07 novembre 2018

Les élections de mi-mandat, défaite pour Trump?

L'élection de Trump en 2016 était un accident. Les élections de mi-mandat du 6 novembre 2018 seraient la première échéance permettant au peuple américain (c'est-à-dire aux Américains de gauche) de corriger l'erreur et de revenir à la normalité.

Ces tournures de discours, ces éléments de langage sont ceux délivrés en boucle par tous les médias américains depuis deux ans. Ils sont donc naturellement repris à l'identique par leurs homologues européens.

Les élections de mi-mandat seraient donc l'occasion d'une "Vague Bleue", le bleu étant la couleur du Parti Démocrate. Tous les sondages donnaient une victoire écrasante aux Démocrates dans les deux chambres jusqu'à il y a quelques jours. S'il y avait de la méthode Coué dans le processus, l'idée n'était pas complètement absurde: les Démocrates avaient un fort désir de revanche contre Trump, et les élections de mi-mandat sont traditionnellement mauvaises pour le Président en exercice.

Cependant, le vent commença à tourner quelques heures avant l'élection, les médias souhaitant éviter de reproduire le désastre de la soirée électorale 2016 où ils se ridiculisèrent en s'évertuant à broder sur une victoire d'Hillary Clinton qui ne vint jamais. La Vague Bleue passa de certitude à "forte probabilité" ; puis on parla d'un éventuel "Mur Rouge" qui lui ferait face et lui résisterait, et enfin, après des mois à gloser sur l'évidente victoire démocrate du 6 novembre, on conclut qu'on ne pouvait rien conclure.

Aujourd'hui, les résultats sont enfin tombés. Trump fait mieux que résister ; la Vague Bleue n'a emporté que la Chambre des Représentants, tandis que les Républicains renforcent le contrôle du Sénat. Chaque camp a donc ses raisons de crier victoire. Qu'en est-il vraiment?

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D'abord, Trump fait mieux que tous les Présidents américains depuis Kennedy en renforçant son contrôle sur le Sénat. Le maintien d'une double majorité après des élections de mi-mandat ne s'est pas produit depuis 105 ans - c'eut été beaucoup demander, même pour Trump. Trump résiste beaucoup mieux en 2018 contre les Démocrates dans les élections de mi-mandat qu'Obama en 2010 dans les mêmes circonstances contre les Républicains, lui qui perdit alors les deux Chambres du Congrès.

usa,donald trump,élections,républicains,démocratesLa participation fut très élevée, 10% plus haute que les précédentes, mais encore en-deçà des élections présidentielles. Malgré son importance, le scrutin de mi-mandat ne présage de rien quant aux élections présidentielles qui suivront dans deux ans ; là encore, en prenant le précédent d'Obama (et d'autres encore) celui-ci fut réélu facilement après avoir perdu les midterms.

Les Démocrates emportent la Chambre des Représentants. Ils disposent désormais d'un pouvoir de blocage contre les réformes législatives de Trump, et pourront essayer de mener la vie dure aux proches de Trump (ministres et famille) en les convoquant pour des audiences agressives. En revanche, ils n'empêcheront pas Trump de gouverner, pas plus que les Républicains n'empêchèrent Obama de gouverner (par décrets notamment) pendant qu'il était en minorité sur le plan législatif.

usa,donald trump,élections,républicains,démocratesLes Républicains gardent le contrôle du Sénat, c'est-à-dire la nomination des juges, tous les juges, et celle des membres du cabinet de l'administration Trump. Celui-ci aura donc les coudées franches pour probablement se débarrasser de Jeff Sessions et Rod Rosenstein, des gens apathiques ou passés à l'ennemi lorsqu'il s'agit d'enquêter sur les affaires du Parti démocrate sous l'influence Clinton, ou les manipulations orchestrées par les propres services secrets de l'Oncle Sam. On peut donc espérer que l'immobilisme cesse de ce côté. Évidemment, la maîtrise du Sénat voue à l'échec toute tentative d'impeachment lancée par des Démocrates vindicatifs sur la base de faux dossiers montés par des barbouzes du FBI et de la CIA maqués avec la gauche américaine.

En réalité, Trump vient de remporter de beaux succès.

Le premier d'entre eux, c'est d'avoir repris le contrôle du Parti républicain. Les "Never Trumpers" sont éliminés ou réduits à leur plus simple expression (Mitt Romney étant le dernier de ces dinosaures). Les nouveaux élus républicains sont tous des gens qui ont publiquement soutenu Trump et sa politique et veulent l'aider à réussir, et non saboter le reste de son mandat.

Le détail est d'importance, parce que, outre leur majorité au Sénat, les Républicains disposaient de 238 sièges dans la Chambre des Représentants sortante - une majorité confortable, qui ne permit pourtant à Trump de remporter que peu de batailles législatives. Il réussit à passer sa baisse d'impôts mais échoua par exemple à mettre un terme à l'Obamacare - nombre de Républicains de l'une ou l'autre assemblée, dont l'inénarrable John McCain, choisissant de faire échouer leur camp.

Quel est l'intérêt d'avoir une majorité républicaine au Congrès si celui-ci refuse de soutenir les réformes voulues par le Président républicain en exercice? Avec des alliés pareils, pas besoin d'ennemis!

Les Démocrates, eux, font face à d'autres problèmes - notamment un manque de crédibilité sur le plan national. Leurs leaders sont ridiculisés et détestés, principalement depuis leur cirque autour de la nomination du Juge Kavanaugh à la Cour Suprême. Les quatre candidats au Sénat personnellement soutenus par Obama furent tous éliminés. Localement, de nombreux candidats démocrates firent campagne en mettant en avant leur "indépendance d'esprit", leur "insoumission" et leur "liberté de ton" face à l'appareil du Parti Démocrate. Ce sentiment était présent dès les primaires du parti où de nombreux politiciens expérimentés furent gentiment mais fermement mis à la retraite par une jeune garde souvent radicale certes, mais hors des cercles d'influence traditionnels de l'establishment.

