31 août 2017

Les musulmans vaudois à la manœuvre

Lundi, l'UVAM, l'Union Vaudoise des Associations Musulmanes, organisa une rencontre pour mieux faire connaître l'islam de Suisse. Les invités furent donc conviés à une visite du Centre culturel islamique Omar ibn Khatab à Crisser puis à la Nouvelle Mosquée de Renens - distants de moins de 100m l'un de l'autre - avant de partager un repas. D'autres centres islamiques se trouvent encore non loin, à Chavannes-près-Renens par exemple, mais l'objectif n'était certes pas de recenser tous les lieux de culte musulmans qui agrémentent l'Ouest lausannois.

Voyage au pays de l'islam heureux

L'assemblée, forte de plusieurs dizaines de personnes, comportait de nombreux délégués des communes du district, Municipaux et Conseillers communaux. Parmi les personnes présentes le quidam put aussi reconnaître le socialiste Pierre Zwahlen, Député au Grand Conseil vaudois, ou Claude Béglé, venu en tant que simple citoyen. Nul journaliste ne fit le déplacement cependant. Soit ils n'en virent pas l'intérêt, soit aucun ne fut invité.

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Accueillis par divers responsables, la visite proprement dite fut rondement menée: salles de prière, annexes, cuisine, de simples locaux aménagés avec des tapis tournés vers la Mecque, parfois agrémentés d'une bibliothèque aux ouvrages richement décorés. Tout au plus puis-je m'étonner de la présence incongrue d'un ouvrage de chimie au beau milieu des livres de religion du bureau de l'imam. Quelqu'un osa demander et on lui répondit: oui, les femmes ont leur propre zone pour la prière, loin des hommes.

L'opération de communication, car il faut bien l'appeler ainsi, se situait dans le cadre des grandes manœuvres opérées par les communautés musulmanes vaudoises pour voir l'islam reconnu comme religion officielle du Canton et bénéficier ainsi des avantages liés à ce statut. Les paroles apaisantes et les invitations à la fête commune résonnèrent agréablement aux oreilles d'un public, il faut bien le dire, conquis d'avance.

Pour ces gens, la reconnaissance de l'islam allait de soi. Il ne s'agissait pas d'une fatalité, mais au contraire d'une volonté enthousiaste de promouvoir la nouvelle religion. Le socialiste Pierre Zwahlen incarna cette vision mieux que quiconque. Lorsqu'il prit la parole, il courtisa sans retenue le vote musulman et soutint la reconnaissance comme un processus bienvenu, l'approbation des citoyens en votation populaire n'étant perçue que comme une étape juridique désuète.

[En] tant que deuxième courant spirituel de ce pays après le christianisme, les communautés musulmanes doivent, à terme, aussi être reconnues dans ce canton. On le sait, ça nous fera passer sans doute par un référendum, puisque pour reconnaître une communauté il faut un vote (...) mais ce canton est progressiste, n'oubliez pas qu'il a été l'un des seuls cantons de ce pays à voter contre l'interdiction des minarets. Et pour ma part, je reste optimiste quand je vois ce que nous représentons ici, des opinions différentes qui sont là, je pense [que] dans la raison nous saurons porter ce projet qui nous attend dans quelques années, parce que le processus s'annonce lent, et l'UVAM est un modèle de patience et d'abnégation.


Entre deux compliments à l'égard de la communauté des croyants, on admirera la tournure rhétorique typique du "progressisme": les voix critiques ne sont que des empêcheurs de tourner en rond face à la marche inéluctable de l'Histoire.

Oui, l'ambiance était belle au pays de l'islam heureux. Mais il ne fallut pas longtemps pour que le vernis se craquelle.

Ambiguïté quand tu nous tiens

Malgré des mots d'ordre visiblement suivis, les contradictions et les tensions virent le jour dès la visite des mosquées - le fait même que différents lieux de cultes coexistent en chiens de faïence à quelques dizaines de mètres l'un de l'autre étant l'illustration la plus parfaite des divisions entre communautés musulmanes de Suisse. Si vous posiez quelques questions naïves sur les nuances entre chiites et sunnites, la plupart des visages se fermaient, bien qu'on vous réponde que les chiites étaient "naturellement les bienvenus" dans ces deux mosquées (ce qui signifie qu'il n'y en avait aucun).

Mais rien de tel qu'un petit sujet sur le terrorisme pour entrer dans le mode de pensée très particulier de certains musulmans vaudois.

Tenez, que penser des attentats à la voiture bélier commis par les fous de Dieu récemment? Ceux de Berlin (12 morts), de Londres (5 morts, dont un policier poignardé une fois la course folle du terroriste achevée), de Stockholm (5 morts), de Londres encore (8 morts), de Paris sur les Champs-Elysées (aucune victime, sauf le terroriste qui meurt brûlé dans sa voiture), ou le 9 août à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine (6 blessés), pour n'évoquer que les attaques remontant à moins d'un an? Rien à voir avec l'islam. Des déséquilibrés. Des malades mentaux. De pauvres gens, quoi. Même si les terroristes font allégeance à l'État Islamique. Même s'ils ont toujours agi avec des complices. Même s'ils ont prémédité leurs actes. Même s'ils beuglent "Allah akbar" en s'y livrant. Rien-à-voir avec l'islam.

Mais pourquoi ces gens affirment-ils tant agir au nom de l'islam alors? Si vous dites qu'ils n'agissent pas au nom de l'islam, comment se fait-il qu'eux se revendiquent de l'islam? Il y a visiblement une petite contradiction dans les revendications des uns et des autres, non? "Ils n'obéissent simplement pas aux mêmes autorités religieuses que nous", explique calmement Pascal Gemperli, président de l'UVAM. "Au bout du compte, tout se ramène à l'autorité à laquelle vous décidez de croire", poursuit-il dans des propos à double sens.

