01 octobre 2017

La broyeuse de l'assurance-maladie

Avec l'automne survient, en Suisse, un autre phénomène annuel: la hausse des primes d'assurance maladie obligatoire. Comme le mauvais temps, l'intensité de l'épreuve varie avec les années - en particulier les années électorales.

Il n'y a pas grand-chose de particulier cette fois-ci. Certains cantons sont plus marqués que d'autres, comme le canton de Vaud, mais dans l'ensemble tout le monde est perdant, comme d'habitude.

hausses_lamal_1996_2016.jpg

Comme on le voit au vu de ce graphique, 2017-2018 est une année "comme les autres", avec 4% d'augmentation. Mais cette présentation des données est mensongère au possible, puisqu'elle indique les hausses de chaque année, comme si les "petites hausses" compensaient les "grandes hausses" alors qu'il s'agit toujours de hausses, quelles qu'elles soient. Lissons d'ailleurs l'évolution à un optimiste 3% annuel, pour faire bonne mesure. Qui parmi nous a jamais eu un salaire avec une progression identique? Personne - et si pareils veinards existent, ils sont l'exception et non la règle.

Nous pouvons le prouver à l'aide d'une autre courbe, montrant celle-ci l'évolution des primes d'assurance rapportées cette fois-ci au PIB, qui est une bonne approximation des salaires agrégés dans tout le pays.

santé

Partant d'une base 100 en 1996 et la victoire socialiste visant à l'établissement de la Loi sur l'Assurance Maladie obligatoire, la LAMal, l'assurance est passée à plus de 240 pendant que le PIB passait péniblement de 100 à 160. Du délire.

En réalité, et malgré l'habileté du système visant à présenter les choses avec le plus grand fatalisme, les primes d'assurance-maladie obligatoire atteignent désormais des sommets et ruinent, purement et simplement, la classe moyenne.

Douleur

Du fond de sa casserole, le proverbial homard sent très nettement que l'eau est en train de se mettre à bouillir.

Fait nouveau en 2017, quelques voix dissonantes se font entendre. La nouveauté n'est pas dans le fait que des gens se plaignent, mais que ces plaintes parviennent jusque dans les pages de journaux. 24Heures se fait ainsi l'écho de plusieurs familles dont la vie est désormais broyée par le coût des primes d'assurance-maladie. Joëlle, Isabelle, Nancy, Rahime, tous ces prénoms d'emprunt font référence à autant de familles jetées dans la précarité à cause de l'assurance-maladie obligatoire - obligées de se serrer la ceinture jusqu'à ce que leur vie ne soit plus qu'un esclavage légal au nom de cette taxe, ou renonçant carrément à la payer pour obtenir un ballon d'oxygène financier. Le fait que certaines de ces personnes soient en contact avec les médias (pigiste dans un quotidien par exemple) contribue probablement à la remontée de l'information.

Le jeu est dangereux: ne plus payer ses primes, c'est s'exposer à des poursuites, l'infamant casier judiciaire financier helvétique, qui viendra ternir les chances de succès de l'individu dans certaines recherches d'emploi ou celles d'un nouveau logement.

Bien entendu, comme une petite musique de fond, l'article livre aussi ses suggestions, par petites touches çà et là.

  • "Le système de santé est bon mais trop cher. Et il n’est pas solidaire. C’est choquant qu’un cadre gagnant bien sa vie et sans charge de famille paie la même prime adulte qu’une jeune maman sans emploi." Compris, salauds de riches?
  • "On a un système de santé de riches, qui coûte trop cher, qui n’est pas si efficient que ça, et qui n’est pas solidaire dans son financement." Alors même que nous en sommes ici précisément parce que le système est solidaire dans son financement, comme l'a voulu la bonne Mme Dreyfuss en 1996.

D'autres sont plus lucides, comme Esther, 47 ans, une femme dont la famille vit dans la campagne vaudoise, avec un salaire net cumulé de 9'000 francs. "On est dans la catégorie des ménages qui paient toujours plein pot, toujours davantage. On n’a pas la chance de recevoir un subside LAMal, l’accès à une bourse pour nos enfants est barré. En même temps, on est loin d’avoir une vie aisée et notre pouvoir d’achat diminue chaque année depuis dix ans. Il faut gratter pour tout! Je me fais beaucoup de soucis pour l’avenir." dit-elle.

On peut s'en faire en effet, sachant que l'année prochaine ce sera pire, et que cela continuera jusqu'à ce que tous les dominos tombent, les uns après les autres.

Les filets craquent

L'idée de la solidarité est au cœur de la LAMal. C'est au nom de celle-ci que les Suisses, suivant leurs édiles, décidèrent d'approuver un système byzantin d'assurance obligatoire obligeant l'ensemble de la population à contribuer à un pot commun de santé dans la droite ligne des régimes socialistes. Le système fut habilement aménagé pour que quelques sociétés de droit privé se chargent de la collecte, donnant l'illusion d'une concurrence et donc de ce vilain capitalisme responsable de tout.

Depuis, une nouvelle solidarité se substitue à l'ancienne: des foyers toujours plus nombreux renoncent à payer leurs primes. Parce qu'ils n'en peuvent plus. "C’était arrêter de payer pour nos primes ou ne plus manger. Le choix n’a pas été si difficile à faire", explique un témoin. Et de poursuivre sur ce qui se passe ensuite:

"Je n’ai pas eu peur qu’on perde l’accès aux soins. Je me suis renseignée. L’assureur, il a compris qu’on n’était plus solvable ; j'ai senti (sic) que ça lui était égal. Il transmet les factures impayées au Canton, qui en règle 85%. C’est la loi!"


Voilà. Le Canton supplée aux assurés insolvables, à hauteur de 85% - qu'advient-il des 15% manquants, mystère. Mais le Canton, ce n'est rien d'autre que d'autres contribuables. Sans même avoir validé la moindre initiative socialiste, la prime d'assurance des uns se transforme directement en impôt pour les autres. Magique!