Cela pose un vrai problème pour faire émerger un challenger décent dans le but de présenter une alternative à Trump pour les prochaines élections présidentielles, dans seulement deux ans.

De plus, les Démocrates ont clairement affiché et lutté sur des valeurs anti-occidentales et anti-blanches. L'élection de musulmanes dont une voilée (les nouvelles "stars" des médias), les discours de haine contre Trump et les Républicains et la part faite aux minorités revendicatives montrent que le Parti Démocrate de 2018 est celui du socialisme, de la fiscalité, de la division et du racisme. Les discours et les positions extrémistes des nouveaux élus laisseront certainement des traces - jusqu'à l'intérieur du parti, qui devra paradoxalement mettre de l'eau dans son vin puisqu'il détient désormais la majorité à la Chambre des Représentants.

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Les nouvelles gloires de la gauche: Rashida Tlaib, Jared Polis et Ilhan Omar - deux élues musulmanes et un gay.

Les Démocrates sont donc face à l'insoluble défi de devoir composer avec de nouveaux élus indisciplinés et radicaux, tout en faisant des propositions qui devront être acceptées au-delà des frontières partisanes par leurs adversaires républicains.

Ni la propagande des médias ni les prétextes des caciques de gauche ne sauraient faire illusion, et comptons que Trump ne laissera aucun doute là-dessus: les futures obstructions à la bonne marche de l'État fédéral, par exemple sur le budget, seront portées au compte des Démocrates.

La Vague Bleue s'est transformée en vaguelette et elle risque de faire plus de dégâts à gauche qu'à droite. Trump ne s'en sort pas si mal.

06 octobre 2018

La Cour Suprême américaine à nouveau au complet

Après les mois d'un processus de confirmation dérapant de la plus odieuse manière dans sa dernière ligne droite, aujourd'hui le Sénat américain vient finalement de nommer Brett Kavanaugh à la Cour Suprême, en remplacement du juge Anthony Kennedy qui a pris sa retraite au 31 juillet.

"Comme si des millions de voix [de gauchistes] avaient soudainement hurlé de terreur et puis s'étaient éteintes aussitôt...comme si un drame terrible s'était produit." ― citation apocryphe d'Obi-Wan Kenobi, Star Wars, "Un Nouvel Espoir"


L'opposition au candidat choisi par Donald Trump alla jusqu'à perturber la tenue du vote en protestant depuis les gradins du Sénat, avant d'être évacuée par la police. La confirmation eut lieu avec un vote de 50 contre 48, soit la plus petite marge d'élection pour un magistrat à la Cour Suprême depuis le XIXe siècle.

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Brett Kavanaugh et sa famille, lors de la nomination du candidat par le Président Trump

Sur le papier les Républicains disposaient d'une majorité de 51 sièges contre 49, mais trois Sénateurs républicains hésitèrent à faire défection jusqu'au dernier moment. La Sénatrice de l'Alaska Lisa Murkowski fut finalement la seule élue républicaine à s'opposer à la nomination du juge, mais choisit de s'abstenir pour compenser l'absence du Sénateur du Montana Steve Daines qui soutenait Kavanaugh et ne put prendre part au vote, ayant quitté la capitale de Washington le vendredi pour retourner dans son État et assister au mariage de sa fille.

Brett Kavanaugh obtint même une voix démocrate, celle du Sénateur Joe Manchin de Virginie Occidentale.

Les médias se lamentent bien entendu sur l'élection du juge, mais il s'agit d'une victoire majeure pour Donald Trump et surtout pour le Constitutionnalisme aux États-Unis. La majorité à la Cour Suprême est désormais portée par cinq juges qui souhaitent appliquer la Constitution des États-Unis, contre quatre juges "progressistes", dont deux nommés par Obama, pour lesquels la Constitution américaine n'est qu'un vieux texte de loi qui ne doit surtout pas entraver l'action du gouvernement, spécialement s'il est de gauche.

Depuis des années, la Cour Suprême oscillait entre l'application et la non-application de la Constitution, en particulier à cause du juge Kennedy (que Kavanaugh remplace) et dont l'opinion variait selon les sujets. Selon de nombreux observateurs médiatiques, la plupart consternés évidemment, l'élection de Kavanaugh ancre l'institution dans son rôle traditionnel pour au moins dix ans.

L'élection du juge a bien sûr d'autres conséquences. Elle montre que les Républicains ont osé résister au terrorisme idéologique lancé par la gauche américaine pour détruire la réputation et la vie d'un homme qui a juste eu le malheur d'accepter de vouloir servir son pays.

Dans les dernières heures avant le scrutin, un avocat de gauche américain, Michael Avenatti, alla jusqu'à accuser Kavanaugh d'avoir organisé un réseau de viols collectifs alors qu'il était au lycée. Alors que les accusations proférées par Christine Blasey Ford - toujours pas corroborées à ce jour - pouvaient sembler crédibles et susciter un certain doute au sein de l'opinion publique, le camp démocrate martela de nouvelles accusations de plus en plus hystériques dans l'espoir que le cumul de diffamation permettrait de faire échouer sa nomination.

Rappelons une fois encore que Brett Kavanaugh fut mis sous enquête six fois lorsqu'il accéda à ses différents postes de juge, et encore une septième fois cette semaine lorsque les Démocrates réussirent à arracher cette demande à la Commission du Sénat charger d'examiner sa candidature. Trump ironisa en disant que toutes les enquêtes du monde ne pourront suffire aux Démocrates tant qu'aucune ne prouvera ce qu'ils veulent, et il est difficile de lui donner tort.

Aujourd'hui, la défaite des Démocrates est totale et face à leur échec ils commencent à s'accuser entre eux. Si la justice américaine fait son travail, il se pourrait que certaines personnes soient poursuivies pour parjure et fausses déclarations. Si la parole des femmes agressées sexuellement s'est libérée depuis la vague #MeToo, et c'est fort heureux, il faudrait être de la dernière naïveté pour croire qu'aucune d'elle n'oserait jamais mentir à ce sujet - "la fin justifie les moyens" étant inscrit dans l'ADN de la gauche.

