ont d'ailleurs immédiatement posté une vidéo de son cadavre porté en triomphe. Et si un hélicoptère russe envoyé au secours a été abattu à son tour, c'est à travers un autre mouvement rebelle - la Première Division Côtière de l'Armée Libre de Syrie - cette fois-ci à l'aide d'un missile fourni par... Les Américains, rapporte le Telegraph britannique:

Si le tir est confirmé, le missile filoguidé a probablement été fourni à travers le même programme logistique soutenu par la Turquie et les États-Unis qui a servi à équiper [la milice] Alwiya al-Ashar.

L'utilisation de ces missiles filoguidés de fabrication américaine a augmenté de 800% depuis que la Russie a entamé des opérations aériennes contre eux fin septembre, ralentissant les offensives du régime [de Damas] en détruisant des douzaines de tanks et d'autres véhicules blindés.

 
Vladimir Poutine a assuré que la destruction d'un bombardier russe par un F-16 turc aurait de "fâcheuses conséquences" et qualifia la perte de l'appareil de "coup de poignard dans le dos" qui aurait été porté contre la Russie "par les complices des terroristes". En soirée, Tayyip Erdogan affirma que "tout le monde doit respecter le droit de la Turquie à protéger ses frontières" tout en dénonçant fermement "l'intensification des attaques contre les Turkmènes". Barack Obama aurait jeté de l'huile sur le feu en affirmant que "tout cela ne serait pas arrivé si les Russes s'attaquaient à l'Etat Islamique plutôt qu'à défendre le régime syrien". Hollande et les Européens cherchent à calmer le jeu...

Pour la première fois peut-être depuis le début du conflit syrien, les positions des uns et des autres semblent remarquablement claires, en particulier celle de la Turquie:

  • Ankara profite de sa position au sein de l'OTAN et de la lutte générale contre Daesh pour mener une purge contre les Kurdes - dans et hors de ses frontières - et soutenir les minorités turques au nord de la Syrie, tout en maintenant face à l'Etat Islamique une complaisance proche de la complicité ;
  • la Russie défend le régime de Bachar el-Assad contre les nombreuses factions qui s'opposent à lui, dont l'Etat Islamique ;
  • les Américains équipent les "rebelles modérés" - dont le front al-Nosra affilié à al-Quaeda, la milice Alwiya al-Ashar et d'autres, les modérés sont ce qu'ils sont dans la région - en espérant que ces groupes lutteront contre Damas et l'Etat Islamique, alors que ces armes sont vraisemblablement employées contre tout le monde et s'égarent joyeusement dans la nature.

Derrière la complexité apparente de la situation, en simplifiant, nous assistons une fois de plus à une guerre entre deux pôles: les chiites de l'Iran, de Syrie et du Hezbollah contre les sunnites de Turquie, d'Arabie Saoudite et de l'Etat Islamique de l'autre.

Par le biais des circonstances et de leur histoire, les Russes sont apparentés au premier groupe, aux côtés des Kurdes et du régime de Bachar el-Assad ; mais comparées à celle des Européens et des Américains, leurs alliances sont limpides. Europe et Etats-Unis essayent l'impossible compromis de ménager leurs alliances locales, leur crédibilité politique et leur opinion publique tout en récoltant des progrès sur le terrain. Au final et sous l'impulsion d'Obama, les Américains se retrouvent à équiper des "rebelles modérés" qui n'existent que dans l'imagination des états-majors avec des armes semant le chaos partout dans la région, y compris en Irak entre les mains de l'Etat Islamique que chacun affirme combattre.

Tant que ces alliances étranges ne sont pas clairement posées sur la table et remises en question - y compris l'appartenance de la Turquie à l'OTAN - il est illusoire d'espérer le moindre progrès dans la région. En attendant, la situation reste instable et le risque d'escalade très réel.

15 août 2014

La guerre commence

L'Ukraine affirme avoir détruit une partie d'une colonne de blindés en provenance de Russie:

L'Ukraine affirme que ses troupes ont attaqué et partiellement détruit un convoi armé qui a franchi la frontière depuis le territoire russe.

Les troupes régulières ukrainiennes ont engagé [en combat] les véhicules qui sont arrivés pendant la nuit à travers une section de la frontière tenue par les rebelles, annonça à Kiev Andrei Lysenko, porte-parole des forces militaires du pays, à des journalistes. Les soldats ukrainiens sont toujours sous le feu de l'artillerie, y compris de tirs venus de Russie, dit-il.


Le Guardian britannique avait déjà rapporté la violation de la frontière ukrainienne par des unités militaires russes cette nuit. Un grand bravo à tous les visionnaires qui n'imaginaient pas de sitôt une guerre territoriale sur le continent européen...

Mise à jour (17 août 2014): Et non finalement la vraie guerre ne commence pas. La colonne de blindés russes observée par des journalistes anglais et détruite après de violents combats semble s'être purement et simplement volatilisée - des médias en tous cas. Même Zerohedge en perd son latin.

Il est vrai qu'il n'est dans l'intérêt de personne que le conflit ne s'embrase. Ni la Russie, qui souhaite garder l'apparence de la moralité après avoir annexé la Crimée, ni l'Ukraine, qui n'a certainement pas les moyens de s'opposer à une offensive russe de grande ampleur.

Nous sommes toujours dans la drôle de guerre. Mais les nombreux morts sont, eux, bien réels.