Évidemment, cela ne peut pas marcher éternellement. Aujourd'hui 40% des assurés estiment déjà les coûts insupportables. Si on suit cette trajectoire de proche en proche, de moins en moins de gens paieront leur prime d'assurance-maladie, déportant la charge sur les impôts, qui augmenteront jusqu'à ce que les contribuables rendent gorge ou, plus probablement, mettent les voiles avant que leur dernier centime ne soit englouti par la voracité de l'État.

Le dernier contribuable du canton assumera-t-il à lui seul le coût de fonctionnement du CHUV ?

Réformes et non-réformes

Beaucoup d'initiatives sont passées sur le thème de l'assurance-maladie, lancées tant par la gauche que par la droite. Les premières mettent l'accent sur la fiscalité, visant à augmenter massivement les primes d'une minorité (sans doute ontologiquement coupable d'être mieux lotie que la moyenne) au bénéfice d'un prétendu plus grand nombre. Les secondes mettent l'accent sur le contrôle des coûts ou la liberté de participer au système, alors qu'aujourd'hui l'assurance-maladie est obligatoire.

Le véritable problème de la LAMal est lié aux coûts de la santé, l'éléphant au milieu de la pièce que tout le monde s'évertue à ignorer. En effet, avec le mécanisme actuel, le financement du système de santé est garanti ; il l'est même si bien que tout contrôle des coûts, toute propension à l'efficacité est quelque chose de totalement secondaire. Il y a bien quelques tentatives, mais tant que le mot "concurrence" restera tabou (par exemple entre le choix de se faire prendre en charge en Suisse ou à l'étranger) il n'y aura pas beaucoup de progrès à attendre de ce côté-là.

Comme pour d'autres systèmes fonctionnant à l'échelle de la société, comme les mécanismes de retraite, il n'y a pas cinquante solutions possibles - et plus la réforme tardera, plus elle sera douloureuse. En l'état, la LAMal me semble encore plus délabrée que l'AVS ; au rythme de progression des primes, je ne donne pas dix ans au système actuel. Nous aurons vraisemblablement le choix entre trois pistes:

1. La piste fiscale, ou encore la non-réforme ou la continuité. Tout fonctionnera comme aujourd'hui avec plus de coûts, plus de restrictions, des contraintes contre les malades, etc. Votre rendez-vous avec un spécialiste devra être contresigné par un fonctionnaire de l'administration - et ce, alors que selon les statistiques de l’OCDE, les Suisses consulteraient deux fois moins souvent un médecin que les malades des pays voisins. Des listes d'attente se créeront, puis s'allongeront. Divers bricolages fiscaux tenteront plus ou moins ouvertement de ponctionner les fortunes des uns pour financer les dépenses de santé des autres, y compris de Youssef le demandeur d'asile arrivé avant-hier, le tout au nom de la sacro-sainte solidarité. Et les coûts de la santé continueront à gonfler, gonfler jusqu'à la crise et l'effondrement du système.

2. La fuite des assurés. Réalisant qu'une famille de quatre paye déjà plus de 35'000 francs par an avec les modèles les plus avantageux (qui impliquent par ailleurs que les premiers milliers de francs annuels sont à leur charge) les Suisses pourraient comprendre qu'ils sont les dindons de la farce et voter pour abandonner la LAMal - par exemple, simplement en décidant que la participation n'est plus obligatoire. Les assurés quitteraient en masse le système, entraînant son autodestruction. Les Suisses paieraient simplement les soins de leur poche, ponctuellement, sachant que l'économie réalisée sur les primes leur permettraient de mettre énormément d'argent de côté pour assurer leurs prestations médicales pendant leurs vieux jours - en Suisse ou ailleurs. Évidemment, le système de santé suisse devrait profondément se remettre en question, tant au niveau des prestations que des tarifs.

3. La libération du système. Pourquoi une obligation de s'assurer? Pourquoi des franchises à 2'500 francs et pas à 5'000 ou différenciée selon certaines maladies, les accidents et les comportements à risques? Pourquoi des assureurs helvétiques uniquement? Pourquoi ne pas se faire soigner à l'étranger? Pourquoi ne pas pouvoir mettre de côté une épargne de capital-santé en prévision des années de disette? L'idée de cette piste - la moins probable à l'heure actuelle - serait de remettre de la liberté dans le mécanisme de la santé, permettant l'émergence de modèles nouveaux, porteurs de contraintes librement choisies par chaque assuré. Là encore, le système de santé suisse n'échappera pas à une réforme.

Si on résume toutes les options possibles, il n'y a finalement que deux possibilités: soit le système de santé se remet en question, profondément et sincèrement, pour s'attaquer réellement à la question des coûts, soit le système court à sa perte à plus ou moins brève échéance. Ce point, central, est bien plus important que l'éventuelle surconsommation de médicaments, les abus des assurés, les vilaines caisses-maladie, les marges des laboratoires pharmaceutiques et que sais-je encore.

Le paradoxe du système de santé actuel est que sa dérive est essentiellement le fait d'énormes mastodontes, souvent étatiques - les hôpitaux universitaires par exemple - totalement laissés de côté dans le débat pour des raisons politiques. Mais quel que soit le chemin que prendra le système de santé à la suite des prochains votes populaires, ils n'échapperont pas éternellement à l'examen critique de leur prodigieux coût de fonctionnement.

La survie de la classe moyenne est à ce prix.

17:22 Publié dans Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : santé |  Facebook

27 mars 2017

La bataille de l'Obamacare

Le projet de réforme de l'Obamacare a été repoussé la semaine dernière, faute d'avoir rassemblé une majorité suffisante au parlement américain. Les médias en profitèrent pour libérer une joie sauvage: "un politicien complètement inapte", "gouverner est dur, dur, dur", "une leçon" lancèrent des journaux américains goulûment reproduits dans la presse européenne.

