12 août 2016

La fin sans gloire de l'Obamacare

Que de chemin parcouru depuis la laborieuse introduction de l'assurance santé "universelle" signée par Obama en 2010!

Il n'est pas question ici de revenir sur les innombrables péripéties qui émaillèrent sa mise en place: la question de sa conformité avec la Constitution américaine, son incroyable complexité, les pannes informatiques liées à son lancement, son peu de succès auprès des catégories qu'elle était censée aider, et ainsi de suite - il y aurait de quoi écrire plusieurs ouvrages. Il s'agit simplement de témoigner de la trajectoire du programme, présageant de son effondrement prochain sous sa forme actuelle.

Et n'allez pas croire qu'il s'agisse d'une n-ième promesse de campagne d'un candidat à l'élection présidentielle. Sur ce sujet précis il importe peu que le prochain président soit Hillary Clinton ou Donald Trump ; Obamacare semble surtout condamnée à s'effondrer sous son propre poids.

Comment en est-on arrivé là? Pour simplifier, Obamacare est un mécanisme de redistribution étatique permettant à des gens d'accéder à une assurance maladie alors qu'ils n'en auraient, théoriquement, pas les moyens. Pour parvenir à cet objectif, Obamacare prévoit d'équilibrer les "bons risques" avec les "mauvais risques", arrosant le tout d'une bonne louche d'argent des contribuables pour inciter davantage de gens à participer à cette redistribution.

Sur le papier on aurait pu croire que le système puisse au moins faire illusion quelques temps, mais ce n'est pas le cas. Seulement 11 millions de personnes achetèrent une assurance au travers de ce mécanisme en 2016, alors que les projections officielles tablaient sur 21 millions - simplement parce que les jeunes, les "bons risques" censés équilibrer le système, ne furent pas au rendez-vous. Comment les impliquer alors qu'ils choisissent simplement de ne payer aucune assurance, s'estimant en bonne santé et capable de couvrir leurs frais? Pour eux, difficile de trouver un système plus avantageux que l'absence de primes!

Résultat? Les primes prennent l'ascenseur, comme le montre ce tableau des hausses de l'année 2016:

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Des hausses annuelles moyennes allant jusqu'à 40%...

Les entreprises sont elles aussi impliquées, puisqu'à partir d'une certaine taille elles doivent souscrire à un programme Obamacare pour leurs employés ou faire face à des pénalités. Face à l'augmentation des coûts de la "santé abordable", nombre d'entre elles préfèrent payer les amendes. L'Obamacare se transforme peu à peu en une simple taxe sans plus de rapport avec la santé.

Selon The Hill, le prochain Président américain pourrait avoir à faire face à un effondrement de l'Obamacare dès sa prise de fonction en janvier:

[Larry Lewitt, de la Kaiser Family Foundation] et d'autres experts avertissent que si les chiffres d'adhésion ne s'améliorent pas cette année, d'autres assureurs pourraient jeter l'éponge. Cela provoquerait un impact majeur sur le marché, menant à une augmentation des primes et à encore plus de gens incapables de participer.

Cette année déjà, de nombreux assureurs annoncent des hausses substantielles des primes dans l'espoir de s'y retrouver face à la récente augmentation des coûts de la santé. La hausse de prime moyenne pour l'an prochain est d'environ 9%, selon une analyse de 17 grandes villes effectuées par la Kaiser Family Foundation. Mais certaines hausses sont bien plus élevées: Blue Cross Blue Shield a annoncé des augmentations de respectivement 40% en Alabama et 60% au Texas.


On pourrait naturellement en vouloir aux méchants assureurs qui ne cherchent bien sûr qu'à gagner de l'argent, mais ce serait bien mal comprendre le problème. Légalement obligées d'accepter toutes les demandes en participant au programme, plusieurs sociétés perdirent des centaines de millions de dollars avec Obamacare. Pour de simples raisons de survie économique, elles choisissent désormais de renoncer à couvrir certains États, voire de se retirer de ce marché. L'offre se réduit donc comme peau de chagrin, ainsi que l'espoir d'une concurrence amenant "plus de choix, plus de compétition et, dans de nombreux cas, de meilleurs prix" comme l'annonçait le Président Obama.

Obamacare sera définitivement enterrée lorsque plus aucune société d'assurance ne voudra y prendre part, ou lorsque les primes seront si élevées qu'elles dépasseront le tarif d'une assurance-santé habituelle. On se dirige rapidement vers les deux.

On ne sera pas surpris d'apprendre qu'Hillary Clinton prévoit de "renforcer" le système en le modifiant en profondeur avec encore plus de subventions pour les gens pour qui il devient progressivement inabordable, et un système de remboursement direct pour les premiers milliers de dollars de santé dépensés par les familles sous Obamacare, conséquence des carences des plans premier prix auxquelles elles souscrivent. Donald Trump, de son côté, prévoit simplement de mettre un terme à un système fondamentalement intenable.

La surprise n'est pas de voir Obamacare échouer, mais de le voir échouer si vite.

