27 mars 2017

La bataille de l'Obamacare

Le projet de réforme de l'Obamacare a été repoussé la semaine dernière, faute d'avoir rassemblé une majorité suffisante au parlement américain. Les médias en profitèrent pour libérer une joie sauvage: "un politicien complètement inapte", "gouverner est dur, dur, dur", "une leçon" lancèrent des journaux américains goulûment reproduits dans la presse européenne.

La RTS se distingua particulièrement dans l'approche partisane. Un premier reportage samedi après l'annulation du vote lança quelques mots-clés soigneusement choisis, "échec cuisant", "abandon", "défaite", ou le "réflexe" de "rejeter la faute" avant de tresser des lauriers à l'Obamacare. S'ensuivit une inévitable analyse de Pierre Gobet, qui surenchérit sur "l'affaiblissement" du Président, "l'ampleur de son échec" et sa "démonstration d'impuissance". N'en jetez plus!

Il est à peu près inenvisageable d'avoir une présentation correcte de la situation par l'entremise des médias mainstream. Pour commencer, si la réforme de l'Obamacare vient d'échouer, il ne s'agit que d'une première tentative. Rien n'empêche les Républicains d'en faire une autre - et ils en feront une autre.

usa,santé,donald trump,manoeuvres politiquesInutile de le nier, ce contretemps est un revers pour Donald Trump. La réforme de l'Obamacare était tellement importante à ses yeux que c'est le premier Ordre Exécutif qu'il signa après son accession à la présidence le 20 janvier. Ce faisant, et conformément à la séparation des pouvoirs, il confia le dossier à la branche législative de l'État américain, c'est-à-dire au Congrès et en son sein au chef de la majorité républicaine Paul Ryan.

Il est donc important d'éclairer le lecteur sur ce point essentiel: s'il a bien sûr collaboré avec le Congrès dans ses travaux, Donald Trump n'a aucune responsabilité directe dans l'élaboration du projet de loi qui vient d'être repoussé. Il n'est ni doté du pouvoir législatif, ni responsable de la majorité parlementaire républicaine, ni chef du parti. Tous les reportages et les articles qui présentent donc ce rejet comme un échec personnel - à commencer par appeler la réforme "Trumpcare" - entretiennent délibérément la confusion auprès du grand public sur les rôles et les responsabilités de chacun, juste pour le plaisir d'associer Trump à l'échec.

Mais revenons à cette réforme de l'Obamacare.

Obamacare, le Monstre Gentil

L'Obamacare, de son vrai nom Patient Protection and Affordable Care Act, est né du travail de la majorité démocrate sous la présidence Obama. L'abus de langage est le même que pour le Trumpcare, à ceci près que Barack Obama était plus qu'heureux de s'approprier le nom d'une réforme qu'il avait appelée de ses vœux.

Malgré les aspirations du pouvoir, l'accouchement fut difficile: il fallut onze mois de travaux après l'élection du Président Obama en 2008 pour arriver à faire passer un texte, dont la mise en place s'étala longuement suite à des recours juridiques. Les dispositions de la loi n'entrèrent en vigueur que le 1er octobre 2013 pour une application à partir de 2014.

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Qu'apporte Obamacare, en pratique? Pour obtenir un résumé dithyrambique, il suffit de consulter n'importe quel média - par exemple Euronews:

L'Obamacare a rendu obligatoire pour toute compagnie d'assurance santé de proposer au minimum 10 garanties essentielles, notamment les urgences, l'hospitalisation, l'accouchement et la prise en charge du nouveau-né, la santé mentale, les prescriptions médicales... Elle permet aux jeunes de rester sur la police d'assurance de leurs parents. Elle oblige aussi tous les chefs d'entreprise qui emploient plus de 50 salariés à souscrire une assurance pour leurs salariés. Elle a élargi la couverture des plus âgés par Medicaid et aidé financièrement les revenus les plus modestes à financer leur couverture santé.


Trop occupés à tout peindre en rose, les journalistes n'expliquent évidemment pas les mauvais côtés d'Obamacare, qui contribuèrent largement aux échecs électoraux démocrates au Congrès. L'assurance-santé est en effet assortie des mécanismes socialistes habituels, souscription obligatoire et subventions, qui passent très mal auprès d'une opinion publique attachée à sa liberté de choix. Les subventions d'Obamacare pèsent ainsi à hauteur de plusieurs centaines de milliards de dollars sur le budget fédéral - et Obamacare n'en est encore qu'à ses débuts.

Mais quels que soient les qualités et les défauts qu'on lui trouve, Obamacare a un autre problème: elle est condamnée à l'effondrement à brève échéance. La faiblesse est structurelle. Les assurés "aidés", toujours plus nombreux, font grimper la facture collective ; les assurés "aidants" se retirent, quitte à payer des amendes, parce que les primes deviennent trop chères. Le déséquilibre s'aggrave avec le temps, poussant les derniers contributeurs à fuir. C'est ainsi que dans certains États les primes ont plus que doublé. Au bout du compte, même les sociétés d'assurance se retirèrent du créneau pour éviter la ruine.

Dans la grande tradition socialiste, Hillary Clinton aurait bien sûr trouvé un moyen de "sauver" Obamacare - plus d'impôts, plus de redistribution, et plus de pénurie en mettant à la charge des assurés leurs premiers milliers de dollars annuels de dépense de santé. Cette dérive n'aura pas lieu avec Trump. Il a déjà prévenu qu'en cas d'échec de la réforme, il laisserait Obamacare s'effondrer sur sa lancée, prenant bien soin de préciser que les Démocrates portent l'entière responsabilité de l'échec d'un système non viable.

Manœuvres au Capitole

Une fois confiée au Congrès, il devint assez vite clair que la volonté de réforme du Président Trump ne déboucherait sur rien. Les Démocrates rejetèrent l'idée même de participer à une réforme. Les Républicains commencèrent à s'affronter sur la meilleure marche à suivre - réformer Obamacare avant ou après le budget, l'annuler ou la modifier - puis ensuite sur le contenu du American Health Care Act proprement dit.

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Source: Townhall.com

Dans ces joutes, un homme eut une influence prépondérante: Paul Ryan, le chef de la majorité républicaine dans les chambres. Seuls quelques médias nommèrent le projet "Ryancare", bien que cette appellation soit rigoureusement exacte. La réforme de l'Obamacare est largement son œuvre.