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Salle de prière du Centre culturel islamique Omar ibn Khatab de Crisser. Au mur, l'horloge indique
l'année en cours selon le calendrier musulman - 1438 - et les horaires des différentes prières du jour.
(Cliquez pour agrandir)

Le terrorisme islamique qui fleurit un peu partout en Occident? "On en parle parce juste parce qu'il frappe l'Europe, mais il y a du terrorisme chrétien aussi." Pardon? "Oui, les milices chrétiennes en Afrique. On n'en parle pas ici." Admettons. Et l'ampleur de chaque phénomène? "Les milices chrétiennes font beaucoup de morts." Donc tout se vaut finalement. Un partout, la balle au centre. Le fait que des miliciens africains se réclament du Seigneur dans un coin paumé de Centrafrique permet de relativiser les attaques islamistes au couteau, à la voiture-bélier ou à la ceinture explosive contre des innocents, de Londres à Sidney.

Nous voguons en pleine taqiya depuis un moment mais je m'en doutais. Toutefois, tout le monde n'a pas autant travaillé ses dossiers. Il suffit de parler de l'État Islamique et de la Syrie à d'autres participants de la soirée pour voir encore une fois émerger un discours relativement éloigné du sentiment helvétique moyen. Les abominables bouchers de l'État Islamique qui décapitent des enfants? "Assad fait pire", intervient une voisine de table. Pardon? "Oui, les Russes bombardent la Syrie, ils font bien plus de morts." Sans entrer dans le décompte macabre - je n'ai pas la moindre idée du nombre de victimes infligé par chaque camp dans cette guerre civile, les Russes sont là pour soutenir le régime de leur allié Bachar el-Assad, qui est par ailleurs 100% musulman tout tyran qu'il soit - j'objecte qu'on ne peut pas comparer les victimes collatérales d'un bombardement avec l'égorgement de sang-froid d'enfants et d'otages face caméra. Mais pour ma voisine, on peut. "Les Américains ont fait plus de cent mort récemment en bombardant un mariage" explique-t-elle, sautant du coq à l'âne jusqu'en Afghanistan. Je me hasarde à demander: "Pensez-vous qu'ils savaient qu'il s'agissait d'un mariage et choisirent de les viser délibérément?". Elle ignore ma remarque. "Ils ont fait plus de cent morts", insiste-t-elle. Son point de vue ne fait aucun doute: les exactions de l'État Islamique trouvent une justification.

Surréaliste.

Tout va super-bien

Mais pourquoi vouloir faire reconnaître l'islam comme religion officielle d'utilité publique, finalement, alors que depuis des années, des décennies même, les musulmans de Suisse vivent paisiblement leur religion dans un cadre privé? Pascal Gemperli répond: "C'est une normalisation, cela fait partie de la pleine intégration, ce qui donne des droits et des devoirs. On y va surtout pour les droits!" dit-il en partant dans un éclat de rire.

Mes voisins de table me présentent divers exemples de coexistence réussie, selon eux, entre les musulmans et d'autres confessions: l'ex-Yougoslavie (déchirée par une guerre civile et confessionnelle il y a vingt ans) ou le Liban (idem). Charmant. Bien sûr, les musulmans de Suisse, pour ce qui est du modeste échantillon que j'ai croisé ce soir-là, ne sont pas des islamistes assoiffés de sang, mais des individus tout à fait respectables, sympathiques mêmes. L'un d'eux m'avoue que comme beaucoup d'autres musulmans il n'a pas la moindre idée du sens de ses prières et qu'il les a juste apprises de façon phonétique. Pourtant, il n'y a pas besoin de laisser traîner une conversation bien longtemps pour voir émerger des opinions à des années-lumière de celles couramment admises en Europe sur des sujets comme le terrorisme musulman ou l'État Islamique.

Je reste dubitatif sur le sens de l'intégration de certaines communautés. Les Turcs de l'Ouest lausannois, par exemple, présentent le fait de se retrouver entre Turcs, de prier entre Turcs, de donner au sein de la mosquée turque une éducation religieuse spécifique aux enfants turcs, d'amener ces derniers faire du sport dans un club de foot turc, bref, de se retrouver uniquement et exclusivement entre Turcs du matin au soir, comme l'objectif le plus souhaitable. Ils jouent fièrement la carte du communautarisme le plus assumé et s'en félicitent. Mais ce faisant, ne laissent-ils pas quelque chose au bord du chemin? L'absence de troubles suffit-elle à proclamer le succès? Ne sommes-nous pas plutôt en train de laisser se créer de véritables enclaves sur notre sol?

Assumant mes opinions, j'explique comment je vois les choses: "je pense que beaucoup de Suisses en ont marre des revendications continuelles de certains musulmans, le refus de serrer la main à sa maîtresse d'école, le refus de la mixité, les horaires séparés pour les cours de piscine, les congés spéciaux, les interdits alimentaires imposé à tous à la cantine, le voile à l'école, les aménagements pour le ramadan, le prosélytisme sur la voie publique, les pauses pour la prière, les exigences à l'hôpital... Et toutes les attaques contre les autres religions comme la tradition catholique, les fêtes de Noël, menées cette fois-ci au nom de la laïcité." Pascal Gemperli ironise sur la brièveté de mon énumération et joue encore une fois la carte des "cas isolés". Tout va bien donc. Je ne m'attends de toute façon pas à convaincre mon interlocuteur de quoi que ce soit. Encouragée par mon audace, une brave dame tente bien de parler de son expérience dans une cantine scolaire, dire que ce n'est pas normal que la minorité impose son mode de vie halal et sans porc à la majorité, elle ne parvient pas à exprimer le fond de sa pensée et me lance un regard attristé, penaud.

De cette soirée, il me restera le souvenir vivace de l'implication enthousiaste des participants (parmi lesquels autorités locales et cantonales, délégués religieux d'autres confessions, notables) en faveur d'une reconnaissance de l'islam comme religion d'utilité publique dans le canton de Vaud. Les élites poussent clairement en ce sens. Je comprends dès lors que la commission chargée pendant cinq ans de surveiller la conformité de la pratique de l'islam vis-à-vis du droit suisse sera un exercice de pure forme. Elle ne soulèvera probablement pas la moindre critique - quant à préconiser un rejet, n'en parlons même pas. À l'aune des responsables politiques rencontrés, le travail se fera en toute complaisance. La conclusion du rapport est peut-être déjà écrite.

