20 juin 2018

Sauver Tommy Robinson

Soyons honnêtes, vous n'avez probablement jamais entendu parler de Tommy Robinson avant, au mieux, ces quelques jours. Le Matin et 24Heures recopiant les mêmes dépêches issues de l'ATS, on repérera une mention, identique dans les deux publications, remontant à 2013 et rendant compte d'une manifestation contre les terroristes musulmans qui, à l'époque, se mirent à poignarder à coups de couteau et de hachoir un soldat en pleine rue (un événement dont je pus rendre compte ici, mêlé à d'autres réflexions). À cette occasion, nous eûmes donc un premier aperçu du Sieur Robinson:

Un millier de partisans de la Ligue de défense anglaise (EDL, extrême-droite) ont manifesté lundi devant les bureaux du Premier ministre, ont constaté des journalistes. Ils scandaient: "Les meurtriers musulmans hors de nos rues".

"Ils ont eu leur Printemps arabe. Le temps est venu d'avoir le Printemps anglais", a déclaré le chef de l'EDL, Tommy Robinson.


Osant chanter quelque chose d'aussi odieux que "les meurtriers musulmans hors de nos rues", Tommy Robinson serait donc un affreux leader d'extrême-droite. Correspondant de la RTS alors en poste à Paris, Jean-Philippe Schaller, au détour d'une énième charge contre Oskar Freysinger le décrit dès 2010 comme "le fondateur de la très violente et raciste English defense league", et qu'il serait un "orateur sulfureux". Besoin d'un exorciste, M. Schaller?

Pourtant, même la page Wikipédia de la fameuse English defense league laisse le quidam sur sa faim. Le but affiché de ce mouvement est de combattre l'islamisation de l'Angleterre, et plus particulièrement l'extrémisme musulman, par de nombreuses manifestations ; et les accusations d'extrême-droite (proférée par l'extrême-gauche) se heurtent à la présence dans l'association de membres gays, pro-israéliens, anti-nazis ou de couleur.

Cette laborieuse recherche des traces de Tommy Robinson dans nos médias nous fait clairement comprendre une chose: il n'est pas question d'en parler, et s'il doit être évoqué c'est pour en dire le plus grand mal. Pour eux, il est dans le camp anti-islam et fait donc partie des gens à abattre. Et ce n'est pas qu'une tournure de style.

TommyRobinson.com

Ceux qui souhaiteraient se forger eux-mêmes leur idée sur le personnage peuvent le faire en allant simplement sur sa chaîne YouTube forte de plus de 200'000 abonnés et depuis peu, son site. Car avant d'être fondateur d'associations, Tommy Robinson est simplement un Anglais concerné, simple et direct, agissant comme journaliste indépendant pour parler des sujets que les grands médias décident de passer sous silence.

Les sujets traités sont hélas innombrables. Tommy Robinson soutient par exemple que de nombreuses exactions commises au nom de l'islam au Royaume-Uni, terrorisme ou actes criminels, sont couverts par la police. Ils restent impunis, cachés au grand public ou convertis en simples accidents - comme les fameux "actes de déséquilibrés" dont nous sommes désormais tous coutumiers, ou des attaques de voiture contre des civils comptées comme de simples accidents de la route.

De par la nature même de ses propos, Tommy Robinson dérange. La riposte graduelle qu'il subit amena le youtubeur à poster une vidéo inquiétante et prophétique:

"Ils veulent me réduire au silence, me discréditer. Ils ont essayé de m'arrêter de toutes les façons possibles et imaginables - couper mes finances, m'emprisonner, me diffamer, me relier à du téléchargement porno ou extrémiste... Maintenant ils essayent de me prendre la dernière chose qui me reste, ma voix."

"Je ne doute pas un instant qu'un jour ils me retireront l'accès aux médias sociaux, complètement et pour toujours. Ils m'ôteront mon droit à me défendre quand je suis diffamé dans la presse. Les médias pourront vous dire exactement ce qu'ils veulent de moi et je n'aurai aucun moyen d'y répondre."

"S'ils peuvent le faire contre moi, ils peuvent le faire contre vous."

Arrestation, emprisonnement et tentative de mise à mort

Le 28 mai 2018, Tommy Robinson se faisait enregistrer en direct depuis l'extérieur d'une cour de justice de Leeds où il évoquait le jugement d'un gang pédophile de plusieurs dizaines de Pakistanais musulmans qui violèrent des décennies durant de jeunes enfants anglais sans intervention des pouvoirs publics. En l'espace de quelques heures, un juge lança un procès, le mit en accusation et le condamna à une peine de prison ferme de 13 mois - tout en associant à la décision de justice l'interdiction absolue aux médias anglais de rendre compte de l'affaire. Tommy Robinson, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, fut immédiatement incarcéré à la prison de Hull.

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Tommy Robinson, arrêté en direct, filmé depuis sa propre caméra.

La plupart des médias furent heureux d'obtempérer à l'injonction mais certains articles publiés sur Scottish Daily Record, Birmingham Live, The Mirror, RT, et sur Breitbart News durent néanmoins être retirés. L'ordre de la Cour interdisant aux médias d'évoquer le sujet dut lui aussi être ôté de toute publication en ligne.

Événement inattendu, l'arrestation de Tommy Robinson déclencha des manifestations spontanées, puis d'autres organisées. Mais ce qui n'était encore que la dérive orwellienne des derniers fragments de la "liberté d'expression" en Angleterre empira peu après, puisque Tommy Robinson fut transféré dans une nouvelle prison peuplée d'encore plus de musulmans que la précédente, dans l'objectif implicite qu'ils concrétisent les nombreuses menaces de mort proférées à son encontre et finissent le travail.

Heureusement, des politiciens de plus haut niveau (UKIP en Angleterre et à l'Union Européenne, subissant des techniques identiques, et AfD en Allemagne) s'interrogèrent sur ce qui était arrivé à M. Robinson et sur la responsabilité du gouvernement britannique dans ce qui ressemblait à un assassinat déguisé. Cette réaction lui sauva sans doute la vie - pour l'instant en tout cas.

Lettre de prison

Depuis sa cellule de Hull - avant son transfert donc - Tommy Robinson a écrit une lettre aux centaines de milliers de personnes qui le soutiennent. La voici en intégralité, traduite par Florence Labbé. Je vous laisse juger du niveau d'extrémisme de son auteur, tel que le décrètent nos chers journalistes.

