16 mars 2017

Le raz-de-marée Wilders n'a pas eu lieu

pays-bas,geert wilders,élections,immigrationLe soupir de soulagement était perceptible ce matin dans les rédactions et les chancelleries: la révolution populiste hollandaise n'a pas eu lieu.

En arrivant second selon les projections (le dépouillement n'est pas terminé) Geert Wilders a perdu son pari. Il ne sera pas le prochain Premier ministre des Pays-Bas. Le rôle revient à Mark Rütte, chef du Parti populaire libéral et démocrate, assumant ce rôle depuis le 14 octobre 2010.

L'indécision restait malgré tout extrême, comme en a témoigné la fébrilité internationale à la veille du scrutin. Les sondages d'opinion montrent la grande variation de l'opinion publique batave au cours du temps. Celle-ci est d'autant plus compréhensible que les Pays-Bas disposent d'un système proportionnel quasi-intégral mettant en jeu une dizaine de formations politiques différentes. Avec une offre aussi vaste, il ne faut pas grand-chose pour qu'un citoyen décide de passer d'un parti à un autre.

Pendant des mois, le PVV a fait la course en tête, jusqu'à une rapide chute des intentions de vote en début d'année. Le résultat semble donc concorder avec les sondages. Il est possible qu'une fois au pied du mur et même malgré les récentes tensions avec la Turquie, les citoyens se soient soudainement effrayés de leur propre audace face à un parti proposant l'interdiction du coran et des mosquées, le renvoi des musulmans hors du pays et la sortie de l'Union Européenne.

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Évolution des intentions de vote des électeurs des Pays-Bas depuis les dernières élections.
Le VVD de Rütte est bleu foncé, le PVV de Wilders est gris (cliquez pour agrandir)

Il serait pourtant simpliste de résumer l'élection des Pays-Bas au seul score du parti de Geert Wilders. Les deux centres dominant du pouvoir - Conservateurs et Travaillistes - sortent complètement laminés de ces élections, alors qu'ils écrasaient à eux deux la vie politique locale en 2013. La participation a atteint 81%.

Le PVV a largement amélioré son score des élections précédentes et se présente désormais comme la deuxième force politique des Pays-Bas. Même s'il semble totalement improbable qu'il fasse partie de la coalition qui gouvernera le pays, Geert Wilders peut s'estimer satisfait du résultat. Il s'est profilé comme le réel challenger de l'establishment en place. Mieux encore, face aux coups de boutoir portés par l'actualité, notamment les bruits de botte du Président turc Erdogan, le Premier ministre sortant Mark Rütte a été contraint d'adopter les propres positions de Geert Wilders. Il s'en est sorti avec une pirouette, opposant le "bon populisme", c'est-à-dire le sien, au "mauvais populisme" de son adversaire. Pratique!

Les Néerlandais ont donc choisi d'accorder leur confiance à un politicien prêt à singer son principal concurrent. Il va de soi que cette ligne de conduite sera sévèrement surveillée, tant par l'électorat hollandais que par pouvoirs publics européens qui n'ont, eux, guère envie de se retrouver avec une copie de l'infréquentable créature qu'ils ont appelé à combattre.

Le PVV n'a de loin pas encore remporté la majorité absolue, mais il semble avoir définitivement marqué des points dans la bataille des idées.

27 février 2017

La post-vérité suédoise fragilisée

Oubliez les tensions entre le Mexique et les États-Unis en matière d'immigration ; la véritable épreuve a lieu en Suède.

Les échanges virils entre les politiciens mexicains et Donald Trump font les choux gras de la presse, mais les relations entre les gouvernements de Stockholm et de Washington ne sont pas au beau fixe - et cela commence à se voir. Fiscalité, libre-échange, défense des frontières, réchauffement climatique, dans pratiquement chaque domaine les positions des deux pays sont diamétralement opposées. Le fait que Donald Trump pointe récemment les projecteurs sur la Suède en la désignant comme l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire en matière d'immigration n'arrange évidemment pas les choses.

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Au matin après une énième nuit d'émeutes en Suède
(cliquez pour agrandir)

L'existence même de Donald Trump est une menace pour le modèle de société prôné par le gouvernement suédois. Elle montre qu'un peuple, le peuple américain en l'occurrence, peut sortir des bornes du politiquement correct pour se choisir un autre avenir que celui concocté par ses élites. En Suède, pareille perspective terrifie les autorités. Elles travaillent depuis plus de trente ans à supprimer l'idée même de cette possibilité au sein de leur population.

Des peccadilles à l'énervement

Ressentant vivement le danger de l'élection de Donald Trump pour ses propres projets, et bien qu'un océan les sépare, le gouvernement suédois se posa naturellement en fer de lance des protestations internationales contre son Administration.

Le 23 janvier, Trump signa comme ses prédécesseurs républicains l'interdiction pour l'État fédéral de financer le remboursement des avortements pratiqués à l’étranger - une politique connue sous le nom des "accords de Mexico City." Les contempteurs de Trump se jetèrent sur la photo officielle de l'évènement, qui ne montrait que des hommes dans le bureau ovale.

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Là où des individus avec un minimum de recul auraient haussé les épaules, les politiciennes suédoises se sentirent obligées de faire leurs commentaires sur la politique intérieure américaine. Le 3 février, soit deux semaines plus tard, signant pour l'occasion une nouvelle législation contre le réchauffement climatique (aucun rapport donc) ces dames prirent la pose.

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On se demande bien quel était l'objectif politique recherché par cette action de communication guère amusante, d'autant plus que quelques jours plus tard, le 11 février, le même gouvernement suédois "féministe" se ridiculisa à Téhéran en défilant voilé pour plaire aux Mollahs. Même la très conformiste et anti-Trump RTS ne put s'empêcher de relayer l'information.