Loin des sentencieuses analyses des présentateurs télévisés, le grand public américain est très fâché de ce qui vient de se passer. Les accusations continuelles des Démocrates américains tombent à plat, étant donné qu'il est difficile de prétendre qu'un vote démocratique du Sénat est "fasciste" lorsque donner crédit à des accusations sans preuve et sans procès ne le serait pas.

La présomption d'innocence est importante aux États-Unis et le respect de la Constitution encore vivace. L'échec des Démocrates à un mois des élections de mi-mandat présage le pire pour leur camp lors du vote qui se profile en novembre. Mais le plus amusant sera de lire ces prochains jours nos journalistes et éditorialistes s'étrangler pour admettre que Trump vient de gagner une bataille de plus.

30 septembre 2018

Brett Kavanaugh en route pour la confirmation à la Cour Suprême

Vendredi la candidature de Brett Kavanaugh à la Cour Suprême, présentée par le Président Trump, a été validée par la Commission du Sénat chargée de l'examiner, à onze voix contre dix - les Républicains contre les Démocrates.

Cette journée succédait à celle qui vit Christine Blasey Ford présenter ses accusations d'attouchements sexuels prétendument commises en 1982 par Brett Kavanaugh, et celui-ci de se défendre contre ce qu'il considérait comme d'ignobles attaques calomnieuses.

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Le contexte de ces manœuvres est détaillé dans d'autres billets (voir ici pour les relations troubles de la gauche avec la Constitution et ici pour sa stratégie contre M. Kavanaugh). Comme le résuma un Internaute, "lorsque des Républicains ne souhaitent pas que soit élu un candidat démocrate à la Cour Suprême, ils votent contre lui ; lorsque des Démocrates ne souhaitent pas que soit élu un candidat républicain à la Cour Suprême, ils le détruisent en le faisant passer pour un violeur en série."

Pendant six heures, Christine Blasey Ford présenta des accusations remontant à trente ans avec force incohérences. Elle fut incapable d'amener le moindre élément de preuve matériel, pas même un témoignage attestant qu'elle aurait abordé le sujet de cette agression sexuelle avec quiconque avant la nomination de Kavanaugh. Elle avait certes évoqué une "thérapie de couple" à ce sujet en 2012, mais refusa d'amener les notes de son thérapeute devant la Commission pour le prouver (l'absence du nom de Kavanaugh dans ces documents l'auraient rendu coupable de parjure).

À l'inverse de Stéphane Bussard mentant à ce sujet dans les colonnes du Temps, elle fut incapable d'expliquer qui avait payé pour une séance de détecteur de mensonge pour appuyer sa sincérité - et ce n'est pas le FBI. On sait depuis longtemps que la fiabilité du détecteur de mensonge est bien trop faible pour qu'il soit admis comme preuve dans un procès. Elle affirma que le traumatisme l'avait rendue claustrophobe au point d'être incapable de prendre l'avion, tout en admettant qu'elle avait voyagé en avion à plusieurs reprises - y compris jusqu'à Washington pour témoigner devant la Commission du Sénat.

Sur ce qui eut lieu ou non en 1982, elle fut toujours incapable de dire quand se déroula cette fête, quels étaient les autres invités, comment elle s'y rendit, comment elle en repartit, où elle eut lieu. L'alcool qu'elle dit avoir consommé ce jour-là explique sans doute ces errements, mais pas que comme par hasard la seule chose dont elle soit sûre "à 100%" soit l'identité de celui qui la pelota.

Elle ne donna tout simplement aucun élément nouveau.

Certains observateurs louèrent sa tenue lors de l'audition, d'autres lui reprochèrent des passages visiblement appris par cœur et un langage corporel trahissant sa sincérité. Pour éviter l'effet désastreux d'une foule d'hommes s'en prenant avec agressivité à une femme se présentant comme victime - la redite des auditions de l'accusatrice Anita Hill cherchant à couler la nomination du juge Clarence Thomas en 1991 - les Républicains déléguèrent leur interrogatoire à Rachel Mitchell, une juriste spécialiste dans les questions d'agressions sexuelles.

Le déploiement d'empathie et la douceur des questions de Mme Mitchell troublèrent nombre de Républicains et contribuèrent sans doute à renforcer l'image de victime recherchée par Christine Blasey Ford. Il n'empêche qu'à l'issue du long interrogatoire, Mme Mitchell conclut en disant que face à des propos aussi fragmentaires il n'y aurait pas de quoi ouvrir une enquête dans la vie courante - même pas assez pour obtenir un mandat de perquisition.

Après toute l'attention concentrée sur Christine Blasey Ford, ce fut au tour de Brett Kavanaugh de présenter sa défense. Il commença par une présentation marquante de 45 minutes oscillant entre la colère et les larmes, et se retrouva ensuite sur le grill dans une séance questions-réponses avec les 21 membres de la Commission du Sénat.

"Le passé de ce type a été mis sous enquête six fois par le FBI et aujourd'hui on découvrirait qu'il était carrément un violeur en série lorsqu'il était au lycée? Ce n'est pas sérieux." -- un sénateur républicain


Mais le point d'orgue de ce "contre-interrogatoire" fut la saillie de Lindsay Graham, le sénateur de Caroline du Sud. Longtemps considéré comme modéré, l'élu se lança dans une diatribe pulvérisant les Démocrates en dénonçant la bassesse de leurs manœuvres. Ces quatre minutes furent sans doute les plus marquantes de l'interrogatoire.

Voici une transcription de ce dialogue:

LINDSAY GRAHAM - À 9h23 la nuit du 9 juillet, le jour où vous avez été désigné pour la Cour Suprême par le Président Trump, 23 minutes après l'annonce de votre nomination, le Sénateur Schumer affirma:
"Je vais m'opposer à la nomination du Juge Kavanaugh avec tout ce que j'ai. J'espère qu'une majorité bipartisane fera de même. Les enjeux sont tout simplement trop élevés pour moins que ça."
Eh bien, si vous n'étiez pas au courant de ça vous l'êtes maintenant. Avez-vous rencontré le Sénateur Diane Feinstein le 20 août?