22:39 Publié dans Monde, Politique | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : usa, santé |  Facebook

06 août 2016

Donald Trump, éternelle cible

Quiconque lisant les médias au sujet Donald Trump finira immanquablement par arriver à l'une de ces deux conclusions:

  • Donald Trump est, au minimum, l'antéchrist. L'individu est cinglé, idiot, malhonnête et il s'agit là des qualificatifs les plus présentables. Son élection comme représentant du Parti Républicain est invraisemblable, inexplicable, et n'illustre rien d'autre que la stupidité intrinsèque des électeurs américains de droite, et par extension de tous ces fous d'Américains.
  • Donald Trump est la cible d'une campagne de calomnie absolument sans précédent. Dans un mélange de haine et de terreur, les médias travaillent d'arrache-pied à le démolir, fouillant dans ses poubelles et montant en épingle la moindre anecdote pour nuire au personnage ou à sa famille. Dans l'affrontement entre Clinton et Trump, toute déontologie a été jetée par-dessus bord et les rédactions travaillent ouvertement au succès de la candidate démocrate.

Le biais anti-Trump recopié par nos médias locaux avec un empressement servile trouve sa source outre-Atlantique. Le phénomène est si marqué qu'un éditorialiste poussa le bouchon jusqu'à la caricature, évoquant le candidat aux présidentielles comme "La Créature Démoniaque Surgie des Profondeurs de l'Enfer". Tout le monde comprit l'allusion.

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Plutôt que de s'acharner sur Donald Trump, les médias auraient pourtant de nombreux dossiers à traiter en examinant plus sérieusement les agissements récents de l'administration démocrate au pouvoir. Sous la férule de Barack Obama, l'homme qui décrète qui est qualifié pour être président, les États-Unis viennent de verser 400 millions de dollars en argent liquide étranger (Euro et Francs suisses, excusez du peu) à l'Iran pour la libération de quatre otages américains retenus là-bas.

Sur la fin de son mandat, le président américain ment désormais sans retenue, expliquant avec condescendance que les USA ne versent "jamais" de rançon. Mais le porte-parole de la Maison Blanche refusa de répondre à une simple question, à savoir, l'avion rapatriant les otages décolla-t-il de Téhéran avant l'atterrissage de celui transportant les millions? S'il eut été souhaitable d'obtenir ce détail de la bouche d'un officiel, la vérité est connue. Avant de pouvoir décoller, les otages attendirent sur le tarmac des heures durant que l'argent arrive. Rien à voir avec une rançon, n'est-ce pas!

Toujours sur l'Iran, nous apprenons via l'agence de presse AP que l'accord visant à limiter les capacités d'enrichissement nucléaire n'empêche en réalité rien du tout. Le deal largement négocié par la précédente Secrétaire d’État aux affaires étrangères, Mme Clinton, permettra au pays de disposer dans moins de dix ans, en toute légalité, de centrifugeuses tellement puissantes que l'intervalle entre une décision d'enrichissement militaire et l'obtention d'une bombe nucléaire se réduira à quelques mois.

Hillary Clinton est aussi impliquée dans la direction de Lafarge, une société industrielle française qui versa de l'argent à l’État Islamique et acheta vraisemblablement de son pétrole. La relation entre Mme Clinton et Lafarge, régulière donatrice à la Fondation Clinton, est une vieille histoire ; dans les années 80 déjà, la firme offrait un emploi à la politicienne au moment même où la CIA s'en servait comme couverture pour exporter des armes à un certain Saddam Hussein, nous apprend Wikileaks.

usa,médias,donald trump,hillary clinton,obama,manoeuvres politiques,iranLa bonne vieille guerre d'Irak fait d'ailleurs un retour sur le devant de la scène avec une des dernières anecdotes montées en épingle par les médias sur Donald Trump, la fameuse affaire de la famille du vétéran. Pendant la Convention Démocrate noyautée par Hillary, la parole fut donnée à un certain Khizr Khan, père d'un soldat mort en Irak.

Appuyé en silence par son épouse voilée ("celle-ci doit selon l'islam obtenir l'autorisation de son mari pour s'exprimer", rappela Trump), Khan brandit un exemplaire de la Constitution et attaqua violemment M. Trump en affirmant qu'il ne l'avait jamais lue ni "consenti de sacrifice", et invita finalement tous les américains d'origine immigrée à voter en faveur d'Hillary Clinton.

Les médias s'empressèrent d'appuyer les propos de M. Khan et de l'inviter sur les plateaux de télévision. Eussent-ils fait preuve d'un zeste d'esprit critique, ils auraient pu relativiser son intervention:

  • Le fils de M. Khan, Humayun, était majeur en s'engageant dans l'armée. Le choix d'aller en Irak était sa décision propre, non celle de sa famille. Khizr Khan le soutenait-il? Rien n'est moins sûr, et Humayun n'est évidemment plus là pour en témoigner. Le terme de "sacrifice" implique que les parents auraient appuyé le choix de leur fils de s'engager, mais ne correspond guère aux propos tenus.
  • L'intervention américaine en Irak en 2003 a été formellement approuvée par un vote de Mme Clinton. A l'inverse, M. Trump s'est plusieurs fois distancié de cette décision. Il est d'ailleurs proprement hallucinant de voir tous les médias hurlant continuellement contre la guerre en Irak devenir si subitement silencieux maintenant que cet aspect est devenu gênant pour la candidate démocrate.

