13 juin 2020

Black Lives Matter: la lettre d'un professeur de Berkeley

Un professeur d'histoire anonyme de l'Université de Berkeley a rédigé une lettre ouverte contre les récits du moment sur l'injustice raciale qui sous-tend le mouvement Black Lives Matter (BLM) et les protestations en cours un peu partout dans le monde, consécutives à la mort de George Floyd.

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Royce Hall de l'Université de Californie à Berkeley.

L'authenticité de l'auteur a été confirmée par le professeur adjoint de science politique de l'Université d'État du Kentucky, Wilfred Reilly, qui a dit avoir reçu une copie de la lettre de même que l'économiste de l'Université de Stanford, Thomas Sowell. La lettre fut publiée sur Twitter par Tracy Beanz, un journaliste d'investigation. En voici une traduction.

 


 

Lettre ouverte d'un professeur d'histoire de l'Université de Berkeley contre Black Live Matters, les brutalités policières et l'orthodoxie culturelle

Chers Professeurs X, Y et Z,

Je suis l'un de vos collègues de l'Université de Californie à Berkeley (UCB). Je vous ai rencontré personnellement, mais je ne vous connais pas de près et je vous contacte de manière anonyme, avec mes excuses. Je crains que la révélation publique de cet e-mail ne me fasse perdre mon emploi et probablement toute possibilité d'emploi futur dans mon domaine.

Dans vos récents courriels du département, vous avez mentionné notre engagement en faveur de la diversité, mais je suis de plus en plus alarmé par l'absence de diversité d'opinions sur le sujet des récentes manifestations et de la réaction de la communauté [académique] à leur égard.

Dans la profusion de liens et ressources que vous avez fournie, je n'ai trouvé aucune sorte de contre-argument substantiel ni de récit alternatif qui expliquerait la sous-représentation des Noirs dans le monde universitaire, ou leur surreprésentation dans le système de justice pénale. L'explication fournie dans votre documentation, à la quasi-exclusion de toutes les autres, est univariée: les problèmes de la communauté noire sont causés par les Blancs, ou, lorsque les Blancs ne sont pas physiquement présents, par l'infiltration de la suprématie blanche et du racisme systémique blanc dans les cerveaux, les âmes et les institutions en Amérique.

De nombreuses objections convaincantes à cette thèse ont été soulevées par des voix raisonnables, y compris au sein de la communauté noire elle-même, comme celles de Thomas Sowell et Wilfred Reilly. Ces gens ne sont pas des racistes ou des "Oncles Tom"[1]. Ce sont des savants intelligents qui rejettent un récit qui dépouille les Noirs de leur pouvoir et extériorise systématiquement les problèmes de la communauté noire vers des étrangers. Leur point de vue est totalement absent des communiqués des départements et de l'UCB elle-même.

L'affirmation selon laquelle les difficultés rencontrées par la communauté noire s'expliquent entièrement par des facteurs exogènes sous la forme de racisme systémique blanc, de suprématie blanche et d'autres formes de discrimination blanche reste une hypothèse problématique qui devrait être vigoureusement contestée par les historiens. Au lieu de cela, elle est traitée comme une vérité axiomatique, exploitable sans considération sérieuse de ses défauts profonds, ni de son inquiétante implication d'une impuissance totale des Noirs. Cette hypothèse transforme notre institution et notre culture, sans aucun espace de dissidence en dehors d'un discours étroit et strictement contrôlé.

Un contre-récit existe. Si vous avez le temps, veuillez envisager d'examiner certains des documents que je joins à la fin de cet e-mail. De manière écrasante, le raisonnement fourni par BLM et ses alliés est soit essentiellement anecdotique (comme dans le cas de l'essentiel de l'article incontestablement émouvant de Ta-Nehisi Coates), soit avec des motivations transparentes. Comme exemple de ce dernier problème, considérons la proportion de Noirs américains incarcérés. Cette proportion est souvent utilisée pour qualifier le système de justice pénale d'anti-noir. Cependant, si nous utilisons précisément la même méthodologie, nous devrions conclure que le système de justice pénale est encore plus anti-masculin qu'il est anti-noir.

Pourrions-nous qualifier la justice pénale de complotiste, systématiquement biaisée contre les personnes de sexe masculin, à l'encontre d'Américains innocents? J'espère que vous comprenez à quel point une mise en sommeil importante de nos facultés rationnelles s'impose pour accepter ce type de raisonnement imparfait. Les Noirs ne sont pas incarcérés à des taux plus élevés que ce que montre leur implication dans des crimes violents. Ce fait a été démontré à plusieurs reprises dans plusieurs juridictions dans plusieurs pays.

Et pourtant, je vois mon département reproduire sans discernement un récit qui diminue le pouvoir noir en faveur d'une explication centrée sur le Blanc, qui fait appel au désir apparent du département d'assumer le "fardeau de l'homme blanc"[2] et de promouvoir un récit de culpabilité blanche.

Si nous prétendons que le système de justice pénale est suprémaciste blanc, pourquoi les Américains d'origine asiatique, les Indiens d'Amérique et les Américains nigérians sont-ils incarcérés à des taux considérablement inférieurs à ceux des Américains blancs? C'est une drôle de suprématie blanche. Même les Juifs américains sont moins incarcérés que les gentils Blancs. Je pense qu'il est juste de dire que votre suprémaciste blanc moyen désapprouve les Juifs. Et pourtant, ces prétendus suprémacistes blancs incarcèrent des gentils à des taux beaucoup plus élevés que les Juifs. Rien de tout cela n'est abordé dans votre littérature. Rien de tout cela n'est expliqué, à part en agitant la main et en lançant des attaques ad hominem. "Ce sont des arguments racistes". "La notion de minorité exemplaire est un mythe entretenu par les suprémacistes blancs". "Seuls les fascistes parlent des crimes des Noirs contre les Noirs", ad nauseam.

Les déclarations de ce type ne constituent pas des contre-arguments: ce sont simplement des classifications arbitraires et offensantes, destinées à réduire au silence et à empêcher toute discussion. N'importe quel historien sérieux les reconnaîtra pour ce qu'elles sont, des tactiques visant à faire taire toute critique de l'orthodoxie, communes aux régimes répressifs, aux doctrinaires et aux religions à travers le temps et l'espace. Ces déclarations visent à écraser la vraie diversité et à chasser pour de bon toute culture robuste de critique intellectuelle de notre département.

Nous sommes de plus en plus appelés à nous conformer et à souscrire à la vision problématique de l'Histoire selon BLM, et le département est présenté comme unifié sur la question. En particulier, les minorités ethniques sont volontairement rassemblées au sein d'une posture unique. Cette unité apparente est probablement fonction du fait que la dissidence pourrait très certainement mener au renvoi ou à la non-reconduction de ceux d'entre nous qui sont dans une situation précaire, ce qui n'est pas un petit nombre.

Personnellement, je n'ose pas m'élever contre le récit de BLM. Sous ce déluge d'unité présumée dont l'administration, les professeurs titulaires, l'administration de l'Université, les entreprises américaines et les médias nous inondent en masse, la punition pour dissidence est un danger évident à une époque de vulnérabilité économique généralisée. Je suis certain que si mon nom était joint à cet e-mail, je perdrais mon emploi et toute possibilité d'emploi futur, même si je crois et je peux justifier chaque mot que je tape.

La grande majorité des violences exercées sur la communauté noire est commise par des Noirs. Il n'y a pratiquement pas de marches pour ces victimes invisibles, pas de minutes de silence, pas de lettres sincères des responsables de l'Université, des doyens ni des chefs de département. Le message est clair: les vies noires ne comptent que lorsque les Blancs les prennent. La violence noire est inévitable et insoluble, tandis que la violence blanche demande des explications et exige une solution. Osez regarder dans vos cœurs pour réaliser à quel point cette formulation est sectaire.

Aucune discussion n'est autorisée pour les victimes non noires de violence noire, qui sont proportionnellement plus nombreuses que les victimes noires de violence non noire. C'est particulièrement amer dans la région de la Baie, où la proportion de victimes asiatiques par des assaillants noirs atteint des proportions épidémiques, au point que le chef de la police de San-Francisco a conseillé aux Asiatiques d'arrêter de suspendre des porte-bonheur à leurs portes, car cela attire l'attention de violeurs de domiciles (massivement noirs). Des importuns comme George Floyd. Pour cette réalité concrète, vécue, y compris physiquement, de la violence aux États-Unis, il n'y a pas de marches, pas de courriels larmoyants des chefs de département, pas de soutien de McDonald's ni de Wal-Mart. Pour le département d'histoire, notre silence n'est pas une simple abrogation de notre devoir de faire la lumière sur la vérité: c'est un rejet de celle-ci.

L'affirmation selon laquelle la violence intra raciale noire est le produit du redlining [3], de l'esclavage et d'autres injustices repose sur des faits largement historiques. Il appartient donc aux historiens d'expliquer pourquoi l'internement des Japonais ou le massacre des Juifs européens n'a pas conduit à des taux de dysfonctionnement équivalents et à de faibles statuts socio-économiques chez les Japonais et les Juifs américains, respectivement. Les Arabo-américains ont été méchamment diabolisés depuis le 11 septembre, tout comme les Sino-américains plus récemment. Cependant, les deux groupes surpassent les Américains blancs sur presque tous les indices de statut socio-économique - tout comme les Américains nigérians, qui ont d'ailleurs la peau noire. Il appartient aux historiens de signaler ces anomalies et d'en discuter. Cependant, aucune véritable discussion n'est possible dans le climat actuel de notre département. L'explication nous est fournie: tout désaccord avec la position officielle est raciste, et le travail des historiens est d'explorer plus en détail d'autres façons de montrer que l'explication est correcte. Il s'agit d'une parodie de la profession d'historien.

