11 septembre 2015

Or: un petit problème d'inventaire

Les habitués de ce site savent faire la distinction entre l'or physique, c'est-à-dire le métal jaune bien connu, et les certificats d'or, c'est-à-dire un papier qui affirme que vous possédez une certaine quantité de ce métal jaune bien connu. Vous aurez beau dire que c'est du pareil au même, un certificat inspire rarement autant confiance que le poids d'un lingot dans la main.

Je m'étais attelé à préciser cette importante distinction alors que les stocks de la COMEX - un des plus grands dépositaires d'or physique dans le monde, situé à New York - touchaient un plus bas niveau historique. C'était il y a un an et demi.

Je suppose que depuis beaucoup de monde attendait le moment où les choses empireraient, ou au contraire pourraient pousser un ouf! de soulagement alors que les stocks "reviendraient à la normale".

C'est par le biais de Zerohedge, toujours sur le qui-vive, que nous apprenons que les records sont faits pour être battus. Certes depuis 2013 il y a eu des hauts et des bas... Et un gros, gros plus bas en ce moment.

or,comex,faillite
Le plus bas de fin 2013 est un souvenir.

Le stock d'or enregistré de la COMEX est descendu jusqu'à un niveau de 185'315 onces, soit moins de 6 tonnes.

Les deux stocks d'or de la COMEX

Les chambres fortes de la COMEX sont-elles vides? Non, car il faut faire la distinction entre l'or "disponible" et l'or "enregistré". Et pour comprendre la nuance entre les deux notions, un article de BullionVault - écrit lors du plus bas historique de 2013 - s'avère particulièrement éclairant.

Pour résumer simplement, il existe un "circuit de raffinement" de l'or. L'or arrive dans le circuit à travers des producteurs officiels dûment enregistrés qui se chargent de le récupérer auprès des mines ou du recyclage de bijouterie. Il est alors refondu avec une pureté garantie. Puis, il est acheminé jusqu'à un lieu de stockage comme la COMEX à travers des transporteurs de fonds agréés. De là, il pourra continuer sa route d'un entrepôt à un autre, sans jamais sortir du système, ou en ressortir, si un détenteur d'or souhaite obtenir physiquement son bien.

Dès que l'or sort du circuit, il ne peut y retourner qu'à travers les points d'entrée que représentent les producteurs officiels, une démarche lente et contraignante. Pensez à un passager qui quitte la zone d'embarquement d'un aéroport: il devra à nouveau se soumettre aux détecteurs de métaux et autres portiques de sécurité pour y revenir.

Pour s'éviter cette peine, l'or est le plus souvent gardé au coffre et change de main à travers des "certificats", des documents établissant le droit de propriété du porteur. Les certificats sont évidemment bien plus faciles à échanger que leur pesants en lingots, et encore plus lorsqu'ils sont comme aujourd'hui sous forme électronique.

De cette façon, la COMEX n'est rien d'autre qu'une chambre forte. Elle est utilisée comme telle par beaucoup de clients. Ils gardent leur or sur place, en sécurité, contre une certaine somme d'argent, comme n'importe quel coffre de banque. L'or ainsi stocké est qualifié de "disponible". Il peut être directement retiré par son propriétaire du moment.

Pourtant, même là la COMEX a montré quelques signes de fébrilité les années précédentes avec des lingots dont les numéros de série ne correspondaient pas ou des soupçons de fraude sur l'état des stocks. Une ombre plane sur l'or disponible - l'est-il réellement?

Mais les gardiens de l'or ont un autre rôle: celui de prêteur. Le deuxième stock d'or, celui correspondant au graphique ci-dessus, est l'or "enregistré". C'est un stock d'or placé en garantie, d'un produit financier structuré par exemple. Il est là pour indiquer que si toutes les choses tournent mal le liquidateur de l'affaire pourra se retourner et récupérer au moins la valeur fournie en garantie. C'est une forme d'hypothèque.

Un graphique de ZeroHedge montre l'évolution des deux stocks:

or,comex,faillite

Comme on le voit, les entrepôts de la COMEX sont loin d'être vides. Est-ce à dire que si la quantité d'or "enregistré" tombe à zéro, il n'y aura pas de problème?

Petite survente

Le grand public a entendu parler des produits structurés fin 2007 lorsqu'ils se sont effondrés sous le coup de la crise des subprimes. Les mécanismes découpant les hypothèques en tiers afin de les revendre ont peut-être disparu sous leur forme de l'époque mais il existe des milliers d'autres produits structurés dans les circuits économiques.

Le problème, comme en 2007 d'ailleurs, est que ces outils ont une fâcheuse tendance à s'empiler les uns sur les autres, dans un beau château de cartes qui met à mal toutes les "garanties" et les "assurances" dont on a bien voulu les affubler une fois que le tout s'effondre.

C'est un peu ce qui arrive avec les stocks enregistrés de la COMEX. S'ils s'amenuisent, c'est parce que l'or est progressivement converti en or "disponible" alors que des garanties sont activées.

