15 janvier 2014

Hollande, Schettino, même combat

François Hollande n'est pas un capitaine de pédalo, même si son seul antécédent dans un exécutif en Corrèze évoque l'image. François Hollande n'est pas non plus, Dieu nous en préserve, le capitaine du Titanic ; Edward Smith était un commandant agréable, imposant et à l'écoute, dont le destin tragique fut lié à des circonstances indépendantes de sa volonté. M. Smith était aimé et respecté de ses hommes comme de ses passagers ; même la légende selon laquelle il aurait demandé à pousser le navire pour lui faire remporter le Ruban Bleu est sans fondement, le Titanic ne pouvant pas rivaliser avec le détenteur du record à l'époque, le Mauretania.

Non, vraiment, si on doit comparer François Hollande à un capitaine, seul Francesco Schettino vient à l'esprit.

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Ce n'est pas le France, mais il y a de l'idée.

Pensons aux dernières heures de la carrière du capitaine du Costia Concordia: alors que son navire devait passer dans un chenal de 15 km entre l'île de Giglio et la côte de Porto Santo Stefano, après avoir dîné et bu avec sa maîtresse moldave Domnica Cermortan, il décida de faire l'Inchino - la révérence - en forçant le paquebot à aller au plus près de la côte, juste pour l’esbroufe. Beaucoup trop près. Le naufrage fit 32 victimes et le comportement minable de l'individu pendant la catastrophe est entré dans la légende.

Bien sûr, il y a quelques différences entre le capitaine italien et le président français. Par exemple, le premier était à l'époque officiellement marié avec des enfants ; aujourd'hui, le second trompe sa maîtresse officielle avec une deuxième maîtresse. Ce n'est pas pareil, même si en termes d'irresponsabilité, on s'y retrouve.

france,françois hollande,humourA aucun moment Francesco Schettino n'a osé prétendre que ce qui s'était passé ce soir-là relevait de la vie privée, et pour cause. Il est piquant d'entendre le président français clamer de son côté que "les affaires privées se traitent en privé" lorsque le chef de l'Etat, détenteur des codes de la force de frappe nucléaire française, est amené à cause de ses pulsions sexuelles à s'exposer sans protection face à un paparazzi plusieurs jours de suite, alors qu'ils se rendait auprès de sa Julie (Gayet). Et, puisque nous en sommes à l'inventaire du quinquennat irréprochable, il est bien sûr question aussi de l'argent des contribuables. Combien de bureaux et d'appartements, combien de conseillers particuliers, combien de sièges de luxe en voyage sont réservés pour les différentes courtisanes du président?

Pauvre Valérie Trierweiler! Affaiblie et à l'hôpital, son titre de maîtresse officielle vaut encore moins qu'avant. Dure dégringolade pour celle qui a rompu ses vœux de mariage pour un politicien. L'apprentissage de la vie, dira-t-on.

On a beau jeu de se moquer des Américains et de leur sacro-sainte morale, mais quelque part, ils sont plus cohérents que nous autres européens lorsqu'ils prétendent exiger un président exemplaire jusque dans sa vie privée. Il y a de l'hypocrisie là-dedans, c'est évident, mais on ne peut s'empêcher de penser: que valent les promesses publiques d'un homme incapable d'assumer ses engagements même dans ses relations les plus intimes?

Après la gestion piteuse du mariage homosexuel, après l'affaire Léonarda, après l'affaire Dieudonné, François Hollande semble réduire la fonction présidentielle à sa propre posture: un zeste de ridicule, à côté des vrais enjeux, sans envergure aucune. Espérons que cela se terminera mieux pour la France en crise que pour le Costa Concordia, mais à voir le capitaine, rien n'est moins sûr.

Ce dernier épisode évoque plus que n'importe quel autre un vaudeville bien français: un homme à femmes, des révélations, des mœurs légères et quelques quiproquos amusants.

Et des cocus, beaucoup de cocus.

12 octobre 2013

L'Autre Musée du Grand N'importe Quoi

L'offensive est en marche: Renens aura son "Autre Musée". Ne riez pas, le nom est l'intitulé exact du projet mené par la Municipalité dont on a pu découvrir le contour dans un des premiers préavis en rapport:

« L’Autre Musée » est un projet qui s’inscrit dans la volonté de la Municipalité de mettre à disposition du public un lieu culturel ambitieux.