Républicain réputé centriste, Paul Ryan fait partie avec John McCain et de nombreux autres de l'aile gauche du Parti républicain - une proportion non négligeable de politiciens qui s'opposèrent à la candidature de Donald Trump et travaillèrent même à la faire échouer. La réforme traduit fidèlement leur état d'esprit: une légère retouche de l'Obamacare, presque cosmétique, qui fit dire à Steve Bannon, conseiller du Président, que le nouveau texte avait "l'air d'avoir été dicté par les compagnies d'assurance".

Respectant scrupuleusement la séparation des pouvoirs, Donald Trump se garda bien de toute immixtion dans le processus législatif. Celui-ci mit au jour les divisions au sein du Parti Républicain: d'un côté les collectivistes qui aimaient bien Obamacare et voulaient la sauver, notamment pour préserver la manne de subventions fédérales arrivant dans leurs États, de l'autre les Républicains orthodoxes tendance Tea Party qui souhaitaient tout laisser tomber. Au milieu les Républicains indécis naviguaient à vue.

La bataille fut rude sur les réseaux sociaux. Dans les cercles républicains, nombreux furent les Internautes à exprimer leur dégoût face à une réforme n'allant pas assez loin et laissant en place les aspects les plus liberticides d'Obamacare. D'autres reprochèrent au Président de soutenir un résultat aussi peu ambitieux. Tous firent part de leur déception face à des élus républicains chantant le refrain de la "fin de l'Obamacare" depuis 2009 pour assurer leur élection, et livrant un si piètre résultat au pied du mur.

Sans surprise, le texte finit par mourir de sa belle mort avant de passer au vote. Les divergences étaient trop irréconciliables au sein du Parti Républicain. Et c'est une victoire tactique pour Trump.

À Malin, Malin et demi

Trump n'est pas né de la dernière pluie et, comme George W. Bush en son temps, s'avère bien plus intelligent que la plupart de ceux qui le critiquent. La réforme de l'Obamacare était la première étape de ses grandes réformes et, en cas d'échec, l'occasion en or de diminuer l'influence des socialistes au sein du Parti Républicain.

La réforme prévue par les Républicains était tellement faible que c'est un soulagement qu'elle ait été repoussée. Si elle était passée, les Américains auraient eu à subir un Obamacare 2.0 décevant, voté par la majorité républicaine et quasiment intouchable. La déception aurait été immense et le découragement tout aussi grand.

Mieux valait pas de réforme qu'un texte à moitié cuit. Mais Paul Ryan est sérieusement affaibli. Pour lui, c'est un échec personnel. Des voies appellent à sa démission du poste de porte-parole de la majorité. On peut imaginer que Trump ne se battra pas beaucoup pour le retenir.

Des batailles difficiles devront être menées, notamment pour la réforme fiscale sachant que les coûts d'Obamacare sont toujours inscrits au budget. Il y aura encore des parties à jouer finement, l'essentiel était qu'Obamacare s'effondre sans qu'on puisse en faire porter le chapeau à Trump, ce à quoi toutes les rédactions travaillent déjà.

Pour Trump, il s'agit d'avancer, de laisser Obamacare s'écrouler et de repartir sur des bases saines. Il ne cache rien et s'en est exprimé sur son compte Twitter. Fait inhabituel, il prit même la peine de transmettre un message identique par le biais du compte Twitter officiel de la Présidence des États-Unis:

"Obamacare va exploser et nous construirons et nous aurons ensemble un superbe plan d'assurance-santé pour LE PEUPLE. Ne vous inquiétez pas!"


La prochaine étape sera donc l'explosion de l'Obamacare. Elle sera spectaculaire et donnera sans doute lieu à de nouveaux débordements de fake news par les médias officiels. Comptons sur Pierre Gobet pour défendre les couleurs de la RTS dans la compétition...

07 mars 2017

Obamagate et Vault 7

Deux termes promettent de faire le buzz ces prochains jours - Obamagate et Vault 7 - et pourraient bien façonner le futur de la politique aux États-Unis.

Ces deux termes sont liés.

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L'Obamagate

Chaque mois voit surgir son -gate - un nouveau scandale baptisé selon le Watergate originel, l'affaire qui mena le président Richard Nixon à la démission pour avoir tenté de poser des micros pour espionner ses concurrents démocrates dans l'immeuble qui donna son nom au dossier. Depuis, tous les journalistes et les blogueurs sont sur les rangs dans l'espoir de révéler un complot du même ordre de magnitude.

Ils ont été dépassés par Donald Trump, qui a révélé le scandale lui-même samedi dans une série de tweets assassins [1, 2, 3, 4]:

  • Terrible ! je viens de découvrir qu’Obama a mis la Trump Tower sur écoute juste avant la victoire. Rien trouvé. C’est du Maccarthysme!
  • Est-ce normal, pour un président en exercice, de mettre sur écoute une course à la présidentielle avant une élection? Demande une première fois refusée par un tribunal. Une NOUVELLE BASSESSE!
  • Je parie qu’un bon avocat pourrait faire un beau procès avec le fait que le Président Obama a mis sur écoute mes lignes téléphoniques en octobre, juste avant l’élection!
  • À quelle bassesse le président Obama est descendu pour mettre mes téléphones sur écoute durant la période sacrée du processus électoral. C’est du Nixon/Watergate. Sale type (ou taré)!

Depuis, l'affaire est progressivement dévoilée. Barack Obama aurait tenté à trois reprises entre juin et octobre de mettre Trump sur écoute, mais aurait échoué à obtenir l'autorisation de la justice. Sa demande fut rejetée même par la Cour de Surveillance du Renseignement Étranger des États-Unis, la FISA, ce qui est extrêmement rare. Mais, mentant à la cour en cachant que la surveillance s'étendrait jusqu'à Trump, il obtint finalement gain de cause et put procéder à l'espionnage de la campagne républicaine et de son candidat.

Un président américain en exercice abusant de ses pouvoirs pour espionner un rival à la veille d'une élection? C'est très exactement un remake du Watergate, à ceci près que l'immeuble en question est la Trump Tower. Seul bémol, les rôles sont inversés. Nixon pouvait être descendu en flammes sans modération, il était républicain et espionnait des Démocrates. Déontologie journalistique oblige, pas question de réserver le même traitement à un président démocrate espionnant un Républicain!

