12 juillet 2020

Trump et l'aigle nazi

Trump a cette fois commis l'irréparable: il a commercialisé un T-shirt.

Le T-shirt en question est disponible dans le magasin du site de campagne de Donald Trump, porté comme on peut le voir par un beau spécimen de suprémaciste blanc:

Screenshot_2020-07-12 e5c70cbf190c1b6067a22d38401ba9b34c0e1f61 webp (Image WEBP, 600 × 900 pixels).png

Mais le problème n'est pas là - le problème est dans le dessin affiché sur le T-shirt, qui montre un aigle. Un aigle... Qui n'a pas vu ce symbole ailleurs? Qui d'autre utilisait un aigle? Les nazis, bien sûr!

Trump ⇒ aigle et nazis ⇒ aigle, donc Trump = nazi. CQFD.

Et voilà certains des plus acharnés de la gauchosphère partir en croisade pour montrer que ce T-shirt est la preuve définitive du nazisme de Trump (m'est avis qu'après trois ans et demi de présidence ils auraient mieux fait de pointer du doigt le bilan du Président plutôt qu'un imprimé sur coton, mais après tout, chacun cherche les preuves là où il peut.)

Tout cela n'aurait pu être qu'une de ces tempêtes dans un verre d'eau dont Internet est coutumier si "l'affaire" n'avait été reprise par les médias, au premier rang desquels USA Today dont le service de "fack-cheking"... Confirme bien que Trump a utilisé un symbole nazi.

Screenshot_2020-07-12 USA TODAY sur Twitter The claim Trump campaign shirts feature imperial eagle, a Nazi symbol Our rulin[...].png
Les experts ont parlé et leur sentence est irrévocable.

Hélas pour le quotidien publié depuis 1982, la conclusion du panel d'experts (essentiellement engagés, cela va sans dire) n'a pas provoqué l'assentiment général, mais plutôt un tollé, dont USA Today fait les frais en termes de crédibilité. Il est vrai que le symbole de l'aigle fait partie de l'iconographie américaine traditionnelle depuis plus d'un siècle, avant et après l'époque nazie et la Seconde Guerre Mondiale.

La publication a donc depuis profondément remanié son article pour expliquer que oui c'est vrai l'aigle, c'est-à-dire ici le Pygargue à tête blanche, fait partie des symboles américains... Mais sans changer la conclusion. C'est-à-dire que lorsque Trump utilise une image d'aigle, cela prouve sans ambiguïté ses liens avec le nazisme. Alors que lorsque d'autres l'utilisent, eh bien, bon, c'est juste un aigle.

Pour les besoins de la démonstration, on oubliera que le gendre du Président est juif.

Évidemment, certains ne se sont pas gênés pour relever l'absurdité de la situation, en pointant quelques contre-exemples, qu'il s'agisse du site de Nancy Pelosi, des billets de banque, du corps des marines, de la masse de la Chambre des Représentants... Voire les pièces de monnaie. Et là c'est encore plus fort:

twitter_nazi_dollar_1.png

"Avez-vous déjà vu le côté pile d'une pièce de 25 cents?" demande un Internaute... Et Twitter cache l'image parce qu'elle pourrait être choquante. Respirons profondément et vérifions:

twitter_nazi_dollar_2.png

Voilà. Nous en sommes arrivés à un point où montrer l'aigle frappé sur une pièce de monnaie américaine authentique est jugé par Twitter comme quelque chose de potentiellement choquant - là encore parce que l'aigle est un symbole nazi, vous comprenez.

L'analyse d'USA Today n'est pas un accident.

Ces gens-là sont complètement fous.

L'hystérie anti-Trump (baptisée Trump Derangement Syndrome ou TDS par ceux qui en observent quotidiennement les effets dans les médias) n'est pas un vain mot.

Toutes les marques, équipes, clubs et drapeaux arborant un aigle (jusqu'aux armoiries de Genève) feraient bien de les changer avant la convocation au prochain procès de Nuremberg.

11 juillet 2014

Quand les communistes aimaient les nazis

"Polémique: Un élu compare le PS aux nazis" titra Le Matin dans son édition de lundi. Un élu de la commune de Vernier se serait ainsi livré sur son blog à une odieuse comparaison apparentant le parti-national socialiste d'Adolf à un mouvement socialiste parmi tant d'autres, dont celui des socialistes suisses...

