18 février 2019

Interview d'un Gilet Jaune

Les médias parlent beaucoup des Gilets Jaunes mais leur laissent rarement la parole. Seuls quelques rares médias, comme Dreuz, tentent de le faire - car ailleurs la parole est un monopole de journaliste, bien entendu.

Damien - prénom d'emprunt - est un gilet jaune que j'ai eu l'occasion d'interviewer directement. Je ne saurais dire s'il est représentatif de l'ensemble du mouvement, mais peu importe: militant dans la quarantaine, il permet un point de vue direct sur la crise de légitimité que traversent les institutions françaises.

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Salut Damien, quel est ton parcours?

Jusqu'ici j'ai manifesté trois fois à Dijon. C'est bon enfant. Bon enfant, et très patriote. Beaucoup de drapeaux tricolores, de cocardes, sur les chapeaux, sur les blousons... Les jeunes filles se déguisent en Mariannes, avec le bonnet phrygien... Patriote et bon enfant.

La plupart des gens viennent des environs, de Bourgogne. On se connaît.

Tu n'étais pas sur les rond-points?

Non, seulement dans des manifestations. De vraies manifestations. Démarrage Place de la République, et on circule pendant 3 à 4 heures dans la ville. On était 3 à 4'000 à chaque fois. Aucune violence de la part des personnes qui manifestent. La violence, franchement, est du côté de la police. Violence et intimidation.

Il y a eu des violences pendant les manifestations à Dijon?

Oui. Par exemple la première fois, après avoir défilé pacifiquement dans les rues de Dijon, on revient à notre point de départ et on essaye de refaire un tour, et là... On a directement une tentative de dissolution de la manifestation par les forces de l'ordre. Elles tirent des grenades lacrymogènes sur les manifestants alors qu'il n'y avait aucune violence. On s'engageait sur une rue, pour faire un deuxième circuit, et les flics avaient clairement la volonté de dissoudre la manifestation, parce que la nuit tombait, ils en avaient marre, je pense, et ils avaient reçu des ordres... Moi je n'ai pas eu de problème, mais je savais qu'il ne fallait pas se mettre en tête de cortège, c'est plus risqué. Je suis parti lorsque les premières grenades ont été tirées.

Ces grenades, il faut le savoir, ne sont pas toujours tirées dans les règles de l'art.

Les policiers ne sont pas censés faire des tirs tendus...

Voilà. Il y a eu des tirs tendus à plusieurs occasions, dans d'autres villes. Un autre gilet jaune qui était à Dijon le 15 décembre m'a raconté que les forces de l'ordre ont mis un terme à la manifestation non seulement en balançant des grenades mais aussi en tirant avec les fameuses balles en caoutchouc  Lui s'en est pris une dans la jambe, perforation, hémorragie, il a été emmené à l'hôpital... C'est pas anodin. Normalement ils n'ont pas le droit de tirer dans la tête, mais les règles ne sont pas respectées.

Ce sont des choses que j'ai vu, et aussi des policiers qui bloquaient des rues pour canaliser la manifestation. Mais pas que pour la rediriger - pour la harceler aussi. Il n'y a ni mise en garde ni sommation.

Ils coupent la manifestation en morceaux?

Pas à Dijon, mais dans d'autres villes. Ils pratiquent aussi l'intimidation. À Dijon, entre la gare et la Place de la République, il y avait régulièrement postés des CRS avec des fusils d'assaut.

Mais cela c'était le plain Vigipirate, non?

En théorie oui, mais comme par hasard ces gens étaient postés le long de la grande rue que prenaient les Gilets Jaunes pour se rassembler. Ça c'était clairement de l'intimidation. Il y a aussi plusieurs types de force de l'ordre - les polices locales, les RG, les BAC, chacun avec ses techniques... Des gens avec des cagoules, qui traînent avec les CRS. À Rouen, une vielle ville avec plein de petites rues, c'est plus facile de couper le cortège. Lorsque des groupes de Gilets Jaunes se retrouvent isolés, les forces de l'ordre ont des techniques bien plus agressives. Ils balancent leurs grenades, dégainent leurs bâtons et vont molester les gens. Même quand il n'y a pas de violence. Des femmes, des vieux se font taper dessus...

Il y a une utilisation des forces de l'ordre en France qui est inhabituelle depuis très très longtemps.

Et du point de vue ethnique, à quoi ressemblent les Gilets Jaunes?

Nous sommes des Français d'origine. Il y a quelques noirs. Je pense que les noirs viennent des Antilles, des DOM-TOM, mais ils sont peu nombreux. Je n'ai pas vu de Nord-Africain. C'est un mouvement très blanc. Il y a tous les âges. Beaucoup de jeunes, déguisés, font des mises en scènes quand on s'arrête sur les places, comme lors de la mobilisation sur le thème "Halte au Massacre". Ils apportent aussi de la musique.

As-tu vu des racailles?

Je n'ai pas vu de racailles, mais j'ai vu des Antifas... À Dijon, il n'y a pas beaucoup de racailles, mais à Rouen, à Paris, ce sont surtout des racailles qui vont casser. J'ai vu des Antifas habillés comme tels, équipés pour en découdre, déplacer des poubelles vers un barrage de police, probablement avec l'intention de les enflammer et de les balancer ensuite sur le barrage... Ce n'était pas des Gilets Jaunes. Ils ne portaient même pas le gilet.

Mais la plupart du temps les forces de l'ordre sont celles qui portent les premiers coups, ensuite il y a des réactions, et les gens s'énervent. Certains ont mis des pétards sous les voitures mais ça suffit à déclencher des incendies et des voitures ont brûlé. Je ne sais pas qui a fait ça...

