12 février 2017

12 février: victoires socialistes majeures

Les votations du 12 février ont donc eu lieu. En plus de divers objets cantonaux, trois objets fédéraux étaient au menu, RIE III, la naturalisation facilitée des étrangers de 3e génération, et le nouveau fonds FORTA pour le financement de nouvelles infrastructures.

Troisième Réforme de l'Imposition des Entreprises (RIE III) - Cette réforme était sans doute le gros morceau de cette journée de votation. Les différents sondages avaient montré que le texte était mal embouché ; la confirmation vint assez tôt avec un rejet plutôt cinglant, 59,1% de Non.

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Seuls quatre cantons l'acceptent, dont Vaud, soutenant fort logiquement une réforme dont il avait approuvé des mesures d'accompagnement soutenues par l'ensemble de l'échiquier politique (dont le PS local... qui fit ensuite campagne contre RIE III. Toujours cohérents, les camarades!)

Si RIE III ne m'inspirait guère d'enthousiasme, je m'étais engagé en faveur du texte: il allait tout de même dans le bon sens, diminuant l'imposition des PME helvétiques tout en accroissant celle des multinationales. Mais surtout, il permettait de maintenir la compétitivité internationale de la Suisse en conformité avec les nouvelles règles de l'OCDE.

Écœuré par les abattements fiscaux que permettait la fameuse "boîte à outils", enfiévré par la gauche qui hurla aux pertes fiscales, emporté par une irritation générale face aux élites implorant de voter Oui, les citoyens suisses choisirent d'exprimer leur colère.

Le résultat est là: RIE III est à la poubelle et la Suisse saute dans l'inconnu. Qu'adviendra-t-il des 24'000 multinationales installées dans le pays, des 150'000 personnes qu'elles emploient et, surtout, des 5 milliards d'impôts qu'elles versent annuellement? Si elles quittent la Suisse, les pertes fiscales seront sans commune mesure avec le manque à gagner de RIE III, sans compter le chômage et les conséquences sur les PME locales.

La victoire socialiste d'aujourd'hui pourrait avoir assez vite un goût de cendres.

Naturalisation facilitée des étrangers de troisième génération (abordée ici): la réforme lancée par la socialiste Ada Marra remporte le suffrage haut la main avec 60,4% de Oui. Différentes variantes de l'objectif étaient depuis longtemps soutenues par une majorité populaire mais quelques cantons alémaniques faisaient obstacle à la double-majorité requise. Seuls six refusèrent aujourd'hui, entraînant de fait l'adoption de la réforme.

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Rompant avec la tradition germanique d'héritage culturel familial, la Suisse ouvre progressivement la voie à une naturalisation selon le droit du sol. Le changement de paradigme est bien réel, puisque ces nouveaux naturalisés ne demanderont plus la vérification de critères d'intégration mesurables, même si cet examen était déjà souvent laxiste.

Les Suisses sont restés sourds au fait que ces immigrés de troisième génération avaient déjà toutes les cartes en main pour se faire naturaliser selon la voie habituelle - excepté la volonté de le faire. En rendant le processus plus facile, la population s'enrichira-t-elle de citoyens plus impliqués?

"Quand le peuple vote mal, il faut changer le peuple" ironisait Bertolt Brecht. Dans une époque où trois quarts des nouveaux Suisses le sont déjà par naturalisation, cette nouvelle réforme aura de profondes conséquences à long terme sur la composition du corps électoral helvétique.

Fonds pour les routes nationales et le trafic d'agglomération (FORTA): avec 62% de Oui, les Suisses ont plébiscité la création d'un fonds routier doté de 3 milliards de francs sur le modèle de celui qui existe déjà pour le rail. Les sondages montrèrent une course en tête tout au long de la campagne et pas un seul canton ne refuse cet objet.

La gauche s'opposait au texte mais avait du mal à convaincre, le retard d'investissement en faveur de la route s'avérant chaque année plus évident. Elle s'élevait contre l'attribution de recettes directement dans un fonds dédié au détriment de la caisse générale de la Confédération, et contre la nouvelle augmentation - jugée trop faible - de 4 centimes par litre d'essence, alors que celle-ci est déjà devenue plus onéreuse qu'en France voisine...

Quelques voix firent entendre au passage que FORTA bénéficierait tout autant aux autres modes de transport routier qu'à la voiture, comme les transports en commun et les vélos. Il reste donc de nombreux moyens de torpiller l'utilisation d'un argent théoriquement dévolu à l'élimination des goulets d'étranglement routiers.

