13 avril 2017

Le terrorisme islamique à l'assaut de la planète foot

Opposé à Monaco en quart de finale aller de Ligue de Champions, le Borussia Dortmund (BVB) a été battu 2-3 dans son antre du Signal Iduna Park. Les joueurs du club allemand avaient quelques excuses, comme d'avoir échappé à un attentat islamiste la veille. L'entraîneur du club Thomas Tuchel s'indigna d'ailleurs des circonstances du match:

Après l’attaque, nous aurions aimé avoir plus de temps pour digérer tout cela. Et on ne nous a pas laissé de temps. On nous a dit, demain vous devez jouer. Nous nous sommes sentis ignorés. On ne nous a pas demandé notre avis, ils ont décidé ça à l’UEFA en Suisse. Quelques minutes après l’attaque, on nous a dit qu’on devrait jouer, comme si on nous avait envoyé une canette de bière contre le bus.


allemagne,terrorisme,islamIl s'agissait en effet d'un peu plus qu'une canette de bière. Mardi, le jour du match prévu dans cette ville de l'ouest de l'Allemagne, le bus du BVB se mit en route depuis l'hôtel de l'équipe pour gagner le stade à une dizaine de kilomètres de distance. Le Parisien relate ce qui arriva ensuite:

À peine arrivé au coin de la rue, à 19h15, [le bus du BVB] est secoué par trois fortes explosions, qui font éclater plusieurs pans du double-vitrage. Il s'agirait de bombes artisanales, dissimulées dans des haies et actionnées au passage du bus. Le parquet précise que les engins utilisés avaient une "puissance explosive" de 100 mètres et contenaient "des tiges métalliques", dont l'une s'est figée dans un repose-tête d'un siège à l'intérieur du bus.


Le défenseur Marc Bartra fut blessé au bras et à l'épaule - il passa au bloc opératoire dans la nuit - ainsi qu'un policier qui accompagnait l'équipe.

Les enquêteurs ne révélèrent pas immédiatement la piste islamiste tant le mode opératoire était différent des précédents attentats. Malgré une revendication fantaisiste de réseaux "antifascistes" sur Internet, la responsabilité islamiste fut tout de même établie, notamment à cause de trois lettres retrouvées près des explosifs. Comportant des mentions comme "Au nom d'Allah, le clément, le miséricordieux", elles réclamaient que l'Allemagne cesse de participer à la lutte contre le groupe État islamique dans le cadre de la coalition internationale et retire les chasseurs Tornados allemands opérant depuis la Turquie. Les auteurs évoquèrent également l'attentat contre le marché de Noël de Berlin, et désignèrent les sportifs comme des "cibles" pour l'État islamique.

Les lettres furent publiées en intégralité par la Süddeutsche Zeitung mercredi matin.

Terrorisme islamique évolué?

L'attentat de Dortmund représente un virage dans le terrorisme islamique en Europe.

Le contraste avec les récents assauts à coup de camion n'en est que plus marquant. Au contraire d'attaques plus ou moins improvisée et violentes, ou d'illuminés légèrement demeurés beuglant "Allah akbar" avant de succomber sous les balles des forces de l'ordre, le mode opératoire frappe par sa sophistication: trois bombes déclenchées à distances le long du parcours d'un véhicule clairement désigné. N'eussent été blindées les vitres du bus, le bilan aurait été bien plus lourd. L'idée que des groupes islamistes aient désormais l'idée et la capacité de frapper des véhicules précis lors de leurs trajets réguliers est particulièrement inquiétante. Le volume de cibles potentielles est proprement ahurissant. Comment se protéger d'un tel risque?

En l'absence de kamikaze portant commodément ses papiers d'identité sur lui, l'enquête avance moins vite qu'à l'accoutumée. Depuis l'explosion la police allemande ne chôme pas, mais pour l'heure le réseau à l'origine de l'attaque est loin d'être démantelé ; au plus a-t-on arrêté quelques suspects dont les responsabilités ne sont pas clairement établies.

L'attentat de Dortmund implique forcément plusieurs personnes pour le repérage, la fabrication et la mise en place des explosifs et du dispositif de mise à feu, et le déclenchement de l'installation au moment opportun. Le groupe à l'origine de l'attaque dispose de connaissances techniques. Personne n'essaye même plus de caser le sempiternel "loup solitaire". De plus, ces djihadistes-là ne cherchent pas, dans un premier temps, le sacrifice violent dans la confrontation avec l'ennemi. Ils sont donc capables de mettre en place des opérations plus recherchées et avec un impact médiatique réel, au-delà de leur rédemption personnelle et des prétendues vierges censées les attendre dans l'au-delà.

