19 octobre 2020

Les Biden, une histoire de famille (première partie)

La corruption de la famille Biden est dévoilée au grand jour. Et à l'inverse de tant d'autres affaires concernant des Démocrates, les preuves sont entre les mains du camp républicain. Elles sont trop accablantes pour que cela ne se solde par un non-lieu. Évidemment, les chances d'élection de Joe Biden à la Présidence des États-Unis viennent de fondre comme neige au soleil.

Les Américains parlent d'October surprise, la surprise d'Octobre: le bon vieux scandale livré à point nommé juste avant l'élection pour salir un candidat. Trump eut droit à sa surprise d'Octobre en 2016 avec la découverte - soigneusement orchestrée - d'un enregistrement audio où il se vantait en termes crus de ses relations avec des femmes. Mais Hillary Clinton eut droit elle aussi à sa surprise d'Octobre alors que le FBI rouvrit l'enquête fédérale sur son serveur mail privé, dans le seul but de la refermer juste après. L'effet fut désastreux. Mauvais timing de son allié James Comey...

Toujours est-il que cette année la vedette inattendue de l'élection présidentielle s'appelle Hunter Biden - le fils du candidat démocrate. Une incroyable quantité d'informations compromettantes pour son père et lui vient d'être découverte par le biais d'un disque dur d'ordinateur.

Une histoire de réparation

Beaucoup de fadaises circulent sur les circonstances de l'obtention de ces données, principalement lancées par les médias eux-mêmes alors qu'ils entrent en mode damage control pour essayer de préserver les chances du clan Biden. Heureusement, nous disposons désormais de toute l'histoire.

Fils d'un vétéran du Vietnam aux états de service impeccables, John Paul Mac Isaac tenait une boutique de réparation de Mac dans la ville de Wilmington au Delaware. Le 12 avril 2019, un individu se présenta pour demander la réparation de trois ordinateurs endommagés par du liquide. Après un examen sommaire, le réparateur annonça que l'un d'eux était fichu, le deuxième réparable, et que le troisième ne l'était pas mais qu'on pouvait encore sauvegarder le contenu de son disque dur. L'individu accepta et signa le bon de dépôt pour la réparation. Il s'appelait Hunter Biden.

Le bon de dépôt en main, John Paul commença à récupérer les informations contenues sur le disque dur, vérifiant que les données n'avaient pas été corrompues. Il fut très surpris de découvrir des images dérangeantes ainsi que toute une correspondance concernant l'Ukraine, la société Burisma, la Chine et d'autres sujets.

Le travail effectué, il envoya sa facture à M. Biden en lui indiquant que ses ordinateurs étaient prêts. Pendant quatre mois M. Biden ne se manifesta jamais, malgré les efforts répétés pour le joindre, ni ne paya pour la réparation. En d'autres termes, il lui laissa une ardoise.

Fin août 2019, les médias commencèrent à évoquer la conversation téléphonique entre Donald Trump et son homologue ukrainien et le prétendu marchandage qui aurait eu lieu. John Paul compris qu'il avait entre les mains des éléments qui pourraient être tout à fait important pour l'enquête. Après en avoir discuté avec son père, il décida de se rendre à la mi-septembre aux bureaux du FBI à Albuquerque, où il expliqua la situation à un agent impassible qui refusa d'entreprendre quoi que ce soit.

Deux mois plus tard, le FBI pris malgré tout contact avec John Paul Mac Isaac via la visite de deux agents, Joshua Williams et Mike Dzielak. Il leur proposa de leur donner le disque dur sans poser de question. Les agents refusèrent, mais le recontactèrent deux semaines plus tard pour venir faire une image (une copie) du fameux disque dur. Cependant, une fois sur place, au lieu de prendre le disque dur ou d'en faire une copie, ils lui remirent une assignation à comparaître dans le cadre d'une procédure de grand jury - sans rien dire des objectifs de ce grand jury. John Paul se plia à l'injonction et livra le disque dur et l'ordinateur.

La censure s'en mêle

Pendant tout ce temps, la prétendue affaire du "coup de fil ukrainien" empirait. L'écume aux lèvres, les Démocrates allèrent jusqu'à lancer une procédure de destitution avec un dossier d'accusation totalement vide. Malgré cela, John Paul Mac Isaac, en téléspectateur de la polémique, parvint à la conclusion que les informations qu'il avait livrées au FBI n'étaient jamais parvenues à l'équipe chargée de la défense du Président, dirigée par l'ancien maire de New-York Rudolf Giuliani.

Le réparateur prit alors la décision fatidique de contacter le bureau de Rudolf Giuliani, et offrit une copie du disque dur. Nous savons désormais que M. Giuliani accepta son offre et qu'il décida de diffuser une petite partie des informations compromettantes dans les médias, avec un galop d'essai par le New York Post, un vénérable quotidien paru depuis 1801.

L'article explosif fut publié le 14 octobre.

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La réaction fut pour le moins... Stupéfiante. Hormis Fox News, tous les grands médias américains (télévision, journaux) refusèrent ne serait-ce que d'évoquer cette histoire d'e-mails. Mais les réseaux sociaux allèrent encore plus loin. Facebook prit l'initiative de bloquer préventivement la diffusion de l'article en invoquant des "vérificateurs de faits", une décision étonnante puisque l'information venait d'un quotidien établi.

Sur Twitter, l'article du New York Post rejoint la troisième place des "tendances" lorsque l'entreprise décida d'assortir le lien vers l'article d'une mise en garde ("information douteuse ou non vérifiée"), puis décida d'effacer les tweets incluant un lien vers l'article... Puis décida carrément de fermer les comptes de tous les gens diffusant un lien vers l'article!

En 2020 en Amérique, diffuser une information potentiellement gênante pour le camp démocrate peut vous valoir une interdiction sur les réseaux sociaux. Des milliers de comptes Twitter furent ainsi arbitrairement fermés, dont ceux d'élus républicains de haut rang, et jusqu'au compte de campagne de Donald Trump!

C'est ainsi que l'histoire finit par rebondir. La censure opérée contre l'article du New York Post devint un sujet en soi, suscitant tellement d'agitation que les médias traditionnels furent bien obligés de l'évoquer, même du bout des lèvres. La tentative de censure du sujet des e-mails de Hunter Biden lui donna un nouvel essor, selon le bien connu effet Streisand.

