13 juin 2016

Le bar gay le plus triste d'Orlando

Le Pulse se définissait comme "le bar gay le plus chaud d'Orlando". C'est sans doute à cause de cette sulfureuse réputation qu'il fut pris pour cible ce douze juin par un fou d'Allah. L'homme ouvrit le feu sur la foule à l'arme automatique, tuant une cinquantaine de personnes et en blessant tout autant.

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Le bar du Pulse, avant.

Dans son allocution post-attaque, Barack Obama, versé dans le déni au point d'en faire une sorte de discipline olympique, trébucha sur l'obstacle ; ne réussissant pas à éviter d'employer le terme de terrorisme, il sauva son honneur de champion en titre en tentant dans les derniers mètres d'employer le terme "d'acte de terreur" à la place. Faisant jouer son expérience sur le reste du parcours, il esquiva habilement les mots "islam", "musulman", ou "État Islamique" pour réorienter le débat vers le droit de posséder une arme. La technique, bien exécutée, fut malheureusement trop dénuée d'originalité pour impressionner le jury ; le peloton de la presse mainstream, connu pour son suivisme, s'empressa néanmoins de recopier la stratégie dès le lendemain.

Quel dommage pour le Président américain! Il s'imaginait terminer son mandat dans le calme, travaillant à caresser dans le sens du poil les partisans de Bernie Sanders pour les réconcilier avec Hillary Clinton, candidate de la continuité par excellence, contre les méchants Républicains. Le script était écrit ; il n'y avait plus qu'à rabaisser Donald Trump et dénoncer son "simplisme", comme il s'évertuait à le faire depuis plusieurs mois. Certes, il sortait encore et toujours de son rôle institutionnel, mais de l'offensive fiscale contre les groupes du Tea Party à la mansuétude judiciaire dans les affaires concernant Mme Clinton, quel écart ne pardonne-t-on pas à l'administration Obama?

Mais voilà, les Etats-Unis viennent de subir la pire attaque terroriste sur leur territoire depuis les attentats du 11 septembre 2001. Toutes les attaques terroristes islamistes sur le territoire américain depuis cette date eurent lieu pendant un mandat du président Obama. Les LGBT, traditionnellement démocrates, sont mi-figue mi-raisin: ils font aujourd'hui l'expérience de la différence entre une posture de victime et une place, bien réelle, de victime. Les familles comptent leurs morts. Pas possible non plus pour eux de dénoncer les Républicains, les affreux chrétiens radicaux ou les armes automatiques, même s'ils essayent sans grande conviction. La tuerie du Pulse d'Orlando est bel et bien un acte homophobe commis par un extrémiste musulman, Omar Seddique Mateen - un de ces éléments de richesse dont l'Amérique, disaient-ils samedi encore, a tant besoin.

usa,donald trump,barack obama,terrorisme,islam,homosexualitéEn mode damage control, l'objectif est désormais de montrer que le tueur surgissait de nulle part. Manque de chance, M. Seddique Mateen, né à New York d'origine afghane, n'avait rien d'un inconnu pour les services américains:

Selon plusieurs médias américains, Omar Seddique Mateen, né à New York, vivait à environ 200 kilomètres au sud-est d'Orlando, dans la ville de Port Saint Lucie. Le sénateur de Floride Marco Rubio a indiqué sur CNN que l'auteur de la tuerie avait travaillé pour une compagnie de gardiennage. Omar Seddique Mateen, qui n'avait apparemment pas de casier judiciaire, avait attiré l'attention de la police à deux reprises, en 2013 puis en 2014, selon le Daily Beast.

Le FBI a confirmé avoir interrogé le jeune homme ces dernières années pour ses présumées «sympathies» islamistes mais que l'enquête n'avait jamais donné suite. Son chef à Orlando, Ronald Hopper, a révélé qu'Omar Mateen avait été interrogé à deux reprises: «Le FBI a eu connaissance de son existence quand il a fait des remarques à ses collègues laissant penser à d'éventuels liens avec des terroristes», a-t-il expliqué. Il avait une nouvelle fois attiré l'attention du FBI pour des liens avec un djihadiste kamikaze américain à l'étranger. «Au final, nous n'avons pas été en mesure de vérifier la substance de ses commentaires et l'enquête a été close», a poursuivi Ronald Hopper.


Mais des détails émergent sans cesse et brossent une fois de plus un portrait peu flatteur des agences de renseignement américain. Bien qu'interrogé trois fois (et non deux) par le FBI et inscrit sur un fichier de terroristes potentiels, Omar Mateen, qui battait sa femme, avait accès à une licence de port d'armes - et s'en servit encore la semaine précédant la tuerie. Employé depuis 2007 comme agent de sécurité dans la filiale américaine de G4S en Floride, une des plus grosses sociétés de sécurité de la planète, il avait accès à du matériel et de l'armement de pointe. Et son travail consistait incidemment à faire transporter des immigrés illégaux sur le territoire des Etats-Unis... Mais pas des Mexicains.

Omar Mateen appela les urgences juste avant de tirer, annonçant son allégeance au chef de l’État Islamique Abu Bakr al-Baghdadi. Il mentionna également les frères Tsarnaev, qui menèrent l'attaque terroriste du marathon de Boston. Son geste fut revendiqué par l'Etat Islamique lui-même un peu plus tard.