 


 

Nous y revoilà donc. C’est dimanche soir 10 juin 2018, les nouvelles des scènes magnifiques qui se sont déroulées à Londres hier soir me parviennent, mais avant que je commente les aspects positifs de ces événements, je veux d’abord parler des aspects négatifs. Je veux partager avec vous des extraits de la lettre de ma femme :

« L’école m’a téléphoné avant que je ne parte au travail pour me dire que Spencer (le fils de Tommy) n’allait pas bien à l’école, qu’il ne gérait pas du tout et qu’il pleurait à la moindre occasion. Son copain Sam lui a dit : « je vais faire du cross avec mon père » et Spencer lui a répondu: « bon, moi je peux pas faire ça avec le mien » et il est parti en pleurant. il a pleuré jusqu’à ce qu’il s’endorme. il dort avec ton oreiller et me demande à longueur de journée « quand est-ce qu’il rentre Papa ? ». Je ne peux même pas lui donner de date approximative puisque tu n’en as pas non plus ! Je me contente de lui répéter que c’est pour bientôt, que ça ne sert à rien de pleurer et qu’il doit se montrer courageux pour que tu sois fier de lui. Hier soir, il m’a dit : « Je vais faire quelque chose de mal comme ça je serai en prison et je pourrai voir Papa. »

Je ne vais pas mentir : cette nouvelle m’a brisé le cœur. Il y a une semaine, la prison m’a enlevé le numéro de téléphone de ma femme, je n’ai donc pas pu parler à mes enfants. Ce qui  me bouleverse aussi, c’est de penser que mon fils pense que si je suis en prison, c’est parce que j’ai fait quelque chose de mal. Plutôt que m’apitoyer sur moi-même, je devrais mettre cela en perspective : je ne suis pas chez moi pendant une courte durée. Les enfants de soldats vivent tout le temps de telles situations. C’est pour cela que j’admire leurs sacrifices passés et présents. Je ne m’étends pas trop longtemps sur mon affaire car nous venons d’introduire un recours. Ce dont je veux parler, c’est de ce que vous m’avez apporté.

Quand je me suis retrouvé dans cette prison, j’étais dégoûté. Écœuré de ce que ma famille allait devoir traverser, dégoûté pour ceux avec qui j’étais en contact et qui comptaient sur moi pour raconter leur histoire. J’étais également sûr que je serais tué en prison. Quand j’étais leader de l’English Defence League, j’ai été condamné en 2012 à 10 mois de prison.  Pour ma propre sécurité, j’ai été mis en isolement pendant 22 semaines. Je pense que c’est parce que le Gouvernement craignait des soulèvements dans les rues si j’étais tué en prison. En 2013, le soldat Lee Rigby a été décapité ; le Gouvernement a pu voir qu’un soldat pouvait être décapité sans que personne ne réagisse.

En 2014, j’ai été envoyé en prison pour 18 mois. J’ai été littéralement livré aux chiens.  Roué de coups par des prisonniers musulmans, j’ai eu de la chance de m’en sortir vivant. Le gouvernement savait que je pouvais mourir sans que quiconque n’intervienne. Ce fut un moment terrible pour moi de me rendre compte que si j’étais tué, ma mort passerait inaperçue;  Je me suis rendu également compte que ma famille ne recevrait aucun soutien pour ses besoins ou sa sécurité.

OH MAIS QUELLE DIFFERENCE  EN QUATRE ANS !

Dès les premières 24 heures de mon arrivée ici,  J’ai  appris que des milliers de personnes manifestaient devant le 10 Downing Street. Que votre pétition avait récolté 100 000 signatures, maintenant nous en sommes à 300 000.  Ensuite un demi-million. J’ai entendu dire que des manifestants escaladaient les grilles de la maison du Premier ministre. Je pensais que ceux qui me rapportaient ces nouvelles se trompaient, qu’il s’agissait d’une manifestation pour la liberté en général. Je ne me doutais pas qu’il s’agissait d’un combat pour MA libération.

Incarcéré les premiers jours au milieu de musulmans, j’étais en danger quand quelque chose a changé. J’ai été soustrait de ma cellule et de mon quartier,  et mis seul dans une cellule, en sécurité. Je pense que c’est lorsque Lord Pearson (homme politique, ancien dirigeant de l’UKIP)  a pris la parole au sujet de ma sécurité. il m’a certainement sauvé la vie;

J’ai ensuite su que des mouvements de protestation se propageaient partout dans le monde. J’ai su que la parole se libérait chez beaucoup de gens qui pendant des années  étaient restés silencieux, hommes politiques, policiers, avocats. Je suis profondément  ému de savoir que 20 000 personnes  ont manifesté ce week-end à Londres leur solidarité. Je suis abasourdi par la réaction du public. Je me sens aimé. Aimé et reconnu.

Je reçois tous les jours des centaines de lettres et mails. Je lis chacun d’eux et vous en suis très reconnaissant. Je tiens à remercier chacun d’entre vous qui m’a soutenu. Je sais combien il est difficile de parler. Je sais que beaucoup, pour m’avoir soutenu, ont dû subir des conséquences, de la part d’amis ou au travail,  et je vous en suis très reconnaissant. Il n’y a plus de liberté d’expression quand on doit subir des conséquences sociales.

Je suis heureux, heureux que cette peine de prison ait eu des conséquences pour l’establishment,  heureux que le public ait montré les conséquences que ma mort aurait entraînées. Je dis depuis longtemps qu’un jour, on ne sait quand, notre nation changera de cap.

J’y pense beaucoup et je suis sûr que je mourrai à cause de l’islam. Ceci m’effraie, mais pas autant que de savoir que ma mort n’aurait eu aucune conséquence. A présent, je souris, soulagé de savoir que ma mort entraînerait une révolution. Je ris, ce qui peut sembler fou, mais de savoir cela m’apporte une grande satisfaction.

J’ai toujours dit que je donnerais ma vie si cela pouvait arrêter la prise de pouvoir de l’islam sur mon beau pays. Notre bataille n’est pas aussi simple que contre la chair et le sang mais nous nous battons contre un système, un système corrompu. La prison laisse beaucoup de temps pour réfléchir. Nous ne pouvons plus rester chacun dans notre coin, nous devons unir nos voix et nos mouvement dans l’action politique. J’ai beaucoup de projets après ma sortie de prison.  J’ai été très heureux de savoir que Geert Wilders est venu parler à Londres. C’est lui qui m’a inspiré quand j’ai commencé mon action de militant.

Je ne peux pas établir la liste de toutes les personnes que je veux remercier  mais je sais qu’Alex Jones d’Info Wars mènerait la lutte pour ma libération. il me fait rire et je l’adore. Gerard Bitten de UKIP, Lord Pearson, Raheem Kassam, Katie Hopkins, mon cousin Kevin Carroll, Donald Trump junior pour ses tweets. J’aurais fait six mois rien que pour ça.

La liste serait encore longue, je remercierai en bonne et due forme à ma libération.  Enfin, je tiens à remercier par-dessus tout ma femme. Quand j’ai enfin pu lui parler au téléphone je lui ai demandé, en plaisantant, si elle n’en avait pas assez de tout ça. Je n’ai pas été un mari génial mais elle a été une épouse et une mère parfaites. Je ne pourrais pas survivre à cette épreuve sans ma famille.