L'épisode suivant de la guérilla américano-suédoise vint d'une apparition publique de Donald Trump en Floride, où il lança:

"Regardez ce qui se passe en Allemagne, regardez ce qui s'est passé hier soir en Suède. La Suède, qui l'aurait cru? La Suède. Ils ont accueilli beaucoup de réfugiés, et maintenant ils ont des problèmes comme ils ne l'auraient jamais pensé."


Naturellement, les cohortes anti-Trump se jetèrent immédiatement sur les deux mots "hier soir" en prenant soin d'ignorer le reste. On vit donc fleurir le hashtag #lastnightinSweden essayant de tourner en dérision les paroles du président. Internautes et journalistes engagés purent ainsi s'en donner à cœur-joie pendant quelques heures, se couvrant de ridicule avant qu'un autre tweet de Donald Trump ne vienne mettre un terme à la tempête dans un verre d'eau: il parlait simplement d'un reportage diffusé sur Fox News la veille, évoquant les problèmes liés à l'immigration en Suède...

Caramba, encore raté!

Le Village Potemkine de l'immigration

Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'un gouvernement tente de donner une bonne image de son pays, quitte à embellir un peu la réalité pour y parvenir. La Suède va beaucoup plus loin, s'engouffrant résolument dans la post-vérité si chère à nos élites, au point de dresser un portrait du pays digne d'un Village Potemkine:

Mis en cause pour sa politique généreuse d'accueil des migrants (244.000 entre 2014 et 2015), le gouvernement suédois de gauche (sociaux-démocrates et écologistes) a finalement décidé de livrer sa vérité (sic).

"De façon générale, la violence a diminué en Suède ces 20 dernières années" même si la perception de la violence dans la population a, elle, augmenté, au gré de l'immigration, admet-on. (...) Quant aux viols, "leur nombre déclaré a augmenté mais la définition du viol s'est élargie, ce qui complique la comparaison statistique". Par exemple, note le texte, "si une femme affirme avoir été violée par son mari chaque nuit pendant une année, 365 faits criminels seront enregistrés, alors que dans la plupart des pays, ils n'en constitueraient qu'un seul".


Air connu: la violence n'augmente pas, juste sa perception par les gens. Et on reste bouche bée devant un gouvernement féministe se retranchant derrière une définition "assouplie" du viol pour expliquer que, grosso-modo, ce qui compte comme viol en Suède n'en est finalement pas vraiment un.

Malheureusement, la réalité de l'immigration en Suède n'est pourtant pas rose. Des reporters de la très anti-Trump CBS ont pu en faire l'expérience par eux-mêmes, en direct. (On notera le courage des journalistes qui laissent un handicapé venu à leur secours "se débrouiller".)

La triste réalité suédoise

Guidée par la même classe politique qui règne désormais sur toute l'Europe, la Suède décida durant les années 70 de se tourner résolument vers le multiculturalisme et l'immigration. Ouvrant grand les frontières à l'immigration la plus exotique possible, la population suédoise changea progressivement, une transformation de fond que la récente crise des migrants n'a fait qu'accélérer. L'islamisation de la Suède a déjà été abordée dans ces pages.

C'est vrai, la Suède n'a pas connu d'attentat islamique de masse - du moins, pas encore. Mais elle n'en a même pas besoin pour se retrouver en crise. Aujourd'hui, il existe en Suède 55 zones de non-droit où même les services de secours comme les pompiers et les ambulances ne peuvent plus se rendre sans escorte policière. Les émeutes sont régulières, dégénérant en incendies volontaires et en dévastation urbaine.

Les statistiques de la criminalité ont explosé. Partant de 1975 et l'illumination du multiculturalisme en Suède, en quarante ans, le nombre de crimes violents augmenta de 300%. Le nombre de viols s'accrut quant à lui de 1'472%, faisant de la Suède le pire pays du monde en la matière après le Lesotho - une réputation qui traverse les frontières.

Sur le point précis du viol, un article de fond du Gatestone Institute démolit, preuve à l'appui, la version gouvernementale.

Plutôt que d'agir contre le problème de la violence et des viols, les politiciens suédois, les autorités publiques et les médias font de leur mieux pour justifier les faits. Voici quelques-unes de leurs explications :

  • Les Suédois signalent plus volontiers les crimes.
  • La loi a été modifiée de telle sorte qu'un plus grand nombre d'agressions sexuelles sont désormais considérées comme des viols.
  • Les Suédois ne peuvent pas gérer une plus grande égalité entre les sexes et réagissent violemment contre les femmes (peut-être l'excuse la plus fantaisiste).

Un mythe féministe qui existe de longue date est que l'endroit le plus dangereux pour une femme est sa propre maison, que la plupart des viols sont commis par quelqu'un qu'elle connaît. Cette affirmation a été démentie par le rapport [du Conseil National Suédois pour la Prévention du Crime]:

« Dans 58% des cas, l'agresseur était tout à fait inconnu de la victime. Dans 29% des cas, l'agresseur était une connaissance, et dans 13% des cas, l'agresseur était une personne proche de la victime. »

Selon les rapports [du Conseil National Suédois pour la Prévention du Crime] il n'y a pas de grandes différences entre les femmes d'origine suédoise et d'origine étrangère en ce qui concerne le risque d'être violées. Fait significatif, le rapport n'aborde pas la question de l'origine des violeurs.


Et pour cause: en Suède, toutes les statistiques ethniques ont été progressivement interdites. Le contrôle de la liberté d'expression est le dernier refuge de l'incompétence de politiciens cherchant à cacher la réalité à leur population. Mais il reste un historique de ces études sur la criminalité avant qu'elles ne soient bannies du débat public.

