29 décembre 2016

Obama fait feu de tout bois

Les derniers jours de la présidence Obama correspondent aux manœuvres les plus effrénées du président sortant pour nuire à son successeur.

barack obama,donald trump,manoeuvres politiques,usa

Peu de temps après l'élection, chacun devinait que la période entre le 8 novembre et le 20 janvier serait celle de tous les dangers. Barack Obama utiliserait-il ses dernières semaines de pouvoir exécutif pour faire un maximum de dégâts avant d'abandonner son poste à un adversaire politique?

Certains purent souffler de soulagement en découvrant l'apparente bonne entente affichée par les deux présidents à l'issue de leur premier entretien, voire se rassurer avec la signature d'un "mémorandum de transition douce" entre l'administration Obama et l'administration Trump. Nous savons aujourd'hui que cela n'était qu'un écran de fumée. Barack Obama n'a jamais eu de cesse que de savonner la planche à son successeur.

Un héritage bâti sur du sable

Bien que regrettable, cette attitude n'a rien de surprenant. Commentant des affaires judiciaires pendant leur instruction, court-circuitant les Chambres législatives à la moindre contrariété, abandonnant jusqu'à la neutralité de sa fonction pour faire campagne auprès d'Hillary Clinton, Barack Obama démontra à de nombreuses reprises son esprit partisan, passant outre les institutions américaines dès qu'elles faisaient obstacle à sa volonté de remodeler l'Amérique.

Obama réussit à aller assez loin, signant quelques 260 décrets présidentiels (executive orders ou memorandums) pour imposer ses vues dans le domaine du travail, du climat ou des réformes de l'immigration. Mais il construisit sur du sable. Chaque décret est susceptible d'être annulé par un autre président et le sera sans doute par Donald Trump - ce qui fit dire à Newt Gingrich que l'essentiel de l'héritage Obama disparaîtrait en moins d'une année.

Rien de tout cela ne serait évidemment arrivé si le peuple américain avait suivi le script prévu en élisant Hillary Clinton. Sous sa férule, la modification progressive du corps électoral à travers la régularisation puis la naturalisation de millions d'immigrés clandestins ou la nomination de juges "progressistes" à la Cour Suprême auraient fini par accorder aux Démocrates un pouvoir impossible à remettre en question. Les réformes mises en place par Obama auraient été sanctuarisées simplement parce qu'aucun président républicain n'aurait plus accédé au pouvoir.

Obama et Clinton furent à deux doigts de réussir. Ils échouèrent contre toute attente face à un OVNI politique dont bien peu saisirent le potentiel lorsqu'il se lança dans la course.

Bétonnage d'urgence

Depuis le 8 novembre, Barack Obama travaille donc d'arrache-pied à fortifier son héritage avant de le léguer à Donald Trump. Mais sa marge de manœuvre est réduite à cause de son manque de préparation d'une part, et parce que les Républicains tiennent le Congrès d'autre part.

Il reste malgré tout des possibilités. Le cas du forage offshore est un exemple symptomatique. Barack Obama avait interdit tout nouveau forage en mer par simple décret présidentiel, mais annonça le 20 décembre la sanctuarisation de 50 millions d'hectares dans l'Arctique à l'aide d'une construction juridique s'appuyant à la fois sur une obscure loi "Outer Continental Shelf Lands Act" de 1953 et la décision conjointe du Canada - toujours en esquivant Sénat et Chambres des Représentants. Le démontage de cette construction légale impliquera sans doute les tribunaux et de nombreux mois de procédure.

Depuis, les décisions présidentielles se suivent et se ressemblent. Obama supprime un système de surveillance des musulmans avant l'arrivée de Trump - système instauré par l'administration Bush, traçant les entrées et sorties sur le territoire américain des ressortissants de 25 pays suspectés de terrorisme. Obama gracie un nombre record de condamnés: 1'176 criminels sont libérés ou voient leur peine commuée, soit plus que la somme des grâces accordées par les 11 précédents présidents.