Plus troublant encore, notre ministère semble avoir été entièrement subjugué par les intérêts de la Convention Démocratique Nationale et du Parti Démocrate en général. Pour expliquer ce que je veux dire, réfléchissez à ce qui se passe si vous choisissez de faire un don à Black Lives Matter, une organisation que le département d'histoire de l'Université de Californie à Berkeley a explicitement promu dans ses récents courriers. Tous les dons sur le site Web officiel de BLM sont immédiatement redirigés vers ActBlue Charities, une organisation principalement concernée par le financement des campagnes électorales pour les candidats démocrates. Faire un don à BLM aujourd'hui revient à faire un don indirect à la campagne 2020 de Joe Biden. C'est grotesque étant donné que les villes américaines avec les pires taux de violence de Noirs contre des Noirs, ou de violence policière sur des Noirs, sont dans une écrasante majorité conduites par des Démocrates. Minneapolis elle-même est entièrement entre les mains des Démocrates depuis plus de cinq décennies ; le "racisme systémique" y a été construit par les administrations démocrates successives.

L'attitude paternaliste et condescendante des dirigeants démocrates envers la communauté noire, illustrée par presque toutes les déclarations de Biden sur la race noire, ne font que garantir un état perpétuel de misère, de ressentiment, de pauvreté et une politique de griefs qui anéantit simultanément le débat politique américain et des vies noires. Et pourtant, faire un don à BLM, c'est financer les campagnes électorales d'hommes comme le maire Frey, qui ont vu leurs villes dégénérer dans la violence. Il s'agit de la captation grotesque d'un mouvement de bonne foi visant à une nécessaire réforme de la police, et de notre département, en faveur d'un parti politique. Pire encore, il n'y a pratiquement aucune possibilité de dissidence dans le milieu universitaire. Je refuse de servir le Parti, et vous devriez aussi.

L'alliance totale des grandes sociétés impliquées dans l'exploitation humaine avec BLM devrait être un signal d'avertissement pour nous, et pourtant cette preuve accablante passe inaperçue, délibérément ignorée ou célébrée de façon perverse. Nous sommes les idiots utiles des classes les plus riches, porteurs d'eau pour Jeff Bezos et autres esclavagistes de notre temps, réels et modernes. Starbucks, une organisation utilisant des Noirs travaillant littéralement comme des esclaves chez ses fournisseurs de plantations de café, est en faveur de BLM. Sony, une organisation utilisant du cobalt extrait encore plus littéralement par des esclaves noirs, dont beaucoup sont des enfants, est en faveur de BLM. Et apparemment, nous aussi. L'absence de contre-récit permet cette obscénité. Fiat lux, en effet.[4]

Il existe également un large éventail de ceux que l'on ne peut qualifier que "d'arnaqueurs raciaux": des bonimenteurs de toutes couleurs qui tirent profit des brasiers de conflits raciaux pour obtenir des emplois administratifs, des postes de gestion caritative, des emplois universitaires et de l'avancement, ou atteindre des objectifs politiques personnels.

Étant donné la direction que notre département d'histoire semble prendre, loin de tout engagement envers la vérité, nous pouvons nous considérer comme une institution de formation pour cette catégorie de charlatans. Leurs activités sont corrosives, détruisant tout espoir d'une coexistence raciale harmonieuse dans notre nation et envahissant notre vie politique et institutionnelle. Beaucoup de leurs voix sont ségrégationnistes, ce qui n'est pas sans ironie.

Martin Luther King serait probablement qualifié "d'Oncle Tom" s'il parlait sur notre campus aujourd'hui. Nous formons des dirigeants qui ont l'intention, de manière explicite, de détruire l'une des seules sociétés ethniquement diversifiées véritablement prospère de l'histoire moderne. Alors que la République Populaire de Chine, un régime nationaliste bâti sur une base ethnique, agressivement raciste et chauvin, avec une immigration nulle et sans concept de jus solis, se présente de plus en plus comme l'alternative politique mondiale aux États-Unis, je vous demande: est-ce sage? Sommes-nous vraiment en train d'agir comme il faut?

Enfin, notre université et notre département ont fait plusieurs déclarations pour célébrer et faire l'éloge de George Floyd. Floyd était un criminel récidiviste qui a autrefois tenu une femme noire enceinte sous la menace d'une arme. Il est entré par effraction chez elle avec une bande d'hommes et a pointé une arme sur son ventre de femme enceinte. Il a terrorisé les femmes de sa communauté. Il a engendré et abandonné plusieurs enfants, ne jouant aucun rôle dans leur soutien financier ni leur éducation, échouant à l'un des tests de décence les plus élémentaires pour un être humain. Il était toxicomane et parfois trafiquant de drogue, un escroc qui s'en prenait à ses voisins honnêtes et travailleurs.

Et pourtant, les dirigeants de l'Université de Californie et les historiens du département d'histoire célèbrent ce criminel violent, élevant son nom à la sainteté virtuelle. Un homme qui a blessé les femmes. Un homme qui a blessé des femmes noires. Avec la pleine collaboration du département d'histoire de l'UCB, des entreprises américaines, de la plupart des médias grand public et de certaines des élites les plus riches et les plus privilégiées qui façonnent l'opinion des États-Unis, il est devenu un héros culturel, enterré dans un cercueil doré, sa famille (officielle) couverte de cadeaux et de louanges. Les Américains subissent des pressions sociales pour s'agenouiller à cause de ce misogyne violent et abusif. Une génération d'hommes noirs est forcée de s'identifier à George Floyd, le pire ambassadeur qui soit de sa couleur de peau et de la race humaine.

J'ai honte de mon département. Je dirais que j'ai honte de vous aussi, mais peut-être êtes-vous d'accord avec moi et avez-vous simplement peur, comme moi, du retour de bâton après avoir dit la vérité. Il est difficile de donner un sens au fait de se mettre à genou quand vous devez vous agenouiller quotidiennement pour garder votre travail.

Cela ne devrait pas affecter la force de mon argumentation précédente, mais pour mémoire, j'écris tout cela en tant que personne de couleur. Ma famille a été personnellement victime d'hommes comme M. Floyd. Nous sommes conscients des déprédations condescendantes du Parti Démocrate contre notre race. L'hypothèse humiliante selon laquelle nous sommes trop stupides pour faire des tests de raisonnement STEM, que nous avons besoin d'une aide spéciale et d'exigences moindres pour avancer dans la vie, nous est largement familière. Je me demande parfois s'il ne serait pas plus facile de traiter avec des fascistes classiques, qui seraient au moins directs en me traitant de sous-homme, et qui ont peu de chances de partager ma couleur de peau.

L'omniprésente bigoterie doucereuse des exigences moindres et l'affirmation permanente selon laquelle les solutions au sort de mon peuple reposent exclusivement sur la bonne volonté des Blancs plutôt que sur notre propre travail acharné, sont psychologiquement dévastatrices. Aucun autre groupe en Amérique n'est systématiquement démoralisé de cette manière par ses prétendus alliés. On enseigne à toute une génération d'enfants noirs que ce n'est qu'en mendiant, en pleurant et en hurlant qu'ils obtiendront des miettes de la part de Blancs culpabilisés.

Aucun message ne dévastera plus sûrement leur avenir, surtout si les Blancs sont à court de culpabilité, voire même, si l'Amérique est à court de Blancs. Si cela s'était passé ainsi pour les Américains d'origine japonaise, les Américains juifs ou les Américains d'origine chinoise, alors Chinatown et Japantown ne seraient certainement pas différents aujourd'hui des quartiers les plus dévastés de Baltimore et d'East St. Louis. Le département d'histoire de l'UCB est maintenant le promoteur institutionnel d'une erreur destructrice et dénigrante sur la race noire.

J'espère que vous mesurez la frustration derrière ce message. Je ne soutiens pas Black Lives Matter. Je ne soutiens pas le programme de griefs des Démocrates et la capture incontestée de notre ministère par le Parti. Je ne soutiens pas que le Parti décide au nom ma race, comme Biden l'a fait récemment dans sa troublante interview, affirmant qu'être Noir revient obligatoirement à voter démocrate. Je condamne la manière dont George Floyd est décédé et je me joins à vous pour demander une plus grande responsabilisation et une réforme de la police. Cependant, je ne prétendrai pas que George Floyd était autre chose qu'un misogyne violent, un homme brutal qui a connu une prévisible fin brutale.

Je veux aussi protéger la pratique de l'Histoire. Cleo n'est pas la servante soumise des politiciens et des entreprises. Comme nous, elle est libre.

 


 

[1] Oncle Tom: tiré du livre La Case de l'Oncle Tom, surnom dénigrant donné aux Noirs qui vivent heureux au milieu des Blancs, ce qui ne saurait être, du point de vue de ceux qui l'expriment, qu'une hypocrisie dictée par des nécessités de survie. Retour

[2] Fardeau de l'homme blanc: titre d'un poème de Rudyard Kipling en 1899 résumant la pensée selon laquelle l'homme blanc aurait entre ses mains le devoir de civiliser, de subvenir aux besoins et d'administrer les populations colonisées (le "fardeau" pouvant être à la fois pour ces populations et pour le colonisateur lui-même). Elle justifie la colonisation en tant que mission civilisatrice. Retour

[3] Le redlining est une pratique discriminatoire consistant à refuser ou limiter les prêts aux populations situées dans des zones géographiques déterminées, selon Wikipédia. Retour

[4] Fiat Lux, "que la lumière soit!", employé ici avec ironie, est la devise de l'Université de Californie à Berkeley. Retour

02 février 2020

Le Cirque de la Destitution, Suite

En novembre dernier, j'évoquai le Cirque de la Destitution, un magnifique spectacle d'autodestruction organisé par les Démocrates américains dans la (vaine) tentative de retourner, encore une fois, l'élection de 2016. Le spectacle touche à sa fin.

Festival à la Chambre des Représentants

Rappelons-nous! Trump avait volé son élection, parce qu'il était, nous disait-on, une marionnette des Russes. Trois ans de faux dossiers, de barbouzes, de manipulations et de millions de dollars plus tard, le narrative vit sa conclusion dans un Rapport Mueller complètement creux. L'auteur de l'enquête à charge eut beau dire que le rapport "n'exonérait pas Trump", un principe de base du droit est qu'un accusé est présumé innocent jusqu'à ce que sa culpabilité soit prouvée. Autrement dit, on prouve la culpabilité, non l'innocence. Tous ces politiciens surpayés, ces juristes et ces éditorialistes devraient pourtant le savoir...