Venons-en aux revendications et au mal-être des Gilets Jaunes. L'avantage et l'inconvénient de ce mouvement, c'est qu'il n'y a pas les fameux corps intermédiaires qu'il est si facile de noyauter (voir le billet de Michel Onfray qui relate notamment l'épisode de mai 68 entre Henri Krasucki de la CGT, donc du PCF, et Jacques Chirac) mais du coup on est tributaire des médias pour faire le récit... On voit surgir des listes pour les Européennes... Quelle légitimité donnent les Gilets Jaunes à ces tentatives d'officialisation? Les revendications remontées dans les médias correspondent-elles à la réalité?

J'ai vu assez peu de tentative de récupération du mouvement par les partis nationaux... Le Rassemblement National a peu essayé, Mélenchon davantage. La CGT a essayé mais pas réussi. On voit parfois un type qui débarque d'on ne sait où avec un mégaphone et des slogans orientés, mais ça ne prend pas. Le mouvement reste global.

La décentralisation fait que mêmes les Gilets Jaunes ne sont pas d'accord sur ce qu'ils veulent. On sent que quelque chose ne va pas, qu'on nous floue à longueur de journée, mais on a beaucoup de mal à s'exprimer d'une seule voix et à formuler des objectifs réalistes. C'est très émotionnel. Mais on s'organise. Dans les régions, on élit des comités, on maintient des cahiers de doléances - différents ce ceux organisés dans les mairies par Macron dans le cadre du Grand Débat National - mais je ne sais pas ce qu'ils deviendront.

À part la détestation de Macron, quelles sont les revendications?

La détestation de Macron est centrale, c'est vrai, mais aussi, je dirai, le patriotisme. J'insiste. C'est un mouvement très patriote, on chante la Marseillaise. Même les Mélenchonnistes. C'est très impressionnant. Les revendications sont très hétéroclites: elles sont axées sur le domaine économique, financier. Nous voulons plus d'argent à la fin du mois, plus de boulot... Mais surtout nous voulons plus de dignité. Être respectés. Le dénominateur commun c'est tous les gens qui ont l'impression d'être méprisés.

Il y a des revendications plutôt de gauche, par contre je n'ai pas vu de revendications identitaires. Ça ça reste un tabou. Pourtant si on fait un sondage auprès des Gilets Jaunes, clairement il y a des revendications identitaires, beaucoup en ont marre de l'immigration, mais ça, tu vas le voir dans les cahiers de doléance, pas dans les slogans dans la rue, parce que c'est un facteur de division.

On n'entend pas les médias traiter les Gilets Jaunes de sales racistes, même si de temps en temps quelques manœuvres ont lieu pour les présenter comme antisémites ou autres infréquentables...

Parce que c'est un facteur de division et nous le savons. Alors nous choisissons de ne pas en parler. L'idée est de nous mobiliser sur ce que nous avons en commun. Je pense que les Gilets Jaunes s'autocensurent, on préfère se manifester sur d'autres thèmes comme les revendications économiques ou la détestation de la finance, ça c'est clair, la détestation du banquier, c'est quelque chose qui rassemble.

Les Gilets Jaunes veulent plus de respect, plus de pognon, être écoutés... En France nous avons vraiment un fossé terrible entre les gens qui sont éduqués et ceux qui ont eu moins de chance, entre Paris et la province, des mondes qui ne se croisent pas. Les Gilets Jaunes sont la rencontre sur le terrain, une rencontre impossible autrement, entre trois groupes: les gens qui votent pour le Rassemblement National, les gens qui votent pour Mélenchon, et les gens qui ne votent pas, ou qui votent blanc. C'est le rassemblement de ces trois groupes... Qui forme une majorité, en fait!

C'est un déficit démocratique, paradoxal parce que composé en grande partie de gens qui votent blanc ou ne votent pas.

Les gens dépolitisés ne se reconnaissent pas dans l'offre politique, dans les partis, dans le Parlement ; parce qu'ils ont perdu espoir... Et tout d'un coup cette révolte se réalise et l'espoir renaît, et les gens se manifestent à nouveau. Des gens qui ne voulaient plus se manifester dans le cadre traditionnel trouvent une occasion de le faire.

Les Gilets Jaunes sont de toutes les classes sociales, il n'y a pas que des "exclus", des gens au RSA... Il y en a aussi, bien entendu, mais ce sont des Français des classes moyennes et populaires. Il n'y a pas de Gilet Jaune des classes supérieures. On est pour beaucoup des "working poors", réduit à cette précarité par la politique fiscale de Macron. Pour nombre d'entre nous 50€ de différence par mois c'est énorme, et nous sommes des millions comme ça.

La combinaison des 80 km/h sur les nationales et des taxes sur le gazole ont été le déclencheur, donnant naissance à un mouvement beaucoup plus large ensuite, qui reflète un ras-le-bol des gens du peuple pour les élites. Ça c'est vraiment le thème commun.

Comment, et c'est aussi la question que se pose Macron, va évoluer le mouvement? Qu'est-ce qui pourrait vous amener à être satisfaits, à rentrer chez vous?

Ça va être difficile de nous satisfaire puisque déjà nous avons obtenu gain de cause sur notre revendication de départ, la hausse de la taxe sur le gazole, mais ça n'a pas diminué notre motivation. Il y a toujours du monde, et les chiffres de la police sont faux. À chaque fois je vois plus de monde. Je pense que ces chiffres sont manipulés.

Nous sommes des gens qui en ont marre de Macron et de tout ce qu'il représente. Et je pense que seules des élections à la proportionnelle pourraient nous calmer. Ça fait partie des doléances que j'ai entendu le plus souvent. Les médias ne le remontent pas. Le système d'élection avec sa majorité à deux tours est parfaitement inique. C'est un scandale. Beaucoup de gens ne sentent pas représentés et ils en retirent de la frustration. Tout est fait pour qu'une grande partie du peuple ne soit pas représenté, et donc pas écouté. Une frustration immense. La "démocratie représentative" ne représente qu'une partie des électeurs, ceux de Macron.