Effacée depuis, la phrase incriminée ne put échapper à la vigilance du journaliste de garde. Il y avait péril en la demeure puisque l'individu serait un "récidiviste", ayant osé une autre comparaison du même acabit il y a trois ans à peine! Les rôles étaient distribués et le bûcher dressé. Tout était en place pour un procès médiatique retentissant... Mais le contraire se produisit. Au lieu du tollé attendu, un flot de commentaires allant en faveur de l'élu ou rappelant les accointances entre la gauche et le nazisme força Le Matin à supprimer promptement toute contribution des lecteurs sur le sujet. Caramba, encore raté!

Il faut croire que certains membres du grand public connaissent mieux l'histoire que nos journalistes au point de les troubler, car la proximité intellectuelle entre les mouvements totalitaires - nazisme, communisme, fascisme - est aussi ancienne que documentée.

Une si belle amitié

Dans le flot de l'histoire, attardons-nous sur un point particulier, la résistance française contre l'occupant nazi lors de la Seconde Guerre Mondiale où comme le mentionne l'historien François Furet "le PCF estime avoir été résistant avant même que le France ne soit occupée, avant même que la guerre ne commence". L'historiographie en marche...

L'épisode de la Seconde Guerre Mondiale est important parce que la thèse de la résistance au nazisme est centrale dans l'argumentation des communistes (et par extension de toute la gauche) pour démontrer, par sa haine du nazisme, le fossé sensé séparer les deux idéologies.

nazisme,communisme,histoireEn réalité, il n'en fut rien. Des documents d'époque établissent clairement que le Parti Communiste français ne rentra en résistance qu’en 1941, lors de la rupture du pacte germano-soviétique et l'ouverture du Front de l'Est. Si les communistes français prirent officiellement les armes contre les nazis, ce fut sur ordre de Moscou.

Mais avant? Les communistes étaient-ils prêts à en découdre en attendant juste une occasion? Pas vraiment. Comme le rappellent les professeurs Jean Marie Goulemot et Paul Lidsky dans un ouvrage au titre iconoclaste, l'ambiance fut excellente entre les communistes et les nazis aux premières heures de l'occupation, le tout au nom de la lutte contre la bourgeoisie:

Il est particulièrement réconfortant en ces temps de malheur de voir de nombreux travailleurs parisiens s’entretenir avec les soldats allemands, soit dans la rue, soit au bistro du coin. Bravo camarades, continuez même si cela ne plaît pas à certains bourgeois aussi stupides que malfaisants ! La fraternité des peuples ne sera pas toujours une espérance, elle deviendra une réalité vivante.  (L’Humanité, 4 juillet 1940)


L'Humanité ne dut sa réimpression qu'à la bonne volonté de l'occupant face aux demandes réitérées du PC français. Les communistes, bon princes, invitaient les Français à collaborer avec leurs nouveaux maîtres. Le national-socialisme cohabitait en bonne entente avec la branche locale de l'internationale socialiste. Comme le dit la déclaration d'intention du 20 juin du PCF aux nazis, "notre lutte contre Bonnet, Dal, Ray, Man cela a facilité votre victoire", "pour l'URSS nous avons bien travaillé par conséquent par ricochet pour vous".

Enfin, si les communistes finirent par prendre les armes contre les nazis, c'était non à cause d'une opposition idéologique mais seulement à cause de circonstances propres à la guerre - les mêmes qui eurent aussi pour effet d'allier l'URSS de Staline aux États-Unis de Roosevelt sans que personne n'ose prétendre qu'une vision du monde rassemblât les deux pays.

La Seconde Guerre Mondiale jeta des peuples les uns contre les autres sans la moindre unité de doctrine. Autrement dit, la lutte armée entre l'Allemagne nazie et l'URSS n'est pas constitutive d'une incompatibilité idéologique.

Le socialisme comme valeur commune

La bonne entente temporaire entre les deux courants du socialisme donna lieu à un film documentaire récent, fort peu diffusé dans la sphère francophone (tout comme le film polonais sur le massacre de Katyn) mais éclairant bien des passerelles entre les deux idéologies. Rien n'est plus faux que le premier mythe du communisme, à savoir qu'il partirait de "bonnes intentions":

Le communisme c’est la guerre des classes, et la guerre des classes implique de liquider une partie de la population. Pour restructurer la société, il faut d’abord tuer non seulement les opposants, mais aussi les intellectuels, les meilleurs travailleurs, les ingénieurs, etc. Des groupes entiers de la société. C’est le genre d’ingénierie sociale qu’ont mis en œuvre Lénine et Staline, Mao et Pol Pot, pour ne citer que les plus sanguinaires. Cette ingénierie sociale forcée répond aussi à des critères ethniques lorsque des peuples sont considérés comme trop réactionnaires. Karl Marx et Friedrich Engels prônaient eux-mêmes « l’extermination des Serbes et autres peuplades slaves, ainsi que des Basques, des Bretons et des Highlanders d’Écosse », tous des peuples trop peu évolués pour la révolution communiste et faisant ainsi obstacle à l’inéluctable « progrès » de l’humanité.


