28 octobre 2010

Renvoyons les criminels étrangers!

Le 28 novembre, les Suisses seront amenés à voter sur l'Initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers. Depuis quelques jours, la bataille politique et médiatique est engagée: à un mois de la votation, nous entrons dans la dernière ligne droite de la campagne.

Le succès prévisible de l'initiative a plongé ses adversaires dans le désarroi. Mais la perspective du 28 novembre ne doit pas faire oublier trop vite les innombrables épisodes de la saga, entre le dépôt de l'initiative et sa mise en votation...

udc-pour-plus-de-secu.jpgDès le dépôt de l'initiative, la classe politique helvétique n'eut qu'une seule réaction, le déni, suivi plus tard d'une campagne d'indignation très artificielle contre l'affiche aux "moutons noirs". Mais les gens ne les suivirent pas: les chiffres de la criminalité étrangère et l'expérience vécue par la population ne permettaient pas de balayer la question sous le tapis. Le divorce entre la population et les partis du centre et de la gauche était total.

Deux secousses majeures vinrent remettre en question le statu-quo côté politique: d'une part, le large soutien populaire à l'initiative, qui récolta plus de 210'000 signatures là où 100'000 auraient suffi; et d'autre part, le succès surprise de l'Initiative Contre les Minarets, prouvant que le plébiscite du peuple pouvait franchir les obstacles de la double majorité de la population et des cantons, de l'obstruction de la classe politique, et du traitement partisan de l'information par les médias.

Le Parlement décida alors de réagir, ficelant à la va-vite une alternative douteuse sur laquelle j'aurai l'occasion de revenir.

Notons tout de même l'évolution de la situation, passée par trois stades assez typiques de confrontation avec le réel:

1. Il n'y a pas de problème. Sans problème, rien à résoudre: les étrangers sont tous bien intégrés en Suisse, les étrangers ne sont pas plus criminels que les autochtones, etc. Malheureusement, les chiffres de l'Office Fédéral de la Statistique vinrent vite démolir ce tableau idyllique et parfaitement illusoire: en 2009, 70.2% des détenus étaient de nationalité étrangère - à comparer avec la proportion de 21.7% d'étrangers dans la population. Les étrangers sont donc sur-représentés dans les prisons helvétiques et, je vous rassure, ce n'est pas dû à une excessive sévérité des juges à leur encontre. Pire, les étrangers sont particulièrement représentés dans les catégories de crimes graves: 62% d'étrangers pour les condamnations pour viols, 54% pour les lésions corporelles graves, 59% pour les homicides...

2. C'est impossible / C'est illégal. Les accords internationaux signés par la suisse rendent impossible l'expulsion de délinquants étrangers, c'est contre la Constitution, la Suisse fait partie de l'espace Schengen, c'est de la "double-peine", et un type vivant depuis trente ans en Suisse avec femmes et enfant y pensez-vous seulement? Balayons d'office ces tentatives d'obstruction: malgré de nombreuses manoeuvres pour empêcher de la soumettre au peuple, l'initiative est parfaitement légale, au grand dam des opposants. Si elle ne l'était pas, elle ne serait pas présentée en votation.

3. C'est possible et légal, et en fait, on le fait déjà. On le fait même tellement bien que l'initiative pour le renvoi des criminels étrangers est inutile! Je vous assure, chers lecteurs, c'est désormais le point de vue officiel de la Commission fédérale pour les questions de migration! Evidemment, pas un journaliste pour relever cette petite contradiction avec les postures précédentes...

Si 58% de la population approuve l'initiative selon le dernier sondage en date, c'est bien parce que la législation actuelle et son application laissent à désirer. Chacun y va de son estimation sur le nombre de criminels étrangers plus ou moins renvoyés du pays: 750 personnes renvoyées en 2009 selon une enquête réalisée par la Commission fédérale pour les questions de migration auprès des cantons; 400 expulsions en moyenne chaque année selon les chiffres de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf.

Des chiffres qui ont pris un sacré coup de fouet depuis que l'initiative sur le renvoi est sur les rails, comme par hasard.