La RTS se distingua particulièrement dans l'approche partisane. Un premier reportage samedi après l'annulation du vote lança quelques mots-clés soigneusement choisis, "échec cuisant", "abandon", "défaite", ou le "réflexe" de "rejeter la faute" avant de tresser des lauriers à l'Obamacare. S'ensuivit une inévitable analyse de Pierre Gobet, qui surenchérit sur "l'affaiblissement" du Président, "l'ampleur de son échec" et sa "démonstration d'impuissance". N'en jetez plus!

Il est à peu près inenvisageable d'avoir une présentation correcte de la situation par l'entremise des médias mainstream. Pour commencer, si la réforme de l'Obamacare vient d'échouer, il ne s'agit que d'une première tentative. Rien n'empêche les Républicains d'en faire une autre - et ils en feront une autre.

usa,santé,donald trump,manoeuvres politiquesInutile de le nier, ce contretemps est un revers pour Donald Trump. La réforme de l'Obamacare était tellement importante à ses yeux que c'est le premier Ordre Exécutif qu'il signa après son accession à la présidence le 20 janvier. Ce faisant, et conformément à la séparation des pouvoirs, il confia le dossier à la branche législative de l'État américain, c'est-à-dire au Congrès et en son sein au chef de la majorité républicaine Paul Ryan.

Il est donc important d'éclairer le lecteur sur ce point essentiel: s'il a bien sûr collaboré avec le Congrès dans ses travaux, Donald Trump n'a aucune responsabilité directe dans l'élaboration du projet de loi qui vient d'être repoussé. Il n'est ni doté du pouvoir législatif, ni responsable de la majorité parlementaire républicaine, ni chef du parti. Tous les reportages et les articles qui présentent donc ce rejet comme un échec personnel - à commencer par appeler la réforme "Trumpcare" - entretiennent délibérément la confusion auprès du grand public sur les rôles et les responsabilités de chacun, juste pour le plaisir d'associer Trump à l'échec.

Mais revenons à cette réforme de l'Obamacare.

Obamacare, le Monstre Gentil

L'Obamacare, de son vrai nom Patient Protection and Affordable Care Act, est né du travail de la majorité démocrate sous la présidence Obama. L'abus de langage est le même que pour le Trumpcare, à ceci près que Barack Obama était plus qu'heureux de s'approprier le nom d'une réforme qu'il avait appelée de ses vœux.

Malgré les aspirations du pouvoir, l'accouchement fut difficile: il fallut onze mois de travaux après l'élection du Président Obama en 2008 pour arriver à faire passer un texte, dont la mise en place s'étala longuement suite à des recours juridiques. Les dispositions de la loi n'entrèrent en vigueur que le 1er octobre 2013 pour une application à partir de 2014.

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Qu'apporte Obamacare, en pratique? Pour obtenir un résumé dithyrambique, il suffit de consulter n'importe quel média - par exemple Euronews:

L'Obamacare a rendu obligatoire pour toute compagnie d'assurance santé de proposer au minimum 10 garanties essentielles, notamment les urgences, l'hospitalisation, l'accouchement et la prise en charge du nouveau-né, la santé mentale, les prescriptions médicales... Elle permet aux jeunes de rester sur la police d'assurance de leurs parents. Elle oblige aussi tous les chefs d'entreprise qui emploient plus de 50 salariés à souscrire une assurance pour leurs salariés. Elle a élargi la couverture des plus âgés par Medicaid et aidé financièrement les revenus les plus modestes à financer leur couverture santé.


Trop occupés à tout peindre en rose, les journalistes n'expliquent évidemment pas les mauvais côtés d'Obamacare, qui contribuèrent largement aux échecs électoraux démocrates au Congrès. L'assurance-santé est en effet assortie des mécanismes socialistes habituels, souscription obligatoire et subventions, qui passent très mal auprès d'une opinion publique attachée à sa liberté de choix. Les subventions d'Obamacare pèsent ainsi à hauteur de plusieurs centaines de milliards de dollars sur le budget fédéral - et Obamacare n'en est encore qu'à ses débuts.

Mais quels que soient les qualités et les défauts qu'on lui trouve, Obamacare a un autre problème: elle est condamnée à l'effondrement à brève échéance. La faiblesse est structurelle. Les assurés "aidés", toujours plus nombreux, font grimper la facture collective ; les assurés "aidants" se retirent, quitte à payer des amendes, parce que les primes deviennent trop chères. Le déséquilibre s'aggrave avec le temps, poussant les derniers contributeurs à fuir. C'est ainsi que dans certains États les primes ont plus que doublé. Au bout du compte, même les sociétés d'assurance se retirèrent du créneau pour éviter la ruine.

Dans la grande tradition socialiste, Hillary Clinton aurait bien sûr trouvé un moyen de "sauver" Obamacare - plus d'impôts, plus de redistribution, et plus de pénurie en mettant à la charge des assurés leurs premiers milliers de dollars annuels de dépense de santé. Cette dérive n'aura pas lieu avec Trump. Il a déjà prévenu qu'en cas d'échec de la réforme, il laisserait Obamacare s'effondrer sur sa lancée, prenant bien soin de préciser que les Démocrates portent l'entière responsabilité de l'échec d'un système non viable.

Manœuvres au Capitole

Une fois confiée au Congrès, il devint assez vite clair que la volonté de réforme du Président Trump ne déboucherait sur rien. Les Démocrates rejetèrent l'idée même de participer à une réforme. Les Républicains commencèrent à s'affronter sur la meilleure marche à suivre - réformer Obamacare avant ou après le budget, l'annuler ou la modifier - puis ensuite sur le contenu du American Health Care Act proprement dit.

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Source: Townhall.com

Dans ces joutes, un homme eut une influence prépondérante: Paul Ryan, le chef de la majorité républicaine dans les chambres. Seuls quelques médias nommèrent le projet "Ryancare", bien que cette appellation soit rigoureusement exacte. La réforme de l'Obamacare est largement son œuvre.