Jusqu'à la dernière seconde, Barack Obama continue à pousser son agenda pour l'avortement, le contrôle des armes ou les quotas de minorités dans l'administration. Mais si ces manœuvres tardives seront contrecarrées avec plus ou moins de difficultés par l'administration Trump, Obama garde un réel pouvoir là où ses fonctions de Président sont les plus étendues, dans le domaine de la politique étrangère.

Coup de poignard contre Israël

Si Vladimir Poutine semble irrité par les diatribes anti-russes régulièrement lancées sans la moindre preuve par l'administration Obama, le président russe paraît aussi avoir assez de recul pour attendre, le 20 janvier, un président américain qui ne soit plus obnubilé par une nouvelle guerre froide.

Mais Obama travailla également avec les Palestiniens pour faire voter une résolution réclamant l’arrêt de la colonisation israélienne dans les Territoires palestiniens - à laquelle les États-Unis n'opposèrent pas leur veto.

Au sein de l'assemblée de l'ONU, en vertu de la règle selon laquelle un pays égale une voix, les nations arabes sont surreprésentées comparé à leur influence économique et démographique. Les résolutions anti-israéliennes sont monnaie courante ; rien que cette année, il y en eut 40, contre 4 pour le reste du monde (incluant la Syrie en désintégration et la crise en Ukraine). Pendant des décennies, les Américains étaient la seule voix du Conseil de Sécurité disposant du droit de veto et l'utilisant pour protéger la seule démocratie du Moyen-Orient contre ses ennemis. Cela changea il y a quelques jours alors que la diplomate américaine à l'ONU s'abstint de rejeter la résolution, entraînant la validation de celle-ci.

Ce simple texte a un impact énorme, comme le montre la vidéo d'une sérieuse dispute sur le plateau de CNN au sujet du vote de cette résolution:

Alan Dershowitz de la Faculté de droit de Harvard expliqua que le président Obama agissait de façon non démocratique, puis développa:

[Obama] peut changer de politique, il peut faire des discours. Mais il ne devrait pas changer 40 ans de politique américaine aux Nations Unies. Si la résolution du Conseil de sécurité est adoptée, elle lie complètement les mains d'un nouveau président. Vous ne pouvez pas annuler une résolution du Conseil de sécurité. Vous ne pouvez pas ramener le droit de veto. Cette résolution du Conseil de sécurité est une invitation donnée à la Cour Pénale Internationale de poursuivre Israël. C'est une invitation donnée au mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions de commencer à sanctionner Israël. C'est une très, très mauvaise résolution. (...)

[Donald Trump] a dit au président, faites ce que vous voulez dans les derniers jours de votre administration, mais ne me liez pas les mains. En fait, j'ai même écrit un article à ce sujet avant les élections, exhortant le président à ne pas lier les mains de celle que nous pension alors voir comme nouvelle présidente, Hillary Clinton. Je suis persuadé, soit dit en passant, que si Hillary Clinton avait été élue, elle aurait elle aussi appelé le président pour lui demander de ne pas lui lier les mains. Ce président [Obama] agit de manière non démocratique. Quatre-vingt-huit sénateurs se sont opposés [à l'abstention américaine sur ce vote de l'ONU], la grande majorité du Congrès, la grande majorité du peuple américain. C'est le coup bas d'un président frustré... (...)"


Les effets sont malgré tout bien réels. Bien entendu, dans une Europe biberonnée à l'antisémitisme, on se réjouit de cette résolution. Les colonies israéliennes n'ont pourtant rien à voir avec la paix.

En abandonnant aux Palestiniens toutes leurs colonies de la Bande de Gaza en 2005, les Israéliens virent par eux-mêmes que leurs concessions ne leur apportèrent rien d'autre que des tirs de roquettes en retour. Lorsque le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu cédait à la pression américaine en déclarant un "gel des colonies", les Palestiniens ne revinrent même pas à la table des négociations. La résolution de l'ONU n'encouragera pas une solution à deux États ; elle ne fera que conforter les Palestiniens dans l'idée qu'ils peuvent vaincre Israël et jeter tous les juifs à la mer, ce qu'ils ont toujours voulu en refusant de reconnaître jusqu'au droit d'Israël à exister.