 


 

Finalement, les Vaudois ont accepté à plus de 55% la nouvelle Loi sur la préservation et la promotion du parc locatif (LPPPL), abordée ici, et qui entérine entre autres choses la possibilité de préemption de la plupart des ventes immobilières par les autorités. Outre une nouvelle couche de bureaucratie et un allongement des délais de transaction, les malheureux candidats vaudois à la propriété verront donc éventuellement leurs projets contrecarrés par leur propre administration, selon l'ouverture d'une nouvelle Boîte de Pandore dont nous ne manquerons pas de voir les effets se déployer durant les prochaines années.

 


 

En fin de compte, ce dimanche de votation aura été le signe de plusieurs avancées majeures de la gauche. Sur le plan fiscal, la gauche a déclenché une réforme, puis une crise, et sort finalement victorieuse de l'ensemble ; elle repart avec le beurre et l'argent du beurre, et son influence est désormais telle qu'elle garde même l'initiative sur la future baisse des recettes fiscales consécutive au départ de multinationales. Il sera encore temps de tenter le Grand Chelem en faisant porter le chapeau à la droite - tant qu'on gagne, on rejoue!

Sur le plan de la nationalité, la brèche du droit du sol est enfin ouverte, pour le plus grand plaisir des ennemis du concept de communauté nationale. La possession d'un passeport rouge à croix blanche devient de plus en plus un simple acte administratif coupé de toute volonté de partager le destin d'un peuple ; les "Suisses de papier", déjà fort nombreux, pourront s'accroître mécaniquement avec le temps, amenant sur un plateau de nouvelles victoires à la gauche alors que la société se fragmente en groupes antagonistes dont le seul intérêt est de détourner les ressources de la collectivité à leur profit exclusif.

Entre RIE III et la naturalisation facilitée, la Suisse vient de s'offrir deux crises, une à court terme, une autre à long terme, par le seul biais de ses choix démocratiques. Le peuple helvétique a semble-t-il décidé de s'offrir un avenir contrarié.

15 janvier 2017

La naturalisation dénaturée

Dans moins d'un mois le peuple suisse s'exprimera dans les urnes sur une réforme du droit de naturalisation. La modification vise à faciliter l'acquisition de la citoyenneté suisse par des étrangers de la "troisième génération". Hormis le vote de principe lié à une modification de la Constitution, les citoyens voteront en réalité sur un projet législatif largement engagé en coulisses, ce qui fait que les élus sont déjà très au courant de la façon dont cette réforme constitutionnelle se concrétisera.

Réforme à la hussarde

Mauro Tuena, Conseiller national, n'a pas de mots assez durs face à une propagande gouvernementale assumée en toute décontraction. Les explications du Conseil fédéral s'étalent complaisamment sur six pages dans la brochure explicative destinée aux citoyens, alors qu'un seul paragraphe est accordé aux adversaires du projet, leurs réserves étant immédiatement qualifiées d'infondées. Les 67 Conseillers nationaux et les 19 Conseillers aux États qui s'opposèrent au projet ont disparu de l'écran radar.

À la présentation biaisée des enjeux succède une vision pour le moins idyllique de l'immigration de troisième génération - "un tableau romantique de jeunes étrangers yodleurs et porteurs de costumes folkloriques", à en croire les explications du Conseil Fédéral. En fait, il pourra croire ce qu'il veut d'autant plus facilement qu'il sera aveugle:

L'intégration des candidats à la naturalisation facilitée sera vérifiée sur document par des fonctionnaires de la Berne fédérale qui ne verront jamais les personnes en question.


On devine la qualité des examens! Même le terme de "troisième génération" est galvaudé. Un seul parent étranger né en Suisse et passant quelques années de sa jeunesse - dix ans de résidence et cinq ans d'école obligatoire - suffira pour toute sa descendance. Quant au grand-parent, c'est encore plus souple. La Conseillère nationale Barbara Steinemann nous donne un aperçu de l'état d'esprit des législateurs:

Selon la nouvelle base légale, un étranger fait partie de la troisième génération si sa grand-mère ou son grand-père est né en Suisse ou bénéficiait d'un droit de séjour. Le candidat n'a pas à prouver ce fait, mais il suffit qu'il le "rende crédible".