Découvrons cette ambition au travers d'un autre paragraphe avec un peu plus de sauce:

Avec le projet de l’Autre Musée, la Ville de Renens souhaite (...) une culture à la fois exigeante et de proximité. Exigeante par la qualité des expositions et des manifestations; de proximité par les liens que les responsables de l’Autre Musée entendent tisser avec la population renanaise. En effet, ce projet se veut à l’image de Renens, ville où le croisement des cultures et le métissage des populations sont considérés comme de véritables atouts. Cette diversité sera la signature de l’Autre Musée, qui se distinguera par sa volonté de favoriser échanges et complicités entre des milieux peu enclins d’ordinaire à se côtoyer.


Comme lorsqu'on vient de remplir sa grille de Bullshit Bingo, difficile de contenir une irrésistible envie de crier "Foutaises!". Mais en la matière vous n'avez encore rien vu.

Le musée est sensé prendre place dans la Ferme des Tilleuls, un ancien bâtiment historique racheté en 2008 aux CFF.  Le projet devisé à plus de 6 millions de francs - sachons vivre! - est hors de portée de la bourse de Renens. La gauche au pouvoir n'en a cure: elle s'endettera jusqu'au cou et plus encore.

Bien que la bâtisse soit ruinée et squattée, les manœuvres sont en marche ; ça se concrétise, claironne 24Heures. Il est temps d'agir, en effet, pour respecter le calendrier. L'inauguration de l'Autre Musée est prévue début 2016, c'est-à-dire la veille des élections communales. Le hasard fait décidément bien les choses.

Il y a quelques semaines, les Renanais ont donc eu le plaisir de découvrir les contours de l'Autre Musée à travers de grandes affiches rigides déployées sur la place du marché. Pas trop longtemps tout de même, des fois que le chaland se pose des questions. Fort heureusement, le descriptif du projet reste disponible sur son site web.

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Les baleines en ferraille rouillée s'échoueront peut-être sur une nouvelle grève.

Et là, mesdames et messieurs, permettez-moi de vous le dire, c'est un festival. Morceaux choisis:

[L'Autre Musée] est un projet culturel qui se rêve autrement qu'une institution muséale.

C'est un projet exigeant, mais pas hermétique, avec l'envie de s'inspirer de la richesse du métissage qu'offrent Renens et l'Ouest lausannois et de notre réseau international.

C'est un projet qui veut favoriser les échanges et la complicité entre des milieux peu enclins, à se rencontrer, à se côtoyer.


Outre une définition schizophrénique et une ambition galactique, on retrouve déjà une phrase de l'avant-projet: l'implication de la Municipalité est évidente. Au-delà des échanges et des complicités, ça va sérieusement choquer du bourgeois.

C'est un projet qui grandira de ses racines et d'une volonté de produire des événements ancrés dans notre époque.

C'est un projet qui rendra visible par des expositions, des aménagements, des installations, bricolées ou savantes, les démarches de ceux qui inventent, qui créent de nouvelles visions, d'autres points de vue.


(A l'inverse des musées traditionnels qui ne présentent que des choses banales et convenues comme chacun sait.)

C'est un projet qui invitera les écoles et les jeunes à prendre part aux activités de création.


Les écoliers renanais n'y couperont pas. Cher public captif! Mais la description s'emballe et passe alors au délire complet:

C'est un projet différent, parce qu'il n'est pas conditionné par des programmations figées des années à l'avance, privilégiant les découvertes spontanées et l'imprévisible.

C'est un projet qui donnera corps à nos rencontres, que nous prolongerons en offrant des résidences à des artistes et des créateurs du monde entier.(...) Aux systèmes et aux grilles, préférons les réseaux et les constellations, les synergies et les passerelles, l'impromptu et les regards décalés. explorons les terrains à défricher, mais restons simples et engageons-nous dans le faire.

À l'heure où les frontières temporelles, économiques et culturelles s'estompent au profit d'un monde interconnecté et d'une E-culture mondiale des flux et des réseaux, l'Autre Musée se positionne comme laboratoire.

Il cultivera un intérêt pour la création isolée et populaire, en passant par les nouvelles technologies et l'art contemporain.

À l'image des encyclopédies participatives, la configuration et la substance de l'Autre Musée seront en constante évolution.