Or, la COMEX tient d'autres registres - notamment l'utilisation faite de l'or "enregistré". Et le même lingot d'or peut être nanti en garantie (mis en gage) plusieurs fois, partant du principe que normalement toutes les garanties ne devraient pas être actionnées au même moment. Combien de fois? Deux fois? Cinq fois? Vingt fois? Vous êtes loin du compte!

Nous en sommes à 207,4 garanties par once d'or enregistré.

or,comex,faillite
(cliquez pour agrandir)

Autrement dit, pour chaque once d'or enregistré dans les stocks de la COMEX, il y a en moyenne 207,4 investisseurs différents qui peuvent prétendre y avoir droit. Lors du précédent pic de 2013, le rapport avait à peine dépassé un petit facteur de 120... Et la réalité pourrait être encore pire.

Il n'y a pas de limite supérieure au nombre de prétentions portées sur le même lingot, mais il arrive un moment où il n'y a plus d'or du tout pour les appuyer. Lorsque les volumes d'or enregistrés de la COMEX seront totalement vides (et nous n'en sommes plus très loin) des milliers d'engagements financiers verront le sol se dérober sous leurs pieds, reposant sur des garanties désormais vides qui ne vaudront même plus le papier sur lequel elles sont imprimées.

Ceci déclenchera une petite tempête financière, c'est à peu près certain. Et cela jettera un doute sur l'ensemble des stocks d'or détenus de par le monde - même en France où, autant que je sache, Marine Le Pen n'a jamais obtenu de réponse à sa demande d'audit des stocks d'or français - et surtout, de leur utilisation sous forme de garantie.

Car ce n'est pas tout d'avoir de l'or en stock, encore faut-il que vous en soyez le propriétaire réel.

08:00 Publié dans Economie, Monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : or, comex, faillite |  Facebook

03 mai 2015

Le poison des taux négatifs

Les taux négatifs constituent la dernière recette en date concoctée par nos élites financières pour résoudre la crise. Depuis qu'une banque centrale a marqué le pas ils se sont répandus comme une traînée de poudre. Sont-ils la panacée, ou le dernier soubresaut d'un système à l'agonie? Cette modeste explication vous aidera peut-être à vous faire une idée de la question.

Déconstruction de la monnaie-dette

Pour faire simple, deux écoles de pensées s'affrontent concernant la monnaie: l'école autrichienne dans laquelle la monnaie est une convention sociale longuement construite et destinée à faciliter les échanges de biens et services, et les autres pour lesquelles la monnaie est un outil manipulable à loisir afin de servir des intérêts politiques.

Puisque sans intérêt pour lui, l'école autrichienne est méprisée de l'establishment ; les leviers de la finance mondiale, banques centrales et organisations financières internationales sont donc réservés aux Keynésiens et autres doctes manipulateurs de la monnaie. Ils ne sont jamais à court de théories pour expliquer pourquoi leurs manœuvres échouent.

Dans le monde réel, un prêt correspond à une privation que le prêteur concède en échange d'une indemnité ; sa valeur par rapport à celle du bien prêté détermine ce qu'on appelle le taux d'intérêt. Le taux dépend d'énormément de choses comme la relation entre le prêteur et l'emprunteur, le risque que la chose louée soit dégradée, détruite ou volée, ou encore le degré de privation ressenti par le prêteur. Les taux d'intérêts sont donc éminemment variables. Ils peuvent être élevés ou au contraire faibles lorsque "tous les voyants sont au vert" ; mais ils ne sauraient être négatifs puisque cela reviendrait à dire que le prêteur paye pour voir quelqu'un d'autre utiliser ses propres biens, ce qui est absurde (ou au moins masochiste).

Si pareille situation serait ubuesque avec n'importe quel bien matériel, elle est désormais appliquée dans le monde de la monnaie-papier dans lequel nous évoluons pour l'instant. Au lieu de louer une voiture pour un an, louez un million de francs pour un an et voilà, les taux sont négatifs. Comment est-ce possible?

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtLa monnaie-papier est une monnaie-dette. Formellement, un billet de 10 euros est une reconnaissance de dette de 10 euros que la Banque Centrale Européenne signe en faveur du détenteur du billet. A une époque, ce genre de billet aurait pu être retourné à la banque centrale émettrice en échange d'une certaine quantité d'or ; on disait que la monnaie était adossée à l'or ou encore qu'il en était le sous-jacent. Cette épée de Damoclès pesant sur les banques centrales les empêchaient de faire n'importe quoi, comme créer des billets à tort et à travers. Aujourd'hui ce n'est plus le cas et si quelqu'un vient au guichet de la BCE pour demander ce qu'il peut obtenir en restituant des reconnaissances de dettes libellées en euros (autrement dit, nos billets de banque) on lui adressera un sourire gêné tout en lui indiquant la porte.

Nos monnaies-papier, dollar, yen, livre sterling, franc suisse ou euro ne sont adossées à rien. Ce sont des dettes émises en contrepartie de rien. On peut les échanger les unes contre les autres, mais rien n'empêche les banques émettrice d'en pondre quasiment à l'infini ; et depuis quelques années, c'est exactement ce qu'elles font.