Rentrant chez moi, je me félicite que finalement la décision soit collective, grâce à la démocratie helvétique. Il reviendra au peuple de trancher. Les Vaudois, ces Vaudois qui ont si fièrement exprimé leur amour des minarets, voudront-ils faire de l'islam une religion officielle du Canton? S'ils suivent les vents médiatico-politiques dominants, aucun doute effectivement. Mais dans le secret de l'isoloir, une surprise est toujours possible. Au train où vont les choses, beaucoup d'eau coulera sous les ponts durant ces cinq ans.

En fin de compte, tout ceci se ramène à une interrogation très simple. Compte tenu des revendications musulmanes actuelles, une reconnaissance de l'islam comme religion officielle ira-t-elle dans le sens d'un apaisement de ces demandes, ou à leur brutale augmentation? Cette question suffit pour deviner ce qui attend notre bien joli canton.

29 juillet 2017

Jihad, choix et conséquences

"J’en ai assez de la guerre, de toutes ces armes, de ce bruit. Je veux juste rentrer chez moi dans ma famille."

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Le buzz du moment nous vient des souterrains de Mossoul en Irak, où les forces irakiennes arrêtèrent la semaine dernière une Allemande au milieu de femmes de diverses nationalités. Les journalistes de la Süddeutsche Zeitung et de la télévision publique ARD interviewèrent la fameuse Linda Wenzel, qui fut rapidement surnommée "la mariée du jihad" par les médias allemands.

On pourra donc se satisfaire de la "fin relativement heureuse" de cette histoire: après tout la ville de Mossoul a été reprise à l'État Islamique et Linda est vivante. Après avoir exprimé son désir d'oublier toute cette histoire dans les micros de divers journalistes, et après avoir remise aux autorités allemandes de l'ambassade de Bagdad, on s'attend à ce qu'elle retourne au pays. La probable jeune mère - elle fut retrouvée avec un bébé en état de malnutrition - retrouvera sa famille (gageons que les caméras seront sur place) et pourquoi pas, reprendra de brillantes études. Happy End.

C'est, malheureusement, un peu court.

Linda Wenzel est originaire de la petite ville de Pulsnitz, près de Dresde en Allemagne. Elle fut portée disparue un an plus tôt, alors qu'elle vivait avec sa mère Katharina et son beau-père Thomas. Grandissant dans une famille protestante, elle ne marqua jamais le moindre enthousiasme pour la religion - jusqu'à quelques mois avant sa disparition. Au printemps 2016 elle annonça pour la première fois à ses parents qu'elle s'intéressait à l'islam. La quête d'identité adolescente prit dès lors un virage beaucoup plus... Radical.

Ses amies de Pulsnitz affirment qu'elle se convertit durant cette période et qu'elle se radicalisa dans des sites de discussion en ligne. Elle commença à apprendre l'arabe, amena un coran à l'école, et se mit à porter des vêtements plus en accord avec sa nouvelle religion, évoquant régulièrement sa fascination pour l'islam. Puis, elle disparut du jour au lendemain, en juillet, après avoir raconté à ses parents qu'elle allait dormir chez une amie le week-end.

Selon la police, elle serait tombée amoureuse d'un homme musulman rencontré en ligne, qui la persuada de le rejoindre en Syrie. Elle voyagea jusqu'à Istanbul en se faisant passer pour sa mère Katharina, et selon un schéma désormais classique, elle franchit la frontière à l'aide d'un groupe de combattants inféodé à l'État Islamique.

Peu d'informations filtrent de la suite de son parcours. On sait juste que lorsqu'elle fut découverte il y a quelques jours, pâle et avec un foulard autour du cou, elle était accompagnée d'un enfant d'un an en état de malnutrition. Retranchée avec d'autres dans le réseau de tunnels aménagé par l'État Islamique sous la ville de Mossoul pour mieux résister à l'assaut de l'armée régulière irakienne, elle fut d'abord prise pour une Yézidie car ne sachant parler arabe. Avec les femmes, on retrouva également des armes et des ceintures explosives. Et selon des officiers irakiens, Linda aurait pris une part active dans les combats comme sniper, et aurait sans doute causé la mort de plusieurs soldats.

Aussi, lorsque la très jeune femme clame qu'elle en a "assez de la guerre, de toutes ces armes, de ce bruit" et qu'elle veut "juste rentrer chez [elle] dans [sa] famille", il faut rester un peu circonspect. Ses parents restés en Allemagne se réjouissent naturellement qu'elle soit en vie, mais d'autres voix se font plus critiques:

Les autorités de la ville [de Pulsnitz] craignent que la jeune fille ne devienne une figure du recrutement jihadiste. "La commune est divisée. La plupart se réjouit pour Linda et sa famille", confie une habitante. D'autres ne voient pas d'un bon œil le retour de l'adolescente: "Linda n'est pas la bienvenue ici. Ses parents me font de la peine, mais je crains qu'elle soit autorisée à revenir sans s'être débarrassée de l'idéologie de l'EI", explique une autre voisine.


En effet, pour l'instant, rien dans les propos de Linda n'indique qu'elle ait renoncé à l'idéologie mortifère qui la mena, à quinze ans, à être mariée et veuve, à tuer des soldats dans une ville en ruine au milieu d'un pays dont elle ne comprenait pas la langue, et à se retrancher dans des tunnels pour livrer un baroud d'honneur avec des ceintures explosives.

Comme par bien d'autres aspects, l'histoire de Linda Wenzel  - qui trouvera certainement très vite son chemin en libraire et sur les écrans - remet foncièrement en question le sens de la responsabilité individuelle tel qu'il est défini en Occident pour une adolescente de quinze ans.

