15 novembre 2015

Premier massacre à Paris

Vendredi soir, au beau milieu d'une rencontre de football France-Allemagne, les Parisiens ont été rattrapés par la réalité de la guerre contre l'islamisme. Trois équipes différentes ont ouvert le feu dans différents lieux de la capitale avant d'actionner leurs ceintures explosives. La salle de concert du Bataclan est le principal foyer de victimes alors que les 1'500 spectateurs seront massacrés puis pris en otage pendant deux heures avant l'assaut des forces spéciales de la police. Sur l'ensemble des sites, 129 personnes sont mortes et 352 sont hospitalisées, dont 99 encore en "urgence absolue" aujourd'hui.

Les élites du régime ont soudainement pris conscience de leur vulnérabilité, au premier rang desquelles M. Hollande soudainement exfiltré du Stade de France sous bonne garde de ses services de sécurité. En ce sens, la première intervention du chef de l’État français peu avant minuit, la voix tremblante d'émotion, était bien plus authentique que la version policée et maîtrisée qui lui fit place le lendemain matin.

padama10.jpgLe soir même des attaques, alors que la plupart des grandes chaînes françaises avaient interrompu leurs programmes pour des flashs spéciaux, France2 continuait à diffuser son débat "Réchauffement climatique: qu'allons-nous devoir sacrifier?" en toute insouciance. Même les meilleurs machines de propagande souffrent parfois d'inertie. Mais les médias se sont repris depuis. On analyse, on décortique, on place du contexte. Dans tous les pays l'opinion est malaxée comme la pâte à pain. En Suisse, il fallait un estomac solide pour assister sur la RTS à la danse du ventre des deux duettistes Jean-Philippe Schaller et Xavier Colin, le premier obnubilé par le futur score de Marine Le Pen aux élections régionales - la seule question importante à ses yeux - et le second récitant sans ciller l'homélie consacrée du Padamalgam.

Le drame suit désormais sa logique standardisée: nouveau logo, un nouveau slogan Pray for Paris, nouveau hashtag. Les journalistes sont invités à dénicher de nouveaux héros et de nouvelles initiatives citoyennes plutôt que de s'attarder sur les faiblesses de la sécurité intérieure et les errements géostratégiques de leurs gouvernements successifs. Pourtant, si l'impulsion est toujours la même, quelque chose s'est brisé. Le moteur tourne à vide. Exemple marquant, il n'y aura pas de rassemblement solennel façon Je Suis Charlie. D'une part, le danger est encore omniprésent, une manifestation étant l'endroit rêvé pour quelques nouvelles explosions de kamikazes dont certains courent certainement dans la nature ; d'autre part, la solidarité avec Charlie Hebdo s'expliquait par la volonté de s'associer avec une minorité menacée, les caricaturistes de presse. Cette fois-ci l'ensemble de la population française est visé. Une manifestation de solidarité serait donc vide de sens. On ne peut pas afficher de solidarité avec soi-même.

La légende du loup solitaire radicalisé - ou d'une meute, nous ne sommes plus à un oxymore près - ne tient plus. La France a bien eu affaire à une opération militaire professionnelle: un massacre organisé par des kamikazes équipés de bombes, d'armes de guerre et de gilets pare-balles, regroupés en équipes, suivant un timing défini; le tout dans la capitale d'un pays sûr de lui, confiant dans ses services de sécurité et surveillé au travers d'un plan Vigipirate en alerte maximum.

La vérité qui se fait jour peu à peu n'a rien de reluisant. Le passeport syrien d'un des kamikazes, retrouvé sur les lieux du massacre à deux pas de son propriétaire, a été enregistré à Lesbos en Grèce le 3 octobre de cette année. Tout porte à croire qu'une partie de l'équipe terroriste est venue en Europe au travers des flots de migrants. Ce n'est pas la première fois. En septembre, l'Etat Islamique revendiquait déjà 4'000 terroristes infiltrés dans toute l'Union Européenne...

Les Français aiment croire aux histoires que leurs racontent leurs médias, mais cette fois il y a trop de témoins pour livrer une vérité officielle. Des dizaines de familles sont endeuillées par les morts, certains égorgés. 99 personnes grièvement blessées donneront autant de vies à rebâtir après des mois de convalescence et de rééducation. D'innombrables individus directement impliqués mais physiquement indemnes resteront marqués par les horreurs dont ils ont été témoin cette nuit-là. Toute la population parisienne a été durablement traumatisée.

En quelques heures abominables la France a perdu une certaine forme d'insouciance, probablement pour toujours. Elle a compris que la menace islamique pèse directement sur elle. Le combat ne se déroule pas que dans les terres lointaines du Mali, sur les pistes poussiéreuses d'Afghanistan ou au sein des états-majors planifiant les prochains bombardements sur la Syrie ; elle se joue en Europe, au sein de ses banlieues, de ses populations immigrées, des convertis à l'islam, des prédicateurs et des fanatiques, et des flots continus de pseudo-réfugiés syriens.

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Bien sûr, les services gouvernementaux ne cessaient de mettre en garde contre une "attaque d'envergure", mais eux-mêmes n'imaginaient pas une offensive d'une telle ampleur. Et le peuple français se figurait peut-être qu'il serait sauvé in extremis par une nouvelle intervention miraculeuse dans le style de celle qui empêcha le massacre du Thalys.