 
Etc. Que de verbiage transcendantal pour qualifier l'Autre Musée de ce qu'il sera vraiment: un café, des locaux administratifs pour quelques postes de complaisance, un appartement colocatif où pourront loger deux ou trois copains artistes, le tout encadrant un espace d'exposition rempli de rébellion convenue et, probablement, vide de tout spectateur. On se réjouit de découvrir les chiffres de la billetterie.

Il n'en reste pas moins que les délires verbaux ampoulés autour du projet ne sont pas sans rappeler Les Inconnus, qui avaient tout inventé en 1992 déjà:

 

Mais tu dis
Que le bonheur est irréductible
Et je dis
Que ton espoir n´est pas si désespéré
A condition d'analyser
Que l'absolu ne doit pas être annihilé
Par l'illusoire précarité de nos amours
Et qu'il ne faut pas cautionner l'irréalité
Sous les aspérités absentes et désenchantées
De nos pensées iconoclastes et désoxydées
De nos désirs excommuniées de la fatalité
Destituée
Et vice et versa


Ils auraient pu chanter l'Autre Musée.

11 novembre 2011

Flagrant délit de vérité

Panique hier: Standard & Poor's, la plus grande agence de notation mondiale, a envoyé à ses clients une note comme quoi la France avait perdu son triple-A.

En fait non, c'était une bourde:

"Suite à une erreur technique, un message a été automatiquement diffusé à certains abonnés au portail de S&P Global Crédit indiquant que la note de crédit de la France avait été changée", indique le communiqué de l'agence. "Ce n'est pas le cas: la note de la République française est inchangée à "AAA"", ajoute-t-il.

 

L'Autorité des marchés financiers (AMF) a annoncé jeudi soir avoir ouvert une enquête après cette diffusion. Le sujet est tellement sensible que les politiciens français ne se calmeront pas sans avoir trouvé des têtes à planter au bout d'une pique.

Ils devraient pourtant éviter de faire trop de scandale autour de cette affaire, parce que dans les faits la France n'est plus AAA - et depuis longtemps. La France paye un taux d'intérêt 1.60% supérieur à l'Allemagne pour emprunter à dix ans, alors que les investisseurs cherchent à placer leur argent en souscrivant aux emprunts de pays réellement sûrs. Les taux allemands ont ainsi baissé de 40% en six mois. Les taux français, eux, sont plus... Divergents.

L'écart entre les deux pays est parlant:

 

Françallemagne.png
Il y a triple-A et triple-A...
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Aujourd'hui, l'Allemagne emprunte à 10 ans avec un taux de 1.79% alors que la France emprunte à 3.39% pour la même durée - soit environ le double.

Les marchés financiers ne considèrent plus la France comme un pays triple-A.

Les investisseurs ne considèrent plus la France comme un pays triple-A.

Mais il ne faut pas le dire - pas tant que Nicolas Sarkozy est au pouvoir, en tous cas. Parce que les agences de notation sont corrompues jusqu'à la moëlle pour surestimer leurs clients.

S'il fallait une dernière preuve que le non-triple-A de la France est un secret de Polichinelle, c'est que les marchés n'ont même pas réagi face à la vraie-fausse annonce de dégradation de la note. Pas de vent de panique, de bruissements de rumeurs, rien. Business as usual. Il est vrai qu'enfoncer une porte ouverte provoque rarement un effondrement!

Résumons tout cela dans une dépêche telle qu'elle aurait dû apparaître:

PARIS - L'agence de notation Standard and Poor's (S&P) a été prise la main dans le sac en flagrant délit de vérité hier. Elle a ainsi transmis à certains de ses abonnés un message faisant état d'une dégradation de la note de la France.

Les autorités françaises et l'Autorité des marchés financiers ont vigoureusement protesté: cette diffusion n'aurait pas dû survenir avant les élections présidentielles françaises de 2012.

L'information est d'autant plus dommageable pour la France que l'Elysée a mis en place une propagande intensive sur le thème de la rigueur afin de justifier la stabilité de la note auprès des agences, malgré l'inadéquation flagrante entre l'endettement du pays et les critères AAA.

De fait, les marchés n'ont pas réagi à l'annonce, pas plus qu'à son démenti.

L'erreur de communication, compréhensible, intervient alors que l'écart entre le taux des obligations à 10 ans de l'Allemagne et de la France sur le marché de la dette a atteint un nouveau record historique jeudi, au-delà des 170 points de base. Malgré le prétendu plan d'économie annoncé par le gouvernement, le déficit courant de l'Etat est prévu autour de 100 milliards d'euros cette année. Ce montant s'ajoutera à une dette estimée à 1'646 milliards d'euros.