Les communistes furent donc non seulement aussi racistes que les nazis mais ajoutèrent l'épuration de classe à l'inventaire de leurs massacres. Marx écrivit dans son journal que "les classes et les races trop faibles pour maîtriser les nouvelles conditions de vie..." devaient "périr dans l’holocauste révolutionnaire".

nazisme,communisme,histoireL'idéal socialiste ne s'embarrasse pas de sentiments. Si nazis et communistes divergeaient sur la méthode (nationalisme par la conquête ou internationalisme par la révolution) l'objectif du socialisme était partagé, d'où une collaboration de bon aloi entre les deux groupes:

De septembre 1939 à juin 1941, les Soviétiques [livrèrent] aux Allemands des groupes entiers de Juifs qui avaient fui l’occupant allemand. Le NKVD communiste [aida] à former la Gestapo nazie. Soviétiques et Allemands [discutèrent] ensemble de la manière dont il fallait résoudre la « question juive » en Pologne occupée. Les images d’archive de ces officiers soviétiques et allemands qui trinquent ensemble ou de cet officier communiste qui fait le salut nazi aux officiers SS devant un groupe de prisonniers juifs apeurés « rendus » aux Allemands sont sans équivoque. (...) La coopération entre le régime nazi et le régime bolchevique était un fait bien avant le Pacte Molotov-Ribbentrop et elle ne [s'arrêta pas] au simple partage des territoires d’Europe centrale entre les deux puissances.


Si le socialisme n'est pas une forme de nazisme, le nazisme est définitivement une forme de socialisme. Cet aspect était revendiqué par Adolf Hitler lui-même:

"Nous sommes socialistes, nous sommes les ennemis du système capitaliste tel qu'il existe c'est-à-dire basé sur l'exploitation de ceux qui sont économiquement faibles avec ses salaires injustes et l'estimation de la valeur de l'être humain qu'il établit à partir des seuls critères de richesse et de patrimoine plutôt que celles de responsabilité et de performance, nous sommes déterminés à détruire ce système par tous les moyens." (Adolf Hitler, discours du 1er mai 1927)


La Seconde Guerre Mondiale mit fin au nazisme mais tous ne furent pas tués. On connaît l'histoire de scientifiques recrutés par les Américains ou récupérés par les Soviétiques pour leurs programmes spatiaux respectifs ; ceux-ci firent carrière en dépit de leurs liens avec le régime nazi. Il n'en est pas de même avec les anciens SS recrutés par Fidel Castro pour former ses troupes cubaines ; ceux-là furent recruté explicitement à cause de leur passé.

Aujourd'hui encore, le néonazisme survit en Allemagne avant tout sur les territoires de l'ancienne RDA. Ce n'est pas un hasard.

Connaître l'histoire

Les socialo-communistes de notre époque ne sont pas des adeptes du nazisme, bien au contraire. Ils ont reçu comme tout le monde l'enseignement de la vérité officielle selon laquelle nazisme et communisme se sont combattus historiquement parce qu'ils étaient l'opposé l'un de l'autre. Il n'empêche que cette thèse est fausse. Le passé brosse un portrait nettement plus nuancé des relations entre deux idéologies apparentées.

Aussi, lorsqu'un individu mentionne que les nazis formaient un mouvement socialiste parmi tant d'autres, il n'exprime rien d'autre que les faits historiques, fussent-ils dérangeants. On peut comprendre que la gauche contemporaine se sente offusquée par une telle comparaison, mais au lieu d'intenter une action en justice pour faire taire le fauteur de trouble, elle devrait plutôt faire preuve d'humilité face à son passé... Et se livrer à davantage d'introspection.

Peut-on espérer que la haine légitime de la gauche envers le nazisme l'amène un jour à remettre en question les objectifs politiques qu'elle a en commun avec lui?