Républicain réputé centriste, Paul Ryan fait partie avec John McCain et de nombreux autres de l'aile gauche du Parti républicain - une proportion non négligeable de politiciens qui s'opposèrent à la candidature de Donald Trump et travaillèrent même à la faire échouer. La réforme traduit fidèlement leur état d'esprit: une légère retouche de l'Obamacare, presque cosmétique, qui fit dire à Steve Bannon, conseiller du Président, que le nouveau texte avait "l'air d'avoir été dicté par les compagnies d'assurance".

Respectant scrupuleusement la séparation des pouvoirs, Donald Trump se garda bien de toute immixtion dans le processus législatif. Celui-ci mit au jour les divisions au sein du Parti Républicain: d'un côté les collectivistes qui aimaient bien Obamacare et voulaient la sauver, notamment pour préserver la manne de subventions fédérales arrivant dans leurs États, de l'autre les Républicains orthodoxes tendance Tea Party qui souhaitaient tout laisser tomber. Au milieu les Républicains indécis naviguaient à vue.

La bataille fut rude sur les réseaux sociaux. Dans les cercles républicains, nombreux furent les Internautes à exprimer leur dégoût face à une réforme n'allant pas assez loin et laissant en place les aspects les plus liberticides d'Obamacare. D'autres reprochèrent au Président de soutenir un résultat aussi peu ambitieux. Tous firent part de leur déception face à des élus républicains chantant le refrain de la "fin de l'Obamacare" depuis 2009 pour assurer leur élection, et livrant un si piètre résultat au pied du mur.

Sans surprise, le texte finit par mourir de sa belle mort avant de passer au vote. Les divergences étaient trop irréconciliables au sein du Parti Républicain. Et c'est une victoire tactique pour Trump.

À Malin, Malin et demi

Trump n'est pas né de la dernière pluie et, comme George W. Bush en son temps, s'avère bien plus intelligent que la plupart de ceux qui le critiquent. La réforme de l'Obamacare était la première étape de ses grandes réformes et, en cas d'échec, l'occasion en or de diminuer l'influence des socialistes au sein du Parti Républicain.

La réforme prévue par les Républicains était tellement faible que c'est un soulagement qu'elle ait été repoussée. Si elle était passée, les Américains auraient eu à subir un Obamacare 2.0 décevant, voté par la majorité républicaine et quasiment intouchable. La déception aurait été immense et le découragement tout aussi grand.

Mieux valait pas de réforme qu'un texte à moitié cuit. Mais Paul Ryan est sérieusement affaibli. Pour lui, c'est un échec personnel. Des voies appellent à sa démission du poste de porte-parole de la majorité. On peut imaginer que Trump ne se battra pas beaucoup pour le retenir.

Des batailles difficiles devront être menées, notamment pour la réforme fiscale sachant que les coûts d'Obamacare sont toujours inscrits au budget. Il y aura encore des parties à jouer finement, l'essentiel était qu'Obamacare s'effondre sans qu'on puisse en faire porter le chapeau à Trump, ce à quoi toutes les rédactions travaillent déjà.

Pour Trump, il s'agit d'avancer, de laisser Obamacare s'écrouler et de repartir sur des bases saines. Il ne cache rien et s'en est exprimé sur son compte Twitter. Fait inhabituel, il prit même la peine de transmettre un message identique par le biais du compte Twitter officiel de la Présidence des États-Unis:

"Obamacare va exploser et nous construirons et nous aurons ensemble un superbe plan d'assurance-santé pour LE PEUPLE. Ne vous inquiétez pas!"


La prochaine étape sera donc l'explosion de l'Obamacare. Elle sera spectaculaire et donnera sans doute lieu à de nouveaux débordements de fake news par les médias officiels. Comptons sur Pierre Gobet pour défendre les couleurs de la RTS dans la compétition...

12 août 2016

La fin sans gloire de l'Obamacare

Que de chemin parcouru depuis la laborieuse introduction de l'assurance santé "universelle" signée par Obama en 2010!

Il n'est pas question ici de revenir sur les innombrables péripéties qui émaillèrent sa mise en place: la question de sa conformité avec la Constitution américaine, son incroyable complexité, les pannes informatiques liées à son lancement, son peu de succès auprès des catégories qu'elle était censée aider, et ainsi de suite - il y aurait de quoi écrire plusieurs ouvrages. Il s'agit simplement de témoigner de la trajectoire du programme, présageant de son effondrement prochain sous sa forme actuelle.

Et n'allez pas croire qu'il s'agisse d'une n-ième promesse de campagne d'un candidat à l'élection présidentielle. Sur ce sujet précis il importe peu que le prochain président soit Hillary Clinton ou Donald Trump ; Obamacare semble surtout condamnée à s'effondrer sous son propre poids.

Comment en est-on arrivé là? Pour simplifier, Obamacare est un mécanisme de redistribution étatique permettant à des gens d'accéder à une assurance maladie alors qu'ils n'en auraient, théoriquement, pas les moyens. Pour parvenir à cet objectif, Obamacare prévoit d'équilibrer les "bons risques" avec les "mauvais risques", arrosant le tout d'une bonne louche d'argent des contribuables pour inciter davantage de gens à participer à cette redistribution.

Sur le papier on aurait pu croire que le système puisse au moins faire illusion quelques temps, mais ce n'est pas le cas. Seulement 11 millions de personnes achetèrent une assurance au travers de ce mécanisme en 2016, alors que les projections officielles tablaient sur 21 millions - simplement parce que les jeunes, les "bons risques" censés équilibrer le système, ne furent pas au rendez-vous. Comment les impliquer alors qu'ils choisissent simplement de ne payer aucune assurance, s'estimant en bonne santé et capable de couvrir leurs frais? Pour eux, difficile de trouver un système plus avantageux que l'absence de primes!