Depuis, les médias se couvrent donc (une fois de plus...) de ridicule en refusant mordicus de suivre les accusations du président américain en exercice. On critique donc Trump en parlant "d'allégations sans preuves" - alors même que depuis des mois les médias critiquent Trump pour ses prétendus liens avec la Russie sur nulle autre base que des allégations sans preuves. On explique que M. Obama a nié ses accusations à travers son porte-parole - comme si des gens capables de telles vilenies allaient tout avouer benoîtement devant la première caméra de télévision venue. On fait venir sur les plateaux de télévisions des experts exprimant toute "l'invraisemblance" des accusations de Donald Trump - alors que les preuves abondent que Barack Obama a espionné dans un but politique de nombreux individus pendant son mandat, dont des journalistes américains.

En fait l'espionnage de ce qui se passait dans la campagne de Trump est tellement de notoriété publique que l'information fut diffusée... Sur la première page du très démocrate New York Times, le jour de l'inauguration du Président!

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La première page du New York Times du 20 janvier - maintenant et selon le même journal,
l'accusation d'espionnage est désormais une "pure invention".

(cliquez pour agrandir)

Vault 7

En attendant que des commissions d'enquête mettent au clair tous les détails de cette affaire, la dernière ligne de défense du Président Obama et de son ex-administration est de clamer qu'ils n'avaient pas le droit, et qu'ils se sont donc évidemment abstenus, d'espionner des citoyens américains.

Le mythe d'Américains protégés par leur Constitution et de services de renseignements uniquement tournés vers l'extérieur est tombé depuis longtemps, mais certains aveugles volontaires continuaient de le prétendre, en grande partie pour absoudre l'Administration Obama de ses nombreuses dérives. Aujourd'hui, un énorme paquet de documents classifiés révélés par Wikileaks montre qu'il n'en est rien, depuis plusieurs années. Sous le nom énigmatique de Vault 7, l'organisation pour la transparence montre, documents à l'appui, le degré de sophistication et l'étendue proprement délirante de l'espionnage domestique par les États-Unis.

Le fantasque ex-patron de MegaUpload, Kim Dotcom, très intéressé par les questions de vie privée, résume dans quelques tweets [1, 2, 3] certaines trouvailles révélées par ces milliers de documents:

  • La CIA dispose de techniques permettant de donner l'apparence que des cyber-attaques proviennent d'un pays ennemi. Cela tourne en PLAISANTERIE les allégations de la CIA d'un piratage de la Convention Démocrate par les Russes.
  • SCOOP: La CIA peut transformer les Smart TV, les iPhones, les consoles de jeu et de nombreux autres gadgets de grande consommation en systèmes d'écoute. #Vault7
  • Obama a accusé la Russie de cyber-attaques pendant que sa CIA transformait tous les appareils connectés en Russie en micro-espions. Wow!

Le code et les documents révélés aujourd'hui montrent que les services de renseignement américains sont capables d'écouter les conversations depuis à peu près n'importe quel appareil connecté doté d'un micro, qu'il s'agisse d'un ordinateur, d'un smartphone, voire d'une télévision connectée, et ce même s'ils sont en veille. Ils sont aussi capables d'obtenir les informations encryptées transmises par les applications "sécurisées" usuelles comme WhatsApp, Signal, Telegram, Wiebo, Confide ou Cloackman simplement en piratant le smartphone où ces applications sont installées avant que le chiffrement ne soit appliqué.

Les dernières illusions sur le secret des communications viennent de voler en éclats. Et ce sont ces gens qui auraient eu des scrupules à espionner M. Trump pour des motifs politiques?

Nul doute que les scandales ne font que commencer. À terme, il faudra à l'ancien président Obama peut-être plus qu'une simple dénégation pour sortir indemne de toutes les dérives qui ont eu lieu sous son égide.

22 février 2017

Donald Trump contre le Deep State

Fraîchement nommé dans l'équipe Trump, le Conseiller à la Sécurité Nationale Michael Flynn fut poussé à la démission le 13 février 2017. Le motif de son départ reste sibyllin: il aurait donné au vice-président Mike Pence des informations "incomplètes" sur ses discussions téléphoniques avec l'ambassadeur de Russie durant la période de transition.

En réalité, M. Flynn n'est que la première victime d'une longue guerre qui oppose Donald Trump d'un côté et le Deep State de l'autre.

À l'origine du Deep State

Qu'est-ce que le Deep State? En français, on l'appellerait l'État dans l'État - une bureaucratie enkystée, puissante, inamovible, contre laquelle la volonté de réforme des politiciens élus, forcément transitoires, finit immanquablement par se fracasser comme l'écume sur les rochers.

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Le Deep State américain est probablement assez ancien mais s'enracina en particulier grâce au triste manque de clairvoyance d'un Président que l'on n'aurait jamais imaginé dans ce rôle, Ronald Reagan. Avant lui, la coutume voulait que tous les fonctionnaires fédéraux soient limogés à la faveur d'un changement de majorité. Le candidat vainqueur débarquait avec des milliers de nouveaux employés pendant que les précédents pliaient bagages. C'est pour cela que l'on parlait, et que l'on parle toujours par abus de langage, de "l'Administration" du Président - comme si chacun venait repeupler Washington, D.C. avec les siens.

Tout cela changea avec Roland Reagan. Reagan annonça pendant sa campagne présidentielle qu'il mettrait fin à une pratique privant des milliers de gens de leur travail au lendemain d'une élection, et tint sa promesse. Il nomma bien sûr des Secrétaires d'État et des fonctionnaires de haut niveau à ses côtés, mais le reste de l'appareil fédéral resta intact. La pratique fut perpétuée par ses successeurs. Un geste humaniste permit ainsi l'émergence progressive d'une caste de fonctionnaires carriéristes et finalement inamovibles.

Les Démocrates avaient annoncé la couleur dès le lendemain de leur défaite contre Trump, lorsqu'une haute responsable du parti rappela aux militants pour leur garder espoir: "Nous gardons encore une minorité de blocage au Sénat, et le contrôle de l'administration."

