18 septembre 2014

A nos musulmans de Suisse

"Respect à nos musulmans de Suisse", lance Pascal Décaillet sur son blog.

mosquee_petit_saconnex.jpgEst-ce son appui immodéré pour Mauro Poggia qui le fait s'exprimer ainsi? Sur ce sujet sur lequel il rumine depuis des mois, "des années même" , il s'inquiète du "niveau d'inculture" de ceux qui débattent de l'islam dans l'espace public, rappelle la proximité entre les religions du Livre, et fait en fin de compte tristement étalage de sa méconnaissance (si ce n'est touristique, peut-être) de l'islam, à commencer par croire qu'il ne s'agit que d'une religion.

Il est vrai que M. Décaillet a été à bonne école, soumis pendant quelques années à un prêtre catholique infiniment respectueux de l'islam, dans cette attitude post-Vatican II si typique d'une église qui cessa de croire en elle-même et dans la vérité de son message.

Maintenant, j’ai aussi moi-même un respect infini pour les musulmans:

  • qui concèdent que le droit civil l’emporte sur la charia et le droit divin, estiment que la pratique de la religion est une affaire aussi privée que personnelle et que l'islam n'a pas a régir le fonctionnement de la société civile ;
  • qui aiment leurs filles et respectent leurs choix de sortir avec des non-musulmans et éventuellement de les épouser sans qu'ils n'aient à se convertir ;
  • qui voient la sunna comme un carcan de superstitions d’un autre âge ; qui concèdent que le jeûne du ramadan est plus une tradition qu’une obligation, et qui ne feraient jamais une remarque à un coreligionaire décidant de ne pas le suivre ;
  • qui respectent les femmes, refusent de voir filles et épouses comme du bétail à voiler pour les préserver de la prétendue convoitise des hommes ;
  • qui ne voudraient pas d'un minaret à leur mosquée, comme d'ailleurs des milliers de mosquées dans les pays musulmans eux-mêmes ;
  • qui admettent que le retard de développement du monde musulman est largement lié à la pratique de cette religion, et qu'être musulman n'est gage d'aucune forme de supériorité ;
  • qui célèbrent et acceptent l’égalité homme-femme et la monogamie telles que les conçoivent la civilisation occidentale ;
  • qui ne voteraient jamais pour des musulmans sur la base de cette seule qualité ;
  • qui reconnaissent le droit d'Israël à exister, et ont eux-mêmes des amis juifs ;
  • qui s'indignent des exactions commises par des islamistes et manifestent publiquement pour les dénoncer ;
  • qui respectent la conversion d'un musulman à une autre religion avec autant de fatalisme qu'ils éprouvent de joie à convertir un nouveau fidèle à l'islam ;
  • qui se font la voix de la modération dans leur communauté et n'hésiteraient pas à coopérer avec la police s'ils entendaient dans leur mosquée le moindre prêche incitant à la haine ;
  • qui seraient capable de m'expliquer pourquoi tant de bouchers massacrant dans différentes guerres civiles partout autour du globe insistent tant pour se réclamer de l'islam alors que leur pratique de cette prétendue "religion de paix" est si diamétralement opposée à la leur ;
  • qui rient des caricatures de Mahomet, parce qu’elles sont drôles.


Et ce, qu'ils viennent de Suisse ou d'ailleurs.

J'ai la chance de connaître une poignée de musulmans helvétiques qui se rapprochent de cette liste sur certains aspects, mais pas tous. Bizarrement, ils sont très humbles quant à leur approche modérée de leur religion et s'efforcent de rester discrets. Pour leur défense, il faut bien reconnaître que les quelques croyants correspondant à tous ces critères dont j'ai pu entendu parler ailleurs en Europe vivent généralement sous protection policière, s'étant fait remarquer par des coreligionnaires moins ouverts d'esprit. Tout cela est très curieux.

Mais comme annuellement des centaines de milliers de nouveaux immigrés musulmans s'ajoutent en Europe à ceux qui y sont déjà installés, les perles rares ne tarderont pas à se révéler. Plus il y a de musulmans, plus ils glissent vers la modération. C'est la logique même, n'est-ce pas?

En attendant, je me réjouis de pouvoir un jour rencontrer quelques-uns de ces musulmans genevois si dignes de respect évoqués par M. Décaillet.

J'ose juste espérer qu'il ne faisait pas référence aux frères Ramadan.