Si vous lisez cette lettre en ligne, sachez que JE VOUS AIME et que VOUS ME MANQUEZ. Mes potes vont me chambrer pour cette putain de lettre sentimentale. Beaucoup de gens me disent que je leur donne de l’espoir mais je tiens à vous dire que vos réactions, que ce soient votre soutien à ma famille, la  prise en charge des frais de justice, ou le partage de vidéos, vous m’avez donné de l’espoir et un sentiment sans nom.

Veuillez excuser mon écriture, ma main me fait mal parce que je rédige des notes pour mon prochain livre sur lequel je travaillais avant d’être emprisonné.  Le titre provisoire en est : Battle for Britain. il s’agit en gros de mettre à jour l’Ennemi de l’Etat et de présenter une vision de l’avenir. Je remercie donc Sa Majesté de me donner le temps d’y travailler.

C’est formidable de savoir qu’il y a d’autres manifestations prévues, c’est formidable de savoir que je ne suis pas oublié et que leurs tentatives de me faire taire n’ont pas marché.

C’est lundi et je viens de regarder Love Island. On a remis le numéro de téléphone de ma femme dans les données et j’ai pu parler à mes enfants. Je suis moins stressé et plus détendu. Mes enfants vont venir me voir très  bientôt.

Merci à tous de votre soutien. C’est votre protestation et vos réactions qui me garderont en sécurité. Je tiens à ce que vous sachiez combien je suis motivé et reconnaissant. J’espère que Lord Pearson et Gérard Batten m’écriront et, les potes, si vous lisez cette missive, demandez à Gérard de venir avec vous à la prison de Hull. Mes appels ont abouti, appel du verdict, appel des conditions d’emprisonnement et appel concernant la caution. Merci de tout cœur à Pauline Hansen, merci à l’AfD pour leur offre d’asile.

L’establishment pensait clore le livre. Au contraire, le public vient d’ouvrir un nouveau chapitre.

Amitiés et remerciements à tous.

Papa, Maman, désolé de ce stress que je vous cause.

Merci au monde libre.

C’est mardi. On me change de prison. Mes enfants ne me verront pas ce week-end.

25 mars 2018

Héroïsme, sacrifice et valeurs

La France a un héros: le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame.

Un héros à titre posthume, victime d'un nouvel épisode de barbarie commis au nom de l'islam.

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Illustre inconnu il y a quelques jours, le lieutenant-colonel passa à la postérité en agissant en situation de crise avec un sens aigu du sacrifice:

Le lieutenant-colonel Beltrame faisait partie les gendarmes appelés à intervenir, plus tôt dans la journée, alors qu’une attaque [était] en cours dans un supermarché de Trèbes, à 8 km de Carcassonne.

Il entre dans le Super U et se porte volontaire pour se substituer à une femme retenue en otage par Radouane Lakdim, un jeune délinquant se revendiquant du groupe État islamique. Le terroriste accepte et, trois heures plus tard, lui tire dessus à plusieurs reprises avant que les policiers du GIGN, alertés par le téléphone portable d’Arnaud Beltrame resté allumé, ne lancent l’assaut et neutralisent le terroriste. Arnaud Beltrame succombera à ses blessures dans la nuit, à l’hôpital.


Parmi ses multiples blessures, le geste fatal est un coup de couteau asséné au niveau du cou par le terroriste musulman, comme nous l'apprennent aujourd'hui les résultats de son autopsie.

Le noble sacrifice du gendarme permet rétrospectivement aux médias et au monde politique de souffler. Ouf, on peut parler d'autre chose que des errements des services de renseignement, de l'incurie politique en matière de protection des frontières et de la population, du Padamalgam! habituel et autres trajectoires de radicalisation du dernier "loup solitaire" en date. La France a un héros, un vrai, et mis à part quelques imbéciles de service, la célébration posthume du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame semble sincère.

Semble, car elle ne l'est pas. La célébration est délibérément incomplète et superficielle.

On évite de creuser, de peur de tomber sur quelque chose.

Qu'est-ce qui a conduit un brillant haut-gradé et militaire de carrière à risquer sa vie pour une parfaite inconnue, lors d'une prise d'otage dans un supermarché anonyme? Des valeurs. Et pas n'importe quelles  valeurs - des valeurs chrétiennes.

Il faut lire le récit du Père Jean-Baptiste, qui préparait Arnaud Beltrame et sa compagne au mariage religieux, pour le comprendre. Le voici reproduit in-extenso, car dans ce modèle de concision rien ne peut être ôté.

C'est au hasard d'une rencontre lors d'une visite de notre abbaye, Monument Historique, que je fais connaissance avec le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame et Marielle, avec laquelle il vient de se marier civilement le 27 août 2016. Nous sympathisons très vite et ils m'ont demandé de les préparer au mariage religieux que je devais célébrer près de Vannes le 9 juin prochain. Nous avons donc passé de nombreuses heures à travailler les fondamentaux de la vie conjugale depuis près de 2 ans. Je venais de bénir leur maison le 16 décembre et nous finalisions leur dossier canonique de mariage. La très belle déclaration d'intention d'Arnaud m'est parvenue 4 jours avant sa mort héroïque.

Ce jeune couple venait régulièrement à l'abbaye participer aux messes, offices et aux enseignements, en particulier à un groupe de foyers, ND de Cana. Ils faisaient partie de l'équipe de Narbonne. Ils sont venus encore dimanche dernier.

Intelligent, sportif, volubile et entraînant, Arnaud parlait volontiers de sa conversion. Né dans une famille peu pratiquante, il a vécu une authentique conversion vers 2008, à près de 33 ans. Il reçoit la première communion et la confirmation après 2 ans de catéchuménat, en 2010.

Après un pèlerinage à Sainte-Anne-d'Auray en 2015, où il demande à la Vierge Marie de rencontrer la femme de sa vie, il se lie avec Marielle, dont la foi est profonde et discrète. Les fiançailles sont célébrées à l'abbaye bretonne de Timadeuc à Pâques 2016.

Passionné par la gendarmerie, il nourrit depuis toujours une passion pour la France, sa grandeur, son histoire, ses racines chrétiennes qu'il a redécouvertes avec sa conversion.

En se livrant à la place d'otages, il est probablement animé avec passion de son héroïsme d'officier, car pour lui, être gendarme voulait dire protéger. Mais il sait le risque inouï qu'il prend.