"À chaque fois que le président juge que l’entrée de n’importe quel étranger ou de n’importe quelle classe d’étranger aux États-Unis serait au détriment des intérêts des États-Unis, il peut par proclamation, et pour la période qu’il jugera nécessaire, suspendre l’entrée de tout étranger ou de toute classe d’étranger comme immigrants ou non-immigrants, ou imposer sur l’entrée des étrangers toute restriction qu’il pourra juger appropriée."


Depuis, un portrait un peu plus complexe émerge: des gens ont naturellement commencé à s'intéresser à Khizr Khan, et découvert que celui-ci avait un cabinet de conseil juridique tirant directement profit de l'immigration musulmane à destination des États-Unis. Mieux encore, cette immigration se faisait au travers du programme EB-5, lourdement critiqué par des membres du Congrès et des services de renseignement comme une faille permettant l'exportation de technologie sensible, d'espionnage économique, et son détournement par des agents de gouvernements étrangers et des terroristes... Lorsque ces premiers éléments commencèrent à émerger, M. Khan mit rapidement son site hors-ligne.

Il y aurait donc beaucoup à dire et à creuser sur ce qui se passe dans le camp démocrate, du côté d'Hillary Clinton et de la Maison-Blanche, avec de vrais scandales à la clef. Mais les journalistes d'investigation travaillent exclusivement à charge contre Donald Trump. Les médias ne mettent donc en première page que les piètres morceaux qu'ils parviennent à dénicher: quelques phrases du discours de la Première Dame inspirées d'un autre écrit huit ans auparavant, ou un éventuel permis de travail dont elle se serait passée il y a 21 ans, en attendant un prochain "article de fond" sur des amendes de stationnement...

Évidemment, les Américains ne sont pas dupes. La popularité continue de Donald Trump est aussi la marque de la perte d'influence des médias traditionnels en faveur d'Internet où toutes ces informations se diffusent bien plus librement, et c'est le principal enseignement à tirer de cette campagne.

Les journalistes de presse et de télévision ont beau crier leur haine du candidat républicain, qui les écoute encore? En Amérique, plus grand-monde.

06 juillet 2016

Le FBI pardonne à Hillary

comey_0.jpgDans une présentation attendue, le directeur du FBI James Comey a enfin donné le point de vue des autorités sur l'affaire des emails qui empoisonne la campagne présidentielle d'Hillary Clinton. Le FBI recommande au ministère de la Justice de n'entreprendre "aucune poursuite judiciaire" à l'encontre de l'ancienne secrétaire d'État.

Le texte intégral de l'intervention de James Comey se trouve en ligne sur le site du FBI.

La déclaration de M. Comey clôt des mois d'enquête et d'examens. André Archimbaud donne un résumé du contexte et des enjeux sur Boulevard Voltaire. Tout démarre avec l'attaque de Benghazi, où un ambassadeur américain réclamant en vain des renforts se fait assassiner par des commandos islamistes bien préparés. Après ce fiasco, l'opinion publique est abreuvée d'une fable rocambolesque où l'attentat n'aurait été qu'une "simple manifestation dégénérant en émeute", elle-même consécutive à la présence sur YouTube de la bande-annonce d'un film américain islamophobe. La mort du fonctionnaire entraîne la création de deux commissions d'enquête qui vont révéler bien des choses:

Le 11 août 2014, la seconde commission d'enquête découvre, après injonction, que seuls dix courriels sur Benghazi sont produits par le ministère... parce que l'ancienne secrétaire d'État utilisait un serveur privé pour les affaires d'État. Suspicion supplémentaire : au lieu de remettre le serveur aux enquêteurs, Hillary les inonde de dizaines de milliers de pages de photocopies... en spécifiant royalement que 30'000 courriels ont été détruits du fait de leur nature "privée". Intervention du FBI, qui exige poliment la remise du serveur... déjà effacé. On saisit alors le serveur de sauvegarde installé dans la salle de bains d'une micro-société de consultants, avant de passer à l'archéologie numérique : 100 employés du FBI sont sur le pont... sachant que le respect d'une multitude de lois et règlements fédéraux est en jeu, en particulier sur les secrets d'État.


L'affaire se termine donc, apparemment, en queue de poisson:

Le FBI a tranché: Hillary Clinton a fait preuve d'une "négligence extrême" en utilisant inconsidérément sa messagerie personnelle, via un serveur privé, lors de son passage à la tête du Département d'État, de 2009 à 2013, mais elle n'avait "pas l'intention de violer la loi".