L'agence de notation a promis de faire la lumière sur cette diffusion inopportune. Dans un communiqué, elle rappelle que même une information factuelle se doit d'être annoncée avec tact.

 

Ca colle mieux à la réalité de la situation.

25 octobre 2011

Rêvons avec Galileo

Vendredi dernier a vu la mise en orbite de la première étape concrète du dispositif de géolocalisation européen, deux satellites d'une constellation qui doit en comporter au minimum 18 pour émettre un signal utilisable.

soyouz.jpgL'opération toute entière porte la marque d'une coopération remarquable entre les membres du projet. Le premier lancement symbolise cette unité: une fusée Soyouz tirée depuis la base de lancement d'Ariane en Guyane Française. Qui aurait imaginé cela au temps du Mur de Berlin! C'est l'Europe d'aujourd'hui, une union entre les fleurons technologiques russes et l'agence spatiale européenne, le tout exploité dans l'environnement difficile d'une colonie française en Amérique du Sud... C'est l'Europe-Monde.

La première victoire d'étape ne doit pourtant pas occulter les grandes difficultés qu'a traversé l'ambitieux programme depuis sa conception.

Si tout était allé comme prévu initialement, à ce jour nos téléphones bénéficieraient de la précision de Galileo. Le projet européen devait entrer en service en 2008. Cependant, une myriade d'obstacles commerciaux, techniques, politiques et financiers l'a ébranlé jusque dans son existence. (...)

Mis en œuvre par l'Agence spatiale européenne (ESA), Galileo devait être financé par un partenariat public-privé. En 2007, le plan s'écroule. Le projet est au bord de l'abandon. La Commission européenne décide alors de le financer entièrement de [la poche du contribuable], à l'époque. Coût: 3,4 milliards d'euros.

Mais les pays s'écharpent, notamment une Grande-Bretagne réticente et une France acharnée. Le cœur n'y est pas. Galileo est sauvé après de laborieuses tractations entre les Etats et le Parlement européen, qui permettent de trouver un accord en utilisant une partie des fonds agricoles non dépensés.

En 2010, c'est la douche froide: le système coûte 1,9 milliard de plus que budgété. Nouvelle crise. Après avoir pensé réduire la voilure – 18 satellites au lieu de 30 – les Européens trouvent des économies et des fonds. Les contribuables voient leur participation grimper de 1,9 milliard d'euros.

 

Oui, bien des obstacles se sont dressés sur le chemin de Galileo. Des obstacles politiques, logistiques, financiers, et même l'opposition absurde et partisane de certains industriels - des traîtres parvenus à s'intégrer au programme. Wikileaks a ainsi révélé le double-jeu de Berry Smutny, directeur d'un groupe allemand, OHB System, filiale du groupe allemand OHB Technology, expliquant que Galileo ne serait qu'une "idée stupide" défendue par la France à des fins militaire et qualifiant le projet visionnaire de "gaspillage de l'argent du contribuable."

galileo-gps.jpgLa société avait pourtant décroché auprès de la Commission européenne une commande de 566 millions d'euros pour la construction de 14 satellites. Certains ont vraiment l'art de cracher dans la soupe. Heureusement, le dissident a été débarqué de l'entreprise.

La construction du Monde de Demain, un monde Meilleur, plus Juste, plus Ouvert à l'Autre implique des sacrifices. Des sacrifices politiques et économiques. Mais la récompense sera grande, elle aussi.

Imaginez.

Projetons-nous à la fin de la mise en place initiale du programme Galileo, probablement quelque part au milieu de la décennie 2020-2030. Le dernier satellite est enfin mis en orbite, malgré quelques retards et quelques surcoûts. Notre bonne vieille Planète Terre, qui subit par ailleurs divers outrages de l'Homme, est désormais entourée dans l'espace par un élégant corset de satellites de positionnement émettant un signal, miraculeusement précis, sur leur position.

Ce signal ténu est capté par les antennes sophistiquées d'une ribambelles de produits d'avant-garde. Ces bijoux de technologie qui restent à inventer sont capables de savoir où vous vous trouvez sur la surface du globe. Exactement, avec une précision diabolique - de l'ordre du mètre d'abord, mais l'extension à trente satellite de la constellation Galileo pourrait faire tomber cette limite à trente centimètres.

twitter-geolocalisation.jpgQuelques cyniques ricaneront: "A quoi bon savoir où on se trouve? Je sais où je suis, devant mon ordinateur, merci." Eh bien non, messieurs, vous manquez d'imagination! Figurez-vous que vous êtes en train de vous déplacer: plus jamais perdu! Aujourd'hui on a une carte routière, mais dans à peine dix ans on aura enfin le chaînon manquant - où on se trouve sur cette satanée carte!