Il est important de comprendre le cheminement de tout ceci car, en Europe, la barrière de la langue s'ajoute à la censure. Le grand public est donc "préservé pour son bien" de toute information réelle sur le sujet. Plusieurs jours après ce premier article du New York Post, les médias romands comme 24heures se cantonnent uniquement à l'aspect du cheminement de l'information sur les réseaux sociaux. Pour la télévision, l'affaire n'existe même pas.

Un premier sujet: la corruption en Ukraine

usa,joe biden,corruption,ukraine,justiceMalheureusement pour ceux qui aimeraient passer à autre chose, Tucker Carlson, le présentateur vedette de Fox News, ce qui en fait le premier journaliste d'Amérique, s'est emparé du sujet dans son émission. Voici une petite traduction de sa présentation, dont l'intégralité est disponible ici.

Tous ce qui est entendu n'est pas forcément mensonge, et toute histoire n'est pas forcément compliquée. Au cœur du scandale grandissant entre Biden et l'Ukraine repose une question des plus directes: Joe Biden a-t-il détourné la politique extérieure de l'Amérique pour enrichir sa propre famille?

En 2015, Joe Biden était vice-président des États-Unis. Les relations avec l'Ukraine avaient été incluses dans son portefeuille de responsabilités. À ce moment-là, le Vice-président Biden avait plus d'influence sur l'économie et le gouvernement ukrainiens que tout autre personne sur le globe, hors Europe de l'Est.

Le plus jeune fils de Biden, Hunter, le savait et espérait devenir riche grâce à l'influence de son père. Des e-mails publiés mercredi dans le New York Post, apparemment extraits directement d'un ordinateur appartenant à Hunter Biden, révèlent un pan de cette histoire. (...)

Le 2 novembre 2015, à 16:36, un dirigeant de Burisma du nom de Vadym Pozharskyi envoya un e-mail à Hunter Biden ainsi qu'à Devon Archer, son partenaire en affaires. Le but de l'e-mail, selon Pozharskyi, était "d'être sur la même longueur d'onde quant à nos objectifs... comprenant un ensemble d'actions concertées, sans s'arrêter à cela."

Que voulait Burisma, exactement? De bonnes relations publiques, pour commencer. Pozharskyi demandait que des "dignitaires américains de haut rang" expriment leur "opinion positive" de Burisma, et ensuite il demanda à ce que l'administration agisse selon les intérêts de la société.

"Le cadre de travail devrait aussi inclure l'organisation de la visite en Ukraine en novembre d'un nombre important de décideurs politiques américains influents de premier plan, actuels ou passés, visant à mener des réunions avec Burisma et à amener des signaux et des messages de soutien positifs".

Le but, expliqua Pozharskyi, était de "clore tout dossier ou situation de poursuite" contre la tête de Burisma en Ukraine.

Ce qu'ils voulaient n'aurait pas pu être exprimé de façon plus limpide. Burisma demandait que le père de Hunter Biden sorte la société de ses différends légaux avec le gouvernement ukrainien. Et c'est exactement ce qui se passa. Un mois plus tard jour pour jour, le 2 décembre 2015, Hunter Biden reçut une notification d'une société de relations publiques de Washington appelée Blue Star Strategies, qui avait été embauchée pour faire du lobbying sur l'Ukraine auprès de l'Administration Obama. Nous avons obtenu l'exclusivité de cet e-mail.

"Bonjour à tous..." commence le message. "Ce matin, la Maison Blanche a tenu une conférence téléphonique au sujet du futur voyage du vice-président en Ukraine. En pièce jointe se trouve un mémo de l'équipe de Blue Star Strategies avec les minutes de l'appel, qui souligne l'agenda du voyage et répond à certaines questions au sujet de la politique américaine envers l'Ukraine."

Donc ici vous avez une société de relations publiques impliquée dans un appel de politique étrangère. Comment cela a-t-il pu arriver? Bonne question. Mais cela fonctionna.

Quelques jours plus tard, Joe Biden s'envola pour l'Ukraine et y fit exactement ce que souhaitait son fils. Le vice-président donna un discours qui étrillait le représentant de la justice qui tourmentait Burisma. Si le gouvernement ukrainien ne licenciait pas son procureur général, un certain Viktor Shokin, expliquait Biden, alors l'administration américaine retiendrait un milliard de dollars d'aide américaine. L'Ukraine est un pays pauvre, et ils n'eurent pas d'autre choix que d'obéir. La brutalité de Biden fonctionna. Il s'en vanta plus tard.

Question évidente: pourquoi le vice-président des États-Unis force-t-il sous la menace un petit pays comme l'Ukraine à licencier son procureur général? Cela ne correspond pas au rôle d'un vice-président. Mais maintenant, nous savons pourquoi. (...)

Voilà comment fonctionnent vraiment les choses à Washington. Votre fils décroche un contrat pour un mandat lucratif avec une compagnie d'énergie ukrainienne, et vous adaptez la politique extérieure américaine - celle d'un pays tout entier - pour l'aider à devenir riche. Même au sein du Département d'État [NdT: le Ministère des Affaires Étrangères], peut-être l'agence la plus cynique de tout le gouvernement, cette façon d'agir parut effrontée et choquante. (...)

Cinq ans plus tard, Joe Biden n'a toujours pas été forcé de dire pourquoi il a fait virer le procureur général d'Ukraine au moment même où son fils se faisait payer pour qu'il fasse virer le procureur général d'Ukraine, et Joe Biden n'a pas non plus clarifié s'il avait personnellement bénéficié du contrat signé avec Burisma [par son fils]. (...)

La fête ne fait que commencer

La violence de la réaction médiatique est à la hauteur des informations révélées sur l'implication de la famille Biden dans la corruption en Ukraine. Les médias américains et les politiciens démocrates interviewés font feu de tout bois - c'est un complot russe, des données piratées, les faits avérés sont faux... Mais toutes ces explications sont fausses, absolument toutes (détail d'importance, même la campagne de Joe Biden n'a pas osé contester l'authenticité de ces e-mails.)