Mais de la même façon que Macron n'accepterait jamais de démissionner, il n'acceptera jamais de dissoudre une Assemblée Nationale qui lui est complètement inféodée...

Il reprendrait la place qu'il mérite, autour de 20% de l'électorat, mais c'est vrai qu'en tant qu'être assoiffé de pouvoir il ne pourra probablement pas avaler un truc pareil.

Ça va durer jusqu'à la fin de son mandat alors?

Je pense que ça va durer. On a déjà passé à la pause de Noël... Je pense que c'est installé pour longtemps. Il y aura des variations dans le nombre, mais il y aura toujours un nombre minimum pour maintenir la pression. J'en suis convaincu. Le mouvement spontané et décentralisé n'a pas de leader, on ne peut pas identifier des gens à corrompre et à retourner.

Macron a bien une tactique pourtant pour écarter les "têtes d'affiche", les Gilets Jaunes les plus actifs sur Facebook: la méthode soft ou la méthode hard. La méthode soft consiste à approcher la personne et lui demander de faire sa liste pour les Européennes, qui est une élection qui ne compte pas, on est d'accord, en s'appuyant sur des satellites du pouvoir comme Tapie pour faire diversion. La méthode hard c'est carrément de viser les leaders. On a eu le cas avec Jérôme Rodriguez il y a quelques jours [peu calmé par l'expérience, NdA], c'était un véritable guet-apens. On balance une grenade assourdissante pour les foutre par terre et ensuite on leur tire comme par hasard dans l’œil. Si ça ce n'est pas une exécution voulue par les forces de l'ordre, qu'est-ce que c'est?

Je pense qu'il y en aura d'autres. Même s'ils abattent des leaders, d'autres émergeront.

Le mouvement continue, Macron fera semblant de céder du terrain sans rien lâcher sur l'essentiel, et donc ça va continuer, ça va continuer. On ne lâche rien. Moi je continue. Ça m'a énormément plu - c'est la première fois que je me retrouve comme ça dans un mouvement authentiquement populaire, qui dépasse les clivages droite-gauche et qui vise à obtenir le respect d'une partie de la population sans arrêt humiliée.

21 janvier 2019

Défilé pour le conformisme

Depuis vendredi, les médias ne tarissent pas d'éloges sur la "Manifestation pour le climat", qui réunit des gymnasiens et des apprentis dans une quinzaine de villes du pays, dont Lausanne.

Des centaines de jeunes lobotomisés par la propagande climatique défilent dans les rues pour réclamer plus de taxes et d'interdictions, étant entendu que le porte-monnaie est le seul moyen pour "changer les choses". Ils brandissent des pancartes pour réclamer moins de liberté, pour obtenir plus de gouvernement mondial, pour affecter le mode de vie de ceux qui ne pensent pas comme eux.

En France, les gilets jaunes manifestent pour ne pas mourir ensevelis sous les taxes et les interdictions, victimes collatérales des gouvernements engagés dans la lutte contre les moulins à vent climatiques. En Suisse, la jeunesse manifeste pour recevoir plus de taxes et d'interdictions.

Les commissaires politiques peuvent avoir la larme à l’œil ; le succès est total.

Il est loin le temps où l'école enseignait la pensée critique, formait l'esprit à une réflexion indépendante, aménageait des débats sur des sujets de société sans porter de jugement. Aujourd'hui, on n'y confronte plus les opinions ; on assène. Les dissidents sont impitoyablement réduits au silence. Le film de propagande d'Al Gore "une vérité qui dérange" fait partie du cursus obligatoire. Peu importe que le politicien, avec l'hystérie qui le caractérise, se soit régulièrement couvert de ridicule avec ses prédictions alarmistes ; comme pour les cadeaux, c'est l'intention qui compte.

En sortant de l'école, en ouvrant les journaux (gratuits ou non), en allumant leurs écrans, les enfants verront renforcé le message entendu à l'école ; sur ce sujet comme sur d'autres, pour un Suisse francophone et peu curieux, la contradiction n'existe pas, et même cela n'éveillera plus aucun soupçon chez lui. Le mantra est répété chaque soir lors de la messe du 19:30. Les invités sont tous d'accord, les rapports perpétuellement effrayants, les prévisions toujours pires que prévu. Les signaux d'alarme se multiplient plus vite que les moustiques en été. On va tous dans le mur. On est fichus.

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...Mais ensuite, on apprend (ouf!) que tout n'est pas complètement perdu, et qu'avec quelques taxes par-ci, quelques prélèvements par là, quelques menues interdictions, peu de choses en somme, on pourrait sauver la planète! Si les experts de l'ONU le disent, des gens dignes de confiance, c'est que ça doit être vrai, non?

Les gouvernements mondiaux ont réinventé le commerce des indulgences, mais qui étudie encore l'histoire?

Il reste néanmoins quelques lueurs d'espoir.

D'abord, nos élèves ont beau "faire grève" (quelque chose que j'avais toujours lié à une activité salariée, m'aurait-on menti?) pour le climat, ils ont la roublardise de la faire un vendredi ouvré. Courber les cours, ça n'a pas de prix. Nos manifestants seront un tout petit peu plus crédibles, et sans doute beaucoup moins nombreux, le jour où ils feront vraiment un effort personnel pour manifester - comme prendre sur leur temps libre.

