07 avril 2017

Le sens de l'intégration

Une lectrice m'écrit:

Aujourd’hui, je reçois cette circulaire envoyée à tous les propriétaires d’immeuble sur la Commune [de Lausanne].

Elle est accompagnée d’un dossier complet indiquant qu’en sus de cours gratuits, aimablement dispensés aux services de conciergerie, qui expliquent comment comprendre et s’adapter aux différences de culture et de religion pour éviter des conflits entre voisins et ou concierges.

On y apprend qu’il revient en réalité aux autres de faire l’effort d’adaptation envers la population migrante et non le contraire, enfin tout ceci dans le style habituel de bien-pensance, de multiculturalité et de vivre-ensemble.

Je suppose que là encore, cette opération est financée par les deniers des contribuables et je remarque qu’une des signataires de ce courrier porte le même patronyme qu’une célèbre politicienne du canton actuellement en campagne. Serait-elle apparentée à la même famille?


Madame, vous avez raison sur toute la ligne. Bravo pour votre clairvoyance.

La circulaire émane de la commune de Lausanne, plus précisément du BLI, le Bureau Lausannois pour les Immigrés. Le nom de l'officine annonce la couleur: Suisses, passez votre chemin. Le BLI est dirigé par Gabriela Amarelle. Elle est bien la sœur de la célèbre Cesla Amarelle, Uruguayenne d'origine et en route pour le Conseil d'État vaudois. Gabriela est Déléguée à l'intégration à la ville de Lausanne depuis 2007. Disposant d'une licence en lettres, administration publique à l'IDEAP et droits humains à l'Université de Genève, elle aura su profiter des perspectives de formation offertes par la Suisse. Depuis elle aura habilement mené sa barque dans les méandres de l'administration publique et travaille comme sa sœur à l'accueil des étrangers de tous horizons - une tradition familiale, en quelque sorte.

Revenons au BLI. Fondé en 1971 - Lausanne sait lancer les tendances - il se définit comme une "plate-forme d'information et un centre de compétences dans le domaine de l'intégration et de la prévention du racisme". Il emploie 9 collaborateurs et se fait fort de traduire certaines publications en albanais, allemand, anglais, bosniaque, espagnol, français, italien, portugais, russe, somali et tamoul.

Parmi ses nombreuses publications et programmes il lance donc une formation pour les concierges, pour leur inculquer le nouveau rôle de "médiateur culturel", c'est-à-dire "savoir naviguer entre les différentes cultures", en faisant l'acquisition "des connaissances sur les principales dimensions de la communication interculturelle." Derrière ce salmigondis de novlangue la réalité est des plus crues: les immeubles remplis de multiculturalisme sont à deux doigts d'exploser et les concierges sont en première ligne.

lausanne,immigration
Pour Lausanne, les concierges sont des mollusques à six bras.
Comment ne pas se sentir valorisé par cette représentation?

Renens subit la même tendance, et met au point le même programme de formation aux concierges. Il n'y a qu'à reprendre l'abondante documentation lausannoise.

En quoi consiste ce programme? Simplement à s'éveiller à la "communication interculturelle". Ne pas s'adresser directement à une porteuse de burqa, par exemple, mais seulement à son mari, qui transmettra. Tolérer en soupirant que les locataires des étages balancent directement leurs déchets par la fenêtre aux abords de l'immeuble. Ramasser les ordures s'entassant dans le local à poubelles dans le premier conteneur venu, laissant le tri à des civilisations plus évoluées. Nettoyer urine et excréments laissés dans les cages d'escalier. En d'autres termes, apprendre aux concierges à être les esclaves silencieux et dociles de la population enrichissante de leur immeuble sans péter les plomb - au nom du "multiculturalisme". Qu'il est beau le métier de médiateur culturel!

Bizarrement, la profession de concierge attire moins les vocations.

Il y a quelque chose de symbolique de l'effondrement de notre société à ramener le problème de populations allogènes peu désireuses de se conformer au mode de vie local à une simple question d'entretien des parties communes. Un mélange de veulerie, de bêtise et d'aveuglement volontaire, dont le seul résultat sera de retarder, un peu, l'inéluctable explosion.