Il n'y a pas le moindre élément factuel pour soutenir une seconde une éventuelle manipulation. De la signature de Hunter Biden sur le ticket de caisse du réparateur jusqu'au fait que celui-ci ait contacté le FBI en premier, tout évoque la plus absurde des manières de procéder pour un coup monté. Les informations n'ont pas plus été "piratées" que "volées" - selon la loi du Delaware, John Paul Mac Isaac devint propriétaire légal des ordinateurs 90 jours après l'ardoise laissée par Hunter Biden.

Qu'importe: les appels à un nouveau "complot russe" tourneront dans les rédactions, tout simplement parce que c'est la dernière excuse invraisemblable à laquelle la gauche américaine (et ses relais partout dans le monde) se raccroche dans l'espoir de sauver les élections présidentielles de novembre. Des absurdités ânonnées en boucle par les mêmes qui dénoncent les "complotistes de Qanon"...

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L'affaire du disque dur de Hunter Biden pose énormément de questions - notamment, pourquoi le FBI ne s'est pas servi de ces informations cruciales dont il disposait, alors même que Trump était en proie à un invraisemblable procès en destitution pour trafic d'influence en Ukraine. Des têtes vont tomber.

Mais le plus savoureux est à venir. Rudolph Giuliani est ancien maire de New-York, mais avant cela il était l'un des meilleurs procureurs du pays pendant des décennies. Il a fait tomber des têtes de la mafia. Il connaît parfaitement la loi et le droit, et les médias. Il a laissé parler son expérience en ne donnant qu'une petite partie des informations dont il dispose au New York Post. À travers les interviews qu'il donne volontiers, comme celle-ci, les rumeurs filtrent sur les informations qu'il a encore en réserve:

  • D'innombrables selfies montrant Hunter Biden en train de se droguer ;
  • Une sextape de Hunter Biden avec une fille qui pourrait être mineure ;
  • De nombreux documents attestant de corruption par la Chine, l'Ukraine, l'Irak et d'autres pays ;
  • Une explication par le menu du mécanisme de corruption, et de blanchiment d'argent de cette corruption, impliquant tous les membres de la famille Biden.

La conclusion de M. Giuliani est que les Biden sont un danger pour la sécurité des États-Unis, sachant que tout ce qu'il a entre les mains est probablement aussi entre les mains de services secrets étrangers. Il n'y aurait pas plus manipulable, corrompu et sujet au chantage qu'un Joe Biden à la Maison Blanche.

Rudolf Giuliani n'a pas l'intention de retenir ses coups, surtout face à des adversaires qui ne le méritent en aucune façon. Il prévoit de dévoiler les informations progressivement d'ici les élections. Comptez sur moi pour en rendre compte, sachant que les médias européens sont en-dessous de tout et ne raconteront rien à ce sujet, si ce n'est des mensonges.

Peu importe, la décision se joue aux États-Unis, et la dernière ligne droite de la campagne présidentielle va être un véritable enfer pour le camp démocrate.

03 octobre 2019

Trump et le piège ukrainien

Un vent de fureur semble s'être emparé des Démocrates américains, qui se sont désormais officiellement lancés dans la procédure d'Impeachment, une destitution légale du Président. Leurs motifs remontent au jour noir de l'élection de Trump, mais une goutte vient faire déborder le vase: l'affaire du coup de fil ukrainien.

Les médias (en Europe et aux États-Unis) oscillent entre l'hystérie et l'éructation dès que Trump est concerné. Comme il est difficile d'enquêter correctement au beau milieu des deux minutes de haine anti-Trump quotidiennes, faisons le travail dont aucun journaliste n'est plus capable...

Le Narrative ukrainien

Commençons par établir la version de l'histoire, un narrative comme disent les médias, comportant des faits suffisamment graves pour lancer une procédure de destitution d'un Président.

Les Démocrates présentent une histoire où Trump conspire avec un leader étranger dans le but d'interférer avec les élections présidentielles américaines de 2020, en salissant le principal adversaire de Trump d'après les sondages, c'est-à-dire Joe Biden, l'ancien Vice-Président d'Obama. Trump ferait donc exactement ce dont il accuse les Démocrates depuis 2016, lorsqu'il leur reproche d'avoir monté un faux "dossier russe" pour miner sa présidence ; au faux "dossier russe" du clan Clinton de 2016, il rétorquerait avec un faux "dossier ukrainien" visant cette fois-ci Joe Biden.

Le point d'orgue de ce crime est un coup de fil passé par Trump à son homologue ukrainien Volodomyr Zelensky, lorsque Trump l'appelle pour le féliciter de sa victoire électorale. Dans celle-ci, il demande carrément à M. Zelensky de trouver de quoi salir M. Biden.

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Lisons la façon Adam Schiff, ténor démocrate et Président de la Commission du Renseignement de la Chambre des Représentants, parle de cet appel devant les médias et les élus du peuple américain:

Et quelle est la réponse du Président? Eh bien, cela se lit comme un coup monté classique du crime organisé. En substance, le président Trump lance comme suit: "Nous avons été très bons avec votre pays. Très bons. Aucun autre pays n'a fait autant que nous. Mais vous savez quoi, je ne vois pas beaucoup de réciprocité ici. Vous savez ce que je veux dire? J'entends ce que vous voulez. J'ai une faveur que je veux de votre part cependant. Et je vais le dire seulement sept fois, alors vous feriez mieux de bien écouter. Je veux que vous traîniez dans la boue mon adversaire politique, vous comprenez? Beaucoup de saleté, sur ceci et sur cela. Je vais vous mettre en contact avec des gens, et pas n'importe qui. Je vais vous mettre en contact avec le procureur général des États-Unis - mon procureur général, Bill Barr -, il a tout le poids de la police américaine derrière lui. Et je vais vous mettre en contact avec Rudy, vous allez l’aimer. Croyez-moi. Vous savez ce que je vous demande, je ne vais donc le dire que quelques fois de plus, de plusieurs manières. Et ne m'appelez plus. Je vous appellerai quand vous aurez fait ce que je vous ai demandé."


Pire encore, préalablement à son appel, Trump aurait retenu le versement d'aide militaire américaine en Ukraine pour mieux faire pression sur M. Zelensky.

Par chance, l'appel aura été rapporté par un courageux lanceur d'alerte (et agent de la CIA), ce qui permit aux Démocrates de révéler à leur tour l'affaire aux médias et au peuple américain, lançant dans la foulée une procédure de destitution.