Et puisque nous parlons de crédibilité, quelqu'un devrait dire à ces jeunes celle-ci commence en donnant l'exemple. Je ne parle pas de jeter leurs pancartes en carton dans des containers de recyclage prévus à cet effet à la fin de la manifestation, mais simplement d'adopter et d'assumer le mode de vie qu'ils préconisent. Fini les achats sur Internet et les vacances EasyJet! Qu'ils payent des billets de train avec la compensation CO2, qu'ils rechargent leurs smartphones à l'électricité verte! Je ne doute pas qu'ils trouveront toujours de nombreuses excuses pour ne pas le faire, mais enfin, demander à l'État de réglementer sa vie parce qu'on n'y arrive pas soi-même n'est guère une preuve de maturité.

Ensuite, il y aura peut-être quelqu'un d'un peu plus éveillé dans la foule pour comprendre que la Suisse est bonne élève en matière de protection de l'environnement par rapport à bien d'autres pays développés, et donc qu'en gros, si effort il y a il serait peut-être à faire ailleurs. Là où les gens ne manifestent rien d'autre que de l'apathie face à la préservation de l'environnement, par exemple. On pourrait mettre pratiquement tous les pays non-occidentaux dans cette catégorie, hélas.

Enfin, le principal problème de l'hystérie, c'est qu'elle est difficile à entretenir sur la durée. L'état de panique face à la fin du monde sera long d'ici que la planète prenne feu spontanément en 2100. Les élèves suisses ont bien raison de vouloir renoncer à voyager ; en sortant des frontières du pays, ils risquent de plus en plus de passer pour des imbéciles en confrontant leurs opinions avec celles des peuples alentours. En 2017, seulement 52% des Français et 50% des Allemands considéraient la prétendue "urgence climatique" comme la première priorité. Et en s'éloignant c'est encore pire: aux USA, ils n'étaient que 37% à s'inquiéter de ce thème - on parle du 2e pays le plus pollueur au monde - ou 18% en Chine - et là, on parle du premier. (Si vous vous posez la question, le sondage est présenté sur le site du WWF.)

Depuis que les Accords de Paris sont morts il y a un an et demi, le monde se désintéresse lentement de la théorie controversée du Réchauffement climatique. Sur le plan international, il n'y a plus d'argent à se faire. Mais comptons sur la Suisse, toujours en retard d'une guerre, pour rester le fer de lance d'un combat qui n'est plus une priorité que dans les discours des élites qui voyagent autour du monde en jet privé.

03 décembre 2018

Gilets Jaunes, un parfum de révolution

En novembre, le mouvement des gilets jaunes commença à déborder des réseaux sociaux pour entrer dans le monde réel - et dans l'Histoire.

Le gilet jaune est une idée de génie. Rendu obligatoire par la loi, tout Français disposant d'un véhicule a forcément un gilet jaune à disposition. Tout automobiliste est donc, forcément, un rebelle en puissance. Il peut se révéler partout, à n'importe quel moment.

franceLa protestation était à l'origine liée aux nouvelles taxes sur le diesel décidées par l'exécutif au nom de l'excuse magique du moment, la lutte contre le réchauffement climatique. Pour toute cette France des campagnes, cette France oubliée des services publics, cette France méprisée par les radars et les limitations à 80 km/h, cette France qui se lève tôt et qui travaille dur sans parvenir à s'extraire de la pauvreté, ces centimes d'euro font toute la différence.

Des millions de Français optent pour le diesel depuis des décennies. Selon un accord tacite avec les pouvoirs publics français, ils acceptent d'acheter une voiture plus chère à l'achat en contrepartie d'un moindre coût au kilomètre, grâce à la clémence des taxes sur le diesel. Alors qu'une part importante de leurs maigres revenus se transforme littéralement en fumée d'échappement, la hausse du diesel les ruine. Pire encore, des communes bien à gauche comme Paris décrètent que les voitures les plus polluantes - les sales voitures des pauvres - seront désormais interdites de circulation dans les zones les plus importantes. Leurs voitures d'occasion sont désormais invendables.

Ils sont ruinés, désespérés, et se soulèvent parce qu'ils estiment n'avoir plus rien à perdre.

"Macron, démission"

En face, Emmanuel Macron se débat dans son incompétence pour juguler le mouvement, sans y parvenir, car il ne dispose pas du logiciel intellectuel adéquat. Il annonce simultanément qu'il faut entamer le dialogue et qu'il ne reculera sur rien: comment prendre un tel individu au sérieux?

Emmanuel Macron n'aime pas la France. Il méprise les Français, le pays et son histoire. Il l'a montré à de nombreuses occasions, et joue mal la comédie lorsqu'il faut faire autrement. Mais il aime le pouvoir, et en dispose en abondance - sur le papier en tout cas. Son mouvement "La République En Marche" domine l'Élysée et la principale chambre législative française, l'Assemblée Nationale. Il ne peut donc pas reculer. Reculer reviendrait à affirmer que sa force est illusoire, sa légitimité, artificielle. Cela anéantirait la posture qu'il tente de cultiver depuis son adolescence, celle d'un homme vaillant et invincible, plus malin que les autres, et porté au-dessus d'eux par le destin. Cela dégonflerait la posture "jupitérienne" qu'il arbore depuis son élection.

Arc-bouté dans sa suffisance - "qu'ils viennent!" disait-il - il est condamné à échouer.

Les vieilles recettes ne fonctionnent pas, parce que les gilets jaunes ne correspondent à rien de connu. Pas de porte-parole, pas de comité syndical qu'il serait si facile de corrompre. Pas de revendication précise sur laquelle céder en redoublant sur le reste - car il est désormais clair pour tout le monde que même si le gouvernement reculait sur le diesel, cela ne suffirait plus à calmer la foule, le point de non-retour ayant été dépassé. Pas possible de contenir géographiquement la révolte - les gilets jaunes sont partout, à Paris et en province, dans les îles, dans les banlieues. Pas possible de rejeter la faute sur l'opposition, réduite à rien en Macronie.

