07 novembre 2012

Obama brillamment réélu

Depuis cette nuit, nous connaissons enfin le locataire de la Maison Blanche pour les quatre prochaines années.

obama-2012.jpg

Malgré les sondages évoquant un coude-à-coude, la réélection de Barack Obama semble avoir été facile, en dépit d'un bilan politique plutôt mitigé.

Face à lui, Mitt Romney n'a pas dépareillé ; mais le candidat républicain modéré n'a pas réussi à mobiliser autour d'un projet politique qu'il n'a d'ailleurs jamais vraiment formulé. Malgré toute son expérience dans le secteur privé, Mitt Romney, présenté par les Républicains comme le "meilleur candidat possible" parce qu'il le fallait bien, manquait de charisme et de combativité. Gagner de façon incontestable un des trois débats présidentiels a été son fait d'armes le plus marquant ; cela n'a évidemment pas suffit.

barack obama,mitt romney,usaMédiatiquement, la population américaine a suivi le script prévu. Le quatrième pouvoir a adoubé Obama depuis 2008 et n'a jamais remis ce soutien en question. L'Obamania a déferlé jusqu'en Europe avec des résultats durables. Aujourd'hui encore, quatre Français sur cinq "voteraient" pour Obama. En Suisse, un sondage en ligne du Matin, montré ci-contre, donne une proportion identique.

Que va-t-il se passer aux Etats-Unis entre 2013 et 2016? Eh bien, on peut s'attendre à une continuation de la marche en avant de l'Etat Fédéral américain vers la social-démocratie à l'Européenne (avec la réussite que l'on connaît sur le Vieux Continent) avec plus de régulations, de centralisation, de taxes, de subventions, de dirigisme, de socialisme.

"Obamacare" sera mis en place en 2014, créant pour de bon une machine à déficit dont les Américains ne verront jamais le bout.

Le dollar-papier continuera à s'éroder jusqu'à sa valeur intrinsèquement nulle. Bonne nouvelle pour ceux qui possèdent de l'or...

La reprise finira bien par se produire, mais la croissance restera molle et le taux de chômage élevé. Suivant son jeu partisan, Barack Obama se fera un plaisir d'attribuer ces piètres performances économiques aux minorités de blocage dont disposent encore les Républicains.

Barack Obama pourra probablement nommer entre 1 et 4 juges de la Cour Suprême américaine, influant de manière décisive sur l'équilibre de cette institution.

Sur le plan de la politique étrangère, il n'y aura probablement pas de gros changements ; l'administration Obama continuera de garder ses distances avec les alliés traditionnels de l'Amérique tout en étant bien accommodante avec les régimes hostiles. La conséquence la plus inquiétante de cette posture touche évidemment au dossier nucléaire iranien. En l'absence d'une Amérique frappant fermement du poing sur la table, il est plus que probable qu'une nouvelle guerre éclate à court terme au Moyen-Orient.

Les Républicains gardent le contrôle de la Chambre des Représentants, les Démocrates celui du Sénat: les équilibres politiques établis depuis les élections de mi-mandat de 2010 continueront à prévaloir. C'est la seule chose, peut-être, qui pourra encore retenir Obama. N'ayant plus aucun souci à se faire sur le plan de la popularité, le président réélu aura les coudées franches pour tenter désormais d'appliquer les mesures les plus radicales de sa pensée.

Depuis des années, on annonce le "point de bascule" - le moment où la somme des intérêts particuliers, du vote communautaire (90% des Noirs et 70% des Latinos soutiennent Obama) et des clientèles électorales cultivées à coup de subventions réussira enfin à l'emporter sur la simple démocratie représentative. Le second mandat de Barack Obama pourrait marquer le franchissement de ce point de non-retour.

Les Républicains, enfin, devront se livrer à une remise en question en profondeur - de la qualité de leurs candidats à leur relation aux médias - s'ils veulent espérer retrouver le chemin de la présidence un jour.

