28 novembre 2015

D'abord la crèche, ensuite le reste

La ville de Neuchâtel a réussi à faire parler d'elle aujourd'hui en choisissant de retirer une crèche de Noël disposée sous le sapin officiel de la ville. La décision pour le moins controversée des autorités suscite une avalanche de critiques. La section des jeunes UDC du canton a décidé de lancer une pétition.

L'information est révélée dans L'Express et reprise dans Le Matin, où il trônait ce vendredi au sommet du classement des articles les plus lus. Visiblement, le sujet interpelle.

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La crèche, remisée loin des regards.

D'emblée, il faut écarter tout malentendu: la décision n'a rien à voir avec l'art. La crèche en question, sculptée à la tronçonneuse, est d'une esthétique qui plaira ou non, mais là n'est pas l'important. Elle garde une force symbolique à l'approche des fêtes de fin d'année et c'est précisément pour cette raison que le Conseil Communal de la ville (l'équivalent de la Municipalité en terres vaudoises, c'est-à-dire l'exécutif, composé de cinq personnes à Neuchâtel) a décidé de l'enlever. Pour quelle raison? La réponse, hallucinante, tient en une phrase:

"Le Conseil communal ne veut pas être associé à une croyance."


La justification est limpide, assumée, et absurde. "C'est le sapin de toutes et tous, de tous les citoyens, laïcs comme croyants", précise le conseiller communal Olivier Arni à un journaliste. Est-il besoin de préciser à ce stade que le chef-lieu cantonal a à sa tête deux socialistes, deux libéraux-radicaux et une verte? Les habitants de la ville auront beau pétitionner jusqu'à ce que leurs stylos soient à court d'encre, ils ont les autorités qu'ils méritent. En outre, à ce stade, il faut rappeler que la participation aux élections communales tournait autour de 30%.

Le sapin de Noël de tous les laïcs?! Les réactions ironiques ne manquent pas - il faudrait être sérieusement atteint, à peu près comme le sont les élus neuchâtelois, pour tout dire, pour imaginer qu'un sapin de Noël sans crèche n'évoque plus la fête chrétienne de la Nativité du Christ. Nous verrons si l'agitation populaire, en cette période de fêtes et de sourdes menaces, parviendra à faire revenir à la raison des politiciens coupés de la réalité.

La superficialité d'une certaine classe politique est sans limite. Incapables de dissocier les sentiments de la pratique, ils s'imaginent que parce qu'on ne va plus à la messe le dimanche on a renié sa culture chrétienne, son héritage culturel et ses racines ; qu'on acceptera qu'une église devienne un HLM, ou que Noël soit ramené au plus petit dénominateur d'une fête commerciale où les cadeaux changent de mains sans aucune explication.

Pourtant, cette anecdote porte moins sur la "laïcisation" à marche forcée de Noël que sur la veulerie des autorités politiques. La presse ne fait aucune mention de plaintes contre la célébration de Noël, si bien que la décision de retirer la crèche sculptée semble issue de l'exécutif lui-même. Nous assisterions donc à une démarche préventive destinée à éviter non pas un conflit, mais l'idée même d'un conflit.

A mi-chemin entre peur et veulerie, les autorités neuchâteloises incarnent ici un nouveau stade dans l'aplaventrisme des élites face aux éléments allogènes d'une société. Ce n'est même plus une capitulation en rase campagne, c'est carrément la reddition à l'idée même que quelqu'un, quelque part, puisse éprouver une vague hostilité. Désormais, la population locale "se mobilise" avec des messages sur la place en question. Il serait temps.

Tout doit être fait - et tout est fait - pour s'épargner l'opprobre de gens qui pourraient, éventuellement, être vexés ou vaguement revendicatifs face à la célébration d'une fête chrétienne. Le musulman de passage? Le laïcard de combat? L'athée intolérant? Tous sont apparemment dignes de la plus haute considération. Seuls ont le droit d'être méprisés les autochtones de culture chrétienne, envers lesquels on peut tout se permettre.

Les concessions de ce genre sont sans limites. Après tout, personne n'a vraiment besoin d'une crèche sous un sapin de Noël, n'est-ce pas? Mais le problème de ces reculades est qu'elles ne s'arrêtent jamais. La petite pierre qui dévale la colline a tôt fait de devenir une avalanche.

On retire les crèches de Noël, on réécrit l'hymne national pour y supprimer les références religieuses, et ainsi de suite. Cela s'arrêtera-t-il?