Impossible de compter sur l'impopularité du mouvement. Les gilets jaunes sont extrêmement populaires. Plus de 70% des Français les soutiennent - selon un sondage effectué après les émeutes de ce week-end. Les Français sont plus de 90% à condamner les violences, mais ils ne savent que trop bien que les débordements sont le fait de nombreux éléments opportunistes greffés au mouvement, et dans lesquels les Français ne se reconnaissent pas. Les opérations médiatiques lancées par l'Élysée auprès des rédactions pour tenter de salir les gilets jaunes ne fonctionnent pas. Elles ne contribuent qu'à décrédibiliser un peu plus les journalistes.

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Macron essaye de retirer leur légitimité aux gilet jaunes en jouant sur leur rejet par l'opinion publique - un chemin bien malaisé pour un président qui atteint un niveau d'impopularité inégalé à ce stade de son mandat. La France reste écrasée par les impôts et taxes et le poids de l'État dans l'économie n'a pas diminué d'un iota avec Macron. Les réformes n'ont été que cosmétiques et n'ont contribué qu'à renforcer le fatalisme des Français, puis leur colère.

Les gilets jaunes sont bien plus populaires que Macron. Le mouvement ne s'éteindra pas. L'explication tombe sous le sens: le chômage - officiel - est à un niveau élevé de 9,1% depuis des années. 8,8 millions de Français, soit 14,2% de la population, vit sous le seuil de pauvreté. La croissance économique est quasi-inexistante. La moitié des Français salariés vivent avec moins de 20'520 euros annuels, soit 1'710 euros par mois. Cinq millions de personnes survivent avec moins de 855 euros par mois.

On peut comprendre la colère de ces gens lorsque les élites, jamais à bout de kérosène pour leurs jets, glosent sur la nécessité pour les peuples de se serrer la ceinture pour le plus grand bien de l'Humanité, ou s'enorgueillissent de vouloir accueillir - et traiter mieux que les autochtones - toute la misère du monde.

Zone de danger

Il ne reste que des choix dangereux, de mauvais choix. Convoquer l'armée. Instaurer le couvre-feu. Provoquer un carnage. Abandonner la rue aux casseurs dans l'espoir que les gens en appellent à nouveau à l'État pour restaurer l'ordre. Espérer que le froid et la trêve de Noël viendront à bout de l'agressivité des manifestants. Peine perdue. Ils savent que 6 centimes sur le diesel les attendent au premier janvier 2019, les vignettes de circulation en juillet, et d'autres projets sont encore dans les cartons.

Des millions de Français - et plus encore d'étrangers - ont certainement été choqués par les scènes de chaos prenant place dans les rues de Paris. L'avenue des Champs-Elysées, autoproclamée la plus belle avenue du monde, est devenue un champ de bataille avec ses boutiques défoncées, ses barricades et ses brasiers.

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Tout ceci s'est déroulé alors même que la mobilisation des gilets jaunes est dans sa troisième semaine. Les pouvoirs publics s'étaient préparés comme jamais pour faire face à tout débordement, mais ils se sont fait déborder. Sentant venir le vent, Gérard Collomb a eu la bonne idée de démissionner en octobre avant de pouvoir être tenu pour responsable de ce qui allait se produire.

Certains Français ne se sont guère émus de ce qu'ils ont vu à la télévision. Les millions d'habitants des banlieues, les survivants des zones de non-droit livrées à l'islamo-banditisme, vivent tous les jours ce qu'ont traversé les bobos parisiens ce week-end. Peu d'entre eux seront impressionnés par les voitures incendiées, les vitres brisées, ou les voyous cagoulés paradant devant des forces de l'ordre abandonnant le terrain - parce que c'est leur pain quotidien.

La violence s'est simplement invitée dans des quartiers plus visibles, jusque-là épargnés.

Les défenseurs de la République sont fatigués, eux aussi. Macron a beau vouloir donner des coups de menton, l'intendance ne suit pas. La plupart des CRS sont aussi mal lotis que les manifestants qu'on les envoie disperser. Les brigades anti-émeutes n'ont plus de matériel de rechange, de grenades lacrymogènes, de troupes fraîches. Des centaines de gilets jaunes ont été arrêtés à Paris - pratiquement aucun en province - mais ils n'ont rien à craindre et ils le savent. Les lois Taubira sont passées par là. Les procédures judiciaires normales, même en "comparution immédiate", ne valent rien sans preuves, et il n'y a plus aucun personnel disponible, ni dans la police ni dans la justice, pour traiter des centaines de dossiers urgents, recouper les moyens de vidéo surveillance, récolter des prélèvement ADN et les analyser. Cerise sur le gâteau, la plupart des gilets jaunes ont un casier judiciaire vierge, ce qui signifie qu'ils risquent un rappel à la loi ou un sursis. Et ils pourront faire appel. On voit mal comment le dossier du moindre d'entre eux, compte tenu des circonstances, pourrait résister à une attaque sous l'angle du vice de procédure.

Les gilets jaunes et les forces de l'ordre sont engagés dans une course d'endurance mais les seconds sont plus mal lotis que les premiers. L'état de délabrement du pouvoir en France est visible. La logique de pénurie des forces de l'ordre amena les pouvoirs publics à concentrer leurs dernières forces dans des unités mobiles, capable de créer le surnombre au point de décision ; mais la révolte est nationale, et les forces de police totalement débordées sur tout le territoire. En province, elles ne parviennent même plus à protéger les symboles de l'autorité. Mais le veulent-elles seulement?

Pour comprendre où nous en sommes, voilà deux tweets montrant des vidéos que nul n'aurait pensé possibles il y a encore une semaine - et que nul média mainstream ne montrera. La première montre des CRS ôtant leurs casques pour fraterniser avec des manifestants. La seconde montre des pompiers - des pompiers! - tournant le dos aux politiciens lors d'une prise d'arme. Il faut le voir pour le croire.