Un étrange coup de fil

Depuis sa présentation, le narrative ci-dessus n'en finit pas de prendre l'eau, tant et si bien qu'il coule auprès de tous ceux qui s'intéressent un tant soit peu à ce dossier.

Quelques détails mineurs: le récit du coup de fil relaté par Adam Schiff ci-dessus est entièrement inventé. Livré sans aucune mise en garde ni aucun filtre au Congrès et diffusé en boucle sur toutes les chaînes de télévision, il ne s'agit pas des propos tenus par Trump (dont Adam Schiff était au courant) mais seulement de l'interprétation d'Adam Schiff - lequel, coincé par la déclassification de la transcription de l'appel, fut bien obligé d'avouer, énervé et contrit, que son intervention n'était qu'une parodie et qu'il fallait la prendre comme telle. On ne rit pas. Au beau milieu d'une procédure aussi cruciale pour le Gouvernement américain, cela fait un peu tache.

Une fois rendu disponible, tous les médias se penchèrent donc sur le verbatim de l'appel entre Donald Trump et Volodomyr Zelensky. Certains, comme ABC, CNN, MSNBC, CBS, et NPR citèrent une partie de la conversation de cette façon:

"Je voudrais que vous nous fassiez une faveur (...) On parle beaucoup du fils de Biden et du fait que Biden ait arrêté l’enquête et beaucoup de gens veulent en savoir plus sur le sujet, donc cela serait formidable si vous pouviez vous pencher dessus."


Pour situer la bonne foi de ces médias, rien ne vaut une image qui montre ce qui est caché par l'ellipse "(...)":

ellipse_ukraine.jpg
Une ellipse bien calculée (cliquez pour agrandir)

Les médias ne rapportent pas non plus la phrase consécutive, pourtant très importante: "Biden s'est vanté un peu partout qu'il est parvenu à arrêter l'enquête donc si vous pouviez y jeter un œil... Cela semble horrible à mes yeux." Nous allons y revenir.

Trump a rendu publique la conversation qu'il a eu avec le Président ukrainien Volodomyr Zelensky parce qu'il savait qu'elle ne contenait absolument rien de pénalement répréhensible, loin des accusations démocrates virant à l'hystérie.

L'appel a depuis été jugé conforme par tous les juristes consultés. Il s'agit d'une conversation raisonnable et cordiale entre deux chefs d'États. À aucun moment Trump ne menace son homologue de quoi que ce soit. Il n'y a aucun chantage, à l'inverse de ce que rapportèrent initialement les médias.

Au cours de cette conversation, Trump demande au Président ukrainien de vérifier si tout est correct dans l'arrêt soudain de l'enquête (pour corruption) visant Hunter Biden. Il est parfaitement dans son droit, parce qu'il s'agit de vérifier si l'arrêt de cet enquête est régulier. Les États-Unis ont un accord d’entraide judiciaire avec l'Ukraine.

Au cours de l'appel, Trump ne fait que de rares mentions du nom de Biden, et il fait référence au fils, pas à son père. Lorsque Joe Biden proclame que "Trump a voulu s'en prendre à un adversaire politique", il extrapole sur les intentions de Trump et les dégâts d'image éventuels. À aucun moment Trump n'évoque Joe Biden comme cible de quoi que ce soit, ni qu'il souhaite que l'enquête ne permette de l'impliquer.

Les Démocrates étayèrent leur dossier en accusant Trump de retarder le versement d'une aide militaire américaine pour mieux influer sur le Président ukrainien, mais les Ukrainiens n'apprirent le retard dans le versement des fonds que plus d'un mois après le coup de fil...

Pour finir, et c'est sans doute le plus douloureux à admettre pour certains, Joe Biden n'est pas un "adversaire politique" de Trump. À l'heure actuelle, Joe Biden n'est rien de plus qu'un citoyen américain comme les autres. Il n'a pas de mandat depuis 2017 et la fin de sa vice-présidence. Il n'est pas le candidat démocrate faisant face à Trump - le processus d'investiture du parti démocrate a à peine commencé, et compte encore 18 prétendants.

En prétextant qu'on s'attaque au processus démocratique, M. Biden fait seulement référence à des sondages d'opinion dans lesquels il est bien placé, et rien de plus. Ses piètres prestations lors des débats montrent d'ailleurs que rien n'est joué.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur la façon dont le scandale a éclaté - et dont certains démocrates semblent en avoir su plus que tout le monde avant même que le "lanceur d'alerte" de la Maison-Blanche ne trouve un écho dans les médias - mais le fait est que juridiquement, le dossier est vide.

Une petite enquête

Peut-être avez-vous remarqué que lorsqu'un "scandale dérangeant" éclate (un scandale dérangeant est un scandale qui pourrait impliquer une personnalité idéologiquement proche du journaliste) l'accent est toujours mis sur le cheminement du scandale, et jamais sur le scandale lui-même.

Transposé ici, cela revient à poser la question: que s'est-il passé avec Hunter Biden en Ukraine? Qu'est-ce que c'est que cette histoire de procureur déposé et d'enquête annulée?

Hunter Biden eut en Ukraine une carrière pour le moins météorique. Deux mois après avoir été chassé de la Navy pour consommation de cocaïne, et après avoir rendu à Hertz Arizona une voiture de location en oubliant une pipe à crack dedans, Hunter Biden, qui n'avait pas la moindre expérience dans le secteur de l'énergie, fut nommé en mai 2014 au Conseil d'Administration de la société Burisma, en Ukraine, pour un salaire annuel de 600'000 dollars. Là-bas, il put siéger aux côtés d'un revenant de la CIA, Joseph Cofer Black.

Tous ceux qui pensent que sa nomination doit quelque chose à son père, alors Vice-Président des États-Unis d'Amérique, ne peuvent être que des cyniques se complaisant dans la médisance. Et lorsqu'une campagne anti-corruption fut lancée en Ukraine, visant notamment Burisma, le risque de conflit d'intérêt entre le père et le fils ne se posa pas davantage, puisque la Maison Blanche dirigée par Obama décréta qu'il en était ainsi.