La monnaie-papier n'a de valeur que par la force de la loi qui en impose l'usage. En outre, son caractère abstrait et manipulable permet toutes les entourloupes. Par exemple, que représente le sacrifice de la privation d'une somme d'argent purement imaginaire? Question un peu absurde, n'est-ce pas ! Elle est pourtant totalement d'actualité, puisque c'est en répondant à cette interrogation que les banquiers centraux déterminent le taux directeur.

Le taux directeur est le taux d'intérêt de base, totalement arbitraire, que la banque centrale décide d'appliquer aux reconnaissances de dettes qu'elle émet. Puisque cette monnaie ne repose sur aucune contrepartie matérielle, rien n'interdit en pratique de lui assigner un taux d'intérêt négatif, même si cela heurtera les gens avec un peu de sens commun. Cette décision s'avèrera lourde de sens lorsque la monnaie-papier se confrontera au monde réel, comme nous allons voir.

Mais avant, demandons-nous pourquoi nous sommes passés à la mode du taux négatif.

L'inflation sans l'inflation

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtL'inflation est un mécanisme bien connu lié à une création monétaire excessive sans lien avec l'économie sous-jacente. L'inflation est l'effet d'une trop grande abondance d'argent. Elle a pour conséquence d'éroder le pouvoir d'achat de l'unité monétaire. Elle "rapetisse" l'argent. Les prix donnent l'impression d'augmenter alors qu'en fait ils ne bougent pas - c'est simplement la puissance de la monnaie dans laquelle ils sont exprimés qui diminue.

L'inflation est activement recherchée par les gouvernements puisqu'elle permet à la fois de diminuer le poids de la dette publique (exprimée dans une monnaie valant de moins en moins) et d'augmenter les impôts (les contribuables glissant dans des tranches de plus en plus "progressives" du barème d'imposition). Le mantra d'une "inflation à 2%" ne correspond à aucune démonstration économique mais seulement à un compromis permettant aux politiciens d'atteindre leurs objectifs sans provoquer trop de grogne de la part d'une population dont les salaires font du sur-place.

L'inflation a toutefois le fâcheux défaut d'être incontrôlable. De nombreux pays l'apprirent à leurs dépens comme l'Allemagne, le Zimbabwe ou l'Argentine. L'emballement de l'hyper-inflation est effrayant, mais en Europe aujourd'hui il s'agit exactement du contraire. Malgré tous les efforts pour la déclencher depuis 2008, l'inflation ne vient pas. La faute à une économie moribonde et à des perspectives encore pires. Les gens se retiennent de dépenser et les entreprises d'investir. Le circuit économique, à l'arrêt, ne permet pas au surplus monétaire de circuler.

Comment obtenir les mêmes effets que l'inflation lorsqu'il n'y a pas d'inflation? Par les taux d'intérêt négatifs, pardi!

Des taux d'intérêts négatifs représentent une taxe sur les comptes bancaires. Même faiblement négatifs, ils s'appliquent souvent sur de gros montants et provoquent une addition douloureuse. La valeur détenue sur le compte s'étiole avec le temps, mais aussi la valeur des dettes contractées par l'Etat puisque les intérêts de la dette publique sont calqués sur le taux directeur du moment!

Un taux d'intérêt négatif permet donc théoriquement de:

  • pousser les gens à consommer, dans le plus pur style de la relance keynésienne, puisqu'il vaut mieux brûler son argent en achetant n'importe quoi plutôt que de le laisser pourrir sur son compte ;
  • diminuer la charge de la dette publique puisque l'entretient de cette dette est tout d'un coup beaucoup moins cher.

Les deux effets rappellent sensiblement les conséquences de l'inflation. De plus, à l'inverse de l'inflation, les taux d'intérêt (négatifs ou non) sont contrôlables: la Banque Centrale peut décider quasiment n'importe quand de réviser sa politique de taux. Rien à voir avec le mauvais génie de l'inflation si difficile à faire retourner dans sa boîte.

Malheureusement pour nos brillants expérimentateurs économiques, la pratique risque d'être un peu moins sympathique que la théorie.

Le cerveau des acteurs économiques

Les hommes ne sont pas des pions. Leurs aspirations et leur libre-arbitre contreviennent au planisme et à l'approche mécanique de l'économie pratiquée par les banquiers centraux. Les taux d'intérêt négatifs ne poussent pas la majorité des gens à consommer de manière effrénée, pas plus que la hausse illusoire des cours boursier ne mène à l'euphorie. Les politiques monétaires des banques centrales peuvent susciter des bouffées d'optimisme mais celles-ci n'affectent pas durablement la réalité.