L'automobiliste salive à cette idée. Mais voyez plus loin. Pensez à une possible intégration avec des cartes routières, permenttant de planifier tout un itinéraire! Imaginez les possibilités d'interaction avec Internet où un utilisateur avisé pourrait demander à son logiciel favori "le restaurant le plus proche" (à supposer que le système soit prévu pour un usage aussi trivial) et le programme lui répondra en calculant tout cela à partir de sa position! Pensez au travail des géomètres, aux chantiers, aux aventuriers, aux services de secours, aux cartographes!

Et ce n'importe où sur la surface du globe! Quelle carte de visite pour l'Europe! Quel affront cinglant pour les Américains qui se croient à la pointe de la technologie!

Tout cela disponible dans dix-douze ans si tout va bien. L'ensemble de ces nouveaux services pourrait être regroupé sous le terme novateur de géolocalisation. Le monde de demain est à nos portes. Qui n'aurait pas hâte d'y être?

Malheureusement, il y aura des dérives, notamment l'utilisation de Galileo par des ennemis de la démocratie. C'est sans doute inévitable. Au moins, des islamistes afghans aux guérilleros d'Amérique du Sud en passant par les rébellions africaines, tous devront employer une technologie développée dans l'Union Européenne. C'est déjà ça de rayonnement culturel.

Est-ce de la science-fiction? Le lecteur est seul juge. Il est difficile de se projeter si loin dans l'avenir. Avec la crise financière que traverse le Vieux Continent, il n'est même plus certain que cet ambitieux programme spatial arrive à son terme. Mais il n'est pas interdit de rêver non plus. Aussi coûteux soit Galileo, ce sont des milliards judicieusement dépensés. A terme, ils permettront à l'Europe de prouver au monde son avance en technologie de positionnement. Galileo rendra disponible des services qui bouleverseront notre quotidien, au service de l'Humanité entière. Alors, une patience pleine d'espoir est sans doute la meilleure attitude à prendre, et tant pis si Galileo coûte un peu cher: il n'y a tout simplement pas d'alternative.

Efficacité, maîtrise, innovation, à-propos - Galileo incarne parfaitement la vision européenne.

Rêvons à son succès.

23 juin 2011

La Grèce ne tombera pas seule

En Grèce, tout va super-bien. Georges Papandréou a obtenu la confiance renouvelée de son parlement, écartant ainsi un des principaux écueils au vote d'un n-ième plan d'austérité et de privatisation un peu plus tard, lequel ouvre la voie au versement d'une nouvelle tranche du plan de sauvetage européen. En attendant un deuxième plan de sauvetage européen. Le tout malgré quelques émeutes peu en phase avec l'austérité qui sied désormais aux Héllènes.

La Grèce est sauvée. D'ailleurs la Bourse se reprend... Ah, on me fait signe que non.

Acro.jpgC'est bizarre. Pourquoi les traders du monde ne se lancent-ils pas dans une bonne grosse cuite au champagne après cet enchaînement continu de bonnes nouvelles? Il faut pourtant le reconnaître, tout se passe comme prévu. Le gouvernement remanié est reconduit dans ses fonctions, la solidarité européenne est au rendez-vous (même si Angela, aux prises avec son opinion publique, avance à reculons) et avec quelques privatisations bien senties la dette grecque passera de 150% à 137% du PIB, des broutilles quoi!

Alors, pourquoi cet accès d'incrédulité?

Il faut croire que dans la grande famille de la finance, quelques individus savent encore manier la calculatrice. Citons à ce sujet une brillante étude de l'Institut Turgot, sérieuse, factuelle, pas drôle du tout, et mettant douloureusement les points sur les i:

Supposons, un instant, que la Grèce n’ait pas le soutien de l’Union Européenne et qu’elle doive emprunter sur les marchés des capitaux. Quel devrait être, alors, le taux de croissance de son PIB pour payer les seuls intérêts de sa dette (...) ? [Entre 26 et 45%]. Inutile de préciser que de tels taux de croissance du PIB ne se rencontrent pas dans l’économie réelle, même en Chine.