Une histoire d'argent

Le coup porté aux relations israélo-américaines par Obama ne restera pas sans conséquences. Même les juifs les plus bornés des États-Unis ne peuvent s'empêcher de constater aujourd'hui que le parti démocrate a fait son coming-out anti-Israélien, ce qui aura des conséquences sur les orientations électorales de cette population dans les scrutins futurs. Donald Trump aura lui aussi l'occasion de répliquer - il en a l'intention, et pourra influer dès le 20 janvier sur la contribution américaine à l'ONU, qui représente 22% du budget annuel de l'institution.

L'argent est le nerf de la guerre ; mais c'est aussi par cet aspect, peu présenté par les médias, que Barack Obama pèsera le plus sur la présidence Trump et toutes celles qui lui succéderont. Car pendant les huit ans de sa présence à la Maison-Blanche, Obama creusa la dette de l'État américain de 7'917 milliards de dollars - 2,7 milliards de dollars par jour, plus que tous les autres présidents américains réunis.

C'est donc avec un véritable boulet économique au pied que le prochain président entamera son mandat. La façon dont il évitera ou non cet écueil façonnera sa trajectoire à la Maison Blanche, et laissera dans l'histoire une trace bien plus profonde que la manière dont il détricotera les décrets abusifs semés par Obama.

24 septembre 2015

De la grandeur du Conseil des Droits de l'Homme

Il y a deux jours de cela, vous n'aviez probablement jamais entendu parler d'Ali Mohammed al-Nimr. Le portrait du jeune Saoudien s'affiche désormais partout. Les médias font leur travail, mais un peu tard: cela fait un an déjà qu'il a été condamné à mort. Son dernier appel vient d'être rejeté. Il peut donc être exécuté à tout moment. Et pas de n'importe quelle façon:

Le condamné sera décapité. Son corps sera ensuite monté sur une croix et exposé publiquement jusqu'au pourrissement de ses chairs.


ali mohammed al-nimr,arabie saoudite,justice,onuEn réparation de quoi la justice d'un pays peut exiger cette débauche de barbarie? De quel crime inqualifiable Ali Mohammed al-Nimr s'est-il rendu coupable?

Il a manifesté.

Il aurait - le conditionnel est de rigueur - participé à une manifestation en 2012 dans la région de Qatif et, employant toujours le conditionnel, aurait lancé des projectiles en direction des policiers. Il est difficile de savoir avec exactitude de quoi il retourne malgré ses aveux complets, ceux-ci lui ayant été extorqués sous la torture.

Ali Mohammed al-Nimr était mineur au moment des faits. Il était encore mineur lorsqu'il fut torturé par les autorités du royaume pour lui faire avouer tout ce que ses geôliers voulaient entendre.

Dire qu'il suffit de contempler l'Arabie Saoudite pour se retrouver au Moyen-Âge serait une insulte vis-à-vis du Moyen-Âge. Il y a une explication derrière la sévérité de la sentence à l'encontre du jeune homme: il est le neveu d'un des plus fervents opposants au régime, le dignitaire religieux Nimr Baqer Al-Nimr. Comme ce dernier, Ali Mohammed est chiite, une minorité bien peu tolérée au pays du sunnisme absolu. Il s'agit donc de tuer le neveu pour frapper l'oncle. En Arabie Saoudite, on ne fait pas dans la dentelle.

Peut-être verrons-nous des manifestations spontanées de part le monde pour tenter de sauver la vie d'Ali Mohammed al-Nimr, mais je n'y crois pas trop ; d'expérience - et sans même effleurer l'à-propos du verdict dans cette affaire - les manifestants contre la peine de mort se font plutôt rares lorsque le pays désigné n'est pas les Etats-Unis. Les Saoudiens ont pourtant le sabre leste: depuis le début de l'année, le royaume a déjà exécuté 134 condamnés.