Si elles ont un effet, c'est bien au contraire sur les politiciens - en particulier les politiciens au pouvoir. Bien qu'ils prétendent perpétuellement le contraire, les politiciens professionnels travaillent essentiellement à court terme. Leur horizon se limite le plus souvent à l'échéance électorale suivante. Pour ceux-là, l'embellie temporaire des comptes de l'Etat suite à l'application des taux négatifs (obtenue essentiellement parce que le boulet de la dette est tout d'un coup moins lourd) leur permet de plaider que le pays vit une embellie économique dans son ensemble.

Alors que l'introduction des taux négatifs serait au mieux un répit à court terme qu'il faudrait mettre à profit pour engager des réformes courageuses, les politiciens font exactement le contraire: ils en tirent de merveilleuses excuses pour ralentir le rythme poussif des réformes et passent plutôt leur temps à s'attribuer les mérites de l'embellie temporaire des comptes de l’État. Pire, ils sont enclins à s'endetter encore plus puisque, clament-ils, les crédits n'ont jamais été aussi abordables!

Comme on le comprend aisément, pareille attitude a peu de chance d'arranger la trajectoire catastrophique qui a amené les banques centrales à adopter des taux négatifs comme mesures de dernier recours.

Les taux directeurs négatifs affectent de fil en aiguille toutes les perspectives de rendement liées au crédit - parmi elles, les fruits de l'épargne. Or, l'épargne est indispensable pour permettre la constitution de capital qui permet à son tour de financer une activité économique. Pour reprendre la limpide formule de Charles Gave, l'épargne représente le capital de demain et la croissance et l'emploi d'après-demain.

Dans un contexte de taux négatifs, l'épargne perd toute raison d'être, ce qui amène des conséquences terribles pour l'avenir économique d'un pays.

La bascule

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtLa plupart des gens n'ont pas un compte courant suffisant pour réellement souffrir des taux négatifs, mais il suffit de peu de choses pour que la situation se détériore jusqu'à un point de non-retour.

Pour des raisons légales, de nombreuses organisations (comme les gestionnaires de fonds ou les caisses d'assurance-maladie) ont l'obligation de disposer de grandes réserves fiduciaires directement disponibles. Elles sont donc frappées de plein fouet par les pénalités dues aux taux négatifs - et donc indirectement, leurs clients.

Un gestionnaire raisonnablement compétent ne peut pas accepter de perdre de l'argent sur de simples raisons techniques. La tentation sera donc grande de retirer ces énormes montants des comptes bancaires, par exemple pour les mettre dans un coffre comme argent liquide. Or, pour une banque, un million de francs sur un compte ou sous forme d'une liasse de billets déposée dans un safe n'ont pas du tout la même signification: le premier est compté comme masse sous gestion, le second n'a aucune existence au bilan.

Autrement dit, si tous les clients (et en particulier les gros clients, ceux qui ont le plus d'argent en banque) retirent leurs avoirs sous forme d'argent liquide pour éviter les taux négatifs, les banques feront faillite.

Ce comportement rationnel s'avérant fatal aux banques, les banquiers et les politiciens travaillent main dans la main pour l'empêcher. Nous assistons donc au développement d'une guerre contre le cash et d'un contrôle des capitaux de plus en plus marqué - et c'est assez tristement que l'on voit la Suisse aux avant-postes de cette nouvelle offensive contre la liberté économique, cherchant à empêcher chacun disposer de son compte en banque comme il l'entend.

Le mouvement a déjà commencé et prendra de l'ampleur, les capitaux migrant naturellement vers des lieux où les taux sont plus favorables. Pour ceux qui restent sur place, il y a encore la possibilité de convertir son argent en métal précieux ; l'or est souvent décrié comme étant quelque chose d'inerte voire inutile - "l'or ne se mange pas" nous assène-t-on - mais cette inertie devient une qualité extrêmement recherchée lorsque le simple fait de posséder du cash en billets de banque amène votre fortune à s'étioler. Bien sûr, toutes ces manœuvres de la clientèle assècheront progressivement les banques en les poussant à la faillite.

Le système financier s'effondrera-t-il?

Éthique et priorités

Les taux négatifs ne sont pas intenables à proprement parler ; ils le sont seulement dans une économie ouverte. De fait, les dirigeants de la zone euro et de tous les pays à taux négatifs sont face à un dilemme: soit ils renoncent aux taux négatifs, soit ils renoncent à l'économie ouverte.

Comme on peut s'attendre au pire de la part de cette caste, toute une série de mesures seront donc probablement prises pour mettre un terme à la liberté économique. Ces mesures seront de trois types:

  • le contrôle des capitaux ;
  • l'interdiction des paiements en cash (ou au moins leur plus sérieuse restriction) ;
  • le contrôle de l'or et des placements non-monétaires.

Les deux premiers points serviront à éviter que quiconque échappe à la dépréciation planifiée des avoirs bancaires ; l'urgence de la crise justifiera le premier objectif, la lutte contre le terrorisme le second. Quant au troisième, il servira à empêcher la conversion locale du cash en une autre forme de monnaie à l'abri des taux négatifs et on se réjouit de découvrir l'excuse qu'auront concoctées les autorités.

Et il faudra bien sûr mater les rebelles.

