21 octobre 2021

Du désastre énergétique à venir

L'hiver vient, et il sera rude.

L'Europe risque de faire face à une crise de l'énergie au plus fort de la saison froide. Et la Suisse aussi.

La faute à l'UDC!

Pour un aperçu assez convenu des mensonges qui nous seront servis alors, il suffit de se tourner vers Le Matin ou l'Agefi qui reprennent une dépêche de l'ATS. En ce mois d'octobre, on prépare déjà l'opinion publique à ce qui va arriver: "Seule, la Suisse risque une mégapanne d’électricité", nous dit-on. Puis vient pour Le Matin la désignation des coupables: "L’échec de l’accord avec l’UE force le pays à trouver de nouvelles solutions énergétiques. EconomieSuisse veut rouvrir le débat sur le nucléaire."

C'est la faute de l'UDC, vous dis-je! Les méchants! Les vilains!

À cause d'un parti politique refusant la supériorité des juges étrangers sur la démocratie directe helvétique, nous serons privés de courant cet hiver. Que ce soit dit.

Aucune démonstration n'est faite de la relation entre l'accord-cadre institutionnel avec l'UE - qui n'a jamais dépassé le stade des discussions - et l'impossibilité d'acheter de l'énergie en Europe, qui relève du simple commerce et se pratique quotidiennement. Et c'est heureux, car si telle démonstration existait, elle prouverait une relation dominant-dominé humiliante pour la Suisse (certains dans la classe politique helvétique se délecteraient d'une telle perspective).

Non, les difficultés qui nous attendent à la mauvaise saison n'ont rien à voir avec la diplomatie internationale. Elles sont juste les conséquences de choix politiques hasardeux propres à chaque pays.

Plein gaz

Mais ce n'est pas grave. Powerloop, un lobby énergétique avec ses entrées au Parlement, propose de "construire de façon échelonnée environ 2'000 petites centrales à gaz réparties sur une grande partie du territoire national."

2'000 centrales, une paille. Mais attention, de "petites" centrales. Des chose discrètes qu'on remarquera à peine. L'installation de ces 2'000 centrales réparties sur une grande partie du territoire national ne devrait pas requérir de gros travaux, ni pour les ériger, ni pour les alimenter en gaz, on vous dit.

Notre astucieux Roger Nordmann (PS) qualifie la proposition de "prometteuse", nous explique Le Matin. C'est dire si c'est génial. Si Roger Nordmann valide, il faudrait être complètement fou, ou UDC à la limite, pour avoir l'audace de s'y opposer. D'autant plus que la facture sera, on nous explique, raisonnable: elles coûteraient au total 3,4 milliards de francs. Milliards de francs qu'on propose de collecter à travers une modeste "surtaxe" sur les factures d'électricité. Mais tout cela reste "peu en comparaison des coûts d’une panne de courant, estimée entre 3 et 4 milliards par jour, selon le Conseil fédéral".

Le Matin ne rappellera pas que le coût de gestion des déchets de toutes les centrales nucléaires de suisse revient à 1,6 milliards par an, soit moins de la moitié, et qu'avec le nucléaire, il n'y a pas de panne de courant du tout.

Mais pourquoi parler de pannes de courant, au fait?

Une crise artificielle

Car la panne est au centre des discussions. Berne panique tout d'un coup et prépare le terrain pour les pannes d'électricité à venir. Et elles viendront, probablement dès cet hiver. On a beau lorgner sur 2050 dans les discours, les yeux fixés sur l'horizon, l'hiver 2021-2022 sera déjà difficile. Les suivants n'arrangeront rien.

Ayant la chance d'avoir pu discuter avec un professionnel du marché de l'énergie, j'ai obtenu des informations de première main sur la situation énergétique en Europe, les défis qui nous attendent, et la crise énergétique qui nous frappera dès cet hiver. Et les responsabilités n'ont rien à voir avec l'échec de l'accord-cadre avec l'UE, comme on pouvait s'y attendre.

La cause fondamentale tient en deux mots: la transition énergétique.

Lorsque les pays d'Europe de l'Ouest, Allemagne en tête, ont joyeusement décidé que l'avenir devait être neutre en CO2 et non nucléaire, il a fallu se tourner vers les énergies renouvelables. Ces énergies ne sont pas fiables. L'ensoleillement et le souffle du vent dépendent de la météo. Dans les deux cas, la Suisse, avec peu de vent et un faible ensoleillement, ne tire pas son épingle du jeu.