Pourquoi le Deep State est-il marqué à gauche? La réponse tient au point de vue fondamentalement antagoniste des Démocrates et des Républicains sur le rôle de l'État. Pour les premiers, il est un outil au service de leur cause ; pour les seconds, un mal nécessaire qu'il s'agit de contenir. Aux États-Unis comme ailleurs, les fonctionnaires verront donc d'un fort mauvais œil un parti visant à diminuer leur nombre. De même, les plus fortes phases de croissance de l'État sont souvent la marque de politiques collectivistes assez classiques, pendant lesquelles les nouveaux venus ont souvent le profil idéologique adéquat.

Le Deep State américain est donc profondément enraciné et hostile aux valeurs incarnées par Donald Trump.

Le Deep State aujourd'hui

La page Wikipédia du Deep State américain (en anglais) a été créée le 7 janvier 2017. Elle décrit dès le départ quelques tentacules possibles de l'entité:

Selon Philip Giraldi, le noyau du pouvoir est centré sur le complexe militaro-industriel, la communauté du renseignement et Wall Street, tandis que Bill Moyers pointe du doigt les ploutocrates et les oligarques. Le Professeur Peter Dale Scott mentionne également les entreprises pétrochimiques ("Big Oil") comme joueur clé, alors que David Talbot se concentre sur les officiers de la Sécurité Nationale, en particulier Allen Dulles.


Toute l'opposition à Trump ne relève pas du Deep State, loin de là. Hollywood, les médias, certaines entreprises de la Silicon Valley ou le Parti démocrate lui-même sont des adversaires résolus de Trump. C'est leur droit le plus strict, mais le Deep State fait ici référence à autre chose: une partie de l'État qui renie son devoir de servir pour miner et contester l'administration en place. Nous en avons un aperçu avec la démission de Michael Flynn.

usa,donald trumpMichael Flynn est un ancien général d'armée. Il était haï par les adversaires de Trump parce qu'il entendait traiter la Russie en adversaire et non en ennemi, et parce qu'il identifiait clairement l'islam radical comme la source de nombreux problèmes du monde.

Pendant la "phase de transition" entre les Administrations Obama et Trump, des journalistes reçurent des informations - des fuites vraisemblablement organisées depuis l'intérieur des services de renseignement - impliquant des conversations téléphoniques entre Michael Flynn et Sergey Kislyak, l'ambassadeur de Russie aux États-Unis. Ces discussions portaient sur une éventuelle atténuation des sanctions par l'Administration Trump.

Les médias attaquèrent en prétextant une violation du Logan Act, exhumant pour l'occasion une loi de 1799 visant à interdire l'établissement d'une "diplomatie parallèle" et qui ne fut jamais employée pour poursuivre le moindre citoyen américain. Michael Flynn expliqua au Vice-Président Mike Pence que ces discussions n'avaient pour but que de préparer une conversation téléphonique entre Donald Trump et Vladimir Poutine.

Vint alors une seconde attaque, plus violente. Les services de renseignement firent remonter l'information selon laquelle Flynn serait désormais "potentiellement vulnérable à un chantage russe". La raison? Il aurait été "flou" sur la teneur exacte de ses propos avec l'ambassadeur... Propos d'autant plus faciles à analyser qu'ils furent gracieusement fournis aux journalistes!

Souhaitant éviter d'embourber la jeune Administration Trump dans un scandale, Michael Flynn démissionna, contre l'avis du Président. La démission de l'ancien général fut immédiatement présentée comme une preuve de sa duplicité.

Les adversaires de Trump purent sabler le champagne - ils venaient de faire leur première victime. Les partisans de Trump y virent des signes plus inquiétants: l'espionnage des membres de l'Administration par leurs propres services de renseignement et la fuite régulière d'informations secrètes auprès de médias engagés.

Notons qu'à ce stade, outre que M. Flynn n'a pas été mis en cause par la justice, le grand public n'a jamais réussi à lire une transcription de la fameuse conversation entre lui et M. Kislyak. Nous devons nous contenter de ce qu'en disent les journalistes.

Disons-le franchement, l'éviction de Michael Flynn relève de motifs dérisoires - des services secrets montant un dossier au nom de l'éthique alors qu'ils avaient piraté jusqu'au téléphone portable d'Angela Merkel... L'affaire montre en tout cas l'implication du Deep State dans une guérilla soutenue contre un gouvernement qui peine à se mettre en place sous les assauts des médias et de l'opposition démocrate.

Une issue incertaine

usa,donald trumpLa bataille qui s'annonce entre Donald Trump et le Deep State sera brutale, et déterminera probablement le succès ou l'échec du mandat du Président. Parviendra-t-il à ramener les services de renseignement américains sous son contrôle?

L'affrontement sera d'autant plus difficile à mener que le Deep State a des alliés jusque dans le camp républicain. L'affaire grotesque du dossier russe - qui s'est écroulée depuis - eut lieu grâce à John McCain, un ennemi intime de Donald Trump, en mèche avec de nombreux agents du renseignement.

McCain et Trump ont beau appartenir au même parti, à peu près tout les oppose. Mais John McCain n'est pas un énième militant anti-Trump. Il est élu au Congrès depuis 34 ans, dont 30 au Sénat. Il préside la puissante Commission des Armées, qui gère notamment les 600 milliards de budget annuel du Pentagone. Il fut candidat républicain en 2008 à l'élection présidentielle, témoignage de la force de ses réseaux à l'intérieur du Grand Old Party.

L'éviction de Michael Flynn eut au moins le mérite de faire comprendre à Donald Trump qu'il avance sur un terrain miné. Ses ennemis ne lui feront pas de cadeau. Les "fuites" soigneusement organisées risquent de se poursuivre pendant tout son mandat.

De par sa nature, le Deep State vise à traverser le temps et les vents contraires. Il est bâti pour résister à des événements défavorables comme l'élection de Donald Trump. Il s'est renforcé pendant des décennies. Sur le papier, les chances de victoire de Donald Trump paraissent bien faibles ; mais ce dernier a aussi prouvé à maintes reprises qu'il était homme à déjouer les pronostics.

30 janvier 2017

Dix jours de Donald Trump

Il n'aura fallu que dix petits jours au nouveau président républicain des États-Unis pour complètement changer l'orientation de l'administration américaine. Fidèles à leur ligne de conduite, les médias se concentrèrent sur des peccadilles comme la popularité de son inauguration ou le fait que Trump n'ait pas salué les journalistes en embarquant dans Air Marine One, alors que le vrai changement était ailleurs, dans les Executive Orders.

