18 octobre 2011

Un parfum de Pilet-Golaz

2007 fut une année charnière.

Cette année-là, le peuple suisse réalisa qu'il s'était fait abuser.

Après le gâchis Swissair et le gaspillage Expo.02, après l'ONU, les bilatérales I et II grignotant la trame de la souveraineté populaire, après avoir ouvert les frontières à la libre-circulation, à l'immigration de masse et au tourisme de la criminalité, après avoir fait de bonne foi tant d'erreurs terribles dont nous paieront le prix pendant encore des décennies, le peuple suisse commença, enfin, à remettre en question la validité des promesses de sa classe politique, et a s'intéresser aux causes qu'elle défendait vraiment.

En 2007, le PDC de Christophe Darbellay clamait sur ses affiches que voter PDC renforcerait la position de Doris Leuthard; les électeurs le prirent au mot et, quitte à soutenir un point de vue, choisirent plutôt l'UDC de Christoph Blocher. L'UDC tutoya la barre des 30%, du jamais vu.

Mais 2007 n'était pas que la confirmation de la validité de la ligne suivie par l'UDC. C'est aussi l'année de l'infâmie, la première fois où un Parlement nouvellement élu s'estima en droit de fouler aux pieds la décision du peuple qui l'avait mis en place. Les Conseillers nationaux frondeurs éjectèrent des rangs du gouvernement l'unique conseiller fédéral à représenter sincèrement un premier parti de Suisse plébiscité.

complot.jpgIls étaient triomphants, tous ces messieurs - MM. Darbellay, Recordon, Sommaruga, Leuenberger, Berset et consort - trop fiers de leur Coup de Jarnac contre la démocratie représentative. Ils ne réalisaient pas qu'avec leur manigances à courte vue, c'est l'honneur de leur propre fonction qu'ils venaient de saborder.

Personne ne sortit indemne de l'affaire.

L'UDC, pêchant par naïveté, accusa le coup. Les soubresauts du complot poussèrent le parti dans l'opposition pendant deux ans et provoquèrent une scission, donnant naissance au mouvement-croupion du Parti Bourgeois Démocratique (PBD) que s'empressèrent de rejoindre des Conseillers Fédéraux dissidents, plus avides de carrière que de convictions.

Depuis, le PBD végète avec ses quelques élus démissionnaires, en grignotant ça et là quelques touffes sur des arpents de terres centristes surexploités par les Verts Libéraux, l'UDF, le PLR et PDC - ces deux derniers optant franchement pour une politique de décroissance, appliquée à leur électorat. Le PS, dans une fuite en avant dont il a le secret, choisit quant à lui de couper les ponts avec la réalité.

Hormis l'UDC et quelques jeunes pousses aussi spontanées qu'une campagne de marketing ciblée, la déliquescence des formations politiques helvétiques est indiscutable. Cela ne prêterait pas à conséquences si la Suisse pouvait se le permettre.

Mais hors des frontières, la tempête gronde. La crise des subprimes puis celle de la dette publique de social-démocraties financièrement insoutenables menace d'emporter toute la zone euro, y compris l'orgueil mortifère de ses élites. La faillite grecque ou le printemps arabes aux forts relents islamistes commencent à peine à déployer leurs effets sur la situation migratoire.

Dans les frontières suisses vidées de leur sens, la criminalité explose. La BNS décide unilatéralement de soumettre le Franc Suisse à l'Euro. Le Secret Bancaire a été vidé de toute substance. La soumission aux tribunaux étrangers se fait chaque jour plus pressante.

Et le Parlement et le Conseil Fédéral restent soumis contre vents et marée à une équipe pro-Européenne avide de rejoindre le grand Tout.

Le peuple suisse n'est pas resté inactif; frondeurs face au Parlement, les citoyens se sont exprimés par les urnes. Ils ont exprimé leur refus des minarets. Il ont voté le renvoi des criminels étrangers. Mais la classe politique actuelle fait la sourde oreille. Elle ne veut pas entendre le message. Elle utilise des tactiques de guérilla, manipule, désavoue, contredit, temporise. Elle manoeuvre pour reprendre automatiquement le droit européen. Elle verse des tributs. Elle écrase toujours plus la population sous les règlementations, les impôts, les taxes, utilise l'émotion de l'actualité pour faire passer ses lois à la hussarde.