Il suffira d'un unique grand-parent doté de n'importe quel titre de séjour légal - même un modeste permis de saisonnier - pour revendiquer une naturalisation facilitée. Même un grand-parent entré illégalement en Suisse et qui aurait obtenu ensuite un droit de séjour temporaire. Mieux encore, la seule possibilité d'avoir obtenu un tel titre de séjour pourrait suffire. Le registre central des étrangers n'étant géré de manière électronique que depuis 1972, devrons-nous attendre un jugement du Tribunal Fédéral pour deviner à qui le doute profitera lorsqu'un candidat à la naturalisation invoquera le souvenir d'un permis de résidence antérieur à cette date et malheureusement perdu?

Le grand retour du Droit du Sol

Reprenons: pour clamer une "troisième génération", il suffira à un étranger d'avoir un grand-père ayant passé un été comme saisonnier et d'un parent né en Suisse et qui y aura passé par exemple les dix premières années de sa vie, quitte à ce qu'il ait quitté le pays pendant le reste de son existence. Les générations se comptent vite. L'étranger n'aura alors lui-même qu'à être né en Suisse et y avoir suivi cinq ans d'école obligatoire.

En réalité, ce qui frappe dans cette réforme, c'est cette volonté assumée d'une introduction officielle du Droit du Sol. La qualité de l'intégration, langue, culture, est singulièrement absente de la future législation. Le lieu de naissance se substitue au devoir d'intégration, lequel ne se compte plus qu'en quelques années d'école obligatoire. Selon ce mode de calcul, les élèves musulmans bâlois qui défrayèrent la chronique l'été dernier en refusant de serrer la main de leur professeur féminin sont de véritables modèles d'intégration. Mais "serrer la main n'est pas une valeur constitutionnelle suisse", rappela l'inénarrable Nicolas Blancho, président du Conseil central islamique suisse. Nous voilà avertis, et aussi de là où mène une naturalisation sur dossier.

Mais, après tout, pourquoi lutter contre le Droit du Sol? Pourquoi s'inquiéter que la naturalisation soit accordée selon des critères simplifiés, voire, car c'est le but final, automatiquement? Pour ceux qui s'interrogent, trente secondes suffisent à l'aide d'une petite vidéo tournée dans une école de France:

Comme le dit Oskar Freysinger, "Ce qui me gêne, chez le parti socialiste, c’est la constance avec laquelle il masque son but ultime, qu’il sait inavouable, par des paliers qu’il nous vend comme des fins en soi."

naturalisation,immigration,prise de position,votation du 12 février 2017En route pour changer le peuple

S'ensuivent les inévitables querelles de chiffres sur la quantité de détenteurs d'un passeport rouge à croix blanche que la réforme permettrait d'ajouter aux 40'000 nouveaux Suisses annuels. Mais la question n'est pas là, et l'UDC l'a bien compris avec son affiche que les beaux esprits prétendent trouver choquante. Depuis, les médias rivalisent d'inventivité (et se couvrent de ridicule) en jouant les naïfs pour ne pas comprendre "qui est la jeune femme" présente sur les affiches. La réponse est simple: à travers ce vote, elle représente notre avenir collectif.

La naturalisation s'inscrit par nature dans un processus long, qui se compte en générations. La modification constitutionnelle sur laquelle le peuple est appelé à s'exprimer n'est pas une lubie temporaire destinée à être amendée ou révisée dans quelques années, mais s'inscrit dans la durée. La naturalisation touche au fondement le plus intime d'un peuple, décider qui peut en faire partie.

La question de la naturalisation des "étrangers de troisième génération" ne doit pas occulter d'autres aspects du débat.

  • Nul besoin d'être naturalisé pour bien vivre en Suisse. La moitié environ des quelque deux millions d'étrangères et d'étrangers vivant en Suisse satisfont aux exigences de la naturalisation sous une forme ou une autre, mais ne font pas les démarches pour obtenir le passeport rouge à croix blanche. À croire qu'un permis C leur suffit largement.
  • La naturalisation actuelle n'a rien d'un saut périlleux, et en tant que "naturalisé de première génération", je suis bien placé pour en parler. Tout ce débat a lieu autour de la naturalisation facilitée d'étrangers pour lesquels le dépôt d'une demande de naturalisation ordinaire relèverait de la formalité! Les bases légales en vigueur ouvrent largement la voie à une naturalisation des étrangers de la troisième génération tels que le Conseil Fédéral les présente.