BRETT KAVANAUGH - J'ai rencontré le Sénateur Diane Feinstein...

LINDSAY GRAHAM - (le coupant) Saviez-vous que son équipe avait déjà recommandé un juriste au Dr. Ford?

BRETT KAVANAUGH - Je ne le savais pas.

LINDSAY GRAHAM - Saviez-vous qu'elle et son équipe disposaient de ces allégations depuis plus de 20 jours?

BRETT KAVANAUGH - Je ne le savais pas à l'époque.

LINDSAY GRAHAM - (Se tournant vers les Démocrates) Si vous vouliez une enquête du FBI, vous auriez pu venir nous voir. Ce que vous voulez c'est détruire la vie de cet homme, garder le siège vide, et espérer gagner en 2020. Vous l'avez dit! Pas moi!
(Au Juge Kavanaugh) Vous n'avez à vous excuser de rien. Quand vous verrez Sotomayor et Kagan [Deux juges de la Cour Suprême nommés par Obama, NdT] dites-leur que Lindsay leur passe le bonjour. Parce que j'ai voté pour eux.
(Pointant les Démocrates) Je ne leur aurai jamais fait ce que vous êtes en train de faire à cet homme. Voilà la mascarade la plus dénuée d'éthique que je vois depuis que je suis en politique. Et si vous aviez vraiment voulu savoir la vérité, vous n'auriez jamais fait ce que vous avez fait à cet homme.
(Au Juge Kavanaugh, formellement.) Êtes-vous un violeur en réunion?

BRETT KAVANAUGH - Non.

LINDSAY GRAHAM - (Après un silence, écœuré). Je ne peux pas imaginer à travers quoi vous êtes passés, votre famille et vous.
(Aux Démocrates) Vous voulez tous le pouvoir, j'espère devant Dieu que vous ne l'aurez jamais. J'espère que le Peuple Américain pourra voir à travers cette mascarade que vous saviez [au sujet des allégations du Dr. Ford] et que vous les avez mises de côté. Vous n'avez jamais eu la moindre intention de "protéger le Dr. Ford". Aucune.
(Au Juge Kavanaugh) Elle est autant une victime que vous. Dieu qu'il m'est pénible de dire cela, parce que ces gens ont été mes amis. Mais laissez-moi vous dire que quand on en vient à ceci... Vous étiez en quête d'une investiture honnête... Vous êtes venu dans la mauvaise ville, à la mauvaise époque, mon ami. Considérez-vous ceci comme un entretien d'embauche?

BRETT KAVANAUGH - Le rôle de consentement et d'avis de...

LINDSAY GRAHAM - Considérez-vous ceci comme un entretien d'embauche?

BRETT KAVANAUGH - J'ai été à travers un processus d'avis et de consentement selon la Constitution...

LINDSAY GRAHAM - Diriez-vous que vous avez traversé l'enfer?

BRETT KAVANAUGH - J'ai été à travers l'enfer et au-delà.

LINDSAY GRAHAM - Ce n'est pas un entretien d'embauche.

BRETT KAVANAUGH - Correct.

LINDSAY GRAHAM - C'est l'enfer.

BRETT KAVANAUGH - Oui...

LINDSAY GRAHAM - Cela va détruire toute envie auprès des honnêtes gens de se porter volontaires, à cause de cette merde. Votre livre de fin d'année de lycée! Vous avez interagi avec des femmes sur le plan professionnel tout au long de votre vie, pas une seule accusation. Vous êtes sensé être "Bill Cosby" quand vous êtes étudiant et lycéen et soudainement tout cela cesse. Selon ma compréhension, si quelqu'un drogue des femmes et les viole pendant deux années au lycée, il ne s'arrête probablement pas. Selon ma compréhension, si vous avez mené une vie saine les gens vous en sont reconnaissants, comme l'Association Américaine du Barreau, l'étalon-or:
"Son intégrité est absolument incontestable, il est très attentif quant à sa conduite personnelle, ne prête le flanc à aucun biais ni préjugé, il est entièrement fidèle à l'éthique, il est une personne vraiment respectable, il est accueillant, amical, modeste, il est la personne la plus aimable."
Si je peux vous dire une chose, c'est que vous devriez être fier d'Ashley. Vous devriez être fier d'elle, de ce que vous avez éduqué une fille qui a le bon caractère de prier pour le Dr. Ford.
À mes collègues républicains: si vous votez Non, vous donnez légitimité à la plus détestable chose que j'aie vue pendant mon temps passé en politique.
(Aux Démocrates) Vous voulez ce siège? J'espère que vous ne l'aurez jamais.
(Au Juge Kavanaugh) J'espère que vous serez à la Cour Suprême. C'est exactement là où vous devriez être. Et j'espère que le Peuple Américain verra à travers cette mascarade. Et je vous souhaite tout de bon, et j'ai l'intention de voter pour vous, et j'espère que tous ceux avec un esprit juste feront de même.

27 septembre 2018

Brett Kavanaugh, prédateur sexuel: plus c'est gros plus ça passe

Pour écarter un candidat gênant, les accusations d'agression sexuelles sont terriblement efficaces - parce qu'il n'y a même pas besoin de prouver quoi que ce soit.

Roy Moore

Fin 2017, le candidat républicain Roy Moore put s'en rendre compte lors de sa campagne en Alabama: dans la dernière ligne droite, un mois avant l'élection, jusqu'à neuf femmes lancèrent des accusations sur sa conduite supposée des décennies plus tôt - de 1970 à 1991. Lisons ce qu'en dit la RTS:

La femme, alors âgée de 28 ans, était venue le voir pour une affaire de garde d'enfant. En la raccompagnant à la porte, il lui a mis une main aux fesses. "Il ne les a pas pincées. Il les a attrapées", a-t-elle raconté.