Quelque chose est en train de changer en France.

En seulement un an et demi, Emmanuel Macron et son mouvement La République en Marche ont réussi à se faire détester de tous. Après avoir axé son programme sur l'immigration et l'Europe, Macron déclarait crânement qu'il ferait obstacle au populisme ; la vague menace désormais de l'emporter.

Comment tout cela se finira-t-il? Mal, c'est une évidence. Il y aura des morts, et chaque camp semble prêt à faire ce sacrifice. Mais quitte à donner froidement des pronostics, je prédis aujourd'hui plus d'avenir aux gilets jaunes qu'à M. Macron.

16 octobre 2018

Les maçons sur le pont

Une difficile épreuve attendait aujourd'hui les gens se déplaçant sur Genève: le pont du Mont-Blanc fut bloqué une bonne partie de la matinée par une manifestation des "ouvriers du gros-œuvre" - les maçons en langage commun - bloquant toute circulation motorisée sur cet axe essentiel.

Les voitures étaient canalisées bien avant leur entrée dans le centre-ville, provoquant d'énormes bouchons en périphérie, mais même les transports en commun furent bloqués par le cortège, délibérément. Il fallait être là pour assister aux cris victorieux des grévistes lorsqu'un malheureux bus, plein à craquer, dut faire marche arrière et renoncer, sous les vivats des manifestants.

Ceux-ci n'étaient d'ailleurs pas très nombreux et, loin d'occuper l'ensemble de la chaussée, s'étaient juste placés en un point pour faire blocage. Même les cyclistes ne passèrent qu'au compte-goutte. La police n'aurait eu aucun mal à les déloger du pont si la volonté politique avait existé.

20181016_081612.jpgPhoto prise à l'entrée du pont, rive droite, au "plus fort" de la manifestation...

Les médias reprirent des chiffres divers allant d'un peu plus de mille à trois mille selon l'enthousiasme militant du pigiste de service ; je serais pour ma part étonné qu'ils aient été plus de mille.

Le cortège s'était rassemblé à 6h30 à la place des 22-Cantons, vers la gare, et devait simplement se mettre en marche en direction du pont du Mont-Blanc avant de passer par Plainpalais, mais l'objectif réel et prémédité de la manifestation était de couper la ville en deux, comme en témoignent les t-shirts arborés par les grévistes.

20181016_081802.jpgLe cœur du cortège: quelques centaines de manifestants regroupés sur toutes les voies pour empêcher la circulation.

Les médias étaient nombreux à monter des caméras pour relater cette actualité ; leurs compte-rendus diffèrent sensiblement du mien, mais cette fois-ci, j'étais sur place. Mon récit est nécessaire pour contrer la propagande amie qui gonflera les effectifs, justifiera le blocage du pont par le "succès" de la manifestation, et enrobera le tout de quelques micro-trottoirs soigneusement sélectionnés pour soutenir les revendications syndicales.

On peut, et on doit, critiquer l'attitude irresponsable de manifestants qui bloquent une ville pour leurs objectifs corporatistes. Ce sont des méthodes de voyous. Que deviendraient les villes de n'importe quel pays si chaque corps de métier décidait de les paralyser à chaque fois qu'il souhaitait appuyer des revendications? Le droit de grève est celui de protester contre ses conditions de travail, pas celui d'empoisonner la vie des dizaines de milliers d'innocents qui ne souhaitent rien d'autre que d'aller paisiblement au leur ou d'emmener leurs enfants à la crèche.

Que veulent les maçons? Dans les discours, les intervenants insistent sur les "menaces, les pressions et les violentes attaques du patronat" contre les travailleurs du gros œuvre (retraites, travail temporaire ou encore précarisation rampante des employés du bâtiment), explique 20 Minutes.

Radiolac détaille:

La future convention collective de travail du secteur souhaite augmenter le temps de travail flexible : passer de 100 heures à 300 heures par an. Le but : pouvoir travailler davantage à la belle saison et rester chez soi l’hiver. Les travailleurs n’en veulent pas. (...)

Autre pierre d’achoppement, comme le dit ce chef de chantier, le refus d’indexer les salaires dans la construction, depuis quatre ans. Et un salaire maximal qui s’élève à 6’300 francs mais seulement pour un maçon qualifié et en fin de carrière. Genève compterait aussi davantage de travailleurs temporaires que dans les autres cantons, jusqu’à 50% des effectifs sur certains chantiers, d’après les syndicats.


Disons-le tout de suite, les maçons n'auront pas gain de cause. Leur salaire est déjà un des plus élevés de la branche à responsabilité égale (il faut être chef d'équipe ou contremaître pour espérer mieux). En outre, un salaire mensuel de près de 6'000 francs suisses est un pactole qui fera rêver la plupart des maçons du reste du continent européen - et même les cadres!

Résultat? Après avoir pris la place des maçons helvétiques, les maçons étrangers qui militent aujourd'hui s'apprêtent à se faire remplacer par de nouveaux étrangers moins regardants. Ceux-là n'hésiteront pas une seconde à faire dans la sous-enchère salariale simplement pour avoir du travail. Ils le feront d'autant plus facilement qu'aucune convention collective n'est signée ; en affichant des revendications irréalistes, les dirigeants syndicaux jouent donc à un jeu très dangereux. Elles ne correspondent tout simplement pas à la réalité du marché du travail dans un milieu de libre-circulation, qui est aussi celui de la libre concurrence et de la libre sous-enchère salariale.

Les maçons connaissent-ils Bossuet?