Les partisans pro-Clinton seront aux anges, mais ils seront bien vulnérables face à des accusations de partialité de la justice. Rappelons juste quelques éléments contextuels:

  • La loi américaine exige l'utilisation d'une infrastructure spécifique pour les communications électroniques conduites dans le cadre d'un mandat officiel, pour des raisons de transparence, d'archivage, et de contrôle, et punit la destruction de preuves.
  • Par une heureuse coïncidence, le nom de domaine clintonmail.com utilisé pour les échanges de mail "privés" des Clinton fut enregistré le 13 janvier 2009, soit exactement huit jours avant que Mme Clinton ne soit officiellement nommée secrétaire d'État de l'administration Obama.
  • Mme Clinton a utilisé de grands moyens pour effacer ses archives, et a en partie réussi: de nombreux trous de plusieurs mois subsistent dans sa correspondance, notamment autour d'un voyage de Mme Clinton en Libye en 2011. Nous savons que ces lacunes existent parce que des traces d'e-mails envoyés durant ces périodes se retrouvent dans des conversations avec des tiers.
  • Malgré le nettoyage opéré par Mme Clinton, certains de ses mails montrent encore des échanges d'informations top-secrètes, et qui l'étaient déjà au moment de la conversation électronique. Les traces de 110 e-mails "classifiés" ont ainsi été retrouvées alors qu'elle avait affirmé la main sur le cœur qu'il n'y en avait aucun. La transmission d'informations classifiées est un crime fédéral.
  • La semaine dernière, Bill Clinton rencontra "par hasard" la ministre de la Justice Loretta Lynch (en charge du FBI) sur l'aéroport de Phoenix. Pendant les trente minutes d'un entretien informel, ils ne discutèrent que "de golf et de leurs enfants et petits-enfants", affirment-ils.
  • Le Président Obama est tout autant impliqué comme témoin ou complice, ayant entretenu des conversations électroniques avec Mme Clinton sur cet e-mail privé et étant donc parfaitement au courant de son existence.
  • En 2012 un ambassadeur fut sévèrement réprimandé par Mme Clinton, et ensuite licencié, pour avoir utilisé une adresse e-mail privée dans le cadre d'affaires professionnelles. Hillary Clinton signa elle-même, en 2011, un message enjoignant tous les ambassadeurs à ne pas utiliser des adresses privées dans le cadre de leurs activités professionnelles. Peut-on parler d'hypocrisie?

En résumé, Mme Clinton mit en place un serveur mail privé pour déroger délibérément aux obligations de transparence liées à son rôle officiel, s'en servit avec abandon et, une fois découverte, chercha à effacer toute trace compromettante.

usa,hillary clinton,james comey,justiceOn peut s'interroger sur ce qu'Hillary Clinton avait à cacher. Sa responsabilité dans le fiasco de Benghazi et le scénario échafaudé ensuite pour l'excuser, certainement. Mais aussi, sans doute, un mélange des genres assumé entre son rôle de secrétaire d'État, la fondation Clinton - qui n’a distribué "humanitairement" que 10% des fonds levés depuis sa fondation en 2001 - et la caisse politique des Clinton en vue, notamment, de la campagne d'Hillary pour l'élection présidentielle. Autrement dit, les e-mails manquants portent certainement la marque des innombrables trafics d'influence auxquels s'adonne le couple présidentiel le plus célèbre du monde.

Jamais la législation américaine n'a prévu que quelqu'un ne devrait pas être inculpé pour avoir violé la loi sans le savoir, sans même considérer la légèreté de l'excuse dans ce cas précis. Compte tenu d'autres affaires où les accusés n'ont pas bénéficié de la même mansuétude, il est évident que Mme Clinton a bénéficié d'un traitement de faveur.

La non-entrée en matière du FBI n'est donc pas surprenante. Malgré les dénégations de son directeur, c'est évidemment un verdict politique, le seul qui puisse épargner la candidate démocrate dans sa campagne électorale. Mais Hillary Clinton n'en sort pas indemne. Le grand public américain est bien plus au courant des tentants et aboutissants de cette affaire, et la décision du FBI suscite une indignation légitime.

Beaucoup de gens ont le sentiment qu'il y a une justice pour le bas peuple et une autre justice, infiniment bienveillante, pour les puissants ; difficile de les contredire. Lorsque Donald Trump qualifie continuellement Clinton de "crooked Hillary" (crooked pour malhonnête, véreuse, tordue...) sur Twitter, il n'est que l'écho du sentiment de nombreux Américains. Mme Clinton s'en sort peut-être indemne légalement, mais elle aura fort à faire jusqu'aux élections pour changer son image de politicienne corrompue, hypocrite et au-dessus des lois.

13 juin 2016

Le bar gay le plus triste d'Orlando

Le Pulse se définissait comme "le bar gay le plus chaud d'Orlando". C'est sans doute à cause de cette sulfureuse réputation qu'il fut pris pour cible ce douze juin par un fou d'Allah. L'homme ouvrit le feu sur la foule à l'arme automatique, tuant une cinquantaine de personnes et en blessant tout autant.

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Le bar du Pulse, avant.