Les Executive Orders sont des décrets que le Président signe pour donner une orientation à son gouvernement, ou légiférer dans les domaines qui relèvent de sa responsabilité directe comme la politique migratoire. Barack Obama en usa et en abusa alors qu'il essayait de forcer sa politique malgré l'obstruction d'un Congrès tombé aux mains des Républicains, mais Donald Trump promit au cours de sa campagne d'y mettre bon ordre en les annulant lorsqu'il parviendrait au pouvoir.

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En réalité, il fit bien davantage. Joignant le geste à la parole, Donald Trump signa trois Executive Orders dès le jour de son inauguration. Ils furent suivis de nombreux autres - et auront bien plus de conséquences sur la marche des États-Unis que les sujets choisis par les médias pour critiquer la présidence Trump.

Parmi les nombreux Executive Orders de ces derniers jours, citons:

  • Un décret visant à "diminuer la charge économique" de l'Obamacare. Celui-ci fut le premier signé par Trump et une importante promesse de campagne. Ce décret ouvre la voie à une refonte de l'Obamacare, sur laquelle travaille désormais le Congrès à majorité républicaine.
  • Le gel de toute nouvelle réglementation.
  • Le retrait des États-Unis du TPP (le Partenariat Trans-Pacifique), un traité de libre-échange négocié par Obama avec 11 pays de la zone Asie-Pacifique mais pas encore ratifié par le Sénat. Donald Trump annonça que les accords de libre-échange avec les États-Unis se négocieraient désormais pays par pays.
  • La relance de la construction des pipelines terrestres Dakota Access et Keystone XL bloqués par Obama pour des raisons idéologiques.
  • Une demande pour un examen rapide des impacts environnementaux des projets d'infrastructure prioritaires. Donald Trump constate que des projets "ont été régulièrement et excessivement retardés par des processus et des procédures d'agences gouvernementales" et demande au responsable que ces examens soient désormais assortis d'un délai.
  • Une revue des régulations domestiques. Le Secrétaire du Commerce devra contacter des intervenants pour réviser l'impact des règlements fédéraux sur le secteur industriel, dans l'objectif avoué de les simplifier et de rendre leur application plus rapide.
  • Une remise en question de la politique migratoire et de la gestion des frontières, ceci couvrant la poursuite de la construction du Mur avec le Mexique (dont 1'050 kilomètres existent déjà, réalisés en partie sous Obama d'ailleurs, et sur lesquels les médias s'étendent fort peu) ainsi que la création de postes de gardes-frontières, de places de prison, et un examen des subventions et aides accordées au Mexique durant les cinq dernières années.
  • La reprise des mesures contre les immigrants illégaux, orientée en priorité contre les immigrants inculpés ou avec un casier judiciaire ; l'embauche de dix milles agents fédéraux pour l'immigration ; le retrait des financements fédéraux aux "villes sanctuaires" refusant d'appliquer la législation ; des sanctions pour les pays refusant de reprendre leurs ressortissants expulsés ; et une liste des crimes commis par les immigrés illégaux sur le territoire américain. Reprenant un de ses thèmes de campagne, le Président demande la création d'un "bureau des victimes de crimes d'immigrés illégaux" capable de livrer des statistiques détaillées de ces crimes et de fournir une aide adéquate et efficace aux victimes.
  • La réévaluation du programme de visa et d'accueil de réfugiés, avec la diminution du nombre de réfugiés accueillis sur le sol américain, l'interdiction d'entrée pour les ressortissants de sept pays jugés dangereux pour les États-Unis, et notamment l'interdiction d'accueil de tout nouveau réfugié syrien.

Le dernier décret est celui qui fait couler le plus d'encre en Europe, mais il n'est qu'une modeste décision parmi des dizaines d'autres. Comme d'habitude, nos médias mélangent tout, parlant d'acte "antimusulman" alors que seuls sept pays musulmans mineurs sont concernés (rien sur l'Indonésie, premier pays musulman du monde avec 200 millions d'habitants, le Maghreb, ou... l'Arabie Saoudite!)

La liste des sept pays désignés par Trump - Iran, Irak, Yémen, Somalie, Libye, Syrie, Soudan - ne sort pas de sa poche ; elle provient d'un rapport sur les menaces sur la sécurité des États-Unis livré au président Obama avant que son successeur ne soit élu. Mais même la façon de faire de Trump n'est pas une première: Barack Obama lui-même interdit la venue de tout réfugié irakien aux États-Unis pendant six mois en 2011, sans provoquer la moindre réaction médiatique. Deux poids deux mesures, comme d'habitude.

Bref, loin des "doctes analystes" qui voyaient en lui un cynique menteur incapable de mettre en place ce dont il parlait dans ses discours, Donald Trump applique son programme à la lettre, laissant une opposition sonnée face à une telle productivité, bien au-delà de celle de son prédécesseur. Donald Trump dit ce qu'il fait et fait ce qu'il dit - du jamais vu pour la classe politique américaine.

Donald Trump ne semble pas avoir oublié ses qualités d'homme d'affaire en rejoignant la Maison Blanche: simplicité, efficacité et respect de ses engagements. Rappelons-nous d'Obama, piteusement incapable de fermer Guantánamo en huit ans alors qu'il s'agissait d'une de ses principales promesses de campagne...

Pour tous ceux qui font profession de haïr Donald Trump, les prochaines années vont être très, très longues.

21 janvier 2017

Discours d'investiture de Donald Trump

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Chief Justice Roberts, Président Carter, Président Clinton, Président Bush, Président Obama, mes chers concitoyens américains, peuples du monde, je vous remercie. Nous, citoyens d'Amérique, sommes maintenant engagés dans un effort national de grande ampleur pour reconstruire notre pays et rétablir sa promesse pour tout notre peuple. Ensemble, nous déterminerons la trajectoire de l'Amérique, et du monde, pendant de très nombreuses années à venir. Nous serons confrontés à des défis. Nous allons affronter les difficultés, mais nous accomplirons notre tâche.

Tous les quatre ans, nous nous réunissons sur ces marches pour effectuer un transfert de pouvoir ordonné et pacifique, et nous sommes reconnaissants au Président Obama et à la Première Dame Michelle Obama pour leur aide gracieuse tout au long de cette transition. Ils ont été magnifiques. Je vous remercie.