19 septembre 2012

Romney en flagrant délit de sincérité

Il est des impairs à ne pas commettre en période électorale américaine: perdre son sang-froid par exemple. Ou dire la vérité. Pour avoir commis ce triste délit, Mitt Romney est aujourd'hui démoli avec gourmandise par des médias qui, avouons-le franchement, n'ont jamais rien fait d'autre que de rouler pour Obama.

Le crime remonte au mois de mai, alors que M. Romney n'était pas encore officiellement le poulain du camp républicain. Au cours d'une soirée privée de récolte de fonds, le candidat s'est lancé dans certaines considérations avec un niveau de franchise plus élevé que ce à quoi les déclarations publiques nous habituent - alors même qu'il était filmé en caméra caché par une source de Mother Jones, journal engagé à gauche.

Aujourd'hui, selon un timing minuté pour nuire au maximum au candidat, les séquences sont diffusées petit à petit. Nous n'en avons pour l'instant que deux, d'autres suivront peut-être. La première est liée à la "mentalité d'assisté" des électeurs démocrates:

"47% [des électeurs] voteront pour le président [Obama] quoi qu'il arrive. Il y a 47% des gens qui sont avec lui, qui dépendent du gouvernement, qui pensent qu'ils sont des victimes, qui pensent que le gouvernement doit s'occuper d'eux, qui pensent qu'ils ont le droit d'avoir accès à une couverture santé, à de la nourriture, à un toit, à tout ce que vous voulez."

"Ces gens pensent que c'est quelque chose qui leur est dû. Que le gouvernement devrait le leur donner. Et ils voteront pour [Obama] quoi qu'il arrive. Ce sont des gens qui ne paient pas d'impôts."

 

Où est le scandale, au juste? Le clientélisme est à la base de toute politique socialiste. Redistribuer les richesses des autres est le fondement même de l'Etat-providence, et à une époque les partisans de ce genre de programme (qui prétendaient bien entendu que c'était à des tiers, et non à eux-mêmes, qu'il s'agissait de venir au secours) en tiraient même une certaine fierté.

Evidemment, nous avons dépassé ce stade depuis très longtemps, et la plupart des gens ont bien compris aujourd'hui que la définition correspond surtout à une posture morale, quand il ne s'agit pas de vol pur et simple. Dans la pratique, l'argent finit bien plus souvent dans les poches des intermédiaires et de la bureaucratie, les "aidants", que dans celles des "aidés", qui ne s'en sortent pas. Ce n'est pas pour rien qu'en France comme ailleurs le PS est surtout le parti des fonctionnaires, guère celui des ouvriers ou des plus pauvres.

Comme le disait Margaret Thatcher: "Je n'ai jamais oublié que l'objectif inavoué du socialisme – municipal ou national – était d'accroître la dépendance. La pauvreté n'était pas seulement le sol nourricier du socialisme: elle en était l'effet délibérément recherché."

Toutefois, les "47% de votants démocrates incompressibles" mentionnés par Mitt Romney reposent sur une erreur d'appréciation:

[Les] non-assujettis à l'impôt sur le revenu ne sont pas tous des citadins à faible revenu vivant des bons alimentaires, des aides au logement et d'autres programmes sociaux traditionnellement soutenus par les démocrates.

Beaucoup sont des retraités et des électeurs blancs issus de la classe ouvrière qui se montrent méfiants à l'égard du rôle de l'Etat qu'ils jugent parfois de nature à menacer leurs libertés individuelles.

Cette méfiance les incite naturellement à se montrer conservateurs politiquement et à voter pour le parti républicain bien qu'ils soient bénéficiaires des aides sociales.

 

On pourrait encore rajouter les anciens combattants ou les étudiants. Mitt Romney n'a donc pas à convaincre l'intégralité des 53% restants pour l'emporter, heureusement pour lui.