La production énergétique exige une certaine régularité: vous n'aimeriez pas que votre train s'arrête d'un coup en rase campagne, faute de vent pour les éoliennes qui, ailleurs, génèrent le courant qui alimente sa locomotive. Toute installation d'éoliennes, toute ferme de panneaux solaires s'associe donc à une centrale à gaz qui supplée à l'énergie "renouvelable" lorsque les conditions météorologiques ne sont pas au rendez-vous. C'est le secret honteux de la transition énergétique. En Suisse, il y a déjà 950 installations de ce type.

Hormis l'hypocrisie de cette énergie "renouvelable" qui fonctionne peu ou prou au gaz en réalité, le gaz était une solution d'appoint flexible et bon marché il y a quelques années. Avec la multiplication des sources d'énergie "renouvelables" appuyées par des milliers de centrales à gaz ou au charbon à l'échelle de l'Europe, ce n'est plus le cas.

De plus, l'hiver 2020 a été particulièrement long et froid, vidant les réserves du continent européen (Russie incluse). La Russie, un pays du tiers-monde aux équipements dépassés, qui ne peut augmenter sa production d'un claquement de doigt même si elle le voulait - et qui donne de toute façon priorité au chauffage de sa propre population avant d'exporter.

Toutes les conditions sont donc réunies pour une explosion du prix du gaz, et elle a lieu. Depuis le début de l'année, son prix a été multiplié par six. (Il y a deux semaines, dans cet article, il n'était encore multiplié que par cinq). Et nous sommes encore en automne!


L'évolution du prix du gaz d'août à octobre 2020

Les 2'000 "petites centrales à gaz" proposées par Powerloop vont avoir du mal à tourner, et, si elles y parviennent, je n'ose penser à la facture de gaz. Envoyez-la à Roger Nordmann...

Berne se prépare à des pannes d’électricité dramatiques

La transition énergétique, malgré le marketing médiatique de l'énergie "renouvelable", fait lourdement reposer la production d'électricité sur le gaz. Le changement de paradigme, à marche forcée pour contenir les objectifs "climatiques", s'applique à l'échelle du continent européen. Or, les réserves de gaz sont au plus bas et la production ne suit pas.

La loi de l'offre et de la demande risque de rendre l'électricité hors de prix pour beaucoup de monde. Mais nous pourrions aller encore plus loin, une situation où quel que soit le prix il n'y a plus de gaz disponible - c'est-à-dire une pénurie.


Lors des coupures d'électricité au Texas l'hiver dernier, les habitants grelottaient pendant
que les parkings vides du centre-ville restaient éclairés... Tout est question de priorité!

Lorsque ce moment arrivera, les pays victimes subiront des coupures d'électricité. On dira alors que c'est la faute du méchant Poutine qui refuse son gaz russe aux Européens dans le besoin, ou en Suisse la faute de l'échec de l'accord-cadre avec l'Union Européenne (bien qu'à ce stade plus grand-monde n'aura de courant à revendre à qui que ce soit).

L'important, pour les médias et la classe politique aux commandes, sera de préserver dans le grand public l'illusion que les éoliennes, les panneaux solaires et les centrales nucléaires sont tous équivalents. La pénurie quant à elle en incombera au capitalisme, évidemment.

Les choix ont des conséquences, et cela vaut tant pour les délires à l'horizon 2050 que pour le reste. Si une vague de froid frappe l'Europe cet hiver, il y aura de graves problèmes d'électricité et de chauffage. Des gens mourront, sacrifiés sur l'autel de l'énergie renouvelable.

À l'aune des expériences vécues, entre la priorité entre la sécurité de l'approvisionnement, les objectifs climatiques, et la haine irrationnelle des écologistes à l'égard du nucléaire, les électeurs seront amenés à redéfinir leurs priorités. Malgré les coupures et les factures de chauffage et d'électricité hallucinantes, il est possible que la crise ne suffise pas à réveiller les consciences. Il est aussi possible que cela relance le débat de la production énergétique et de la place du nucléaire dans celle-ci.

Le pire n'est pas toujours certain, comme on dit.

25 septembre 2021

Charity Business

Mercredi, le Canard Enchaîné nous parle d'Equalis, l'association par qui le scandale arrive. L'information est reprise dans la presse dès le lendemain: les cadres supérieurs de l'association "à vocation sociale" se sucreraient abondamment sur le dos de la bête.