Tout au plus voyons-nous quelques manifestations de mauvaise humeur surgies de certains officiels des Nations unies, à Genève. Le timing choisi par la justice saoudienne est mauvais: le lundi, on nomine l'Arabie Saoudite à la tête d'un groupe stratégique du Conseil des droits de l’homme, et le jeudi de la même semaine, on décapite et on crucifie jusqu'au pourrissement des chairs. Quel agenda chargé!

Notez bien que depuis la première condamnation du jeune Ali Mohammed, les vaillants diplomates de nos instances internationales auraient pu se pencher davantage sur le royaume des Al Saoud. Ils savaient très bien ce qui s'y passait. Quelques-unes des 2'208 victimes de la peine de mort depuis 1985 - parmi lesquelles plus d'un millier d’étrangers, de mineurs et de handicapés mentaux - auraient pu amener une petite enquête. Même récemment nos bureaucrates ont des piqûres de rappel sur les droits de l'homme, comme les 10 ans de prison et les mille coups de fouet infligés à Raif Badawi, un abominable blogueur.

Ils n'ont rien fait.

Et ils ne feront rien.

C'est pour cela et nulle autre chose que le hasard de la date de la décision de justice saoudienne déplaît en haut lieu: une coïncidence de l'actualité met sous le feu des projecteurs l'inaction et la corruption si caractéristiques des organisations internationales. Voilà ce qui les dérange et rien d'autre - et certainement pas ce qu'il adviendra d'Ali Mohammed al-Nimr.

Alors, faites-vous bien à cette idée: l'Arabie Saoudite est membre de plein droit du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, comme 46 autres pays, comme le Pakistan qui prodiguait récemment encore ses bons conseils à la Suisse. Et non seulement un membre de plein droit mais un membre respecté, puisque désormais à la présidence du comité qui nomme ses experts. Trois fois rien en somme!

ali mohammed al-nimr,arabie saoudite,justice,onu,peine de mort
On avait dit "Droits de l'Homme", alors pour le reste on verra plus tard.

Il paraît qu'il y a encore des gens pour avoir la foi dans les nids de vipères que sont les institutions internationales. On en trouve de grands fans jusque dans le gouvernement helvétique. Ils pensent que ces bureaucraties supranationales sont l'avenir de l'humanité. Suivant ce qui leur tient lieu de logique, leur suggestion la plus appropriée pour sauver Ali Mohammed al-Nimr aujourd'hui serait probablement... De convoquer le Conseil des droits de l'homme.

29 août 2015

Le vrai nom des migrants

Le Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU se tâte: affecté par une petite bouffée de réalité, même lui a fini par admettre qu'il existait une différence entre "réfugiés" et "migrants".

Le HCR explique que les réfugiés sont des personnes fuyant les conflits ou des persécutions. Ils ont droit à une protection internationale en vertu de la Convention de 1951 sur les réfugiés.

Les migrants ne sont pas directement menacés et choisissent de quitter leur pays principalement pour des raisons économiques, trouver un emploi, une formation, ou des raisons de réunion familiale. A la différence des réfugiés, ils peuvent rentrer chez eux sans encourir de danger. Les lois de chaque pays sur l'immigration s'appliquent dans leur cas.


Sauf en Europe, bien entendu, où les deux flux sont mélangés aux frontières, dans les médias et les esprits dans le but avoué par certains de faire rentrer le plus de monde possible. D'ailleurs, même après cette soudaine saillie de bon sens le HCR - toujours irréprochable - fait volte-face et prétend pouvoir déceler les uns des autres:

Le HCR précise que parmi le grand nombre de personnes qui affluent actuellement vers l'Europe à travers la Méditerranée, il y a des réfugiés et des migrants. Mais la majorité d'entre elles viennent de pays en guerre ou de pays où elles sont persécutées (Syrie, Irak, Afghanistan, Libye, Erythrée) et ont droit à l'asile. Seulement pour une minorité, venue d'ailleurs, il s'agit de migrants.