Les Français ont compris que leur sécurité était une illusion. Les Suisses le croient-ils encore?

Que se passera-t-il pendant la COP21? Aura-t-elle seulement lieu comme prévu? Et l'Euro 2016 de football?

Électoralement, Marine Le Pen pourrait en profiter, c'est indéniable. Mais cela devrait surtout être le cadet des soucis d'une société menacée. Car les Français - et le reste des Européens - ont aussi compris, quelque part, que ces attentats ne seront pas les derniers.

31 juillet 2013

Tout-va-très-bien à Renens

Il y a un an, lassé par le décalage continuel entre la situation réelle de Renens et sa présentation par une presse amie sinon complice, j'écrivais un petit billet ironique intitulé Tout-va-bien à Renens. Rien de compliqué: il suffisait de récolter quelques dépêches ayant trait à l'actualité locale - la partie que la Municipalité aimerait cacher - et de saupoudrer de quelques statistiques officielles de la police pour brosser un portrait moins flatteur, mais ô combien réaliste, de la commune.

Un an plus tard, où en sommes-nous?

Eh bien, la commune de Renens continue d'honorer brillamment son titre de chef-lieu du district de l'Ouest Lausannois... Sur le plan de la criminalité.

Bien sûr, des drames touchent régulièrement Renens. Un jour, c'est un père qui percute son fils dans le toboggan de la piscine municipale (les lumières autorisant le départ étaient "déréglées", mais ne vous en faites pas, la facture en dommages et intérêts de ce simple dysfonctionnement sera payée par le contribuable). Un autre, c'est le meurtre d'un bébé d'un an par son père congolais dans une dispute avec sa compagne portugaise autour du droit de garde, le tout saupoudré d'une intervention des forces spéciales. Ce sont des choses qui arrivent dans-n'importe-quelle-ville, n'est-ce pas? N'est-ce pas?

Mais ces nouvelles saillantes et spectaculaires - rendons grâce au talent de nos amis journalistes pour informer régulièrement le lecteur avec des variantes quotidiennes sur le thème du fait divers - cachent mal la criminalité de base, celle qui imprègne la vie des Renanais. De fait, des événements tout aussi dramatiques mais moins originaux ne donnent lieu qu'à un entrefilet dans la presse. Triste époque où même le quart d'heure de gloire est âprement disputé!

On rapportera par exemple d'une façon bien lapidaire la mort d'une mule avec sa boulette de cocaïne, un plutôt l'une des 24 avalée. La situation pleine d'exotisme de ce ressortissant de Guinée-Bissau de 29 ans en possession d'une carte de résident espagnol aurait pourtant mérité une petite enquête. De même que les habitudes culinaires de ces gens qui, tout d'un coup, décident de leur propre initiative de s'enfiler deux douzaines de boulettes de poison surgies de nulle part...

Officiellement il n'y a pas de marché de la drogue à Renens, bien entendu, même si on y arrête quelquefois un bout de réseau. Un Albanais de 27 ans en séjour illégal en Suisse payait une chambre avec de la drogue. La crise du logement oblige à faire des choses pas croyables, Monsieur le Juge.

On a aussi droit à du tristement banal, comme l'attaque à main armée d'un kiosque en ville par deux individus "d'origine africaine", selon une victime suffisamment choquée pour en perdre temporairement ses notions de vivrensemble ; ou l'incivilité fatale d'un adolescent fauché par un train en traversant des voies de chemin de fer un samedi soir. Ne pas respecter les règles, parfois, tue.

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Vandalisme banal dans le banal couloir sous-gare (sans caméras de surveillance, bien entendu)

La jeunesse bouge à Renens. En meute. Et elle attaque des policiers - démonstrations de force parfois nécessaire pour que les pandores comprennent qui est le maître. Une fois, au mois de mars, le niveau de violence atteint et les mesures engagées - 3 patrouilles de la Police de l'Ouest lausannois, 5 de la Gendarmerie vaudoise, 2 de la Police ferroviaire, pour un total de 20 policiers et deux chiens - firent sauter la chape de plomb médiatique. Ce soir-là, on parla de Renens jusque sur le plateau du journal de la RTS. Renens rayonna!

Mais vous devinez bien qu'en tant qu'élu UDC au Conseil Communal je ne peux avoir qu'un point de vue exagérément négatif sur la situation idyllique d'une ville tout en sourires et en cordialité. Tenez, ça tombe bien, l'été est l'occasion de compulser des rapports de toute sorte, comme celui de la Police de l'Ouest lausannois et les statistiques qui vont avec (page 36 et suivantes). On y lit des chiffres intéressants, en voilà quelques-uns:

  • Entre 2011 et 2012 les interventions de la police locale ont baissé dans toutes les communes de plus de 1'000 habitants du district. Sauf à Renens.
  • Sur Renens, les vols de toutes sortes ayant généré une intervention de la police sont passés de 374 à 712 (+96% en un an).
  • Les bagarres et violences corporelles sont passées de 99 à 137 (+38%).
  • Les infractions à la loi sur les étrangers sont passées de 47 à 70 (+49%).

Le nombre d'interpellations et d'arrestations est quant à lui passé de 116 à 174 (+50%). Maigre consolation, au vu de la facilité avec laquelle la justice helvétique relâche des criminels.