Dans son allocution post-attaque, Barack Obama, versé dans le déni au point d'en faire une sorte de discipline olympique, trébucha sur l'obstacle ; ne réussissant pas à éviter d'employer le terme de terrorisme, il sauva son honneur de champion en titre en tentant dans les derniers mètres d'employer le terme "d'acte de terreur" à la place. Faisant jouer son expérience sur le reste du parcours, il esquiva habilement les mots "islam", "musulman", ou "État Islamique" pour réorienter le débat vers le droit de posséder une arme. La technique, bien exécutée, fut malheureusement trop dénuée d'originalité pour impressionner le jury ; le peloton de la presse mainstream, connu pour son suivisme, s'empressa néanmoins de recopier la stratégie dès le lendemain.

Quel dommage pour le Président américain! Il s'imaginait terminer son mandat dans le calme, travaillant à caresser dans le sens du poil les partisans de Bernie Sanders pour les réconcilier avec Hillary Clinton, candidate de la continuité par excellence, contre les méchants Républicains. Le script était écrit ; il n'y avait plus qu'à rabaisser Donald Trump et dénoncer son "simplisme", comme il s'évertuait à le faire depuis plusieurs mois. Certes, il sortait encore et toujours de son rôle institutionnel, mais de l'offensive fiscale contre les groupes du Tea Party à la mansuétude judiciaire dans les affaires concernant Mme Clinton, quel écart ne pardonne-t-on pas à l'administration Obama?

Mais voilà, les Etats-Unis viennent de subir la pire attaque terroriste sur leur territoire depuis les attentats du 11 septembre 2001. Toutes les attaques terroristes islamistes sur le territoire américain depuis cette date eurent lieu pendant un mandat du président Obama. Les LGBT, traditionnellement démocrates, sont mi-figue mi-raisin: ils font aujourd'hui l'expérience de la différence entre une posture de victime et une place, bien réelle, de victime. Les familles comptent leurs morts. Pas possible non plus pour eux de dénoncer les Républicains, les affreux chrétiens radicaux ou les armes automatiques, même s'ils essayent sans grande conviction. La tuerie du Pulse d'Orlando est bel et bien un acte homophobe commis par un extrémiste musulman, Omar Seddique Mateen - un de ces éléments de richesse dont l'Amérique, disaient-ils samedi encore, a tant besoin.

usa,donald trump,barack obama,terrorisme,islam,homosexualitéEn mode damage control, l'objectif est désormais de montrer que le tueur surgissait de nulle part. Manque de chance, M. Seddique Mateen, né à New York d'origine afghane, n'avait rien d'un inconnu pour les services américains:

Selon plusieurs médias américains, Omar Seddique Mateen, né à New York, vivait à environ 200 kilomètres au sud-est d'Orlando, dans la ville de Port Saint Lucie. Le sénateur de Floride Marco Rubio a indiqué sur CNN que l'auteur de la tuerie avait travaillé pour une compagnie de gardiennage. Omar Seddique Mateen, qui n'avait apparemment pas de casier judiciaire, avait attiré l'attention de la police à deux reprises, en 2013 puis en 2014, selon le Daily Beast.

Le FBI a confirmé avoir interrogé le jeune homme ces dernières années pour ses présumées «sympathies» islamistes mais que l'enquête n'avait jamais donné suite. Son chef à Orlando, Ronald Hopper, a révélé qu'Omar Mateen avait été interrogé à deux reprises: «Le FBI a eu connaissance de son existence quand il a fait des remarques à ses collègues laissant penser à d'éventuels liens avec des terroristes», a-t-il expliqué. Il avait une nouvelle fois attiré l'attention du FBI pour des liens avec un djihadiste kamikaze américain à l'étranger. «Au final, nous n'avons pas été en mesure de vérifier la substance de ses commentaires et l'enquête a été close», a poursuivi Ronald Hopper.


Mais des détails émergent sans cesse et brossent une fois de plus un portrait peu flatteur des agences de renseignement américain. Bien qu'interrogé trois fois (et non deux) par le FBI et inscrit sur un fichier de terroristes potentiels, Omar Mateen, qui battait sa femme, avait accès à une licence de port d'armes - et s'en servit encore la semaine précédant la tuerie. Employé depuis 2007 comme agent de sécurité dans la filiale américaine de G4S en Floride, une des plus grosses sociétés de sécurité de la planète, il avait accès à du matériel et de l'armement de pointe. Et son travail consistait incidemment à faire transporter des immigrés illégaux sur le territoire des Etats-Unis... Mais pas des Mexicains.

Omar Mateen appela les urgences juste avant de tirer, annonçant son allégeance au chef de l’État Islamique Abu Bakr al-Baghdadi. Il mentionna également les frères Tsarnaev, qui menèrent l'attaque terroriste du marathon de Boston. Son geste fut revendiqué par l'Etat Islamique lui-même un peu plus tard.

Abondamment cité par les médias, le père du tueur nia "tout lien" entre le crime de son fils et la religion ; mais ce père, Seddique Mateen, impliqué dans la politique afghane, critiqua le gouvernement pakistanais et soutint les Talibans. "Nos frères au Waziristan, nos frères guerriers du mouvement taliban et les Talibans afghans se soulèvent", affirmait-il dans une vidéo... Quel crédit apporter à pareil témoin de moralité?