Vingt et un rapports de recherche depuis les années 1960 jusqu'à aujourd'hui sont unanimes dans leurs conclusions: qu'ils aient ou non mesuré le nombre de violeurs reconnus coupables ou d'hommes présumés coupables de viol, les hommes d'origine étrangère étaient représentés beaucoup plus que les Suédois. Et cette représentation plus importante de personnes d'origine étrangère ne cesse d'augmenter:

  • 1960-1970 - 1,2 à 2,6 fois plus que les Suédois
  • 1980 - 2,1 à 4,7 fois plus que les Suédois
  • 1990 - 2,1 à 8,1 fois plus que les Suédois
  • 2000 - 2,1 à 19,5 fois plus que les Suédois


En 2008, le Danemark, pays voisin de la Suède et culturellement proche, avait seulement 7,3 viols pour cent mille habitants, contre 53,2 en Suède. Rien n'explique cette différence hormis la proportion et la provenance de la population étrangère entre les deux pays. On retrouve cette différence dans la quantité de viols collectifs en Suède - des crimes sexuels extrêmement rares au sein des populations européennes.

A des affaires criminelles symboliques et abjectes comme le viol et le meurtre d'Elin Krantz s'ajoutent la loi du silence et des milliers d'affaires sordides brisant la vie d'autant de victimes. Et les crimes ont empiré depuis que des dizaines de milliers de nouveaux immigrés - mâles, jeunes et musulmans dans leur écrasante majorité - ont rejoint la Suède à la faveur de la crise migratoire. Aujourd'hui ils vivent d'assistance dans des logements financés par les contribuables, sans parler suédois, sans qualification et sans la moindre incitation à travailler. Et ils commencent à s'ennuyer.

Comme toujours et partout, les politiciens tentent de cacher la vérité au grand public plutôt que de remettre en question leur ligne politique. La surveillance d'Internet est très forte en Suède et les déviants sont impitoyablement traqués et leur carrière professionnelle menacée. Mais les journalistes vont plus loin, mentant carrément en présentant comme des "Suédois" des auteurs de crimes requérants d'asile sans la nationalité. Pris la main dans le sac, ils affirment que c'est pour ne pas stigmatiser les groupes en question.

Pourquoi la Suède, un petit pays sans ressources particulières et aux conditions de vie difficiles s'est-il lancé dans une trajectoire aussi suicidaire que le métissage multiculturel? Il faudrait poser la question à la classe politique qui a décidé de rayer de la carte l'ancienne Suède où il faisait bon vivre. Mais ils n'ont nullement l'intention de renoncer. Comme le déclara avec une naïveté confondante Jens Orback, Ministre de la Démocratie, des Affaires Intérieures, de l'Intégration et de l'Égalité entre les sexes, issu du Parti Social-Démocrate, lors d'un débat à la radio Suédoise en 2004:

"Nous devons être ouverts et tolérants envers l'Islam et les musulmans, parce que lorsque nous deviendrons une minorité, ils le seront envers nous."


La trajectoire de la Suède est donc toute tracée.

16 février 2017

Les immigrés plus diplômés que les Français ?

Dans une opération de propagande digne des plus grandes heures de La Pravda, un journaliste du Matin, Jonathan Zalts, se fait l'écho d'un article du Monde sur le niveau d'éducation des migrants. Son article est intitulé "Les immigrés plus diplômés que les Français" - oui, il n'y a pas de point d'interrogation. C'est une affirmation.

L'article n'y va pas par quatre chemins:

Dans son travail intitulé «Le niveau d’instruction des immigrés : varié et souvent plus élevé que dans les pays d’origine» relayé par Le Monde, le chercheur de l'INED (Institut national d’études démographiques) Mathieu Ichou met au jour une théorie bien éloignée de l'image du migrant primitif débarqué en haillons de son canot (sic).

Il révèle ainsi que certains groupes sont généralement plus diplômés que la population française. Par exemple, 37 % des immigrés nés en Roumanie et vivant en France posséderaient selon lui un diplôme de l’enseignement supérieur alors que seulement 27% des Français peuvent se targuer de pareille qualification. Le chercheur indique des chiffres similaires pour d'autres diasporas comme les Chinois, les Vietnamiens ou encore les Polonais. (...)

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La photo d'illustration de l'article montre quelques immigrés roumains,
chinois, vietnamiens ou polonais typiques.

Et de conclure d'un ton rieur:

Une étude qui risque de faire grincer quelques dents du côté du Front National.


A ce stade, on hésite: est-ce un poisson d'avril? Une attaque raciste anti-française? Un troll? Une simple fake news?

Creusons.

Le Monde, tel qu'il est

Le pamphlet du Matin vient d'une publication amie, Le Monde. Le titre de l'article est plus neutre: "Certains groupes d’immigrés sont plus diplômés que la population française en général". Le ton est moins ouvertement polémique. D'ailleurs, le texte comporte quelques précisions dont l'article du Matin ne s'embarrasse pas:

Quelques autres diasporas sont en revanche en dessous de ce taux [de diplôme de l’enseignement supérieur], comme les Tunisiens, dont 21 % ont au moins une licence, ou les Marocains (19 %) et les Algériens (18 %).


On passe donc de "Les immigrés" à "certains groupes d'immigrés, mais pas les Marocains, les Tunisiens ou les Algériens". L'effet est amoindri. Cela n'empêche pas le journaliste du Monde de se livrer au prêche habituel:

En France, le migrant reste, souvent, perçu comme un pauvre hère débarqué en haillons. Cette mythologie s’éloigne pourtant de plus en plus de la sociologie réelle de l’exilé. Même assignés au maniement du balai ou à un poste de vigile, les migrants installés dans l’Hexagone ont souvent des diplômes en poche.