Résultat? Les primes prennent l'ascenseur, comme le montre ce tableau des hausses de l'année 2016:

Obamacare_silver_premium.png
Des hausses annuelles moyennes allant jusqu'à 40%...

Les entreprises sont elles aussi impliquées, puisqu'à partir d'une certaine taille elles doivent souscrire à un programme Obamacare pour leurs employés ou faire face à des pénalités. Face à l'augmentation des coûts de la "santé abordable", nombre d'entre elles préfèrent payer les amendes. L'Obamacare se transforme peu à peu en une simple taxe sans plus de rapport avec la santé.

Selon The Hill, le prochain Président américain pourrait avoir à faire face à un effondrement de l'Obamacare dès sa prise de fonction en janvier:

[Larry Lewitt, de la Kaiser Family Foundation] et d'autres experts avertissent que si les chiffres d'adhésion ne s'améliorent pas cette année, d'autres assureurs pourraient jeter l'éponge. Cela provoquerait un impact majeur sur le marché, menant à une augmentation des primes et à encore plus de gens incapables de participer.

Cette année déjà, de nombreux assureurs annoncent des hausses substantielles des primes dans l'espoir de s'y retrouver face à la récente augmentation des coûts de la santé. La hausse de prime moyenne pour l'an prochain est d'environ 9%, selon une analyse de 17 grandes villes effectuées par la Kaiser Family Foundation. Mais certaines hausses sont bien plus élevées: Blue Cross Blue Shield a annoncé des augmentations de respectivement 40% en Alabama et 60% au Texas.


On pourrait naturellement en vouloir aux méchants assureurs qui ne cherchent bien sûr qu'à gagner de l'argent, mais ce serait bien mal comprendre le problème. Légalement obligées d'accepter toutes les demandes en participant au programme, plusieurs sociétés perdirent des centaines de millions de dollars avec Obamacare. Pour de simples raisons de survie économique, elles choisissent désormais de renoncer à couvrir certains États, voire de se retirer de ce marché. L'offre se réduit donc comme peau de chagrin, ainsi que l'espoir d'une concurrence amenant "plus de choix, plus de compétition et, dans de nombreux cas, de meilleurs prix" comme l'annonçait le Président Obama.

Obamacare sera définitivement enterrée lorsque plus aucune société d'assurance ne voudra y prendre part, ou lorsque les primes seront si élevées qu'elles dépasseront le tarif d'une assurance-santé habituelle. On se dirige rapidement vers les deux.

On ne sera pas surpris d'apprendre qu'Hillary Clinton prévoit de "renforcer" le système en le modifiant en profondeur avec encore plus de subventions pour les gens pour qui il devient progressivement inabordable, et un système de remboursement direct pour les premiers milliers de dollars de santé dépensés par les familles sous Obamacare, conséquence des carences des plans premier prix auxquelles elles souscrivent. Donald Trump, de son côté, prévoit simplement de mettre un terme à un système fondamentalement intenable.

La surprise n'est pas de voir Obamacare échouer, mais de le voir échouer si vite.

22:39 Publié dans Monde, Politique | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : usa, santé |  Facebook

28 octobre 2015

Charcuterie et Roundup

Quel point commun entre une belle assiette valaisanne et une bouteille d'herbicide au glyphosate? A priori, aucun, sauf depuis ces derniers jours où l'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de décréter que la consommation de charcuterie était "cancérigène" et celle de la viande rouge était "probablement cancérigène".

cancer,oms
Tremblez, mortels...

Les réseaux sociaux ont rapidement réagi avec humour, ce qui était probablement la meilleure chose à faire. D'autres s'inquiètent: les professionnels du secteur se demandent à partir de quand il leur faudra apposer un avertissement "ATTENTION: LA CHARCUTERIE TUE" sur leurs saucissons, à moins bien sûr que les bureaucrates ne se contentent, comme d'habitude, d'introduire une nouvelle taxe.

La méthodologie est discutable. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'OMS s'est basé sur "plus de 800 études" - le grand nombre est sensé forcer le respect - pour établir ses conclusions, essentiellement d'ordre statistique. Et c'est là que le bât blesse.

Diverses substances sont ainsi classées en quatre catégories:

  • Catégorie 1: lien prouvé entre cancer et l'objet en question. On y trouvera la cigarette, l'amiante, l'alcool, etc.
  • Catégorie 2: divisée en deux sous-catégories ; 2A tout d'abord, contenant tout ce qui a un effet "probablement cancérigène" pour l'homme, mais établi sur la base de tests et d'études sur des animaux alors que les résultats des tests sur l'homme sont limités. 2B regroupe ce qui est "peut-être cancérigène" pour l'homme ; les preuves sont limitées et même les résultats des études sur des animaux ne sont "pas suffisants" pour conclure.
  • Catégorie 3: les études ne permettent pas de pencher dans un sens ou dans l'autre.
  • Catégorie 4: étudié mais ne cause pas de cancer chez l'humain.A noter que la Catégorie 4 s'intitule "probablement pas cancérigène pour l'humain": même l'acquittement laisse planer un petit doute...

Forcément, avec un piano à quatre notes, la mélodie jouée par l'OMS ne fait pas dans la nuance. Hormis la première catégorie, le classement ne fait qu'établir divers degrés de suspicion. Il ne tient compte ni du degré d'exposition (faut-il côtoyer la substance quotidiennement ou suffit-il de la croiser une fois dans sa vie?), ni de l'accroissement de la probabilité d'un cancer (5% et 100% d'augmentation des risques de cancer sont-ils des dangers du même ordre?). Il expose seulement l'existence d'une corrélation prouvée.

Concernant la charcuterie, le Dr Kurt Straif du CIRC donne des clés de lecture de cette probabilité:

"Concrètement, chaque portion de 50 grammes de viande transformée consommée quotidiennement augmente le risque de cancer colorectal de 18%."