Six mois avant sa fuite, elle n'avait encore jamais pris le train toute seule. Ses parents dévastés par sa disparition fouillèrent sa chambre - ils trouvèrent un tapis de prière, et une tablette sur laquelle se trouvait un second compte Facebook dont ils n'avaient pas connaissance. Sur ce second compte, Linda maintenait le lien avec des contacts au Moyen-Orient, partageant des messages comme "priez, la fin est proche." La naïveté se paye cher.

Il faut être bien candide pour penser que les horreurs qu'ils commettent rendent les jihadistes de l'État Islamique infréquentables. Chez certaines personnes, c'est même exactement le contraire. Comme l'expliquait Steven Pinker dans un de ses ouvrages, la violence exerce parfois une sorte de fascination, au point de pousser les hommes à tuer pour renforcer leur pouvoir de séduction, et les femmes à tomber amoureuses de tels meurtriers. Les hommes patientant dans le Couloir de la mort n'ont aucun problème de succès avec les femmes. Beaucoup d'entre eux se marièrent après avoir été condamnés à mort, et pas avec des groupies persuadées de leur innocence.

Linda Wenzel savait probablement parfaitement qu'elle partait faire le jihad en Syrie lorsqu'elle abandonna sa famille, et l'excitation du danger et de la violence l'emporta sur toute réserve. Il est difficile d'imaginer ce qu'elle espérait, mais elle n'était pas toute seule: quatre autres Allemandes furent retrouvées la semaine dernière dans les tunnels de Mossoul. Elles faisaient partie d'un groupe de 20 femmes combattantes, avec des nationalités russes, turques, canadiennes et tchétchènes. La fascination pour la violence ne connaît pas les frontières.

23 mai 2017

Mourir dans son sommeil

L'attentat de Manchester atteint un nouveau degré dans l'horreur de la barbarie islamiste.

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"We killed your children": la froide revendication de l'État Islamique,
reprise telle quelle en première page de plusieurs journaux anglais.

Pour citer les faits connus à ce jour:

A 22h35 lundi soir, un homme a fait exploser sa ceinture explosive devant la plus grande salle de concert de Manchester, en Angleterre. La chanteuse américaine Ariana Grande terminait son show. Le bilan de l'attentat terroriste est pour l'heure de 22 morts et de 59 blessés, dont une enfant de 8 ans. L'attaque a été revendiquée par Daesh mardi après-midi. Les renseignements britanniques pensent avoir identifié l'auteur de l'attentat. Le nom du terroriste serait Salman Abedi, un homme de 23 ans d'origine libyenne dont les parents avaient fui le régime de Mouammar Kadhafi.

Salman Abedi serait mort sur place. Selon NBC News, il portait la bombe dans un sac à dos, aurait pris le métro à Victoria Station, est arrivé dans la zone d'achat des billets de l'Arena et a attendu que les gens quittent le concert et sortent de la salle pour faire exploser l'engin artisanal. L'étude des images de vidéo-surveillance est en cours.


La bombe artisanale que transportait Abedi était remplie de boulons et de clous pour faire un maximum de victimes parmi les adolescents britanniques présents. Le bilan pourrait s'alourdir ; certains des 59 blessés sont encore entre la vie et la mort. De nombreuses victimes ont été mutilées et porteront toute leur vie des séquelles liées à l'attentat.

Selon le Premier Ministre britannique Theresa May, le terroriste a bien pensé "l'endroit et le moment afin de faire un maximum de dégâts". Pourtant, dans les premières heures du massacre, Mme May minimisa en parlant d'un "incident" terroriste. Depuis, le script post-attentat, bien rodé, est rejoué jusqu'à la nausée. Les séquences de fleurs, de bougies et de messages d'espoir postés près du lieu de la tuerie tournent en boucle sur les chaînes "d'information" ; les chefs d'État se succèdent pour exprimer chacun leur tour leur profonde compassion pour la souffrance des victimes et leur solidarité avec le peuple aujourd'hui frappé ; divers monuments sont brièvement éteints ; et après quelques jours, l'actualité fournit de nouveaux sujets.

Salman Abedi était connu des autorités britanniques, mais elles refusent de dévoiler plus de détails pour l'instant.

Une seconde bombe, qui n'a pas explosé, a été découverte sur place.

À moins d'avoir un cœur de pierre, impossible de ne pas être touché par une pareille actualité. La haine contre l'Occident de l'État Islamique et de ses sbires est sans limite. Des parents doivent aujourd'hui reconnaître la dépouille déchiquetée de leur enfant dans une morgue ou veiller son corps brisé au son lancinant des machines dans une chambre d'hôpital.

Tous les parents du monde auront forcément une pensée pour les familles touchées. Chacun peut se reconnaître dans cette tragédie. Ce qui aurait dû être un concert joyeux s'est terminé en boucherie aveugle. Cela aurait pu survenir n'importe où - comme c'est déjà survenu n'importe où - et cela surviendra encore. Et encore.

Et encore.

Alors même qu'elles vouent un véritable culte à l'État, les autorités annoncent leur impuissance: il faut apprendre à vivre avec le terrorisme (c'est-à-dire, à en mourir). L'islamisme est érigé au rang de fatalité de l'existence, comme l'accident de voiture ou la peste des temps anciens. C'est malheureux, l'islamisme. Il provoque des ravages. Vers Manchester, il touche surtout les jeunes. Une maladie infantile foudroyante.

D'un autre côté, les élites n'ont pas complètement perdu le sens du danger. Elles veillent à ce que rien ne perturbe leur sécurité ni celles de leurs proches. La plupart des politiciens qui plaident pour l'interdiction des armes pour la plèbe vivent sous la surveillance vigilante d'une garde armée.