Renens, officiellement autoproclamée "carrefour d'idées", est en réalité le carrefour de bien plus de choses. Les idées qui s'y croisent, quant à elles, ne se valent pas toutes. Ainsi, en guise de réponse à une criminalité galopante, la municipalité et le conseil communal (lourdement à gauche) ne laissent passer que les expérimentations les plus farfelues, pour peu qu'elles impliquent des animateurs de rue, de dispendieuses campagnes de propagande, et qu'elles soient outrageusement inefficaces.

Pour lutter contre la criminalité, Renens a par exemple décidé de... L'observer. Un Observatoire de la sécurité, quelle brillante idée! Au vu des mesures prises, les malfrats tremblent déjà. A moins que, outre les jetons de présence, cette structure bureaucratique ne soit réellement un observatoire? Vous savez, un de ces immenses télescopes permettant d'apercevoir des choses si lointaines... Ici, en l'occurrence, la sécurité!

On devine au vu de ces initiatives courageuses et efficaces que les criminels de Renens n'ont qu'à bien se tenir. Les habitants inquiets se réjouissent déjà de découvrir les statistiques de l'année prochaine.

12 juillet 2012

Des frontières, et vite!

Les médias romands semblent tardivement prendre conscience d'un phénomène dénoncé par l'UDC depuis longtemps: la Suisse est un supermarché pour les braqueurs.

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Les dernières attaques notables en date (infographie RTS)

De part le passé, il y avait bien eu quelques articles iconoclastes, relégués dans les catégories "livres" ou "plume libre", voire quelques cartes, mais ces initiatives individuelles ne parvenaient pas à franchir le brouillard médiatique.

Pourtant, depuis quelques jours, c'est une déferlante. La criminalité devient le sujet à la mode alors que la réalité de l'insécurité semble atteindre même les tours d'ivoire des rédactions. La télévision s'y met. La Tribune de Genève. Romandie. 20 Minutes. A l'occasion de la sortie d'un livre, le Matin brosse le portrait de Maître Metaxas, avocat du milieu lyonnais. Laissant la parole au sulfureux homme de loi, il nous annonce clairement la couleur: "Pour les braqueurs lyonnais, la Suisse reste un eldorado où il suffit de se baisser pour ramasser or, voitures et argent." Comme si tout cela ne suffisait pas, le lendemain, nouvelle couche par un ancien client du ténor du barreau:

"Dans la Suisse profonde, les voitures haut de gamme ne sont même pas équipées de tracker! Il m'est arrivé d'être dans une banque chez vous et de voir le coffre ouvert derrière l'employée!" L'ex-braqueur donne sa vision d'un pays naïf et riche à en susciter son "mépris". Les Suisses? "Ils se sont pris quelques claques mais ne se méfient toujours pas." Leurs policiers? "Des amateurs. Ils ont beau serrer la vis, ils sont et seront toujours deux voire trois crans en dessous de leurs collègues lyonnais." Les sanctions? Dans l'esprit de Karim, il y a toujours un décalage entre celles encourues de part et d'autre de la frontière.

 

Le verdict est sans concession. Et le pire est à venir:

"Maintenant, les mecs qui veulent monter un coup peuvent le faire tranquille. Faire un premier voyage pour amener des armes. Un autre pour repérer. Et un dernier pour péter une bijouterie ou une banque. A l'avenir, vous aurez de moins en moins affaire à nous, mais de plus en plus pour de gros trucs bien organisés", pronostique Karim. Le Lyonnais s'étonne d'ailleurs tout haut que ses amis n'aient pas encore attaqué de fourgons blindés sur Suisse. "C'est une question de temps. Il manque juste le bon tuyau qui ne devrait pas tarder."

 

From the horse's mouth, disent les Anglais.

Alors, que faire? "Se réveiller", comme le clame Laurent Grabe, l'éditorialiste du Matin? Bonne idée, mais n'est-il pas un peu tard? Et sans présager d'un quelconque calcul, on ne pourra s'empêcher de remarquer que susciter l'indignation des foules juste après les élections est plutôt malheureux - peu de chances d'attendre des solutions pertinentes de la part de ceux qui ont créé les conditions du chaos actuel...

Et quitte à se réveiller, reste à savoir de quelle manière.

Certains prôneront une prime au départ aux plus récalcitrants. Plus sérieusement, d'autres tentent de les intercepter au poste de douane. On tourne autour du pot mais la notion de frontière semble toujours hanter la conversation.

La frontière, le seul obstacle à opposer à des malfrats qui n'ont guère à craindre d'une police dépassée, d'une justice pusillanime et d'une classe politique totalement coupée de la réalité. Ils disent ne pas craindre la prison suisse, à supposer qu'ils y échouent jamais, mais il y a une part de bravade dans ces propos. Aucun caïd ne verra d'un bon oeil son arrestation par la police. Ce qui me permet de replacer ici une anecdote personnelle cité dans des commentaires par ailleurs, qui illustre selon moi la nécessité d'une frontière et de son utilité dissuasive:

J'ai eu des proches vivant sur la Côte d'Azur en France - milieu gangrené par la criminalité s'il en est - dans une petite villa au fond d'un long chemin privé. Pendant des années, ils n'ont jamais eu le moindre souci de cambriolage ou autre, alors que les maisons situées au carrefour étaient régulièrement "visitées" (avec parfois les habitants présents!)
Les maisons du lotissement étaient comparables en tous points: même taille, même apparence, même petits jardins, etc. Pourquoi certaines maisons étaient cambriolées sans cesse tandis que d'autres étaient épargnées?