Par un curieux hasard, l'enquête contre Burisma se termina abruptement avec le renvoi du Procureur général ukrainien Viktor Shokin, en charge des investigations, par le président ukrainien Poroshenko. La raison invoquée est officiellement que M. Shokin n'avait pas assez avancé dans ses enquêtes. Viktor Shokin a une autre explication et la livre dans un témoignage du 4 septembre 2019:

6. [Le Président] Poroshenko me demanda de démissionner à cause de la pression exercée par l'Administration US, en particulier de Joe Biden, qui était le Vice-Président des États-Unis. Biden menaçait de retenir le versement d'un milliard de dollars de subsides destinés à l'Ukraine jusqu'à ce que je perde ma charge.

8. La vérité est que j'ai été forcé de partir parce que je menais une enquête sur la corruption de grande ampleur sur Burisma Holdings ("Burisma"), une entreprise de gaz naturel active en Ukraine, et dont le fils de Joe Biden, Hunter Biden, occupait un siège au Conseil d'Administration.

9. À plusieurs occasions le Président Poroshenko me demanda de regarder où en était l'enquête sur cette société et de considérer la possibilité de diminuer les actions en rapport avec cette compagnie, mais je refusai de clore l'enquête. (...) [Poroshenko] parlait avec emphase de l'arrêt de mes investigations concernant Burisma. Quand je répondis par la négative, il dit que les USA (via Biden) refusaient de libérer un milliard de dollars promis à l'Ukraine. Il me dit qu'il n'avait pas d'autre choix que de me demander ma démission.

10. Quand Poroshenko [me] demanda de démissionner, il me présenta la chose comme une action faite pour le bien du pays, et avec laquelle je devrais être d'accord, et aussi comme un geste patriotique. J'acceptai de donner ma démission sur cette base.

11. Après ma démission Joe Biden fit une déclaration publique, affirmant - et même se vantant - de m'avoir fait licencier. C'est alors qu'il devint clair que la véritable raison de mon départ était mes actions en rapport avec Burisma et l'intérêt personnel de Biden dans cette société (...)


Peut-être est-ce là le témoignage d'un homme aigri, avide d'accuser un innocent comme Joe Biden. Peut-être. Mais ceux qui croient cela feraient mieux de changer d'avis rapidement, au risque de passer pour des imbéciles. Les faits ont été confirmés de façon décontractée par Joe Biden lui-même, le 23 janvier 2018, devant un parterre de journalistes. Et tout a été filmé.

Donnons une transcription des citations les plus significatives:

J'allais à Kiev pour, je pense, la douzième ou la treizième fois. Et j'étais supposer annoncer qu'il y aurait encore une garantie de prêt d'un milliard de dollars. Et j'avais obtenu la promesse de Poroshenko et de Yatsenyuk qu'ils prendraient les mesures contre le procureur du gouvernement. Et ils ne l'avaient pas fait.

Alors ils me dirent qu'ils l'avaient fait - ils ressortaient d'une conférence de presse. Et je dis "Non, je ne vais pas - nous n'allons pas vous donner ce milliard de dollars. Ils dirent, vous n'avez pas autorité. Vous n'êtes pas le Président. Le Président a dit - Je leur dis, appelez-le [rires dans le public]. Je dis, je vous l'affirme, vous n'allez pas avoir le milliard de dollars. Je vais partir d'ici dans, je pense que c'était dans cinq ou six heures. Je les ai regardés et je leur ai dit: Je m'en vais dans six heures. Si le procureur n'est pas viré, vous n'aurez pas l'argent." Bien, fils de pute [rires dans le public]. Il a été viré. Et ils mirent à sa place quelqu'un qui était sérieux à ce moment.


N'importe quel journaliste faisant un travail d'information pourrait facilement trouver et montrer les éléments rassemblés dans ce billet. Aucun ne le fera. Les journalistes ne font pas un travail d'information, mais de propagande.

La triste réalité est que, selon un schéma convenu, les Démocrates reprochent à Trump exactement ce qu'ils ont fait en Ukraine, et en pire. Joe Biden a utilisé l'argent des contribuables américains comme un moyen de chantage pour faire pression sur un gouvernement ami pour limoger un innocent, dans le but de faire cesser une enquête anti-corruption gênante parce qu'elle pouvait atteindre un membre de sa famille.

Tout cela est prouvé, étayé, documenté, et même filmé.

Les Démocrates américains et les médias semblent croire que le grand public est trop stupide pour se rendre compte par lui-même qu'on essaye de l'enfumer avec un dossier anti-Trump aussi minable. Le futur de la procédure de destitution du Président Trump, et la cote du Parti Démocrate américain aux prochaines élections, nous diront ce qu'il en est.

15 août 2014

La guerre commence

L'Ukraine affirme avoir détruit une partie d'une colonne de blindés en provenance de Russie:

L'Ukraine affirme que ses troupes ont attaqué et partiellement détruit un convoi armé qui a franchi la frontière depuis le territoire russe.

Les troupes régulières ukrainiennes ont engagé [en combat] les véhicules qui sont arrivés pendant la nuit à travers une section de la frontière tenue par les rebelles, annonça à Kiev Andrei Lysenko, porte-parole des forces militaires du pays, à des journalistes. Les soldats ukrainiens sont toujours sous le feu de l'artillerie, y compris de tirs venus de Russie, dit-il.


Le Guardian britannique avait déjà rapporté la violation de la frontière ukrainienne par des unités militaires russes cette nuit. Un grand bravo à tous les visionnaires qui n'imaginaient pas de sitôt une guerre territoriale sur le continent européen...

Mise à jour (17 août 2014): Et non finalement la vraie guerre ne commence pas. La colonne de blindés russes observée par des journalistes anglais et détruite après de violents combats semble s'être purement et simplement volatilisée - des médias en tous cas. Même Zerohedge en perd son latin.

Il est vrai qu'il n'est dans l'intérêt de personne que le conflit ne s'embrase. Ni la Russie, qui souhaite garder l'apparence de la moralité après avoir annexé la Crimée, ni l'Ukraine, qui n'a certainement pas les moyens de s'opposer à une offensive russe de grande ampleur.

Nous sommes toujours dans la drôle de guerre. Mais les nombreux morts sont, eux, bien réels.