Ah, l'éternel conte du videur de boîte de nuit BAC+5 mais contraint par le destin à se cantonner à de petits boulots... Il est tellement facile de ne pas tenir compte de quelques éléments connexes comme l'équivalence entre les diplômes internationaux ou les besoins réels du marché du travail. Si je reconnais bien volontiers que les immigrés sont parfois mieux formés que les autochtones - j'en suis un parfait exemple - cela ne correspond pas à une généralité, en particulier pour des pays qui ne parviennent pas à appliquer un principe d'immigration choisie.

Et si nous allions examiner cette fameuse étude?

Population & Sociétés, février 2017, par l'INED

L'avantage du monde scientifique est, en général, dans sa transparence. Mathieu Ichou est Chargé de recherche à l'INED. Son article n'apparaît pas (ou peut-être pas encore) dans sa bibliographie. En réalité, le document cité par Le Monde et Le Matin est simplement diffusé dans le numéro de février de la revue mensuelle Population & Sociétés de l'INED, une modeste publication de quatre pages.

La publication contient en fait deux articles. Le premier, de Mathieu Ichou, présente sur deux pages et demie le niveau d'éducation des immigrés en France selon leur origine. Données statistiques à l'appui, il relève que les immigrés sont généralement plus instruits que la plupart des personnes restées dans leur pays de naissance - et non par rapport au pays d'accueil, ce qui n'est pas du tout la même chose.

L'étude statistique souffre malgré tout de quelques faiblesses. Toutes les données datent de 2012, c'est-à-dire aux balbutiements de la guerre en Syrie. Elles ne recouvrent donc absolument pas les populations venues en Europe à la faveur de ce qui sera appelé plus tard la "crise migratoire", et qui modifiera en profondeur le visage de l'immigration sur le Vieux Continent. On peut supposer qu'en 2012 les gouvernements étaient encore à peu près capable d'identifier les immigrés et de saisir leur niveau de formation ; en 2017, les services d'accueil, dépassés, ne savent même plus distinguer les mineurs des adultes.

La seconde faiblesse tient évidemment à la proportion des différentes populations immigrées elles-mêmes. On peut certes clamer que les immigrés vietnamiens sont en moyenne plus instruits que les Français autochtones, mais quelle est la proportion de ces ressortissants vietnamiens face aux Algériens, aux Turcs ou aux Sénégalais qui sont, eux, bien moins lotis? En laissant de côté cette dimension essentielle, tancer les gens pour leurs "idées fausses à propos de l'instruction des immigrés" relève de la malhonnêteté intellectuelle.

Le numéro 541 de Population & Sociétés contient un second article par Anne Goujon. D'une seule page, il a le mérite de présenter des données plus récentes, collectées en 2015 en Autriche. L'article rappelle que les immigrés sont en général des gens plus riches que la moyenne dans leur pays - les plus pauvres n'ayant même pas de quoi voyager - et relie cette richesse à leur niveau d'instruction. Il établit ensuite un tableau de comparaison entre le niveau d'éducation de certaines nationalités et le compare aux Autrichiens:

2017_goujon.jpg
Niveaux d'instruction des réfugiés en Autriche, comparé à ceux des Autrichiens
et de la population générale dans les pays d'origine (cliquez pour agrandir)

On notera donc que les populations immigrées de ce panel sont toutes moins bien formées que les Autrichiens, à l'exception d'une seule catégorie, les Irakiens ayant fait des "études post-secondaires". Cette maigre exception reste suspecte: dans un pays tellement plongé dans le chaos qu'il n'est même plus capable d'établir des statistiques d'éducation de sa propre population - alors que même l'Afghanistan y parvient - que valent des "études post-secondaires"? On peut douter du niveau d'enseignement de l'Université de Bagdad depuis la chute de Saddam Hussein il y a quatorze ans...

Enfin, la qualité de ces chiffres est elle-même sujette à caution, sachant que beaucoup d'immigrés illégaux mentent non seulement sur leur origine et leur âge, mais aussi sur leur niveau de formation s'ils pensent pouvoir diminuer ainsi leurs chances d'être refoulés.

Quoiqu'il en soit, pour l'essentiel et sans même tenir compte des nombreux biais et erreurs de mesures, les populations immigrées sont en général loin d'avoir le niveau éducatif des habitants des pays occidentaux qu'elles rejoignent.

Retour à la réalité

L'article du Matin représente un cas d'école de la façon dont un travail scientifique est progressivement exagéré et déformé pour finir en manchette outrancière, passant de "Les migrants sont mieux formés que leur population d'origine" à "Certains groupes d’immigrés sont plus diplômés que la population française en général" pour finir avec un "Les immigrés [sont] plus diplômés que les Français". Mais combien de gens se seront donné la peine de remonter à la source?

L'analyse statistique donnée par les chercheurs de l'INED entre en conflit direct avec la mesure empirique de la réalité, brutalement rencontrée par l'Allemagne. Ainsi, le Gatestone Institute se fait l'écho de quelques faits contradictoires:

Une enquête réalisée par la Frankfurter Allgemeine Zeitung a révélé que les 30 plus grandes entreprises allemandes ont employé seulement 54 réfugiés, dont 50 ont été embauchés comme coursiers par Deutsche Post, le prestataire logistique. Les dirigeants d'entreprise ont déclaré que le principal problème des migrants est qu'ils n'ont pas de qualifications professionnelles et parlent mal l'allemand.

Selon l'Office fédéral du travail, le niveau d'instruction des migrants récemment arrivés en Allemagne est beaucoup plus faible que prévu : un quart seulement dispose d'un diplôme d'études secondaires, et les trois quarts n'ont aucune qualification. Quatre pour cent seulement des nouveaux arrivants sont hautement qualifiés.