Les taux négatifs représentent le dernier acte du drame de l'agonie d'un système économique artificiel comme la monnaie-papier - en quelque sorte, le miroir de l'hyper-inflation, une autre forme d'explosion connue et spectaculaire. Reconnaissons tout de même que dans le cas présent il n'y a pas de précédent historique ; l'effondrement d'un régime de monnaie-papier par le biais des taux négatifs implique un degré de contrôle sur la société civile qui était impossible à atteindre à l'ère pré-informatique.

Nous ne sommes qu'au début de l'époque des taux négatifs, mais à moins de faire marche arrière immédiatement les dégâts qu'ils provoqueront marqueront notre génération.

26 novembre 2014

Or: même Marine Le Pen s'y met!

Dire que l'initiative sur l'or aura provoqué des remous est un euphémisme. Qu'elle soit acceptée ou refusée le 30 novembre, elle crée derrière elle un véritable tsunami.

Dernier chapitre en date: une lettre ouverte de Marine Le Pen demandant des comptes à M. Christian Noyer, président de la Banque de France. A l'attention de quelques lecteurs trop effrayés par l'idée de naviguer même ponctuellement sur le site du Front National, voilà donc ladite lettre reproduite in extenso.

Monsieur le Gouverneur,

Au nom des Français et en ma qualité de principal chef de l’opposition, j’ai l’honneur de vous écrire, car il est de mon devoir de vous présenter une requête sur les réserves d’or de la France, relevant de l’intérêt supérieur de notre nation.

marine-le-pen.jpgAvant même le déclenchement de la crise de 2008, le Front National avait anticipé et informé les institutions politiques de l’aggravation à venir du contexte macro-économique et géopolitique. Dans le cadre du modèle économique de plus en plus ultralibéral adopté par la France sous la pression de Bruxelles, aucun des fondamentaux économiques ne peut s’améliorer durablement. Tous les Français peuvent constater que les politiques d’austérité exigées par l’Union Européenne et la BCE et menées par le gouvernement sont un échec avéré et grave pour notre pays.

L’institution monétaire que vous dirigez a pour mission historique d’être la banque centrale dépositaire des réserves monétaires nationales et notamment des réserves d’or. Selon notre vision stratégique et souveraine, celles-ci n’appartiennent ni à l’Etat, ni à la Banque de France mais bien au peuple français et de surcroît servent de garantie ultime à la dette publique et à notre monnaie.

Dans la guerre froide monétaire qui se joue entre les pays occidentaux et les pays des BRICS, l’or reprend progressivement un rôle important. Selon le Conseil Mondial de l’Or, les réserves officielles d’or de la Chine, de l’Inde et de la Russie ont fortement augmenté entre 2007 et 2013.
Pour ces raisons et compte tenu de l’accroissement rapide des risques systémiques mondiaux, il est de la plus haute importance pour la solvabilité future de notre nation d’engager, d’ici mi-2015, une procédure d’audit détaillé dont les résultats feront l’objet d’un rapport. Ce rapport devra obtenir la validation des autorités macro-prudentielles françaises, l’ACPR, puis sera rendu public dans l’année.

Cet audit exhaustif devra contenir :
– un inventaire complet des quantités d’or physique affichées actuellement à 2435 tonnes ainsi que leur qualité (numéro de série, pureté, barres ‘Good Delivery’…), réalisé par un organisme français indépendant (à définir). Cet inventaire, sous contrôle d’huissier, devra indiquer le pays dans lequel les réserves d’or sont stockées, en France ou à l’étranger.
– Un recensement de tout contrat d’engagement financier officiel ou secret vis-à-vis de banques et sociétés privées, ou de prêt bilatéral entre la France et des institutions nationales ou internationales, ayant gagé l’or de la France afin de garantir le sauvetage de l’euro. Dans ce cas, l’audit exhaustif devra contenir les conditions des contrats d’engagement ou de prêts.