13 mai 2014

Ukraine, minuit moins cinq

Ce dimanche 11 mai, la population de l'Est de l'Ukraine était invitée à décider du projet d'autonomie du Donbass, région composée des provinces de Donetsk et de Lougansk. 7,3 millions de personnes étaient appelées aux urnes. L'objectif était de se prononcer sur la "souveraineté étatique" de ces républiques autoproclamées et entériner la rébellion qui perdure depuis des semaines.

ukraine,russie,guerre,manoeuvres politiquesLe oui l'a emporté à 89% à Donetsk et à 94% à Lougansk. Le taux de participation a atteint 75%.

Riche de sa longue tradition de mépris pour la démocratie, l'Union Européenne s'empressa de décréter par la voix de Catherine Ashton, porte-parole de sa diplomatie, que les résultats ne valaient rien. On le sait, en Europe et jusqu'en Suisse, les décisions populaires ne comptent pas lorsque leur résultat n'est pas convenable, auquel cas le choix réel se décide entre l'oubli pur et simple du scrutin, ou sa répétition à une date ultérieure jusqu'à ce que la bonne réponse sorte des urnes.

Pas un journaliste pour faire remarquer à Mme Ashton qu'elle est encore moins légitime que la décision des pro-russes en Ukraine, n'ayant été élue par personne.

A Kiev, capitale d'un pays en déliquescence conquise par des révolutionnaires aux accointances troubles, le ministère des affaires étrangères du régime fantoche prétendit que le référendum était "juridiquement nul" et n'aurait "aucune conséquence juridique pour l'intégrité territoriale de l'Ukraine". Il y a des humoristes qui s'ignorent.

Oleksandr Tourtchynov, président par intérim avec lui-même, annonça quant à lui que cette consultation n'était qu'une "farce criminelle" financée par la Russie. M. Tourtchynov ne vise que le maintien de l'ordre jusqu'au 25 mai, environ et la farce criminelle de sa propre réélection financée et adoubée par l'UE.

Là encore, pas un journaliste pour lui demander par qui il avait été élu.

La démocratie ukrainienne est si belle que chacun s'en réclame tant qu'il se charge du scrutin. Mais une communication décente implique un minimum de cohérence: si l'Est rebelle de l'Ukraine est trop proche de la guerre civile pour organiser dans le calme un vote le 11 mai sur quelque objet que ce soit, on ne voit pas très bien par quel miracle il serait capable d'atteindre exactement le même objectif deux semaines plus tard pour une prétendue élection présidentielle.

On comprend bien le message en filigrane: il y a les bons scrutins (la présidentielle) et les mauvais (l'indépendance). M. Tourtchynov a brillamment gagné ses galons de grand démocrate européen.

D'où une supposition: M. Tourtchynov préparait peut-être une consultation populaire au cours de laquelle la situation à l'Est aurait été tellement confuse que les votes de la région n'auraient pu être décemment comptabilisés. On peut tracer le lien avec la guérilla incohérente qu'infligent actuellement quelques commandos ukrainiens aux villes de l'Est. Malheureusement pour lui, les insurgés pro-russes lui coupèrent l'herbe sous le pied avec une grande intelligence en procédant à leur propre consultation avant cette date, dans le calme, et avec des résultats remarquables.

Bien entendu, il n'y avait pas "d'observateurs internationaux" de l'OSCE, nous dit-on. Depuis quand leur présence est-elle le gage de quoi que ce soit? En verra-t-on dans les banlieues françaises pour les élections européennes? Combien en aurait-il fallu pour surveiller les votes de sept millions de personnes? Quelle garantie aurait pu avoir la population locale de leur objectivité à eux?

Retenons bien tous les reproches adressés aux indépendantistes de l'Est afin de voir de quelle légitimité l'élection présidentielle pourra se prévaloir...

En réalité, peu importe ses imperfections et la mauvaise foi de ceux que son résultat dérange, le scrutin du 11 mai marque un tournant décisif dans l'effondrement de l'Ukraine. Depuis, nous pouvons conclure deux choses.

ukraine,russie,guerre,manoeuvres politiques1. Moscou ne fait pas tout. Ancien du KGB, Vladimir Poutine est un président manipulateur et sans le moindre scrupule, mais l'ampleur de la fraude nécessaire pour organiser un faux scrutin avec un résultat pareil est inenvisageable. Les médias russes offrent un éclairage particulier de la crise ukrainienne, dira-t-on poliment, mais celui-ci se compare largement à la désinformation continuelle des médias d'Europe de l'Ouest sur la même crise, dont l'épisode récent des vrais-faux espions de l'OSCE est le plus emblématique.

La Russie a une armée, des forces spéciales et des services secrets, mais rien qui suffise à investir une zone de cent mille kilomètres carrés et des villes de plusieurs milliers d'habitants sans que personne ne puisse prouver leur implication, ni susciter la moindre riposte locale. Il faut se rendre à l'évidence, la population pro-russe - ou amenée à le devenir face aux pitoyables rodomontades de Kiev - rejoint de son plein gré le giron de la Russie.

2. La guerre va éclater. Aucun Ukrainien ne veut d'une guerre civile, mais les dirigeants autoproclamés de la place Maïdan en ont décidé autrement. Fort de l'appui qu'ils pensent tirer de l'Union Européenne et des Américains, il ne laisseront probablement pas les provinces de l'Est leur échapper. Les tentatives de restaurer une armée de conscription ont lamentablement échoué? Peu importe, ils utilisent désormais des mercenaires de l'ex-Blackwater. Les prêts du FMI arrivent à point nommé pour payer la solde...

L'embrasement du conflit semble déjà écrit. Une montée en puissance progressive de la riposte de Kiev contre ce qui est qualifié de "principaux foyers d'insurrection terroriste" ; des débordements et quelques tueries de civils plus ou moins accidentelles amenant les dirigeants des provinces séparatistes à implorer l'aide de Moscou ; Vladimir Poutine répondant à cet appel, sachant qu'il est impensable pour les Russes d'assister au massacre de compatriotes de langue et de culture juste à leur frontière. Les militaires du Kremlin entreront dans l'Est de l'Ukraine, accueillis comme des libérateurs...

Sur la version ukrainienne de l'horloge de la fin du monde, il est minuit moins cinq, minuit étant le déclenchement d'une guerre.

A ce stade, on voit mal comment quiconque pourrait l'empêcher.

