04 décembre 2010

Le Sommet de Cancun

Découverte via h16, une vidéo sur le Sommet de Cancun va sans nul doute devenir virale.

Le Sommet de Cancun? Mais si, vous savez, du 29 novembre au 10 décembre, la 16e conférence sur les changements climatiques dans le cadre de l’ONU (CCNUCC) dont l'objectif est de trouver un accord international sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour la période 2013-2020...

Les ministres de l'environnement, délégués et autres lobbyistes issus de 194 pays se retrouvent donc à Cancun avec un agenda chargé: déforestation, compensations de non-émission, législation internationale contraignante pour la réduction des émissions de CO2, définition de quotas de CO2 et ainsi de suite dans le cadre de la lutte historique de l'humanité contre le réchauffement climatique.

Pourquoi Cancun me direz-vous? Eh bien, Cancun est une espèce de symbole d'un développement non maîtrisé; une station balnéaire artificiellement érigée sur d'anciennes mangroves asséchées. Pauvres mexicains qui ont vu leurs marais poisseux bourrés de moustiques remplacés par des hôtels de luxe! Saloperie de développement économique! On visionnera avec délice le reportage de la TSR sur la ville, il vaut son pesant de cacahuètes.

On imagine l'abnégation et le sérieux de chaque participant, imprégné de l'importance cruciale de sa mission pour la survie de la civilisation et l'avenir de l'humanité alors que s'ouvre le sommet...

Foutaises, faut-il crier à ce moment là. N'en jetez plus, la coupe est pleine! Assez!

Si les délégués écolo-bien-pensants du monde entier se réunissent à Cancun, c'est avant tout parce que c'est une station balnéaire super cool débordante d'hôtels de luxe, de piscines, de spas et de plages artificielles magnifiques. L'alcool y coule à flots, il y a de la musique live et des buffets à volonté (et probablement les extras qui vont avec, de la drogue aux prostituées.)

Démonstration. C'est encore mieux avec un peu de son.

Voilà, chers lecteurs, comment l'humanité est sauvée par ses élites pendant que la Suisse s'enfonce sous la neige. Allons, cette vidéo ne montre que le premier soir, n'oublions pas que le sommet dure jusqu'au 10 décembre.

Je comprends qu'on se bouscule pour sauver la planète!

Si le résultat de Cancun est insuffisant, le prochain sommet se tiendra en Afrique du Sud à Durban en décembre 2011. Comme par hasard, Durban se trouve être une station balnéaire luxueuse. Ca tombe drôlement bien! Et puis décembre 2011, dans l'hémisphère sud, ce sera très ensoleillé. Un symbole en direction du réchauffement climatique, sans aucun doute.

Oui, il fait bon sauver la planète. Mais comme dit h16, pas de quoi s'indigner: c'est avec votre pognon, après tout.

14 septembre 2010

Réchauffement Climatique: l'ombre de Lyssenko

C'est officiel, la Recherche Climatique est la première science post-moderne ; le post-modernisme étant ici - de la façon même dont Wikipedia en est imprégné - une définition toute relative de la vérité. Le post-modernisme, ou relativisme, rejette la notion de vérité objective. Tout le monde a raison en même temps! A chacun sa vérité! Suivant cette mode, ce que nous appelons la "vérité scientifique" ne serait guère plus qu'une convention au sein de la communauté des chercheurs, résultant de forces sociales, culturelles et politiques...

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10 septembre 2010

Brûlera, brûlera pas?

Le suspens est à son comble: le coran va-t-il brûler?

Andy Warhol prédit en 1968 que dans le futur, chacun aurait un quart d'heure de célébrité. Je ne sais pas si 2010 correspond au futur qu'il imaginait, mais les compteurs se sont affolés quand Terry Jones a annoncé qu'il brûlerait des exemplaires du coran le 10 septembre, c'est-à-dire, aujourd'hui. Quelques piles de bouquins "sacrés", des allumettes et les caméras rappliquent comme les guêpes dans un pique-nique. Plus besoin de se taper des auditions à la Nouvelle Star!

109866K_coran.jpgBien entendu, si chacun peut avoir son quart d'heure de gloire, les compliments ne sont pas inclus dans la formule. Le pasteur et son groupe ont donc ainsi immédiatement été qualifiés d'intégristes par des médias déterminés à se dissocier de la démarche. D'autres qualifient le groupe de fondamentaliste, comme si l'autodafé était le devoir sacré de chaque Chrétien... Bref, il faut rapporter l'info, mais en se bouchant le nez. Message reçu, les gars, n'en jetez plus!