Le Figaro nous explique la politique de rémunération toute empreinte de rigueur:

Son patron depuis sa création est Arthur Anane, travailleur social [sic!] de carrière, décoré de la Légion d'Honneur en 2016. L'homme a géré le regroupement des différentes associations à l'origine d'Equalis, et est par ailleurs président de la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS), réseau de 800 entités à visée sociale ou humanitaire. Selon Le Canard Enchaîné, il se serait «octroyé» un salaire de plus de 16'500 euros bruts mensuels en 2020 [plus de 9 fois le salaire médian français], ainsi que 533 euros d'aide au logement, et 2'097 euros alloués par mois pour la location achat de sa voiture de fonction, un puissant SUV Audi, dans sa version 456 CV. Une puissance nécessaire pour rejoindre rapidement les différents centres d'hébergement ou d'insertion gérés par Equalis ?

Sept directeurs adjoints bénéficieraient de salaires compris entre 94'000 et 130'000 euros bruts annuels [entre 4 et 6 fois le salaire médian français], et dix salariés auraient des voitures de fonction. Bien qu'une note de service exclue les «BMW, Mercedes, Jaguar, Lexus», les autres marques sont manifestement acceptées, à des tarifs souvent importants (750 à 900 euros de leasing mensuel) et incluant l'essence gratuite.


Avec toutes ces taxes écologiques et la consommation d'un SUV de 456 CV, mieux vaut laisser la note de la station-service à quelqu'un d'autre, en effet.

Le Canard Enchaîné ne révèle jamais ses sources, mais nul besoin d'enquêter: les journalistes se contentent de relever tous les scandales qu'on leur soumet anonymement (et trier les dossiers authentiques des opérations de désinformation, ce qui n'est pas toujours simple.) Ici, on devine que des employés d'Equalis ont pu être assez scandalisés. Un membre du Conseil d'Administration se lamente: "Pour moi, ils ont perdu pied, ils ont perdu de vue l'objet social de l'association".

Non, ils ne l'ont pas perdu de vue, ils le contemplent juste de très loin, dans le rétroviseur, en appuyant à fond pour faire rugir le moteur!

Mais puisqu'on en parle, quel est l'objet social de l'association, justement?

Née en 2020 de la fusion entre trois précédentes associations (La Rose des Vents, Agir Combattre Réunir et Via Habitat), Equalis est un important acteur de l'«économie sociale et solidaire», gérant plus de 70 établissements sur neuf départements, majoritairement en Île-de-France. L'association propose ainsi de l'hébergement d'urgence, des centres de soins, des activités d'insertion économique, et des services à l'enfance. Elle mène de nombreuses actions en faveur des migrants ou SDF. Elle compte près de 1'000 salariés, pour un budget d'environ 85 millions d'euros en 2020, une somme majoritairement composée de fonds publics.


L'article ne dit pas quelle proportion du budget concerne les migrants plutôt que les SDF, mais j'ai ma petite idée.

Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit le proverbe, pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Le plus amusant est d'entendre la présidente du Conseil d'Administration, visiblement complice dans la dérive, expliquer: "Equalis a une croissance forte qui nécessite des professionnels expérimentés et bien formés". Dans un milieu non-concurrentiel biberonné à l'argent public, de quel genre d'expérience doit-on disposer, au juste, pour obtenir ces salaires princiers? Avoir ses entrées dans l'Open Foundation de George Soros? Être super doué pour cirer des pompes des fonctionnaires et leur faire toucher des rétro-commissions? Ou pire encore?

On aimerait que le scandale Equalis - qui court depuis juin, nous explique le Canard, ce qui soulève d'autres questions sur le manque curiosité des médias généralistes - ne soit qu'une exception solitaire. Mais il n'en est rien.

Rappelons-nous, en Suisse, l'affaire du salaire du directeur de Texaid, l'organisation de recyclage de vêtements usagés. L'homme s'était octroyé un salaire de 550'000 francs annuels. Pas timide, il s'était fait remarquer en achetant deux villas à Baar (ZG), une commune fiscalement intéressante, pour les démolir et construire du neuf - un projet devisé à 10 millions de francs.

Rappelons-nous aussi, en Suisse, de l'affaire Carlos, un repris de justice adolescent vivant seul dans un appartement de quatre pièces et demi, choyé par toute une équipe d'animateurs, de conseillers, d'avocats et d'assistants sociaux pour la modique somme de 29'000 francs mensuels, le tout au nom de la "réinsertion" - qui échouera d'ailleurs.