Le Foot comme cible

En revanche, ce n'est pas la première fois que les islamistes s'en prennent au monde du football. Lors des attentats de Paris de novembre 2015, les morts sur les terrasses des cafés et le massacre du Bataclan ne doivent pas éclipser que la première cible de cette soirée funeste fut le Stade de France lors d'une rencontre internationale de football entre l'Allemagne et la France. Trois terroristes se firent exploser dans les premiers attentats-suicide commis sur le sol français. Les kamikazes avaient l'intention de pénétrer dans le stade pour y perpétrer leur acte mais échouèrent à quatre reprises.

Ce soir-là, François Hollande faisait partie des spectateurs, mais la présence de l'homme d'État sur place n'était peut-être pas connue des terroristes lors de la préparation de l'opération. Aucune ambiguïté de la sorte contre l'équipe du Borussia Dortmund ; les poseurs de bombe visaient le football lui-même. Cela n'a rien de surprenant.

Le football professionnel incarne un grand nombre de valeurs que les islamistes abhorrent: l'argent, le consumérisme, le spectacle, l'attachement à une équipe, le catholicisme (lorsque des joueurs font un signe de croix avant un coup de pied arrêté ou après un but), la consommation d'alcool chez des supporters, les jolies femmes dans le public, l'entraide au sein d'une équipe de sportifs de tous horizons et de toutes confessions, et même d'inadmissibles compromissions avec la loi religieuse en matière de ramadan.

Mais le football professionnel a une autre facette, son audience gigantesque. La Ligue de Champions est la troisième compétition la plus suivie dans le monde après la Coupe du Monde et l'Euro - deux autres célébrations du football. L'attentat contre le Borussia Dortmund donna lieu à un simple retard de 24 heures dans le coup d'envoi du match mais eut déjà un impact sur la vie de centaines de millions de personnes, les spectateurs venus au stade, les innombrables téléspectateurs, et donna lieu à autant de discussions autour des machines à café le lendemain.

Les bombes qui frappèrent l'équipe du BVB étaient conçues pour tuer. Les joueurs ne durent leur salut qu'à la résistance des vitres de leur bus. Imagine-t-on l'impact qu'aurait eu l'attentat s'il s'était soldé par un bain de sang?

Le mélange de prestige et d'audience du football professionnel en fait une cible de choix pour d'éventuelles opérations terroristes, touchant la société civile plus que n'importe quelle attaque localisée. Le mode opératoire de l'attentat contre le Borussia Dortmund montre d'énormes vulnérabilités qui vont singulièrement compliquer la tâche de ceux qui essayent de protéger les vedettes de notre temps.

En attendant, une ou plusieurs cellules terroristes islamistes opèrent en toute quiétude en Allemagne. Pour Mme Merkel, il devient de plus en plus difficile de jouer les ingénues.

Mise à jour (21 avril): l'auteur de l'attaque aurait été arrêté: il s'agirait d'un germano-russe de 28 ans, Sergej W., qui aurait agi pour des motifs "financiers" et non terroristes. Aucune complicité n'a été pour l'heure établie. L'auteur aurait voulu spéculer pour faire baisser le prix de l'action du club de Dortmund et s'enrichir en pariant sur leur baisse. La revendication terroriste aurait été délibérément placée pour entraîner les enquêteurs sur une fausse piste.

C'est donc un soulagement de constater que les terroristes islamiques ne sont pas derrière cette attaque vicieuse de joueurs de football professionnels, même si l'actualité récente nous montre qu'ils continuent à frapper ou à vouloir frapper un peu partout sur le continent.

23 mars 2017

Le terrorisme, la nouvelle normalité

Il y a un an, Bruxelles découvrait que le vivre-ensemble pouvait aussi impliquer le mourir-ensemble. La date de l'anniversaire n'a sans doute pas échappé à Khalid Masood lorsqu'il décida de lancer son véhicule contre les promeneurs et les touristes sur le pont de Westminster, en face du Parlement britannique.

Russell_square_police_road.JPGCet attentat (la Première ministre Theresa May se retrancha dans les premières heures derrière les termes de "dramatique incident") a été perpétré par un individu né dans le Kent en 1964, et dont on connaît désormais un peu mieux l'histoire.

[Le quinquagénaire] a connu de nombreux démêlées avec la justice.

Sa première condamnation remonte à 1983. L'homme, connu sous différents pseudonymes selon Scotland Yard, avait depuis été condamné à plusieurs reprises pour « agressions » et « possession d'armes », notamment la dernière fois en décembre 2003, après avoir été arrêté en possession d'un couteau. (...)