Forcer un accusé à prouver son innocence, c'est la façon de faire dans les républiques bananières et les États totalitaires. Les États-Unis sont-ils devenus l'un ou l'autre?

Le Rapport Mueller n'avait pas encore atteint le fond de la corbeille que les Démocrates trouvèrent un nouveau poulain: le coup de fil ukrainien. Trump, ce salaud, aurait forcé une enquête contre un rival politique et futur concurrent, Joe Biden, en marchandant l'aide militaire américaine en Ukraine... Le coup de fil le prouvait.

Depuis des mois l'eau a donc coulé sous les ponts. La nouvelle affaire - la dernière avant les élections de 2020, sans doute - fait long feu. Car, voyez-vous, la Destitution d'un Président en exercice est un processus qui ne laisse pas trop de part à l'improvisation. Il faut suivre quelques règles de base établies dans la Constitution... Règles que les Démocrates devraient bien connaître depuis le temps, eux qui ont lancé des procédures de Destitution contre cinq des six présidents républicains depuis Dwight Eisenhower.

Dans la Chambre des Représentants, les Démocrates majoritaires jouaient sur du velours ; pendant des semaines, les médias se firent complaisamment l'écho de toutes les horreurs racontées sur Trump. Il faut dire que les Démocrates usèrent et abusèrent de leur majorité. Dix-sept témoins à charge se succédèrent ainsi, déballant des heures durant leur fiel contre Trump. Contre combien de témoins de la défense, en face? Zéro. Les Démocrates écrasèrent toute velléité du locataire de la Maison Blanche de tenter de se défendre. Ils allèrent jusqu'à contrôler les questions que la minorité républicaine avait le droit de poser à leurs témoins.

Rien de remarquable pour nos médias, bien entendu. Ni même assez pour que les commentateurs de service qualifient le processus de "partisan". Non, tout était normal... Mais l'écrasant manque d'équité de cette parodie de procédure en destitution fut bel et bien perçu par le grand public.

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Adam Schiff, grimé avec son maquillage de scène (création d'un artiste de rue)

Les meilleures choses ayant une fin, les Démocrates furent contraints, de mauvaise grâce, d'arriver à une conclusion: la mise en accusation. Donald J. Trump fut accusé d'Abus de Pouvoir et d'Obstruction au Congrès. Après avoir clamé pendant des semaines que Trump était un "danger public", que la destitution était une "urgence absolue" et qu'il n'était pas question qu'il reste "un jour de plus" dans la Maison-Blanche, Nancy Pelosi fut soudainement bien moins empressée de passer la main au Sénat. Elle mit des semaines à transmettre le dossier, alors que le Sénat siège dans l'autre aile du même bâtiment du Capitole... Mais voilà, là-bas, les Démocrates ne sont plus majoritaires.

Les Numéros au Sénat

Les journalistes et la gauche américaine eurent beau gloser que Donald Trump était "destitué", il ne l'a jamais été. Selon la Constitution, la Chambre des Représentants a le pouvoir de mettre le Président en accusation, c'est-à-dire de l'inculper. Il revient au Sénat d'ordonner le procès. Celui-ci s'est donc finalement ouvert.

Plutôt que d'en rendre compte jour après jour, examinons les différents sujets qui y ont circulé.

La nature de l'infraction. Oublions un instant la nature des "preuves" plus que douteuses (témoignages de deuxième voire troisième main et aucun élément matériel) amenées par les Démocrates. Supposons que Trump soit bel et bien responsable d'Abus de Pouvoir et d'Obstruction au Congrès, comme le mentionne l'acte d'accusation transmis par Nancy Pelosi. Problème: il n'existe aucune définition juridique claire de ces notions. Deuxième problème: la Constitution des États-Unis définit explicitement les motifs pour lesquels un Président en exercice peut être destitué ("trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs"). Autrement dit, le motif d'accusation est irrecevable.
Détail d'importance, les Démocrates eux-mêmes ont renoncé au cours de la procédure à utiliser le motif initial, la corruption, qui aurait pourtant justifié une Destitution.

usa,trump,démocrates,justiceEric Ciaramella. Eric Ciaramella est le secret le moins bien gardé du monde. Eric Ciaramella est un démocrate engagé, analyste de la CIA et ex-membre du Conseil National de Sécurité (National Security Council, NSC), qui fit ses armes sous Obama et resta comme taupe gauchiste sous l'Administration Trump. Il participa à l'élaboration du faux dossier servant à lancer "l'affaire russe". Il serait le fameux "lanceur d'alerte" qui aurait dénoncé en premier l'appel ukrainien. Mais, bien que la loi sur les lanceurs d'alerte ne protège nullement leur identité, les Démocrates firent tout pour la garder secrète - allant jusqu'à menacer d'arrestation un Sénateur qui aurait mentionné son nom. Pourquoi? Parce qu'Eric Ciaramella s'est coordonné avec Adam Schiff, le meneur de toute la procédure d'impeachment, bien avant la naissance officielle de celle-ci, pour lui donner corps. Et non seulement c'est illégal, mais cela mettrait Adam Schiff en position de parjure devant le Congrès, puisque Schiff mentit à plusieurs reprises sur ses liens avec le "lanceur d'alerte". Il prétend encore à ce jour ne pas connaître son identité. Eric Ciaramella est donc devenu un nouveau Voldemort, celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. S'il est jamais interrogé, toute la procédure de destitution s'effondre et des gens haut placés pourraient bien finir en prison.

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Un des nombreux mèmes créés sur le thème du "lanceur d'alerte anonyme"

L'esprit partisan. Depuis le début du procès, les médias (et les Démocrates) accusent le Sénat d'être "partisan", c'est-à-dire, dans leur langue, contrôlé par la majorité républicaine. L'accusation est à hurler de rire compte tenu de la façon dont les Démocrates se sont comportés dans la Chambre des Représentants. La notion de vote bipartisan reste très importante dans la vie politique américaine. Elle signifie qu'un sujet réussit à rassembler au-delà des clivages partisans. Les Démocrates auraient ainsi apprécié, par exemple, que des Républicains de la Chambre des Représentants appuient leur mise en accusation de Trump, mais c'est exactement le contraire qui s'est produit. Des Démocrates de la Chambre des Représentants ont voté contre la mise en accusation de Trump. Et tout porte à croire que dans la chambre haute du Sénat, d'autres Démocrates voteront aussi pour l'acquittement de Trump. Autrement dit, le maintien de Trump à la Présidence est devenu bipartisan, alors que la volonté de le destituer est une affaire rassemblant uniquement les Démocrates les plus extrémistes.
Rappelons que selon la volonté des Pères Fondateurs des États-Unis, le vote aux 2/3 du Sénat pour prononcer la Destitution était explicitement prévu pour forcer le processus à être bipartisan. La culpabilité du Président devait être constatée jusque dans les rangs de son propre parti.

John Bolton, le bouquet final

Alors qu'à l'issue du vote de la Chambre des Représentants le dossier d'accusation était soi-disant "parfait", celui-ci s'est effondré devant le Sénat du fait de ses innombrables manquements. Les Démocrates se sont donc condamnés à jouer les pompiers et, aidés par les médias, à amener un flot ininterrompu de révélations fracassantes pour maintenir le processus en vie.

John Bolton fait partie de ce numéro. Malgré ses lunettes d'intellectuel et sa sympathique moustache de grand-père, Bolton est un va-t'en-guerre des plus radicaux. Son credo est qu'il vaut mieux faire la guerre sur le territoire ennemi que sur le territoire américain. Cette doctrine est à l'origine de l'invasion de l'Irak et de la déstabilisation du Moyen-Orient.

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La carrière de John Bolton est importante puisqu'elle permet de mieux comprendre comment les Démocrates en sont parvenus à s'allier avec ceux qu'ils considéraient hier comme la lie de l'humanité, pourvu qu'ils puissent les aider à faire tomber Trump aujourd'hui.

En guise d'apaisement envers certaines factions néo-conservatrices du Parti Républicain, Donald Trump nomma John Bolton conseiller en mars 2018, avant de se séparer de lui en septembre. Il affirme depuis que s'il l'avait écouté nous en serions "à la sixième guerre mondiale".

Trump utilise le "privilège exécutif" pour interdire à John Bolton de témoigner, si jamais le Sénat en arrivait à le convoquer. L'explication qu'il donne est que son rôle de conseiller du Président l'a amené à connaître "le véritable sentiment" de Trump sur nombre de chefs d'État avec lesquels il est en tractation aujourd'hui, et que le risque est grand que ces informations fuitent au cours de l'interrogatoire, ce qui mettrait toute la démocratie américaine en péril.

Alors que le processus de Destitution était en grande difficultés, le New York Times survint en affirmant que Bolton écrivait dans un livre à venir que Trump avait bien prévu un "donnant-donnant" avec l'Ukraine. Le manuscrit du livre fut bloqué par la Maison Blanche, trois jours avant l'article du NYT, parce qu'il révélait des secrets d'État. Et le responsable de la relecture du manuscrit au NSC n'était nul autre que le frère jumeau du colonel qui témoigna contre Trump devant la Chambre des Représentants!

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Qui pourrait croire que les deux jumeaux partagent le même biais anti-Trump et que le second fit fuiter des informations au New-York Times?

Même si ce scénario excite beaucoup les journalistes, la piste Bolton est aussi faible que les autres. D'abord, on peut se demander, si les assertions établies par M. Bolton sont exactes, pourquoi il a attendu fin janvier 2020 pour se manifester sur ce point. Il aurait pu le faire dès septembre 2018, libéré de son service à la Maison-Blanche. Il aurait pu le dire lorsqu'il fut interviewé en 2019 sur les relations entre les États-Unis et l'Ukraine...

