20 juin 2011

Renens dit oui aux caméras

Les résultats sont sans appel: 57% des votants ont approuvé la pose de caméras à la gare ce dimanche. Une bonne petite claque à une équipe communale prônant le non à tout crin, et dont l'angélisme confine à l'aveuglement volontaire dès qu'il s'agit de criminalité.

Le taux de participation est faible (moins de 27%) mais n'a rien d'inhabituel pour un scrutin de ce type.

Sur les ondes de la TSR, la syndique POP de Renens, Marianne Huguenin, déployait des trésors de langue de bois pour expliquer que la défaite n'en était pas vraiment une; que non, bien entendu, la gauche n'était pas "idéologiquement" arc-boutée contre l'idée de caméras de surveillance (les deux ans de débats au Conseil Communal et l'emploi de l'arme ultime de l'initiative témoignent de cette ouverture d'esprit, tout comme les commentaires des adversaires sur ma prise de position sur le sujet...) et que, bien entendu encore, la Municipalité avait à coeur l'emploi efficace des deniers publics (ce qui se voit tout de suite au vu de ses priorités budgétaires.)

Bref, un déni de réalité typique d'un mouvement politique réticent au possible à demander son avis à la population en dehors des échéances électorales obligatoires, et un rappel mérité à l'existence que vivent les habitants de Renens.

C'est une très belle victoire pour le PLR renanais et pour la sécurité en ville. Comme d'autres je pense, je suivrai de près l'évolution des crimes et délits dans les zones sous surveillance une fois les caméras en fonction, ainsi que le taux d'élucidation de ces affaires une fois les caméras posées.

Évidemment, ce dénouement dépendra grandement de la bonne volonté de la municipalité à mettre en oeuvre la décision populaire. Nous partageons l'inquiétude du PLR à ce sujet, mais dès le premier juillet l'UDC pourra s'associer à l'effort politique au Conseil Communal pour que le scrutin de ce dimanche garde sa signification.

Ce vote illustre enfin le décalage entre les positions idéologiques des édiles de la ville et les préoccupations des citoyens. Il prouve que l'électorat de Renens n'est pas prêt à suivre aveuglément les directives des partis, fussent-ils majoritaires au conseil communal, et ouvre peut-être la voie à d'autres initiatives du même type - en attendant que les habitants de Renens réalisent qu'ils ne se reconnaissent plus dans ceux qui sont sensés les représenter.

so_Renens.jpg
Typique de Renens: loin de se contenter d'avoir un avis, le conseil communal
et la municipalité (tous deux à
gauche) se sont arrogés le droit d'intervenir
directement dans la campagne électorale. Aux frais du contribuable, naturellement.

12 juin 2011

Renens face caméra

Dans une semaine, les citoyens de Renens seront amenés à s'exprimer sur la pose de caméras de surveillance dans le voisinage de la gare afin de renforcer la sécurité.

Les votations communales sont rares à Renens. Il faut remonter à 2008 pour retrouver la trace d'une consultation populaire; celle-ci avait pris la forme d'un référendum facultatif pour la réfection de la place du marché. Et je ne sais même pas à quand remonte la consultation précédente.

Cette méfiance des autorités de Renens envers le souverain transparaît de façon assez évidente à la lecture de la brochure d'accompagnement de la votation du 19, dont l'équilibre des propos semble avoir été délégué à une firme nord-coréenne.

votation_renens.jpgLe livret comporte 7 pages imprimées. Les pages 2, 3 et 4 s'annoncent comme un "descriptif de la situation" alors qu'il ne s'agit que d'un plaidoyer tendancieux en défaveur de l'initiative; suit en page 5 la recommandation du NON par la municipalité, puis en page 6 la recommandation du OUI par le comité d'initiative - un petit îlot dissonant dans ce grand cri unanime de rejet des caméras, mais découlant probablement de quelque obligation légale...