 

Mais cela, on s'en doutait: c'est la raisons même de la fondation du Fonds de Stabilisation Européen octroyant à la Grèce des prêts à "prix d'ami" avec un taux de 5%... Ce qui ne suffira pas.

De ce point de vue, la Grèce est prise entre l’enclume de son PIB et le marteau du montant de sa dette qui, en dehors de la charge des intérêts, continue à augmenter mécaniquement au fur et à mesure que son PIB se contracte.

A 5% d’intérêts, il faudrait à la Grèce un taux de croissance du PIB de 7,5% pour rembourser ses seuls intérêts. (...) Or, nous l’avons vu, au lieu d’une croissance de son PIB, la Grèce a subi une décroissance de 4,8% en 2010. Et, en 2011, elle se trouve actuellement sur une pente de -5%.

Ainsi, si l’on retient l’hypothèse d’une récession à 5% en 2011, (...) on peut donc estimer qu’à la fin de l’année 2011, la dette publique grecque franchira le cap des 160% de son PIB.

 

Les 50 milliards d'euro d'argent frais générés par la privatisation massive, à supposer qu'elle réussisse, seront effacés en un an à peine, par le simple truchement de la récession.

La Grèce va faire faillite, répétons-le encore une fois. L'argent qu'on lui prête maintenant - l'argent des contribuables européens - est versé à fonds perdus. Tout le monde le sait même si personne ne veut le dire. Chacun a de bonnes raisons de la fermer pour jouer la montre:

  • Les politiciens, parce qu'ils ont toujours la prochaine élection en tête et il vaut mieux pour eux qu'elle ait lieu dans le calme, l'électeur moyen étant peu enclin à soutenir les sortants - quelle que soit leur couleur politique - dans un climat d'hystérie collective.
  • Les banquiers, parce que chaque minute de calme supplémentaire leur permet de diminuer l'exposition de leur établissement aux dettes grecques pourries, lesquelles sont progressivement rachetées par le FMI, la BCE ou les fonds de solidarité européen (bref, le contribuable), ce qui leur permettra peut-être de sauver leur peau.
  • Les experts, parce qu'ils ont soutenu l'euro du début à la fin. Les déboires de la monnaie unique dévoilent sous un jour assez cru leur dramatique incompétence.
  • Les journalistes, parce que le journalisme critique est mort depuis longtemps et que les survivants éprouvent une sorte de fascination hypnotique vis-à-vis des catégories précédentes (hormis quelques vieilles rancunes sauce lutte des classes à l'encontre des banquiers.)

Mais ce serait faire preuve d'une myopie coupable que de se focaliser exclusivement sur la Grèce. D'autres pays sont sur une pente glissante, et pour les mêmes raisons: non pas l'adhésion à l'euro, mais un excès d'endettement. L'Italie est sous la menace d'une dégradation de sa note, et d'illustres membres de la zone euro ont passé le stade des avertissements pour rentrer à leur tour dans la crise financière joyeuse ; pensons à l'Irlande...

 

Irelande_2ans.jpg

Taux irlandais pour un emprunt à 2 ans

...Ou au Portugal:

 

Portugal_2ans.jpg

Taux portugais pour un emprunt à 2 ans

Si un taux d'intérêt à 5% est à peine soutenable pour une Grèce sous perfusion financière, on est en droit de se demander combien de temps tiendront ces Etats avec le fardeau de leur dette accumulée et des taux à deux ans dépassant allègrement les 10%. D'autant plus que la patience allemande envers ses partenaires arrive rapidement à bout: il n'y aura pas de Fonds Européens pour tout le monde.

 

acheveux.jpg

Le groupe de heavy metal avait tout deviné dès les années 80
(sauf l'évolution des coiffures)

 

07 juin 2011

Bientôt sur nos routes

En attendant d'avoir plus de temps pour commenter l'actualité, une petite vidéo de nos amis Wallons, qui, bien qu'habitant un pays avec peu de relief, réussissent à atteindre certains "sommets":



Est-ce au nom de la vitesse, de la pollution ou de la sécurité?

Sans doute ont-ils tant à dépenser pour les routes? Eh bien non, pas vraiment semble-t-il...

Nombre de politiciens doivent saliver de jalousie devant une telle réussite. A quand de tels aménagements en ville de Lausanne, Genève ou Renens? On y vient, on y vient.