L'homme, âgé de 52 ans, était apparu « il y a quelques années » sur les radars du MI5, le service de renseignement intérieur britannique, dans le cadre d'une enquête en lien avec « l'extrémisme violent », a expliqué la Première ministre Theresa May jeudi matin. Mais il n'était alors qu'un « personnage périphérique », a précisé la cheffe du gouvernement. (...)

Vêtu de noir et portant une barbe au moment de l'attaque, l'homme, qui vivait dernièrement dans les West Midlands, dans le centre de l'Angleterre, « ne faisait pas l'objet d'enquêtes en cours », a souligné la police. « Les services de renseignement ne possédaient pas d'éléments sur son intention de mener une attaque terroriste », a-t-elle ajouté.


Ces faits, encore fragmentaires, donnent lieu à plusieurs lectures possibles. La simplicité du mode d'exécution - un banal véhicule - est loin de la sophistication de certaines opérations terroristes, comme lors des attentats de Paris en 2015 ou même de ceux qui frappèrent Londres en 2005. Elle donne à penser que les mouvements terroristes sont de plus en plus désorganisés et aux abois, réduits à agir par surprise sur une base quasiment individuelle. D'autres pourront rétorquer que le centre politique du pouvoir anglais a été attaqué avec la plus grande facilité, et que le mode opératoire montre que nos sociétés sont éternellement vulnérables.

Les partisans des frontières ouvertes pourront se "réjouir" que l'attentat soit commis par un Anglais de naissance, même si l'assimilation de M. Masood au sein de sa société hôte semble avoir connu quelques ratés. Alors que plusieurs attentats ont été commis par des migrants, ce rééquilibrage permet de soulager les soupçons pesant sur eux. On peut à contrario s'inquiéter qu'un individu né et ayant vécu en Angleterre pendant un demi-siècle en soit malgré tout arrivé à haïr ses contemporains au point de se lancer dans un attentat suicide. Après ce contre-exemple, que valent encore les certitudes régulièrement servies sur l'intégration?

Selon la police londonienne, Khalid Masood n'a "jamais été condamné pour des délits terroristes", comme si ce détail devait l'exonérer de ses propres manquements. Le quotidien The Guardian ajoute qu'il ne figurait pas sur la liste du MI5 des 3'000 personnes "les plus susceptibles (sic) de commettre un acte terroriste". Ce qui signifie qu'il y a au Royaume-Uni, de l'aveu même des autorités, plus de 3'000 personnes plus susceptibles que M. Masood de commettre un attentat au moment où vous lisez ces lignes. Combien d'entre elles sont en mesure de conduire un véhicule?

Les nombreux démêlés avec la justice de Khalid Masood et son apparition dans une enquête sur les milieux islamistes ne furent pas suffisants pour déclencher des signaux d'alarme auprès de services de renseignement dont c'est le métier. Il est possible qu'il s'agisse d'une simple incompétence crasse, mais aussi que cet échec soit dû à autre chose - par exemple le trop grand nombre de terroristes potentiels que ces services sont déjà chargés de surveiller. Il est difficile de ne pas citer alors Nigel Farage qui montre que sur cet aspect encore il avait raison bien avant tout le monde:

Les populations musulmanes installées ou importées sur notre continent représentent un immense vivier de terroristes potentiels. Tant que ce vivier sera renforcé par l'immigration illégale, arrosé par l'État-Providence, incité à passer à l'acte par la pusillanimité de nos gouvernements, préservé au nom du multiculturalisme, excusé par les pseudo-intellectuels anti-occidentaux, l'épidémie de terrorisme continuera.

Dans certaines parties du monde, ces attentats sont quasiment quotidiens. Faute d'ouvrir les yeux, les populations européennes devront rapidement s'habituer à cette nouvelle normalité.

22 décembre 2016

L'État allemand, entre aveuglement et incompétence

Dure période de Noël pour nos amis allemands ; ils découvrent, effarés, que non seulement leur pays est en première ligne face à l'islamisme, mais que les autorités chargées de veiller sur leur sécurité sont aussi incompétentes que leur gouvernement.

attentat_berlin.jpg"La polémique ne cesse de prendre de l'ampleur", résume avec pudeur Le Matin pour parler de la vague d'indignation qui étreint l'Allemagne après la fuite d'Anis Amri, l'auteur présumé de l'attentat. Il faut dire que la gestion du dossier a été proprement accablante à tous les niveaux.