Cependant, la cérémonie de ce jour revêt une signification toute particulière, car aujourd'hui, nous ne transférons pas seulement le pouvoir d'une administration à une autre ou d'un parti à un autre, mais nous prenons le pouvoir de Washington D. C. et nous vous le restituons, au peuple. Pendant trop longtemps, un petit groupe dans la capitale de notre pays a récolté les fruits du gouvernement pendant que les gens en supportaient le coût. Washington prospéra, mais le peuple ne partageait pas ses richesses. Les politiciens firent fortune, mais les emplois partirent et les usines fermèrent leurs portes. Les élites se protégèrent, mais pas les citoyens de notre pays. Leurs victoires n'ont pas été vos victoires. Leurs triomphes n'ont pas été vos triomphes, et pendant qu'ils festoyaient dans la capitale de notre nation, les familles qui luttent partout à travers le pays avaient peu de raisons de faire la fête.

Tout a changé en commençant ici et maintenant, parce que cet instant est votre moment. Il vous appartient. Il appartient à tous ceux qui sont réunis ici aujourd'hui, et tous ceux qui nous regardent, à travers l'Amérique. Ceci est votre jour. Ceci est votre célébration, et les États-Unis d'Amérique sont votre pays.

Ce qui importe vraiment n'est pas quel parti contrôle notre gouvernement, mais de savoir si notre gouvernement est contrôlé par le peuple. Ce 20 janvier 2017 sera évoqué comme le jour où les citoyens reprirent les rênes de cette nation. Les hommes et les femmes oubliés de notre pays ne le seront plus désormais. Tout le monde vous écoute maintenant. Vous êtes venus par dizaines de millions faire partie d'un mouvement historique, tel que le monde n'en a jamais vu auparavant.

Au centre de ce mouvement réside la conviction capitale qu'une nation existe pour servir ses citoyens. Les Américains veulent d'excellentes écoles pour leurs enfants, des quartiers sûrs pour leurs familles et des emplois de qualité pour eux-mêmes. Ce sont les exigences compréhensibles et légitimes de gens raisonnables et d'un public vertueux, mais pour un trop grand nombre de nos citoyens la réalité est différente. Dans nos centres urbains des mères et des enfants sont enfermés dans la pauvreté. Le paysage de notre nation est constellé d'usines désaffectées comme autant de pierres tombales. Le système éducatif est inondé d'argent mais laisse nos jeunes et beaux étudiants privés de toute connaissance. Et la criminalité, et les gangs et les drogues ont dérobé de trop de vies et ont volé notre pays de tant de potentiel non réalisé... Ce carnage américain s'arrête ici et maintenant.

Nous sommes une nation, et la douleur d'autrui est notre douleur. Les rêves d'autrui sont nos rêves, et leur succès sera notre succès. Nous partageons un cœur, une maison et un destin glorieux. Le serment d'investiture que je prends aujourd'hui est un serment envers tous les Américains. Pendant de nombreuses décennies, nous avons enrichi l'industrie étrangère aux dépens de l'industrie américaine, subventionné les forces militaires d'autres pays, tout en permettant la triste décrépitude de notre propre armée. Nous avons défendu les frontières d'autres nations tout en négligeant de défendre les nôtres. Et nous avons dépensé des milliards et des milliards de dollars à l'étranger tandis que l'infrastructure de l'Amérique disparaissait dans le délabrement. Nous avons enrichi d'autres contrées alors que la richesse, la force et la confiance de notre pays se sont dissipées à l'horizon. L'une après l'autre, les sociétés industrielles ont haussé les épaules et quitté nos rivages sans la moindre arrière-pensée pour les millions et les millions d'ouvriers américains qu'elles laissaient sur le carreau. La richesse de notre classe moyenne a été arrachée de son foyer puis redistribuée à travers le monde. Mais ceci appartient au passé et désormais nous ne regardons que vers l'avenir.

Nous sommes rassemblés ici aujourd'hui pour annoncer un nouveau décret qui sera entendu dans chaque ville, dans chaque capitale étrangère et dans chaque antichambre du pouvoir. Une nouvelle vision régit notre pays. À partir de ce jour, ce sera seulement l'Amérique d'abord.

L'Amérique d'abord.

Chaque décision concernant le commerce, la fiscalité, l'immigration, les affaires étrangères devra être prise pour bénéficier aux ouvriers américains et aux familles américaines. Nous devons protéger nos frontières contre les ravages des pays qui fabriquent nos produits, s'emparent de nos entreprises et détruisent nos emplois. Cette protection mènera à la force et à une grande prospérité. Je me battrai pour vous avec mon dernier souffle d'énergie. Je ne vous laisserai jamais, jamais tomber.

L'Amérique va recommencer à gagner, à gagner comme jamais auparavant. Nous récupèrerons nos emplois. Nous reprendrons nos frontières. Nous ramènerons nos richesses, et nous restaurerons nos rêves. Nous allons construire de nouvelles routes, et des ponts, des aéroports, des tunnels et des chemins de fer, partout dans notre merveilleuse nation. Nous allons libérer notre peuple de l'aide sociale et le remettre au travail, reconstruisant notre pays avec des mains américaines et du travail américain. Nous suivrons deux règles simples - acheter américain, et embaucher américain.

Nous chercherons l'amitié et la bonne volonté avec les nations du monde, mais nous le ferons en gardant à l'esprit qu'il est dans le droit de toute nation de mettre en avant son intérêt propre. Nous ne chercherons pas à imposer notre mode de vie à quiconque, mais plutôt à le laisser briller comme un exemple pour que le monde nous suive. Nous renforcerons les alliances anciennes et en forgerons de nouvelles, et unirons le monde civilisé contre le terrorisme islamique radical, que nous éradiquerons complètement de la face de la Terre. L'allégeance totale aux États-Unis d'Amérique sera le fondement de notre politique, et à travers notre loyauté envers notre pays, nous renverrons notre loyauté les uns aux autres. Quand vous ouvrez votre cœur au patriotisme, il n'y a pas de place pour les préjugés.

La bible nous dit combien il est bon et agréable que le peuple de Dieu vive dans l'unité. Nous devons pouvoir parler ouvertement de ce que nous avons à l'esprit, débattre honnêtement de nos désaccords, mais toujours chercher la solidarité. Quand l'Amérique est unie, l'Amérique est totalement invincible. Cela ne devrait pas faire peur. Nous sommes protégés et nous serons toujours protégés. Nous serons protégés par les hommes et femmes méritoires de nos forces armées et par l'application de la loi. Et surtout, nous serons protégés par Dieu.