03 mars 2014

Ukraine: analyse

L'avenir sombre que je prédisais à l'Ukraine il y a quelques jours s'est précipité. Sur la base d'une liste de questions-réponses, voilà mon analyse de la situation et de la stratégie de Vladimir Poutine.

La Russie a-t-elle déclaré la guerre à l'Ukraine?

ukraine,vladimir poutine,guerreOfficiellement, non, pour le peu d'importance que cela peut avoir. A mon sens, la ligne a été franchie quand 6'000 soldats des forces militaires russes sans marquage d'uniforme sont entrés sur le territoire ukrainien de Crimée pour prendre le contrôle des points névralgiques.

La Russie a-t-elle le droit de s'inviter en Crimée ou ailleurs en Ukraine?

La Crimée était un territoire russe dont la gestion administrative a été assignée à l'Ukraine en 1954 sous Khrouchtchev, alors que l'Ukraine et la Russie étaient quasiment fusionnées dans l'URSS. La région s'est retrouvée par le hasard de l'histoire du côté urkainien lorsque l'URSS s'est effondrée. Il n'existe pas de frontière parfaite en ce bas-monde mais clamer que la Crimée "fait naturellement partie" de l'Ukraine est aussi faux que de clamer que la Crimée "fait naturellement partie" de la Russie: ce sont de grossières approximations. Les deux parties en présence ont des arguments défendables.

Sur le strict plan du "droit d'ingérence international" défendu par certains politiciens, les troubles ayant eu lieu en Crimée sont évidemment dérisoires comparé à une occupation militaire. Il n'y a pas eu de massacre de masse, d'attentats, de guerre civile ni même de problèmes sérieux justifiant une intervention urgente pour préserver l'ordre public. La Russie n'avait donc pas un droit particulièrement solide à s'inviter en Crimée, ce qui ne l'a pas gênée outre mesure.

L'Ukraine est-elle condamnée à la partition?

Avec le contrôle russe de la Crimée, la partition est une réalité. L'Ukraine a perdu la Crimée. La question ouverte concerne destin des provinces de l'est de l'Ukraine. Tout n'est pas joué mais ces territoires pourraient suivre le même chemin.

En Crimée vivent 12% de Tartares farouchement anti-russes, survivance historique de la population de la péninsule ayant échappé aux déportations de Staline. Cette minorité est la plus susceptible de provoquer des troubles, mais ceux-ci auront pour seul effet de légitimer l'intervention russe puisque Poutine se présentera en gardien de l'ordre face au chaos si ses forces armées venaient à quitter le territoire.

Le destin des régions à forte majorité russophone de l'est de l'Ukraine est plus délicat. Dans ces zones, des habitants pro-russes ont "spontanément" manifesté pour demander leur rattachement à la Russie, mais les ethnies sont plus mélangées qu'en Crimée et la majorité n'est pas aussi nettement pro-russe. Les régions sont aussi plus facilement atteignables par des forces militaires venues de Kiev.

Le risque d'embrasement régional n'est pas nul, mais se limiterait pour l'instant à un affrontement ukraino-russe.

Les Européens et les USA vont-ils agir?

Pour l'instant la riposte occidentale se limite à ne plus inviter la Russie au G8. On imagine mal pareilles mesures de rétorsion faire reculer Poutine.

ukraine,vladimir poutine,guerreSur le plan militaire, les options sont maigres. Les Européens n'ont ni les moyens financiers, ni les moyens militaires, ni même une volonté politique suffisante pour s'opposer aux forces russes. Les USA ont des moyens militaires, mais ceux-ci sont déployés sur bien d'autres théâtres d'opération. Impliquer l'OTAN aurait de toute façon des répercussions incalculables. Après la révolution de février, l'Etat ukrainien est paralysé, au moins jusqu'aux élections prévues en mai. L'armée ukrainienne est en déshérence depuis des décennies. L'Etat n'a plus un sou en caisse. Les défenseurs de l'Ukraine dans ses frontières récentes n'ont donc guère d'arguments militaires à faire valoir.

De leur côté, les Russes sont financièrement en difficulté eux aussi mais leur armée a été moins négligée, ils disposent de bases sur place et enfin ils tiennent la Crimée. Plus le temps passe, plus la Russie est en position de force pour entériner une annexion de fait.

Le point central de toute opération de ce type est l'acceptation de la nouvelle situation par les populations locales. De ce point de vue, pour les Russes l'opération est un succès. Le sentiment national est faible en Ukraine, la faute à des gouvernements successifs avivant les tensions ethniques alors qu'ils faisaient monter les enchères entre l'Union Européenne et la Russie pour mieux continuer leurs détournements. Les militants de la place Maïdan à Kiev ont beau s’époumoner "Ukraine Unie", les russophones de Crimée ne l'entendent pas de cette oreille. Ils sont bien contents d'être passés sous le contrôle de Moscou.

Jusqu'où ira la Russie?

L'Ukraine étant en faillite, Poutine a dû faire la part des choses. Quitte à faire une croix sur des milliards d'arriérés de paiement de l'Ukraine envers la Russie - selon les contrats gaziers léonins signés par la "passionaria de la révolution" Ioulia Timochenko! - s'emparer de la Crimée était pour Poutine une simple façon de s'indemniser en se payant sur la bête. L'Ukraine ne s'en sort d'ailleurs pas si mal puisqu'elle a désormais une excuse parfaite pour renoncer à payer sa dette.

Héritier de l'époque soviétique (il était agent du KGB) Poutine raisonne en termes de frontières, de rapport de force, et d'image. Il a estimé que les Occidentaux étaient faibles, divisés et réticents à réagir, et donc qu'il n'encourrait pas grand-chose à impliquer militairement la Russie sur des territoires limitrophes. C'est un jeu dangereux mais jusqu'ici il s'est avéré payant. Je doute fort que Poutine rapatrie ses soldats sans avoir reçu des milliards de dollars au titre des arriérés de paiement ukrainiens, il pourrait même pousser le bouchon jusqu'à réclamer une indemnité pour avoir maintenu la paix en Crimée! Mais l'avenir des bases militaires russes en Ukraine serait définitivement compromis, donc je n'y crois guère.

Il faut surtout espérer que Poutine s'arrêtera là. Sinon, les dirigeants d'autres régions russophones ou à forte minorité russophone hors de Russie (je pense par exemple aux pays baltes) peuvent s'inquiéter...

