22 juin 2010

Bisbille à l'UDC

Le Matin goûte son plaisir: la démission fracassante d'Yvan Perrin, vice-président de l'Union Démocratique du Centre, est une trop belle occasion de critiquer le parti pour ne pas s'en servir deux jours de suite. Des articles dans lesquels les lecteurs gauchistes peuvent déverser à loisir leur bile contre la première formation politique de Suisse...

Le fond de l'affaire, une divergence cruciale sur l'accord UBS-USA au sein du groupe UDC, aura fait couler beaucoup d'encre. Mais il y a un double-fond.

345384JL_conseil_nat.jpgSans être introduit dans les hautes sphères, je pensais comprendre la stratégie du parti: une fois avoir vidé l'accord de ses ajouts socialistes, le faire passer devant le peuple. La première partie du plan se déroula à merveille, pas la seconde. La faute en incombe à l'UDC. Entre accepter l'accord et imposer un passage devant le souverain (ce qui l'aurait probablement rendu inapplicable, pour des raisons de calendrier, aux yeux de l'impatiente justice américaine), l'équipe dirigeante menée par Christoph Blocher aura finalement préféré un pragmatisme de dernière minute. A mon sens, c'est une erreur.

Les principes devraient gouverner l'action politique. La realpolitik, sans être à bannir, revient à les diluer. Or, si les principes de départ sont bons, les compromettre revient à choisir des solutions de qualité inférieure, un pis-aller qui ne devrait être envisagé que face au risque d'un échec complet. Mieux vaut une demi-victoire qu'une défaite, certes. Mais pourquoi se restreindre à une demi-victoire quand le succès est à portée?

Menant par le bout du nez une gauche arc-boutée dans ses postures idéologiques fossiles, l'UDC avait un boulevard pour faire capoter le lamentable accord UBS-USA. Il est ironique de constater que sur ce dossier les Romands, souvent jugés "tièdes" par le noyau alémanique de l'UDC, étaient finalement les plus en phase avec les valeurs fondamentales du parti, qu'il s'agisse de refuser un accord rétroactif  au nom de l'Etat de Droit ou de porter la décision devant le peuple au nom de la démocratie.

Nous ne connaissons pas tous les détails, bien sûr. Par exemple, la direction de l'UDC se satisfaisait-elle peut-être d'un objectif secondaire, comme la diminution des pouvoirs du Conseil Fédéral en matière de signature de traités internationaux. Peut-être certains s'inquiétèrent tardivement des conséquences d'un procès sur l'économie helvétique entière. Il existe une foule d'arguments rationnels, pertinents ou non, qui auraient pu convaincre les réticents, surtout des UDC romands, à faire preuve d'abnégation. Mais, à ce qu'il semble, on leur a surtout demandé une obéissance aveugle.

045201LP_yvan.jpgLa conjonction de ces facteurs a poussé Yvan Perrin à jeter l'éponge.

Le désastre était-il inévitable? Chacun y va de sa petite analyse. Le Temps estime que les Romands jouent les seconds rôles à l'UDC. Dans les colonnes du 24Heures, on estime que c'est la crise d'adolescence d'un parti qui grandit trop vite.

Selon moi, il y a un peu de vrai dans tout cela. L'UDC moderne vient assez directement de Suisse alémanique. Cela ne veut pas dire qu'elle doit s'y cantonner, comme l'espèreraient ses adversaires politiques. L'origine des bonnes idées importe peu. Si une recette marche à Zurich, ce serait dommage de s'en priver à Lausanne.

Pour des raisons historiques et culturelles, l'UDC Suisse ne donne pas autant de poids aux Romands que ceux-ci l'espèreraient. Ces raisons trouvent leur explication dans le fonctionnement du parti outre-Sarine, mais aussi dans la façon dont les UDC romands gèrent leur trajectoire politique depuis leurs origines agrariennes. La situation n'est pas idéale mais ce serait faire preuve de simplisme que d'en faire porter le chapeau uniquement à de "méchants Zurichois".

Dans cette optique, la démission surprise d'Yvan Perrin est un bien mauvais coup porté à la crédibilité de l'UDC romande, pour compréhensible qu'elle soit et malgré toute la sympathie que je peux éprouver pour l'homme. Je ne parle pas de l'électorat romand mais bien des relations entre UDC romande et UDC alémanique. Démissionner un an avant des élections importantes, déballer son linge sale dans les colonnes du Matin - comment voulez-vous que l'UDC prenne au sérieux les cadres Romands du parti après cela?

Si le but était de donner plus de poids aux Romands, je crains que ce soit un bel autogoal!

Je ne défend pas une quelconque Omertà, bien au contraire. Mais si la stratégie de l'UDC sur l'accord UBS-USA était peu lisible, celle d'Yvan Perrin après sa démission ne l'est pas moins.