Loin des préoccupations de sécurité et de vie paisible de la population suisse, la classe politique rêve d'Europe en méprisant un pays trop petit pour elle.

La scission entre la population et les élus sensés la représenter a un précédent - dans les années 40.

Un sentiment de déjà-vu

Lorsqu'on évoque la Seconde Guerre Mondiale, la figure quasi-mythique du Général Guisan vient immédiatement à l'esprit. Farouche défenseur de la neutralité armée, Henri Guisan incarne le Suisse résolu, prudent et avisé. Guisan a donné son nom à des avenues, des places et une abondante littérature. Mais si on cite bien volontiers le Général Guisan et le rapport qu'il donna au Grütli, on oublie l'importance bien plus significative d'un autre vaudois de l'époque, le radical Marcel Pilet-Golaz.

Marcel_Pilet-Golaz.gifDans un discours célèbre prononcé le 25 juin 1940, Marcel Pilet-Golaz se distingua par sa fascination ambiguë envers le régime nazi et "l'ordre nouveau" que celui-ci incarnait, sous-entendant qu'il était vain de s'y opposer et que la Suisse ferait mieux, en quelque sorte, de s'accommoder de la nouvelle donne en Europe.

Marcel Pilet-Golaz traduit infiniment mieux l'ambiance particulière qui a marqué le début de la Seconde Guerre mondiale, justement parce qu'il était en porte-à-faux avec la majorité. Pilet-Golaz résume par son discours la subjugation, l'abattement et le fatalisme, des sentiments rejetés par la plus grande partie des Suisses de cette période.

En d'autres termes, Pilet-Golaz résume la trahison des élites, une douleur si vive que même aujourd'hui cette partie de la Seconde Guerre mondiale est volontiers minimisée.

Marcel Pilet-Golaz n'avait rien d'une singularité. Issu du sérail, politicien expérimenté, il avait été élu par le Parlement, qui lui-même avait été porté par le peuple. Il avait accédé au poste de Président de la Confédération avec l'assentiment de toute la classe politique du moment.

La ressemblance avec notre époque est frappante. Aucune armée ne manoeuvre aux portes du pays, mais le discours d'une bonne partie de la classe politique est remarquablement semblable. L'adhésion à l'Union Européenne est présentée comme quelque chose d'incontournable. Il serait vain de poursuivre sur la voie de l'indépendance et de la neutralité. Nous avons tellement de liens commerciaux et culturels avec l'Union, notre premier client, nos lois sont déjà euro-compatibles, nous avons quasiment adopté l'euro à travers un contrôle des changes, tout le monde explique que les accords bilatéraux ont trouvé leurs limites, si bien que l'adhésion est la seule étape logique... Toujours cette mélopée soporifique en bruit de fond.

Le chemin de moindre résistance nous envoie dans les bras accueillants d'une Union Européenne en cours d'effondrement.

Les élections de 2007 étaient cruciales; elles ont été remportées par l'UDC, mais on lui a volé sa preprésentativité gouvernementale. Quatre ans plus tard, la marge de manoeuvre helvétique est extrêmement réduite. Au rythme auquel se désagrègent les institutions du pays, elles pourraient bien ne pas tenir quatre ans de plus.

Les élections de 2011 risquent d'être les dernières du genre. Pas la dernière fois que le citoyen helvétique glisse son bulletin dans l'urne, naturellement, mais bien une des dernières fois où le bulletin déposé dans l'urne garde encore un sens.

Avec la multiplication des Pilet-Golaz dans les médias et la classe politique, le peuple suisse pourrait bientôt s'abîmer dans le confort cotonneux d'une délégation de pouvoir à Bruxelles. Voter contre les minarets, pour l'enfermement à vie de délinquants sexuels, pour la non-prescriptibilité des actes pédophiles, pour le renvoi des criminels étrangers? Voter pour des objets à contre-courant du politiquement correct? Tout cela sera terminé pour de bon.

Si 2007 paraît loin et 1940 encore bien davantage, un parfum de Pilet-Golaz flotte sur ces élections fédérales 2011.