On peut se demander la raison qui pousse les élites présentes au gouvernement à lancer autant d'assauts successifs pour rendre plus facile l'accession à la citoyenneté. Le peuple suisse a déjà rejeté en 1983, 1994 et 2004 l'introduction d'une naturalisation facilitée ou automatique pour les étrangères et les étrangers ayant grandi en Suisse. Chaque fois repoussé le sujet revient sur la table, tourné d'une nouvelle manière pour mieux passer la rampe. Pourquoi cet acharnement? La réponse coule de source: changer le peuple.

Ouvrir une brèche à tout prix

L'objectif s'inscrit évidemment dans le long terme, mais nos élites savent faire preuve de patience - qu'on constate depuis combien de temps elles nous poussent dans les bras de l'Union Européenne!

naturalisation,immigration,prise de position,votation du 12 février 2017Dans cette longue bataille permettant de changer la composition du corps électoral, l'introduction d'un droit du sol représente une forme de victoire décisive - même sous une forme très atténuée, même pour des étrangers de troisième génération. La brèche sera ouverte ; il suffira ensuite de l'agrandir en assouplissant progressivement les restrictions de génération vers un droit du sol simple comme il se pratique en France, ou amener plus d'automaticité dans l'attribution de la citoyenneté aux étrangers éligibles.

La votation du 12 février pourrait offrir l'ouverture tant attendue, d'autant plus que les premiers sondages font état d'une avance absolument incroyable pour le Oui, à 74%.

Seule la majorité des cantons pourra faire obstacle à la réforme, comme le note Le Temps, certains cantons alémaniques étant les derniers bastions du vieux concept selon lequel "la nationalité s'hérite ou se mérite". Pourtant, ce même journal se faisait l'écho en 2015 d'une nouvelle d'ordre démographique que je laisse méditer à tous ceux qui pensent que l'avenir fait de communautarisme et de burqa est une vue de l'esprit - pardon, un cauchemar de l'extrême-droite:

Chez les enfants de 0 à 6 ans, les Suisses « de souche » sont désormais minoritaires.

Aujourd’hui, 53,6% des plus jeunes habitants du pays naissent de couples issus de la migration, ou de couples mixtes (une personne ayant des racines étrangères, l’autre pas). Par «issu de la migration», on désigne essentiellement les étrangers de première et deuxième générations établis en Suisse, ainsi que les naturalisés.

D'autres indicateurs confirment ce phénomène, qui semble donner corps à un vieux cauchemar de l’extrême-droite (sic), le « grand remplacement » d'un peuple par les immigrés. Dans les naissances, la proportion de bébés non issus de la migration est devenue minoritaire dès 2013. La proportion de Suisses sans racines migratoires récentes dans la population totale a baissé de 70,4% en 2003 à 64,4% en 2013. Et lorsqu’on examine les chiffres au niveau local, la montée en puissance des habitants d’origine étrangère apparaît encore plus nettement.


Avec l'introduction du droit du sol dans le processus de naturalisation, la dilution du peuple suisse historique ne sera plus qu'une question de temps. La beauté de la chose est qu'il votera lui-même sa disparition.

05 septembre 2011

Votations en demi-teinte

Ce week-end, les Vaudois se sont exprimés dans les urnes sur trois objets cantonaux.

proportionnelle-non.jpgPremier d'entre eux, l'introduction de la proportionnelle obligatoire pour les communes de plus de 3000 habitants, a passé aisément la rampe avec 60,83% de oui. L'initiative socialiste était soutenue par tous les partis, y compris l'UDC, mais à la notable exception du PLR, qui avait le plus à perdre d'un changement de mode d'élection. Le PLR est en effet surreprésenté dans les conseils communaux des communes entre trois et dix mille habitants à cause du mode d'élection actuel. On pouvait comprendre la réticence du parti face à la perte prévisible de tous ces mandats, mais l'argumentation n'a pas séduit.

Il est vrai que la proportionnelle, largement connue des électeurs et pratiquée pour les assemblées cantonales et fédérale, est un mode de scrutin difficilement critiquable. Les gros plans d'escargot utilisés sur les affiches des opposants tombaient un peu à plat, sans parler d'un slogan ridicule. A moins que les partisans du PLR n'osent réellement clamer leur amour d'un parti unique, le seul à même d'être plus "efficace" pour la prise de décision?


vivre_et_voter_ici.jpgLe deuxième objet, nettement plus symbolique, concernait l'attribution à l'échelle cantonale du droit de vote et d'éligibilité des étrangers. Intitulée Vivre et voter ici, l'initiative visait à accorder les mêmes droits politiques cantonaux que les Suisses aux étrangers établis depuis 10 ans en Suisse et depuis trois ans dans le canton.