Le système actuel est-il satisfaisant? Bien sûr que non - la population carcérale et l'explosion de la criminalité le prouvent. En fait, les statistiques plus ou moins précises évoquant le nombre de délinquants renvoyés de Suisse, à supposer qu'ils le soient effectivement, manquent leur cible. Il n'est pas très important de savoir qu'on renvoie avec la législation existante cinq, cent ou mille criminels étrangers aujourd'hui. Ce qui compte, c'est le nombre de criminels étrangers qu'on ne renvoie pas, et on comprend sans effort pourquoi sur ce point les autorités sont si discrètes. Chaque récidiviste étranger resté en Suisse à l'issue de sa peine est un argument de poids en faveur de l'initiative.

Comme sur n'importe quel sujet amené sur le tapis par l'UDC, les invectives fusent assez vite (voyons ce que donneront les commentaires de ce billet!) mais les raisons de renvoyer les criminels étrangers sont évidentes:

  • L'initiative ne vise que les criminels étrangers, contrevenant gravement à l'ordre et à la sécurité publiques. Trop facile de mettre dans le même sac les étrangers criminels et les étrangers honnêtes, comme les mélangent les adversaires du texte en parlant d'une initiative "xénophobe"!
  • L'initiative améliorera la sécurité et réduira l'engorgement des prisons et le taux de récidive, puisque les criminels étrangers ne seront plus en Suisse s'ils décident, un jour, de récidiver. On évitera donc d'avoir les mêmes individus qui passent et repassent dans les mêmes cellules helvétiques au confort reconnu jusqu'au Nigeria.
  • L'initiative unifiera des pratiques cantonales de renvoi totalement disparates (et donc inefficaces, voire injustes) ayant court aujourd'hui.
  • L'initiative enverra un signal fort à tous ceux qui souhaiteraient se rendre en Suisse pour s'y livrer à des trafics, des cambriolages ou d'autres délits.

Certes, l'Initiative pour le Renvoi ne résoud pas tous les problèmes possibles et imaginables, mais elle s'attaque à la criminalité de la bonne façon. Et, plus que tout, en tant qu'étranger naturalisé, je soutiens cette initiative parce qu'elle permet de trier le bon grain de l'ivraie.

Pour les socialistes et le centre-gauche, un criminel étranger est tout aussi digne de respect, d'accueil et d'intégration qu'un étranger honnête; cette confusion désastreuse, entretenue au nom du tiers-mondisme et d'une approche soixante-huitarde de la criminalité, se fait au détriment de tous les immigrés résidant en Suisse, dont l'écrasante majorité est travailleuse et bien intégrée.

Expulser les étrangers facilitera l'acceptation des immigrés honnêtes au sein de la population suisse. On ne pourra enfin plus faire le lien entre "criminel" et "étranger".

Le soutien au renvoi des criminels étrangers dépasse largement les clivages politiques: selon un sondage SSR, 55% des électeurs du PLR l'approuvent, ainsi que 45% des PDC et même... 38% des socialistes. Que ceux qui prétendent incarner le point de vue de la gauche se le rappellent bien!

31 août 2010

Chômage: Eux et Nous

La campagne pour la votation du 26 septembre sur la révision de l'assurance-chômage (LACI) a commencé. On voit donc fleurir sur les murs les affiches des opposants à la révision, avec leur argumentation simplissime: à eux les bonus, à nous les malus. Eux et Nous. Eux, par définition, gavés de pognon et de primes, portant costume, prêts à écraser le monde entier sous leurs mocassins de luxe... Et nous, les pauvres, les petits, les innocents au coeur pur, soumis au diktat des puissants. Mais l'heure de la vengeance approche! Empoigne ton bulletin de vote, camarade!..

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J'imagine un instant le tollé provoqué par une campagne de l'UDC où on opposerait des "eux" et des "nous". Les réactions fuseraient aussi sec: populisme, bêtise, campagne de caniveau, stigmatisation de L'Autre, justement... Dans les éditoriaux, de sages rédacteurs fustigeraient la simplification du débat, avouant leur inquiétude quant aux profondeurs dans lesquelles l'UDC entraînerait la politique. Divers brillants esprits de notre temps réclameraient une restriction de la liberté d'expression dans l'intérêt commun... Mais je digresse.