Ensuite, le témoignage de John Bolton n'est rien de plus qu'une parole contre une autre. Pas de preuve matérielle, comme d'habitude. Or, la parole de Bolton est particulièrement suspecte. Il affirma lui-même dans une interview sur Fox News en 2010 qu'il n'avait "aucun problème à mentir sur les sujets de sécurité nationale". Mieux, il y a même la vidéo d'une interview d'Adam Schiff où ce dernier expliquait que John Bolton avait un problème de crédibilité...

Ceux qui espèrent que John Bolton sera celui-qui-fera-chuter-Trump raccrochent tous leurs espoirs à une branche bien moisie!

Ces sujets que nul n'aborde

La procédure de destitution de Trump va échouer, c'est évident. Pourtant, l'affaire aurait mérité d'aller au fond des choses, même pour les Républicains. Cela n'aurait pas gêné que le procès perce tant d'abcès de la politique étrangère américaine, éclaire toutes les zones d'ombres de la relation entre les Administrations américaines successives et les divers gouvernements étrangers.

Hunter Biden, par exemple, aurait touché un million de dollar de primes en plus de son mirobolant salaire après avoir été placé à Burisma, la société ukrainienne spécialisée dans l'exportation de gaz, par son père, alors vice-président. Et il est loin d'être le seul politicien "fils de" à profiter des largesses de l'influence de ses proches ; pensons à Chelsea Clinton, par exemple. Ou Neil Bush.

Compte tenu de l'historique de la corruption endémique en Ukraine, s'assurer que le versement d'aide militaire américaine ne finisse pas dans les poches d'oligarques corrompus n'aurait-il pas été tout simplement... La meilleure chose à faire? Mais pour les Démocrates, un Président s'inquiétant de la corruption, c'est un délit.

Les mêmes Démocrates qui s'inquiètent d'une possible enquête de corruption contre Hunter Biden, ne se sont jamais inquiétés de l'espionnage de la campagne de Trump par la CIA et le FBI.

Les mêmes Démocrates n'ont pas cligné d'un œil lorsque Obama a donné des milliards de dollars à l'Iran, en faisant livrer par avion une partie de la somme en billets de banque rassemblés en palettes.

La notion de "corruption" ou de "donnant-donnant" est décidément très souple selon le bord de l'échiquier politique.

Avec cette procédure de Destitution, les Démocrates montrent qu'ils sont en-dessous de tout, en attendant que cette expression trouve une signification littérale lors des élections générales d'automne, lorsque Trump sera réélu.

Mise à jour (5 février): Trump vient donc d'être acquitté des deux chefs d'accusation par le Sénat. 52 votes contre 48 l'acquittent pour "l'abus de pouvoir" (le Républicain Mitt Romney, anti-Trump notoire, s'est allié aux Démocrates contre Trump) et 53 votes contre 47 l'acquittent pour "l'obstruction au Congrès" (cette fois-ci il s'agit d'un vote en bloc des Républicains contre les Démocrates). Nous étions donc très loin du compte pour la majorité des deux tiers.

28 novembre 2019

Le Cirque de la Destitution

Suivant les recommandations de la frange la plus extrémiste de leur parti, les Démocrates ont finalement lancé une procédure de destitution - Impeachment en VO - de Donald Trump. Mal leur en a pris, semble-t-il. L'opération vire au désastre.

Pour en parler, rien de mieux que de citer un spécialiste ; voici donc un éditorial de Greg Jarrett sur ce cirque de la destitution, publié la semaine dernière sur FoxNews.

 


 

Trump devrait espérer que le Carnaval de Destitution d'Adam Schiff ne se termine jamais

Le Carnaval de Destitution du Représentant Adam Schiff, Démocrate de Californie, entre dans une nouvelle semaine avec une parade de témoins qui n'ont à offrir que leurs opinions sans fin et des ouï-dire sur un cas de corruption "donnant-donnant" [Quid Pro Quo] d'où la corruption est absente.

Tout comme le titre de la farce comique d'Herman Wouk en 1965, La Fête Continue, le Président Trump peut espérer que cette idiotie de destitution se poursuive éternellement. Ou du moins jusqu'à ce que la saison des élections présidentielles soit bien avancée l'an prochain. Le maintien de sa résidence au 1600 Pennsylvania Avenue lui sera assuré.

Schiff, qui préside le comité du renseignement de la Chambre, représente le Grand Manitou du cirque de destitution, rappelant de manière frappante Norman Paperman, le personnage principal de Wouk. Ses singeries malheureuses sont le matériau du burlesque et de la bouffonnerie. Si quelque chose peut aller mal, ça ira mal. Personne ne semble prendre le pauvre Norman au sérieux. Sauf Norman.

Ainsi en est-il avec Schiff. Il est obsédé, sévère, égocentrique et si puissamment aveuglé qu'il ne semble pas pouvoir reconnaître le lent effondrement de son rêve de destituer Trump de ses fonctions. Les Américains prêtent attention à ses audiences pour la même raison que nous avons tendance à être captivés par des vidéos montrant des bâtiments en train d'imploser. Ou des accidents ferroviaires. Il y a quelque chose d'irrésistiblement attrayant à contempler des catastrophes en gestation.

Il n'y a aucune chance que le Président soit expulsé du bureau ovale par le Sénat. Pourtant, il est presque certain que la Présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et son bedeau de carnaval, Schiff, rassemblent leurs forces partisanes pour destituer Trump. Après tout, cette destitution fut préconçue et préprogrammée au moment même de l'élection de Trump. Il ne fallait plus qu'un prétexte. Toute excuse, même fausse, ferait l'affaire.

Pendant très longtemps, les Démocrates et les médias complices dans leur haine de Trump étaient convaincus que le Procureur spécial Robert Mueller les délivrerait de leur mal fantasmé. Ils ont attendu avec impatience pendant 22 mois, tout en condamnant presque quotidiennement le Président dans le tribunal de l'opinion publique, portant contre lui des accusations fabriquées de toute pièce et des récits non vérifiés.

Qu'importe qu'il n'y ait jamais eu aucune preuve crédible d'un complot criminel de "collusion" échafaudé par Trump et le Président russe Vladimir Poutine dans les entrailles du Kremlin. La piste russe de la "chasse aux sorcières" perdura jusqu'au jour où le rapport Mueller confirma qu'il s'agissait d'un canular. Les Démocrates et les médias eurent une crise d'apoplexie, terrassés par le chagrin et l'incrédulité. Ils le sont toujours.

Depuis lors, la cabale de recherche et de destruction de Trump s'est efforcée d'inventer une autre ruse ou un artifice pour se débarrasser de son ennemi politique. La "chasse aux sorcières" de l'Ukraine en est la suite inévitable, bien qu'elle soit deux fois plus ridicule. Les preuves prétendument incriminantes ne sont aucunement des preuves.

Café à thème

La semaine dernière, la caste bavarde des diplomates a pris une place centrale dans le Carnaval. Comme un «klatch» [une réunion à thème] chez Starbuck, ils ont diffusé toutes sortes de rumeurs et d'indices basés sur des ragots de troisième et quatrième main - un type a raconté à un gars, qui me l'a confié ensuite, que le type d'origine "présumait" qu'il y avait un "donnant-donnant". C'était mercredi.

Vendredi, l'abrutissante absurdité évolua en spéculation de degré encore supérieur alors qu'une nouvelle diplomate, qui avoua ne pas avoir de connaissance directe sur la question centrale, raconta en pleurnichant son histoire selon laquelle elle aurait été limogée en tant qu'ambassadrice en Ukraine. Si elle avait un motif sérieux de plainte, elle aurait dû se tourner vers les ressources humaines, non pas s'épancher devant une procédure d'enquête en destitution menée par le Congrès. Elle avoua finalement qu'elle ne savait rien de la corruption ni d'une "quelconque activité criminelle".

Le républicain Devin Nunes, de Californie, se contenta de formuler l'évidence en déclarant: "Je ne suis pas tout à fait sûr de ce que l'ambassadrice fait ici aujourd'hui." C'est un bon résumé.

Il s'avère que Marie Yovanovitch fut renvoyée à Washington deux mois entiers avant la conversation téléphonique de Trump avec le Président ukrainien Volodymyr Zelensky au centre du prétendu "donnant-donnant". Cela n'a pas empêché le conseil juridique des Démocrates de superposer sur écran vidéo géant la transcription de l'appel et de demander à Yovanovitch son interprétation du contenu et des intentions du Président.

Yovanovitch est typique des personnes imbues d'elles-mêmes qui garnissent le service des Affaires Étrangères de notre pays. Par exemple, elle déclara: "La relation étrangère des États-Unis avec l'Ukraine est la plus importante de toutes".

Sérieusement? Ces diplomates sont convaincus que l'univers tourne autour d'eux. Ils se trompent en croyant que ce sont eux qui dictent la politique étrangère, et non pas le Président.

Si Trump ose faire quelque chose qui ne leur plaît pas, ils cherchent à le saper. Ils sont la force maligne qui hante notre gouvernement.

Cette semaine, huit autres "témoins" présumés monteront au manège du Carnaval Schiff. Eux aussi vont faire tourner des conjectures et des opinions fondées sur du ouï-dire. En tant que témoins, ils sont en grande partie superflus.

La conversation Trump-Zelensky n'a pas besoin d'interprétation. Avec une transcription accessible à tous, elle parle d'elle-même. Nulle part il n'y fait mention d'exigence, de menace, de condition ou de pression sur des "contreparties" liant l'aide militaire américaine à une enquête sur Joe Biden et son fils. Cela a été corroboré par des déclarations de Zelensky.

Un diplomate, Bill Taylor, réussit à offrir quelque chose de pertinent et de concret lorsqu'il déclara au comité qu'il avait eu trois réunions avec le Président ukrainien à la suite de l'appel téléphonique et que le sujet du "donnant-donnant" n'avait jamais été abordé. Cela constitue la preuve la plus solide qu'il n'y ait jamais eu jusqu'ici.