Son témoignage s'ajoute à ceux de plusieurs femmes ayant côtoyé Roy Moore à partir de la fin des années 1970 dans l'Alabama, et qui ont rapporté des faits allant de baisers à des agressions sexuelles et attouchements, pour deux d'entre elles, la plus jeune étant alors âgée de 14 ans.


Roy Moore, s'estimant victime d'une cabale, refusa de se retirer de l'élection. Mais le doute s'empara d'une partie des électeurs, un nombre suffisant pour faire pencher la balance. Le candidat fut battu, sur le fil, par son adversaire démocrate. Après cet épisode, ces affaires disparurent de la vie publique, mais ne donnèrent lieu à aucune condamnation.

Roy Moore pourrait avoir été trente ans plus tôt un prédateur sexuel. Il pourrait aussi avoir été injustement traîné dans la boue à travers une machination montée par des adversaires politiques ne reculant devant aucune ignominie. Et dans ce dernier cas, le modus operandi serait tout trouvé: des "révélations spontanées" lâchées avec un timing impeccable, un mois avant l'échéance.

Christine Blasey Ford

Que Roy Moore soit républicain, que les faits qui lui soient reprochés remontent au minimum à plusieurs décennies, que les accusatrices aient des liens avec les Démocrates et n'aient amené avec elles aucune preuve n'est certainement qu'une coïncidence avec le cas qui nous préoccupe.

Toujours est-il qu'en septembre 2018, un mois avant l'élection pour sa nomination à la Cour Suprême, Brett Kavanaugh fut lui aussi la cible de "révélations" quant à son passé. Le calendrier étant serré, la dénonciation anonyme fut rapidement dévoilée comme celle de Christine Blasey Ford, accusant le juriste de 53 ans de l'avoir pelotée lorsque les deux étaient encore lycéens et mineurs.

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Christine Blasey Ford et Brett Kavanaugh, image illustrant les articles de nombreux médias francophones. La juxtaposition du portrait posé d'une jeune femme souriante d'une vingtaine d'années et de la photo peu flatteuse d'un homme dans la cinquantaine et les yeux dans le vague est délibérée. Elle renforce l'identification du public avec la supposée victime et sous-entend une perversion liée à l'âge - alors que les protagonistes étaient tous deux mineurs au moment des faits allégués.

Les médias se jetèrent avec appétit sur l'affaire, susceptible de faire dérailler la nomination du juge juste avant les élections de mi-mandat prévues pour début octobre. Sans doute trop empressé d'informer le grand public, ils omirent ou passèrent comme chat sur braise sur un certain nombre de faits:

  • Trente-cinq ans plus tard, Christine Blasey Ford ne se rappelle pas le lieu de la "fête" où les attouchements eurent lieu. Elle ne se rappelle pas la date des événements. L'individu qu'elle cita comme témoin de la scène démentit catégoriquement ses propos, ainsi que la présence de M. Kavanaugh. Elle affirma qu'elle était alcoolisée au moment des faits. La seule chose dont elle semble se rappeler absolument est l'identité de son agresseur.
  • Christine Blasey Ford est une donatrice du Parti Démocrate et engagée à gauche.
  • Christine Blasey Ford enseigne la psychologie des Affaires sociales à l'université de Palo Alto. Mal notée par ses élèves, elle dispose néanmoins de toutes les compétences professionnelles pour s'adonner à une stratégie de manipulation.
  • Et elle s’est entourée de trois avocats travaillant depuis des mois à empêcher la nomination de Kavanaugh par tous les moyens, et selon toute apparence payés par George Soros.
  • Christine Blasey Ford prétend avoir entamé une "thérapie de couple" en 2012 pour se remettre de cette agression. Malheureusement, aucune preuve remontant à cette période ne permet d'étayer cette affirmation.
  • Christine Blasey Ford écrivit une lettre en juillet parlant d'une agression subie par elle trente-six ans plus tôt. Cette lettre fut envoyée à deux élues démocrates, dont la sénatrice de Californie Dianne Feinstein. Pendant un mois, Dianne Feinstein ne dit rien de cette accusation pendant l'examen de la candidature de Brett Kavanaugh. Elle n'en dit pas davantage lors d'un entretien d'une heure seule à seul avec Brett Kavanaugh. L'idée qu'elle ait gardé cette accusation dans la manche pour des questions de calendrier est évidemment pure spéculation.
  • Christine Blasey Ford prétend que depuis que son nom a été révélé elle "vit un enfer" et que des menaces de mort ont été proférées contre elles. Cependant, il n'existe aucune trace de ces menaces, et personne ne semble avoir été inquiété pour les avoir proférées.
  • Christine Blasey Ford ne porta pas plainte, ne se fit pas examiner par un médecin, ne relata pas cet événement dans un journal intime, ne le raconta ni à ses parents ni à aucun proche ou ami capable de corroborer cet épisode aujourd'hui.

On pourrait encore continuer longtemps sur l'histoire de Mme Blasey Ford et son exploitation par les Démocrates dans la nomination de M. Kavanaugh. Pour "témoigner" devant une commission du Sénat, la femme fit état d'une liste de demandes relatées par Guy Millière:

Christine Blasey Ford a demandé à ne pas aller à Washington : les gens du Sénat ont proposé de venir chez elle en Californie, ou dans un bâtiment officiel californien proche. Elle a dit ensuite que, finalement, elle viendrait à Washington. Mais trois fois de suite, la date ne lui a pas convenu. Puis après avoir accepté une date, elle a dit qu’elle ne pouvait venir en avion ou en train car elle ne supportait plus les espaces fermés depuis “l’agression” il y a trente-six ans. Elle s’est rendue à Hawaii récemment, et ne semble s’y être rendue ni en bateau ni en planche à voile. Elle a décidé de venir en voiture, mais a demandé à disposer d’une voiture plus confortable que la sienne, et a dû prendre le temps de la choisir. Elle a dû ensuite choisir la robe adéquate pour aller à Washington, et cela a pris du temps supplémentaire.


Elle formula également l'exigence de ne jamais se retrouver dans la même pièce que son prétendu agresseur, de parler en dernier, de connaître à l'avance les questions qui lui seraient posées, de ne témoigner qu'à l'issue d'une "enquête approfondie du FBI" - requête qui lui fut refusée...