Loin des diplômés universitaires en puissance présentés par les chercheurs de l'INED, la plus grande partie des migrants d'aujourd'hui s'apparente à de pauvres hères à peu près inemployables. Ils n'en sont pas moins dignes de respect, car celui-ci ne se mesure pas en niveau de formation. Mais cela a un impact direct sur leur avenir au sein des sociétés occidentales.

Nos économies développées ne laissent plus guère de place à des petits boulots sans qualification pour les éléments les plus faibles de la société - une porte refermée bien avant la crise migratoire. Le niveau éducatif réel des migrants est donc l'enjeu d'une bataille idéologique importante. Sont-ils un atout pour le futur de nos sociétés, ou une charge permanente sur la collectivité?

Les chiffres d'emploi des demandeurs d'asile en Allemagne, en Suède, en Suisse et dans d'autres pays ne poussent guère à l'optimisme. Avec la crise migratoire et sans même aborder les questions de communautarisme ou de criminalité, les Européens ont vraisemblablement fait entrer sur leur sol des populations entières qui resteront à la charge des autochtones toute leur vie, présageant la ruine des mécanismes sociaux.

Admettons par ailleurs que les migrants soient, en moyenne, plus riches et mieux éduqués que la population de leur pays d'origine. Ce n'est pas une meilleure nouvelle. Les diplômés sont abondants en Europe, mais manquent cruellement à la source des flux migratoires au Moyen-Orient et en Afrique. Cette fuite des cerveaux repousse d'autant la capacité des pays d'origine à sortir de la crise et du sous-développement.

15 janvier 2017

La naturalisation dénaturée

Dans moins d'un mois le peuple suisse s'exprimera dans les urnes sur une réforme du droit de naturalisation. La modification vise à faciliter l'acquisition de la citoyenneté suisse par des étrangers de la "troisième génération". Hormis le vote de principe lié à une modification de la Constitution, les citoyens voteront en réalité sur un projet législatif largement engagé en coulisses, ce qui fait que les élus sont déjà très au courant de la façon dont cette réforme constitutionnelle se concrétisera.

Réforme à la hussarde

Mauro Tuena, Conseiller national, n'a pas de mots assez durs face à une propagande gouvernementale assumée en toute décontraction. Les explications du Conseil fédéral s'étalent complaisamment sur six pages dans la brochure explicative destinée aux citoyens, alors qu'un seul paragraphe est accordé aux adversaires du projet, leurs réserves étant immédiatement qualifiées d'infondées. Les 67 Conseillers nationaux et les 19 Conseillers aux États qui s'opposèrent au projet ont disparu de l'écran radar.

À la présentation biaisée des enjeux succède une vision pour le moins idyllique de l'immigration de troisième génération - "un tableau romantique de jeunes étrangers yodleurs et porteurs de costumes folkloriques", à en croire les explications du Conseil Fédéral. En fait, il pourra croire ce qu'il veut d'autant plus facilement qu'il sera aveugle:

L'intégration des candidats à la naturalisation facilitée sera vérifiée sur document par des fonctionnaires de la Berne fédérale qui ne verront jamais les personnes en question.


On devine la qualité des examens! Même le terme de "troisième génération" est galvaudé. Un seul parent étranger né en Suisse et passant quelques années de sa jeunesse - dix ans de résidence et cinq ans d'école obligatoire - suffira pour toute sa descendance. Quant au grand-parent, c'est encore plus souple. La Conseillère nationale Barbara Steinemann nous donne un aperçu de l'état d'esprit des législateurs:

Selon la nouvelle base légale, un étranger fait partie de la troisième génération si sa grand-mère ou son grand-père est né en Suisse ou bénéficiait d'un droit de séjour. Le candidat n'a pas à prouver ce fait, mais il suffit qu'il le "rende crédible".


Il suffira d'un unique grand-parent doté de n'importe quel titre de séjour légal - même un modeste permis de saisonnier - pour revendiquer une naturalisation facilitée. Même un grand-parent entré illégalement en Suisse et qui aurait obtenu ensuite un droit de séjour temporaire. Mieux encore, la seule possibilité d'avoir obtenu un tel titre de séjour pourrait suffire. Le registre central des étrangers n'étant géré de manière électronique que depuis 1972, devrons-nous attendre un jugement du Tribunal Fédéral pour deviner à qui le doute profitera lorsqu'un candidat à la naturalisation invoquera le souvenir d'un permis de résidence antérieur à cette date et malheureusement perdu?

Le grand retour du Droit du Sol

Reprenons: pour clamer une "troisième génération", il suffira à un étranger d'avoir un grand-père ayant passé un été comme saisonnier et d'un parent né en Suisse et qui y aura passé par exemple les dix premières années de sa vie, quitte à ce qu'il ait quitté le pays pendant le reste de son existence. Les générations se comptent vite. L'étranger n'aura alors lui-même qu'à être né en Suisse et y avoir suivi cinq ans d'école obligatoire.

En réalité, ce qui frappe dans cette réforme, c'est cette volonté assumée d'une introduction officielle du Droit du Sol. La qualité de l'intégration, langue, culture, est singulièrement absente de la future législation. Le lieu de naissance se substitue au devoir d'intégration, lequel ne se compte plus qu'en quelques années d'école obligatoire. Selon ce mode de calcul, les élèves musulmans bâlois qui défrayèrent la chronique l'été dernier en refusant de serrer la main de leur professeur féminin sont de véritables modèles d'intégration. Mais "serrer la main n'est pas une valeur constitutionnelle suisse", rappela l'inénarrable Nicolas Blancho, président du Conseil central islamique suisse. Nous voilà avertis, et aussi de là où mène une naturalisation sur dossier.