Trump taquine

La semaine dernière, Pelosi demanda à Trump de témoigner dans ce carnaval. Peut-être pensait-elle que cela faisait une bonne phrase toute faite.

Lundi, Trump tweeta une réponse à "Nancy la nerveuse" qu'il pourrait accepter son offre de témoigner "à propos de cette chasse aux sorcières de Destitution".

Les médias partirent instantanément en vrille et commencèrent à saliver de cette perspective. Ils tombèrent dans le piège. Ou dans le panneau.

Trump n'a aucune intention d'accorder ainsi de la dignité à un processus indigne. Il ne faisait que taquiner ou piéger Pelosi, comme il a l'habitude de le faire.

Mais vous pouvez probablement vous attendre à un autre tweet dans lequel le Président proposera de témoigner si Schiff transforme son enquête en débat contradictoire respectant à la fois l'équité fondamentale entre l'accusation et la défense et le respect de la légalité en permettant aux Républicans d'appeler leurs propres témoins et de permettre un contre-interrogatoire des témoins démocrates, sans les coups de marteau [de Schiff].

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"COUPABLE! Et Maintenant le Procès..."
La couverture du New York Post du 13 novembre illustre sans doute le sentiment général.
(Cliquez pour agrandir)

Trump sait qu'une telle offre sera rapidement rejetée par Schiff. Cela démolirait le Carnaval. Les Républicans appellent le faux "lanceur d'alerte" à témoigner, ainsi que Schiff lui-même. Leur "complicité" présumée dans la composition de la plainte de dénonciateur (qui ne représente pas une plainte légitime au regard de la loi) pourrait bien impliquer Schiff en tant que force motrice qui conçut le canular de l'Ukraine comme prétexte pour attaquer Trump. Le président des débats ne prendrait jamais le risque d'être exposé ainsi à la vérité.

Voyez-vous, Schiff est un homme désespéré. C'est à la mesure de son désespoir qu'il a lu à Yovanovitch un tweet de Trump la critiquant publiquement, puis lui a presque demandé si elle se sentait intimidée. La réponse était prévisible.

Schiff a alors laissé entendre que le tweet pourrait constituer un motif d'inculpation pour "intimidation de témoin". Oubliez le fait que Schiff a lui-même créé l'incident en informant le témoin du tweet, qui ne répond toujours pas aux critères légaux "d'intimidation de témoin", lesquels impliquent des menaces physiques, de la corruption ou l'emploi d'une contrainte pour le forcer à mentir. Mais ni les faits ni la loi n'ont jamais empêché Schiff d'inventer une bonne histoire.

Comme Brad Blakeman l'a noté dans un récent éditorial de Fox News Opinion, "Les Démocrates cherchent déjà un moyen de sortir de la procédure de destitution". Le représentant Jeff Van Drew, DN.Y., l'un des deux Démocrates à avoir voté contre l'enquête en cours, a déploré que "c'est censé être bipartisan… c'est censé être juste". Lui et d'autres membres de son parti savent que les manigances de Schiff ont démoli le processus.

Cependant, il est peut-être trop tard pour inverser le cap et aménager l'arrêt du Manège de la Destitution. Le chef de la majorité [au Sénat] Mitch McConnell, Républicain du Kentucky, a déclaré à la presse que le Sénat ne condamnerait jamais Trump pour sur des pseudo-preuves aussi fragiles, mais qu'un procès complet semblait inexorable si la Chambre des Représentants votait en faveur de la destitution.

Les Américains ont un sens aigu de l'équité. Ils commencent de plus en plus à se rendre compte que le spectacle de clown de Schiff est l'antithèse d'une procédure juste, équitable et impartiale. Plus il durera longtemps, plus les Démocrates seront susceptibles de subir de graves réactions politiques qui profiteront finalement au Président en exercice.

Pour cette raison, Trump peut espérer que le carnaval ne s'arrête jamais.

 


 

Cet éditorial est intéressant parce qu'il tombe juste, et se retrouve corroboré par les sondages. Les Américains trouvent terriblement ennuyeuses les auditions publiques menées par la Chambre des Représentants.

En Suisse, les médias rapportent fidèlement le point de vue exclusif de la gauche, comme la groupie Valérie de Graffenried pour Le Temps qui évoque des "auditions publiques dévorantes" et ose même prétendre que les  auditions publiques sont "passionnantes" alors que les chiffres d'audience montrent clairement le contraire. Alors que l'enjeu est bien plus important, elles sont encore moins suivies que le processus de nomination du juge Kavanaugh. La journaliste désinforme effrontément en affirmant de l'ambassadeur des États-Unis auprès de l'Union Européenne Gordon Sondland qu'il "accuse" Trump, omettant par exemple ce petit échange:

Turner - C'est selon votre témoignage ici aujourd'hui, Ambassadeur Sondland, que vous avez des preuves que Donald Trump a lié la demande d'enquête [contre Burisma] à l'aide [militaire américaine]? Parce que je ne pense pas que vous disiez cela.

Sondland - Je l'ai répété à plusieurs reprises, Monsieur le membre du Congrès, je le présumais.

Turner - Donc personne ne vous l'a dit. Giuliani ne vous l'a pas dit. Mulvaney ne vous l'a pas dit. Personne. Pompeo. Personne d'autre sur cette planète ne vous a dit que Donald Trump liait l'aide à cette enquête?

Sondland - Je pense que j'ai déjà témoigné.

Turner - Répondez à la question. Est-ce correct? Personne sur cette planète ne vous a dit que Donald Trump liait l'aide à cette enquête - parce que si la réponse est oui, alors le président de la commission a tort et les gros titres de CNN sont faux. Personne sur cette planète ne vous a dit que Donald Trump liait l'aide à cette enquête. Oui ou non?

Sondland - Oui.


Il ne fait aucun doute que les témoins - uniquement à charge puisque imposés exclusivement par les Démocrates - ont tous en commun de détester Trump. Ils pensent qu'il a organisé un marchandage donnant-donnant avec l'Ukraine, mais, à moins de renverser quelques siècles de tradition juridique, une opinion n'est pas une preuve. Un témoin se doit de rapporter des faits observés. Ses sentiments, pour sincères qu'ils soient, n'ont pas de valeur dans un procès.

Alors que les Démocrates ne font défiler que des témoins acquis à leur cause, mènent les débats, contrôlent les questions que la minorité républicaine a le droit de poser et disposent d'une confortable majorité dans les votes, ils n'arrivent même pas à convaincre le grand public de la culpabilité de Trump. Non seulement l'opinion publique est de plus en plus convaincue de l'innocence du Président, mais ce changement de cap de l'opinion affecte principalement les "indépendants", la grande masse des citoyens qui ne sont affiliés ni aux Démocrates ni aux Républicans.

(Pour ceux qui se demandent comment les médias peuvent affirmer continuellement le contraire, voilà comment: les instituts de sondage "engagés" ont l'habitude de manipuler leurs résultats en y incluant une proportion exagérée de sondés d'obédience démocrate, ce qui permet d'affecter "favorablement" le résultat final.)

Pire, l'ampleur de ce changement pourrait précipiter le basculement de swing states en 2020, ces fameux états fédéraux où ni les Démocrates ni les Républicans ne disposent d'une majorité solide. Et cette perspective inquiète de plus en plus les politiciens démocrates. Brenda Lawrence du Michigan est ainsi la première Démocrate de la Chambre des Représentants à annoncer publiquement le retrait de son soutien à la procédure de destitution, et tout indique qu'elle ne sera pas la dernière.

Les Démocrates sont coincés. Engagés à ce point dans l'hyperbole, renoncer à prononcer la destitution serait une explosion en plein vol du narrative dont ils gavent l'opinion publique depuis des mois. Jouer la montre lasserait encore plus le public qu'il ne l'est déjà aujourd'hui. Mais poursuivre pourrait être encore pire. L'inculpation de Trump par Adam Schiff dans la Chambre des Représentants amènerait le dossier à se poursuivre au Sénat.

Là-bas, les Républicans pourraient se livrer à un procès contradictoire en bonne et due forme - en convoquant des témoins impliqués comme Joe et Hunter Biden, Eric Ciaramella, le pseudo-lanceur d'alerte originel, Devon Archer, le beau-fils de John Kerry et des officiels ukrainiens à des heures de grande écoute. Ils pourraient les amener à discuter du donnant-donnant qui eut lieu sous Obama lorsque Joe Biden fit lui-même un chantage pour faire virer le procureur ukrainien inquiétant son fiston. Tout ça sous l’œil des caméras pendant une année d'élection présidentielle.

Le Cirque de la Destitution est en train de virer au cauchemar pour la gauche américaine, et nous n'en sommes qu'au début.

28 août 2019

Trump et Obama ne croient pas au Réchauffement Climatique

À quelques jours d'intervalle, les deux présidents américains dirigeant les États-Unis d'Amérique depuis onze ans viennent de montrer de façon implacable leur rejet de la théorie du réchauffement climatique.

La première image nous vient du G7 qui s'est achevé il y a deux jours. Donald Trump a réussi son coup en faisant le buzz sans même apparaître sur la photo.

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Trump brille par son absence.

Il s'agissait de la rencontre entre les chefs d'état pour discuter du Réchauffement Climatique - sous l'étiquette consensuelle "climat, biodiversité et océans" - et elle fut boudée par Trump. L'information fut très peu diffusée dans les médias, qui préférèrent tresser les lauriers du président Macron tout au long du sommet ; on argumenta rapidement que si Trump était absent ce n'était pas grave. Pourtant, c'est une gifle, une gifle volontaire. Trump n'était pas seulement absent ; il s'est présenté au début du meeting puis l'a quitté pour ne plus y revenir, empêchant les autres membres d'annuler une réunion qui les place clairement en situation de faiblesse.