Bien sûr, il est parfaitement injuste - et même franchement inique - de faire porter le chapeau aux concierges à travers des formations-alibi, alors qu'en fait ils sont les premières victimes de cette situation. Mais c'est assez typique du mode de pensée du BLI. Au détour des 36 pages d'une de ses nombreuses publications, on y lit une des principales approches de l'intégration: elle "repose sur un idéal de convergence entre migrants et non-migrants au niveau des pratiques, des normes et des valeurs." Autrement dit, les autochtones doivent faire des concessions jusqu'à ce qu'une entente commune soit trouvée. Vous pensiez naïvement que seuls les immigrés étaient concernés par l'intégration? Oh que non!

Nul doute que devant de tels besoins les formations à la "communication interculturelle" devront s'étendre à de nombreuses autres catégories professionnelles, puis à la population toute entière. Ne vous inquiétez pas, la rééducation est en marche.

02 novembre 2012

Refroidir les nuits lausannoises

Après des années de dégradation de la vie nocturne, virant par moment aux émeutes urbaines, la Municipalité de Lausanne ne peut plus se retrancher derrière les prétextes habituels de "sentiment d'insécurité" et autres "actes isolés".

Tour_Bel'Air_la_nuit_Lausanne.jpgIl y a trois jours, Grégoire Junod et Marc Vuilleumier, les municipaux en charge de la sécurité (le premier étant le remplaçant du second, démissionnaire) ont donc présenté un train de mesure pour essayer de reprendre la main sur une scène nocturne de plus en plus hors de contrôle.

Si la volonté nouvelle de la Municipalité lausannoise de reconnaître le problème mérite d'être saluée - c'est déjà une révolution - les résultats ne seront pas au rendez-vous. Ce verdict sévère ne vient pas d'un pur esprit partisan, mais simplement de l'examen critique des mesures proposées et de leurs conséquences, voulues et inattendues.

Faisons un petit tour d'horizon de la vie nocturne lausannoise version 2.0.

Moins d'établissements. Comme l'explique Marc Vuilleumier dans 24Heures, "[un certain nombre d'établissements] ne devraient ne pas obtenir de prolongation de leurs horaires d'ouverture, et à terme se voir refuser leur autorisation d'exploiter en raison de leur manque de professionnalisme." Le manque de professionnalisme se définit ici soit comme l'incapacité de gérer l'ivresse des clients une fois qu'ils ont quitté l'établissement (c'est-à-dire lorsqu'ils ne relèvent plus de ces derniers), soit comme l'incapacité de résister aux nouvelles taxes que la Ville entend déployer pour façonner le nouveau paysage nocturne. On reste pantois devant une telle inversion des responsabilités... Évidemment, les gérants de clubs et de bars sont contre.

  • Conséquences: victimes de la "qualité sur la quantité", les fêtards seront plus nombreux à faire la queue et à provoquer des échauffourées devant les établissements restants. Les clubs survivants pourront monter encore leurs prix, entraînant plus de clients potentiels à consommer de l'alcool chez eux ou sur la voie publique avant de s'y rendre.
  • Résultat prévisible: aggravation des troubles.

Restreindre les heures d'ouverture. L'idée est de forcer la fermeture des clubs à 3h plutôt que 4h, dans l'espoir de forcer les clients à rentrer chez eux plutôt qu'à errer dans les rues, avinés et excités. Ce n'est pas une mesure absurde à la base, mais elle le devient dès lors qu'on examine le détail de son application: certains clubs pourront toujours fermer à 4h, voire 5h, pourvu qu'ils s'acquittent de taxes supplémentaires.

  • Conséquences: la restriction, appliquée sans passe-droit, aurait éventuellement un sens si elle survenait suffisamment tôt dans la nuit pour vraiment forcer les clients à rentrer chez eux - genre, 1h ou 2h du matin au maximum (je ne dis pas que c'est ce que je préconise, je me contente juste d'analyser). Ici, au lieu d'attendre le petit matin pendant une heure, les excités nocturnes attendront deux heures, ou chercheront à pénétrer dans les établissements à durée d'ouverture plus longue, desquels ils se feront probablement refouler, ce qui contribuera certainement à les calmer pendant qu'ils attendent le premier bus du matin...
  • Résultat prévisible: aggravation des troubles (et quelques recettes pour la Ville).

Limiter la consommation d'alcool par des restrictions de vente et de consommation dans la rue. Si les gens ne peuvent plus acheter d'alcool, ils n'en boiront plus, n'est-ce pas? D'ailleurs, des boissons alcoolisées à la drogue ou aux cigarettes pour les mineurs, nous avons constamment des exemples du bien-fondé de cette stratégie et de ses résultats.