Police - Alors que le portefeuille et les papiers d'identité d'Anis Amri avaient été découverts dans le poids lourd qui a ravagé un marché de Noël, la police de Berlin a préféré concentrer ses efforts sur un suspect pakistanais suivi à distance par un témoin depuis le lieu du crime. Ce demandeur d'asile fut lavé de tout soupçon mais au prix d'un précieux temps perdu. Même si on imagine que les enquêteurs se sont intéressés à M. Amri dès la découverte de ses papiers sous le siège du conducteur, ils n'ont lâché son nom que lorsque leur premier suspect a été mis hors de cause.

Moralité, le terroriste a une bonne longueur d'avance. La police envoya 150 policiers perquisitionner sans succès une de ses dernières planques connues, un foyer de réfugiés dans l'ouest de l'Allemagne, à Emmerich, où Anis Amri aurait séjourné il y a quelques mois. Mais lorsque les forces de l'ordre en arrivent à proposer une récompense de 100'000 euros pour tout indice permettant son arrestation, on peut imaginer qu'elles ne disposent plus de la moindre piste sérieuse.

Justice - Anis Amri disposait déjà d'un important casier judiciaire.

L'homme était très connu par les services de police et faisait l'objet d'une enquête pour un projet d'attentat. Il vivait en Allemagne depuis 2015, mais les enquêteurs ont remonté sa trace jusqu'en 2012, alors qu'il vivait en Italie en situation irrégulière. Il y a été condamné pour l'incendie volontaire d'une école. (...) Il devait quitter le territoire allemand avant le 30 juin 2016, mais l'homme a pris 8 identités différentes et déménagé de nombreuses fois.


Débouté de sa demande d'asile en juin 2016, il ne fut pas expulsé d'Allemagne, officiellement en raison d'un contentieux entre Berlin et Tunis. Les autorités de Tunisie n'auraient pas reconnu la validité des papiers d'identité de l'individu - et ce, bien qu'il ait été là-bas condamné à cinq ans de prison par contumace.

"Pourquoi une personne comme le suspect tunisien a pu jouer au chat et à la souris avec les autorités en charge de son expulsion?", demande le quotidien local Darmstädter Echo. La réponse est des plus consternantes: constatant l'impossibilité de le renvoyer en Tunisie, la justice allemande le laissa tout simplement libre.

Services de Renseignement - Anis Amri n'a rien non plus du sempiternel "loup solitaire". Âgé de 24 ans selon l'une de ses nombreuses identités, il faisait partie d'un groupe de Tunisiens comportant entre autres l'homme qui fonça sur la foule lors de l'attentat de Nice et un autre qui assassinat de sang-froid des touristes sur une plage de Tunisie. Et les autorités allemandes le savaient.

Anis Amri était pourtant bien connu [du centre de lutte antiterroriste]. Pendant l'essentiel de l'année 2016, il avait été placé sous surveillance à Berlin car suspecté de préparer un cambriolage pour financer l'achat d'armes automatiques et un attentat. (...)


L'enquête fut abandonnée en septembre faute d'éléments probants. Pourtant, il avait fait l'objet d'un signalement en novembre encore.

"Le fait que l'État Islamique revendique l'attaque avant l'arrestation de l'exécutant donne à penser que ce dernier est en contact avec un membre de l'organisation" explique Amarnath Amarasingam, un expert sur l'extrémisme de l'Université George Washington. On estime à au moins 6'000 le nombre de Tunisiens qui ont rejoint les rangs de l'EI, ce qui fait d'eux la nationalité la plus représentée au sein du groupe. Nombre d'entre eux s'entraînèrent en Libye voisine, les autres parvinrent jusqu'en Syrie et en Irak.

Peu de mystère et beaucoup de bêtise

Pourquoi viser l'Allemagne, ce pays tellement ouvert aux flux de migrants musulmans qu'il en a provoqué le chaos dans toute l'Europe? Pourquoi en vouloir à Mme Wir schaffen das! Merkel en donnant ainsi des points à ses adversaires politiques de l'AfD? Poser la question revient à admettre qu'on ne comprend pas la mentalité des terroristes affiliés à l'EI. Pour eux, chacun est coupable - et punissable de mort - à partir du moment où il vit en Occident. Les croyances et opinions n'ont pas d'importance. Même les musulmans locaux sont perçus comme des tièdes et des hypocrites dangereusement compromis. Allah reconnaîtra les siens.

anis_amri.jpgDe même, la présence de documents d'identité directement sur les lieux du crime n'a rien de surprenant. Les assaillants de Charlie Hebdo procédèrent ainsi, de même que l'un des terroristes des attentats de Paris et que le conducteur qui fonça dans la foule à Nice. Dans tous ces cas les terroristes furent tués. Les islamistes cherchent à mourir en commettant leur forfait. Laisser ses documents sur place facilite l'identification du coupable et permet une revendication d'autant plus forte. C'est aussi une quête égocentrique de célébrité à titre posthume - la proportion de selfies que les assassins laissent derrière eux avant de commettre leur forfait en est tout à fait symptomatique.