Il sait aussi la promesse de mariage religieux qu'il a fait à Marielle qui est déjà civilement son épouse et qu'il aime tendrement, j'en suis témoin. Alors? Avait-il le droit de prendre un tel risque? Il me semble que seule sa foi peut expliquer la folie de ce sacrifice qui fait aujourd'hui l'admiration de tous. Il savait comme nous l'a dit Jésus, qu'«Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.» (Jn 15, 13). Il savait que, si sa vie commençait d'appartenir à Marielle, elle était aussi à Dieu, à la France, à ses frères en danger de mort. Je crois que seule une foi chrétienne animée par la charité pouvait lui demander ce sacrifice surhumain.

J'ai pu le rejoindre à l'hôpital de Carcassonne vers 21h hier soir. Les gendarmes et les médecins ou infirmières m'ont ouvert le chemin avec une délicatesse remarquable. Il était vivant mais inconscient. J'ai pu lui donner le sacrement des malades et la bénédiction apostolique à l'article de la mort. Marielle alternait ces belles formules liturgiques.

Nous étions le vendredi de la Passion, juste avant l'ouverture de la Semaine Sainte. Je venais de prier l'office de none et le chemin de croix à son intention. Je demande au personnel soignant s'il peut avoir une médaille mariale, celle de la rue du Bac de Paris, près de lui. Compréhensive et professionnelle, une infirmière, la fixe à son épaule.

Je n'ai pas pu le marier comme l'a dit maladroitement un article, car il était inconscient.

Arnaud n'aura jamais d'enfants charnels. Mais son héroïsme saisissant va susciter, je le crois, de nombreux imitateurs, prêts à au don d'eux-mêmes pour la France et sa joie chrétienne.

 

Non seulement Arnaud Beltrame était catholique, mais il était converti, croyant, pratiquant, et fervent dans sa Foi. Un mauvais exemple pour la France de demain, donc. Sous les coups de boutoir du socialisme, de la société multiculturelle et du relativisme moral, ces valeurs se perdent, et avec elles les gens capables de les porter.

Médias ou politiciens, la plupart de ceux qui célèbrent aujourd'hui le courage du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame luttent avec ferveur pour abolir les valeurs au nom desquelles il est devenu un héros. Et avant ce jour fatidique, ils s'en seraient probablement moqués.

Dans une situation de crise, une féministe, un transsexuel militant des LGBT, un trotskyste cynique, un syndicaliste arc-bouté sur les droits-acquis, un No-Border adepte du métissage se porteraient-ils volontaires dans un contexte identique? Se substitueraient-ils à une otage anonyme à la merci d'un fou furieux islamiste? Chacun a le droit d'y croire, mais pour ma part, j'ai quelques doutes.

Arnaud Beltrame est mort, cruellement assassiné, mais le monde d'où il vient et les valeurs dont il se réclamait sont aussi agonisantes. Nous nous dirigeons à grande vitesse vers un avenir où tout cela aura disparu. Le monde occidental sera-t-il meilleur pour autant? Chacun imaginera sa propre réponse, mais au train où vont les choses, nous aurons l'occasion de le découvrir bien assez tôt.

14 juillet 2017

Un 14 juillet en France

Aujourd'hui le grand voisin français célèbre sa fête nationale - et ce jour semble cristalliser tous les enjeux du moment.

Après avoir enchanté sa grande amie Angela Merkel, le président Emmanuel Macron reçut en grande pompe le président américain Donald Trump dès jeudi. L'occasion de ses plaindre du rejet des Accords de Paris, mais aussi celle de célébrer l'entrée en guerre des États-Unis en 1917 aux côtés de la France. Les héritiers des "Sammies", selon le surnom des soldats américains de l'époque, eurent l'honneur d'ouvrir le défilé sur les Champs Élysées.

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La veille, sécurité oblige, les Parisiens excédés souffrirent toute la journée des restrictions de circulation liées à l'arrivée en ville du chef de la première puissance mondiale. Les médias en profitèrent pour étaler plaisamment des séquences de micro-trottoir récoltant les protestations de citoyens en colère contre Trump. À celles-ci succédèrent les plaintes de touristes empêchés d'accéder à la Tour Eiffel dès le milieu de l'après-midi, l'édifice étant interdit au public pour laisser aux deux couples présidentiels l'exclusivité d'un dîner au restaurant du premier étage.

"On voit que les puissants comme M. Trump font ce qu'ils veulent", se livra avec amertume une touriste au Champs de Mars devant une caméra avide. Mais si les contraintes du déplacement de Trump dans la capitale étaient inévitables, son passage à la Tour Eiffel releva entièrement de l'organisation de son séjour par le président français. On blâma donc un invité qui n'y était pour rien. Peu importe: toute occasion de critiquer M. Trump qui se présente est à saisir. Sur un plateau de télévision, un commentateur s'égaya: M. Trump aura enfin "l'occasion de goûter une meilleure cuisine que les hamburgers, frites et ketchup qu'il affectionne". Se vautrer dans le caviar serait plus adéquat? Il n'y a décidément pas de limite à la petitesse.

Le défilé du 14 juillet vit passer 3'720 soldats à pied, 211 véhicules, 241 chevaux, 63 avions et 29 hélicoptères, dans un bel étalage représentatif des différentes composantes de l'armée française. Mais cette force, d'ailleurs lourdement prétéritée par les futures coupes budgétaires souhaitées par le président Macron, est loin d'atteindre les engagements de 3% du PIB impliqués par le statut de pays-membre de l'OTAN. La France atteint péniblement les 2,3%, à comparer aux 6,2% de 1960. Bizarrement, les médias ne s'étendèrent pas sur cet aspect de la visite de M. Trump.

En dépit d'un dramatique manque de moyens, l'armée française est déployée avec efficacité sur divers théâtres d'opération, mais à cause du laxisme de leur politique intérieure les Français n'ont jamais été aussi peu en sécurité, et ce 14 juillet le rappelle également.

Cette fête nationale française est un jour sombre pour des centaines de familles - le souvenir d'un deuil commencé il y a un an lorsque Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien de 31 ans, fonça dans la foule à bord d'un camion sur une Promenade des Anglais bondée à l'occasion du feu d'artifice clôturant la soirée. 86 personnes trouvèrent la mort cette nuit-là, dont de nombreux enfants. On dénombra 458 blessés.

nice_logo.jpgLa récente polémique sur la republication de photos de la soirée dramatique dans le quotidien Paris-Match de cette semaine prouve, s'il en était besoin, que la plaie n'est pas refermée. Les autorités locales niçoises organisent le devoir de mémoire avec un défilé particulier, un lâcher de ballons et 86 faisceaux lumineux symbolisant les victimes. Il n'est pas sûr que cela apaise les familles touchées. Nombre d'entre elles feront l'impasse sur la cérémonie.