Depuis, les "révélations" se succèdent - avec notamment deux nouvelles accusatrices et même une troisième pour l'instant, chacune venant avec des descriptions plus glauques les unes que les autres, laissant planer le doute sur l'absence de témoins, de plaintes, de preuves matérielles, évoquant à chaque fois des fêtes très alcoolisées mais pointant le candidat avec une certitude absolue. Les dénégations de M. Kavanaugh affirmant qu'il ne perdit sa virginité que vers vingt-cinq ans ne semblent guère entrer en ligne de compte, pas plus que le témoignage de 35 femmes avec qui il avait travaillé ou eu une relation, qui affirmèrent qu'il s'était toujours comporté en parfait gentleman.

Brett Kavanaugh, 53 ans, a été au service d'une carrière impeccable dans la magistrature. Il a été conseiller juridique de l'ancien président républicain George W. Bush. À chacune de ses six promotions, sa carrière d'adulte a été passée au peigne fin par le FBI, sans que rien ne soit découvert. Quant à Roy Moore, il avait lui aussi gravi les échelons jusqu'à être juge constitutionnel dans la Cour Suprême de l'Alabama, et soumis à pareilles vérifications.

L'avocat du diable?

Ne soyons pas aveuglés par les manœuvres dilatoires des Démocrates américains pour retarder l'élection d'un juge à la Cour Suprême. Il existe une possibilité non nulle que M. Kavanaugh soit effectivement un prédateur sexuel, ou l'ait été à la fin de son adolescence trente-cinq ans plus tôt, déclenchant une vague de dénonciations tardives.

Nous savons que cette possibilité existe parce que de nombreux exemples montrent les liens entre les positions d'influence et la perversité sexuelle - de Yannick Buttet à Harvey Weinstein ou Tariq Ramadan en passant par le plus ambitieux d'entre tous, Dominique Strauss-Kahn. Le destin tient à peu de choses: il s'en fallut de quelques minutes pour que l'avion de ce dernier ne décolle de New-York et le préserve du scandale de sa relation sexuelle imposée à une femme de chambre d'un hôtel de la Grande Pomme. Selon toute vraisemblance, il serait devenu Président de la République Française à la place de M. Hollande.

Dans ces conditions, pourquoi ne pas prendre pour argent comptant les femmes accusant Roy Moore ou Brett Kavanaugh? Il n'y a pas de fumée sans feu, n'est-ce pas? Mais le feu de qui, en l'occurrence?

Il y a des différences fondamentales entre les uns et les autres. Dans un cas, les accusatrices ont systématiquement des liens avec les adversaires politiques, dans l'autre elles viennent de tous horizons - y compris du propre camp idéologique du suspect. Mais la différence la plus nette vient de la chronologie des faits reprochés. Tant Roy Moore que Brett Kavanaugh furent mis sur la sellette pour des histoires remontant à trente ans ou plus. C'est comme si les deux pervers sexuels en puissance s'étaient soudainement calmés et assagis dans leur prime jeunesse, avant même que leurs carrières respectives ne décollent.

Il n'est pas invraisemblable que de jeunes hommes trop entreprenants se "rangent" et adoptent après des années d'excès étudiants une vie plus tranquille, mais ce schéma diverge fortement de celui du pervers sexuel qui associe le pouvoir à l'érotisme et profite de sa position pour exercer une pression de plus en plus forte sur ses collègues féminins. Dans ce cas de figure, les excès avancent avec le narcissisme et le degré atteint dans la pyramide sociale. Les exemples cités plus haut - Yannick Buttet, Harvey Weinstein, Tariq Ramadan ou Dominique Strauss-Kahn - continuèrent à imposer leurs pratiques sexuelles à des femmes non consentantes parfois quelques heures avant que le scandale n'éclate.

Corollaire de cette différence, lorsque l'affaire perce enfin les "langues se délient" et les témoignages se multiplient - de toutes époques et de tous horizons idéologiques, comme nous l'avons souligné. Aucun pervers sexuel ne se rajoute des difficultés en choisissant de ne s'en prendre qu'à des adversaires politiques. Et c'est à ce moment-là que le grand public découvre alors qu'en réalité "tout le monde savait". La perversité de certains était un secret de Polichinelle dans les milieux concernés, en particulier celui des journalistes. Rien de tel ici.

Un inquiétant virage

Nommé en 1991, le juge Clarence Thomas fut le premier à être accusé d'agression sexuelle juste au moment de sa nomination. Encore un Républicain, encore une accusatrice démocrate, encore un timing parfait. Sa réponse reste dans les mémoires. Les Démocrates comprirent alors l'intérêt d'amener plusieurs accusatrices.

Nous ne savons pas encore si Brett Kavanaugh sera élu juge de la Cour Suprême ou non, mais cette affaire laissera des traces. Dans la famille du candidat à la Cour Suprême, pour commencer. Dire que Brett Kavanaugh a été traîné dans la boue serait bien en-deçà de la réalité. L'affaire remet aussi en question la présomption d'innocence et l'exercice du droit: il n'y a plus de procès, plus de confrontation contradictoire, plus d'éléments à charge ou à décharge. Il suffit d'une volée d'accusations portant sur des faits invérifiables remontant à plus de trente ans et un individu parfaitement qualifié peut être jeté au rebut sans autre forme de procès.

Les Démocrates se sont lancés dans un pari extrêmement risqué. Quoi qu'affirment les sondages, il n'est pas certain que le citoyen américain se reconnaisse beaucoup dans les élucubrations de Mme Blasey Ford. La manœuvre pourrait ne pas réussir non plus: le vote se déroule au Congrès, entre des politiciens expérimentés, qui ne sont normalement pas aussi influençables que le quidam moyen. La volonté des Démocrates de jouer la montre est par trop évidente.