Les syndicats ont milité pour l'ouverture des frontières ; aujourd'hui, les branches professionnelles dont ils "s'occupent" en meurent, à petit feu. Les conventions peuvent même être signées, elles ne se traduiront en rien dans la réalité, les salariés étant licenciés ou précarisés bien avant d'atteindre l'âge de la retraite établi par celles-ci. Le processus ne s'arrêtera que lorsque les salaires réels seront retombés à la moyenne qui se pratique sur le reste du continent.

Nul journaliste n'aura relevé l'ironie d'une action syndicale visant comme "solution" d'empêcher la libre circulation des personnes - littéralement - sur le pont du Mont-Blanc.

La grève pourrait être reconduite.

12 mars 2018

Lausanne noire de monde

Samedi, le promeneur qui déambulait dans Lausanne put découvrir le cortège surprenant d'une manifestation organisée par le collectif d'extrême-gauche Jean Dutoit, "contre les violences policières", explique 24Heures. Mais surtout celles présumées contre les noirs.

C'est donc aux cris et aux pancartes "Black Lives Matter" que le cortège s'ébroua de la Place Saint-François.

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Le cortège au départ de la manifestation. Notez les deux sympathiques individus au premier rang, qui brandissent des hampes en bois dénuées de pancarte... Quelle utilité, à part pour taper?
(cliquez pour agrandir)

Pour le détail de la manifestation, lisons la presse locale:

Quelque 500 personnes, selon les estimations de la police, ont arpenté les rues de Lausanne samedi après-midi pour dénoncer le racisme et les violences policières et rendre hommage à Mike, un Nigérian décédé la semaine passée. Pour rappel, l'Africain de 40 ans, soupçonné de dealer de la drogue, a fait un malaise lors de son interpellation mouvementée dans la soirée du mercredi 28 février, avant de succomber le lendemain au CHUV.


Un "malaise", une "interpellation mouvementée"... Quelle romance! Pour en avoir le cœur net, il faut aller chercher l'information auprès d'une publication concurrente où les faits sont étayés avec plus de rigueur:

Un homme de 40 ans, soupçonné de dealer de la drogue, a fait l'objet d'un contrôle de la police municipale mercredi [28 février] vers 22h45 dans le quartier Sainte Luce, près de la gare de Lausanne. Selon la police, l'individu n'a pas obtempéré aux injonctions de l'agent, ni des forces appelées en renfort. Il a été maîtrisé par la force puis menotté.

Juste après son immobilisation, cet homme a fait un malaise et perdu connaissance, informe la police. Un massage cardiaque a été prodigué par les agents en attendant l'arrivée de l'ambulance. «Lors des premiers soins, plusieurs boulettes de cocaïne ont été découvertes à côté de son visage ainsi que dans sa bouche», explique la police. Il a été hospitalisé au CHUV, où il est décédé le lendemain. (...)

L'homme, de nationalité nigériane, avait déjà été condamné pénalement pour trafic de produits stupéfiants. Une instruction pénale a été ouverte afin d'établir les causes et les circonstances de ce décès. Une autopsie va être pratiquée. (...)

L'homme décédé faisait partie du Collectif Jean Dutoit, qui défend les personnes sans-abri en situation de séjour irrégulière, a communiqué solidaritéS Vaud en soirée. (...)



Le Nigérian décédé, probable dealer de drogue récidiviste, se serait accidentellement empoisonné avec sa propre marchandise en tentant de l'avaler lors de son arrestation. Nous en saurons plus à la conclusion de l'enquête.

Quelques questions me viennent à l'esprit.

  • Je ne suis pas un partisan aveugle de la police, mais en l'absence d'enquête déterminant la cause du décès, pourquoi accuser immédiatement les policiers?
     
  • Quel est l'intérêt des activistes de Jean Dutoit de provoquer pareille manifestation? Souhaitent-ils attirer la sympathie du grand public? Capter le vote noir en Suisse? Se livrer à de l'autopromotion politique en exploitant la mort de quelqu'un?
     
  • N'est-il pas étrange de s'associer à un individu méprisable, un vendeur de drogue présumé en l'occurrence, sous prétexte qu'on partage la même couleur de peau? Si un jour un mafieux recherché tente de venir chercher asile chez moi en invoquant notre couleur de peau commune, j'aurais tôt fait de le livrer à la police! Je me sens plus de solidarité avec les gens honnêtes de toutes origines qu'avec les malfrats, fussent-ils de la même couleur de peau que moi. Mais visiblement tout le monde ne pense pas ainsi.

Je note que si les pouvoirs publics et la justice avaient renvoyé "Mike" au Nigeria, comme le bon sens et les décisions du peuple suisse le demandent, il serait toujours vivant et le marché de la drogue à Lausanne diminué d'autant. Mais je doute que les gens de Jean Dutoit soient très perméables à ce genre de raisonnement...

Les badauds rencontrant la manifestation eurent doit à un tract rempli d'un salmigondis que je vous laisse apprécier:

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Et si tu leur vends de la drogue?

03 mai 2016

Cette France impossible à réformer

Vue de Suisse, la France de ces derniers jours ne fait pas plaisir à voir.

La France s'entortille dans un projet de réforme d'une façon dont elle a le secret. Au départ, "l'avant-projet de loi El Khomri", du nom de la Ministre du travail, devait assouplir les horaires des salariés, plafonner les montants des indemnités prud'homales, préciser les motifs invoqués pour des licenciements économiques et impliquer directement les salariés dans des référendums d'entreprise.

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L'idée ne paraissait pas mauvaise, mais peu importe qu'on soit pour ou contre, finalement, car on peut en parler au passé. Le projet de loi a été tellement retouché, rapiécé et modifié qu'il en est devenu méconnaissable. Et ce n'est pas fini: le texte est encore l'objet de près de 5'000 propositions d'amendements. Des élus manquent à la majorité socialiste pour faire passer le texte. Le gouvernement français envisage de recourir à l'article 49-3 de la Constitution française pour couper court aux débats. Belle démocratie!