Selon Le Temps, le pasteur à la tête du groupe chrétien Dove World Outreach Center ("Centre colombe pour aider le monde") aurait déclaré à CNN:

Nous pensons que le message que nous essayons de faire passer est bien plus important que le fait que des gens soient offensés. Nous croyons qu'on ne peut pas reculer devant les dangers de l'islam.

 

En brûlant des exemplaires du Coran, il dit vouloir envoyer "un avertissement à l’islam radical" et rendre hommage aux victimes du 11 septembre. Chacun son style. Pourtant, l'opération n'a rien de nouveau. On trouve facilement une vidéo de coran qui brûle sur youtube (voire des bibles pour ceux que ça intéresse). Pas de chance, les écrits enflammés de Mahomet ne génèrent pas toujours le même buzz...

Cette fois-ci, en revanche, le message elle a été fort bien entendu par les intéressés. Lundi soir, environ 200 hommes avaient déjà manifesté devant une mosquée de Kaboul aux cris de "Mort à l'Amérique" et "Vive l'islam", dénonçant par avance le projet de profanation de leur livre sacré. On notera avec quelle facilité les excités de Kaboul et d'ailleurs sont prompts à l'amalgame: un parfait inconnu, Terry Jones, annonce qu'il veut mettre le feu à ses bouquins, et c'est tout de suite "Mort à l'Amérique" et ses 300 millions d'habitants. Quel manque de discernement, franchement!

Mais en hauts lieux, ce manque de discernement inquiète. Les hauts responsables se succèdent pour expliquer que cet autodafé "mettrait en danger les troupes déployées en Afghanistan". Même Barack Obama s'y est mis. Ces appels à la mesure plus ou moins déguisés en avertissements ne sont pas le seul fait des occidentaux. Mais le Premier Amendement américain, malheureusement absent dans d'autres constitutions, empêche les autorités d'interférer. Quant à croire que renoncer à ce projet pourrait "apaiser" al-Qaeda, c'est d'une naïveté touchante!

Soyons clair: chaque ethnie, chaque nation, chaque religion a des symboles auxquels elle tient. L'attachement envers ces symboles les rend d'autant plus facile à mettre en scène dans diverses provocations. L'offense, déclencheur de la crise, est un acte anodin rendu inique précisément à cause de l'attachement au symbole. Et plus important encore, la réaction offensée est l'indicateur clé des extrémités auxquelles sont prêts à aller les offensés. Des protestations officielles? Un procès? Une manifestation? Des troubles civils? Des assassinats? Une guerre? Un simple écoeurement?

Ce n'est non pas l'acte, mais la réaction à cet acte, qui est révélatrice d'extrémisme. Qui est le plus fou, celui qui brûle un livre, ou celui qui enfile une ceinture de dynamite pour faire se faire exploser au milieu d'inconnus en guise de protestation? En ce sens, l'autodafé planifié par Terry Jones pourrait tout à fait atteindre l'objectif fixé par le pasteur. Et ce ne sera sans doute pas la dernière opération du genre.

19 mai 2010

La nouvelle ruée vers l'or

Ce n'est pas le Klondike mais ça y ressemble: Les cours de l'or s'envolent!

«En ces temps d’incertitudes persistantes, l’or devrait continuer à bénéficier d’une grande demande et les prix devraient être bien soutenus, tandis que des investisseurs supplémentaires devraient être attirés par la barre psychologique importante des 1000 euros», notaient les économistes de Commerzbank vendredi.

Une petite courbe vaut mieux qu'un long discours:

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Un tel graphique évoque immanquablement "l'exubérance irrationnelle des marchés" chère à Alan Greenspan. Mais cela colle peu avec l'or, dont il n'y a rien à attendre. L'or n'offre pas de perspective de gains liés à la technologie et ne verse pas de dividendes. L'or est inerte, amorphe, sans surprise. Avec l'or, pas de bulle possible.

Alors, pourquoi cet engouement?

Bizarrement, on trouve peu d'explications sur les raisons profondes de cette envolée. Les analystes financiers travaillent à partir des courbes et évoquent des "seuils psychologiques" qui seraient enfoncés les uns après les autres, ouvrant ainsi la porte à de nouvelles hausses. L'explication semble bien peu convaincante. L'or joue à fond son rôle de valeur-refuge, dit-on, mais rares sont les journalistes à tourner leur regard vers la tempête dont les investisseurs cherchent à se prémunir.

En réalité, la courbe ci-dessus ne peut dire qu'une chose: la crise est devant nous.