Abondamment cité par les médias, le père du tueur nia "tout lien" entre le crime de son fils et la religion ; mais ce père, Seddique Mateen, impliqué dans la politique afghane, critiqua le gouvernement pakistanais et soutint les Talibans. "Nos frères au Waziristan, nos frères guerriers du mouvement taliban et les Talibans afghans se soulèvent", affirmait-il dans une vidéo... Quel crédit apporter à pareil témoin de moralité?

Sur CNN, Christopher Hanson fit le récit d'une soirée virant à l'horreur: "Je n'ai vu aucun des tireurs. J'ai juste vu des corps tomber. J'étais au bar pour commander un verre, je suis tombé, j'ai rampé pour sortir. Les gens essayaient de sortir par derrière. Quand je suis arrivé dans la rue, il y avait du monde, du sang partout."

L'homosexualité est un péché mortel dans l'islam. Les LGBT de tous horizons devraient repenser quelque peu leurs accointances politiques.

19 mai 2011

Justice d'exception contre l'homophobie?

Mardi 17 mai, c'était la journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie. Pas de chance, l'affaire DSK, qui aurait mieux convenu à des dates comme le 8 mars ou le 25 novembre, monopolisait l'actualié; mais il restait un peu de place au téléjournal de la TSR pour évoquer le sujet sous un angle original, la sous-estimation des agressions contre les homosexuels.

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(cliquez sur l'image pour voir le reportage)

Malheureusement, Aline Inhofer monta son reportage pour en faire ressortir une thèse correspondant à des opinions sans grand rapport avec le thème initial, la volonté de légiférer pour créer une justice d'exception contre l'homophobie. Les commentaires en voix off de la journaliste ne laissent aucun doute:

Il y a une loi contre le racisme, il y a une loi contre l'antisémitisme, par contre il n'y a aucune protection contre l'homophobie. (...) Et pour les victimes, cette absence de législation est également ressentie comme un manque de reconnaissance.

 

Manque de reconnaissance? A voir. Un examen minutieux de la construction du reportage montre que la journaliste oriente ses interlocuteurs (et les téléspectateurs) pour faire ressortir sa thèse, alors que le problème réel est tout autre, et bien réel: les homosexuels hésitent à porter plainte quand ils se font agresser.

Monica Bonfanti, cheffe de la police genevoise: "Nous savons que le chiffre noir pour ce type d'infraction est très élevé et aujourd'hui, on compte, on estime que seulement 10 à 15% des actes à caractère homophobes sont portés à la connaissance de la police."

Michaël Häusermann, association Dialogai: "Porter plainte, ça veut dire aller à la police ou à la justice que je suis homosexuel, que la nuit je vais peut-être dans un parc pour rencontrer d'autres hommes, donc il y a encore beaucoup beaucoup de gens aujourd'hui qui n'osent pas faire ce pas parce qu'ils ont honte."

 

Le problème est avant tout d'ordre psychologique. Les homosexuels vivent - ou subissent - leur orientation sexuelle comme une transgression; il en va parfois aussi de leur mode de vie tout entier. Ils se retrouvent tout aussi démunis face aux agressions qu'un drogué arnaqué ou d'une prostituée violentée. Lorsqu'on estime vivre en marge des normes sociales, difficile de pousser la porte d'un poste de police pour porter plainte.

On voit mal en quoi une législation criminalisant spécifiquement les agressions anti-gays pousserait tout d'un coup les victimes à plus de combativité. Un homosexuel violenté ne porterait pas plainte parce que son agresseur encourrait trois ans de prison, mais il prendrait la peine de surmonter sa réticence à porter plainte si l'agresseur risquait le double?

Poursuivons notre exemple et supposons qu'un fait de lésions corporelles simples, valant jusqu'à trois ans dans un cas habituel, soit portée à six ans dans le cas d'une victime homosexuelle. Un individu cogne: ça vaut jusqu'à trois ans. La victime est gay; l'agresseur le sait-il? L'agresse-t-il à cause de cela? Et s'il crie "sale pédé" au milieu d'un pugilat avec un hétérosexuel? Et s'il essaye de "casser la gueule d'un gay" mais qu'il se trompe sur l'orientation sexuelle de sa victime? Et si la victime est bisexuelle? Indécise? N'est jamais passée à l'acte? C'est inextricable. Comme l'explique Stefan, barman dans un club gay, la limite est d'ailleurs difficile à tracer entre le vol simple et l'attaque anti-homosexuelle:

C'est toujours les mêmes choses, ils se font tabasser, ils se font agresser verbalement, mais, avant tout et pour tout, c'est pour leur prendre leur carte bleue, leur argent, leurs espèces, ou leurs bijoux.

 

Les législations spécifiques sont dangereuses et contre-productives. En érigeant les gays - ou d'autres - en minorité spécialement protégées par la loi, on dévalorise la majorité. On fait passer l'acte criminel au second plan face à l'appartenance culturelle, ethnique, religieuse ou sexuelle de la victime. On instaure progressivement une justice différenciée où qui vous êtes est plus déterminant sur la peine du coupable que ce qu'on vous a fait.

Une agression violente doit être punie parce que c'est un acte violent, une atteinte aux comportements civilisés; pas parce que la victime a des orientations sexuelles sortant de la norme. Devrait-il être plus "acceptable", aux yeux de la loi, de démolir à coup de pieds le visage d'un bon père de famille traditionnel, plutôt que celui d'un homosexuel?

Ce n'est pas rendre service aux gays que de les singulariser à travers une disposition particulière du code pénal. Si on veut les aider, ce serait plutôt en les encourageant à exercer leurs droits, au lieu de les laisser imaginer qu'ils ne sont pas dignes d'une enquête de police.