Derrière un emballage marketing sympathique, l'initiative socialiste visait à conquérir le pouvoir à l'échelle cantonale de la même façon qu'elle l'avait obtenu à l'échelle communale, c'est-à-dire en changeant la composition de l'électorat. Quitte à ne pas séduire l'autochtone, autant s'adresser à l'électeur d'importation!

La démarche s'inscrivait dans la continuité de la révision de la constitution vaudoise qui a accordé ce droit au niveau communal. Les conséquences furent spectaculaires: une poussée d'ensemble de la gauche dans tous les parlements et exécutifs communaux. On comprendra l'empressement de la gauche à rejouer la mélodie à l'échelle cantonale.

Toutefois, les socialistes ont à mon sens commis deux erreurs:

  1. Ils ont refusé de séparer droit de vote et droit d'éligibilité. Ils clamaient qu'ils ne voulaient pas créer de "demi citoyens" mais, pêchant par excès de confiance, ils ont effrayé l'électorat en laissant entrevoir que des Suisses pourraient être dirigés par des étrangers portés aux commandes du canton (même si cette possibilité restait toute théorique).
  2. Les droits communaux pour les étrangers ont été accordés à travers une révision de la Constitution entrant en vigueur le 14 avril 2003 - un paquet de changements, à tout prendre, dans lequel la révision des droits communaux n'était qu'un élément. Rien ne prouve que le peuple aurait approuvé la modification s'il avait pu s'exprimer sur elle seule.

L'échec a été cinglant, l'initiative étant repoussée par 69% des votants. Certains des perdants clament que le texte a été repoussé parce qu'il avait "vingt ans d'avance"; ce n'est pas faux. Le texte concernait 85'000 étrangers installés dans le canton, dont 75'000 sont déjà naturalisables - sans faire le pas. En 2031, gageons que la plupart d'entre eux auront choisi pour de bon!

Rappelons que pour l'UDC comme pour la majorité des Vaudois semble-t-il, le chemin vers une citoyenneté pleine et entière passe par la naturalisation.


Ecole2010.jpgMais l'affrontement le plus cinglant du week-end, le climax de la votation populaire, concernait bien sûr le rôle de l'école, à travers l'initiative Ecole 2010 et son contre-projet, LEO.

Rien que le nom - Ecole 2010, alors qu'on est en septembre 2011 - laissait deviner l'ampleur de la lutte avant le passage devant les urnes!

Ecole 2010 est l'aboutissement de l'inquiétude de nombreux parents d'élève, assistant, impuissants, à la dilution continue du niveau scolaire vaudois, réforme après réforme. Il est vrai que dans l'école vaudoise comme dans toute école monopole d'Etat, en guise de transmission de savoir on assiste plutôt à l'endoctrinement destiné à bâtir la société de demain. Elévation des consciences au développement durable, dressage au vivresemble, stigmatisation du crimepensée etc. autant de missions plus ambitieuses que des défis triviaux - et bien mal remplis - comme savoir écrire ou compter.

Qui dit chasse gardée dit gardiens: pédagogues, pédo-psychiatres et autres progressistes touchés par la grâce. Ecole 2010 représentait une attaque frontale contre leur pré carré. Pensez donc: des notes! Une scolarité divisée en paliers d'un an, permettant rapidement de détecter les retards des élèves faibles avant qu'ils ne perdent complètement pied! Des filières adaptées au niveau! Des cours de soutien! De l'autorité dans les classes! Une vérification objective des connaissances acquises! Impensable! Sacrilège!

Les sondages donnant un fort capitale sympathie à l'initiative, la riposte fut à la hauteur avec la création de LEO - un contre-projet politique en réponse à un projet pédagogique. La campagne fut un déchaînement d'abus de position dominante de la part des autorités et de bassesses dans les discours. Puisque l'UDC et le Centre Patronal soutenaient Ecole 2010, et restaient les seuls à la soutenir après que d'autres partis aient tourné casaque en faveur de LEO, le raccourci était en place: ceux qui avaient l'audace de soutenir Ecole 2010 ne pouvaient être que de vils électeurs de l'UDC, des sbires de la bête immonde, des créatures à peine humaines...