Si vous mangez, chaque jour, 50 grammes de viande transformée, vous avez 18% de chances de plus de développer un cancer colorectal que votre voisin accro au tofu. Autrement dit, si vous vous privez totalement de charcuterie tout au long de votre vie, vous n'aurez que 16% de chances de moins de développer un cancer colorectal. Présentée de cette façon, l'abstinence charcutière ne semble pas offrir des garanties terribles...

Ce n'est pas tout d'établir un risque, il faut aussi le mettre en perspective. Pour prendre l'exemple de la France, grande consommatrice de charcuterie devant l'éternel, le cancer du côlon frappe en moyenne 36,3 hommes sur 100'000 chaque année (statistiques  2011). Ces chiffres sont en augmentation régulière alors que vieillit une population qui a eu progressivement accès à une nourriture riche et abondante dans la seconde moitié du XXe siècle. Mais là encore, on est assez loin du fléau biblique.

Et que se passe-t-il enfin si vous vous écartez de la norme statistique? Si vous mangez le double de viande transformée, mais trois jours par semaine? Si vous n'en mangez pas fréquemment mais que vous vous lâchez une fois par an à la fête de la Saint-Martin? Si vous en mangiez 200 g par jour pendant des années mais que vous avez baissé votre consommation depuis dix ans?

On ne sait pas.

L'instrumentalisation

Tout au plus peut-on voir dans la classification de l'OMS un message de modération: non, il n'est probablement pas bon pour la santé de s'empiffrer quotidiennement de charcuterie et de saucisses - et ce, bien avant de souffrir d'un cancer du côlon. Mais on se doutait de ce genre de choses sans les publications du Centre international de recherche sur le cancer.

Bien que l'idée ravisse les végétariens et autres défenseurs de la cause animale, la qualification de la charcuterie en catégorie 1 n'en fait pas un produit dangereux. L'inscription de la viande rouge en catégorie 2 - qui n'implique pas de certitude - ne l'est pas davantage. Mais cette annonce est plus troublante sachant qu'elle ne nous apprend rien. Il aurait été plus prudent d'attendre plus de preuves et surtout plus de précision (taux de cuisson, fréquence de consommation, sous-types de viande...) plutôt que d'inscrire une catégorie aussi vaste.

En réalité, les nouvelles classifications semblent surtout servir à susciter un énorme retentissement médiatique au service des idéologies du moment.

Gonflés de leur propre sentiment d'importance, les membres de l'OMS, les lobbies écologistes et les médias s'imaginent peut-être que l'émargement de la viande rouge en catégorie 2 aura une influence sur sa consommation mondiale. A mon avis nous risquons plus de voir une perte de crédibilité de l'échelle elle-même. Les gens se diront qu'ils consomment quotidiennement une substance étiquetée "catégorie 2" (à supposer qu'ils se rappellent encore de cette information dans une semaine) et que, finalement, cela n'a guère d'importance.

L'approche simpliste des probabilités cancérigènes dessert non seulement la cause de la science et de l'OMS, mais jusqu'aux lobbies qui militent pour les instrumentaliser.

Rappelons-nous qu'en mai de cette année, le même CIRC classait en catégorie 2 le glyphosate, désherbant connu mondialement sous la marque Roundup, sur la base de seulement quatre études. Le Roundup est produit entre autres par Monsanto, ce qui en fait une cible de choix pour les activistes écologistes - et ce même si la molécule est tombée dans le domaine public il y a quinze ans. Sourds à toute modération, les activistes du Monde criaient au triomphe. En Suisse les deux grands distributeurs Coop et Migros retirèrent les produits à base de glyphosate de leur assortiment de jardinage.

Maintenant que la viande rouge est classée dans la même catégorie que le glyphosate, que vont faire Coop et Migros?!

Hypocrisie quand tu nous tiens!

En général, l'approche la plus raisonnable serait de cesser tout sectarisme et de laisser les consommateurs adultes décider ; rappelons d'ailleurs que les grands distributeurs vendent aussi des cigarettes, alors que le tabac est en catégorie 1... Tout comme la charcuterie désormais!

La catégorie 2 (2A et 2B) du CICR ressemble de plus en plus à une poubelle. Nous trouvons non seulement les produits potentiellement dangereux pour des professionnels mais aussi toutes les substances contre lesquelles luttent les activistes du moment sans que leur nocivité ne puisse être prouvée.

A côté de produits chimiques industriels se trouvent donc les poussières de menuiserie, les implants chirurgicaux, les contraceptifs, les anabolisants, l'huile de friture ou encore l'exposition au réseau téléphonique mobile!

Et, depuis quelques jours, la viande rouge.

Bien que lacunaire par de nombreux aspects, le classement de l'OMS a une certaine utilité pour inciter à la prudence les utilisateurs professionnels de nombreuses substances potentiellement cancérigènes. En revanche, lorsqu'elle concerne des produits de consommation courante dont l'exposition n'augmente que très faiblement le risque, l'échelle perd en pertinence. Son utilisation paraît alors motivée davantage par des objectifs politiques que par des préoccupations de santé publique.

22 août 2014

Caisse unique, caisse inique

Le 28 septembre les Suisses seront amenés, à travers l'Initiative pour une Caisse Unique, à se prononcer sur une étatisation encore plus poussée du système de santé helvétique.

Les initiatives sur le sujet sont récurrentes, et l'augmentation continue des primes renforce les interrogations. Forcée par la loi à contracter une assurance-maladie et progressivement écrasée par le coût de celle-ci, la classe moyenne paraît prête à s'abandonner à n'importe quelle solution qui lui semble diminuer la facture.

Hélas, l'initiative n'arrangera rien sur ce point. Ramener les 61 différentes caisses qui existent en une seule entité sous l'égide de fonctionnaires d'Etat ne baissera pas d'un centime les coûts de la santé, ni ne diminuera les primes payées par la population. Cette réforme - marquante car décidée par scrutin populaire - ne fera que s'ajouter aux autres sans changer les mécanismes d'un système fondamentalement vicié.