Mais, après tout, pourquoi lutter contre le Droit du Sol? Pourquoi s'inquiéter que la naturalisation soit accordée selon des critères simplifiés, voire, car c'est le but final, automatiquement? Pour ceux qui s'interrogent, trente secondes suffisent à l'aide d'une petite vidéo tournée dans une école de France:

Comme le dit Oskar Freysinger, "Ce qui me gêne, chez le parti socialiste, c’est la constance avec laquelle il masque son but ultime, qu’il sait inavouable, par des paliers qu’il nous vend comme des fins en soi."

naturalisation,immigration,prise de position,votation du 12 février 2017En route pour changer le peuple

S'ensuivent les inévitables querelles de chiffres sur la quantité de détenteurs d'un passeport rouge à croix blanche que la réforme permettrait d'ajouter aux 40'000 nouveaux Suisses annuels. Mais la question n'est pas là, et l'UDC l'a bien compris avec son affiche que les beaux esprits prétendent trouver choquante. Depuis, les médias rivalisent d'inventivité (et se couvrent de ridicule) en jouant les naïfs pour ne pas comprendre "qui est la jeune femme" présente sur les affiches. La réponse est simple: à travers ce vote, elle représente notre avenir collectif.

La naturalisation s'inscrit par nature dans un processus long, qui se compte en générations. La modification constitutionnelle sur laquelle le peuple est appelé à s'exprimer n'est pas une lubie temporaire destinée à être amendée ou révisée dans quelques années, mais s'inscrit dans la durée. La naturalisation touche au fondement le plus intime d'un peuple, décider qui peut en faire partie.

La question de la naturalisation des "étrangers de troisième génération" ne doit pas occulter d'autres aspects du débat.

  • Nul besoin d'être naturalisé pour bien vivre en Suisse. La moitié environ des quelque deux millions d'étrangères et d'étrangers vivant en Suisse satisfont aux exigences de la naturalisation sous une forme ou une autre, mais ne font pas les démarches pour obtenir le passeport rouge à croix blanche. À croire qu'un permis C leur suffit largement.
  • La naturalisation actuelle n'a rien d'un saut périlleux, et en tant que "naturalisé de première génération", je suis bien placé pour en parler. Tout ce débat a lieu autour de la naturalisation facilitée d'étrangers pour lesquels le dépôt d'une demande de naturalisation ordinaire relèverait de la formalité! Les bases légales en vigueur ouvrent largement la voie à une naturalisation des étrangers de la troisième génération tels que le Conseil Fédéral les présente.

On peut se demander la raison qui pousse les élites présentes au gouvernement à lancer autant d'assauts successifs pour rendre plus facile l'accession à la citoyenneté. Le peuple suisse a déjà rejeté en 1983, 1994 et 2004 l'introduction d'une naturalisation facilitée ou automatique pour les étrangères et les étrangers ayant grandi en Suisse. Chaque fois repoussé le sujet revient sur la table, tourné d'une nouvelle manière pour mieux passer la rampe. Pourquoi cet acharnement? La réponse coule de source: changer le peuple.

Ouvrir une brèche à tout prix

L'objectif s'inscrit évidemment dans le long terme, mais nos élites savent faire preuve de patience - qu'on constate depuis combien de temps elles nous poussent dans les bras de l'Union Européenne!

naturalisation,immigration,prise de position,votation du 12 février 2017Dans cette longue bataille permettant de changer la composition du corps électoral, l'introduction d'un droit du sol représente une forme de victoire décisive - même sous une forme très atténuée, même pour des étrangers de troisième génération. La brèche sera ouverte ; il suffira ensuite de l'agrandir en assouplissant progressivement les restrictions de génération vers un droit du sol simple comme il se pratique en France, ou amener plus d'automaticité dans l'attribution de la citoyenneté aux étrangers éligibles.

La votation du 12 février pourrait offrir l'ouverture tant attendue, d'autant plus que les premiers sondages font état d'une avance absolument incroyable pour le Oui, à 74%.

Seule la majorité des cantons pourra faire obstacle à la réforme, comme le note Le Temps, certains cantons alémaniques étant les derniers bastions du vieux concept selon lequel "la nationalité s'hérite ou se mérite". Pourtant, ce même journal se faisait l'écho en 2015 d'une nouvelle d'ordre démographique que je laisse méditer à tous ceux qui pensent que l'avenir fait de communautarisme et de burqa est une vue de l'esprit - pardon, un cauchemar de l'extrême-droite:

Chez les enfants de 0 à 6 ans, les Suisses « de souche » sont désormais minoritaires.

Aujourd’hui, 53,6% des plus jeunes habitants du pays naissent de couples issus de la migration, ou de couples mixtes (une personne ayant des racines étrangères, l’autre pas). Par «issu de la migration», on désigne essentiellement les étrangers de première et deuxième générations établis en Suisse, ainsi que les naturalisés.

D'autres indicateurs confirment ce phénomène, qui semble donner corps à un vieux cauchemar de l’extrême-droite (sic), le « grand remplacement » d'un peuple par les immigrés. Dans les naissances, la proportion de bébés non issus de la migration est devenue minoritaire dès 2013. La proportion de Suisses sans racines migratoires récentes dans la population totale a baissé de 70,4% en 2003 à 64,4% en 2013. Et lorsqu’on examine les chiffres au niveau local, la montée en puissance des habitants d’origine étrangère apparaît encore plus nettement.


Avec l'introduction du droit du sol dans le processus de naturalisation, la dilution du peuple suisse historique ne sera plus qu'une question de temps. La beauté de la chose est qu'il votera lui-même sa disparition.