Trump a donc commis un crime de lèse-majesté, le genre de chose qui laisse un impact psychologique profond chez des êtres aussi imbus de leur personne que les participants du G7. Au sein de la "famille" de dirigeants amenés à discuter de la répartition d'une manne financière, le principal contributeur désigné explique par son absence qu'il ne la distribuera jamais.

Il faudra encore faire du chemin pour qu'ils comprennent, mais cela ne changera rien. Et pendant qu'ils tenaient conférence, Trump tenait la sienne en affirmant que les États-Unis devenaient le meilleur producteur d'énergie du monde. La manœuvre était donc parfaitement assumée, et les anti-Trump deviennent aphones à force de pousser des cris d'hystérie.

Mais bizarrement, par une coïncidence de l'actualité, on apprend que Barack Obama ne croit plus au réchauffement climatique non plus.

L'ancien président, jamais entré en retraite politique et toujours officiellement apôtre du réchauffisme, ne s'est certes pas fendu d'une déclaration foulant aux pieds toutes ses prises de position précédentes. Il a fait mieux: il s'est engagé financièrement contre la théorie controversée du réchauffement climatique.

Cela mérite quelques explications. Le couple Obama, séduit par sa demeure de vacances proposée par Martha's Vineyard en Nouvelle Angleterre, décida à la fin du séjour d'acheter la maison. La nouvelle tombe le 22 août, soit presque au même moment que le sommet du G7 à Biarritz.

La maison n'est pas un achat anodin: les Obama auraient payé un peu moins de 15 millions de dollars pour s'offrir l'ancienne propriété de Wyc Grousbeck, le propriétaire des Boston Celtics. Ils en ont eu pour leur argent:

Les Obama seront les nouveaux propriétaires d'un vaste manoir de près de 650 mètres carrés et de près de 12 hectares de propriété privée en bord de mer sur laquelle il repose. Conçue par les architectes Bradenburger Taylor Lombardo de San Francisco, la maison comprend sept chambres à coucher et huit salles de bain, ainsi que la cuisine du chef, de multiples espaces de détente et de divertissement, ainsi qu’une grande salle à manger circulaire. La propriété comprend également un jardin, une cheminée extérieure, une piscine et un jacuzzi.


Rien ne vous choque dans le paragraphe précédent? Non, je ne parle pas de l'étalage de richesse d'un ex-couple présidentiel qui a passé l'essentiel de sa carrière à dénigrer et mépriser les gens riches et leur réussite, ni du fait que Barack Obama a gagné toute cette fortune alors qu'il était Président, ce qui n'a évidemment rien à voir avec une quelconque corruption. Non, la séquence choquante est ce petit morceau de phrase: "...propriété privée en bord de mer..."

En bord de mer? Vraiment au bord de la mer, en vérité:

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Maintenant, qu'on m'explique: comment quelqu'un qui croit à la théorie du réchauffement climatique - qui implique que le niveau de l'eau va monter de plusieurs mètres - peut-il acheter une propriété en zone maritime inondable?

Je ne vois pas beaucoup d'explications:

  • Obama envisage de revendre la propriété très vite, mais c'est peu plausible car son ancien propriétaire essayait de s'en débarrasser depuis des années et en a même baissé le prix ;
  • Obama, indécrottable optimiste, pense que toutes les actions entreprises au G7 (voir plus haut) et ailleurs par les grands de ce monde feront en sorte que l'apocalypse climatique prévue soit déjouée ;
  • Obama est un hypocrite conscient que tout ceci est du flan, et passera ses vieux jours dans une splendide maison au bord de la mer en sachant pertinemment qu'à l'échelle humaine il ne se passera absolument rien.

Chacun se fera sa propre opinion.

12 août 2019

L'opportun suicide de Jeffrey Epstein

"J'ai été très surpris du suicide de Jeffrey Epstein, mais peut-être pas autant que Jeffrey Epstein lui-même", déclara sarcastiquement un Internaute au matin de l'annonce de l'événement. Le décès impromptu du milliardaire pédophile déclenche encore d'innombrables réactions - la plupart du temps atterrées, quelquefois humoristiques.

Jeffrey Epstein, 66 ans, aurait été retrouvé mort dans un "suicide apparent" dans sa cellule du Centre Correctionnel de Manhattan samedi matin. Son corps emporté sur une civière à environ 7h30. Jeffrey Epstein avait été mis sous surveillance anti-suicide après avoir été retrouvé dans sa cellule presque inconscient et "avec des marques sur le cou" le 23 juillet. Si deux sources pénitentiaires avaient alors évoqué une tentative de pendaison, une autre rétorqua qu'Epstein aurait pu s'infliger ces blessures lui-même pour favoriser un transfert. Une quatrième déclara en revanche que la possibilité d'une agression n'était pas à exclure, notamment de la part de l'ex-officier de police Nicholas Tartaglione, suspecté d'avoir tué quatre hommes et enterré leurs corps dans une histoire de trafic de cocaïne. Déjà beaucoup de mystères...

Depuis, les informations les plus contradictoires circulent. Jeffrey Epstein n'aurait pas été mis en surveillance dans une cellule anti-suicide, mais dans une cellule simple depuis le 29 juillet. Ou encore, il n'aurait pas bénéficié du niveau de surveillance requis faute de personnel, ramenant les visites toutes les demi-heures à une seule pour la nuit samedi matin. Les images de vidéo-surveillance seraient manquantes, ou il n'y aurait pas eu de caméras là où il était installé.

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Comme le résume lapidairement un internaute:

  • Le prisonnier Jeffrey Epstein fait une tentative de suicide.
  • Il est mis sous surveillance anti-suicide.
  • Il se suicide avec succès.
  • Circulez, il n'y a rien à voir.

Le suicide d'un suspect aussi important que Jeffrey Epstein, alors même qu'il est incarcéré dans une prison sous surveillance anti-suicide et qu'il a fait une première tentative quelques semaines plus tôt, reste un constat difficile à avaler. Évidemment, les médias romands ne s'étonnent de rien ; pour eux, il n'y a aucun problème, et ceux qui pensent autrement ne sauraient être que des complotistes. Pourtant, même en Europe, Le Figaro évoque un "suicide apparent". Et aux États-Unis, la polémique fait rage dans les médias, y compris au sein des rédactions alignées à gauche.

Les différentes morts de Jeffrey Epstein

combinaison_cornichon.jpgLe suicide est la première cause de mortalité des détenus américains - la deuxième étant l'overdose. D'après un agent de correction américain anonyme, le suicide d'Epstein n'aurait jamais dû être possible dans un milieu carcéral conforme:

Je suis agent de correction. Cela n'aurait jamais dû être possible. Au cours du processus d'admission, en raison de la nature de ses crimes et de sa célébrité, il aurait déjà dû faire l'objet d'une surveillance particulière. Après la première tentative, il aurait été dans une cellule spéciale. Il porterait ce que nous appelons une «combinaison cornichon», c’est une combinaison verte que vous ne pouvez ni déchirer ni attacher à rien. Ses couvertures seraient du même matériau. Il ne recevrait que des produits d'hygiène sous surveillance. La seule chose autorisée dans sa cellule serait un livre et des documents judiciaires. Nous serions alors surveillés au plus près. C'est un énorme échec du système pénitentiaire. Je veux une enquête poussée sur la façon dont cela a pu se produire.


De même, les cellules anti-suicide sont prévues pour empêcher toute accroche, saillie, ou matériau dont on pourrait se servir pour se pendre. Les cellules contiennent un ou deux prisonniers, et font l'objet d'une ronde toutes les demi-heures. Les prisonniers sont délivrés de toute ceinture, ficelle, lacet, cordelette qui pourrait servir à les étrangler ; et même les fournitures présentes dans la pièce sont étudiées pour empêcher qu'on ne puisse se pendre avec - M. Epstein pesait tout de même 90 kilos.

Pour l'instant, aucun détail ne filtre quant à son autopsie. Officiellement, on ne sait donc pas encore de quoi il est mort. S'il s'est pendu, le grand public aimerait sans doute savoir avec quels ustensiles il est parvenu à ses fins dans ce milieu particulier. Il semble difficile à croire qu'il soit parvenu à cacher sur lui de quoi se pendre alors qu'il était déjà incarcéré depuis des semaines.

Il pourrait bien sûr avoir été aidé par un complice. Des journaux expliquent que les caméras - si elles n'ont pas été débranchées - ne filmaient pas les cellules mais les couloirs attenants ; on pourrait donc voir si quelqu'un a apporté quelque chose au prisonnier.

Tout ceci participe de l'idée qu'il ait voulu se donner la mort et qu'un tiers l'ait soutenu dans sa démarche. Mais cette situation ne correspond pas à son comportement jusque-là. Selon le témoignage de gardiens, il s'était peu à peu accoutumé à la vie carcérale, et après sa première "tentative de suicide" il se serait plaint à des collègues de cellule que quelqu'un souhaitait sa mort. Les esprits les moins curieux s'empresseront de défausser tout ces aspects gênants comme des rumeurs sans fondement, mais il reste un détail troublant.

Epstein souhaitait attendre son procès en liberté surveillée, un privilège qui lui avait été refusé compte tenu des risques de fuite. Le jugement d'appel de ce refus de remise en liberté était imminent. Pourquoi s'être suicidé avant de connaître la nouvelle décision?

Une disparition bien commode

Beaucoup de gens très haut placés se sentent sans doute soulagés de la disparition du milliardaire. Au moins il ne parlera pas. Mais se pourrait-il qu'ils aient pris une part plus active dans son suicide?

L'hypothèse est évidemment gênante à notre époque où remettre en question la vérité officielle est de plus en plus un acte de dissidence (il n'y a pas si longtemps la même attitude permettait de gagner des oscars). Il faudrait également que les gens qui veuillent l'éliminer aient le bras très, très long.

Ou peut-être pas tant que ça. Il se trouve par exemple que Colleen McMahon, le juge en chef du SDNY (la cour de district qui contrôle les dossiers et les détenus du centre où était incarcéré Epstein), fut nommé à son poste par un certain Bill Clinton. Et Shirley Skipper-Scott, le gardien du MCC, fut nommé au sien par Colleen McMahon.