Sur CNN, Christopher Hanson fit le récit d'une soirée virant à l'horreur: "Je n'ai vu aucun des tireurs. J'ai juste vu des corps tomber. J'étais au bar pour commander un verre, je suis tombé, j'ai rampé pour sortir. Les gens essayaient de sortir par derrière. Quand je suis arrivé dans la rue, il y avait du monde, du sang partout."

L'homosexualité est un péché mortel dans l'islam. Les LGBT de tous horizons devraient repenser quelque peu leurs accointances politiques.

16 mars 2016

Ce sera Donald Trump

La victoire de Donald Trump en Floride met probablement un terme au suspense des primaires républicaines. En emportant en mode winner take all les 99 grands électeurs associés à cet État de 20 millions d'habitants, M. Trump prend une telle longueur d'avance dans la course à l'investiture qu'il ne peut plus guère être rejoint.

Marco Rubio a d'ores et déjà jeté l'éponge.

Les derniers développements

usa,donald trump,électionsIl faut prendre la mesure de la Floride pour comprendre la victoire que Trump vient de remporter. Marco Rubio était celui qu'on tentait de présenter comme une alternative. Bien que Républicain et proche de la tendance Tea Party, Marco Rubio était récemment devenu la coqueluche des médias, ces derniers, il faut bien le dire, ayant largement épuisé le filon des nouveaux poulains à mettre sous le feu des projecteurs.

Marco Rubio est en Floride. D'origine cubaine, il est hispanique comme 20% des habitants de L’État. Il a été élu en novembre 2010 pour représenter l’État en question dans la Chambre du Sénat à Washington, ce qui donne une idée de sa popularité locale dans ce swing state - un état qui vote tantôt à gauche, tantôt à droite, marque de nombreux électeurs en théorie modérés et centristes. En début de campagne, Marco Rubio était soutenu par de nombreux supporters simplement parce qu'il "devait" logiquement remporter la Floride et qu'on n'a jamais vu homme politique remporter la présidentielle sans obtenir le soutien de cet État-clé.

Cela n'a pas suffit contre la tornade Trump. Non seulement ce dernier l'emporte, mais en plus, il l'emporte largement: 46% contre 27% pour Rubio. Trump l'emporte également en Caroline du Nord, en Illinois et au Missouri, quoique d'une courte tête face à Ted Cruz. Dans ce nouveau "super-mardi", seul John Kasich tire son épingle du jeu en arrachant l'Ohio - dont il est gouverneur - et ses 66 délégués. Mais même si les médias s'enflamment soudainement pour un n-ième candidat forcément plus fréquentable que Trump, cette victoire survient bien trop tard dans la campagne pour changer significativement les choses.

Le front des primaires républicaines s'est singulièrement éclairci. Seuls trois candidats restent en lice: Donald Trump, Ted Cruz et John Kasich. Au lendemain d'une victoire symbolique, ce dernier ne peut décemment pas se retirer tout de suite, mais son retrait paraît inévitable. Seul Ted Cruz semble pouvoir faire illusion encore quelques temps, même s'il vient de se faire étriller mardi en ne remportant pas le moindre État.

Trump, cet inconnu méprisable

En Europe, il est pratiquement impossible d'avoir la moindre information non biaisée sur Donald Trump. Le niveau de condescendance et de mépris est si proche de l'hystérie que le soutien - en masse! - des Américains à cet individu semble totalement incompréhensible, comme s'ils avaient été saisis d'une sorte de délire collectif. Il y a pourtant bien des raisons à sa popularité.

Certes, Trump dynamite le politiquement correct. Certes, un Trump européen est juste impensable - il aurait tôt fait de croupir en prison sur ce continent, condamné grâce à nos vigoureuses lois sur la "liberté d'expression". Mais Trump est un communicateur expert en accord avec son époque et ses moyens de communication, la télévision bien sûr, mais aussi Internet, ses réseaux sociaux et Twitter. Il en maîtrise les moindres ficelles.

De plus, et contrairement aux propos tenus par nombre de nos éditorialistes, il n'est ni superficiel, ni stupide. C'est sans doute ce qui fait le plus peur aux élites des deux côtés de l'Atlantique. Orgueilleux sans doute mais réel entrepreneur, il connaît le monde des affaires comme personne et porte un jugement sans appel sur la veulerie et la corruption de la classe politique - y compris celle de Mme Clinton.

Le canal TVLibertés fait œuvre de salubrité dans le débat en publiant mardi une vidéo des nombreux discours de campagne de Donald Trump depuis l'annonce de sa course à l'investiture. La séquence de 25 minutes représente un effort méritoire pour comprendre le point de vue authentique de M. Trump sur un certain nombre de sujets - l'immigration, la classe politique corrompue, l'interventionnisme militaire, la diplomatie - et ce qu'il espère accomplir à travers une présidence des États-Unis.