 
Une minorité? Examinant la carte des migrations vers l'Europe, pas de doute, nous pouvons conclure que depuis son quartier général genevois le HCR a des yeux sacrément perçants:

roads_to_europe.png
Les chemins vers l'Europe - image Reuters (cliquez pour agrandir)

Mais le HCR est une officine politique et on peut parier que le moindre de ses directeurs n'a jamais vu ce genre de carte. D'ailleurs, même la récente distinction entre "réfugiés" et "migrants économiques" n'a guère de sens: on peut très bien être les deux. Des dizaines de milliers de personnes correspondent à cette description. Mais quitte à définir les deux catégories comme exclusives, alors il faut décider comment classer un individu dans l'une ou l'autre.

Je suggère de quitter la définition spécieuse du pays d'origine ; un réfugié venu de Damas attendant quelques mois à Calais son passage en Angleterre n'est résolument plus en danger de mort. Cette distinction n'est pas qu'une vue de l'esprit ; reconnue dans les traités internationaux, elle est à la base des Accords de Dublin. La notion de réfugié se ramène donc au danger encouru à l'instant présent dans un pays donné. Munis de ce simple bon sens, la distinction entre réfugiés et migrants coule de source: un réfugié devient simple migrant dès lors qu'il continue à traverser des pays alors qu'il n'est plus en danger de mort.

Un Syrien s'échappant de l'enfer syrien et tentant de rejoindre par exemple l'Allemagne à travers la route des Balkans franchira successivement la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et l'Autriche pour enfin atteindre son but. Mais dès son entrée en Turquie, il ne sera plus "en danger de mort dans un pays en guerre".

Partant de là, s'il quitte la Turquie, il perdra sa qualité de "réfugié" pour simplement devenir un "immigré économique" à la recherche de confort matériel. S'il parcourt encore ces milliers de kilomètres pour atteindre les douces mamelles de l’État-providence allemand, c'est un choix, pas une question de survie. Certains trouveront sa démarche justifiée, mais ce débat ne doit pas servir à masquer une dénomination correcte. Que personne - et certainement pas les faux réfugiés - n'ose prétendre que la vie en Turquie, en Bulgarie, en Serbie, en Hongrie et en Autriche est "impossible" et que c'est toujours une question de vie ou de mort. Pareilles déclarations sont une insulte à ces pays et à leurs millions d'habitants. L'affront est plus grand encore pour les compatriotes de ces immigrés restés au pays et qui sont, eux, réellement menacés.

La plupart des civils ne quittent pas leur pays d'origine, comme les Ukrainiens, ou les Yézidis accrochés à leur montagne de Sinjar. Hormis cela, Les réfugiés de guerre au sens du droit international existent ; les Syriens fuyant au Liban, en Jordanie ou en Turquie, les victimes africaines de Boko Haram cherchant refuge dans d'autres régions du Nigeria ou au Cameroun, et ainsi de suite. C'est là qu'il faut les aider, et soutenir les pays qui les accueillent.

Ceux qui vont plus loin sont à la recherche de confort. Ce sont donc des immigrants économiques. Ils visent un logement gracieusement fourni par l’État, la nourriture, l'habillement, les traitements médicaux, l'école, l'aide sociale, l'assistance juridique et tous ces services ruineux que nos gouvernements socio-démocrates endettés jusqu'à la moelle ne parviennent même plus à fournir à leur propre population dans le besoin.

S'ils ont parfois été témoins d'horreurs authentiques, elles ne constituent pas pour autant un alibi pour violer toutes les lois sur l'immigration des pays qu'ils décident de franchir - à moins de redéfinir jusqu'à la notion même de loi.