Peut-être aura-t-on droit à un nouveau "Vous n'aurez pas ma haine" érigé en exemple de prêt-à-penser par les médias, sans le moindre recul ni esprit critique. La naïveté de l'agneau de lait érigée en vertu. Vous n'aurez pas ma haine, mais vous avez eu ma femme. Et à Manchester, vous avez eu ma fille. En voulez-vous encore? Servez-vous. Vous n'avez pas ma haine, mais en fait, je suis trop bête pour comprendre que vous n'en avez nul besoin. Vous avez la vôtre. Elle vous suffit amplement.

Peu de gens comprennent le terrorisme islamique. Prisonniers d'un schéma mental remontant aux mouvements extrémistes gauchistes de la seconde moitié du XXe siècle, ils s'évertuent à déceler des motivations politiques chez les islamistes, à déchiffrer d'éventuelles revendications. N'en trouvant aucune, ils les inventent, plaquant leur grille de lecture sur un abysse.

Les islamistes veulent tuer. Nous tuer, et tous ceux qu'ils considèrent comme leurs adversaires, c'est-à-dire à peu près tout le monde. Du premier au dernier. Femmes et enfants. Collaborateurs ou résistants. Chrétiens, athées ou musulmans. Allah reconnaîtra les siens.

L'attentat n'est pas un moyen pour atteindre un but. L'attentat est le but. Comprendre cette simple notion est aujourd'hui hors de portée de la plupart des Européens. Ils se voient peut-être comme des cyniques à qui on ne la fait pas, mais leur niveau de nihilisme est dérisoire face aux zombies décérébrés de l'État Islamique.

Le plus abominable de l'attentat de Manchester n'est pas dans le mode opératoire d'un kamikaze. Il n'est pas dans le choix des victimes - les enfants, membres les plus innocents et les plus faibles de la société et incarnation de son avenir. Il n'est pas dans l'analyse choquante qu'un terroriste islamiste soit issu d'une famille de réfugiés, les mêmes qui rentrent chaque jour par milliers sur le continent, importés par une coterie de politiciens sacrifiant des pays entiers sur l'autel de leurs délires idéologiques.

Le plus abominable de l'attentat de Manchester est de comprendre qu'il sera suivi de nombreux autres. Ce n'est qu'un avant-goût de ce qui nous attend, et de ce qui attend nos descendants.

Quelle dose de violence la "majorité silencieuse" doit-elle endurer pour sortir de son silence? Les terroristes islamistes sont en train de se livrer à une expérience sociologique grandeur nature à l'échelle d'un continent. Ils doivent sans doute se délecter du résultat autant que d'autres s'en consternent. Les chiffres - électoraux notamment - le prouvent: l'apathie atteint des sommets insoupçonnables. Au point qu'on peut se demander si la majorité silencieuse sortira jamais de son silence.

L'hypothèse est hardie mais de moins en moins invraisemblable. On aurait naturellement tendance à penser que face à un stimuli désagréable un organisme dans son sens le plus large - individu, corps social, nation - finirait par réagir lorsque la douleur devient par trop intolérable. Mais ce n'est pas obligatoire. L'organisme menacé pourrait tout aussi bien choisir l'anesthésie locale pour supprimer les symptômes, le suicide pour hâter une issue perçue comme inéluctable, ou l'abus de tranquillisants pour sombrer dans une bienheureuse inconscience.

On peut mourir dans son sommeil.

13 avril 2017

Le terrorisme islamique à l'assaut de la planète foot

Opposé à Monaco en quart de finale aller de Ligue de Champions, le Borussia Dortmund (BVB) a été battu 2-3 dans son antre du Signal Iduna Park. Les joueurs du club allemand avaient quelques excuses, comme d'avoir échappé à un attentat islamiste la veille. L'entraîneur du club Thomas Tuchel s'indigna d'ailleurs des circonstances du match:

Après l’attaque, nous aurions aimé avoir plus de temps pour digérer tout cela. Et on ne nous a pas laissé de temps. On nous a dit, demain vous devez jouer. Nous nous sommes sentis ignorés. On ne nous a pas demandé notre avis, ils ont décidé ça à l’UEFA en Suisse. Quelques minutes après l’attaque, on nous a dit qu’on devrait jouer, comme si on nous avait envoyé une canette de bière contre le bus.


allemagne,terrorisme,islamIl s'agissait en effet d'un peu plus qu'une canette de bière. Mardi, le jour du match prévu dans cette ville de l'ouest de l'Allemagne, le bus du BVB se mit en route depuis l'hôtel de l'équipe pour gagner le stade à une dizaine de kilomètres de distance. Le Parisien relate ce qui arriva ensuite:

À peine arrivé au coin de la rue, à 19h15, [le bus du BVB] est secoué par trois fortes explosions, qui font éclater plusieurs pans du double-vitrage. Il s'agirait de bombes artisanales, dissimulées dans des haies et actionnées au passage du bus. Le parquet précise que les engins utilisés avaient une "puissance explosive" de 100 mètres et contenaient "des tiges métalliques", dont l'une s'est figée dans un repose-tête d'un siège à l'intérieur du bus.


Le défenseur Marc Bartra fut blessé au bras et à l'épaule - il passa au bloc opératoire dans la nuit - ainsi qu'un policier qui accompagnait l'équipe.

Les enquêteurs ne révélèrent pas immédiatement la piste islamiste tant le mode opératoire était différent des précédents attentats. Malgré une revendication fantaisiste de réseaux "antifascistes" sur Internet, la responsabilité islamiste fut tout de même établie, notamment à cause de trois lettres retrouvées près des explosifs. Comportant des mentions comme "Au nom d'Allah, le clément, le miséricordieux", elles réclamaient que l'Allemagne cesse de participer à la lutte contre le groupe État islamique dans le cadre de la coalition internationale et retire les chasseurs Tornados allemands opérant depuis la Turquie. Les auteurs évoquèrent également l'attentat contre le marché de Noël de Berlin, et désignèrent les sportifs comme des "cibles" pour l'État islamique.

Les lettres furent publiées en intégralité par la Süddeutsche Zeitung mercredi matin.

Terrorisme islamique évolué?