Pourquoi la révision de la LACI provoque-t-elle cette crise d'urticaire à gauche?

Aujourd'hui, les salariés payent une cotisation chômage de 2% sur les premiers 126'000 francs de salaire annuel - c'est-à-dire, pour la plus grande partie de la population, sur l'entier de leur salaire. Cette cotisation sert à financer la LACI.

Pourquoi plafonner les cotisations sur 126'000 francs, me direz-vous? Excellente question. Question fondamentale, même. La réponse est simple: parce que les allocations de chômage sont plafonnées. Le chômage couvre jusqu'à un salaire annuel de 126'000 francs. Au-delà, on ne cotise pas davantage, mais en cas de casse on ne touche pas non plus le chômage correspondant. C'est un seuil arbitraire mais il est heureux qu'il existe: s'il n'y avait aucune limite ni en cotisation, ni en allocations, il suffirait qu'un seul des top-managers du coin perde son emploi pour toucher un chômage royal et vider d'un seul coup les caisses!

La révision de la LACI, résultat de "longue négociations entre les partis" dixit la communication officielle, change la donne en introduisant le concept de taxe de solidarité. Les revenus entre 126'000 et 315'000 franc payeraient 1% de taxe de solidarité, comme ça, cadeau, parce que ce sont des sales riches.

Je me demande qui a eu l'idée...

Paradoxalement, c'est ce point qui provoque l'ire des syndicats, des Verts et autres extrême-gauches.

L'idée qu'il existe en Suisse une poignée de salariés ne versant aucune cotisation sur la part de leur salaire au-delà de 315'000 francs annuels les met en rage. Notez bien que même s'ils touchent trois millions par an, comme d'habitude seuls les premiers 126'000 francs de leur salaire sont couverts par le chômage; la tranche de 126'000 à 315'000 est taxée sans aucune contrepartie (il s'agit donc d'une extorsion) ; quant à la dernière tranche, elle n'est pas affectée.

La révision introduit donc un système injuste et inéquitable, et un comité rose-vert fait désormais campagne contre la révision parce qu'elle n'est pas assez inéquitable! On croit rêver!

Cette vieille hargne aux relents de lutte des classes est totalement coupée de la réalité. Non pas que je me sente particulièrement proche d'un Oswald Grübel et de son salaire mensuel de plus d'un million, mais combien de gens tombent-ils dans cette situation en Suisse? Quelques dizaines peut-être. Une taxe de 1% étendue à l'ensemble de leurs salaires, pour injuste qu'elle soit, ramènerait quelques millions par an... Ce qui s'avèrerait dramatiquement insuffisant, comme le montre cette infographie du Temps sur la dette de l'assurance-chômage:

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Boucher un trou de 7 milliards, même à coup de millions, cela risque de prendre quelques siècles! Sans compter que le trou continue de se creuser entre-temps... L'approche préconisée par les opposants n'a donc pas la moindre chance de combler la dette; mais détourner les problèmes afin de servir leurs objectifs idéologiques sans résoudre quoi que ce soit fait partie de leur stratégie de base.

En réalité, l'assurance-chômage va mal pour une raison dramatiquement simple: les prestations excèdent les cotisations.

La baisse des cotisations à 2%, votée par le Parlement en 2002, était une décision imprudente prise en période de haute activité économique. Sans toucher aux prestations de l'assurance-chômage, elle traçait les fondations d'un désastre annoncé au moindre retournement de  conjoncture. Nous sommes en plein dedans. Il faut réduire les prestations, augmenter les cotisation, ou les deux.

Face à un déficit de 7 milliards, une réforme s'impose, et avec elle son lot de sacrifices. Les syndicats auraient eu leur rôle à jouer dans l'arbitrage des priorités: quitte à élaguer les prestations, fallait-il favoriser les nouveaux employés ou ceux proches de la retraite? Fallait-il continuer, spécificité helvétique, à verser des allocations chômage à des jeunes sortant de leurs études et n'ayant jamais cotisé de leur vie? Fallait-il diminuer le pouvoir d'achat des salariés en poste en faveur des chômeurs? Continuer à proposer 520 jours d'allocations à n'importe qui? Sachant qu'un jeune de 20 ans a plus de resources qu'un ouvrier de 50, fallait-il peut-être moduler la durée des indemnités en fonction de l'âge? Mais les objectifs réels qu'ils servent n'ont rien à voir avec l'assurance chômage. Ils sont encore enfermés dans la lutte des classes.