C'est simple: les proches en question vivaient au fond d'une impasse assez longue. Jamais les malfrats n'auraient pris le risque de s'aventurer "en profondeur" dans cette voie alors qu'il aurait été si facile à une seule voiture de police d'en bloquer l'accès, les enfermant dans une souricière.
A la place, les voleurs préféraient opérer au carrefour, où ils pouvaient s'enfuir dans quatre directions différentes à la moindre alerte.

C'est un peu la même chose pour les frontières helvétiques. Il est sans doute illusoire d'espérer contrôler tous les véhicules entrants et les intentions de leurs occupants. Mais passer devant des douaniers en uniforme alors qu'on vient commettre un crime, et savoir qu'ils seront aussi là au retour et pourraient fermer la frontière dans quelques heures - lorsque la bande reviendra avec le coffre rempli des fruits du larcin et que l'alerte aura été donnée - en fera réfléchir plus d'un.

C'est le même principe que "l'impasse dissuasive" décrite plus haut. On ne peut pas empêcher les criminels de rentrer en Suisse. Mais ils ne viendront pas si on peut les attraper facilement quand ils essayent d'en ressortir.

 

Encore faut-il que les frontières existent. Pas comme aujourd'hui, gardées par des douaniers aux heures de bureau pour vendre des vignettes d'autoroute et traquer l'immigré italien de retour de vacances avec trop de jambon fumé dans le coffre, non - des frontières et des douaniers pour s'occuper des criminels.

Des frontières faciles à fermer à toute heure du jour et de la nuit, réactives. Et des douaniers et des forces de police recentrées sur les fonctions régaliennes de l'Etat, la sécurité des biens et des personnes.

A quel point la population helvétique laissera-t-elle se dégrader ses conditions de sécurité au nom de l'utopie de frontières ouvertes? Combien de crimes seront commis avant la remise en question salutaire? Combien de fortunes dépensés en alarmes, compagnies privées, serrures trois points, systèmes de surveillance et volets blindés? Combien de vies brisées par des traumatismes, de passants innocents pris en otage ou fauchés par des balles perdues? Je ne peux le dire, mais je sais que le pire est devant nous.

Lorsqu'un ancien truand à peine rangé annonce qu'il y aura bientôt des braquages à l'arme lourde en Suisse, vous avez tout lieu de le croire.

Et au vu de la façon dont la classe politique suisse semble hermétique à la dégradation de la situation du pays, il y aura encore de nombreux drames avant que le bon sens ne revienne enfin sur le devant de la scène.

09 juillet 2012

Tout-va-bien à Renens

Régulièrement en contact avec des journalistes au sujet de la politique locale, on me demande parfois mon sentiment sur la situation de Renens, notamment en matière de sécurité, de propreté, de civisme.

"Renens a mauvaise réputation, mais les choses s'arrangent, non?" suggèrent sempiternellement mes interlocuteurs.

cambriolage.jpgHélas, non, je n'ai guère l'impression que les choses s'arrangent. On peut clairement admirer la réussite de la Municipalité pour avoir réussi à faire rentrer cette opinion au sein de la classe journalistique, fruits d'un travail de fond et de longue haleine.

Mais au vu de la réalité du terrain, l'effort de communication n'est pas près de se relâcher.

Pour les habitants de Renens, la perception des choses est légèrement différente, comme le serait celle des journalistes s'ils se donnaient la peine de faire une petite recherche dans les articles de leurs propres publications - sans compter que bien des affaires ne suscitent pas l'intérêt médiatique, tel le cambriolage banal d'une boutique de téléphone portable rue de la Mèbre, ci-contre.

Il faut que le crime sorte de l'ordinaire pour que les médias s'y intéressent. Les habitants, eux, contemplent chaque matin les murs taggués et les vitrines brisées avec une belle régularité, et encore ne s'agit-il que de la partie visible des nuisances et de l'insécurité.

La lassitude n'atteint pas que la population: la Municipalité a ainsi "courageusement" choisi de murer avec des cloisons en bois les vitrines du passage sous-gare (trop souvent défoncées) et de retirer divers éléments de mobilier urbain près de la gare, comme les cendriers (trop souvent vandalisés). Mais tout est affaire de communication, car il faut maintenir les apparences.

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La gare de Renens, victime d'un incendie (probablement criminel) au mois de mai.
Une chance qu'il n'y ait pas eu les caméras, elles auraient brûlé...

Ce n'est pas chose facile tant les stigmates de l'insécurité renanaise sont visibles. Par insécurité, je n'entends pas forcément des gangs organisés ou des réseaux semi-professionnels allant du cambrioleur au receleur, mais un mélange complexe de haine, de mal-être, de drogue et d'alcoolisme, de manque d'éducation, de jalousie et de désoeuvrement frappant un certain nombre de ses habitants, et qui fait des ravages en termes de relations de voisinage et de criminalité.

Il est facile de défausser le constat sous le fallacieux prétexte du sentiment d'insécurité, mais celle-ci recouvre des faits très concrets, dûment enregistrés dans les statistiques de Polouest, la police régionale de l'ouest lausannois. Les méthodes de calcul ont évolué avec le temps mais le chapitre adéquat du rapport de gestion 2011 (page 38 et suivantes) permet un bon aperçu de la criminalité renanaise, tant au vu de son évolution sur les années précédentes qu'en comparaison avec les autres communes à proximité.