Il est probable qu'en fonçant sur le Marché de Noël de Berlin, Anis Amri s'était préparé à vivre ses derniers instants. Il s'imaginait sans doute finir criblé de balles comme Mohamed Lahouaiej Bouhlel après sa folle course sur la Promenade des Anglais. Il fut sans doute le premier surpris de constater qu'après avoir semé le chaos, seuls des cris de panique et les sanglots se firent entendre. Pas de mise en joue par un militaire ou un policier, pas le moindre impact de balle sur la carrosserie du poids lourd finalement immobilisé. Il put quitter son camion à pied et disparaître à la faveur de l'agitation, en toute simplicité. En tout état de cause, Anis Amri ne s'attendait certainement pas à ce que la police allemande le gratifie de 48 heures de tranquillité supplémentaire, un joli cadeau de Noël aux islamistes en période de fêtes.

Même les terroristes sont surpris par la naïveté des autorités allemandes.

Mise à jour (23 décembre): Le suspect a été abattu à Milan en Italie. L'homme le plus recherché d'Europe aura réussi à franchir au moins deux frontières en toute impunité pendant sa traque.

Mise à jour (25 décembre): Malgré les dénégations des officiels, on apprend que M. Amri a résidé deux semaines en Suisse. Et les médias (américains seulement bien sûr) révèlent que les quelques heures d'avance accordées au terroriste en cavale l'ont été par M. Till Steffen, Sénateur de la Ville de Hambourg et président de l'autorité judiciaire. M. Seffen - politicien écologiste - craignait que la diffusion du portrait de M. Amri un peu partout ne provoque des commentaires "racistes" sur Facebook. On voit le sens des priorités de nos élites.

Pendant plusieurs heures, la police allemande a donc cherché à appréhender Anis Amri mais en toute discrétion, sans se faire trop remarquer, et ce n'est qu'une fois que le suspect lui a complètement échappé (et a réussi à franchir les frontières franco-allemandes et franco-italiennes) que les enjeux de sécurité semblent avoir dépassé ceux de la communication de crise. Bravo M. Steffen!

19 décembre 2016

Dure journée du 19 décembre

Dramatique inauguration - À Ankara, l'ambassadeur russe en Turquie, Andrei Karlov, a été abattu en plein discours par un terroriste aux cris de "Allah akbar". L'inauguration de l'exposition photographique s'est révélée plus animée que prévu lorsque le tireur, un policier membre des forces anti-émeutes, a ouvert le feu sur le diplomate russe de 62 ans en poste dans la capitale turque depuis 2013. Après avoir commis son forfait, l'assassin hurla en arabe et en turc "n'oubliez pas la Syrie, n'oubliez pas Alep", protestant certainement contre le choix des sujets retenus pour l'exposition. Il blessa trois autres personnes mais fut finalement abattu par d'autres policiers.

scene_de_crime_19_decembre.jpgDramatique coïncidence - À Zurich, en fin d'après-midi, des tirs ont retenti au centre-ville, bouclé depuis par les forces de police pour retrouver le tireur, en vain à l'heure où ces lignes sont écrites. On dénombre trois blessés et un mort. Les médias notèrent que les tirs avaient eu lieu à proximité d'un centre islamique de la ville. Le porte-parole de la police zurichoise "se refusa à tracer un parallèle" entre les événements et le fameux centre islamique. Il fut désavoué par inadvertance quelques minutes plus tard par une journaliste de la RTS qui annonça que des témoins avaient entendu les coups de feu dans le centre islamique.

Dramatique accident de la circulation - En Allemagne, un poids-lourd de 38 tonnes d'origine polonaise a foncé dans la foule sur un marché de Noël de Berlin, provoquant 9 morts et plusieurs dizaines de blessés selon un décompte provisoire. Les autorités ont invité les Berlinois à rester chez eux et à ne pas propager de rumeurs, une nouvelle forme de mesure de prudence. Le jour même d'un éventuel attentat, propager des rumeurs serait donc dangereux. Pour qui, pourquoi? On aimerait bien davantage de précisions.