On sera aussi très étonné d'apprendre que les clubs, où les breuvages se négocient à vil prix comme chacun sait, soutiennent totalement cette mesure!

  • Conséquences: les interdictions ne pouvant être prononcées sur le territoire fédéral, comme aux abords de la gare, l'effet sera quasi-nul. Mais à supposer que l'application ne soit pas théorique, nous verrions alors encore plus de fêtards se lancer dans des before avant d'aller à la fête, ce qui empirera le problème. Quant à la consommation dans les rues, elle se fera comme lors du Botellón quasi-permanent au Champ de Mars à Paris, où les noceurs remplacent avantageusement le contenu des briques de jus de fruits ou de bouteilles de soda par des cocktails de leur invention. Idéal pour consommer sans aucune modération en public tout en donnant le change.

    En haut lieu, croit-on vraiment qu'une interdiction administrative peut empêcher un jeune adulte de se saoûler un vendredi soir?
  • Résultat prévisible: très faible.

Mesures d'éloignement pour les dealers, interdiction des jeux de bonneteau et lutte contre le littering de l'espace public: ces trois règlements relèvent tellement du "n'importe quoi législatif" qu'ils ne méritent pas un paragraphe chacun. Ils symbolisent parfaitement l'interventionnisme débridé de la classe politique, incapable de se concentrer sur le moindre problème sans y adjoindre les vieilles lunes qui lui tiennent à coeur. Je m'étonne presque de ne voir aucune mention du développement durable...

Les dealers (à l'inverse de leurs clients sous influence) ne cherchent normalement pas l'affrontement avec la police, ils veulent juste se livrer à leurs trafics. Malgré une opération médiatique spectaculaire pour flatter les électeurs naïfs il faut admettre la vérité: la Municipalité actuelle de Lausanne est incapable d'identifier, d'arrêter et d'enfermer le moindre dealer - et ce, en plein jour. Comment croire que les mêmes seraient tout d'un coup en mesure de faire respecter de simples interdictions de périmètre en pleine nuit?!

Quant aux autres missions prioritaires comme l'interdiction des jeux de bonneteau (si nombreux à la Palud entre 3h et 5h du matin...) ou la lutte contre les papiers gras, on imagine que la police s'en acquittera sans peine. Elle n'a jamais fait que 17'000 interventions nocturnes en 2011, n'est-ce pas. Les policiers municipaux de piquet la nuit, à la limite du désoeuvrement, pourront de toute évidence rajouter quelques contraventions à l'encontre de malpolis jetant leurs mégots par terre...

Je ne dis pas que les arnaques au bonneteau ou les déchets dans les rues ne sont pas un problème, mais de grâce, ces mesures n'ont rien à voir avec un règlement visant à pacifier la vie nocturne.

  • Conséquences: probablement aucune, ou, au pire, une réduction de l'utilité des service de police la nuit alors qu'ils s'attellent, sans aucune efficacité, à ces missions secondaires.
  • Résultat prévisible: aucun.

Voilà, nous avons fait le tour des "mesures-choc". Aussi vain soit-il, saluons l'effort, c'est une nouveauté. Saluons également l'humilité de MM. Junod et Vuilleumier qui entendent attendre l'été 2013 pour vérifier les effets (faibles, à n'en pas douter) de leur stratégie. D'autres, moins scrupuleux, n'auraient pas hésiter à exploiter le faible taux de troubles en hiver pour proclamer la réussite de leur démarche.

Evidemment, il existe d'autres pistes. La solution pourrait être libérale. Une ouverture nocturne sans restriction d'heure permettrait au flux de client de se répartir au cours du temps. L'augmentation de l'offre réduirait les prix, donnant aux clients l'occasion de boire dans des clubs fermés plutôt que de se saoûler dans la rue, de faire la queue et d'infliger diverses nuisances au voisinage. Davantage de mesures d'accompagnement (taxi, navettes et autres minibus de nuit) permettraient aux fêtards alcoolisés de rentrer chez eux rapidement et en sécurité au lieu d'attendre le petit matin. Mais foin de tout cela. La Municipalité du chef-lieu du canton a décidé de faire à peu près tout dans le mauvais sens. C'est un tour de force.

Normal, nous sommes à Lausanne, capitale vaudoise du dogmatisme. Comment demander de l'ouverture d'esprit à des élus persuadés de détenir une vérité supérieure?

Gageons que les nuits lausannoises ne se refroidiront pas de sitôt.