Que les Démocrates réussissent ou non, la carrière de Brett Kavanaugh sera définitivement entachée, et à travers lui la réputation de la Cour Suprême et la confiance du peuple américain dans ses institutions. Gageons que toutes les prochaines nominations républicaines verront surgir leur lot de "scandales de la onzième heure".

Et si Brett Kavanaugh l'emporte et rejoint finalement la Cour Suprême, espérons pour les Démocrates qu'il soit aussi bon juge qu'il doive l'être, parce qu'il est peu probable qu'il oublie la façon dont il aura été traité lors de sa nomination.

01 octobre 2013

Et qu'il ne redémarre jamais

Aujourd'hui est un beau jour pour les amoureux de la liberté: l'Etat fédéral américain est à l'arrêt.

C'est le "shutdown", comme nous explique Le Matin ; la fermeture des agences, la mise au chômage technique de centaines de milliers de fonctionnaires, l'arrêt de toutes les services "non indispensables". Pour les partisans de l'étatisme, nombreux de ce côté de l'Atlantique, c'est évidemment une catastrophe. Vous verrez peu de journalistes se réjouir.

usa,faillite,démocrates,républicainsLes reportages font la part belle aux malheureux soudainement victimes de la situation - les employés du Moloch, bien entendu, mais aussi les touristes s'apprêtant à visiter qui un musée, qui un parc national et trouvant porte close.

L'examen des responsabilités est vite fait. C'est la faute des Républicains, nous dit-on. Bien que minoritaires au Sénat ils disposent encore d'une majorité dans la Chambre des Représentants et peuvent donc, en refusant de voter le budget, forcer le gouvernement à se contenter du minimum. Les Républicains, poussés par quelques élus proches du Tea Party - Tea étant ici l'acronyme de Taxed Enough Already, déjà assez taxé, certains français se reconnaîtront - avaient demandé de repousser la réforme de la santé Obamacare comme condition à l'obtention de leur accord, mais leurs offres furent promptement rejetées. D'ailleurs pour le Nouvel Observateur par exemple, le verdict est sans appel: c'est un prétexte. Les Républicains sont de "mauvaise foi", se livrent à un "chantage", voire une "croisade idéologique" selon les mots d'un Président-prix-Nobel-de-la-Paix qui n'a jamais autant bombardé. Écoutez les paroles du spécialiste, il s'y connaît en croisades...

Évidemment, il faut être deux pour un accord. L'intransigeance des Démocrates vaut bien celle des Républicains. Chaque parti accuse l'autre des blocages et l'opinion publique est divisée sur cette responsabilité, mais la différence de traitement médiatique est savoureuse.

En attendant, l'Etat est à l'arrêt. Pas tout l'état américain - seulement le niveau fédéral. Les administrations des états de l'Alaska à la Floride continuent de fonctionner, de même que l'échelle locale. Et encore, les agents de Washington ne sont pas complètement à l'arrêt:

Plus de la moitié [des 1,8 million de fonctionnaires civils] sont mis au chômage technique.

Pour certains fonctionnaires, le travail doit continuer normalement. Il s'agit notamment du personnel pénitentiaire et des contrôleurs aériens. Idem pour les militaires, dont la solde pourrait toutefois être versée en retard. Pour d'autres (personnels des tribunaux fédéraux notamment), une période transitoire est prévue avec un travail normal jusqu'au 15 octobre avant un réexamen de la situation.

Au Pentagone, l'une des administrations fédérales les plus puissantes, la moitié des personnels civils pourraient être mis au chômage d'office. Tous les postes non cruciaux sont concernés.


La situation n'a rien d'inédit. Depuis 1977, le cas de figure s'est produit à 17 reprises. Le blocage aura évidemment des conséquences - non pas parce qu'elles seraient inévitables, mais parce que les fonctionnaires feront en sorte qu'il en ait. C'est le syndrome du Monument de Washington. Traduisant Wikipedia:

Le Syndrome du Monument de Washington, également connu sous le nom du Syndrome du Mont Rushmore ou du Premier Principe des Pompiers est une tactique politique employée aux Etats-Unis par les agences gouvernementales lorsqu'elles font face à des restrictions budgétaires. La tactique consiste à trancher dans les services les plus visibles ou les plus appréciés du gouvernement, depuis des services populaires comme les parcs nationaux ou les bibliothèques à des employés valeureux du service public comme les enseignants et les pompiers. Ceci influence le public pour qu'il soutienne des augmentations d'impôt qu'il refuserait sinon. Le nom vient de l'habitude attribuée au Service des Parcs Nationaux de dire que toute réduction de budget entraînerait la fermeture immédiate du très populaire [et probablement très rentable] Monument de Washington. Le National Review compare cette tactique à une prise d'otage ou du chantage.

 
Les touristes en quête de visa et les Américains ayant besoin de renouveler leur passeport vont passer un mauvais moment. Mais les autres? Nombre d'agences gouvernementales se retrouvent avec 5% de leurs effectifs, dont la puissante EPA, l'agence de protection de l'environnement. Les services de l'IRS (Internal Revenue Service) passent de 95'000 à 9'000 personnes. Pas forcément de quoi être triste! On se prend à rêver que la crise dure assez longtemps pour que les bureaucrates ainsi déposés soient forcés de se trouver un nouvel emploi dans le privé, histoire de découvrir le monde authentique de la création de valeur...

Alors que se profile bientôt un nouveau débat d'importance sur le relèvement du plafond de la dette, l'Etat américain se retrouve avec un avant-goût de la cessation de paiement qui lui pend au nez. On blâmera les Républicains pour leur responsabilité dans le blocage, mais l'Etat fédéral "minimal" mis en route ces dernières heures correspond très exactement à ce qui attend l'Amérique une fois qu'elle aura été mise en faillite dans les formes - avec de surcroît une ardoise en dizaine de milliers de milliards de dollars à éponger. Il faudra tout réinventer, comme à Detroit.

Est-il plus irresponsable de mettre le holà à cette folie ou de poursuivre plus loin sur le chemin du précipice?

04 novembre 2010

Changement et Espoir changent de camp

Voilà, les élections américaine de mid-term et leur résultat prévisible ont eu lieu.