Par chance, aucun point commun entre ces trois événements dont la conjonction pourrait gâcher la bonne humeur de ces fêtes de fin d'année. Réjouissons-nous d'ailleurs que dès demain les éditorialistes et les politiciens nous gratifient de divers discours expliquant, par exemple, qu'il y a toujours eu des morts dans des accidents de circulation à cette période de l'année, et qu'il serait vain et bien malheureux que de vouloir y percevoir autre chose.

Le sondage du jour du Figaro était "êtes-vous inquiet du réchauffement climatique". Tout est dit.

25 novembre 2016

Le canton de Vaud se préservera-t-il de l'intégrisme?

Cette semaine l'UDC Vaud part en campagne pour une initiative cantonale visant à rajouter à l'article 171 de la Constitution vaudoise du 14 avril 2003 un nouvel alinéa simple et aisément compréhensible par tous:

La reconnaissance comme institution d’intérêt public ne donne, aux communautés reconnues et à leurs membres, aucun droit à l’octroi de concessions ou de dérogations motivées ou encouragées par la croyance ou la pratique religieuse, telles que :

a) une prise en charge particulière dans le domaine des soins ;
b) des enseignements spécifiques ou des dispenses ;
c) des jours fériés ou des horaires particuliers ;
d) des régimes alimentaires spécifiques ;
e) des dérogations vestimentaires.


Il s'agit donc de dissocier la reconnaissance d'une communauté religieuse d'éventuelles revendications liées à cette reconnaissance. Une illustration du site de campagne résume élégamment le problème:

visuel-initiative.jpg
Loi de Dieu ou loi des hommes?

Les médias relèvent naturellement l'opportunisme du lancement d'une pareille initiative dans le cycle de campagne des élections cantonales 2017, mais enfin, c'est de bonne guerre. Rien n'empêche d'autres partis de faire de même avec leurs propres projets. Les discussions sur le timing ne doivent pas éclipser les questions de fond: l'initiative contre l'intégrisme religieux entend lutter contre le communautarisme en mettant un terme aux exigences apparemment sans fin de la frange la plus revendicative de la communauté musulmane, car il faut bien appeler un chat un chat.

Problème, comme se plaisent à le relever tant la Conseillère d’État sortante Béatrice Métraux que l'éditorialiste Patrick Chuard dans les colonnes de 24 Heures, la reconnaissance comme institution d’intérêt public ne donne déjà aucun droit particulier aux communautés reconnues et à leurs membres. Il manque un fil pour boucler le circuit. L'initiative serait donc "un texte qui fait crac et qui fait pschitt", se réjouit par anticipation M. Chuard.

Ce n'est hélas pas si simple. La loi pour la reconnaissance des communautés religieuse élaborée en 2007 (LRCR) a été autant travaillée par le Grand Conseil que le Conseil d’État avec pour objectif de permettre à terme la reconnaissance de l'islam comme communauté religieuse dans le canton de Vaud. À cet effet, les contraintes imposées à la communauté candidate n'en sont quasiment pas: elles ont été autant que possibles assouplies pour les rendre "islamo-compatibles". On notera par exemple qu'il n'est pas question de reconnaître l'égalité de droit entre les hommes et les femmes, mais simplement d'interdire "toute forme de discrimination" entre eux, ce qui n'est pas vraiment la même chose. De même, il n'existe aucun paragraphe invitant au respect de la possibilité de devenir athée ou de changer de religion - des crimes punis de mort selon la loi islamique, dès lors qu'ils concernent des musulmans.

La fameuse LRCR a donc été conçue à dessein pour donner l'illusion d'une protection de l'ordre juridique suisse, mais le défend en réalité du bout des lèvres. Malgré tout, les diverses communautés musulmanes du canton n'ont jamais souhaité se lancer dans le processus de reconnaissance car quelques aspects de cette loi light posent encore des problèmes inattendus, comme le rejet du prosélytisme ou l'exigence de transparence financière.

Mais pourquoi s'imposer ces contraintes, en fin de compte? Pour l'heure, comme le montrent assez régulièrement des exemples relevés dans la presse, le communautarisme musulman a le vent en poupe sans même qu'il soit besoin de le revendiquer d'une "communauté religieuse reconnue d'intérêt public". On peut imaginer qu'en cas de reconnaissance les exigences passeraient assez vite à la vitesse supérieure tant en quantité qu'en intensité - horaires aménagés pour le ramadan, non-mixité des cours, services médicaux différenciés selon le sexe du patient, la liste est infinie.

L'initiative de l'UDC vise donc à briser cette dynamique avant qu'elle ne survienne. L'habileté du texte consiste à laisser telle quelle la LRCR, mais à en limiter les conséquences de façon préventive.