Entre 2008 et 2011, le nombre d'interventions de la police sur la commune de Renens est passé de 3'712 à 5'241 (+41%), soit plus d'une intervention annuelle pour quatre habitants! Le phénomène de hausse n'est pas circonscrit au chef-lieu du district, mais prend une saveur particulière associée au total des interpellations et arrestations (auteurs de délits), qui est passé de 56 à 116 (+107%). Les vols de toute sorte sont passés de 246 à 374 (+52%) tandis que les nuisances sonores et autres troubles à la tranquillité, délits mineurs mais qui n'ont pas leur pareil pour pourrir la vie des habitants, sont passés de 296 à 634 (+114%).

On pourra interpréter ces statistiques de diverses manières, bien entendu: en les comparant avec les chiffres des autres communes de l'ouest lausannois, qui "rattrapent" le chef-lieu - et il n'y a guère lieu de s'en réjouir - ou en bottant en touche, expliquant que Renens n'est pas la pire des villes du canton, la palme en revenant incontestablement à Lausanne où les seringues le disputent aux arracheurs de colliers, sans parler de la vie nocturne.

Toujours est-il que lorsqu'on me pose la question, non, je ne peux décemment pas répondre que "les choses s'arrangent".

Facile de critiquer, me rétorquera-t-on. Peut-être est-ce vrai, mais cette description critique de Renens fait partie, je crois, du travail d'opposition d'une minorité politique au Conseil Communal. Si le rôle d'un politicien local consiste juste à chanter les louanges de la ville en se tapant sur le ventre, pétri d'autosatisfaction, la majorité en place n'a besoin de personne.

Quant au chapitre des solutions, on les connaît: appliquer simplement les lois et les règlements en vigueur (sur l'ivresse publique notamment), sans passe-droit ni régime de faveur, parce qu'aucune politique de réhabilitation ne saurait se passer d'incitation répressive ; et évidemment, installer des caméras de surveillance comme les habitants de Renens l'ont eux-même décidé en votation. Mais c'est beaucoup demander à une majorité de gauche totalement incapable de rigueur et freinant des quatre fers pour appliquer une décision sortie des urnes, lorsqu'elle ne correspond pas à la doxa bien-pensante.

Autant dire que non seulement la situation n'est guère reluisante, mais qu'elle ne va pas aller en s'améliorant. Je m'efforcerai donc à travers le mot-clé tout-va-bien de répertorier plus ou moins régulièrement les faits divers qui frappent notre malheureuse commune, histoire de retrouver facilement des exemples de la situation rélle de Renens, la ville où tout s'arrange, selon l'opinion de journalistes conquis.

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Un homme endormi à même le sol de la nouvelle place du marché, au petit matin.

01 juin 2012

Nuits brutales à Lausanne

"J'ai failli y rester". C'est par ces mots qu'un policier décrit les scènes de guérilla urbaine qui émaillent les nuits lausannoises:

«Ça courait dans tous les sens. Mais à deux contre plusieurs dizaines nous ne pouvions interpeller personne.» Les bagarres reprennent de plus belle, et sur plusieurs fronts. «Des groupes de 5 à 10, de-ci, de-là. Un à notre droite, rue des Terreaux, l’autre à notre gauche, terrasse Jean-Monnet. Lequel choisir?»

 

876380P_escalier.jpgTrente-six policiers face à des émeutiers par dizaines. Des jets de bouteilles et des armes d'autodéfense chez les agitateurs. Des balles en caoutchouc tirées par les forces de l'ordre. "Je ne comprends pas pourquoi ces jeunes nous en veulent" admet le policier. Cela n'a pas d'importance. Les agresseurs, eux, le savent, et ça leur suffit. Les affrontements ne donnent lieu à aucune arrestation, ce qui renforce encore le sentiment d'impunité des agresseurs. "On voit une bouteille qui part de la foule mais on ne voit pas le bras qui la lance. Et encore moins l’individu qui est dessous" ajoute-t-il.

Jean-Philippe Pittet, porte-parole de la police, confirme: "C'est le triple effet du groupe, de l'alcool et de l'anonymat."

L'altercation n'a rien d'exceptionnel. D'autres affrontements similaires ont fait les titres de la presse ces dernières semaines, avec le retour des beaux jours.

Depuis l'abolition de la clause du besoin, un grand nombre de boîtes de nuits a vu le jour à Lausanne, au point de faire de la capitale vaudoise un centre d'activités nocturnes. La ville comporte 40 établissements susceptibles de rester ouverts jusqu’à 5h. Mais la sale ambiance régnant dans les rues à la fin de la nuit refroidit même les fêtards. Comme l'expliquent deux jeunes interviewés par Lausanne Cités:

Lausanne, on adore y venir pour faire la fête, aller de bar en bar et finir en boîte de nuit entre amis. Mais, avec toutes ces bagarres et ces débordements, on réfléchit avant de venir. Quand on n'opte pas pour une soirée à Vevey ou Fribourg, on sort en groupe et on évite de discuter avec d'autres car, l'alcool aidant, cela débouche souvent sur des malentendus, des provocations voire des injures.