L'attentat de Dortmund représente un virage dans le terrorisme islamique en Europe.

Le contraste avec les récents assauts à coup de camion n'en est que plus marquant. Au contraire d'attaques plus ou moins improvisée et violentes, ou d'illuminés légèrement demeurés beuglant "Allah akbar" avant de succomber sous les balles des forces de l'ordre, le mode opératoire frappe par sa sophistication: trois bombes déclenchées à distances le long du parcours d'un véhicule clairement désigné. N'eussent été blindées les vitres du bus, le bilan aurait été bien plus lourd. L'idée que des groupes islamistes aient désormais l'idée et la capacité de frapper des véhicules précis lors de leurs trajets réguliers est particulièrement inquiétante. Le volume de cibles potentielles est proprement ahurissant. Comment se protéger d'un tel risque?

En l'absence de kamikaze portant commodément ses papiers d'identité sur lui, l'enquête avance moins vite qu'à l'accoutumée. Depuis l'explosion la police allemande ne chôme pas, mais pour l'heure le réseau à l'origine de l'attaque est loin d'être démantelé ; au plus a-t-on arrêté quelques suspects dont les responsabilités ne sont pas clairement établies.

L'attentat de Dortmund implique forcément plusieurs personnes pour le repérage, la fabrication et la mise en place des explosifs et du dispositif de mise à feu, et le déclenchement de l'installation au moment opportun. Le groupe à l'origine de l'attaque dispose de connaissances techniques. Personne n'essaye même plus de caser le sempiternel "loup solitaire". De plus, ces djihadistes-là ne cherchent pas, dans un premier temps, le sacrifice violent dans la confrontation avec l'ennemi. Ils sont donc capables de mettre en place des opérations plus recherchées et avec un impact médiatique réel, au-delà de leur rédemption personnelle et des prétendues vierges censées les attendre dans l'au-delà.

Le Foot comme cible

En revanche, ce n'est pas la première fois que les islamistes s'en prennent au monde du football. Lors des attentats de Paris de novembre 2015, les morts sur les terrasses des cafés et le massacre du Bataclan ne doivent pas éclipser que la première cible de cette soirée funeste fut le Stade de France lors d'une rencontre internationale de football entre l'Allemagne et la France. Trois terroristes se firent exploser dans les premiers attentats-suicide commis sur le sol français. Les kamikazes avaient l'intention de pénétrer dans le stade pour y perpétrer leur acte mais échouèrent à quatre reprises.

Ce soir-là, François Hollande faisait partie des spectateurs, mais la présence de l'homme d'État sur place n'était peut-être pas connue des terroristes lors de la préparation de l'opération. Aucune ambiguïté de la sorte contre l'équipe du Borussia Dortmund ; les poseurs de bombe visaient le football lui-même. Cela n'a rien de surprenant.

Le football professionnel incarne un grand nombre de valeurs que les islamistes abhorrent: l'argent, le consumérisme, le spectacle, l'attachement à une équipe, le catholicisme (lorsque des joueurs font un signe de croix avant un coup de pied arrêté ou après un but), la consommation d'alcool chez des supporters, les jolies femmes dans le public, l'entraide au sein d'une équipe de sportifs de tous horizons et de toutes confessions, et même d'inadmissibles compromissions avec la loi religieuse en matière de ramadan.

Mais le football professionnel a une autre facette, son audience gigantesque. La Ligue de Champions est la troisième compétition la plus suivie dans le monde après la Coupe du Monde et l'Euro - deux autres célébrations du football. L'attentat contre le Borussia Dortmund donna lieu à un simple retard de 24 heures dans le coup d'envoi du match mais eut déjà un impact sur la vie de centaines de millions de personnes, les spectateurs venus au stade, les innombrables téléspectateurs, et donna lieu à autant de discussions autour des machines à café le lendemain.

Les bombes qui frappèrent l'équipe du BVB étaient conçues pour tuer. Les joueurs ne durent leur salut qu'à la résistance des vitres de leur bus. Imagine-t-on l'impact qu'aurait eu l'attentat s'il s'était soldé par un bain de sang?

Le mélange de prestige et d'audience du football professionnel en fait une cible de choix pour d'éventuelles opérations terroristes, touchant la société civile plus que n'importe quelle attaque localisée. Le mode opératoire de l'attentat contre le Borussia Dortmund montre d'énormes vulnérabilités qui vont singulièrement compliquer la tâche de ceux qui essayent de protéger les vedettes de notre temps.

En attendant, une ou plusieurs cellules terroristes islamistes opèrent en toute quiétude en Allemagne. Pour Mme Merkel, il devient de plus en plus difficile de jouer les ingénues.

Mise à jour (21 avril): l'auteur de l'attaque aurait été arrêté: il s'agirait d'un germano-russe de 28 ans, Sergej W., qui aurait agi pour des motifs "financiers" et non terroristes. Aucune complicité n'a été pour l'heure établie. L'auteur aurait voulu spéculer pour faire baisser le prix de l'action du club de Dortmund et s'enrichir en pariant sur leur baisse. La revendication terroriste aurait été délibérément placée pour entraîner les enquêteurs sur une fausse piste.

C'est donc un soulagement de constater que les terroristes islamiques ne sont pas derrière cette attaque vicieuse de joueurs de football professionnels, même si l'actualité récente nous montre qu'ils continuent à frapper ou à vouloir frapper un peu partout sur le continent.

23 mars 2017

Le terrorisme, la nouvelle normalité

Il y a un an, Bruxelles découvrait que le vivre-ensemble pouvait aussi impliquer le mourir-ensemble. La date de l'anniversaire n'a sans doute pas échappé à Khalid Masood lorsqu'il décida de lancer son véhicule contre les promeneurs et les touristes sur le pont de Westminster, en face du Parlement britannique.

Russell_square_police_road.JPGCet attentat (la Première ministre Theresa May se retrancha dans les premières heures derrière les termes de "dramatique incident") a été perpétré par un individu né dans le Kent en 1964, et dont on connaît désormais un peu mieux l'histoire.