La zone Euro va mal. Ca ne concerne pas que les finances publiques. Certains économistes ont commencé à s'émouvoir de l'effet des plans de rigueur annoncés ici et là sur l'activité économique. Leur point de vue est exprimé d'une façon étrange, mais il n'est pas entièrement faux: le retrait des Etats de l'activité économique laisse des traces auprès de leurs innombrables clients et fournisseurs. En outre, tous les plans de rigueur introduisent de nouvelles ponctions fiscales et contribuent donc à écraser la croissance. Les politiciens ont jusqu'ici montré très peu d'empressement à s'attaquer aux vraies racines du problème, les dépenses. Gageons que la réalité se chargera de le leur rappeler.

En attendant, les pouvoirs publics essayent encore de faire croire qu'ils peuvent s'en sortir en faisant payer les autres, et les perspectives de croissance des acteurs économiques privés s'en ressentent.

Si les actions sont promises à baisser parce que l'activité économique pâtit, mieux vaut rester à l'écart du marché des actions. Mais où placer ses économies alors? Emprunts d'Etat? Les rendements sont lamentables et les risques pas si minimes que ça. Garder du cash? Certainement pas, à une époque où tant les USA que l'Europe font tourner la planche à billets. Reste les métaux précieux.

L'or est une valeur-refuge parce que la matière première échappe à toute manipulation. Avec l'or, on ne peut pas tricher.

5151584_lingot.jpgSous la pression des politiques, la BCE a renoncé à tous ses principes et à son indépendance. Elle imprime désormais des euros par milliards pour les prêter à des pays en cessation de paiement, comme la Grèce. L'inflation pointe déjà son nez et je parie qu'elle va aller en s'intensifiant.

L'or est hors d'atteinte des astuces comptables des pouvoirs publics et des banques centrales. Les Alchimistes ont bien essayé, mais jusqu'à présent personne n'a trouvé comment créer de l'or à volonté. La perte de valeur des principales monnaies du monde (qu'il s'agisse du Dollar, de l'Euro ou de la Livre Sterling) va donc contribuer à une hausse mécanique de la valeur fiduciaire de l'or, simplement parce que les monnaies contre lesquelles il est mesuré s'affaiblissent.

La crise est loin d'appartenir au passé. Les politiciens européens semblent bien peu enclins à réaliser l'énormité de l'enjeu - une crise dont ils ne comprennent pas l'essence et qui s'apprête à les frapper de plein fouet.

Dans les colonnes du Temps, Emmanuel Garressus explique brillamment que le retour à la rationalité (c'est-à-dire: comprendre qu'il faut créer des richesses avant de penser à les extorquer, que cette création vient des entrepreneurs et non de l'Etat, etc. - des vérités simples oubliées par des populations étourdies par des non-sens économiques martelés à longueur d'année) prendra une génération. Je partage son point de vue. N'allez pas croire pour autant que nous serons sortis d'affaire, par la magie du temps qui passe, exactement en 2030. Ce n'est pas qu'il faille plus longtemps - selon moi l'ordre de grandeur avancé est correct - mais, simplement, que cette longue et nécessaire désintoxication n'a pas encore commencé. Voilà ce que j'entends en disant que la crise est devant nous.

Les choses sérieuses débuteront lorsque l'Euro se désintègrera, lorsque les banques semi-publiques sauteront, lorsque les social-démocraties européennes épuisées seront au bout de leur incohérence fondamentale. C'est pour bientôt. Cela va être très douloureux et très violent. Tous ceux qui se précipitent sur les placements en métaux précieux l'ont bien compris. Voilà pourquoi l'or monte - et pourquoi il n'a pas fini de monter.

30 avril 2010

Et si on tuait le messager?

hhgjhdsre.jpg"Les revoilà, ces pelées, ces galeuses", ironise Ouest France en parlant des agences de notations. La mauvaise note, voilà l'ennemi. Comme à l'école, bannissons les notes, tout ira pour le mieux!

L'idée pourrait faire sourire si ce n'était la nouvelle lubie très sérieusement avancée par les prétendues élites européennes au lendemain du déclenchement de la crise grecque. Et ainsi le ministre allemand des Affaires étrangères et vice-chancelier Guido Westerwelle de suggérer la création d'une agence de notation européenne "indépendante" (ne riez pas). Et ainsi en France Michel Barnier qui réfléchit à une idée identique. Les grands esprits se rencontrent...

Il faut comprendre comment fonctionnent les agences de notation pour juger du grotesque d'un tel projet - ce qui ne menace en rien son avenir, bien au contraire.

Un article synthétique du Nouvel Observateur résume le travail qu'accomplissent ces fameuses agences:

Les trois grandes agences internationales de notation financière - Standard & Poor's, Fitch et Moody's - évaluent la solvabilité des Etats ou des entreprises et leur risque de non-remboursement. Elles attribuent ainsi des notes sur la qualité de la dette de la Grèce à court et à long termes, des indicateurs indispensables pour les marchés.