Sur le plan de la sécurité, tout a été fait correctement: de multiples patrouilles et des blocs de bétons disposés aux points de passage-clés de la Promenade des Anglais garantissent que cette année aucun islamiste au volant d'un poids-lourd ne pourra faire de carnage dans la foule.

L'incongruité d'un dispositif arrivant avec un an de retard le dispute à l'absurdité de se prémunir contre un nouvel extrémiste musulman tentant de faire exactement la même chose au même endroit.

Cette tentative triste et vouée à l'échec de mettre les citoyens en sécurité démontre l'incompétence et le retard de l'État français dans la guerre asymétrique qui l'oppose au terrorisme islamiste. Soit il ne s'agit que d'une opération de communication visant à rassurer un public naïf, soit les fonctionnaires en charge de la sécurité publique croient réellement que ces mesures pourraient déjouer un attentat prévu ce soir sur la Promenade des Anglais. Chacune de ces hypothèses ouvre des perspectives vertigineuses.

La visite de M. Trump en Europe serait l'occasion d'ouvrir enfin le débat sur la sécurité de nos sociétés occidentales. Mais il ne sera pas ouvert, car il obligerait à mettre toutes les options sur la table, y compris des possibilités comme la surveillance des frontières et l'interdiction d'entrée du territoire et le renvoi de ressortissants de pays dangereux. Ce chemin, emprunté par la Maison-Blanche, est combattu avec la dernière énergie aux États-Unis par tout ce que le pays compte de Démocrates.

Une telle approche est impensable en France et en Europe. Entre leur sécurité et la crainte d'être mal vus, les Français ont choisi. Mais, au fond de soi, on ne peut s'empêcher de penser que les prochains attentats islamistes ont plus de risques de se produire sur le Vieux Continent qu'au pays de l'Oncle Sam.

23 mai 2017

Mourir dans son sommeil

L'attentat de Manchester atteint un nouveau degré dans l'horreur de la barbarie islamiste.

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"We killed your children": la froide revendication de l'État Islamique,
reprise telle quelle en première page de plusieurs journaux anglais.

Pour citer les faits connus à ce jour:

A 22h35 lundi soir, un homme a fait exploser sa ceinture explosive devant la plus grande salle de concert de Manchester, en Angleterre. La chanteuse américaine Ariana Grande terminait son show. Le bilan de l'attentat terroriste est pour l'heure de 22 morts et de 59 blessés, dont une enfant de 8 ans. L'attaque a été revendiquée par Daesh mardi après-midi. Les renseignements britanniques pensent avoir identifié l'auteur de l'attentat. Le nom du terroriste serait Salman Abedi, un homme de 23 ans d'origine libyenne dont les parents avaient fui le régime de Mouammar Kadhafi.

Salman Abedi serait mort sur place. Selon NBC News, il portait la bombe dans un sac à dos, aurait pris le métro à Victoria Station, est arrivé dans la zone d'achat des billets de l'Arena et a attendu que les gens quittent le concert et sortent de la salle pour faire exploser l'engin artisanal. L'étude des images de vidéo-surveillance est en cours.


La bombe artisanale que transportait Abedi était remplie de boulons et de clous pour faire un maximum de victimes parmi les adolescents britanniques présents. Le bilan pourrait s'alourdir ; certains des 59 blessés sont encore entre la vie et la mort. De nombreuses victimes ont été mutilées et porteront toute leur vie des séquelles liées à l'attentat.

Selon le Premier Ministre britannique Theresa May, le terroriste a bien pensé "l'endroit et le moment afin de faire un maximum de dégâts". Pourtant, dans les premières heures du massacre, Mme May minimisa en parlant d'un "incident" terroriste. Depuis, le script post-attentat, bien rodé, est rejoué jusqu'à la nausée. Les séquences de fleurs, de bougies et de messages d'espoir postés près du lieu de la tuerie tournent en boucle sur les chaînes "d'information" ; les chefs d'État se succèdent pour exprimer chacun leur tour leur profonde compassion pour la souffrance des victimes et leur solidarité avec le peuple aujourd'hui frappé ; divers monuments sont brièvement éteints ; et après quelques jours, l'actualité fournit de nouveaux sujets.

Salman Abedi était connu des autorités britanniques, mais elles refusent de dévoiler plus de détails pour l'instant.

Une seconde bombe, qui n'a pas explosé, a été découverte sur place.

À moins d'avoir un cœur de pierre, impossible de ne pas être touché par une pareille actualité. La haine contre l'Occident de l'État Islamique et de ses sbires est sans limite. Des parents doivent aujourd'hui reconnaître la dépouille déchiquetée de leur enfant dans une morgue ou veiller son corps brisé au son lancinant des machines dans une chambre d'hôpital.

Tous les parents du monde auront forcément une pensée pour les familles touchées. Chacun peut se reconnaître dans cette tragédie. Ce qui aurait dû être un concert joyeux s'est terminé en boucherie aveugle. Cela aurait pu survenir n'importe où - comme c'est déjà survenu n'importe où - et cela surviendra encore. Et encore.

Et encore.

Alors même qu'elles vouent un véritable culte à l'État, les autorités annoncent leur impuissance: il faut apprendre à vivre avec le terrorisme (c'est-à-dire, à en mourir). L'islamisme est érigé au rang de fatalité de l'existence, comme l'accident de voiture ou la peste des temps anciens. C'est malheureux, l'islamisme. Il provoque des ravages. Vers Manchester, il touche surtout les jeunes. Une maladie infantile foudroyante.

D'un autre côté, les élites n'ont pas complètement perdu le sens du danger. Elles veillent à ce que rien ne perturbe leur sécurité ni celles de leurs proches. La plupart des politiciens qui plaident pour l'interdiction des armes pour la plèbe vivent sous la surveillance vigilante d'une garde armée.

Peut-être aura-t-on droit à un nouveau "Vous n'aurez pas ma haine" érigé en exemple de prêt-à-penser par les médias, sans le moindre recul ni esprit critique. La naïveté de l'agneau de lait érigée en vertu. Vous n'aurez pas ma haine, mais vous avez eu ma femme. Et à Manchester, vous avez eu ma fille. En voulez-vous encore? Servez-vous. Vous n'avez pas ma haine, mais en fait, je suis trop bête pour comprendre que vous n'en avez nul besoin. Vous avez la vôtre. Elle vous suffit amplement.

Peu de gens comprennent le terrorisme islamique. Prisonniers d'un schéma mental remontant aux mouvements extrémistes gauchistes de la seconde moitié du XXe siècle, ils s'évertuent à déceler des motivations politiques chez les islamistes, à déchiffrer d'éventuelles revendications. N'en trouvant aucune, ils les inventent, plaquant leur grille de lecture sur un abysse.