 

Les autorités ont bien essayé de réagir en instaurant "l'heure blanche", une période entre 5h et 6h30 du matin où les commerces ont interdiction de vendre de l'alcool. D'autres essayent d'étendre cette interdiction à tous les commerces après 22h - hormis les boîtes de nuit, où le prix des cocktails est déjà un puissant dissuasif.

Ces mesures pourraient-elles fonctionner? Ce n'est pas sûr. Une récente étude du psychologue Emmanuel Kuntsch et son équipe d'Addiction Suisse, à Lausanne, montre que les jeunes adultes boivent plus que ce que l'on pensait - et que ce qu'ils affirment - à cause de "l'apéro avant de sortir". Le concept revient à boire chez soi, en privé, avant de se rendre dans des établissements à l'extérieur. Mais le résultat n'est de loin pas au rendez-vous.

Les jeunes adultes sont nombreux à pratiquer l'"apéro avant de sortir": ils achètent au supermarché de l'alcool, qu'ils boivent ensuite en privé ou dans les lieux publics, avant de se rendre dans un club où l'alcool est nettement plus cher. Mais cette pratique n'entraîne pas chez les jeunes une réduction de leur consommation d'alcool pendant le reste de la soirée, au contraire: la consommation d'alcool était deux fois plus importante que d'habitude lors des soirées où les participants avaient commencé par un tel "apéro".

 

Voilà qui jette un froid sur les pistes de travail visant à restreindre le commerce d'alcool à certaines heures, préconisée par la gauche locale. Nombre des individus visés par la mesure se contenteront de boire chez eux, partiront en ville déjà éméchés, et ne réduiront en rien leur consommation - ni leur violence.

Ces émeutes régulières et l'incapacité des autorités lausannoises à y faire face est peut-être simplement la marque de l'échec d'une vie nocturne planifiée d'en haut?

Les règlementations de Lausanne ont évoluées à de nombreuses reprises. L'heure de fermeture des clubs a été progressivement repoussée, jusqu'à cinq heures du matin aujourd'hui. Résultat, des dizaines d'établissements ferment plus ou moins au même moment, jetant dehors des centaines de clients éméchés et coupés de la réalité. Incapables de renter chez eux par leurs propres moyens, ils errent en ville en attendant les trains et transports en commun du petit matin.

Tout est donc prêt pour une explosion à la moindre étincelle. La foule, l'alcool, l'attente. Et ce n'est pas le retour d'un un article du règlement de police qui permettrait d'intervenir contre les fêtards en état d'ivresse sur la voie publique qui contribuera à calmer les aubes lausannoises.

Serait-il possible de faire mieux en s'inspirant de ce qui a été fait ailleurs?

nightlife4-zurich.jpgZurich n'est pas réputée pour ses affrontements nocturnes. La ville a pourtant la plus forte densité de boîtes de nuit en Suisse. Et quand les publicités pour la "métropole européenne de la fête" affirment que la ville sur les rives de la Limmat ne dort jamais, ce n'est pas qu'une vue de l'esprit: la réglementation zurichoise est infiniment plus libérale que celle qui étrangle Lausanne. Les gens peuvent faire la fête jusqu'à point d'heure. La latitude laissée aux établissements nocturnes fait tout simplement disparaître un grand nombre de problèmes.

Pour commencer, tous les clubs ne ferment pas au même moment: l'effet "heure de pointe" est évité. La continuité entre les clubs et les afters garantit que les fêtards auront toujours un endroit où s'abriter en attendant le bus ou le taxi qui les ramènera chez eux. De plus, l'extension des horaires rend caduque tout comportement visant à s'accrocher exagérément à la piste de danse jusqu'à la fermeture: si on peut comprendre les gens souhaitant rester jusqu'à la fin si celle-ci a lieu à trois, quatre ou cinq heures du matin, le défi perd toute signification si la fête se poursuit théoriquement jusqu'à midi, ou si on peut lsa continuer dans un autre établissement. Même le plus acharné des fêtards devra simplement regagner son domicile à un moment donné. C'est d'autant mieux s'ils prennent chacun cette décision à des moments différents.

Suivant l'exemple de Zurich, la libéralisation des horaires et la légalisation des afters permettrait d'éviter bien des débordements liés à l'arrivée simultanée de centaines de noctambules désoeuvrés, éméchés et excités à cinq heures du matin sur les pavés lausannois. Mais reproduire cette approche dans la capitale vaudoise impliquerait l'abandon de l'attitude dirigiste des autorités locales sur la question, ce qui est sans doute trop leur demander.

Dommage pour les innocents pris dans les émeutes et les jets de bouteilles vides au petit matin.

07 février 2012

Insécurité, passivité et impuissance

La sécurité des biens et des personnes est la première mission de l'Etat. L'interview de Mme de Quattro dans les pages du Matin donne un état des lieux de la façon dont cette tâche essentielle est perçue de la part de la principale responsable dans le canton de Vaud. Le résultat finira de dissiper les dernières illusions sur une quelconque perspective d'amélioration.

Mme de Quattro commence par poser de_quattro.jpgun constat:

Notre pays et notre canton en particulier traversent une évolution (sic). Entre octobre et décembre 2010, il y a eu 225 cambriolages dans le canton. Durant la même période en 2011, il y en a eu 534. Deux fois plus… Quant aux braquages, ils ont augmenté de 20%.