Au lieu d'un débat responsable, la gauche vociférante a choisi l'invective stérile. Eux contre nous, le manichéisme a l'état pur.

16 août 2010

La simili-démocratie

La Vogue contestée de la Vox Populi, titre le 24 Heures de samedi, en évoquant les multiples procédures de "consultation", de "consensus" et autres "présentations publiques" qui semblent être désormais la norme lors de projets d'urbanisme public en Suisse romande.

Habitant de Renens (bastion de l'extrême-gauche suisse romande s'il en est) je suis un témoin privilégié de la façon dont ces consultations se déroulent - parfois sur des sujets très importants, comme le tracé de futurs transports publics, ou les derniers délires architecturaux ruineux d'une municipalité avide de laisser sa cicatrice sur la ville, par exemple à l'occasion d'une réfection de la gare.

La consultation populaire offre de nombreuses variantes. Parfois, on peut "convier" la population à une soirée de "discussion" du projet, où les rares spectateurs ayant fait le déplacement auront droit à une présentation d'une version évidemment finale du projet, sans qu'ils n'aient leur mot à dire, suivie d'une session de questions-réponses peu spontanées où les autorités pourront se glorifier à loisir sur la chance qu'ont leurs administrés de les avoir à leur tête.

D'autres fois, la consultation peut être plus longue et plus étalée dans le temps, comme avec la distribution d'un questionnaire où chacun est invité à "s'exprimer" sur le projet novateur et visionnaire, voire à "commenter" son audace et trouver des moyens de la célébrer. Comment sont distribués ces questionnaires, comment les réponses sont traitées, mystère.

Projets coûteux et inutiles, délires anti-voitures millénaristes, hymne aux assemblages béton-verre-acier les plus hétéroclites, peu importe. Le résultat des procédures de consultation en matière d'urbanisme est toujours le même. Une seule réponse est envisageable dès le départ: l'adhésion. La population s'est montrée enthousiaste, les questions ont fusé et tout le monde est reparti conquis, le coeur gonflé de fierté face aux perspective d'avenir tracées par l'équipe dirigeante... Au pire, on jettera un os à l'opposition la plus virulente en retouchant quelques éléments annexes.

Ces compte-rendus lyriques ne sont pas forcément mensongers. Les projets les plus délirants auront toujours des supporters. Mais bien peu de gens s'interrogent sur la pertinence de la démarche ou la représentativité des habitants qui prennent effectivement la peine de se déplacer pour ce communautarisme d'un nouveau genre. Questions risquant fort peu d'être soulevées, car contrevenant au but même d'une démarche parfaitement assumée en coulisses - museler toute opposition et désamorcer l'arme du référendum.

762398H_consensus.jpgIl va de soi que le script est écrit à l'avance. Le consensus, les procédures de consultation, les sessions de  question-réponse, tout cela participe d'un grand cirque où l'électeur-contribuable n'a en fin de compte pas son mot à dire. Illusion propre aux fêtes foraines où on laisse vaguement croire au spectateur embarqué sur le train fantôme qu'il décide des directions que prend son wagon aux aiguillages...

Interrogée par le quotidien vaudois, Nuria Gorrite, syndique socialiste de Morges, reconnaît que la politique de concertation est un "style de gouvernance propre à la gauche". C'est joliment exprimé. Les pseudo-discussions vaseuses dont l'issue est finalement décidée par un politicien "clairvoyant" conviennent mieux à la pensée socialiste qu'un véritable vote où les alternatives sont claires, les camps identifiés, les suffrages comptés, et le résultat effectivement appliqué.

Pour l'instant, abêtie par l'illusion qu'on lui demandait réellement son avis, la population romande est tombée dans le panneau. Il convient aux citoyens et aux partis avec encore un peu de respect pour la chose politique de rectifier le tir au plus vite. En lançant des référendums.

La démocratie ne se décide pas à travers un consensus, mais par le vote.