10 juin 2012

L'arnaque au sac

Ca y est, la Municipalité de Lausanne a dévoilé son projet: une taxe au sac reliée à la... facture d'électricité, une formule "plutôt originale", pour reprendre les termes dithyrambiques du quotidien 24Heures.

Les habitants de Lausanne devront donc s'acquitter de deux francs par sac poubelle pour le ramassage des ordures et payer une nouvelle taxe de 26 centimes par mètre cube de logement, et en "échange", recevront une remise sur les taxes qu'ils payent sur leur électricité. Lausanne ne sera pas perdante dans l'affaire, car comme l'explique 20 minutes:

Ces nouvelles taxes rapporteront à Lausanne l'équivalent de 2,5 points d'impôt, dont environ 2 seront rendus aux habitants sous forme d'une ristourne annuelle de 80 francs sur la facture d'électricité.

 

Alors, heureux?

Tout ça ne donne-t-il pas envie de trier ses déchets? Peut-être répondriez-vous par la négative ; vous auriez bien tort, puisque c'est la finalité de cet assemblage complexe de taxes et de redistribution. En tous cas, officiellement.

6806.L.jpgDepuis des années, le canton de Vaud affronte un serpent de mer: la concrétisation du principe du "pollueur-payeur" inscrit dans la nouvelle constitution de 2002, approuvée dans un grand élan général par une population qui n'avait peut-être pas lu tous les petits caractères. Acquis à la cause par quelque documentaire engagé, quelques-uns pensaient peut-être naïvement que ces termes s'appliquaient aux vilaines entreprises vendant des produits trop emballés à leur goût? Toujours est-il que chacun semble réaliser aujourd'hui, un peu tardivement, que le vilain pollueur-payeur est in fine le consommateur, c'est-à-dire, lui-même.

L'engouement public pour le principe du pollueur-payeur s'est progressivement émoussé alors que la population réalisait petit à petit qui serait le dindon de la farce, mais il est désormais trop tard.

Le canton ayant refusé de légiférer en la matière, la concrétisation du principe revient aux communes, ce qui permet d'observer certains particularismes locaux.

Bien des communes vaudoises ont choisi la taxe au sac, posant de nouveaux défis quant à la tarification du service. En effet, dans le système traditionnel, le ramassage des déchets était payé par l'impôt, le rendant plus ou moins transparent. Mais lorsque chacun paie ses déchets, il est mis en face de ses propres coûts: plus possible de faire financer son train de vie par la collectivité, comme le font un certain pourcentage de contribuables vaudois - qui sont aussi des électeurs.

Quand la taxation écologiste se confronte au clientélisme des politiques de redistribution, bien malin qui peut dire qui va l'emporter...

C'est pour cette raison que certaines communes très à gauche du canton de Vaud (Renens et Lausanne pour ne pas les nommer) étaient attendues au tournant pour cette histoire de taxe au sac, Renens se contentant pour l'essentiel de botter en touche en attendant que sa grande soeur capitale du canton ne montre la voie à suivre.

Le chemin est donc tracé et il est bien tortueux. Dans l'équation impossible ménageant la chèvre et le chou, faire payer aux contribuables le ramassage de leurs déchets sans donner l'impression de nuire aux foyers les plus subventionnés, Lausanne aura donc choisi d'ériger une nouvelle usine à gaz:

  1. Taxer le ramassage des sacs à 2 francs pièce (c'est énorme)
  2. Payer un nouvel impôt, lié au volume des logements (?)
  3. Se voir offrir une subvention sur sa facture d'électricité (?!)

brelaz.jpgLe premier point correspond au fameux principe du pollueur-payeur, on l'a compris. Le deuxième serait "la seule solution possible" selon le syndic Daniel Brélaz pour faire contribuer les entreprises ou les collectivités publiques, argument admis sans démonstration. Le troisième enfin, la main douce, rétrocèderait une partie de l'argent collecté aux points 1 et 2 aux familles du canton, pour peu qu'elles n'habitent pas un logement trop volumineux...

On l'aura compris, Lausanne s'est tenue très loin du seul système lisible - baisser les impôts communaux, faire payer au sac, et basta.

Du reste, pas besoin d'être devin non plus pour comprendre que la capitale du canton ne perdra pas d'argent avec le nouveau mode de calcul, loin s'en faut. Non seulement les impôts augmenteront davantage que ce qui sera rétrocédé aux habitants, mais en plus, on peut imaginer qu'avec l'avalanche de nouvelles taxes frappant régulièrement la consommation d'électricité au nom de tel ou tel prétexte écologique, la subvention sera bien vite réduite noyée dans de nouveaux prélèvements "compensatoires".