Si les médias de gauche doutent de la véracité du suicide, c'est uniquement pour mieux essayer d'en faire porter le chapeau à Trump, dont ils se sont échinés à bâtir l'image de "bon ami d'Epstein" depuis l'arrestation du pédophile, bien qu'elle ne corresponde pas à la réalité. Et d'autres penchent plus pour une élimination par le clan Clinton.

Choisissez votre complot, camarades! Deux hashtag sont tendance en ce moment, #TrumpBodyCount et #ClintonBodyCount. Mais ils ne sont pas équivalents. Le premier semble avoir été inventé précisément pour contrer le second, et on peut le voir selon l'origine du Trend par Google. L'attribution du "suicide" à Trump semble venir uniquement de Calfornie, et des gens font beaucoup d'effort pour obtenir du buzz sur cette version...

Que les Républicains et les Démocrates se renvoient la responsabilité du suicide organisé de Jeffrey Epstein n'a aucune importance, si la dispute peut au moins permettre d'enquêter pour accéder à la vérité. Le grand public - américain tout du moins - ne se laisser plus compter des fables de "dysfonctionnement" qui virent de plus en plus au grotesque. À un certain stade, ce sont ceux qui refusent de douter de la version officielle qui passent définitivement pour des imbéciles.

22 juillet 2019

Nouvelles d'Iran

Que se passe-t-il en Iran? Où en est le régime de Téhéran? Y aura-t-il une guerre dans le Golfe Persique?

Comme il est difficile d'avoir des nouvelles authentiques sur ce qui se passe dans cette zone, autant avoir l'information de première main - auprès d'un ressortissant iranien faisant de fréquents voyages dans ce pays. Voici donc le compte-rendu d'une interview avec Berham (prénom d'emprunt, bien évidemment).


Bonjour Berham. Pour commencer, puisque nous allons parler de l'Iran, quelle est ta connaissance réelle du pays?

Je suis Iranien d'origine, j'en parle la langue. Je travaille avec l'Iran et en Iran depuis des années. Je m'y rends environ une fois toutes les trois ou quatre semaines, à vrai dire j'en reviens à peine.

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Vue de Téhéran.

D'accord, mais que vois-tu du pays à chaque fois? Rencontres-tu des membres du régime? Des civils? Te rends-tu hors de Téhéran?

Je suis en contact avec des politiciens et des membres de l'administration - les Gardiens - pour des raisons professionnelles. Je ne fais pas que rester dans la capitale. Je discute avec les locaux, je consulte la presse iranienne, l'opinion de l'homme de la rue, et mes nombreuses connaissances sur place. Et pour finir le tour d'horizon, comme je travaille en lien avec l'industrie pétrolière, je suis très au courant des enjeux du régime iranien de ce côté aussi. Donc autant dire que je vois de façon assez limpide à travers toutes les strates de la propagande, que ce soit en Iran ou en Occident.

Propagande ou pas, les nouvelles ne semblent pas très bonnes du côté du Détroit d'Ormuz. Il y a une escalade visible entre l'Iran et la flotte des États-Unis, des attaques de pétroliers, des combats de drones... L'Iran souhaite-t-il la guerre?

Les Gardiens de la Révolution, oui.

Ils veulent la guerre?!

Oui! Mais ils ne veulent pas qu'on dise que ce sont eux qui ont commencé. Ils veulent faire en sorte qu'on dise que les Américains les ont attaqués en premier. Ils ont l'impression que si une guerre commence, beaucoup d'Iraniens vont se rallier à eux. Alors qu'on n'est plus dans les années 80, contre l'Irak, où les gens se sont vraiment ralliés aux ayatollahs pour faire la guerre. Mais ce n'est plus comme avant. La nouvelle génération est tellement désabusée... C'est une génération qui s'en fout, elle se dit qu'elle ne va sûrement pas se laisser massacrer pour Hassan Rohani.

On n'a pas très envie qu'une guerre éclate juste pour vérifier cette hypothèse.

Les Gardiens de la Révolution pensent qu'une guerre pourrait très bien, comment dire, réunifier le pays, mais même de ça ils ne sont pas sûrs. Le problème qu'ils ont maintenant c'est le manque d'argent.

Ils ont mis un État social en place après la révolution islamique mais ils n'ont plus d'argent...

Un État social, mais pas pour tout le monde! Surtout pour les Gardiens de la Révolution, le Bassiji, etc. Eux ont droit à des appartements, des faveurs, ils sont dans les bonnes grâce de l'État kleptocrate, mais les autres non, et c'est pour ça que ça crée des tensions. Mais ces gens se sont dit "après nous le Déluge!" donc si on commence une guerre, voilà, on y sera. Mais le problème, s'il y a un problème dans le pays, c'est qu'ils n'ont nulle part où aller. S'ils veulent fuir, ils vont aller où? Le seul endroit susceptible de les accueillir ce serait l'Irak. Et encore. Il y a des chiites et des sunnites là-bas, et une fois qu'ils auront dilapidé ce qu'ils ont emporté avec eux, qu'est-ce qui va se passer?

Mais ces tensions ont quand même pour origine le programme nucléaire iranien, non?

Pour moi le programme nucléaire c'est un prétexte - on va dire, une conséquence. La première cause de tension dans le pays c'est sa mauvaise gestion, la corruption, qui est responsable de 95% des difficultés que traverse l'Iran. Ils ont essayé de contourner ça en signant en 2015 les Accords de Vienne, le Traité sur le Nucléaire Iranien, on s'est dit tout va bien, mais en fin de compte rien ne va!

Avec la complicité d'Obama, les Accords de Vienne permettaient surtout aux mollahs d'obtenir légalement la bombe nucléaire au bout de dix ans...

Pour moi, le Traité ignorait un aspect essentiel, la vérification des bases militaires ne prenant pas officiellement part au programme nucléaire. Mais évidemment la corruption persiste, et pour moi, même si Trump ne s'était pas officiellement retiré du Traité nucléaire, les choses en seraient quand même arrivées au point où nous en sommes aujourd'hui. Juste un peu plus lentement. Le retrait des Américains a précipité la chose.

Là où les pays européens sont en totale contradiction avec eux-mêmes, c'est qu'ils disent tous "Oui oui, il faut défendre les Droits de l'Homme" etc., mais ils cherchent tous à préserver le Traité nucléaire iranien, et à travers lui ils perpétuent le régime iranien criminel. En fait cet accord nucléaire n'a rien d'extraordinaire. Ça a simplement permis aux mollahs de recevoir 150 milliards de dollars.

Pour moi les Européens défendent le Traité iranien parce qu'ils ont été payés pour le faire... L'Iran a reçu des milliards de dollars par Obama, dont 150 milliards en cash, ce sont des faits avérés. Et on suppose que l'Iran s'est servi de cette somme pour corrompre des politiciens occidentaux pour qu'ils soutiennent le Traité nucléaire iranien, lever les sanctions, etc. Et l'Iran veut un retour sur investissement. Et comme ces politiciens sont pris à la gorge par leur propre corruption, ils se démènent pour montrer, à défaut d'y parvenir, qu'ils font sincèrement tout ce qu'ils peuvent pour aller dans le sens des Iraniens.

On saura ça si un jour le régime de la République Islamique tombe et on arrive, peut-être, à avoir accès à des documents confidentiels, on verra si les politiciens européens ont été payés... Mais pour le moment on n'a pas de preuves. Personne n'exclut ça mais pour le moment on n'a pas de preuves. Zarif [par le biais de Hossein Jaberi Ansari, porte-parole du Ministère des affaires étrangères iranienne] a dit une fois "si les Européens ne coopèrent pas on dira qui on a payé". Il est possible qu'il y ait eu quelque chose, il ne faut pas croire que les Européens soient plus intègres que les autres...

L'hypothèse expliquerait en tout cas pourquoi les Européens sont allés jusqu'à mettre en place un véhicule financier spécialement conçu pour contourner le système de paiement Swift, et donc les sanctions américaines contre l'Iran.

Oui mais c'est un système qui ne marche pas du tout! Ce truc il est mort. Les Européens disent "Oui oui on va faire quelque chose" mais les Iraniens voient que tous les jours il n'y a rien qui se passe, ils sont financièrement pris à la gorge, et puis ensuite ils sont en train de défaire cet accord nucléaire parce qu'il ne sert plus à rien. Selon moi il va se déliter complètement d'ici un mois et demi.

À l'intérieur du pays, environ 70% à 80% des Iraniens se disent, heureusement qu'il y a eu Trump pour sortir de cet Accord nucléaire parce que comme ça on est d'accord de vivre une période difficile pendant un an et demi, deux ans, mais après on sera débarrassés des ayatollahs.

Et en ce moment, sans vouloir vexer personne ici, le pays le plus détesté en Iran, c'est la France.

La France?

Macron est toujours en train de dire "nous allons faire ceci avec les Iraniens", "nous allons faire cela avec les Iraniens..." La France sera toujours considérée comme le pays qui a hébergé Khomeini et lui a donné la liberté de parole en 1978. Ensuite une fois que Khomeini était de retour on a couru pour signer des traités commerciaux, mais pendant la guerre Iran-Irak la France a pas mal soutenu Saddam en lui vendant des armes. Ensuite après la guerre ils mettent à disposition sous licence la technologie pour les voitures Peugeot, Renault, etc. mais ce sont des modèles inférieurs, avec des pièces pour liquider leurs stocks, des véhicules invendables en Europe... Après vient la période des sanctions internationales, on sort du pays, puis on revient avec les Accords, puis on en ressort... Total a même été condamné par la justice pour avoir payé des bakchichs en Iran. Par la justice française, c'est dire à quel point on en est.

...Finalement, les Iraniens se disent, "qu'est-ce que la France a jamais fait de positif pour nous?"