Si vous voulez avoir une idée objective de ce souhaite Trump plutôt que de vous contenter de la bouillie indigeste de propagande servie matin, midi et soir par absolument tous les journalistes, alors prenez le temps d'examiner cette vidéo sous-titrée en français.

M. Trump pourrait bien être le prochain président des États-Unis, cela vaut la peine de chercher un peu à comprendre son point de vue!

Panique républicaine

Trump représente un coup de poing contre le système, les élites, les lobbies, l'immobilisme, le trafic d'influence - tout ce qu'incarne Hillary Clinton. Ce rejet n'est pas limité au camp républicain. Ce n'est donc pas pour rien que celle-ci doit faire face à une autre révolte, à sa gauche cette fois-ci, par le biais de Bernie Sanders. Mais la plus grande menace sur la candidature de Donald Trump ne vient pas du camp démocrate.

usa,donald trump,électionsParce qu'il ne fait pas partie de l'appareil politique, parce qu'il n'a aucun respect pour les lobbies et connaît tous les rouages de la corruption politique pour s'y être adonné lui-même pendant des années en tant qu'entrepreneur immobilier, Donald Trump suscite une véritable terreur au sein des politiciens de carrière du Parti Républicain.

Officiellement bien sûr il s'agit simplement de trouver un "meilleur candidat", c'est-à-dire quelqu'un de plus "consensuel", pour "préserver les chances du camp républicain face à Mme Clinton". Qui veut tuer son chien l'accuse de la rage!

L'explication, cousue de fil blanc, repose sur des sondages qui accréditeraient une victoire probable d'Hillary Clinton en novembre dans un duel Clinton-Trump pour la présidence. Mais que valent ces sondages à huit mois du scrutin? La véritable campagne n'a même pas encore commencé. Lorsque Trump s'attaquera à Hillary Clinton, mieux vaudra ne pas traîner dans les parages. Quant aux sondages, si quelqu'un les a bien fait mentir jusqu'ici, c'est le bouillant homme d'affaire. Après tant de débats qui montrèrent la capacité de chacun, on voit mal comment John Kasich ou Ted Cruz, malgré leur qualités respectives, pourraient mieux galvaniser des Américains largement désabusés de la politique.

Car la force de Trump est là: il mobilise hors des cercles politiques établis, chez des gens qui ne votent pas habituellement, dont de nombreux dégoûtés du Hope and Change fallacieux servi par Obama. Des Américains normaux écœurés de l'immobilisme de Washington et de la crise économique dans laquelle ils se débattent depuis des années.

Trump est haï de l'establishment non seulement parce qu'il menace les élites et un bipartisme parfaitement artificiel, mais aussi parce qu'il semble désormais en mesure de l'emporter. La crainte qu'il inspire croît avec chaque nouveau délégué arraché pour la Convention républicaine. L'amusement des débuts a cédé la place à l'incrédulité, puis à l'inquiétude, puis à la panique.

À ce stade, il n'est pas exclu que certains pontes républicains franchissent le Rubicon et appellent carrément à soutenir Mme Clinton. Nous verrons s'ils osent aller jusque là.

15 février 2016

La Cour Suprême s'invite dans la campagne présidentielle américaine

Le décès à 79 ans du juge Antonin Scalia met sous le feu des projecteurs une fonction essentielle du président des États-Unis, nommer les membres de la Cour Suprême.

220px-Antonin_Scalia,_SCOTUS_photo_portrait.jpgLa fête de ce vendredi soir au Ranch de Cibolo Creek, un complexe hôtelier au sud de Marfa, devait être un moment de détente entre les quarante invités, mais personne ne s'attendait à ce que ce soit la dernière apparition publique du juge Scalia. Ses amis ne le voyant pas arriver au petit-déjeuner le samedi matin, l'un d'eux partit à sa recherche et le découvrit mort dans sa chambre. Il semble décédé durant la nuit de causes naturelles.

Nommé par Ronald Reagan, le juge Scalia (Justice Scalia selon le titre donné aux membres de la Cour Suprême) était un esprit fidèle à la Constitution américaine, partisan d'un droit direct et intelligible par le commun des mortels. Dans son style particulier, incisif et souvent drôle, il s'alignait naturellement avec les opinions les plus conservatrices au sein du collège, dont le juge Clarence Thomas et le Chief Justice Roberts, actuel président de la Cour.

Sans surprise, le portrait d'Antonin Scalia brossé de ce côté de l'Atlantique est largement négatif: décrit comme conservateur, catholique "traditionaliste", on devine l'esprit borné. N'était-il pas d'ailleurs convaincu de la constitutionnalité de la peine de mort et défenseur de la détention d'armes individuelles? Opposé à l'avortement, à l'union homosexuelle et à la discrimination positive? Pas un journaliste pour comprendre qu'il s'agissait moins des positions de l'homme que d'une compréhension tout à fait banale de la Constitution américaine par le juge, à la portée de tout un chacun d'ailleurs...