La guerre fait naturellement rage sur le plan médiatique, journaux et télévision luttant sans cesse pour présenter ces cohortes d'immigrés sous le jour le plus favorable possible. Les journalistes font de grands efforts pour montrer des images sympathiques d'enfants et de familles. Mais le terrain montre une situation différente - des requérants revendicatifs et pas toujours honnêtes. La plupart des migrants sont des hommes. Dans le camion retrouvé en Hongrie et ses 71 victimes mortes d'asphyxie, il y avait 4 enfants, 8 femmes, et 59 hommes.

S'il n'est pas plaisant de qualifier les migrants économiques d'envahisseurs, la plupart des sens du verbe dans la définition du Larousse semblent pourtant s'appliquer:

  • Entrer en nombre et par la force dans un pays, une région, s'en emparer militairement.
    Les troupes ennemies ont envahi le nord du pays.
  • Pénétrer quelque part en nombre, de manière abusive ou non autorisée ; occuper, faire irruption dans un lieu.
    Les manifestants ont envahi le ministère.
  • Se rendre en très grand nombre dans un lieu.
    L'été, les touristes envahissent le village.
  • S'imposer, atteindre, concerner de nombreux points d'un lieu, de nombreux éléments d'un groupe, gagner un domaine.
    Cette mode a envahi la France.
  • (Familier) Venir chez quelqu'un et l'importuner en occupant une place excessive, abusive, en demandant trop de son temps.
    Elle vient nous envahir tous les dimanches.

Seule le premier sens - celui d'une occupation militaire - ne correspond pas encore complètement à la réalité. Mais lorsque l'Europe aura finalement fermé ses frontières, pensez-vous que les migrants hésiteront à employer la force ?

Tout ceci ne peut évidemment que se terminer très mal - et se terminera très mal.

28 mars 2011

D'une guerre à l'autre

Vendredi dernier, Ueli Maurer, conseiller fédéral en charge de l'armée, s'est livré à dans les colonnes du Tages-Anzeiger à quelques critiques sur les opérations internationales en cours en Libye. Par sa franchise et son bon sens, il s'est immédiatement attiré une volée de bois vert de la part des éditorialistes et des bien-pensants: mettre en doute une offensive contre Kadhafi, comment ose-t-il!

L'unanimité médiatique contre Kadhafi n'est pas sans me rappeler l'unanimité diamétralement opposée à l'intervention militaire en Irak en 2003, dans les médias francophones en tous cas. Mettons en perspective les deux situations.

L'intervention contre la Libye n'est ni plus ni moins légitime que celle contre l'Irak de Saddam Hussein. Pour chacune, l'ONU a voté des résolutions (la 1441 dans un cas, la 1973 dans l'autre) laissant entrevoir un recours à la force aux contours mal définis. La teneur exacte des textes votés était si floue que les réticences ont été immédiates sur le périmètre d'un recours à la force, seul un conglomérat de "pays coalisés" entrant en action.

kadhafi-et-sarkozy.jpgEn réalité, la justification légale d'une action contre Kadhafi est bien plus faible que celle qui a eu lieu en son temps contre Saddam Hussein. Le leader libyen n'est pas coupable de crimes contre l'humanité comme le despote de Bagdad l'a été; en fait, jusqu'à la mi-février, les puissants du monde considéraient Kadhafi comme quelqu'un de respectable, passant outre ses liens (passés?) avec le terrorisme et la violence de sa dictature. Rien à voir donc avec le Raïs irakien, infréquentable depuis son invasion du Koweit en 1990.

Kadhafi est sans conteste un fou paranoïaque et calculateur; mais pour imprévisible soit-il, il avait apparemment renoncé au terrorisme et même à la recherche d'armes de destruction massive en 2003 - on a beau être fou, paranoïaque et calculateur, le destin de Saddam Hussein a fait réfléchir plus d'un dictateur. Pour nuisible qu'il soit, Kadhafi ne représentait pas une menace contre un pays voisin ni aucun membre de la communauté internationale.