[Le quinquagénaire] a connu de nombreux démêlées avec la justice.

Sa première condamnation remonte à 1983. L'homme, connu sous différents pseudonymes selon Scotland Yard, avait depuis été condamné à plusieurs reprises pour « agressions » et « possession d'armes », notamment la dernière fois en décembre 2003, après avoir été arrêté en possession d'un couteau. (...)

L'homme, âgé de 52 ans, était apparu « il y a quelques années » sur les radars du MI5, le service de renseignement intérieur britannique, dans le cadre d'une enquête en lien avec « l'extrémisme violent », a expliqué la Première ministre Theresa May jeudi matin. Mais il n'était alors qu'un « personnage périphérique », a précisé la cheffe du gouvernement. (...)

Vêtu de noir et portant une barbe au moment de l'attaque, l'homme, qui vivait dernièrement dans les West Midlands, dans le centre de l'Angleterre, « ne faisait pas l'objet d'enquêtes en cours », a souligné la police. « Les services de renseignement ne possédaient pas d'éléments sur son intention de mener une attaque terroriste », a-t-elle ajouté.


Ces faits, encore fragmentaires, donnent lieu à plusieurs lectures possibles. La simplicité du mode d'exécution - un banal véhicule - est loin de la sophistication de certaines opérations terroristes, comme lors des attentats de Paris en 2015 ou même de ceux qui frappèrent Londres en 2005. Elle donne à penser que les mouvements terroristes sont de plus en plus désorganisés et aux abois, réduits à agir par surprise sur une base quasiment individuelle. D'autres pourront rétorquer que le centre politique du pouvoir anglais a été attaqué avec la plus grande facilité, et que le mode opératoire montre que nos sociétés sont éternellement vulnérables.

Les partisans des frontières ouvertes pourront se "réjouir" que l'attentat soit commis par un Anglais de naissance, même si l'assimilation de M. Masood au sein de sa société hôte semble avoir connu quelques ratés. Alors que plusieurs attentats ont été commis par des migrants, ce rééquilibrage permet de soulager les soupçons pesant sur eux. On peut à contrario s'inquiéter qu'un individu né et ayant vécu en Angleterre pendant un demi-siècle en soit malgré tout arrivé à haïr ses contemporains au point de se lancer dans un attentat suicide. Après ce contre-exemple, que valent encore les certitudes régulièrement servies sur l'intégration?

Selon la police londonienne, Khalid Masood n'a "jamais été condamné pour des délits terroristes", comme si ce détail devait l'exonérer de ses propres manquements. Le quotidien The Guardian ajoute qu'il ne figurait pas sur la liste du MI5 des 3'000 personnes "les plus susceptibles (sic) de commettre un acte terroriste". Ce qui signifie qu'il y a au Royaume-Uni, de l'aveu même des autorités, plus de 3'000 personnes plus susceptibles que M. Masood de commettre un attentat au moment où vous lisez ces lignes. Combien d'entre elles sont en mesure de conduire un véhicule?

Les nombreux démêlés avec la justice de Khalid Masood et son apparition dans une enquête sur les milieux islamistes ne furent pas suffisants pour déclencher des signaux d'alarme auprès de services de renseignement dont c'est le métier. Il est possible qu'il s'agisse d'une simple incompétence crasse, mais aussi que cet échec soit dû à autre chose - par exemple le trop grand nombre de terroristes potentiels que ces services sont déjà chargés de surveiller. Il est difficile de ne pas citer alors Nigel Farage qui montre que sur cet aspect encore il avait raison bien avant tout le monde:

Les populations musulmanes installées ou importées sur notre continent représentent un immense vivier de terroristes potentiels. Tant que ce vivier sera renforcé par l'immigration illégale, arrosé par l'État-Providence, incité à passer à l'acte par la pusillanimité de nos gouvernements, préservé au nom du multiculturalisme, excusé par les pseudo-intellectuels anti-occidentaux, l'épidémie de terrorisme continuera.

Dans certaines parties du monde, ces attentats sont quasiment quotidiens. Faute d'ouvrir les yeux, les populations européennes devront rapidement s'habituer à cette nouvelle normalité.

22 décembre 2016

L'État allemand, entre aveuglement et incompétence

Dure période de Noël pour nos amis allemands ; ils découvrent, effarés, que non seulement leur pays est en première ligne face à l'islamisme, mais que les autorités chargées de veiller sur leur sécurité sont aussi incompétentes que leur gouvernement.

attentat_berlin.jpg"La polémique ne cesse de prendre de l'ampleur", résume avec pudeur Le Matin pour parler de la vague d'indignation qui étreint l'Allemagne après la fuite d'Anis Amri, l'auteur présumé de l'attentat. Il faut dire que la gestion du dossier a été proprement accablante à tous les niveaux.

Police - Alors que le portefeuille et les papiers d'identité d'Anis Amri avaient été découverts dans le poids lourd qui a ravagé un marché de Noël, la police de Berlin a préféré concentrer ses efforts sur un suspect pakistanais suivi à distance par un témoin depuis le lieu du crime. Ce demandeur d'asile fut lavé de tout soupçon mais au prix d'un précieux temps perdu. Même si on imagine que les enquêteurs se sont intéressés à M. Amri dès la découverte de ses papiers sous le siège du conducteur, ils n'ont lâché son nom que lorsque leur premier suspect a été mis hors de cause.

Moralité, le terroriste a une bonne longueur d'avance. La police envoya 150 policiers perquisitionner sans succès une de ses dernières planques connues, un foyer de réfugiés dans l'ouest de l'Allemagne, à Emmerich, où Anis Amri aurait séjourné il y a quelques mois. Mais lorsque les forces de l'ordre en arrivent à proposer une récompense de 100'000 euros pour tout indice permettant son arrestation, on peut imaginer qu'elles ne disposent plus de la moindre piste sérieuse.

Justice - Anis Amri disposait déjà d'un important casier judiciaire.