13 juillet 2010

Berne libère Polanski

Ca y est, le réalisateur amateur de petites filles est libre, il ne sera pas extradé aux Etats-Unis. Les pédophiles peuvent respirer, pourvu qu'ils soient célèbres.

Je me suis exprimé sur le sujet alors qu'il venait d'être assigné à résidence dans son confortable châlet de Gstaad, mais à l'époque je n'imaginais pas que la Conseillère Fédérale en charge de la Justice, Eveline Widmer-Schlumpf, oserait repousser la demande d'extradition déposée par la justice américaine.

204452ZT_polanski.jpgLa libération de Roman Polanski est le résultat d'une volonté politique. Mme Widmer-Schlumpf s'en cache à peine: le vice de forme invoqué pour refuser de donner suite à la demande d'extradition est un prétexte déniché dans ce but. En d'autres termes, la Conseillère Fédérale a estimé que Roman Polanski ne devrait pas être extradé, et a ensuite fait travailler des juristes pour donner forme à ce résultat. La ribambelle d'excuses auxquelles la ministre fait appel pour soutenir sa décision trahit sa démarche. Elle invoque ainsi un obscur compte-rendu d'audience à huis-clos absent du dossier, l'hypothèse que les 42 jours de prison effectués par le réalisateur aux Etats-Unis représenteraient l'intégralité de sa peine, voire le fait qu'il était "bien intégré" en Suisse et ne s'attendait pas à son arrestation... N'en jetez plus, la coupe est pleine!

Une seule excuse aurait suffit - pour peu qu'elle soit solide.

Sans surprise, la presse américaine exprime sa colère alors que, selon le Temps, la presse suisse est divisée (disons, en gros, enthousiaste pour la presse romande et circonspecte pour la presse alémanique.) Le retentissement de cette affaire est à la hauteur de la célébrité du protagoniste.

Nombreux sont les Suisses qui se réjouissent de cette issue en queue de poisson, pour des raisons secondaires ou stupides: emm... les Américains et leurs attaques contre le secret bancaire helvétique; ramener le calme dans une Suisse trop exposée au feu des projecteurs; ou encore, espérer que le pays redorera son blason (!) en penchant du côté du milieu culturel et cinématographique européen, engagé à fond derrière le réalisateur. Heureusement, il y a des façons plus pertinentes d'aborder le dossier.

L'affaire Polanski renvoie à des notions fondamentales de la justice: la présomption d'innocence, l'égalité devant la loi, la prescription et l'extradition.

Nous avons ici l'essence même d'un thriller comme les aime Hollywood: d'un côté le prestige, la célébrité, le glamour; de l'autre, l'innocence bafouée, la fillette salie et exposée - puis, devenue femme, corrompue, lorsque Roman Polanski met un terme au procès civil en 1994 en lui versant 225'000 dollars. Nous avons une cavale sans fin. Nous avons des politiciens qui se rangent du côté du coupable, des médias prenant fait et cause pour le riche et le puissant. Et de l'autre côté, des générations de procureurs opiniâtres et implacables dont l'intégrité est sans cesse questionnée, affrontant sans relâche la bureaucratie de la justice internationale où un criminel est ressortissant Français avant d'être un criminel...

Et, pirouette finale, la remise en liberté de Roman Polanski par une Suisse qui a elle-même voté en 2008 l'imprescriptibilité des actes pédophiles!

Certes, Roman Polanski est poursuivi aux Etats-Unis, pas en Suisse. Mais invoquer sa remise en liberté au nom de la présomption d'innocence tombe à plat pour un fugitif - d'autant plus qu'il plaida coupable en 1977. Pour qu'il y ait réhabilitation, il faut un procès. Il n'a pas eu lieu et n'aura pas lieu.

Reste, finalement, ce crime fondamental et intemporel: une fille de 13 ans attirée par un prédateur sexuel dans un guet-apens soigneusement planifié - la luxueuse villa de Jack Nicholson sur les collines d'Hollywood où elle sera saoûlée, droguée à la méthaqualone, et finalement sodomisée par un homme de trente ans son aîné.

Ils sont si nombreux à pardonner ces actes abjects aujourd'hui... Leur bienveillance, si elle est sincère, a quelque chose d'effrayant.

Le mot de la fin revient sans doute au Landbote, s'interrogeant sur le traitement médiatique et judiciaire que cette demande d'extradition aurait suscité "si Polanski avait été un prêtre catholique coupable d'avoir commis un abus sexuel il y a 33 ans". La question mérite d'être posée, en effet.

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