Les islamistes veulent tuer. Nous tuer, et tous ceux qu'ils considèrent comme leurs adversaires, c'est-à-dire à peu près tout le monde. Du premier au dernier. Femmes et enfants. Collaborateurs ou résistants. Chrétiens, athées ou musulmans. Allah reconnaîtra les siens.

L'attentat n'est pas un moyen pour atteindre un but. L'attentat est le but. Comprendre cette simple notion est aujourd'hui hors de portée de la plupart des Européens. Ils se voient peut-être comme des cyniques à qui on ne la fait pas, mais leur niveau de nihilisme est dérisoire face aux zombies décérébrés de l'État Islamique.

Le plus abominable de l'attentat de Manchester n'est pas dans le mode opératoire d'un kamikaze. Il n'est pas dans le choix des victimes - les enfants, membres les plus innocents et les plus faibles de la société et incarnation de son avenir. Il n'est pas dans l'analyse choquante qu'un terroriste islamiste soit issu d'une famille de réfugiés, les mêmes qui rentrent chaque jour par milliers sur le continent, importés par une coterie de politiciens sacrifiant des pays entiers sur l'autel de leurs délires idéologiques.

Le plus abominable de l'attentat de Manchester est de comprendre qu'il sera suivi de nombreux autres. Ce n'est qu'un avant-goût de ce qui nous attend, et de ce qui attend nos descendants.

Quelle dose de violence la "majorité silencieuse" doit-elle endurer pour sortir de son silence? Les terroristes islamistes sont en train de se livrer à une expérience sociologique grandeur nature à l'échelle d'un continent. Ils doivent sans doute se délecter du résultat autant que d'autres s'en consternent. Les chiffres - électoraux notamment - le prouvent: l'apathie atteint des sommets insoupçonnables. Au point qu'on peut se demander si la majorité silencieuse sortira jamais de son silence.

L'hypothèse est hardie mais de moins en moins invraisemblable. On aurait naturellement tendance à penser que face à un stimuli désagréable un organisme dans son sens le plus large - individu, corps social, nation - finirait par réagir lorsque la douleur devient par trop intolérable. Mais ce n'est pas obligatoire. L'organisme menacé pourrait tout aussi bien choisir l'anesthésie locale pour supprimer les symptômes, le suicide pour hâter une issue perçue comme inéluctable, ou l'abus de tranquillisants pour sombrer dans une bienheureuse inconscience.

On peut mourir dans son sommeil.

23 avril 2017

Un premier tour historique

Le premier tour des présidentielles a lieu - avec les résultats que le grand public a pu découvrir dès 20h avec les premières estimations. Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont qualifiés pour le second tour.

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La participation s'éleva à 77%, en baisse de quasiment deux points par rapport à 2012.

Les évaluations successive, mais non définitives, établissent un score de 23,7% pour Emmanuel Macron, le candidat d'En Marche! et 21,7% pour Marine Le Pen du Front National. Leurs deux poursuivants François Fillon (19,8%) et Jean-Luc Mélenchon (19,5%) sont distancés. Benoît Hamon, candidat officiel du PS, est relégué en cinquième position avec seulement 6,5%. Nicolas Dupont-Aignan du mouvement Debout la France semble réussir son pari d'atteindre 5%. Le score des cinq autres candidats est anecdotique.

Le score est à comparer avec ce que les instituts de sondage annonçaient au 17 avril encore, où les quatre candidats de tête semblaient tenir dans un mouchoir de poche.

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Le contraste est donc relativement élevé avec les résultats d'aujourd'hui.

Une fin de campagne sous le signe du terrorisme

L'actualité terroriste s'est bel et bien invitée dans la campagne à deux reprises. Le 18 avril, une première tentative d'attentat est déjouée à Marseille:

Les deux suspects étaient en possession de trois kilos d'explosifs de type TATP, d'armes en grande quantité et d'un drapeau de l'organisation djihadiste État islamique. Ils sont soupçonnés d'avoir voulu préparer un attentat "imminent". (...) Mahiedine Merabet, 29 ans, et Clément Baur, 23 ans, ont été interpellés dans le cadre d'une enquête en flagrance ouverte à Paris pour association de malfaiteurs et infraction à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste.


L'attentat était imminent car l'explosif typiquement employé par les agents de l'État Islamique à partir de produits ménagers courants se dégrade rapidement. Les deux individus arrêtés, délinquants multirécidivistes de nationalité française, s'étaient connus en prison ; ils étaient suivis par les services de renseignement depuis leur libération. En décembre 2016 le domicile de Mahiedine Merabet fut perquisitionné. On y trouva du matériel de propagande islamique. Clément Baur était quant à lui membre du Mouvement des Jeunes Socialistes - et décida d'illustrer par l'exemple la porosité entre différentes formes de lutte...

Resté au stade de la tentative, ce projet d'attentat ne fut sans doute pas couvert comme il l'aurait dû par des médias soucieux de ne pas "faire le jeu" de Marine Le Pen. Malheureusement, ils furent dépassés par une nouvelle attaque le soir du 20 aux Champs Élysées à Paris. Le soir même, les candidats livraient chacun leur credo dans "15 minutes pour convaincre" sur France2. Par tirage au sort, Marine Le Pen eut droit à la dernière place dans l'émission. Elle eut le courage d'abandonner un discours préparé pour improviser et laisser parler son cœur:

J'avais pensé parler mondialisation et enjeux de civilisation et puis j'ai appris que le cauchemar recommençait. Une fois encore. J'ai été saisie par la tristesse et par la colère sourde. La colère sourde parce que je suis étreinte par le sentiment que tout n'est pas fait pour mettre nos compatriotes à l'abri. J'ai entendu des mots de compassion pour les forces de l'ordre mais je pense qu'il faut aller plus loin: les policiers attendent des moyens pour se défendre et combattre le terrorisme islamiste. Je ne veux pas que l'on dise à notre jeunesse qu'elle vivra durablement avec ce danger. Il faut s'attaquer aux racines du mal: c'est fini le laxisme et la naïveté. On ne peut pas laisser ce pays impuissant à les défendre. C'est cela que vous, Français, vous devez exiger et choisir.


Ce soir-là, elle gagna sans aucun doute une stature présidentielle.

Un OVNI politique mis sur orbite

Marine Le Pen se réjouissait d'affronter Emmanuel Macron au second tour: les deux candidats incarnent en effet des positions diamétralement opposées sur le chemin que doit prendre la société française. Macron est pro-européen, Marine souverainiste. Macron méprise la France et son histoire, Marine célèbre ses racines charnelles. Macron défend l'immigration, Marine les frontières. Macron est issu de la finance mondialisée, Marine rejette ce modèle - on pourrait continuer longtemps.