Si Paris vaut bien une messe, LEO valait bien quelques petits mensonges tactiques. La victoire est dans la poche. Les élèves vaudois subiront donc des cycles de deux ans - garantissant un retard du même ordre lorsqu'on détectera un problème. Les filières VSG et VSO seront fusionnées, avec le nivellement par le haut que l'on devine.

Comme l'écrit un commentateur du Matin, désormais, le choix est simple maintenant: VSB, école privée ou vie foutue. Mais l'honneur est sauf, la vilaine UDC a perdu. Les parents aussi, mais qu'importe! D'ailleurs, la socialiste Anne-Catherine Lyon du Département de la Formation, de la Jeunesse et de la Culture, savourant sa victoire, a-t-elle seulement des enfants?

 

Complément - Scores à Renens:

Vivre & Voter ici - Oui 33.6% Non 66.3%

Ecole 2010 - Oui 38,1% Non 61.8%
Contre-Projet - Oui 60.6% Non 39.3%

Participation 35.4%

05 mars 2011

Les Migrants votent UDC!

J'ai eu hier le privilège d'animer une conférence de presse sur un thème hautement symbolique alors que le gouvernement s'apprête à brader la nationalité: l'engagement des étrangers au sein de l'UDC. Dans une salle réservée pour l'occasion en gare de Lausanne, sous le thème "Les Migrants Votent UDC", Yorick Cazal, Monika Deillon et moi-même avons tenu à tordre le cou à quelques idées reçues sur les relations entre les étrangers et l'UDC.

Les thèmes abordés:

  1. Les raisons de l'engagement des migrants et des naturalisés au sein de l'UDC.
  2. Le refus des migrants de voir la Suisse adhérer à l'Union Européenne.
  3. La nécessité de renvoyer les étrangers criminels et d'avoir une frontière sûre.
  4. Pour une politique migratoire stricte cessant de mélanger immigration économique et asile.

J'étais notamment en charge du premier point; voici donc l'argumentaire que j'ai livré à aux journalistes présents sur place.


La presse nous donne régulièrement un aperçu de la façon dont certains politiciens mettent en avant leurs origines étrangères pour séduire l'électeur non-suisse aux élections communales. Un article récent faisait ainsi un petit tour d'horizon de ces pratiques à Genève. Rien que dans le canton du bout du lac, les exemples ne manquent pas:

  • Sami Kanaan (PS) rappelle ses origines libanaises à ses compatriotes;
  • Sandrine Salermo (PS) utilise ses racines italiennes;
  • Michel Chevrolet (PDC) met en avant son ascendance argentine et fait des discours électoraux en 6 langues;
  • Carlos Medeiros (MCG) insiste sur sa nationalité portugaise;
  • Rémy Pagani (Ensemble à Gauche) fait valoir ses séjours en ex-Yougloslavie, en République Démocratique du Congo et en Turquie pour séduire les communautés étrangères correspondantes...

Rien qui sorte de l'ordinaire là-dedans. Des cas similaires pourraient être retrouvés dans la plupart des grandes communes de Suisse romande. Mais vous n'entendrez jamais pareil discours tenu par un candidat de l'UDC d'origine étrangère - et il y en a: 17% des candidats de l'UDC pour ces élections 2011!

migrants_final.jpgPourquoi ces nuances dans le discours? Pourquoi, une fois de plus, cette différence étonnante entre l'UDC et les autres partis?

L'origine étrangère d'un candidat est un élément indéniable de son identité. Il ne s'agit pas de la nier ou de la cacher. Il y a pourtant un monde entre la mention d'une origine étrangère à titre informatif et son utilisation comme argument de campagne. Cela nous ramène à la vision qu'ont les uns et les autres de la place de l'électeur étranger dans la société.

Séduire l'électeur sur la base d'une affinité nationale plutôt que sur un programme politique revient à cultiver un communautarisme démocratique. C'est une perversion dangereuse des droits démocratiques, pour cinq raisons.

1. Elle nie la diversité des opinions individuelles. On aurait ainsi un "vote kosovar" ou un "vote portugais" d'après les papiers de chacun et non de ce qu'il pense, une négation flagrante du libre-arbitre.

