02 octobre 2015

Les délires de l'Ofrou

Face au logiciel antipollution truqué de Volkswagen l'Office Fédéral des Routes (Ofrou) ne sait comment réagir. Un reportage de la RTS du 29 septembre résume fort bien ces atermoiements:

Le particulier propriétaire d'une voiture au moteur trafiqué par Volkswagen peut-il continuer à rouler avec en Suisse? Peut-il la revendre sur le marché de l'occasion? Le flottement s'installe ; les communiqués contradictoires se succèdent.

  • Vendredi 25 septembre, 19h00: "L'Office Fédéral des Routes prépare des mesures pour retirer l'autorisation [de circulation] des véhicules concernés, à titre de précaution (...) Cette mesure ne concerne pas les véhicules déjà en circulation."
  • Samedi 26 septembre, 14h41: "L'Office Fédéral des Routes supprime provisoirement l'autorisation [de circulation] des véhicules des marques Audi, Seat, Skoda, et Volkswagen des années 2009 à 2014, version Euro 5. (...) Les véhicules neufs comme d'occasion sont concernés."
  • Lundi 28 septembre, 19h38: "Les véhicules suisses d'occasion et tous les véhicules déjà immatriculés en Suisse (...) peuvent continuer de circuler ou être mis en vente sur le marché de l'occasion."

Guido Bielmann, porte-parole de l'Office Fédéral des Routes et visiblement mal à l'aise à l'antenne, tente une explication qui fleure bon la langue de bois:

Il y avait de la pression de partout alors l'Office Fédéral des Routes [a] pris la décision et maintenant on est sur le bon chemin. (...) C'était une évolution de la solution du problème alors maintenant on est dans un état correct...

 
Pour le grand public, ces hésitations bureaucratiques sont sans doute distrayantes, mais pour les propriétaires des véhicules concernés, elles ont été dramatiques. Quel week-end ont-ils du passer avec une voiture dont la valeur marchande a soudainement été réduite à zéro par décision administrative! De samedi à lundi, ils ne pouvaient plus ni rouler avec votre véhicule ni le revendre. Il ne leur restait plus guère qu'à louer une dépanneuse pour l'emmener à la casse...

Même aujourd'hui, les dégâts financiers restent très concrets. Le moindre acheteur sera méfiant et on le serait à moins. Acquérir un véhicule d'occasion Volkswagen Euro 5 représente un risque réel - non vis-à-vis de son éventuel niveau de pollution, mais à cause de décisions arbitraires que l'Ofrou peut sortir de sa poche du jour au lendemain.

Quelle mouche a piqué le département fédéral? L'explication d'une "pression venue de partout" ne tient pas une seconde. Aucun pays au monde n'est allé aussi loin que réclamer l'interdiction de circuler des véhicules incriminés. Sur ce dossier, la Suisse s'est au contraire fait remarquer dans plusieurs médias internationaux par l'extrémisme de son administration.

De même, sans minimiser les manipulations malhonnêtes de Volkswagen, la pollution engendrée par les véhicules trafiqués n'a rien d'abominable. Le trucage des tests antipollution a duré des années sans que personne ne se rende compte de quoi que ce soit. Lorsqu'un particulier suisse porte plainte hier contre la marque et que ses avocats lui suggèrent d'invoquer carrément l'homicide au nom de la "santé publique", le sommet de l'hystérie est définitivement atteint. On attendra avec impatience la démonstration expliquant de façon irréfutable que la pollution excessive sortie du pot d'échappement d'une Volkswagen aura tué quelqu'un...

Les réactions excessives sont monnaie courante, mais on attend une meilleure tenue des administrations publiques. Si l'Ofrou s'est fait remarquer de si piètre manière, c'est selon moi parce qu'il est bourré de fonctionnaires politiquement engagés. Travaillant habituellement contre la mobilité individuelle - pensons à son enthousiasme face à Via Sicura, un délire législatif où un délit de chauffard est plus grave qu’un homicide par négligence - ces gens-là ont vu l'opportunité de porter un coup terrible à des milliers de propriétaires de véhicule sous couvert de la meilleure excuse du moment, la lutte contre la pollution.

Depuis le sommet de leur tour d'ivoire, ils ont donc décrété que tous les véhicules Audi, Seat, Skoda, et Volkswagen des années 2009 à 2014 version Euro 5 devaient rester au garage, même si ces modèles roulaient normalement la veille, même si pas un seul de ces bureaucrates ne saurait distinguer un diesel trafiqué d'un diesel normal, même si les malheureux propriétaires de ces voitures ne sont pour rien dans ce qui leur arrive.

Et puis, avec le week-end, quelque chef haut placé a réfléchi un peu (peut-être Mme Leuthard?) et s'est rappelé que ces véhicules étaient nombreux en Suisse - 126'000 en tout. Donc autant de propriétaires. Autant de familles. Autant d'électeurs, en fait.

Et que nous étions à moins de trois semaines des élections fédérales.

Alors, le rétropédalage a eu lieu, accouchant d'une nouvelle directive tardive le lundi soir.

Je ne peux prouver cette hypothèse, bien sûr, mais elle me paraît plus plausible que toute autre explication entendue jusqu'à aujourd'hui. Beaucoup de conducteurs ont eu chaud: si le scandale avait éclaté à un autre moment, il n'est pas certain qu'ils auraient bénéficié de cet étonnant revirement des fonctionnaires de l'Ofrou. Nul ne sait non plus ce qu'ils choisiront de faire, finalement, une fois les échéances électorales derrière nous.