D'ailleurs, n'est-il pas contre-intuitif de faire payer le ramassage des ordures et de faire un cadeau sur l'électricité? En ces temps troublés où 40% de l'électricité produite en Suisse est d'origine nucléaire et où l'administration envisage de construire de nouvelles centrales à gaz, la subvention s'apparente à une autorisation à consommer davantage, un comble! La conscience écologique des plus sensibles en est ébranlée...

La manoeuvre réussira-t-elle? Les Vaudois ont pris l'étonnante habitude de payer en silence sans rien changer à leurs positions électorales. Ils paient pour le ramassage des déchets, une taxe pour l'efficacité énergétique et le développement durable dans leur facture d'électricité, doivent désormais emmener eux-mêmes et à leurs frais les déchets encombrant aux déchetteries, tout ça pour qu'une usine d'incinération Tridel surdimensionnée brûle leurs ordures et revende l'énergie produite avec de juteux bénéfices. C'est à se demander à quoi servent encore les impôts.

Pourtant, malgré toutes les manipulations, chacun se retrouvera au quotidien à payer deux francs pour chaque sac poubelle ramassé. Semaine après semaine, mois après mois, année après année. Certains essayeront de limiter leur production de déchet, dans des proportions dérisoires au vu de l'effort consenti. D'autres en revanche, verront ces taxes comme une piqûre de rappel sur la fiscalité et en garderont une irritation régulièrement renouvelée, qui pourrait coûter électoralement fort cher aux architectes de la taxe au sac.

Ces gens-là ont oublié un principe fondamental: aucun impôt n'est ressenti plus douloureusement que celui dont on doit s'acquitter jour après jour.

01 juin 2012

Nuits brutales à Lausanne

"J'ai failli y rester". C'est par ces mots qu'un policier décrit les scènes de guérilla urbaine qui émaillent les nuits lausannoises:

«Ça courait dans tous les sens. Mais à deux contre plusieurs dizaines nous ne pouvions interpeller personne.» Les bagarres reprennent de plus belle, et sur plusieurs fronts. «Des groupes de 5 à 10, de-ci, de-là. Un à notre droite, rue des Terreaux, l’autre à notre gauche, terrasse Jean-Monnet. Lequel choisir?»

 

876380P_escalier.jpgTrente-six policiers face à des émeutiers par dizaines. Des jets de bouteilles et des armes d'autodéfense chez les agitateurs. Des balles en caoutchouc tirées par les forces de l'ordre. "Je ne comprends pas pourquoi ces jeunes nous en veulent" admet le policier. Cela n'a pas d'importance. Les agresseurs, eux, le savent, et ça leur suffit. Les affrontements ne donnent lieu à aucune arrestation, ce qui renforce encore le sentiment d'impunité des agresseurs. "On voit une bouteille qui part de la foule mais on ne voit pas le bras qui la lance. Et encore moins l’individu qui est dessous" ajoute-t-il.

Jean-Philippe Pittet, porte-parole de la police, confirme: "C'est le triple effet du groupe, de l'alcool et de l'anonymat."

L'altercation n'a rien d'exceptionnel. D'autres affrontements similaires ont fait les titres de la presse ces dernières semaines, avec le retour des beaux jours.

Depuis l'abolition de la clause du besoin, un grand nombre de boîtes de nuits a vu le jour à Lausanne, au point de faire de la capitale vaudoise un centre d'activités nocturnes. La ville comporte 40 établissements susceptibles de rester ouverts jusqu’à 5h. Mais la sale ambiance régnant dans les rues à la fin de la nuit refroidit même les fêtards. Comme l'expliquent deux jeunes interviewés par Lausanne Cités:

Lausanne, on adore y venir pour faire la fête, aller de bar en bar et finir en boîte de nuit entre amis. Mais, avec toutes ces bagarres et ces débordements, on réfléchit avant de venir. Quand on n'opte pas pour une soirée à Vevey ou Fribourg, on sort en groupe et on évite de discuter avec d'autres car, l'alcool aidant, cela débouche souvent sur des malentendus, des provocations voire des injures.