Emmanuel Macron représente la poursuite du Hollandisme par d'autres moyens. Après avoir compris que le Parti Socialiste traditionnel était perdu, le Président soutint la candidature de son nouveau poulain avec autant de discrétion que possible pour ne pas le souiller de sa propre impopularité. Macron est une construction, un golem politique, un candidat hors-sol conçu de toute pièce par des spin doctors, des cabinets de marketing et des conseillers en communication. Porté par sa complicité avec les patrons des grands groupes de presse, Macron récolta des soutiens de plus en plus nombreux alors que les vaincus de la politique comprenaient qu'ils avaient une deuxième chance en misant sur l'outsider.

Rassemblant les espoirs les plus contradictoires, Emmanuel Macron incarne la rupture fréquentable et il est en passe de réussir son pari. Ce soir à l'Élysée, le Président Hollande peut savourer sa réussite - il vient d'envoyer son héritier sur orbite. La plus grande difficulté de Macron était de passer le Premier tour. Il est désormais en position de force contre Marine Le Pen au second, une adversaire contre laquelle l'ambiguïté vaporeuse a toutes les chances de l'emporter. Bien malin qui peut dire ce qui sortira vraiment de son quinquennat.

Les partis bouleversés

La victoire relative d'Emmanuel Macron et Marine Le Pen sonnent le glas des deux grands partis traditionnels de la droite et de la gauche, Les Républicains et le Parti Socialiste. Ces formations majeures sont toutes deux balayées de l'élection au premier tour, ce qui constitue une première historique. Celle-ci s'ajoute à de nombreuses autres du même ordre, comme un Président renonçant à sa réélection ou l'échec de tous les candidats qui se sont soumis à l'exercice de la primaire.

Affirmons-le franchement, François Fillon aura fait une campagne lamentable. Rattrapé par son passé de politicien avide, il mit des semaines à se dépêtrer du complot dans lequel il était tombé sans jamais tenter de réparer ses torts moraux, torts d'autant plus graves qu'ils se présentait en incarnation de la vertu. Mais les diverses machinations dont il fut victime ne doivent pas cacher une erreur stratégique monumentale, se tromper de cible. Alors qu'Emmanuel Macron était la vraie menace contre sa candidature, François Fillon finit de saboter toutes ses chances de succès en réservant ses attaques les plus virulentes contre Marine Le Pen. Il aura le temps de méditer sur ses échecs alors que sa carrière politique s'achève.

À gauche, Benoît Hamon avait le mérite de ne rien espérer ; il devint assez évident pour tout le monde, lui y compris, qu'il n'avait pas la moindre chance. S'ensuivit un énième tango avec l'extrême-gauche du rebelle institutionnel Jean-Luc Mélenchon pour savoir lequel des deux phagocyterait l'autre - un ballet aussi inutile que mortel, sachant qu'aucun des deux n'avait la moindre chance de passer l'épaule avec un concurrent broutant le même pré électoral.

Conscient de l'impasse, ni l'un ni l'autre ne pouvait pourtant renoncer. Benoît Hamon s'étant victorieusement soumis à la sélection des primaires, se retirer aurait désavoué le rôle du PS au sein de la gauche, détruit sa légitimité péniblement acquise, et saboté son avenir dans le parti. La situation de Jean-Luc Mélenchon n'était pas meilleure. Le candidat vieillissant de l'extrême-gauche voyait peut-être enfin le pouvoir à sa portée ; dominant le PS dans les sondages, critique constant du PS, il avait brûlé tous les ponts.

Le champion choisi par la famille socialiste se devait de galoper jusqu'au précipice, le tribun de l'extrême-gauche s'imaginait élu du destin ; les deux déchantent et entraînent avec eux leurs familles politiques dans les profondeurs. La gauche française est en miettes.

La fin de la Cinquième République

Aussi crucial que soit le résultat de ce premier tour, il ne représente pas réellement la fin du régime de la Ve République telle que la France la connaît depuis de Gaulle. Le coup de grâce viendra en juin.

Les deux grands partis politiques PS et LR ont récolté le soutien de formations plus petites à l'élection présidentielle en concédant des droits d'exclusivité sur diverses circonscriptions lors des élections législatives. Emmanuel Macron s'est quant à lui allié à un Modem ressuscité pour obtenir un semblant d'assise électorale - qui sera âprement négocié avec les divers frondeurs du PS et autres rescapés de la déroute socialiste. À droite, le Front National profitera de la dynamique de campagne de Marine Le Pen, qu'on n'imagine au pire perdre avec un score honorable, sans comparaison avec celui de son père face à Jacques Chirac en 2002.

Rajoutons à cela des règles électorales calibrées pour éliminer dans chaque circonscription les partis les plus faibles et on peut avoir une petite idée du morcellement qui surviendra lors des législatives. Les états-majors des partis travaillent sans doute déjà à établir ces cartes électorales sur la base des résultats de chaque bureau de vote pour ces présidentielles. Leur conclusion sera sans appel: aucun parti n'aura la majorité législative.

En s'accrochant aux usages de la Ve République, la France sera ingouvernable.

Il faudra donc inventer autre chose. Discuter. Former des coalitions. Négocier. Partager le pouvoir. Des partis politiques qui ont passé les dernières décennies à se mépriser et à s'ignorer royalement vont devoir réussir à s'asseoir autour d'une même table et trouver des points de convergence, un programme commun. Il faudra convaincre, écouter, expliquer, sans plus d'invective ni d'anathème. Et c'est une très bonne chose - la meilleure qui puisse arriver à la France depuis longtemps.

13 avril 2017

Le terrorisme islamique à l'assaut de la planète foot

Opposé à Monaco en quart de finale aller de Ligue de Champions, le Borussia Dortmund (BVB) a été battu 2-3 dans son antre du Signal Iduna Park. Les joueurs du club allemand avaient quelques excuses, comme d'avoir échappé à un attentat islamiste la veille. L'entraîneur du club Thomas Tuchel s'indigna d'ailleurs des circonstances du match:

Après l’attaque, nous aurions aimé avoir plus de temps pour digérer tout cela. Et on ne nous a pas laissé de temps. On nous a dit, demain vous devez jouer. Nous nous sommes sentis ignorés. On ne nous a pas demandé notre avis, ils ont décidé ça à l’UEFA en Suisse. Quelques minutes après l’attaque, on nous a dit qu’on devrait jouer, comme si on nous avait envoyé une canette de bière contre le bus.


allemagne,terrorisme,islamIl s'agissait en effet d'un peu plus qu'une canette de bière. Mardi, le jour du match prévu dans cette ville de l'ouest de l'Allemagne, le bus du BVB se mit en route depuis l'hôtel de l'équipe pour gagner le stade à une dizaine de kilomètres de distance. Le Parisien relate ce qui arriva ensuite:

À peine arrivé au coin de la rue, à 19h15, [le bus du BVB] est secoué par trois fortes explosions, qui font éclater plusieurs pans du double-vitrage. Il s'agirait de bombes artisanales, dissimulées dans des haies et actionnées au passage du bus. Le parquet précise que les engins utilisés avaient une "puissance explosive" de 100 mètres et contenaient "des tiges métalliques", dont l'une s'est figée dans un repose-tête d'un siège à l'intérieur du bus.