Mais ce quiproquo plus ou moins involontaire entre les opinions personnelles d'un magistrat et la source du droit qu'il était chargé d'interpréter est au cœur du problème qui attend la prochaine Cour Suprême et les États-Unis dans leur ensemble - à brève échéance.

La Cour Suprême, un rôle central

La Cour Suprême américaine représente le faîte du pouvoir judiciaire des États-Unis. On ne peut pas faire appel de ses décisions. Elle peut également annuler des décisions politiques importantes. A l'opposé de constitutions truffées de formules générales de nombreux pays, la Constitution américaine définit aussi précisément que possible le rôle de l’État, c'est-à-dire ses prérogatives et son périmètre. Il ne peut, ou en tout cas ne devrait pas, les dépasser ni s'en attribuer de nouvelles. Les droits des Américains sont quant à eux protégés par un socle de droits fondamentaux, les fameux Amendements du Bill of Rights.

Comprendre et respecter la Constitution américaine revient donc à contenir l'évolution naturelle de l’État - comme de toute bureaucratie - à se mêler de domaines divers et variés sans aucune limite. La Cour Suprême a donc avant tout un rôle de gardien face à une évolution positiviste du Droit où le Gouvernement américain, s'éloignant de ses fonctions régaliennes, tend à légiférer sur des aspects toujours plus nombreux de la vie des Américains.

De ce fait, le rapport de force au sein du collège des juges est moins important que la majorité absolue. Tant que les constitutionnalistes tiennent le haut du pavé, la Constitution américaine signifie encore quelque chose ; que les constructivistes l'emportent et elle sera détruite, brisée par des réformes contraires à l'esprit des Pères Fondateurs qui se retrouveront pour toujours ancrées dans la jurisprudence.

Ces deux camps se retrouvent le grande partie, mais pas complètement, dans le clivage droite-gauche. Les Républicains sont en général respectueux de la Constitution, alors que les Démocrates la voient comme un papier à la seule valeur historique. Les seconds reprochent d'ailleurs continuellement aux premiers de s'abriter derrière la Constitution pour les empêcher de mener à bien les réformes qu'ils envisagent pour la société.

Les gauchistes des deux côtés de l'Atlantique se réjouiront sans doute de la nomination d'un candidat "progressiste", "libéral" ou "réformiste" qui permettrait par exemple de réglementer la possession d'armes à feu. Mais il faut bien comprendre que si ce Droit lié au 2e Amendement est modifiable, il en sera alors de même pour d'amendements, comme le droit de connaître les raisons de son arrestation, l'interdiction de la torture, ou le droit à la liberté d'expression... Une perspective qui s'avère immédiatement plus inquiétante.

Le relativisme constitutionnel n'a pas de limites!

Les grandes manœuvres

La disparition d'Antonin Scalia change de nombreux équilibres au sein de l'appareil judiciaire américain. La Cour Suprême, temporairement réduite à 8 membres, rend par exemple des jugements sans valeur de jurisprudence aussi longtemps qu'elle ne retrouve pas un effectif complet. Mais le plus important a naturellement trait aux rapports de force au sein de l'institution.

Les juges sont nommés par le président et exercent un mandat à vie. Ils peuvent néanmoins démissionner. Ainsi, ils prennent généralement leur retraite à un âge avancé, si possible lorsqu’un président issu de leur sensibilité occupe la Maison Blanche. Avant le décès d'Antonin Scalia, 5 juges avaient été nommés par un président républicain, 4 par un démocrate ; même si la réalité est plus nuancée (rappelons-nous que le collège actuel a approuvé l'Obamacare) les factions constitutionnalistes / constructivistes se retrouvent désormais à 4 contre 4.

Sans surprise, dès l'annonce du décès du juge, Barack Obama se lança dans la bataille en voyant là une opportunité historique de faire basculer l'institution. Il annonça qu'il nommerait un successeur au juge Scalia dans les plus brefs délais. Décidé à pousser son avantage, Barack Obama ne souhaite pas attendre les élections de la fin de l'année qui verraient peut-être le succès d'un candidat républicain ; mais la partie n'est pas gagnée.

La nomination doit en effet passer entre les mains du Sénat pour la confirmation des candidatures de juges à la Cour suprême. Son président républicain, Mitch McConnell, qui fixe le calendrier du Sénat, a déclaré que le juge Scalia ne devrait pas être remplacé avant les élections présidentielles de l'automne. Nous verrons s'il parvient à tenir cette position jusqu'en novembre.

Si Barack Obama échoue dans ses projets, le choix reviendra donc aux citoyens américains. La question est donc moins le nom du remplaçant de M. Scalia que de savoir qui le nommera.

Si les 54 sénateurs républicains tiennent bon, ce sera aux Américains de décider lors de l'élection présidentielle. Hillary Clinton? Bernie Sanders? Donald Trump? Un autre? Quand les citoyens voteront, ils décideront bien davantage que le chef de l'exécutif. Par extension, ils se prononceront également sur la composition du collège des juges de la Cour Suprême, donc les différentes interprétations à donner à la Constitution ; et donc, finalement, les droits dont ils entendent disposer face à leur gouvernement.

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