La deuxième "révélation" de Mother Jones concerne le conflit israélo-palestinien.  Là encore, le candidat républicain accuse les Palestiniens de ne pas vouloir la paix avec Israël - ce qui est, là encore hélas!, la plus stricte vérité. Que ce soit le Fatah ou le Hamas, leur objectif ultime n'a jamais été de vivre en paix dans un territoire (pas plus Gaza que la Cisjordanie) mais bien l'élimination physique de tous les juifs de Palestine, femmes et enfants compris. Ils n'ont jamais renoncé. Toute avancée vers la paix sera impossible tant qu'ils ne lâcheront pas cet objectif. Le "dialogue" israélo-palestinien ayant tourné depuis longtemps à la mascarade, pourquoi pousser Israël à la moindre concession face à des gens qui ne lui reconnaissent même pas le droit à l'existence?

Les éditorialistes sont prompts à s'indigner devant la position de M. Romney sur le Moyen-Orient, mais ils oublient que celui-ci a été publiquement soutenu par le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, un fait sans précédent, qui pourrait avoir un effet sur le puissant lobby juif américain. Sachant qu'Obama pourrait l'emporter en novembre, la prise de risque en dit long sur l'état des relations entre Israël et l'administration démocrate.

En fin de compte, si la sincérité et le bon sens de Mitt Romney (bien que capturés par caméra cachée) sont des faiblesses naturellement exploitées à des fins partisanes, l'effet politique n'est peut-être pas si grand que ce que les médias pourraient espérer. En privé, Mitt Romney apparaît comme un individu animé de convictions plus profondes que ce que ne laissent transparaître les insipides spots de campagne.

En outre, la "dégringolade" du candidat dans les sondages peine à se matérialiser. La moyenne des principaux sondages réalisés ne donne que 3 points d'avance à Obama.

Mitt Romney est peut-être un candidat républicain maladroit, peu séduisant, fade, médiocre même, mais il dispose d'un terrible avantage sur le président sortant: il n'a pas à défendre un bilan économique catastrophique.

Alors que l'échéance électorale se rapproche, les électeurs pourraient bien oublier les polémiques superficielles pour se rappeler leur situation personnelle déplorable sous le régime du président Obama. Comme pour l'élection de François Hollande en France face à Nicolas Sarkozy, les Américains pourraient voter non par adhésion, mais simplement par rejet du candidat sortant.

29 juin 2012

Obamacare, victoire à la Pyrrhus

La nouvelle est célébrée comme il se doit par tous les médias européens: la Cour Suprême Américaine vient de "valider" l'Obamacare, la réforme de santé promulguée par Barack Obama en début de mandat. Joie et félicité! Obama est triomphant! Victoire!

ObamacareSupporters.jpgEntre deux lancers de cotillons, le fêtard pourra tout de même se poser la question: qu'est-ce que la Cour Suprême vient faire là-dedans? Et puis, s'éloignant pour creuser un peu plus profodément la question (ce qui n'est jamais bon pour l'ambiance de fête) il pourrait réaliser que le verdict de la Cour Suprême a tout du baiser empoisonné. Voire, qu'il risque d'enfoncer les chances de réélection du président démocrate en novembre...

Les oppositions au projet ont été innombrables depuis sa conception et ont porté sur de multiples aspects du texte. La Cour Suprême a été amenée à se prononcer sur la constitutionnalité du projet parce qu'elle a été saisie par les procureurs généraux de pas moins de vingt-neuf Etats américains opposés à la réforme!

Leur objection? L'Obamacare (de son vrai nom le Patient Protection and Affordable Care Act ou PPACA), monstre législatif de 2'700 pages, obligerait les Américains non couverts par une assurance-maladie liée à leur employeur ou à un mécanisme gouvernemental existant à souscrire à une assurance-maladie privée, sous peine d'amende. Or, cette disposition est contraire à la Constitution des Etats-Unis par au moins deux aspects:

  • Elle octroie à l'Etat Fédéral une nouvelle prérogative en matière de santé publique. Cependant, le Dixième Amendement stipule que seules les dispositions explicites de la Constitution dépendent du gouvernement fédéral. L'assurance-maladie n'en fait clairement pas partie. Si des mécanismes de santé publique peuvent être mis en place dans un Etat ou un autre - comme ne s'est pas privé de le faire le très républicain Mitt Romney au Massachusetts - de tels sujets ne sont pas du ressort du gouvernement de Washington.

supreme-court-2011.jpgCes réserves ne sont pas théoriques. Elles ont amené plusieurs cours de justice intermédiaires à décréter inconstitutionnelle la réforme de la santé. De recours en recours, l'affaire a naturellement été portée au-devant de la Cour Suprême, qui vient de valider le projet à travers un vote 5-4 très disputé. Mais contrairement à ce qu'affirment les médias, la Cour Suprême n'a pas validé Obamacare en totalité: la partie de la loi qui donnait accès au programme Medicaid à des millions de gens pas assez pauvres pour l'avoir actuellement mais incapables de se payer une assurance a été abrogée. Quant à la constitutionnalité de la réforme, la Cour a estimé qu'Obamacare pouvait être légale dans la mesure où il s'agirait d'une... taxe.

Voilà qui vient quelque peut contredire la communication de Barack Obama et de son camp, qui prétendent depuis le début que la réforme n'est pas une taxe - en plus d'avoir clamé qu'impôts et prélèvements n'augmenteraient pas, bien entendu.

Et cet aspect des conclusions de la Cour Suprême va singulièrement compliquer les affaires du président sortant.

Si plus aucun obstacle juridique ne s'oppose à la réforme, ses principaux effets se déploieront dès 2014. A cette date, des millions d'Américains devront souscrire à une assurance-maladie obligatoire. Et non seulement la vente forcée est très mal vue aux Etats-Unis, pays où la responsabilité individuelle n'est pas un vain mot, mais les Américains se rendront très vite compte qu'ils ne sont pas assez pauvres pour bénéficier du système payé par la collectivité, et qu'un mécanisme acceptant n'importe quel client à un tarif unique au nom de la solidarité ne peut que s'effondrer sous son propre poids (la classe moyenne suisse fait l'expérience didactique de cet étranglement progressif depuis 1996 et la mise en place de la LAMal par la gauche.)

Sans même parier sur l'évidente dérive financière du système, la pilule sera dure à avaler, et ce dès la première année. Selon les chiffres avancés par Le Figaro, le coût pour la couverture de 70% des frais médicaux serait estimé à 5'200 dollars par individu et par an, 14'100 dollars par famille. Dans un pays où les salariés sont habituellement couverts par le biais de leur employeur, ces primes frapperont de plein fouet les Américains au chômage - au moment même où celui-ci est historiquement élevé.

Pas sûr que ces gens-là auront très envie de glisser à nouveau un bulletin Obama dans les urnes en novembre.

Car c'est le deuxième écromney-obamacare.jpgueil sur lequel vient de se fracasser la réforme de la santé: en validant sous certaines réserves sa légalité, la Cour Suprême vient de déplacer l'opposition contre Obamacare du terrain constitutionnel au terrain politique. Mitt Romney ne s'y est pas trompé. Le candidat républicain à l'élection présidentielle de novembre a ainsi déclaré que sa première mesure en tant que président élu serait d'abroger la réforme.

Peut-être ne s'agit-il que de rhétorique de campagne, mais le fait est là: la réforme Obamacare a été électoralement désastreuse pour les Démocrates. Poussée au forceps dans les chambres du Congrès selon un clivage partisan, elle a mené le parti à la déroute dans les élections de mi-mandat jusque dans ses fiefs historiques.

Si Barack Obama a été porté au pouvoir en 2008 par une foule enthousiaste, ce n'était vraisemblablement pas à cause de ses projets de refonte de la couverture de santé. Des années après le début des travaux, Obamacare reste impopulaire auprès d'une majorité d'Américains. Le président sortant devra garder cela à l'esprit alors même que les principales mesures de son projet ne sont pas encore entrées en vigueur.