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Que s'est-il passé? Les Démocrates et Barack Obama se sont pris une gifle.

Au delà de cette évidence dictée par les résultats du scrutin, les analyses diffèrent. On connaît l'analyse ressassée par tous les médias ces derniers jours; un excellent article de causeur démoli allègrement la fable:

Pendant longtemps, nos observateurs habituels n’avaient pas voulu y croire : leur icône post-raciale, postmoderne, post-tout, Barack Obama, allait se ramasser une raclée majeure aux élections de midterm. Jusqu’à ce que les sondages, dans une lassante répétition, restent bloqués sur le vert pour les Républicains et sur le rouge pour les Démocrates, on avait espéré, dans les principales rédactions françaises que la « magie Obama » allait transformer à nouveau la citrouille en carrosse. Lorsqu’il s’est avéré que cela ne serait pas le cas, il fallait trouver un responsable à cet incroyable comportement de l’électorat d’outre-Atlantique.

Comme il était inconcevable, pour les obamaniaques officiant chez nous [et en Suisse] dans la politique et les médias, de formuler la moindre critique de l’action du président des Etats-Unis, il fallait trouver d’autres coupables. « Obama dans la bouse, c’est la faute à Fox News. Le peuple n’a rien compris, à cause du Tea Party ! ».

Le modèle explicatif de cette défaite annoncée a pris le ton, en France d’une virulente dénonciation de cette « Amérique que nous haïssons », que l’on avait cru balayée en novembre 2008 avec la déroute des Républicains à l’issue de deux mandats de George W. Bush. Obama n’allait pas perdre, on allait « l’abattre », comme le titrait dramatiquement Libération à la veille du scrutin.

C’est tout juste si on ne suggérait pas qu’on allait assister à une nouvelle forme de lynchage dont les meneurs seraient Glen Beck, le pittbull conservateur de Fox News, et Sarah Palin, la mama grizzly de l’Alaska. On laisse également entendre que le vieux fond de racisme de la société américaine est à l’œuvre dans cette entreprise de démolition du premier président noir de l’Union…

 

Avant de poser la question qui fâche:

Et si la vraie raison était tout simplement que la majorité des Américains trouvent que Barack Obama est un mauvais président ?

 

Inconcevable!

Mais bon, suggérons l'indicible, et imaginons que la première moité du mandat du Président ait été désastreuse. En quoi Barack Obama a été un mauvais président, un président dont les Américains ne veulent plus?

Face à cette inconfortable hypothèse, les médias européens tombent une fois de plus dans une flagrante tentative de réécrire l'histoire. Selon leur fiction orwellienne, Obama aurait "échoué" à faire passer ses réformes à cause d'une "opposition républicaine résolue" et son manque de réussite aurait enfoncé sa popularité. Opposition républicaine? On ne sait où elle aurait siégé durant ces deux ans: la gauche américaine disposait de tous les leviers du pouvoir. Présidence, Sénat, Chambre des Représentants, avec de larges majorités permettant même de faire échouer toute tentative de blocage tactique par la minorité, comme la méthode de la flibuste. Même la majorité des gouverneurs des Etats était dans leur camp. Les Républicains n'avaient plus qu'influence politique dérisoire, éreintés par la déferlante Obama de 2008.

On était aux antipodes d'un Obama contrarié, aux ailes coupées par les forces du destin - l'histoire qu'on essaye de nous faire gober aujourd'hui.

Au contraire, Obama avait une liberté d'agir pratiquement inégalée. Et il s'en est servi.

Voilà la triste vérité. Obama est entièrement responsable de son échec. Il a mené la politique qu'il a voulu, souvent au forceps face à l'opinion publique. Sa politique résolument à gauche l'a mené à la défaite et à celle de son camp. Il a déçu et s'est aliéné la plus grande partie de la population américaine. Pas seulement les militants du Tea Party, non; pas seulement les Républicains minorisés; pas les racistes, bigots, tarés des armes et frustrés incultes que dépeignent les médias européens à longueur de journée dès qu'ils filment un reportage en Amérique. Non, il s'est aliéné la plus grande partie des électeurs qui vivent là-bas, des électeurs modérés, membres d'aucun parti. Une classe moyenne qui ne s'en sort plus.

Obama a été tellement à gauche qu'il s'est même mis à dos nombre de démocrates écoeurés par le radicalisme de son administration. Quand même des démocrates (tels Joe Manchin, Just Bobby) ou des ex-démocrates comme Jim Marshall font campagne en se distanciant d'Obama et de sa politique, pas besoin d'être devin pour comprendre qu'il y a un problème!

Victor Davis Hanson donne une analyse limpide de ce revirement: les gens ont eu le sentiment qu'ils s'étaient fait avoir. Ils pensent qu'ils ont été trompés en 2008, lorsque les médias et les slogans d'Obama les ont amenés à voter pour quelqu'un qui n'avait, au bout du compte, aucune intention de gouverner de la façon dont il avait fait campagne.

Les Américains se sont souvenus de son discours d'unité et de dépassement des clivages, et ont réalisé qu'ils avaient en fait élu le président le plus dogmatique et partisan de leur histoire. Ils se sont rappelés ses appels à la compréhension mutuelle, ils ont vu son silence et son mépris pour l'opinion lors de sa réforme de la santé. Ils avaient foi en un président défenseur de l'Amérique, avant de le voir, littéralement, courber l'échine devant des dictateurs - y compris en les accueillant sur le sol américain. Ils pensaient élire un président moderne, ils se sont retrouvés avec un socialiste qui n'aurait pas dépareillé sur le Vieux Continent (sans doute une des raisons pour lesquelles il continue d'y être tellement populaire...)

Alors, ils ont voté, non pour les Républicains, dont ils ont une piètre opinion, mais contre les Démocrates. En attendant de pouvoir atteindre Obama directement, lorsqu'il remettra son mandat en jeu en 2012.

A moins qu'Obama ne change sérieusement de cap, ce dont je doute, la gifle reçue hier ne sera vraisemblablement pas la dernière.