Précisons enfin que, malgré toute la sympathie qu'elle peut susciter, la rébellion libyenne n'a aucune légitimité particulière. La charte de l'ONU empêche de s'immiscer dans les affaires intérieures d'un pays souverain, fut-ce une dictature (comme nombre de membres de l'organisation). Il n'est absolument pas dans les missions de l'ONU de favoriser une insurrection, même contre un tyran. La résolution 1973 évoque explicitement la protection des civils, interdit l'usage de troupes au sol, et exclut toute action visant à renverser le régime.

On pourrait se réjouir de la "distance" prise par les coalisés; elle n'est pas sans conséquences. L'offensive au sol est laissée aux chebabs libyens, à l'armement léger et aux compétences martiales discutables. Renoncer à envoyer des soldats professionnels sur le terrain et laisser faire le sale boulot à civils mal dégrossis sur des pick-up Toyota, est-ce vraiment le meilleur choix lorsqu'il s'agit de préserver des vies humaines?

En utilisant la résolution 1973 comme prétexte, les pays coalisés - France, Etats-Unis et Angleterre en tête, ont largement "interprété" le texte, au point de déclencher les protestations de la Ligue Arabe et même de certains de leurs partenaires de l'OTAN, peu enclins à les suivre dans une aventure militaire aux conditions de sortie indéfinissables.

Barack Obama a déclenché une guerre d'autant plus unilatérale qu'il n'a même pas l'aval du Congrès, à l'inverse de George W. Bush pour l'Irak en 2003. Et, qu'on ne se leurre pas, malgré l'omniprésence médiatique française, ce sont les Etats-Unis, et non la France, qui fournissent l'essentiel de l'effort militaire.

Vu d'ici, l'offensive contre la Libye ressemble moins à de la géopolitique qu'à un conflit de personnes entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi, Angela Merkel, Barack Obama, David Cameron, Silvio Berlusconi et d'autres. Comme si une dispute de cour d'école se réglait avec des missiles et des avions parce que les protagonistes sont les leaders de leurs pays respectifs... D'ailleurs, personne ne s'attend à voir la communauté internationale réagir avec une telle diligence sur le Yémen ou la Syrie, où les mouvements d'opposition sont eux aussi descendus à balles réelles.

Je ne défends Kadhafi en aucune manière, loin de là. S'il finissait pendu au bout d'une corde ou écrasé dans l'effondrement de son bunker, cela égayerait agréablement ma journée. Mais en formulant cette opinion je suis cohérent avec la position que je tenais en 2003 face à l'intervention militaire contre Saddam Hussein: quelque part, même si une offensive militaire est lancée pour des raisons douteuses, la chute d'un dictateur est oeuvre de salubrité publique.

On ne peut pas en dire autant de toutes les voix qui protestaient en leur temps contre la guerre en Irak.

Où sont passés les manifestants de 2003 scandant que "la guerre n'est jamais la solution"?

Pourquoi cet assourdissant silence contre les opérations en cours aujourd'hui en Libye? J'ai peine à voir en quoi les deux situations n'auraient strictement aucun rapport. Et quand elles diffèrent, c'est largement en défaveur de la Libye. Par quel bout qu'on la prenne, l'opération "Aube de l'Odyssée" ressemble à une mauvaise copie de l'opération "Liberté en Irak": moins de légitimé internationale, moins de vision à long terme, moins d'union entre les alliés, moins de prise de risque des pays participants, laissant rebelles et civils en première ligne face aux ripostes du régime.

Six-Years-of-War-in-Iraq.jpg

Rétrospectivement, le silence de 2011 renvoie une bien piètre image des protestations de 2003.

Se pourait-il que l'opposition à la guerre contre Saddam Hussein n'ait jamais été qu'un prétexte visant à salir le président George W. Bush et son équipe républicaine? Prétendre cela, c'est sans doute médire, n'est-ce pas! Difficile pourtant, aujourd'hui, d'interpréter différemment l'étonnant silence des "pacifistes" face aux bombes et aux missiles qui déferlent sur le territoire libyen.

A ce qu'il semble, la guerre n'est jamais une solution - sauf quand elle est décidée par un président démocrate et soutenue par la France.