26 janvier 2012

Les non-dits des primaires républicaines

La "victoire surprise" de Newt Gingrich en Caroline du Nord n'en est une que pour des médias qui font campagne pour Mitt Romney, souffrent d'une ignorance crasse quant au fonctionnement des primaires américaines, ou les deux.

Depuis l'affrontement entre Hillary Clinton et Barack Obama lors des primaires démocrates de 2008 et la couverture quasi-obsessionnelle de l'événement, le grand public européen a une connaissance générale du mécanisme de désignation des candidats aux Etats-Unis.

Les deux grands partis américains choisissent leurs champion à travers une série d'élections, Etat par Etat. Cette année, Barack Obama visant sa réélection, seul le Parti Républicain est concerné. La désignation se déroule entre le début de l'année et l'été pour se conclure lors de la Convention Républicaine, qui aura lieu cette année à Tampa Bay, en Floride, du 27 au 30 août. Cela laisse bien peu de temps aux candidats à l'investiture pour sillonner les 50 Etats américains. Traditionnellement, le mécanisme de désignation obéit donc à un calendrier serré où les Etats se succèdent toujours dans le même ordre, évitant qu'un prétendant ne se démène dans le New Jersey pendant qu'un autre écume les routes de l'Utah.

La première désignation a lieu en Iowa à travers un caucus, dès le 3 janvier. La primaire du New Hampshire survient la semaine suivante, puis lui succèdent la Caroline du Sud, la Floride, le Nevada et le Maine. Ce chapelet débouche sur le "Super Mardi" du 6 mars, ou une dizaine d'Etats organisent leurs désignations simultanément, et où de vraies tendances nationales commencent enfin à se dégager. D'autres dates importantes sont programmées ultérieurement, impliquant plusieurs Etats en même temps ou des poids lourds électoraux (Texas, Californie), permettant de maintenir un semblant d'intérêt jusqu'à la fin de la course.

Mais le mode d'organisation des primaires permet aussi quelques illusions - pour rester poli. La dynamique en est une. Si vous êtes en tête à la première étape du parcours républicain, on peut s'attendre à ce que les médias parlent de vous. Cela fait de la publicité gratuite, attire les ralliements de donateurs et de militants et peut éventuellement susciter un véritable engouement.

Rick_Santorum.jpgUn candidat à la présidence au moins, Rick Santorum, a tout misé sur ce phénomène. Il a ainsi fait campagne pendant des mois uniquement en Iowa, première étape des primaires. Alors que d'autres candidats levaient des fonds et partageaient leur temps entre différentes régions, lui sillonnait les comtés de l'Iowa et rendait visite à chaque assemblée locale. Ne ménageant pas ses efforts, il comptait sur une victoire décisive lors de cette première étape pour se faire connaître et déclencher un effet boule de neige. Hélas pour lui, la confusion des résultats a perturbé le script du scénario. Rick Santorum s'est retrouvé en tête, mais au coude-à-coude avec Mitt Romney. Même si un nouveau décompte lui a finalement accordé l'Iowa, la clarification est arrivée trop tard pour lui procurer l'exposition dont il avait tant besoin.

Rick Santorum n'a pas été le seul à tenter de tourner l'organisation des primaires à son profit. Les médias savent parfaitement user et abuser du calendrier électoral pour pousser le candidat de leur choix en prétendant étendre à l'échelle de l'Amérique les résultats d'une consultation partielle dans une poignée d'Etats fédéraux.

En effet, tous les Etats n'ont pas la même légitimité dans la désignation. Non seulement la force des Républicains est relative - et une communauté politique en minorité ne choisit pas ses représentants de la même façon qu'une autre en majorité - mais l'organisation du scrutin lui-même est sujette à de grandes variations.