 

Les autorités ont bien essayé de réagir en instaurant "l'heure blanche", une période entre 5h et 6h30 du matin où les commerces ont interdiction de vendre de l'alcool. D'autres essayent d'étendre cette interdiction à tous les commerces après 22h - hormis les boîtes de nuit, où le prix des cocktails est déjà un puissant dissuasif.

Ces mesures pourraient-elles fonctionner? Ce n'est pas sûr. Une récente étude du psychologue Emmanuel Kuntsch et son équipe d'Addiction Suisse, à Lausanne, montre que les jeunes adultes boivent plus que ce que l'on pensait - et que ce qu'ils affirment - à cause de "l'apéro avant de sortir". Le concept revient à boire chez soi, en privé, avant de se rendre dans des établissements à l'extérieur. Mais le résultat n'est de loin pas au rendez-vous.

Les jeunes adultes sont nombreux à pratiquer l'"apéro avant de sortir": ils achètent au supermarché de l'alcool, qu'ils boivent ensuite en privé ou dans les lieux publics, avant de se rendre dans un club où l'alcool est nettement plus cher. Mais cette pratique n'entraîne pas chez les jeunes une réduction de leur consommation d'alcool pendant le reste de la soirée, au contraire: la consommation d'alcool était deux fois plus importante que d'habitude lors des soirées où les participants avaient commencé par un tel "apéro".

 

Voilà qui jette un froid sur les pistes de travail visant à restreindre le commerce d'alcool à certaines heures, préconisée par la gauche locale. Nombre des individus visés par la mesure se contenteront de boire chez eux, partiront en ville déjà éméchés, et ne réduiront en rien leur consommation - ni leur violence.

Ces émeutes régulières et l'incapacité des autorités lausannoises à y faire face est peut-être simplement la marque de l'échec d'une vie nocturne planifiée d'en haut?

Les règlementations de Lausanne ont évoluées à de nombreuses reprises. L'heure de fermeture des clubs a été progressivement repoussée, jusqu'à cinq heures du matin aujourd'hui. Résultat, des dizaines d'établissements ferment plus ou moins au même moment, jetant dehors des centaines de clients éméchés et coupés de la réalité. Incapables de renter chez eux par leurs propres moyens, ils errent en ville en attendant les trains et transports en commun du petit matin.

Tout est donc prêt pour une explosion à la moindre étincelle. La foule, l'alcool, l'attente. Et ce n'est pas le retour d'un un article du règlement de police qui permettrait d'intervenir contre les fêtards en état d'ivresse sur la voie publique qui contribuera à calmer les aubes lausannoises.

Serait-il possible de faire mieux en s'inspirant de ce qui a été fait ailleurs?

nightlife4-zurich.jpgZurich n'est pas réputée pour ses affrontements nocturnes. La ville a pourtant la plus forte densité de boîtes de nuit en Suisse. Et quand les publicités pour la "métropole européenne de la fête" affirment que la ville sur les rives de la Limmat ne dort jamais, ce n'est pas qu'une vue de l'esprit: la réglementation zurichoise est infiniment plus libérale que celle qui étrangle Lausanne. Les gens peuvent faire la fête jusqu'à point d'heure. La latitude laissée aux établissements nocturnes fait tout simplement disparaître un grand nombre de problèmes.

Pour commencer, tous les clubs ne ferment pas au même moment: l'effet "heure de pointe" est évité. La continuité entre les clubs et les afters garantit que les fêtards auront toujours un endroit où s'abriter en attendant le bus ou le taxi qui les ramènera chez eux. De plus, l'extension des horaires rend caduque tout comportement visant à s'accrocher exagérément à la piste de danse jusqu'à la fermeture: si on peut comprendre les gens souhaitant rester jusqu'à la fin si celle-ci a lieu à trois, quatre ou cinq heures du matin, le défi perd toute signification si la fête se poursuit théoriquement jusqu'à midi, ou si on peut lsa continuer dans un autre établissement. Même le plus acharné des fêtards devra simplement regagner son domicile à un moment donné. C'est d'autant mieux s'ils prennent chacun cette décision à des moments différents.

Suivant l'exemple de Zurich, la libéralisation des horaires et la légalisation des afters permettrait d'éviter bien des débordements liés à l'arrivée simultanée de centaines de noctambules désoeuvrés, éméchés et excités à cinq heures du matin sur les pavés lausannois. Mais reproduire cette approche dans la capitale vaudoise impliquerait l'abandon de l'attitude dirigiste des autorités locales sur la question, ce qui est sans doute trop leur demander.

Dommage pour les innocents pris dans les émeutes et les jets de bouteilles vides au petit matin.