 

(Parenthèse: au milieu des glapissements de politiciens et d'internautes criant au complot anglo-saxon pour briser l'Europe et dominer le monde en jouant sur les notes, rappelons que Fitch Rating est une agence de notation... Française.)

Et de décrire comment les agences "s'attaquent" aux pays souverains en "dégradant" leurs notes, ce qui les "expose" aux vautours de la finance et autres spéculateurs avides d'argent frais... C'est tellement plus facile de tirer sur le messager que de tenir compte de son message!

Faire passer les agences pour les méchants de l'histoire est une facilité dans laquelle s'engouffrent des hordes de politiciens. Ils tiennent une excuse facile, ils ne vont pas la lâcher, fut-elle fausse.

A ce state, soulignons deux évidences trop souvent oubliées.

1. Les agences de notation sont inutiles. Elles ne sont dépositaires d'aucune technique secrète d'investigation, n'ont pas de comptable véreux infiltré dans la place, n'emploient pas, à ma connaissance, de détectives privés. Elles se contentent de faire des analyses de bilan, des prospectives financières, et d'autres prévisions à partir de données publiques. La plupart de leurs conclusions pourraient donc être atteintes par n'importe quel organisme financier qui s'en donnerait les moyens. La survie de ces agences au cour du temps prouve simplement que les banquiers préfèrent payer pour lire des conclusions que de refaire les calculs eux-mêmes.

2. Les agences de notation ne sont pas omniscientes. Elles sont vulnérables aux fraudes comptables comme tout un chacun, parfois dans l'erreur, et soumises à des conflits d'intérêts incontournables - difficile de ne pas embellir la situation d'un client qui vous paye pour être évalué! Trois jours avant sa mémorable faillite, Enron était encore triple A. Lors de la crise des subprimes, elles n'ont rien vu venir. Et la Grèce était très bien notée l'an dernier, alors que ses problèmes budgétaires n'ont absolument rien de nouveau...

Lorsque Nicolas Sarkozy dénonce le scandale d'une Grèce perdant trois points entre le vendredi et le lundi, il a parfaitement raison. Se passe-t-il réellement tant de choses en un week-end pour justifier une telle dégradation de la note? Bien sûr que non. La note était tout simplement fausse au départ.

Les agences de notation n'ont donc pas bonne presse. Mais un petit détail, un petit détail subtil, mérite d'être relevé...

Les erreurs des agences de notation se traduisent par une surévaluation de la note.

Les agences de notation se trompent le plus souvent par excès d'optimisme. Cette maxime se vérifie amplement par l'expérience - l'histoire abonde de notes surévaluées. Une note sous-évaluée tendra à se corriger d'elle-même: l'emprunteur paiera le loyer de son argent plus cher dans l'intervalle, et puis voilà. Si le différentiel de note était suffisant pour l'acculer à sa faillite, alors sa note de risque était amplement justifiée. Une note sur-évaluée, elle, pourra donner naissance à un vrai scandale, car des bailleurs de fonds confiants dans l'estimation de l'agence risquent de ne jamais revoir leur argent. Les conséquences ne sont pas les mêmes!

C'est pourquoi les agences ne font les gros titres que selon la façon dont elles se trompent. Un emprunteur payant 1% de plus que ce qu'il devrait sur son emprunt (et comment le prouver de façon certaine?) ne fera jamais cinq colonnes à la une. Mais un emprunteur bien noté par les agences et faisant soudainement défaut, si.

Les agences sont promptes à corriger leurs notes surévaluées lorsque ça sent le roussi. Mais elle sont toujours en retard, surtout face à une situation qui se dégrade. Si les affaires de l'établissement sous surveillance vont mal même avec une note trop bonne, l'abaisser ne va pas arranger les choses. Pourtant, s'en abstenir reviendrait à mentir délibérément, et mettrait en danger la principale ressource dont dispose une agence: sa crédibilité.

Dès qu'un faisceau de signes négatifs survient, les agences essayent donc de corriger le tir, comme elles peuvent. Les notes dégringolent alors sur une très courte période. Mais ce n'est pas, je le répète, parce que l'établissement sous surveillance ne lui revient pas ou que les analystes financiers prennent un malin plaisir à tourmenter leurs clients. Non, c'est parce que la note précédente était surévaluée, parfois de beaucoup, et qu'il est urgent pour la réputation de l'agence de remettre les choses au clair.

Une fois ces mécanismes compris, l'idée d'une nouvelle agence de notation, européenne ou autre, apparaît totalement ridicule. Quelqu'un pense-t-il vraiment que le but d'une telle entité serait de noter plus fidèlement, c'est-à-dire plus sévèrement, la capacité des Etats à rembourser leurs dettes?!