Le défenseur Marc Bartra fut blessé au bras et à l'épaule - il passa au bloc opératoire dans la nuit - ainsi qu'un policier qui accompagnait l'équipe.

Les enquêteurs ne révélèrent pas immédiatement la piste islamiste tant le mode opératoire était différent des précédents attentats. Malgré une revendication fantaisiste de réseaux "antifascistes" sur Internet, la responsabilité islamiste fut tout de même établie, notamment à cause de trois lettres retrouvées près des explosifs. Comportant des mentions comme "Au nom d'Allah, le clément, le miséricordieux", elles réclamaient que l'Allemagne cesse de participer à la lutte contre le groupe État islamique dans le cadre de la coalition internationale et retire les chasseurs Tornados allemands opérant depuis la Turquie. Les auteurs évoquèrent également l'attentat contre le marché de Noël de Berlin, et désignèrent les sportifs comme des "cibles" pour l'État islamique.

Les lettres furent publiées en intégralité par la Süddeutsche Zeitung mercredi matin.

Terrorisme islamique évolué?

L'attentat de Dortmund représente un virage dans le terrorisme islamique en Europe.

Le contraste avec les récents assauts à coup de camion n'en est que plus marquant. Au contraire d'attaques plus ou moins improvisée et violentes, ou d'illuminés légèrement demeurés beuglant "Allah akbar" avant de succomber sous les balles des forces de l'ordre, le mode opératoire frappe par sa sophistication: trois bombes déclenchées à distances le long du parcours d'un véhicule clairement désigné. N'eussent été blindées les vitres du bus, le bilan aurait été bien plus lourd. L'idée que des groupes islamistes aient désormais l'idée et la capacité de frapper des véhicules précis lors de leurs trajets réguliers est particulièrement inquiétante. Le volume de cibles potentielles est proprement ahurissant. Comment se protéger d'un tel risque?

En l'absence de kamikaze portant commodément ses papiers d'identité sur lui, l'enquête avance moins vite qu'à l'accoutumée. Depuis l'explosion la police allemande ne chôme pas, mais pour l'heure le réseau à l'origine de l'attaque est loin d'être démantelé ; au plus a-t-on arrêté quelques suspects dont les responsabilités ne sont pas clairement établies.

L'attentat de Dortmund implique forcément plusieurs personnes pour le repérage, la fabrication et la mise en place des explosifs et du dispositif de mise à feu, et le déclenchement de l'installation au moment opportun. Le groupe à l'origine de l'attaque dispose de connaissances techniques. Personne n'essaye même plus de caser le sempiternel "loup solitaire". De plus, ces djihadistes-là ne cherchent pas, dans un premier temps, le sacrifice violent dans la confrontation avec l'ennemi. Ils sont donc capables de mettre en place des opérations plus recherchées et avec un impact médiatique réel, au-delà de leur rédemption personnelle et des prétendues vierges censées les attendre dans l'au-delà.

Le Foot comme cible

En revanche, ce n'est pas la première fois que les islamistes s'en prennent au monde du football. Lors des attentats de Paris de novembre 2015, les morts sur les terrasses des cafés et le massacre du Bataclan ne doivent pas éclipser que la première cible de cette soirée funeste fut le Stade de France lors d'une rencontre internationale de football entre l'Allemagne et la France. Trois terroristes se firent exploser dans les premiers attentats-suicide commis sur le sol français. Les kamikazes avaient l'intention de pénétrer dans le stade pour y perpétrer leur acte mais échouèrent à quatre reprises.

Ce soir-là, François Hollande faisait partie des spectateurs, mais la présence de l'homme d'État sur place n'était peut-être pas connue des terroristes lors de la préparation de l'opération. Aucune ambiguïté de la sorte contre l'équipe du Borussia Dortmund ; les poseurs de bombe visaient le football lui-même. Cela n'a rien de surprenant.

Le football professionnel incarne un grand nombre de valeurs que les islamistes abhorrent: l'argent, le consumérisme, le spectacle, l'attachement à une équipe, le catholicisme (lorsque des joueurs font un signe de croix avant un coup de pied arrêté ou après un but), la consommation d'alcool chez des supporters, les jolies femmes dans le public, l'entraide au sein d'une équipe de sportifs de tous horizons et de toutes confessions, et même d'inadmissibles compromissions avec la loi religieuse en matière de ramadan.

Mais le football professionnel a une autre facette, son audience gigantesque. La Ligue de Champions est la troisième compétition la plus suivie dans le monde après la Coupe du Monde et l'Euro - deux autres célébrations du football. L'attentat contre le Borussia Dortmund donna lieu à un simple retard de 24 heures dans le coup d'envoi du match mais eut déjà un impact sur la vie de centaines de millions de personnes, les spectateurs venus au stade, les innombrables téléspectateurs, et donna lieu à autant de discussions autour des machines à café le lendemain.

Les bombes qui frappèrent l'équipe du BVB étaient conçues pour tuer. Les joueurs ne durent leur salut qu'à la résistance des vitres de leur bus. Imagine-t-on l'impact qu'aurait eu l'attentat s'il s'était soldé par un bain de sang?

Le mélange de prestige et d'audience du football professionnel en fait une cible de choix pour d'éventuelles opérations terroristes, touchant la société civile plus que n'importe quelle attaque localisée. Le mode opératoire de l'attentat contre le Borussia Dortmund montre d'énormes vulnérabilités qui vont singulièrement compliquer la tâche de ceux qui essayent de protéger les vedettes de notre temps.

En attendant, une ou plusieurs cellules terroristes islamistes opèrent en toute quiétude en Allemagne. Pour Mme Merkel, il devient de plus en plus difficile de jouer les ingénues.

Mise à jour (21 avril): l'auteur de l'attaque aurait été arrêté: il s'agirait d'un germano-russe de 28 ans, Sergej W., qui aurait agi pour des motifs "financiers" et non terroristes. Aucune complicité n'a été pour l'heure établie. L'auteur aurait voulu spéculer pour faire baisser le prix de l'action du club de Dortmund et s'enrichir en pariant sur leur baisse. La revendication terroriste aurait été délibérément placée pour entraîner les enquêteurs sur une fausse piste.

C'est donc un soulagement de constater que les terroristes islamiques ne sont pas derrière cette attaque vicieuse de joueurs de football professionnels, même si l'actualité récente nous montre qu'ils continuent à frapper ou à vouloir frapper un peu partout sur le continent.