2. Elle mine l'assimilation en mettant en exergue l'appartenance envers son pays d'origine; avoir à cœur les intérêts de son pays d'accueil est dès lors présenté comme un reniement de ses racines.

3. Elle dresse les communautés étrangères les unes contre les autres. Dans une élection, les postes à pourvoir ne sont pas légions; seule la minorité étrangère la plus nombreuse a voix au chapitre.

4. Elle divise et corrompt la société sur la base de l'appartenance étrangère, car un élu insistant sur son origine "italienne", une fois élu, renverra nécessairement l'ascenseur à la communauté "italienne" qui l'a porté au pouvoir (à moins que sa démarche ne soit mensongère, ce qui est un autre problème!)

5. Finalement, elle provoque la méfiance de la population suisse vis-à-vis des communautés étrangères et désavoue la classe politique dans son ensemble, le vote communautaire étant par définition guidé par autre chose que l'intérêt commun.

Je pense que cette petite liste décrit assez bien les pièges de l'approche communautaire de la démocratie et les raisons pour lesquelles il faut l'éviter. Et l'UDC l'évite!

L'UDC choisit au contraire une approche unificatrice autour de valeurs communes, au centre desquelles l'amour de la Suisse, indépendamment de toute origine. Il ne s'agit pas d'une affection irrationnelle mais d'un respect raisonné et objectif basé sur des particularités helvétiques reconnues: la démocratie directe, la paix du travail, une fiscalité plus avantageuse que dans le reste de l'Europe, la neutralité, l'aspiration à une vie paisible et en sécurité…

Les étrangers satisfaits de leur pays d'accueil se retrouvent parfaitement dans les valeurs de l'UDC - d'autant mieux qu'ils apprécient en connaisseurs les différences entre la Suisse et leur pays d'origine.

Les politiciens opportunistes rappelant sans cesse leur origine étrangère aux électeurs immigrés les insultent. Ils sous-entendent que l'origine ethnique ou culturelle se suffit à elle-même comme gage de fidélité à une idéologie que, comme par hasard, ils prétendent incarner: "Tel pays est socialiste, moi je suis socialiste, voilà, ça vous suffit, vous autres qui venez de là-bas, votez pour moi!" Mais ils oublient la raison pour laquelle les immigrés se retrouvent en Suisse. Il y a fort à parier que ces politiciens incarnent précisément ce qui a poussé ces gens à émigrer!

Pourquoi les étrangers chercheraient-ils à transformer la Suisse pour qu'elle ressemble davantage à ce qu'ils ont choisi de quitter?

Les hommes et les femmes ne s'installent pas dans ce petit pays simplement parce que les vents les ont poussés ici. Peut-être est-ce vrai pour certaines catégories d'étrangers peu concernés par la vie politique, mais certainement pas ceux qui souhaitent à terme exercer leurs droits démocratiques. Ces gens-là ont un projet de vie. Ils ont choisi la Suisse. Ils s'y sentent bien. Ils souhaitent lui éviter les fondrières dans lesquelles les politiciens europhiles et pusillanimes tirent le pays. S'ils ne le font pas pour eux, ils le font souvent pour les enfants qu'ils ont eu ici.

Quel que soit l'amour qu'ils portent à leur contrée d'origine, les immigrés savent mieux que personne que la prospérité ne doit rien au hasard. Que leurs connaissance économiques et sociologiques soient assez vastes pour saisir les mécanismes de la prospérité ou non, ils reconnaissent le succès helvétique et veulent le préserver. Mieux vaut ne pas jouer aux apprentis-sorciers avec un modèle qui fonctionne!

Naturalisés suisses ou fraîchement arrivés sur place, les étrangers vivant en Suisse connaissent de première mains les recettes étatiques que des politiciens locaux essayent de vendre. Ils ont vu les désastres qu'elles entraînaient ailleurs, là où elles étaient adoptées - paupérisation, corruption, impôts, chômage, absence de sécurité, censure et mépris du peuple. Ils en ont tellement souffert qu'ils ont choisi l'exil!

Voilà pourquoi tous les gens qui se retrouvent dans l'amour de ce pays, Suisses ou étrangers, en viennent naturellement à soutenir l'UDC.

31 mai 2010

Le Bon Suisse

Comment définir un "bon" candidat à la naturalisation? Qu'est-ce qu'un "futur bon" Suisse?