Pourquoi ce projet de loi, émanation de parlementaires professionnels, a-t-il été à ce point remis en question? À cause de la pression de la rue. Depuis des semaines diverses oppositions battent le pavé. Les fronts se sont crispés et beaucoup espèrent désormais faire complètement capoter le projet. François Hollande joue son avenir de candidat de la gauche. Le président essaye, bien tardivement, de se donner une image de réformateur ; il hésite à passer en force. Il veut parvenir à un résultat, même symbolique, mais à un an des élections présidentielles il ne peut laisser la crise s'étendre. À gauche on crie que la réforme est une trahison, un cadeau au patronat ; à droite, on s'indigne des reculades gouvernementales.

La situation, inextricable, finit de jeter les uns contre les autres toutes les factions de la vie politique française. Lycéens et étudiants, sempiternelle chair à canon des mouvements de gauche ; MEDEF ; majorité et opposition ; syndicats ; extrême-gauche poignardant le frère ennemi socialiste ; ambitieux cherchant à se profiler pour les présidentielles ; mouvements protestataires parasites cherchant à greffer leur propre cause sur l'agitation générale... Personne ne manque à l'appel.

france,réforme,droit du travail,françois hollande,manifestationNul ne sait quand ni comment le sac de nœuds se dénouera, ni même s'il parviendra à se dénouer. A ce stade, tout est envisageable. L'issue la plus probable reste celle d'une montagne accouchant d'une souris, une loi vidée de sa substance afin de ne fâcher personne tout en donnant aux uns et aux autres des motifs de victoire. Il y a évidemment peu de chances que le droit du travail français en sorte simplifié.

La France semble, en dernière analyse, impossible à réformer. Chaque intervenant aura son explication, principalement pour pousser en direction de sa paroisse. Mais selon moi, le problème est tout autre. La clé du mystère pourrait se trouver dans l'absence criante de démocratie en France, en particulier l'absence de référendum.

Nombreux sont ceux qui, en Suisse, n'éprouvent que mépris pour la démocratie directe. Le peuple est assez intelligent pour élire des candidats mais certainement pas pour décider davantage, disent-ils. Les politiciens helvétiques endurent les référendums avec fatalisme. Ils n'en voient pas les avantages. Ils existent pourtant bel et bien.

Le droit de référendum permet aux citoyens de convoquer un vote populaire contre une loi votée par le Parlement. La loi est sous toit: les commissions se sont prononcées, le projet a été relu dans ses moindres détails et approuvé par les deux chambres de l'Assemblée fédérale. Il ne manque pas un bouton de guêtre. Le peuple peut malgré tout s'emparer du dossier et l'envoyer à la poubelle.

L'idée que n'importe quelle loi aboutie puisse éventuellement être annulée provoquera chez tout politicien français un réflexe de rejet. Question d'ego et de perception de sa fonction. Les uns et les autres oublient pourtant qu'un référendum peut aussi servir à valider une loi en lui donnant un appui démocratique incontestable. Tout référendum ne se concrétise pas en rejet systématique!

Le référendum permet de pacifier la vie politique. Il permet aux camps en présence de se compter dans l'épreuve démocratique fondamentale, le verdict des urnes. Les démonstrations de force changent de dynamique: il s'agit désormais d'agir sur l'opinion publique et non plus celle des décideurs. Il ne faut plus intimider, il faut convaincre. Plus personne ne peut se bombarder d'une représentativité autoproclamée. La classe politique a aussi son rôle à jouer, elle doit entrer en contact avec la population, être didactique, comprendre et informer des tenants et aboutissants de ses propres textes. Se contenter de suivre la ligne du parti dans une assemblée ne suffit plus.

Dernier avantage, le résultat des urnes débouche sur un résultat clair et à une date précise. C'est Oui ou c'est Non, il n'y a plus à y revenir. Le référendum définit à l'avance la fin du débat politique, un luxe dont la France aurait bien besoin en ces heures troubles.

La loi El Khomri aurait suivi en Suisse un destin bien différent. Tous les partis auraient été consultés lors de son élaboration, tant pour mesurer le degré de résistance que pour tenter d'en faire un compromis acceptable. Le projet final aurait été approuvé par la majorité des représentants du peuple. Les adversaires du texte auraient alors livré une première campagne médiatique pour convoquer un référendum, suscitant une première salve de débats.

france,réforme,droit du travail,françois hollande,manifestationUne fois le référendum obtenu, la date en aurait été décidée, ouvrant la voie à une campagne officielle. Chaque camp aurait fourbi ses arguments dans la presse, les réseaux sociaux, les marchés ; les débats télévisés auraient vu s'affronter les pro et les anti. Les discussions auraient embrumé les comptoirs de bar, les pauses-café, les réunions familiales du dimanche. Et le jour dit, on aurait voté et enfin découvert dans les urnes le fin mot de l'histoire.

Nulle part il n'y aurait eu besoin d'occuper les rues, de manifester, de saccager, d'amender le texte dix fois de suite ; nulle part il n'y aurait besoin de faire du bruit pour donner contenance à son camp. Les urnes mesurent les rapports de force avec bien plus de légitimité et de précision que n'importe quel sondage.

La classe politique française n'est pas mûre pour les référendums. Hors de sa réélection, elle n'aime guère faire appel aux citoyens. La perspective d'une loi rejetée par le bas peuple lui inspire un profond dégoût. Elle ne veut pas prendre ce risque. Alors, elle tergiverse, dilue ses réformes, fait étalage de son impuissance et, souvent, recule.

En se méfiant de la démocratie, atteint-elle un meilleur résultat?