Par ailleurs :
Attendu que le 30 novembre prochain, aura lieu en Suisse une votation suite à une demande de référendum d’initiative populaire « Sauvez l’or de la Suisse » du parti UDC (Union Démocratique du Centre) qui propose le rapatriement de leurs réserves d’or sur leur sol.
Attendu qu’à la demande de certaines banques centrales nationales avisées, ce phénomène de campagne pour le « retour des réserves d’or nationales » et le contrôle démocratique existe depuis 2013 en Allemagne (Bundesbank), en Pologne etc.
Attendu que la Banque centrale néerlandaise a indiqué récemment qu’elle avait rapatrié 122,5 tonnes d’or.
Attendu que le 19 mai 2014, la Banque de France au côté d’autres banques de l’Eurosystème, a annoncé avoir signé l’accord de Washington des ventes d’or CBGA 4 (Gold sales Under the Central Bank Gold Agreements) qui ne prévoit pas de quotas de cession sur cette période quinquennale (2014 à 2019), contrairement aux trois accords précédents.
Attendu qu’en effet, la Banque de France déjà indépendante, a procédé dans le cadre de l’accord CBGA 2, à des ventes d’or décidées en 2004 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Economie et des Finances du gouvernement Raffarin.
L’objectif officiel affiché était de gérer plus activement les réserves de change de l’Etat afin de générer 100 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires dès 2005. N. Sarkozy déclarait aussi que cette vente d’or serait utilisée « soit pour financer des investissements qui préparent l’avenir, soit pour réduire la dette, mais en aucun cas pour financer les dépenses de fonctionnement ».
Sur la période 2004-2012, environ 614,6 tonnes d’or auraient été vendues par la France alors que dans le même temps les autres banques centrales de l’Eurosystème dont la BCE se sont engagées à limiter leurs ventes d’or. Selon un rapport de la Cour des Comptes de 2012, cette opération s’avère extrêmement coûteuse pour la puissance publique et constitue une atteinte grave au patrimoine national, effectuée sans aucune consultation démocratique.
Monsieur le Gouverneur, d’après vos déclarations, « l’or demeure un élément important des réserves monétaires mondiales». Pour les Français, vous êtes considéré comme le garant en dernier ressort de la sûreté de cette réserve d’or et donc de la stabilité de notre monnaie et de la stabilité financière nationale. En conséquence, votre responsabilité est immense.

Aussi, en fonction de la situation que nous découvrirons, je vous exhorte à procéder :
– Au rapatriement urgent sur le sol français de la totalité de nos réserves d’or se trouvant à l’étranger.
– A l’interruption immédiate de tout programme de cession d’or.
– A l’inverse, à une réallocation progressive d’une partie significative des réserves de devises au bilan de la Banque de France par l’achat d’or, lors de chaque baisse significative du cours de l’once (recommandation 20%).
– A la suspension de tout contrat d’engagement financier ou de prêt qui gagerait nos réserves d’or.
– Au bilan patrimonial et financier des opérations de cession d’or de 2004 ordonnées par N. Sarkozy.

La mise en œuvre de ces mesures est décisive pour l’avenir de la France face aux troubles socio-économiques qui risquent de se produire.

Tout comme vos héroïques prédécesseurs de la Banque de France en 1939 et 1940 avaient organisé l’évacuation de l’or français, vous vous devez d’entreprendre cette vaste opération de sécurisation du trésor national, acte patriotique qui sera reconnu le moment venu par l’opinion publique.

Je forme le vœu que, respectueux de vos devoirs de haut fonctionnaire au service de l’Etat, vous sachiez faire preuve de la lucidité et du courage nécessaires à la défense de l’intérêt général de notre pays. L’enjeu est considérable, c’est de l’avenir de la France dont il s’agit !

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Gouverneur, l’expression de ma considération distinguée.

Marine Le Pen


Marine Le Pen n'ayant aucun statut légal particulier - sa qualité de "principal chef de l’opposition" autoproclamée étant sujette à débat et certainement pas reconnue au sein des institutions de la République Française - on peut imaginer que cette lettre ne suscitera aucune réponse de l'intéressé. Mais le but de la manœuvre n'est pas là.

D'abord, la missive traduit l'état d'esprit de la Présidente du Front National, un parti français qu'on peut aimer ou détester mais qui s'annonce comme incontournable dans la vie politique hexagonale. Et celle-ci ne considère définitivement pas l'or comme une "relique barbare" qu'on peut négligemment solder lorsqu'on a besoin d'argent... Au contraire, elle pointe les récentes opérations de rapatriement d'or en Europe et les soupçons qui pèsent sur les stocks d'or français - tant leur volume que leur qualité et les éventuels engagements qui pourraient peser sur eux. Des inquiétudes que le silence compassé des dirigeants politiques et de la Banque de France elle-même ne vont certainement pas calmer.

Ensuite, elle n'hésite pas à reprendre les 20% de couverture de l'initiative sur l'or de l'UDC pour demander le même genre de ratio au niveau des réserves de la Banque de France - le tout au nom d'une méfiance accrue envers les monnaies-papier et les risques de déstabilisation de la finance mondiale qui laissera l'or comme seul garantie monétaire acceptée. Nous nous dirigeons à grands pas dans cette direction, d'autres pays s'y préparent, mais c'est la première fois que j'assiste à l'aveu aussi limpide de la situation par un responsable politique de premier plan - une attitude qui ne manque pas de faire du bruit.

Enfin, elle met les responsables du passé en face de leurs responsabilités: Nicolas Sarkozy qui solda des tonnes d'or français à vil prix sans justification aucune sauf probablement pour payer les dépenses courantes ; et bien sûr, le président de la Banque de France Christian Noyer lui-même dont la responsabilité serait effectivement "immense" s'il s'avérait que les réserves d'or françaises ne sont finalement pas ce qu'elles sont sensées être... De quoi donner des sueurs froides à nombre de coquins s'abritant fort opportunément derrière le secret de leur fonction pour éviter d'avoir à rendre des comptes sur des coffres peut-être vides.