Enfin, nous devons penser en grand et rêver encore plus grand. En Amérique, nous comprenons qu'une nation n'est vivante que tant qu'elle croît. Nous n'accepterons plus ces politiciens qui discutent sans arrêt sans rien accomplir, se plaignant constamment mais ne font jamais rien pour y changer quoi que ce soit. Le temps des paroles creuses est fini. Le temps de l'action arrive désormais. Ne laissez personne vous dire que quelque chose ne peut pas être accompli. Aucun défi ne peut dépasser le cœur, la combativité et l'esprit de l'Amérique.

Nous n'échouerons pas. Notre pays réussira et prospérera de nouveau. Nous sommes à la naissance d'un nouveau millénaire, prêts à découvrir les mystères de l'espace, à libérer la Terre des affres de la maladie, et à exploiter les industries et les technologies de demain. Une nouvelle fierté nationale fera vibrer nos âmes, gonflera notre vision et guérira nos divisions. Il est temps de se souvenir de cette vieille sagesse que nos soldats n'oublient jamais. Noirs, bruns ou blancs, nous saignons tous du même sang écarlate des patriotes. Nous jouissons tous des mêmes libertés glorieuses, et nous rendons tous hommage au même magnifique drapeau américain.

Et que des enfants soient nés dans l'agglomération urbaine de Detroit ou dans les plaines du Nebraska balayées par le vent, ils contemplent le même ciel nocturne, remplissent leur cœur des mêmes rêves et sont imprégnés du souffle de vie accordé par le même créateur tout-puissant. Que tous les Américains, dans chaque ville proche et lointaine, petite et grande, d'une montagne à l'autre, d'un océan à l'autre, entende ces mots: vous ne serez jamais plus ignorés. Votre voix, vos espoirs et vos rêves définiront notre destinée américaine, et votre courage, votre bonté et votre amour nous guideront à jamais sur le chemin.

Ensemble, nous rendrons à nouveau l'Amérique forte. Nous rendrons à nouveau l'Amérique prospère. Nous rendrons l'Amérique fière. Nous mettrons à nouveau l'Amérique en sécurité et oui, ensemble, nous rendrons encore sa grandeur à l'Amérique. Je vous remercie. Dieu vous bénisse. Et que Dieu bénisse l'Amérique. Merci.

-- Président Donald J. Trump, Washington, D.C., le 20 janvier 2017

11 janvier 2017

Les médias piégés par les "Fake News"

donald-trump-premiere-conference.jpgAprès que les médias américains soient tombés dans le panneau du "dossier russe", on aurait pu attendre un minimum de circonspection de la part des médias européens, dont romands. Mais non! Le Matin s'engouffra dans la brèche, dès l'aube il est vrai. Les journalistes d'investigation ont toujours un peu de mal à se réveiller. Mais il fut suivi, et c'est beaucoup plus grave, de la RTS dans son journal du soir traitant de la première conférence de presse du président élu Donald Trump, alors que les rédactions avaient pourtant toute la journée pour découvrir qu'elles étaient menées en bateau, ce que les Américains savaient déjà depuis longtemps.

Les coupables de fausses nouvelles se livreront-ils finalement à un démenti? Le grand public gobera-t-il sans broncher des allégations tellement grotesques que leur simple teneur devrait faire hausser le sourcil de tout observateur doté d'un esprit critique? Trop tôt pour le dire. Mais reprenons depuis le début. Le énième scandale autour du Président Trump promet d'être de gros calibre: les Russes (toujours les Russes...) disposeraient d'informations très compromettantes sur M. Trump. Format télévisé oblige, le 19h30 est contraint de donner un résumé succinct de l'affaire:

Le coup de tonnerre est parti des plateaux de CNN, une chaîne qui affirme que la Russie détient des dossiers plutôt compromettants sur le président élu, liens avec le Kremlin, informations financières sur le milliardaire, et même une vidéo montrant Donald Trump en plein ébat sexuel osé avec des prostituées dans un hôtel de Moscou.


"Des allégations qui provoquent la colère du principal intéressé", poursuit le journaliste. On le serait à moins: tout est faux.

Remonter la piste

Passons rapidement sur certains détails: le scoop n'est pas originaire de CNN mais de BuzzFeed, un site d'information basé à New York et se définissant comme un "laboratoire viral". L'épidémie a bien pris, pour le moins. Comme le rapporte Le Monde :

“BuzzFeed News” publie le document dans son intégralité pour que les Américains puissent se faire une idée par eux-mêmes sur les accusations concernant le président élu qui circulent depuis quelque temps au plus haut niveau du gouvernement américain.


De quel document s'agit-il? D'un dossier de 35 pages consacré aux prétendues relations entre Donald Trump et la Russie. Ce dossier émane des services secrets américains. Il est authentique. Il mentionne divers liens entre Trump et la Russie dont des façons dont les Russes pourraient faire chanter le président avec des informations compromettantes. Il "circule" depuis quelques temps entre les différents services de plusieurs agences de renseignement américaines, au point qu'un journaliste de BuzzFeed a pu mettre la main dessus.

Fidèle à la ligne de conduite du site, le document est mis en ligne. Mais comme le précise Le Monde, il s'agit d'informations "explosives mais non recoupées": le dossier n'est pas validé. C'est un document de travail qui n'a pas vocation à être public, et qui contient des informations dont la véracité n'a pas pu être vérifiée. Qu'importe! Les "Américains se feront une idée par eux-mêmes", lance le rédacteur en chef de BuzzFeed.

benSmith_tweet.jpg
Le tweet de Ben Smith de BuzzFeed, appelant les lecteurs à faire preuve de circonspection.
(cliquez pour agrandir)

Les informations sont reprises tantôt par tous les grands réseaux, CNN étant la première chaîne à ouvrir le bal. Les maigres garde-fous mentionnés par BuzzFeed sont jetés aux orties - une charge anti-Trump pareille ne peut pas attendre.

Et tous les médias, comme un seul homme, plongent dans le précipice...