La dernière page résume les recommandations de vote des partis et de la municipalité (et moi! Et moi! crie-t-elle) avec encore une fois une écrasante répétition du NON. Le rejet de l'initiative par le Conseil Communal est aussi rappelé en première page, si jamais.

6 pages pour le NON et une page pour le OUI: un équilibre typique du "débat démocratique" à la sauce renanaise. La confiance des défenseurs du NON dans leurs partisans semble très limitée: il faut marteler cent fois le message pour que les camarades comprennent bien comment remplir leur bulletin de vote, avec force regards appuyés...

Mais revenons un peu sur l'historique de ce débat.

  • En février 2009, à la surprise générale, les habitants d'Yverdon approuvent à une majorité confortable une initiative communale de l'UDC locale sur la pose de caméras place de la gare. Configuration classique: UDC seule contre tous, débat ramené à des rires moqueurs et des haussements d'épaule, rejet unanime de cette approche par les édiles en place et... Victoire du OUI dans les urnes.
  • En mars 2009, au détour d'une élection complémentaire, on apprend la fondation d'une section UDC toute fraîche à Renens.
  • En mai 2009, par un étonnant sens de l'à-propos, une motion du PLR pour la pose de caméras de surveillance dans le périmètre de la gare atterrit sur le bureau du Conseil Communal de Renens.

Le hasard fait bien les choses. Mais quelles que soient les raisons qui aient poussé le PLR renanais à faire sienne les solutions de sécurité préconisées par l'UDC, réjouissons-nous: les habitants de Renens en bénéficieront. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait les caméras!

Les caméras constituent une méthode simple et bon marché de gêner la criminalité et d'assister la police dans ses enquêtes. Évidemment, elles ne sauraient suffire à résoudre seules tout problème de sécurité: filmer n'est pas un but en soi, il faut que la police et la justice suivent derrière. Mais comme celles-ci ne dépendent pas encore entièrement des forces de gauche dans notre pays, on peut encore en espérer quelque chose.

renens_gare.jpgLa municipalité et les partis de gauche au conseil communal sont fermement opposés à la pose de caméras, pour des raisons purement idéologiques - dont on se demande parfois si elles ne vont pas jusqu'à remettre en cause la notion d'autorité elle-même. La lecture des "mesures prises" pour lutter contre la criminalité à la gare de Renens comporte une bonne part d'ironie involontaire. Marrains et Parrains de Gare, terrain de sport, création d'un Observatoire de la Sécurité, animation de quartier... Beaucoup d'efforts pour tourner autour du pot et empêcher les fauteurs de trouble d'être punis.

L'argument le plus drôle est sans doute celui du coût, reproché par la municipalité aux tenants de l'initiative:

Les coûts d'un système de vidéosurveillance ne sont pas négligeables. Ils explosent lorsque les caméras sont sous surveillance permanente (ce qui n'est pas demandé par les initiants), mais sont conséquents aussi simplement dans la pose et l'entretien d'un système régulier. (...) Pour 10 caméras sur la Place Sud de la Gare, les initiants ont évalué les frais à Fr. 90'000.- pour les investissements et Fr. 10'000.- pour l'entretien annuel.

 

90'000.- une fois et 10'000.- par an, voilà qui grève un budget - surtout un budget comme celui de Renens, taillé au cordeau pour coller seulement à des projets d'une importance cruciale pour la population. Et puis, combien coûtent par an la farandole inefficace des mesures risibles proposées jusque-là, parrainage, observatoire, centre de rencontre et d'animation, délégué jeunesse, travailleur social de proximité et j'en passe?

Je laisse aux sociologues les raisons pour lesquelles la gauche semble incapable d'accepter des solutions simples, efficaces et bon marché dès qu'il est question de sécurité. En attendant, je soutiens sans réserve l'initiative "pour renforcer la  sécurité à Renens" et je vous invite à vous prononcer en sa faveur le 19 juin.