Une chose est sûre, Mme Le Pen suit l'actualité économique de près, et avec plus de prévenance qu'on pourrait croire sur les questions monétaires.

01 novembre 2014

Pourquoi sauver l'or de la Suisse?

"La campagne s'anime", lança Darius Rochebin à l'antenne du journal du 23 octobre en annonçant un reportage sur l'initiative sur l'or qui fut dans son genre un modèle de désinformation. Promoteurs de l'initiative coupés pour ne retenir de leur discours que les références au passé, adversaires du texte s'étalant complaisamment en mentionnant l'inévitable conservatisme des premiers et bien sûr, condamnation sans appel, leur volonté "d'isoler" la Suisse...

Voilà la faible introduction à laquelle eut droit le téléspectateur helvétique, elle-même préalable à une campagne particulièrement fade depuis. En temps de parole ou surface d'affichage, l'or de la Suisse ne semble guère passionner les foules. Un tel manque d'engouement est d'autant plus regrettable que l'initiative sur l'or est sans doute l'un des objets les plus importants soumis au peuple ces vingt dernières années, un des trois défis de la Suisse.

Elle définit rien de moins que la prospérité future du pays.

Lire la suite

21 janvier 2014

L'Or du Rhin

La banque centrale allemande pourrait avoir beaucoup moins d'or que ce qu'indiquent ses livres de compte, avec des conséquences imprévisibles sur les relations entre les pays et le système financier mondial.

or_du_rhin.jpgDans l'opéra de Wagner, l'Or du Rhin rend fou ses détenteurs et provoque une guerre entre les dieux. Il pourrait y avoir quelque chose de wagnérien dans la crise à venir... Traduisant ZeroHedge:

Un an après l'annonce stupéfiante - suscitée par les révélations de Zerohedge - de rapatrier 674 tonnes d'or de la Fed de New York et de la Banque de France, la Bundesbank n'a réussi à transférer qu'un maigre volume de 37 tonnes. Ce montant ne représente que 5% de l'objectif annoncé, bien en-dessous des 84 tonnes que la banque devrait annuellement recevoir pour rassembler les 674 tonnes escomptées dans l'intervalle de 8 ans entre 2013 et 2020.

La publication de ces chiffres quant à la lenteur du transfert a promptement entraîné la colère des Allemands et suscité de nombreuses allégations selon lesquelles l'or ne serait simplement plus en possession de ses gardiens outre-atlantique, aurait été loué, ou pire, vendu sans la moindre annonce formelle ou informelle. Les "théoriciens du complot" ne vont certainement pas se calmer en lisant l'article du 19 janvier du journal Die Welt où l'on apprend que seules 5 petites tonnes d'or furent envoyées depuis la Fed de New York. Le reste vient de Paris.


Bien sûr, l'article original du journal allemand s'empresse de livrer des justifications rassurantes: l'or serait livré depuis Paris plutôt pour des raisons de logistique ; le lingot américain aurait en outre un format moins approprié nécessitant une refonte.

Comme le dit la sagesse populaire, une bonne excuse suffit. Pourquoi en apporter deux? Et si l'une ou l'autre de ces explications est parfaitement convenable, pourquoi l'or est-il livré à la fois de New York et de Paris? Et pourquoi dans des volumes si faibles en comparaison de ce qui est dû à la Bundesbank?

On peut donner foi aux explications officielles, aussi incomplètes soient-elles. On peut penser aussi que les débiteurs de la "Buba" (le surnom de la banque centrale allemande) ont eu le plus grand mal à rassembler des lingots en quantité suffisante et font ce qu'ils peuvent pour faire illusion. Cette hypothèse de travail collerait davantage avec les tensions relevées ici-même sur l'or physique.

Mais la véritable nouveauté vient du canal choisi pour diffuser l'information. D'orientation conservatrice, Die Welt est un des trois plus grands quotidiens allemands. Pour la première fois, les préoccupations sur le retour de l'or allemand au pays sont exposées au grand public.

Le stade de la rumeur est dépassé. La population sait désormais, et parmi elle des politiciens. Comme la situation n'est pas vraiment à l'apaisement il y a peu de chances que l'inquiétude s'éteigne, malgré les manœuvres de la Fed et de la Banque de France. Si n'importe quelle banque centrale a des coffres moins bien remplis que ce que prétend sa comptabilité, il va être bientôt impossible de le cacher.

Tout le système international repose in fine sur la confiance entre les acteurs qui en font partie: confiance entre les investisseurs, envers les institutions, envers les publications de bilans financiers et les estimations des agences. Dans le genre, il sera difficile de lui porter un coup plus dévastateur que l'aveu de la disparition du stock d'or de la Buba, confié à ses alliés il y a un demi-siècle pour le protéger d'une éventuelle invasion de la République Fédérale d'Allemagne par l'Armée Rouge.

L'effondrement du château de carte financier pourrait-il venir d'Allemagne?

15 novembre 2013

Métal contre papier

Parmi les lieux communs du moment, l'idée que l'or n'intéresse plus personne est particulièrement tenace. Les médias le répètent à l'envi et les analystes boursiers aussi. Le cours de l'or ne s'est-il pas "effondré", pour reprendre les termes hyperboliques à la mode?