Quelle Amérique est favorisée par le calendrier actuel? Au vu du battage médiatique autour de Mitt Romney, pas besoin d'être grand clerc pour deviner. L'Iowa est à gauche depuis 1999 même s'il a tourné casaque (comme une bonne partie des autres Etats) lors des élections de mi-mandat de 2010: c'est donc un de ces "swing states", un Etat centriste dont la population peut voter parfois Démocrate et parfois Républicain. Le New Hampshire est encore plus démocrate, il n'a même pas changé de bord à cette occasion.

Le New Hampshire fait également partie de la dizaine d'Etats pratiquant des primaires ouvertes. Cela signifie que n'importe quel citoyen peut participer à la désignation du candidat républicain, peu importe son affiliation politique. Si les militants démocrates locaux se sont déplacés pour participer aux primaires - et pourquoi s'en priveraient-ils! - sur quel candidat ont-ils porté leur choix, le plus à droite ou le plus à gauche, à votre avis?

Mitt_Romney.jpgRien d'étonnant donc à ce que Mitt Romney, le plus démocrate des candidats républicains, engrange des succès dans ces premières consultations. Bien entendu, les médias attirent peu l'attention sur cet aspect "technique" des primaires, pourtant lourd de conséquences. 44% des électeurs du New Hampshire participant aux primaires n'étaient ainsi pas inscrits comme Républicains, confirmant la théorie de Rush Limbaugh et Sarah Palin comme quoi Obama (et ses électeurs) préfèrerait s'opposer à Romney, perçu comme le candidat le plus facile à battre en finale.

Au mensonge par omission dans le New Hampshire succéda un mensonge plus flagrant en Caroline du Sud. L'électorat républicain y est suffisamment confiant pour ne pas avoir à soutenir un tiède, mais les médias jouèrent à fond la carte du "peuple américain pour Mitt Romney", n'hésitant pas à accorder à celui-ci une popularité totalement fantaisiste. Le 14 janvier, une semaine avant le vote, ils créditaient encore leur poulain de 37% d'intention de vote contre seulement 12% pour Newt Gingrich. Répétant la partition si bien jouée en 2008 avec John McCain (un autre républicain centriste lui aussi poussé par les médias pour échouer en fin de parcours) Mitt Romney allait l'emporter. Avec trois victoires de suite, les primaires républicaines seraient quasiment jouées.

L'effet de ces sondages pipés est loin d'être anodin. Ils démobilisent les partisans qui ne soutiennent pas le favori: dans un scrutin majoritaire, il faut avoir la foi chevillée au corps pour aller voter en sachant le résultat joué d'avance. De plus, la Caroline du Sud pratique elle aussi les primaires ouvertes! Tout était donc en place pour favoriser l'influence des Démocrates locaux votant naturellement pour Romney.

newt_gingrich.jpgContre toute attente, la manoeuvre a échoué, et dans les grandes largeurs. "L'archi-favori Mitt Romney" s'est pris les pieds dans le tapis en ne récoltant que 26% des suffrages, contre 40% pour "le revenant" Newt Gingrich, un Républicain nettement plus à droite. Le scénario à la McCain ne s'est donc pas répété.

Bien qu'Obama fasse comme si, l'Amérique de 2012 n'est pas celle d'il y a quatre ans. La naïveté est une faiblesse dont on guérit rapidement. Un certain nombre de citoyens on compris les manoeuvres dont ils faisaient l'objet et en ont pris de la graine. Nous en aurons la démonstration lors du scrutin en Floride le 31 janvier. Toutes les caractéristiques sont réunies pour un test électoral réellement significatif: un Etat peuplé, important sur le plan fédéral, organisant des primaires où seuls les membres du Parti Républicain peuvent voter.

Je ne suis pas loin de penser que, quels que soient les sondages qui prétendent le contraire, Mitt Romney pourrait y finir troisième derrière Newt Gingrich et Ron Paul, un résultat qui briserait pour de bon le mythe de "l'Amérique pour Romney" monté de toutes pièces par les médias.

Mais ceux-ci ont d'autres tours dans leur sac. Affaire à suivre...