 

Selon la Conseillère d'Etat, il y a plusieurs sortes de délinquants qui contribuent chacun à leur manière à faire descendre en flèche le niveau de sécurité des citoyens vaudois. Citons pour mémoire:

  • les toxicomanes locaux,
  • le grand banditisme venu des Balkans,
  • les bandes de malfrats de la banlieue lyonnaise et d'ailleurs,
  • les Gitans cambrioleurs.

Jusque là, l'analyse semble pertinente. Mais dès que l'on rentre dans le détail de ces populations et des mesures prises pour remédier au danger spécifique que chacune représente, c'est la catastrophe...

Commençons par les toxicomanes, qu'on imagine constamment à la recherche d'argent liquide pour s'approvisionner en drogue:

En février 2008, j’ai organisé des assises de la violence pour mettre en évidence la situation et chercher des solutions avec des experts. Rien n’est simple, parce que cette criminalité est aussi un phénomène de société: les jeunes veulent des marques tout de suite, consommer avant même d’être entrés sur le marché du travail et d’avoir produit de la richesse. Désolée d’être un peu crue, mais il y a des jeunes filles qui se prostituent pour un sac Vuitton. C’est ça la réalité aujourd’hui. Braquer un fleuriste ou un kiosque, ça leur semble plus facile que de se mettre à travailler.

 

Le "phénomène de société", l'excuse en bois par excellence. Mme de Quattro met sur le même plan la prostitution volontaire et le braquage violent d'un petit commerce! Et connaît-on tant d'exemples de kioskiers agressés pour se payer un sac à main de luxe? Pas un mot pour évoquer les réseaux de trafiquants venus d'Afrique qui fleurissent sur le pavé lausannois, et fournissent tout ce petit monde en substances illicites en attendant (éternellement) d'être renvoyés chez eux. En fait, la drogue est devenue tellement accessible que l'excuse de la toxicomanie n'en est plus vraiment une; si des pillages ont encore lieu au prétexte de se payer sa dose, c'est simplement par facilité. La cheffe de la sécurité publique n'a d'ailleurs pas de mal à illustrer pourquoi:

Nous misons d’abord sur la prévention. Il faut repérer les jeunes en danger quand il est encore temps, aider les parents dans leurs tâches éducatives. (...)

 

Les limites de la prévention sont pourtant connues de la conseillère d'Etat:

A Clarens, juste derrière chez moi, un mineur a torturé, avec deux complices, une personne âgée pendant deux jours, jusqu’à la mort. Il a écopé d’une année de prison. Et il s’en est vanté dans les bistrots! Aujourd’hui, vous trouvez des jeunes de 15 ans qui sont déjà des caïds. Il faut changer la loi pour être plus dissuasifs.

 

Changer la loi! Mais on ne vous demande que ça, Mme de Quattro, et à vos amis députés au Grand Conseil également. Que je sache, ce n'est certainement pas l'UDC qui s'oppose à un durcissement de la justice, et comme le parlement vaudois est à droite - en tous cas jusqu'au mois de mars - le problème est bel et bien dans le groupe politique qualifié de "centre droit".

Mais bon, entre clubs de sport et encadrement socio-éducatif, on peut parier que les toxicomanes et les petites frappes locales, terrifiées, n'oseront plus jamais s'attaquer à un commerçant...

(Rebondissant sur cet exemple, je trouve dommage que les journalistes n'aient pas demandé à l'élue quelle serait la peine appropriée pour avoir torturé à mort pendant deux jours une personne âgée. Selon moi, ce genre d'individu ne devrait pouvoir se vanter que devant ses compagnons de cellule et ne sortir de celle-ci qu'une fois réduit à l'état de vieillard chenu, mais il est vrai que je prône une justice au service de la société civile plutôt qu'à celui des criminels et de leur "réinsertion".)

La même rengaine vaut pour les gens du voyage: en gros, les délits étant commis par des mineurs, on ne peut rien faire.

Passons aux catégories suivantes, nos amis d'ex-Yougoslavie ou de la banlieue lyonnaise:

[Les bandes venues des Balkans, de l’ex-Yougoslavie sont des] gens organisés, eux, qui se préparent, visent à faire un gros coup qui leur permette d’empocher une belle somme, en minimisant les risques qu’ils prennent (sic). (...)

[Quant aux tourisme criminel,] il s’agit d’une criminalité transfrontalière perpétrée notamment par des Maghrébins originaires des banlieues françaises – Lyon, Grenoble et Marseille. La Suisse, plus particulièrement l’axe Genève-Vaud-Valais, est le supermarché dans lequel ils viennent se servir. Ce sont des gens sans aucun scrupule, allant jusqu’à maltraiter une octogénaire si elle se trouve sur leur chemin. Ils sont souvent dangereux et nous n’encourageons pas les gens à intervenir, au contraire: mieux vaut ne pas leur résister.

 

"Mieux vaut ne pas leur résister", annonce de but en blanc la cheffe de la sécurité vaudoise. Ce n'est pas un accident, son propos est émaillé de tirades semblables: "S’interposer est devenu trop dangereux." "Ce n’est pas aux citoyens d’assurer l’ordre public ni de jouer les Rambo"... On croit rêver devant un discours de soumission aussi révoltant. Plus important que la lutte contre la criminalité, la priorité de Mme de Quattro semble être de protéger à tout prix le monopole de la police, la sécurité des biens et des personnes n'étant que des objectifs secondaires.