01 janvier 2017

Un référendum pour rien

Les médias se sont abondamment fait l'écho ces derniers jours de la démarche d'un politologue de l'Université de Lucerne, Nenad Stojanovic, qui veut lancer un référendum contre la loi d'application de l'initiative anti-immigration de masse approuvée il y a trois semaines par le Parlement. Même la RTS y consacra un sujet au journal télévisé du soir.

Stojanovic.jpgRien n'interdit bien sûr un individu de se lancer dans une campagne référendaire, mais celle-ci est intéressante parce qu'elle met mal à l'aise tout l'échiquier politique pour des raisons bien distinctes selon l'appartenance de chacun.

Écartons d'emblée tout malentendu: Nenad Stojanovic vient des rangs de la gauche tessinoise. Il n'a rien d'un partisan aigri par le traitement proprement scandaleux de l'initiative contre l'immigration de masse par le Parlement helvétique - une loi d'application si honteuse qu'un constitutionnaliste de l'Université de Genève la qualifia de violation inouïe de la Constitution.

Si M. Stojanovic souhaiterait redonner la parole au peuple sur ce sujet, selon ses termes, c'est pour des objectifs bien différents:

Je pense que c'est absolument nécessaire que le peuple puisse se prononcer sur la loi d'application du 9 février parce que nous [ne] pouvons pas laisser pendant des mois et des années le champ libre à l'UDC de monopoliser ce qui est la volonté du peuple et de dire ce que le peuple veut.


L'objectif de la démarche se résume donc en une phrase: empêcher l'UDC de s'appuyer sur la trahison de la volonté du peuple comme argument de campagne. Dans ses raisons, M. Stojanovic n'évoque même pas le thème de l'immigration.

Pile je gagne, face tu perds

Puisqu'il est prétendument hors-parti, Nenad Stojanovic aura besoin de toute l'aide possible pour parvenir à récolter ses 50'000 signatures. Mais le coup de pouce des médias n'a rien de désintéressé - pas plus que les dénégations de façade offertes par les socialistes institutionnels interviewés par les journalistes. Bien que ces derniers aient travaillé avec succès à dénaturer l'initiative du 9 février, un référendum sur le projet de loi représenterait le dernier clou dans le cercueil du contrôle de l'immigration par la Suisse.

Si la récolte de signature aboutit, la question posée sera des plus simples, quelque chose comme "approuvez-vous la loi d'application de l'initiative contre l'immigration de masse". Il y aura sans doute de beaux arguments avancés de part et d'autre et une prise de position convenue du Conseil Fédéral, mais de la même façon que tous les chemins mènent à Rome, toutes les réponses conduiront au même résultat.

Si le Oui l'emporte, le peuple aura officiellement validé la trahison de la Constitution opérée par le Conseil Fédéral et les chambres du Parlement.

De l'initiative du 9 février qui entendait redonner le contrôle de l'immigration à la Suisse, seule subsistera une "préférence nationale ultra-light", tellement light et non contraignante qu'elle aura probablement été élaborée avec l'aide de Bruxelles. L'UDC sera effectivement privée de tout argument contestataire puisque la majorité populaire aura finalement approuvé le projet de loi d'application. Sous les vivats des élites et des médias, la parenthèse de l'initiative contre l'immigration de masse sera officiellement refermée.

Si le Non l'emporte, le peuple notifiera son rejet de l'application de l'initiative du 9 février par les institutions. Gageons que les analyses post-mortem opérée quelques semaines plus tard par l'institut de sondage gfs.bern montreront bien que certains citoyens auront ainsi exprimé une certaine colère, mais ces gens-là seront bien mal servi par leurs interprètes dans les médias: on expliquera au contraire que les gens auront changé d'avis sur le contrôle de l'immigration, qu'ils ne veulent pas prendre le risque de remettre en cause les bilatérales. Le socialiste Nenad Stojanovic sera propulsé héros du jour et fera les grands titres des médias, qui lui tresseront des lauriers pendant qu'il expliquera tout le mal qu'il pense de cette loi d'application qui était selon lui encore trop sévère.

En fin de compte, et c'est la magie de cette option, le processus législatif en restera là. Il n'y aura finalement même pas cette "préférence nationale ultra-light" murmurée par l'Union Européenne. Il n'y aura rien. Rien du tout. Sous les vivats des élites et des médias, la parenthèse de l'initiative contre l'immigration de masse sera officiellement refermée.

Vote toujours, tu m'intéresses

De nombreux citoyens suisse, jusqu'à des sympathisants de l'UDC, n'ont pas compris que celle-ci ne lance pas de référendum contre la farce que représente la loi d'application de l'initiative contre l'immigration de masse. Ils auraient aimé, et c'est compréhensible, exprimer dans les urnes toute leur indignation contre cette pantalonnade de leurs élites, cette sinistre comédie législative prétendant transcrire ce qu'ils exprimèrent en 2014. Mais un référendum ne peut finir cette histoire qu'en queue de poisson, comme l'explique le paragraphe précédent.

Les Suisses ne doivent jamais oublier qu'ils ne tiennent pas le micro, en particulier lorsqu'il s'agit d'expliquer subtilement quelque chose d'aussi monolithique qu'un vote binaire Oui ou Non. Les médias et leurs cohortes d'analystes s'en chargeront à leur place, désignant les vainqueurs du jour. Dans ce sens, on peut regretter que le référendum soit lancé par un socialiste plutôt que par l'UDC, puisqu'en cas de "victoire" il sera l'interlocuteur privilégié pour placer ses explications et ne s'en privera pas. Mais du point de vue législatif, le résultat sera le même.

La clef de cette situation inextricable vient des mécanismes de la démocratie, qui ne permettent pas d'exprimer des réponses nuancées dans les urnes. En l'occurrence, le référendum ne permet pas de dire qu'on aimerait une loi d'application différente. Le référendum permet de mettre une loi à la poubelle, pas de la renvoyer en cuisine. Seule une nouvelle initiative permet de se rapprocher de ce résultat - mais là encore, la décision finale vient du pouvoir législatif incarné par le Parlement.