Non sans malice, Antonio Hodgers, Conseiller National vert, a posé la question au Conseil Fédéral. La réponse de ce dernier est assez embarrassante pour justifier un article au ton moqueur dans Le Matin. En effet, selon le gouvernement, un bon candidat à la naturalisation remplirait les quatre critères suivants:

  1. Posséder un compte en banque.
  2. Avoir une mobilité autonome.
  3. Appartenir à une association.
  4. Connaître sa région.

On le voit - et M. Hodgers y parvient sans peine - ces quatre critères n'ont pas grand sens: il est trop facile de trouver des contre-exemples de personnes à naturaliser ne correspondant pas à cette liste, voire des Suisses contrevenant à un ou plusieurs de ces critères, même si à la louche 95% de la population doit les remplir. Jamais avare d'une polémique facile, M. Hodgers ne cherchait en fait qu'à critiquer le gouvernement bon compte. Il se garde bien, par exemple, de donner en réponse la moindre définition de ce qui devrait être un bon candidat à la naturalisation helvétique selon lui. J'imagine qu'une sensibilité écologico-socialo-gauchiste à fleur de peau devrait jouer un certain rôle, même si seule une minorité de la population correspond à ce critère...

Les questions philosophiques sur la définition de l'humanité occupent les grands penseurs depuis des millénaires. La portée sémantique semble plus humble lorsqu'il s'agit de définir ce qu'est un "bon Suisse", mais le débat n'est pas plus simple pour autant. Pas plus que de définir formellement ce qu'est un "militant de gauche" ou même un "écologiste", d'ailleurs.

564dfw3_passport.jpgC'est en réalité un faux débat. Une définition formelle, qu'un ordinateur sans âme pourrait traiter, est tout bonnement impossible.

Critiqué sur la portée de son test de QI et sommé de définir ce que signifiait cette valeur, un scientifique répondit dans une pirouette: "Le QI, c'est ce que mesure mon test." Il en va de même dans un débat sur les critères légaux sur le passeport helvétique. Du point de vue purement administratif, la nationalité Suisse se résume à la possibilité d'obtenir un passeport rouge à croix blanche par les services de l'Etat.

Par opposition à cette nationalité administrative, la nationalité "de coeur" peut être fort différente. Il y a en Suisse probablement nombre de gens qui se sentent suisses sans en avoir le passeport. Et aussi, malheureusement, nombre d'individus officiellement suisses sans partager le moins du monde les valeurs de leur pays d'accueil.

Serait-il possible d'inventer un meilleur système qu'une liste arbitraire de critères à remplir?

Etant naturalisé moi-même, je suis fasciné par les gens qui choisissent une nouvelle nationalité. C'est un acte politique fort. La réponse du Conseil Fédéral à la question de M. Hodgers m'a donc ramené à ma propre naturalisation, en terre Vaudoise.

De façon étonnante, je ne correspondais pas aux critères édictés par le Conseil Fédéral. A l'époque, je ne faisais partie d'aucune association. J'avais également un regard assez critique sur les connaissances historiques et géographiques exigées lors de mon passage face à la Commission de naturalisation, car elles n'impliquaient que d'étudier quelques livres d'histoire suisse disponibles partout dans le monde. J'aurais tout aussi bien pu connaître la guerre de Souabe en lisant le même livre depuis une yourte en Mongolie.

Il y avait pourtant une condition qui ouvrait, selon moi, une perspective radicalement différente de la naturalisation: le parrainage.

Le candidat vaudois à la naturalisation devait mentionner deux parrains prêts à témoigner de son intégration. Ces personnes devaient être Suisses et domiciliées dans le canton de Vaud.

Le parrainage est une piste prometteuse dans l'obtention de la nationalité. Il témoigne de l'engagement personnel du candidat dans la société helvétique. En mettant quelques garde-fous (comme un entretien du parrain avec les autorités, une limitation du nombre de parrainage à un par an et/ou une responsabilité éventuelle du parrain dans le comportement du candidat une fois naturalisé) on éviterait facilement tout parrainage de complaisance.

Le parrainage seul ne suffit pas; toutefois, il me semble plus porteur de réelles marques d'intégration que l'apprentissage scolaire d'informations historiques et géographiques sur son canton d'adoption ou la possession d'un compte en banque.

Selon cette piste, un bon candidat à l'intégration serait quelqu'un d'assez impliqué auprès de la population pour avoir des Suisses témoignant en sa faveur. Cette définition du processus de naturalisation ne me paraît pas absurde.