Car la loi des hommes change, et souvent. Les maigres exigences de la LRCR pourraient s'affaiblir à travers une révision, ou les conséquences d'une reconnaissance se voir renforcées. En définissant ses limites au niveau de la Constitution cantonale, l'initiative de l'UDC trace des lignes claires: la reconnaissance religieuse n'est pas la Corne d'Abondance des exigences communautaires.

Si le texte vient à être accepté, la clarification de cet aspect des choses sera salutaire sur le long terme. Un plébiscite enverrait même un signal fort à des autorités toujours trop pressées de céder aux revendications de minorités parfois aussi bruyantes que peu intégrées - et ouvrirait même la porte à une version fédérale du texte.

Mais tout cela n'est que de la musique d'avenir. Pour se concrétiser, l'initiative devra commencer par récolter 12'000 signatures d'ici à mai 2017. Nous verrons déjà largement ce qu'en pensent les Vaudois.

23 août 2016

Réflexions sur le Burkini

Période estivale oblige, le burkini est devenu le sujet de l'été. Ce vêtement, inventé il y a dix ans par une Australienne d'origine libanaise, a été prévu dès le départ "avec pour objectif de permettre aux musulmanes de profiter de la plage tout en respectant les préceptes de leur religion."

On notera comme d'habitude le joli double-discours qui, sous couvert de liberté, culpabilise des musulmanes en simple maillot de bain comme de mauvaises musulmanes. Nous sommes régulièrement spectateurs des mêmes manœuvres quant au port du voile.

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Mais dans la France meurtrie par les attentats de cette année et de ceux de l'an dernier (sans parler des prochains) cette ostensible démonstration religieuse sur le sable des plages ne passe plus. Loin d'abriter le corps des femmes du "regard concupiscent des hommes", le burkini attise les passions, parfois violemment.

Il faut dire que la démarche est aux antipodes de toute discrétion. Elle s'apparente au contraire à une énième revendication imposant l'islam dans de nouveaux espaces. Les familles dont les femmes portent le burkini ne font pas profil bas, mais revendiquent, marquent leur différence, s'approprient le domaine public.

Le burkini indique la couleur du drapeau.

Sisco-Story

C'est bien par cette appropriation, et non par un burkini, que démarra la rixe de Sisco en Corse. Comme l'expliqua ultérieurement le procureur de Bastia, Nicolas Bessone, l'affrontement procédait plus d'une "logique de caïdat" où des musulmans tentèrent carrément de s'emparer d'une plage pour leur usage propre:

"Il est établi comme évidence qu'à l'origine des incidents se trouvent les membres de la famille maghrébine qui ont manifesté une volonté de privatiser la plage et ont provoqué des incidents avec des personnes présentes, sous la forme d'insultes, de menaces et de jets de pierres."

 
Les journalistes s'engouffrèrent aussitôt dans la brèche: le burkini n'était pas directement responsable! Tout allait bien! Corse-Matin tenta de faire retomber le soufflé, mais rien n'y fit. Le malaise subsiste. Les gens saisissent très bien que la situation leur échappe. Le burkini n'est que le dernier symptôme en date d'un phénomène plus vaste.

france,islam,prosélytisme,guerre civileA Sisco, les Corses ne se firent pas prier - les familles musulmanes tentant une OPA hostile sur les plages de l'Île de Beauté trouvèrent sur leur chemin de nombreux jeunes du village et leurs familles, impliquant plusieurs dizaines de personnes dans une bagarre généralisée qui conduisit plusieurs blessés à l'hôpital et trois voitures à finir incendiées.

Aujourd'hui encore les détails de l'affaire restent flous, les témoignages contradictoires. Mais le déroulement exact des faits à Sisco n'a plus guère d'importance. L'onde de choc s'est propagée. Diverses communes ont lancé des arrêtés municipaux visant à bannir le burkini, avant peut-être une loi qui l'interdirait sur tout le territoire français.

Le burkini, l'islamisme en vacances

Le sujet ayant dépassé le fait divers pour devenir un thème politique, le débat s'engage. Faut-il interdire le burkini? Des esprits à la naïveté calculée proclament que non, invoquant un simple vêtement inoffensif. D'autres rappellent que les femmes portaient il y a un siècle des tenues de bain bien proches du fameux burkini - mais se défendent par ailleurs de prôner un retour à la condition féminine de l'époque.

La myopie volontaire a ses limites. Le burkini n'est pas un équipement sportif comme une tenue de plongée, ni une mode. C'est un vêtement religieux, adopté par une frange revendicative de la population musulmane. Le besoin de légiférer sur le burkini existe parce que le burkini apparaît. La marque du communautarisme est d'obliger à légiférer sur des comportements qui relevaient auparavant de l'évidence. La judiciarisation des rapports sociaux jusque sur une plage traduit la désintégration de la société en communautés antagonistes. Elles ne peuvent plus coexister pacifiquement que sous la férule d'un État régissant par voie légale leurs interactions.