Aux racines du canular

Comme souvent, Internet est bien plus rapide que les professionnels de l'information. Alors que les rédactions en sont encore à se demander comment elles pourront donner un maximum d'impact à ces révélations salaces, des internautes s'interrogent face à des détails croustillants et invraisemblables ("Au cours d'une orgie à Moscou Donald Trump aurait fait uriner des prostituées sur le lit où aurait dormi Barack Obama lorsqu'il était venu dans la capitale russe" - le tout filmé, bien évidemment) qui leur rappellent une histoire évoquée sur le forum 4chan quelques mois plus tôt.

Pour ceux qui l'ignorent, 4chan est selon Wikipedia un forum anonyme anglophone, constitué d'un réseau de diffusion d'images. Remontant aux débuts anarchiques d'Internet, il ne connaît quasiment pas de modération, ce qui en fait un joyeux bazar où "le pire côtoie le meilleur", d'autant plus que les utilisateurs ne sont absolument pas identifiés ni identifiables. Émanation de cette culture, le mouvement Anonymous serait d'ailleurs né sur le site.

Des conversations mentionnent même l'auteur (anonymisé) du délire de départ sur le canal /pol/acks:

4chan_sextape_orgy.jpg(cliquez pour agrandir)

- Alors ils ont pris ce que j'ai raconté à Rick Wilson et ils ont rajouté une sauce d'espionnage russe par-dessus. Ils y croient encore. Les gars, je crois qu'ils sont putain de désespérés - il n'y a plus le moindre scandale sur Trump qui soit encore crédible.
- C'est cette histoire de sextape d'une orgie? Comment qui que ce soit peut même croire un truc pareil?


Notez la date: le premier novembre 2016. Déjà à l'époque 4chan discutait d'une histoire rocambolesque inventée par un contributeur du site et s'étonnant qu'on le prenne au sérieux. Il n'imaginait pas l'ampleur que prendrait le fantasque récit issu de son imagination enfiévrée...

Autopsie d'une montée en puissance

La discussion du premier novembre évoque un homme, Rick Wilson. Rick Wilson est un consultant du Parti Républicain. Néo-conservateur, il affiche fièrement son hashtag #NeverTrump sur Twitter. Et surtout, il prend comme argent comptant la fable qu'un compère anonyme de 4chan, apparemment anti-Trump lui aussi, lui a inventé pour lui faire plaisir.

Mais l'affaire s'emballe lorsque Rick Wilson fait part de cette histoire à un proche, accessoirement ancien officier du renseignement, Evan McMullin. M. McMullin est lui aussi néo-conservateur et tout aussi opposé à Trump, utilisant lui aussi le hashtag #NeverTrump. Il est également anti-Russe, ça ne mange pas de pain dans ce milieu. Tous les ingrédients de l'histoire sont en place.

Le dossier passe ainsi de mains en mains, augmenté à chaque étape. Le gros du travail est écrit par un ex-agent du MI6 britannique, Christopher Steele, directeur of d'une société de "business intelligence" basée à Londres (attention aux recherches sur Internet, c'est aussi l'homonyme d'un acteur porno gay...)

Alors que son "dossier" se constitue peu à peu M. Steele décide d'en informer un responsable politique. Et qui de mieux que John McCain, un des républicains les plus opposés à Trump? Néo-conservateur, anti-Trump et anti-Russe, il semble l'interlocuteur parfait pour amener le dossier dans les sphères du gouvernement. Sitôt dit, sitôt fait.

Avec entre les mains une bombe qui concrétise ses fantasmes anti-Trump les plus fous, le sénateur John McCain hésite peu avant de transmettre le dossier aux agences de renseignement américaines avec lesquelles il partage des liens. L'information commence à circuler entre les différents groupes de travail officiels. Mais sans que le moindre recoupement ne soit effectué (qui montrerait entre autres choses que les dates et les lieux ne correspondent absolument pas à la présence des protagonistes sur sol russe, encore moins dans l'hôtel dont il est question) le dossier contamine d'autres documents secrets composés en urgence, comme l'implication des Russes dans l'élection américaine, puis "fuite" évidemment en intégralité vers des journalistes amis de BuzzFeed... Lesquels s'empressent de répandre l'information sur leur site.

Si ça vient des services de renseignement cela vaut la peine d'être publié, n'est-ce pas? Les Américains seront seuls juges...

Un aveuglement consternant

Depuis une journée, les médias du monde entier s'empêtrent dans leur propre désinformation en diffusant un scandale monté de toute pièce contre Donald Trump. Le soufflé promet de retomber assez vite (sauf chez les individus les plus lobotomisés) mais l'affaire est tout bonnement affligeante, considérant la récente campagne lancée comme un seul homme par tous les médias pour lutter contre les "fausses nouvelles". Et quid de tous les médias européens qui ont repris la nouvelle à l'unisson alors que le 10 janvier au soir - heure européenne - la baudruche avait déjà éclaté?

La recherche de l'audience mêlée à une inextinguible soif de scandale anti-Trump aura fini d'emporter le peu de crédibilité qu'il restait encore à nos médias. Comme le résume tristement un autre utilisateur de 4chan:

4chan_conclusion.jpgRécapitulons ce qui est arrivé:
- /pol/acks envoya par mail une fiction à l'éditorialiste anti-Trump Rick Wilson à propos de Trump faisant pisser des gens sur un lit dans lequel aurait dormi Obama
- Il a pensé que c'était vrai et l'a donné à la CIA
- La CIA, Agence Centrale de Renseignement des États-Unis d'Amérique, mit cela dans son rapport de renseignement classifié sur l'implication russe dans les élections
- Donald Trump et Barack Obama ont tous deux lu cette fiction de /pol/acks
- La CIA a conclu que les Russes envisageaient de faire chanter Trump avec cette histoire que nous avons inventé
Laissons tout cela couler
Que sommes-nous devenus


Donald Trump aura une tâche ardue: dans son combat pour remettre l'Amérique sur les rails, il devra aussi sérieusement nettoyer des services de renseignement visiblement en roue libre, sans parler de ses "amis" du Parti Républicain. Les médias, eux, semblent au-delà de tout espoir.

Mise à jour (12 janvier): petite clarification du chemin de l'histoire entre 4chan et la CIA alors que les informations remontent. Pour l'heure aucun démenti notable dans les médias. On admirera au contraire la posture goulue du journal de référence autoproclamé Le Temps face aux "révélations" du dossier faisandé...