Les Suisses et les Allemands, eux, gardent une bonne image. Les Allemands ont fait un tour après 2015 et dit "c'est trop compliqué de faire des affaires ici" et ils sont partis, ce sont des gens réglos ; et les Suisses, qui ont fait pareil, représentent toujours l'Arabie Saoudite en Iran et l'Iran en Arabie Saoudite.

Que penses-tu des prises d'otages d'Iraniens binationaux?

L'Iran fait de la prise d'otage de binationaux de toutes nationalités. Il y a pas mal de Canado-iraniens, d'Anglo-iraniens, d'Américano-iraniens, qui sont déjà en prison. On ne sait pas combien ils sont parce qu'on n'entend parler que de certains cas médiatisés mais on ne sait pas combien il y en a au total, peut-être 200...

J'ai entendu que l'Iran ne reconnaissait pas la double-nationalité...

Ils la reconnaissent quand ça les arrange, et ils ne la reconnaissent pas quand ça les dérange. On prend par exemple en otage les binationaux franco-iraniens pour rappeler à M. Macron ses nombreux engagements avec l'Iran, pour lui mettre un peu la pression. Les Allemands et les Suisses, pour l'instant, on leur fout la paix. Jusqu'à quand, on ne sait pas!

Le pire c'est que l'Iran n'a pratiquement plus de relations avec certain de ces pays. L'Iran a brulé les ponts avec les USA donc il n'y a plus trop de possibilité de négociation pour les Américano-iraniens, quant aux relations avec le Canada elles sont loin d'être au beau fixe en ce moment... Les relations avec le Royaume-Uni sont au plus bas ; et les relations avec la France se dégradent. Le régime ignore relativement les Franco-iraniens, comme si c'était des citoyens de seconde zone. Mais Macron se pavane et ne fait rien, et les Français perdent de plus en plus leur réputation.

Pourquoi les Européens s'acharnent-ils à ce point à vouloir faire des affaires avec l'Iran?

Ils en ont gardé une image "romantique" d'un pays extraordinaire avec lequel on pouvait toujours faire des affaires, comme au temps du Shah. Ils ne se rendent pas compte qu'il vaut mieux attendre un changement de régime avant de passer à l'offensive... Commercialement, j'entends.

Revenons à cette perspective de guerre. De toute façon, même si Trump avait mordu à l'hameçon avec des provocations iraniennes, à cause des distances, les Américains et les Iraniens ne pourront jamais être directement en guerre, soldat contre soldat. Les Américains ne vont jamais envoyer des dizaines de milliers de boys comme au Viêt-Nam... Ce ne seront jamais que des campagnes aériennes contre un pays qui ne peut pas répliquer...

Mais la plupart des gens ne se rendent pas compte... À quel point l'Iran est actuellement un pays en faillite, une faillite aussi morale, absolument totale. L'Iran est un pays qui se désintègre. Donc, contrairement à ce qu'on pense, une guerre avec l'Iran, ça ne va pas durer longtemps. On envoie trois bombes à gauche à droite et les gens prennent la fuite. Il y a eu un tremblement de terre il y a quelques années dans le Kurdistan iranien, les gens vivent toujours dans des containers depuis, comme des miséreux.

Il n'y a pas eu de formation décente en Iran depuis trente ans! Les cadres de la compagnie pétrolière iranienne avaient été formés à l'époque par les Américains, maintenant ils sont tous à la retraite. À force de nommer des gens aux postes-clés parce que "lui c'est le fils de..." ou que "lui fait bien ses prières cinq fois par jour" ou "lui sait réciter le coran par cœur", on finit avec un pays grippé, immobilisé, où plus personne n'est capable de prendre une décision. Et maintenant, si on prend juste le secteur du pétrole, même en Iran, on pourrait continuer à exporter encore un million et demi de barils par jour, facilement. Mais ils se jettent tellement de bâtons dans les roues les uns les autres que l'exportation est tombée à 250'000 barils par jour. Parce que si Monsieur X voit que Monsieur Y s'en sort mieux que lui, Monsieur X va tout faire pour le saboter. Ça c'est typique des pays musulmans. Donc moi dans le cas d'une guerre avec l'Iran, moi je dis, il ne faut pas avoir peur... Les gens, dès qu'ils verront un risque crédible de guerre contre les Américains, ils vont s'empresser de changer de camp.

L'État iranien est en faillite.

Oui, complètement. Ils ont beau avoir des Gardiens de la Révolution, le régime n'est même pas un colosse aux pieds d'argile, c'est des pieds en sable en train de s'effriter... Le seul danger que je vois s'il y a une guerre, ce sont les milliers de réfugiés qui vont se mettre en marche en direction de l'Europe par la Turquie. Les Iraniens rêvent d'aller en Europe. 60% des Iraniens le souhaitent. Et entre 15 et 40 ans le taux monte à 90%. C'est énorme!

Comme tout gouvernement aux abois, l'Iran manipule les taux de change officiels pour siphonner des devises étrangères aux gens qui sont obligés d'échanger des rials. Le Hezbollah est fâché parce qu'il ne reçoit plus d'argent, les Palestiniens sont fâchés parce qu'ils ne reçoivent plus d'argent... Toute la construction iranienne se désagrège faute d'argent pour la faire tenir debout.

Ce n'est que de l'argent?

Oui, les Européens ne comprennent pas ça. Si tu prends un paysan suisse d'Appenzell, qui a ses cinquante vaches et qui vit péniblement avec deux mille francs par mois, et que tu lui proposes dix mille balles pour farcir une de ses vaches de bombes et faire un attentat avec devant le Palais Fédéral, il refusera, j'en suis certain. Pas seulement par peur, mais aussi parce qu'il aura une espèce de confiance intrinsèque dans la société dans laquelle il vit et dans ses autorités. Une forme de reconnaissance. C'est pour ça qu'en Occident le prix pour l'espionnage est aussi élevé. En Iran, on peut corrompre facilement n'importe quel fonctionnaire pour avoir des renseignements. Ils n'ont aucune fierté dans le régime. Aucune loyauté.

J'ai eu des Gardiens de la Révolution qui prétendaient être de bons musulmans en public et qui se pointaient chez moi, en plein ramadan, à cinq heures du soir, pour boire un peu d'alcool... Et même manger une omelette au jambon!! Tout ça c'est n'importe quoi.

Mais s'il y avait une guerre et si le régime tombait, qui le remplacerait?

Ça c'est le plus grand problème. On se basait sur les Moudjahidines du Peuple, qui ont pas mal d'immobilier à Paris mais aussi en Albanie et au Kosovo, mais ce sont des communistes. Entre les Moudjahidines du Peuple et les mollahs moi je préfère encore les mollahs! Les Moudjahidines sont communistes-islamistes. Communistes d'abord, et islamistes ensuite.

L'Occident n'a jamais voulu vraiment aider à élaborer une opposition crédible pour l'Iran. Là les Européens ont fait une énorme connerie, ils auraient pu piocher à loisir dans la diaspora avec les services de renseignement pour monter quelque chose...

Oui mais il aurait fallu pour cela que les Européens croient encore en quelque chose, c'est un peu le problème...

Les Européens croient toujours qu'ils ont l'argent, mais l'argent, ils ne l'ont plus. En Europe on est toujours sur la base de "En Europe ça va bien, on a de l'argent donc on peut donner dans le social, dans l'union ceci, dans la subvention de cela, etc." mais je me rends compte de plus en plus fortement que ça ne fonctionne plus.

S'il y a trente ans les Occidentaux avaient dit à l'Iran "ça c'est inacceptable, c'est comme ça que ça marche, on n'est pas d'accord," les choses n'en seraient pas arrivées là à Téhéran. Et en Europe non plus où l'islam règne désormais dans les banlieues, d'ailleurs.

En Iran, si le régime s'effondre, il n'y a même pas de général à poigne pour reprendre le pouvoir, des généraux il n'y en a plus. Il y a les généraux des Gardiens de la Révolution et ce n'est pas vraiment pareil. Et si ceux-là prennent le pouvoir ça va être encore pire.

Pire?

On va passer d'un État islamiste à un État fasciste type nazi, avec une couleur islamique en plus. L'islam c'est le nazisme. Mais là le côté nazi prendra le dessus. On passera d'un régime islamiste avec une pointe de nazisme à un régime nazi avec une pointe d'islamisme.

Comment vois-tu l'évolution des prochains mois?

Je dirais que dans les six prochains mois on va rester comme aujourd'hui, dans une situation assez tendue.

Ça pourrait durer plus longtemps, non? Trump essaye autant que possible de se dépêtrer des guerres de l'Amérique, ce n'est pas pour se lancer dans un nouveau conflit contre un pays de 80 millions d'habitants...

Mais je vois un "mais", c'est qu'à chaque fois qu'il y a une guerre le Président se fait réélire. Donc si les Gardiens de la Révolution voient que la situation est devenue telle pour eux qu'ils ont besoin d'une guerre, c'est la fuite en avant. Ils continueront comme ils le font jusqu'à ce qu'il y ait une réponse des Américains, et là ils pourront déclarer le commencement de la guerre.

Quelle forme prendra cette guerre? Ils vont tirer tous azimuts sur tous les bateaux passant dans le Détroit d'Ormuz? Ils vont bloquer le Détroit? Alors que les Américains sont devenus autosuffisants en pétrole...

C'est la Chine et l'Asie qui vont en pâtir le plus. Donc pour les Américains ce n'est pas un problème. Ils pourraient se dire, finalement pourquoi pas?

Les Russes ont tellement de problèmes intérieurs que malgré toutes leurs déclarations ils ne feront rien. Les Chinois n'osent pas intervenir si loin à l'extérieur de leur zone d'influence, ils se contenteront de proclamer que tout ça est la faute des Américains, comme les Européens dont l'économie souffrira.

Et là les Européens diront "Oh mon Dieu comme c'est grave, faisons des conférences à Davos."

Moi ce que je crains le plus c'est que les services iraniens aient préparé des bombes sales, et à la première occasion qu'ils viennent les faire exploser en Occident.

En Occident?! Et pour obtenir quoi?

Un chien enragé ne se pose pas de questions. Il mord.