En amenant le débat dans le domaine législatif, le risque est le même que pour le voile intégral: que l'interdiction ne se répercute pas sur le terrain. Que les baigneuses en burkini ne se fassent pas amender, et si elles le sont, qu'elles puissent rester en burkini sur la plage après coup. Comme pour toutes ces musulmanes en burqa sur le territoire de la République Française où pareille tenue est théoriquement interdite, ces lois ne servent plus que comme indicateur du recul de l'autorité de l'État sur son propre territoire.

Des juges livrent (enfin) une analyse correcte

Amenés à se prononcer sur la validité d'un arrêté municipal contesté par les protestataires habituels - "Ligue des droits de l'homme" et "Collectif contre l'islamophobie en France" - les juges du tribunal administratif de Nice validèrent ce lundi l'interdiction des burkinis, déboutant les plaignants.

Cette première victoire est assortie d'une seconde, car non seulement le burkini est interdit, mais son sens a été correctement interprété par les hommes de loi. Foin de prétendue sécurité ou du besoin d'identifier les gens pour lutter contre le terrorisme (cagoules, cache-nez, burqa, même combat!) les juges appellent un chat un chat:

Le tribunal administratif a estimé lundi que ce vêtement de bain féminin couvrant le corps et la tête était « de nature à porter à atteinte aux convictions ou l'absence de convictions religieuses des autres usagers de la plage » et pourrait « être ressenti comme une défiance ou une provocation exacerbant les tensions ressenties par la population (...)».

 
La conclusion est toute aussi directe:

« Quelle que soit la religion ou la croyance concernée les plages ne constituent pas un lieu adéquat pour exprimer de façon ostentatoire ses convictions religieuses. »


Rares sont les décisions de justice aussi limpides, en particulier lorsque l'islam est concerné. L'introduction du qualificatif d'ostentatoire est évidemment clé, et pourrait ouvrir tout un pan de jurisprudence permettant - avec la force adéquate - de mettre un terme à de nombreuses dérives ailleurs qu'à la plage, comme les prières de rue.

La laïcité française sera-t-elle un jour employée autrement que contre les catholiques?

Trop peu, trop tard?

La législation éventuelle sur le burkini sera peut-être un caillou symbolique sur le chemin de la radicalisation islamique en France, mais ne suffira évidemment pas à l'arrêter. En Corse, les esprits ne cessent de s'échauffer, comme en témoigne une vidéo qui fait le buzz sur Facebook:

Si ce ne sont là que des paroles - vindicatives certes - elles se rajoutent à de nombreux épisodes parfaitement concrets qui témoignent de la tension là-bas entre les autochtones et les musulmans qui auraient la mauvaise idée de la ramener un peu trop.

Frédéric Saint Clair livre dans les colonnes du Figaro une analyse virant au lyrique lorsqu'il parle de la Corse:

[La] Corse est l'âme de la France. En quel sens? Elle est le lieu où son esprit nationaliste et conservateur est demeuré intact. Elle est, en actes, ce que le reste du pays n'est qu'en pensée et en parole. Elle est la jeunesse de la France, sa fougue, sa folie, cette partie de soi-même que l'on sait devoir dompter, c'est à dire soumettre à la raison, sans pourtant se décider à le faire, peut-être à cause du bon sens qui émane bien souvent de cette folie, et dont notre raison moderne semble cruellement dépourvue.


Admiratif de la Corse "image exaltée d'une France fatiguée", il oublie que l'île endure une proportion de population musulmane trois fois plus élevée que sur le continent. L'irritation semble donc suivre le pourcentage, et plutôt qu'un témoignage de la vigueur de la Corse, nous pourrions simplement être en train de contempler notre propre avenir.

Entre une minorité musulmane revendicative, des habitants échaudés et un État encore plus faible que sur le reste du territoire français, la Corse semble une poudrière quasiment hors de contrôle. Si une guerre civile éclate un jour entre musulmans et infidèles en Europe occidentale, il se pourrait bien que l'Île de Beauté soit le théâtre des premières batailles.

Mise à jour (26 août): sans grande surprise, la décision du tribunal administratif de Nice a été cassée par le Conseil d’État: "La plus haute juridiction administrative a estimé que toute interdiction de ces tenues de bain islamiques très couvrantes devait s'appuyer sur des «risques avérés» pour l'ordre public."