25 février 2011

C'est pour votre bien

Le parlement du Canton de Vaud l'a refusé, le Conseil Communal de la ville de Lausanne l'a fait: les enfants déjeunant dans les réfectoires scolaires appartenant à la commune seront privés de viande et de poisson un jour par semaine. La Municipalité doit encore se pencher sur la question mais compte tenu de son orientation politique, ce sera une formalité.

Défaussons d'un revers de la main toutes les arguments à côté de la plaque en faveur ou en défaveur d'une telle décision, des questions nutritionnelles à l'aspect financier en passant par l'effet sur les importations de viande, parce qu'ils n'ont aucune importance.

Passons outre les absurdités liées à la nouvelle situation, du gamin constamment privé de viande parce qu'il ne vient à la cantine qu'une fois par semaine, le jour maudit; passons les parents et enfants guettant le planning pour savoir quand aller au McDonald's, si par hasard les autorités tentent de surprendre le chaland en déplaçant le jour de l'idéologie d'une semaine à l'autre.

Cherchons plutôt le symbole, puisque c'était paraît-il la démarche.

Eh bien, je peux le dire, le symbole est spectaculaire: nous avons découvert, à cette occasion, de petits apprentis du totalitarisme qui ne reculeront devant rien pour enfoncer - littéralement - leur conception du bonheur dans la gorge d'autrui. Que ne ferait-on pas pour modeler "la société de demain"! Et ils en sont fiers. 48 oui contre 22 non et 10 abstentions, le tout mené par les Verts et A Gauche toute!, dont la convergence politique ne surprendra que modérément.

tofu.jpgOh, bien sûr, point n'est besoin de rappeler les heures sombres de l'histoire, c'est de totalitarisme mou dont il s'agit. Personne n'est mort, il n'y a pas encore de rééducation par le travail en laogaï citoyen éco-responsable.

Mais qu'on se penche deux secondes sur la démarche intellectuelle de gens qui vont jusqu'à légiférer sur ce que doivent manger les autres, au nom de motifs idéologiques avoués. Pas leurs enfants, bien entendu; les enfants des autres. Les enfants dont la collectivité a la charge à travers un service de cantine.

Ils ne choisissent plus d'éduquer les enfants avec de jolies images et des slogans creux pour les inciter à se priver. Ils ne vont pas leur proposer une tofu-party à laquelle les bambins pourront participer ou non, essayant de faire passer leur alter-nourriture sous un jour vaguement sympathique. Ca c'était l'activisme d'hier, celui qui essayait encore d'avoir un visage séduisant.

Lassés sans doute d'une utopie à petits pas qui a montré ses limites, ces gens passent à la vitesse supérieure. Quand le projet ne convainc pas on ne va pas renoncer, on va se montrer un tout petit peu plus pressant. Le gentil militant qui essayait de vous vendre son vivrensemble va se montrer un poil plus agressif; il aura toujours son air avenant, mais il vous tient le poignet et commence à vous tordre le bras.

Le sourire se transforme peu à peu en rictus.

Le message cool et sympa ne suscite pas l'adhésion? Vous aimez trop la viande et le poisson les enfants? Alors, on va vous l'interdire. On ne va pas proposer d'autres plats, on va supprimer toute alternative.

Les enfants n'ont pas le choix. Il faut les priver du choix.

Simple, net, facile. Pas besoin de discuter. Pas de pression.

C'est pour leur bien, celui de leur parents, de la Suisse, de l'Humanité et du Monde.

Je le répète une dernière fois: oui, ce n'est rien d'autre que du totalitarisme mou. Mais les gens à l'origine de ce projet prétendent rechercher les symboles, il faut aller au bout de la démarche. S'ils avaient le pouvoir politique de modeler la société d'une façon coercitive pour que les individus soient obligés de vivre selon leur idée du bonheur, ils ne se priveraient pas une seconde.

"Vivre et laisser vivre" est un concept qui leur est totalement étranger.

L'adolescent qui sortira un sandwich au saucisson de son sac le jour fatidique sera-t-il poursuivi pour crime éco-citoyen? La question reste ouverte.

13 décembre 2010

De la logique collectiviste appliquée à Mobilis

Voilà, depuis hier 12 décembre, les détenteurs d’un abonnement senior à prix réduit ne sont plus en mesure de l'utiliser avant 9 h du matin dans les trains, bus et métros de la communauté tarifaire vaudoise (MOBILIS).