Avec son initiative pour le renvoi des criminels étrangers, l'UDC fut aux premières loges de ce jeu politique permettant aux élites de dénaturer une initiative dérangeante. Elle tenta de s'y opposer avec l'initiative de "mise en œuvre", dont l'échec cinglant démontra que le peuple n'était pas prêt, et de loin, à assumer ses responsabilités face à un Parlement défaillant.

Les Suisses sont de plus en plus nombreux, mais encore bien trop peu nombreux, à réaliser que le pouvoir laissé au citoyen dans le régime de la démocratie directe n'est en fin de compte qu'une illusion. Ce pouvoir n'existe que tant qu'on ne s'en sert pas. Dans le cas contraire, quelles que soient les façons de voter, de lancer des initiatives ou des référendums, les véritables décisions reviennent toujours aux incontournables politiciens du National et des États, jusqu'à la nomination des esprits faibles du gouvernement.

Le référendum lancé par M. Stojanovic permet de lever un pan de voile supplémentaire sur le théâtre d'ombres du pouvoir en Suisse ; mais il faudra encore attendre beaucoup de souffrance du peuple helvétique pour qu'il accepte enfin de mettre un terme à la comédie. Il n'est d'ailleurs pas exclu que l'apathie l'emporte avant.

08 décembre 2016

Aylan et Maria

Il s'appelait Aylan Kurdi. En septembre 2015, son corps fut retrouvé noyé sur une plage de Turquie après le chavirage de l'embarcation qui devait le mener, lui et sa famille, jusqu'en Grèce. Les images du petit enfant noyé, le visage sans vie léché par les vagues, firent le tour du monde et la couverture de tous les journaux. Au 19h30 de la RTS, on relaya la séquence vidéo sans retenue, se délectant d'infliger tant de mauvaise conscience à tous ces Suisses mal-pensants.

Car voyez-vous, les gens qui s'opposaient aux migrants, faux réfugiés et passeurs, étaient complices de la mort du petit Aylan. On le leur fit bien comprendre. C'était eux qui devaient se livrer aux reproches et à l'introspection, et non son père au rôle trouble, envoyant sa famille en pleine tempête en rognant sur les gilets de sauvetage alors que pas un ne savait nager.

allemagne,médias,mensonge,criminalité,immigrationUn an plus tard, nous avons Maria.

Elle s'appelait Maria Ladenburger. En octobre 2016, son corps fut retrouvé noyé sur la berge du Dreisam à Fribourg-en-Brisgau (Baden-Württemberg) en Allemagne. Violée avant d'être noyée, Maria, dix-neuf ans, était étudiante en médecine et travaillait comme volontaire pour le centre des réfugiés locaux. Fille d'un haut-fonctionnaire de l'Union Européenne, Clemens Ladenburger, conseiller juridique de la Commission Européenne, elle militait comme son père pour un accueil plus grand encore des hordes d'immigrés clandestins qui prennent d'assaut le continent européen depuis un an et demi.

Son agresseur fut arrêté début décembre - Hussein Khavari, un demandeur d'asile théoriquement âgé de 17 ans, arrivé en provenance d'Afghanistan comme "mineur non accompagné" en 2015 et vivant depuis en famille d'accueil. Son ADN fut formellement identifié comme celui du violeur. Son vélo fut retrouvé à 500m du lieu de l'assassinat et des images de vidéosurveillance montrent qu'il tenta de changer son apparence après le meurtre.

La police soupçonne également Hussein Khavari du viol et du meurtre de Carolin G., assassinée près d'Endingen, à 30 kilomètres de Fribourg, trois semaines après la mort de Maria Ladenburger. Cependant, aucune trace d'ADN n'a été retrouvée sur cette scène de crime. Mais quels que soient les actes dont il est accusé, M. Khavari ne pourra subir de peine d'emprisonnement supérieure à dix ans, en vertu du droit pénal allemand envers les mineurs. Il faut préserver ses chances de réinsertion, voyez-vous.

Les médias allemands choisirent de ne pas parler du meurtre de Maria. Certains avancèrent qu'il s'agissait avant tout d'un fait-divers régional. D'autres, moins hypocrites quant à leurs motifs, expliquèrent qu'ils craignaient de donner des munitions aux adversaires de la politique d'accueil fermement tenue par la Chancelière allemande Angela Merkel. C'est une attitude tout à fait responsable: rien de plus odieux que d'exploiter la mort d'un(e) innocent(e) à des fins politiques. Aucun média digne de ce nom ne s'abaisserait à une telle félonie ; tous se contentent de seulement rapporter les faits lorsqu'ils le méritent, avec pudeur et sobriété, comme dans l'affaire Aylan Kurdi.

S'exprimant donc sur un simple fait-divers régional qui ne demandait aucune attention particulière, plusieurs responsables politiques allemands comme Sigmar Gabriel, ministre de l'économie, se sentirent malgré tout obligés de venir plaider que "de tels meurtres odieux existaient bien avant que le premier réfugié venu d'Afghanistan ou de Syrie n'arrive". Dont acte, même si des événements comme les attaques de Cologne de ce début d'année bousculent un peu les statistiques.

Au final, il est regrettable que les médias ne se soient pas étendus davantage sur l'assassinat de Maria car c'est une belle histoire de persévérance et de pardon. Pendant la messe d'enterrement de sa fille, M. Ladenburger organisa une petite quête pour aider à financer des associations d'accueil de migrants. Nul doute qu'un peu avant de se faire violer et noyer par un réfugié afghan, c'est sans doute ce qu'elle aurait voulu.