A Saint-François, au centre de Lausanne, lorsqu'une bijouterie a été braquée en plein jour, les policiers n'ont mis que trois minutes à arriver, une fois prévenus par les nombreux témoins sur place. Mais le centre-ville de Lausanne est probablement l'endroit le mieux protégé de tout le canton, sauf peut-être à s'en prendre directement à un poste de police. Et malgré tout, l'intervention n'a pas pu être immédiate, on s'en doute; même trois minutes sont longues face à plusieurs agresseurs armés de couteaux.

Et si vous habitez à Echandens ou à Lussy-sur-Morges, combien de temps penserez-vous devoir tenir?

Effraction.jpgNous devons faire le deuil de la Suisse sûre dans laquelle nous avons grandi, où nous pouvions laisser un vélo à la gare et le retrouver avec sa selle et ses deux roues, admet la conseillère d'Etat en charge de la sécurité. "Nous nous retrouvons de plus en plus dans la même situation que les pays qui nous entourent." Si seulement! Mais nous avons réussi l'exploit de faire pire. En 1984, la Suisse était le pays le plus sûr d'Europe de l'ouest en terme de cambriolages. En 2011, elle est la dernière. Plus de 7% de la population a été victime d'un cambriolage lors des six dernières années.

Les frontières suisses sont inexistantes, les juges pusillanimes, les procédures judiciaires risibles, les magasins et les habitations mal protégés. Et dans les milieux criminels, ça se sait.

La lecture de l'entretien à bâtons rompus avec Mme de Quattro suscite plusieurs sentiments: la colère et l'indignation devant une impuissance assumée avec autant de naturel, bien sûr, mais aussi, l'étonnement devant la cécité volontaire chez la conseillère d'Etat. Certaines solutions ne semblent pas parvenir à franchir l'écran radar de notre politicienne.

Les prisons vaudoises regorgent de criminels étrangers, par exemple. C'est un fait. Mais nulle part cette petite corrélation ne vient titiller la réflexion de la responsable de la sécurité du canton.

De même, égréner les différentes catégories de criminels - les toxicomanes, alimentés par les réseaux d'Afrique de l'ouest par le biais des vrais-faux requérants d'asile; les bandits en provenance des Balkans; les petites frappes de la banlieue lyonnaise venant faire leurs emplettes ou les gens du voyage - ne permet pas à la politicienne de tracer le moindre point commun entre ces groupes, un petit indice subtil commençant par "é" et se finissant par "tranger".

Non, décidément, l'idée de frontières est désuette. La conseillère d'Etat l'admet volontiers:

Les Accords de Schengen ont apporté d’importants avantages, y compris à la police. Nous avons par exemple accès à des bases de données internationales d’objets et de personnes qui nous sont très utiles. Et nous ne voulons pas revenir aux postes de douane plantés sur chaque chemin, avec ses files d’attente.

 

Nous ne voulons pas revenir aux postes de douane? Qui, nous? Mme de Quattro et quelques caciques libéraux-radicaux, alliés pour l'occasion à une gauche jamais sortie de l'équation pauvre = innocent? Mais quid du peuple?

La cheffe de la sécurité vaudoise le concède pourtant du bout des lèvres, "il faut bien admettre que Schengen pose problème: les contrôles sont devenus totalement insuffisants pour lutter contre cette criminalité transfrontalière. C’est un point qu’il va falloir renégocier." Les journalistes s'abstiennent bien de poser les questions qui viennent immédiatement à l'esprit et sur lesquelles la conseillère d'Etat reste muette: renégocier quoi? Renégocier quand? Mystère. Le discours est purement hypothétique, la réflexion abstraite. La phrase est juste un os lancé aux auditeurs - nous sommes en période électorale, ne l'oublions pas - mais qu'ils n'attendent rien de concret.

Voilà en substance le consternant état des lieux de la sécurité du canton, établi par la principale responsable.

Il n'y a aucune stratégie cohérente, aucune vision d'ensemble, aucun volontarisme.

Quand bien même accorderait-on à Mme de Quattro dix fois plus de budget et deux fois plus de policiers, il est peu probable que la situation s'améliore: le problème ne vient pas de l'intérieur du canton. Mais remettre en question la sacro-sainte libre circulation et les trois-fois-bénis accords de Schengen est impensable (même si ce n'est pas vrai partout), et ne parlons même pas du renvoi des criminels étrangers.

On refuse d'accorder au citoyen le droit de se protéger, de protéger ses biens et de protéger sa famille, simplement pour garantir le monopole de la sécurité aux seules forces de police, alors même que celles-ci sont toujours plus empêtrées dans de nouvelles réglementations bureaucratiques.

On demande à la population helvétique de blinder ses portes et ses fenêtres, d'installer des caméras et de se calfeutrer en attendant les maraudeurs, simplement parce qu'on refuse de prendre ses dispositions aux frontières, là où elles sont le plus évidentes compte tenu de la nature de la criminalité qui frappe le canton.

On érige en principe sacré la mythique prévention des jeunes alors que les criminels ne sont même pas autochtones.

On a encore et toujours la vision d'une justice de beau temps - pas un mot sur les jours-amende! - dont la finalité est très éloignée de la sécurité de la population.

On a tout faux.

Autant dire que la criminalité dans le canton de Vaud ne va pas baisser de sitôt.