En réussissant à imposer la LAMal [loi fédérale sur l'assurance-maladie] en 1996, la gauche eut l'intelligence de poser les jalons d'un système prétendument libre - plusieurs caisses maladie, "concurrence" entre elles - mais qui en était de fait aux antipodes: lesdites caisses ne doivent pas faire de bénéfices, sont limitées au territoire suisse, chacun a l'obligation de s'assurer et ne peut changer qu'à certains moments du calendrier, etc.

La LAMal est donc un système communiste vêtu d'oripeaux de libre marché.

L'astuce fonctionne au-delà de toute espérance: chaque année, lorsque les coûts augmentent sans aucun contrôle, les assurés ne voient que la prime demandée par leurs interlocuteurs, les caisses "privées" d'assurance-maladie. Ils ne font aucun lien avec les gabegies hospitalières, et ne comptez pas sur les médias pour s'attarder sur cet aspect du problème. Alors, ils crient (et on les fait crier) : "La concurrence entre les caisses ne marche pas! C'est la faute au libéralisme! La santé privée est un échec!"

Mais y-a-t-il réellement de concurrence entre les caisses? Le système est-il libéral? La santé est-elle privée? Non, trois fois non!

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A la concurrence près, le phénomène n'est pas sans rappeler l'aversion générale contre Billag, la société chargée de la collecte de la redevance. Ce n'est pas un hasard puisque les deux relèvent du même mécanisme. L'Etat facture très cher l'organisation d'un service et charge ensuite des sociétés privées du recoupement des factures. Celles-ci cristallisent ensuite sur elles l'animosité populaire.

Comme pour se justifier, nombre de citoyens pointent du doigt les dépenses des caisses en publicité ou en magazines internes. Pour beaucoup de gens c'est probablement du gâchis, mais les montants impliqués restent dérisoires.

Les frais de gestion des caisses-maladies ne représentent que 5% des coûts de la santé (ce qui donne un petit aperçu du gâchis dans les autres secteurs du système de santé).

Bien sûr, on peut proclamer - et les initiants ne s'en privent pas - que 5% n'est pas rien, surtout au vu des montants impliqués. Et puis, toute économie est bonne à prendre.

Admettons l'hypothèse, et supposons que par magie toutes les société d'assurance-maladie disparaissent. Pour les besoins de l'exercice, ne lésinons pas, admettons aussi que le service désormais assuré par l'Etat soit rendu gratuitement. Qu'obtiendrions-nous alors? Une baisse nette de 5% des primes d'assurance-maladie.

Une baisse qui serait donc annulée à cause de la hausse régulière des coûts de la santé après seulement deux ans...

Le problème n'est pas et n'a jamais été la collecte des factures, mais bien les coûts de la santé eux-mêmes. Les primes n'en sont que le reflet.

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Les primes (ligne noire) reflètent les coûts (ligne rouge), rien d'autre. Les variations ne sont dues qu'aux réserves obligatoires des caisses et à des ajustements réclamés lors de périodes politiquement sensibles comme des années électorales - dans les deux cas, des contraintes artificielles directement issues du monde politique.

Il y a de nombreuses façons de ruiner un pays, avec par exemple le salaire minimum, l'endettement illimité, la retraite par répartition... L'étatisation complète de la santé figure en bonne place dans cette liste. Pourtant, si l'initiative pour une caisse unique venait à être approuvée, ce ne serait même pas une catastrophe ; l'excuse des sociétés privées disparaîtrait pour de bon et montrerait enfin à tous la réalité des coûts en roue libre et le prélèvement des primes directement par la main rude de l'Etat.

Le seul défaut de ce scénario serait de déplacer le curseur vers plus de collectivisme, en accordant de surcroît encore une fois confiance et pouvoir à ceux qui sont à l'origine de ce système impossible. Les socialistes n'en font pas mystère, la caisse unique n'est qu'un préalable à l'indexation des primes sur le revenu, c'est-à-dire la transformation de l'assurance en impôt - un impôt qui comme en France aura tôt fait de ruiner la classe moyenne et le reste. Avec la Sécu française, même un employé au salaire minimum du SMIC doit encore payer 37.5% de son salaire réel. Sécu qui traîne une dette en milliards d'euros...

Nous n'en sommes pas encore là heureusement, mais l'acceptation d'une caisse unique serait assurément un mauvais signal. L'initiative principale de la gauche sur ce sujet remonte à 2007 et visait à instaurer à la fois la caisse unique et l'impôt sur la santé ; elle fut rejetée sèchement avec plus de 70% de non. Les socialistes et leurs alliés n'ont absolument pas changé d'avis mais tentent simplement aujourd'hui une tactique en deux temps. Nous verrons si le peuple suisse marche dans la combine.

De quoi le système de santé suisse a-t-il besoin? D'une meilleure gestion, de plus de concurrence, de plus d'ouverture, de plus de flexibilité - en un mot, de plus de liberté. Liberté laissée à chacun de contracter une assurance selon les modalités qui lui conviennent, de se constituer un capital-santé pour ses vieux jours, de se faire soigner à l'étranger, d'accepter ou non un réseau de soin, de mettre la franchise aussi haut ou bas qu'il ou elle le souhaite et non selon des paliers rigides, etc. Tant de modèles sont envisageables!

L'Etat aurait naturellement un rôle à jouer dans un marché ouvert: non seulement la surveillance du sérieux de tous les acteurs à travers diverses accréditations, mais aussi la gestion des cas les plus lourds et les plus particuliers (maladies orphelines par exemple) dont la rareté et le coût mettent à mal les modèles mutualistes classiques.

Sur des sujets sensibles comme la santé les Suisses ont souvent peur de la liberté et de la responsabilité qu'elle implique, tant pour eux que pour leurs voisins. Ils rejetteront sans doute l'initiative pour une caisse unique mais continueront à se rassurer dans un système à peine supérieur qui étrangle petit à petit la classe moyenne.