Quelle sortie de crise possible?

Dans le meilleur des cas, la Russie aura gagné la Crimée et l'Ukraine soldé sa dette d'une façon peu enviable. Quelques régions limitrophes pourraient changer de main pacifiquement à l'issue de référendums régionaux d'autodétermination. Il faut espérer que les exactions des majorités sur les minorités (Russes contre Ukrainiens à l'est, Ukrainiens contre Russes à l'ouest) et les déplacements de population seront réduits au minimum.

Dans le pire des cas, Kiev tentera de défendre l'intégrité du territoire ukrainien - au mépris du désir des populations régionales concernées, j'insiste - et l'est de l'Ukraine sombrera dans la guerre conventionnelle et la guerre civile, avec un niveau d'implication indéterminé de l'Union Européenne et des Etats-Unis sous l'égide de l'OTAN. L'Ukraine étant un pays en sous-développement et dotée d'un gouvernement à la très faible légitimité au sortir d'une révolution, cette hypothèse est heureusement peu probable, malgré les rodomontades des manifestants de Kiev.

La Russie occupe depuis six ans le territoire de l'Ossétie du Sud après avoir agressé unilatéralement la Géorgie sous des prétextes cousus de fil blanc, sans subir aucune forme de sanction internationale. Poutine a simplement adapté ce scénario à l'Ukraine.

24 février 2014

Cette Ukraine dont personne ne veut

Vladimir Poutine avait-il un sourire crispé à la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi? Difficile à dire, tant le vieux requin russe a l'habitude de se contenir.

Les jeux olympiques ont été un indéniable succès - non seulement sur le plan sportif, mais aussi sur le plan de l'image de marque, unique raison d'être de la manifestation. Poutine s'est investi personnellement pour ces jeux. Il souhaitait donner à la Russie une marque de grandeur et de respectabilité à la hauteur de son engagement.

vladimir poutine,ukraine,russie,manoeuvres politiquesIl n'avait certainement pas prévu que 24 heures plus tôt des manifestants hostiles à la Russie renverseraient le gouvernement pro-russe d'Ukraine, alors que tous les projecteurs du monde braqués sur la Russie l'empêcheraient d'arborer toute autre attitude que son visage de cire habituel. Un chapitre de plus à écrire dans le grand livre des griefs de la Russie contre le monde entier.

La façon dont le dirigeant se serait fait cueillir est d'autant plus remarquable qu'elle renvoie à sa propre invasion militaire de la Géorgie, dûment planifiée en 2008 au beau milieu des Jeux Olympiques de Pékin. Une revanche du Karma?

Viktor Ianoukovitch, président ukrainien déchu, n'était certes pas un valet de Moscou ; pro-russe mais méprisant Poutine, il n'aurait sans doute pas offert le voyage aux chars russes pour une "normalisation" de la situation, style soviétique. Mais, opportuniste en diable, il restait malgré tout la meilleure carte dans la main du Kremlin. En tenant encore un peu au pouvoir il aurait pu appeler au secours en dernière extrémité, donnant au président russe l'excuse tant attendue pour intervenir ouvertement. Las! Il négocia trop tôt pour s'enfuir ensuite. Toute intervention russe sera désormais plus difficile à justifier, ou réclamera de laisser pourrir la situation ukrainienne à un niveau dangereux pour l'Europe de l'Est.

Reste à savoir quoi faire de l'Ukraine - question lancinante pour quiconque souhaite se pencher sur le lit de mort d'une nation en voie d'effondrement.

Personne pour souhaiter conduire la locomotive du train fou? Quand même Ioulia Timochenko annonce quelques heures après sa libération qu'elle n'est pas intéressée par le poste de premier ministre, on est en droit de s'interroger. Faut-il que la situation soit critique pour que même des oligarques renoncent à un pouvoir offert en cadeau!

Et la situation est, à tous points de vue, désastreuse. Les tensions sont à leur comble entre l'ouest ukrainophone et nationaliste et l'est russophone et russophile. Deux tiers / un tiers de 46 millions d'habitants - et d'innombrables régions où ils se côtoient et qui seront les premières à sombrer dans un chaos sanglant si une étincelle venait à mettre le feu aux poudres.

Sauver l'Ukraine? La question est autant "qui pourrait le faire" que "qui en aurait les moyens". L'Ukraine est virtuellement en faillite comme sa compagnie gazière Naftogaz. Le régime de Ianoukovitch ne tenait qu'avec la promesse russe d'une ristourne massive sur le prix du gaz et d'un crédit de 15 milliards de dollars - une somme astronomique qui pourrait avoir fait reculer Poutine au dernier moment, sachant que la Russie n'est elle-même pas en grande forme. Les Européens, eux, ne mettaient sur la table que 610 millions d'euros et invoquent le FMI comme une divinité païenne. Quant aux Américains, ils affichent leur clairvoyance habituelle en pensant que l'ONU pourra recoller les morceaux.

vladimir poutine,ukraine,russie,manoeuvres politiques,viktor ianoukovitch,ioulia timochenkoL'Europe est trop ruinée pour la soutenir. Les Etats-Unis sont trop loin de leur sphère d'influence. Quant à la Russie... A-t-elle les moyens de se payer l'Ukraine entière ou Poutine préférera-t-il simplement agrandir son pays de la partie russophone? A moins qu'il ne laisse l'Ukraine sombrer pour de bon dans un premier temps, histoire de montrer aux autres Républiques de l'ex-Union soviétique les conséquences d'une rébellion contre des régimes favorables à Moscou.

Difficile de prédire l'avenir de l'Ukraine, sauf à déclarer qu'il est sombre. Dans le meilleur des cas, nous aurons droit à une faillite en bonne et due forme, avec ses conséquences incertaines sur la finance mondiale et l'approvisionnement en gaz de toute l'Europe de l'Est. Dans le pire, une nouvelle guerre civile aura lieu à quelques heures de vol de capitales européennes si fières, pensent-elles, de dessiner le destin du continent.

Aujourd'hui, chacun s'attache à exprimer sa "préoccupation" sur la situation en Ukraine. Pourtant, personne, pas même les Ukrainiens, ne semble croire que le pays survivra longtemps sous sa forme actuelle.