La nouvelle de la modification des tarifs, annoncée début novembre, a suscité une levée de bouclier immédiate: "jeunisme", "discrimination"... Un commentateur d'un article de 24 Heures s'emporte: "Avant l'incarcération (sic) en EMS, voilà déjà une nouvelle manière de restreindre la liberté des seniors. A quand le couvre-feu? Aurons-nous encore le droit d'assister à un spectacle nocturne?" Eh oui, pensez à ces seniors qui reviennent de boîte de nuit au petit matin! Quoi qu'il en soit, la réaction a fait long feu. La Communauté tarifaire vaudoise a rejeté un recours déposé par le conseil d’administration des Transports Publics Lausannois.

Digne représentant de la population active, je prends souvent les transports en commun. Je n'ai jamais observé ces hordes de mamies et de papys sur les quais et les trottoirs le matin, qui compromettraient les capacités de transport du réseau aux heures de pointe...

J'aimerais toutefois faire quelques remarques déplaisantes.

  1. L'abonnement AVS est un abonnement avantageux réservé à une catégorie de personnes. Sans rentrer sur d'éventuelles justifications, ill s'agit d'un privilège face à l'imbécile de service qui n'a, lui, que le droit de payer plein pot son abonnement. La discrimination tarifaire est une réalité. Où sont les socialistes lorsqu'il s'agit de dénoncer un accès à deux vitesses aux transports en commun?
  2. Une personne âgée n'est pas interdite de bus avant 9h avec son abonnement. Elle peut acheter des billets normalement, ou même prendre un abonnement plein tarif comme une personne active. C'est plus cher, mais l'accès reste possible.
  3. Il n'y a rien d'anormal à associer à un tarif préférentiel des conditions d'utilisation contraignantes.

Nous ne sommes donc pas face à une hystérie anti-personnes âgées, comme on voudrait nous le faire croire, mais plutôt dans la remise en question d'un "avantage acquis".

On ne voit que trop bien qu'il n'avait rien d'acquis du tout.

BusLausanne.jpgSuite à cette décision unilatérale, nombre de personnes âgées se retrouvent en difficultés. Les adaptations seront aussi douloureuses que coûteuses pour cette catégorie de personne déjà bien malmenée en termes de pouvoir d'achat. Mais avant tout, je me borne à relever que cette remise en question arbitraire est typique du collectivisme.

Sans doute les personnes âgées votaient-elles trop souvent UDC et méritaient d'être punies?

MOBILIS est une communauté tarifaire subventionnée. Le tarif des transports en commun n'est lié que de très loin à leur coût réel. Or, à partir du moment où le tarif d'utilisation d'un service est lià à des critères politiques on entre de plain pied dans l'arbitraire. Chacun peut ainsi réclamer des privilèges, des revendications, des ajustements de tarifs et tutti quanti. Puisque de toutes façons on ne paye pas ce que coûte réellement le bus, pourquoi ne pas réclamer sa part du gâteau faussement gratuit? Dans cette optique, les revendications des Jeunes Socialistes pour des transports publics gratuits pour tous (sauf les contribuables) est une démarche jusqu'au-boutiste, mais avec le mérite de la cohérence.

Evidemment, il est peu probable que la pseudo-gratuité soit jamais adoptée. La droite s'y oppose parce qu'elle coupe définitivement les ponts entre l'utilisation des transports en commun et leurs coûts; on arrive, à grands coups de subventions, à un système où les bus sont payés par des gens qui n'y mettent jamais les pieds. Non seulement c'est injuste, mais en outre, un tel système n'a aucune chance d'être efficace et de maîtriser ses coûts. La gauche s'y oppose pour des raisons plus sournoises: l'égalité pour tous revient à empêcher la pesée d'intérêts, les trafics d'influence et la corruption politique inévitable lorsqu'il faut définir quel groupe est plus prioritaire que son voisin. L'octroi de privilèges aux socio-proches est au coeur de la politique de la gauche. Voilà sans doute pourquoi la gauche cherche à obtenir en premier lieu la gratuité les transports pour les moins de 20 ans, un public-cible aisément séduit par ces cadeaux illusoires.

Rappelons pour mémoire que la seule façon d'avoir une situation saine, tant en termes de financement qu'en termes de justice sociale, est de faire payer un service par ceux qui s'en servent. On consomme, on paye - et surtout, si on ne consomme pas, on ne paye pas. Voilà la vraie justice.