Entre un système collectiviste, étatisé et ruineux, et un système ouvert, léger et flexible faisant appel à la responsabilité individuelle, il faudra pourtant bien trancher un jour.

20 août 2014

Ebola, une épidémie de bêtise (2e partie)

J'avoue, je ne pensais pas avoir à écrire une suite si vite mais Ebola se répand en Afrique (et bientôt ailleurs) comme un feu de brousse. Mais aujourd'hui encore, certaines des raisons qui expliquent la poussée de l'épidémie n'ont rien à voir avec la malchance, à tous les niveaux.

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Infographie Le Figaro

A tout seigneur tout honneur, commençons par la population locale. La récente mise à sac d'un centre de quarantaine au Liberia par des émeutiers, aux cris de "Ebola n'existe pas!", donne un aperçu de l'effort à fournir. Mais quel que soit le raisonnement tordu derrière les absurdités scandées par les assaillants, leur départ du centre avec du matériel médical souillé et des couvertures tachées de sang des patients leur augure un avenir difficile. On notera que dix-sept malades (d'Ebola, donc) profitèrent de l'assaut pour prendre la fuite. S'ils ont été retrouvés depuis, les agresseurs courent toujours.

Cet épisode eut lieu à West Point, le plus grand bidonville de Monrovia, capitale du Liberia, c'est-à-dire en zone urbaine. Les autorités envisagent de mettre en quarantaine le quartier entier, soit 75'000 habitants environ. Dernier élément à prendre en compte, les gens du cru proclament que les émeutiers ne viennent pas de West Point, ou ne s'y trouvent plus...

Les professionnels de la santé ne sont toujours pas mieux lotis. Ils payent un lourd tribut (170 morts aux dernières nouvelles) à une maladie dont l'OMS continue à prétendre qu'elle ne s'attrape pas si facilement, malgré toutes les précautions qu'ils peuvent prendre. La mort d'Umar Khan, seul virologue de Sierra Leone et expert d'Ebola, aurait dû suffire à instiller un peu d'humilité.

Malgré l'héroïsme de nombre de membres du personnel soignant, nul n'est à l'abri d'un comportement individuel particulièrement stupide. Ainsi au Nigeria la fuite d'une infirmière locale - infectée, naturellement - de Lagos jusque chez elle à Enugu, risque de condamner à mort des dizaines de personnes et plus encore. Le Nigeria est le pays le plus peuplé d'Afrique et Lagos la cinquième mégapole du monde.

L'OMS oscille entre la panique et le paternalisme. D'un côté elle se veut rassurante, expliquant les efforts pour enrayer la maladie et les travaux de divers laboratoires travaillant d'arrache-pied à un remède ; de l'autre, elle recommande le scan de tous les passagers aériens en provenance d'un pays affecté...

Difficile de croire encore la fable du malade d'Ebola incapable de voyager en avion. Les transporteurs aériens s'inquiètent donc, au premier chef desquels Air France dont les employés ne semblent pas satisfaits de la présence apaisante d'un kit de désinfection à bord. Pourtant, ne leur a-t-on pas dit que le risque d'infection Ebola à l'intérieur d'un avion était "faible"? Si personne ne se sent rassuré avec ça, où va-t-on!

Parmi les compagnie aérienne coupées de certains pays d'Afrique, l'une d'elle est un peu particulière: Frontex, l'organisme européen chargé du renvoi des requérants d'asile indésirables. Frontex a ainsi décidé de renoncer à tout renvoi à destination du Nigeria. L'attitude paraît quelque peu précipitée à l'encontre d'un pays qui compte officiellement moins de dix décès liés à Ebola.

On comprendra le désir des employés de Frontex d'être payés à ne rien faire, mais à part cette excuse évidente, je ne vois que deux hypothèses:

  • Soit Frontex considère que le renvoi d'un immigré à destination du Nigeria le condamne à une mort certaine, ce qui serait contre les Droits de l'Homme, etc. 
  • Soit Frontex considère le risque d'infection de l'équipage sur place, équipage qui pourrait alors transporter Ebola lors du voyage de retour.

L'organisme ne s'est livré à aucune explication. Malheureusement, les deux hypothèses sont mauvaises: la première ouvre l'intéressante perspective de futurs réfugiés sanitaires en provenance de pays infectés (parmi lesquels on trouvera bien vite des porteurs du virus) ; la seconde montre que c'est une folie d'envoyer encore des avions là-bas.

De nombreuses compagnies aériennes (hormis Air France) ont donc stoppé toute liaison avec le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée. Et c'est un problème pour l'OMS, qui comme le rapporte Slate.fr considère que le monde est en train de perdre la bataille du ciel.

Gagner la "bataille du ciel" se définit ici comme la poursuite de liaisons aériennes avec des pays où l'épidémie d'Ebola est hors de contrôle!

Il ne faudrait pas que l'Occident profite de l'épidémie d'Ebola en Afrique pour faire quelque chose d'aussi fou que de contrôler ses frontières, n'est-ce pas! Et peu importe que la vie de millions de personnes soit exposée à travers cette idéologie mortifère.

On marche sur la tête, mais l'OMS ne fait que partager les convictions de la classe politique européenne pour laquelle Ebola n'est pas un danger. Apparemment il est plus important de préserver les voyages avec des pays malades que de contredire la théorie reine de la libre-circulation des personnes. Les cadavres qui s'entassent dans les rues de Monrovia tiennent finalement du détail pittoresque.

Les dirigeants africains régionaux, eux, ferment les zones à tour de bras - village, quartier, région, pays. Il en va de la survie de populations entières. Loin de tout absolutisme, ce comportement n'est rien d'autre que l'isolement des malades et la mise en quarantaine de personnes suspectées d'infection poussé à une plus large échelle, c'est-à-dire la logique même.

Espérons que les Européens le réalisent avant d'avoir à combattre Ebola comme en Afrique de l'Ouest. S'il y a là-bas des gens dramatiquement stupides, nous avons aussi les nôtres.