Mais voilà, il y a or et or. Or papier et or physique. Les cours de bourse se réfèrent à l'or-papier, encore appelés certificats sur l'or. C'est l'or qui s'achète et se vend. Mais ce n'est que du papier, soit la promesse d'un détenteur d'or qu'une quantité équivalente de métal précieux l'attend dans ses coffres.

gold_coins.jpgImaginons que vous soyez commerçant en or. Vous avez dix lingots d'un kilo au coffre. Il serait pénible (et dangereux) de les faire découper et livrer d'un bout à l'autre du monde dès que quelqu'un vous en achète un fragment, et tout aussi laborieux de recevoir par courrier spécial le moindre gramme acheté. A la place vous imprimez 1'000 certificats avec la mention "ce document s'échange contre dix grammes d'or" orné d'un joli motif et d'une signature de votre main. Puis vous les vendez, au prix de l'or. Vous venez de dématérialiser l'or et d'inventer, du même coup, l'or-papier.

Les certificats s'achètent et se revendent bien plus facilement que vos lingots et vous avez bonne réputation, donc il y aura quelques clients. Au bout d'un certain temps, vous avez tout vendu. Certains reviennent chercher leur or, vous le leur donnez, mais la plupart ne reviennent pas. Une idée vous titille: n'auriez-vous pas été plus riche avec deux mille certificats? Pas très honnête c'est vrai, mais certains papiers peuvent s'égarer ou être détruits de toute façon, c'est inévitable... Le risque que plus de mille porteurs se manifestent d'un coup pour exiger leur dû est elle aussi très faible... Il faut bien vivre! Et puis avec tous ces documents éparpillés dans la nature, qui saura jamais?

Dans le monde réel, cette étape a été dépassée depuis longtemps. Le certificat-papier négocié en bourse serait ainsi cinquante ou soixante fois survendu comparé à sa contrepartie physique, à supposer que celle-ci n'ait pas été vendue de son côté.

Pendant longtemps, le grand public a été soigneusement mis à l'écart de cette réalité malodorante, sans compter que le cours de l'or est honteusement manipulé pour donner l'illusion que la "relique barbare" est désormais sans intérêt. Il en va de la sauvegarde des monnaies-papier officielles, euro et dollar en tête. L'idée est d'amener les investisseurs à chercher le salut auprès d'elles plutôt qu'en se réfugiant sur l'or.

Mais le cirque pourrait toucher à sa fin.

Ironiquement, l'éclatement spectaculaire de la bulle de l'or-papier dans un avenir proche pourrait avoir été provoquée par les manipulations sur le cours de l'or et destinées à en désintéresser le public. Métal et papier sont officiellement indexés: un gramme d'or pur et un certificat portant sur un gramme d'or pur sont équivalents. On peut échanger l'un en l'autre. Cependant, en maintenant artificiellement bas les cours de l'or-papier à travers des manipulations peu avouables, les banques (dont probablement quelques banques centrales dans le lot) ont fait en sorte de rendre incroyablement attractif l'or physique sous-jacent, suscitant l'appétit de pays comme la Chine.

Il n'en fallait pas plus pour que des gens "bien informés" ne devinent que l'or-physique était en solde et surtout, que le marché de l'or-papier allait s'effondrer. Sachant cela, la stratégie la plus évidente consiste évidemment à acheter de l'or-papier puis de réclamer immédiatement sa contrepartie en or-physique, sachant qu'il n'y en aura pas pour tout le monde.

Tous les ingrédients sont en place pour un rush et il semble que celui-ci ait commencé. Nous en avons un indice à travers l'examen des stocks d'or de la COMEX à New York, un des plus grands dépositaires d'or physique dans le monde:

comex.png
Les stocks de la COMEX ont été divisés par cinq en quelques mois.

Il y a comme une petite baisse de forme récemment, on dirait...

Évidemment, la rumeur va bon train ; alors que de plus en plus de gens sont au courant, la différence entre or-physique et or-papier prend de l'ampleur et les banques ont du mal à honorer leurs promesses. On se bat pour obtenir du physique, alors que la transformation du papier en or devient plus difficile. Délais, coût de transaction, toutes les excuses sont bonnes à prendre.

Un chiffre? Ces jours-ci, les Indiens sont prêts à payer 1565 dollars par once d'or pour du physique, soit plus de 20% au-dessus du cours officiel.  Soit ils sont subitement devenus fous du métal jaune, soit ils devinent que dans un bref délai la surcote subie en ce moment ne sera qu'une aimable plaisanterie par rapport à ce qui nous attend. Il va forcément y avoir des déçus et des détenteurs d'or-papier le bec dans l'eau.

Je ne sais pas si vous possédez de l'or sous forme de certificats mais si c'était le cas, à votre place je m’inquièterais un peu.

19:00 Publié dans Economie, Monde | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : or, crise |  Facebook