L'homme était très connu par les services de police et faisait l'objet d'une enquête pour un projet d'attentat. Il vivait en Allemagne depuis 2015, mais les enquêteurs ont remonté sa trace jusqu'en 2012, alors qu'il vivait en Italie en situation irrégulière. Il y a été condamné pour l'incendie volontaire d'une école. (...) Il devait quitter le territoire allemand avant le 30 juin 2016, mais l'homme a pris 8 identités différentes et déménagé de nombreuses fois.


Débouté de sa demande d'asile en juin 2016, il ne fut pas expulsé d'Allemagne, officiellement en raison d'un contentieux entre Berlin et Tunis. Les autorités de Tunisie n'auraient pas reconnu la validité des papiers d'identité de l'individu - et ce, bien qu'il ait été là-bas condamné à cinq ans de prison par contumace.

"Pourquoi une personne comme le suspect tunisien a pu jouer au chat et à la souris avec les autorités en charge de son expulsion?", demande le quotidien local Darmstädter Echo. La réponse est des plus consternantes: constatant l'impossibilité de le renvoyer en Tunisie, la justice allemande le laissa tout simplement libre.

Services de Renseignement - Anis Amri n'a rien non plus du sempiternel "loup solitaire". Âgé de 24 ans selon l'une de ses nombreuses identités, il faisait partie d'un groupe de Tunisiens comportant entre autres l'homme qui fonça sur la foule lors de l'attentat de Nice et un autre qui assassinat de sang-froid des touristes sur une plage de Tunisie. Et les autorités allemandes le savaient.

Anis Amri était pourtant bien connu [du centre de lutte antiterroriste]. Pendant l'essentiel de l'année 2016, il avait été placé sous surveillance à Berlin car suspecté de préparer un cambriolage pour financer l'achat d'armes automatiques et un attentat. (...)


L'enquête fut abandonnée en septembre faute d'éléments probants. Pourtant, il avait fait l'objet d'un signalement en novembre encore.

"Le fait que l'État Islamique revendique l'attaque avant l'arrestation de l'exécutant donne à penser que ce dernier est en contact avec un membre de l'organisation" explique Amarnath Amarasingam, un expert sur l'extrémisme de l'Université George Washington. On estime à au moins 6'000 le nombre de Tunisiens qui ont rejoint les rangs de l'EI, ce qui fait d'eux la nationalité la plus représentée au sein du groupe. Nombre d'entre eux s'entraînèrent en Libye voisine, les autres parvinrent jusqu'en Syrie et en Irak.

Peu de mystère et beaucoup de bêtise

Pourquoi viser l'Allemagne, ce pays tellement ouvert aux flux de migrants musulmans qu'il en a provoqué le chaos dans toute l'Europe? Pourquoi en vouloir à Mme Wir schaffen das! Merkel en donnant ainsi des points à ses adversaires politiques de l'AfD? Poser la question revient à admettre qu'on ne comprend pas la mentalité des terroristes affiliés à l'EI. Pour eux, chacun est coupable - et punissable de mort - à partir du moment où il vit en Occident. Les croyances et opinions n'ont pas d'importance. Même les musulmans locaux sont perçus comme des tièdes et des hypocrites dangereusement compromis. Allah reconnaîtra les siens.

anis_amri.jpgDe même, la présence de documents d'identité directement sur les lieux du crime n'a rien de surprenant. Les assaillants de Charlie Hebdo procédèrent ainsi, de même que l'un des terroristes des attentats de Paris et que le conducteur qui fonça dans la foule à Nice. Dans tous ces cas les terroristes furent tués. Les islamistes cherchent à mourir en commettant leur forfait. Laisser ses documents sur place facilite l'identification du coupable et permet une revendication d'autant plus forte. C'est aussi une quête égocentrique de célébrité à titre posthume - la proportion de selfies que les assassins laissent derrière eux avant de commettre leur forfait en est tout à fait symptomatique.

Il est probable qu'en fonçant sur le Marché de Noël de Berlin, Anis Amri s'était préparé à vivre ses derniers instants. Il s'imaginait sans doute finir criblé de balles comme Mohamed Lahouaiej Bouhlel après sa folle course sur la Promenade des Anglais. Il fut sans doute le premier surpris de constater qu'après avoir semé le chaos, seuls des cris de panique et les sanglots se firent entendre. Pas de mise en joue par un militaire ou un policier, pas le moindre impact de balle sur la carrosserie du poids lourd finalement immobilisé. Il put quitter son camion à pied et disparaître à la faveur de l'agitation, en toute simplicité. En tout état de cause, Anis Amri ne s'attendait certainement pas à ce que la police allemande le gratifie de 48 heures de tranquillité supplémentaire, un joli cadeau de Noël aux islamistes en période de fêtes.

Même les terroristes sont surpris par la naïveté des autorités allemandes.

Mise à jour (23 décembre): Le suspect a été abattu à Milan en Italie. L'homme le plus recherché d'Europe aura réussi à franchir au moins deux frontières en toute impunité pendant sa traque.

Mise à jour (25 décembre): Malgré les dénégations des officiels, on apprend que M. Amri a résidé deux semaines en Suisse. Et les médias (américains seulement bien sûr) révèlent que les quelques heures d'avance accordées au terroriste en cavale l'ont été par M. Till Steffen, Sénateur de la Ville de Hambourg et président de l'autorité judiciaire. M. Seffen - politicien écologiste - craignait que la diffusion du portrait de M. Amri un peu partout ne provoque des commentaires "racistes" sur Facebook. On voit le sens des priorités de nos élites.

Pendant plusieurs heures, la police allemande a donc cherché à appréhender Anis Amri mais en toute discrétion, sans se faire trop remarquer, et ce n'est qu'une fois que le suspect lui a complètement échappé (et a réussi à franchir les frontières franco-allemandes et franco-italiennes) que les enjeux de sécurité semblent avoir dépassé ceux de la communication de crise. Bravo M. Steffen!