Le point commun entre ces trois affaires? Des parasites institutionnels qui, sous couvert d'humanisme, de réinsertion, de recyclage ou d'autres nobles concepts dans l'air du temps, s'en mettent plein les poches. Dès qu'il y a de l'argent public à prendre, on se bouscule au portillon. Certaines de ces tâches, comme l'accueil des migrants illégaux et autres abuseurs de l'asile, contribuent directement à détruire le pays hôte ; ils n'en ont cure. Toute l'industrie de l'aide sociale roule et vote pour la gauche et continuera jusqu'à l'effondrement du système.

Les obligations de transparence sont souhaitables, mais ne seront jamais suffisantes: elles servent juste à éliminer les moins discrets d'entre eux. L'exemple d'Equalis nous montre que dans ce milieu on se sent assez sûr de soi.

Tant que le grand public acceptera que ses impôts financent de telles organisations plutôt que de se reposer sur la charité privée, la seule qui puisse garantir un contrôle par celui qui paye, la gabegie continuera.

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19 septembre 2021

Women in Black

La photo de la semaine nous vient d'Afghanistan, où les talibans "mettent en scène leur vision de la femme", nous explique Le Figaro.

Les maîtres de l’Afghanistan ont organisé le 11 septembre dans une université de Kaboul une réunion de femmes soutenant leur conception de la religion et de la séparation des sexes.


La précision du sexe des participantes est importante tant il est difficile de reconnaître quoi que ce soit dans l'assemblée.


Des Nazgûls? Des Seigneurs Sith? Des Mangemorts de Harry Potter? (Image Kaveh Rostamkhani/kaveh-rk.net)

Raffinement supplémentaire, on nous apprend que les talibans ont inventé une nouvelle tenue: "il s’agit d’un niqab doté d’un sitar, c’est-à-dire d’un tissu qui recouvre les yeux, assez fin pour laisser transparaître le monde. À défaut de sitar, certains niqabs sont équipés de larges œillères qui camouflent tout autant le visage."

Le niqab n'était pas suffisant ; il faut une étoffe "assez fine pour laisser transparaître le monde." Un bel humanisme de nos barbus, qui pensent tout de même au danger de percuter des obstacles lors des déplacements.

Les internautes du Figaro se déchaînent:

"7 différences se sont glissées entre les niqabs. Sauras-tu les retrouver? Solution en page 124."

"Demain j'enlève le haut"

"Au bal!
Au bal mosquée ohé ohé!"

"Houssons les femmes, chantait Patrick Juvet..."

"Les jours de marché à Kaboul, ça ne doit pas être simple de retrouver chacun sa ou ses chacunes... À moins d'un suivi GPS. Une bonne idée au pays de la startup!"


Mais derrière l'humour pointent aussi des critiques. Pendant que les femmes afghanes doivent se déguiser en fantômes sous peine de subir des sévices que nous n'imaginons même pas, en Occident, féministes et gauchistes mettent en garde contre notre société patriarcale et misogyne en sirotant des cocktails devant la diffusion de “la servante écarlate" sur Netflix. Le silence des féministes sur le sort des femmes afghanes est assourdissant.

Si ces chantres du vivre-ensemble faisaient un tour dans certaines banlieues ou même à Paris dans les quartiers nord, ils y croiseraient des femmes et des jeunes filles couvertes de tchador, al-amira, khimar, hijab et parfois niqab, de plus en plus nombreuses. Ces accoutrements de l'islam politique permettent à leurs familles d'exprimer leur rejet voire leur haine des valeurs universalistes de l'Occident.

Il n'y a nul besoin d'aller à Kaboul pour apercevoir de telles assemblées. "Dans quelle ville française a été pris ce cliché? La Courneuve? Saint-Denis? Aubervilliers?" demande l'un d'eux. À moins qu'il ne s'agisse du "forum indigéniste non genré de l'UNEF à Paris 13", rétorque un autre. À l'université d'été des verts en France, il y avait aussi des “ réunions inclusives en mixité choisies”. Réunions interdites aux mâles prédateurs, et voiles bienvenus...

Car la perception de l'homme hétérosexuel comme une menace est le point de convergence entre les musulmans radicaux et les gauchistes radicaux. Pour "protéger" les femmes de ces odieux mâles cisgenres, les premiers ont la solution simple du niqab et de la surveillance permanente. Les seconds préfèrent pour l'instant théoriser leurs visions en novlangue, comme la “perspective décoloniale intersectionnelle", mais posent un regard bienveillant sur les premiers. Il suffit de discuter avec des progressistes sur le voile pour voir émerger cette convergence - notamment lorsqu'on vous raconte sans ciller que les femmes, comme ici les femmes afghanes, sont satisfaites et volontaires de s'habiller ainsi.

À partir du moment où la pression sociale et les maltraitances exercées sur les femmes sont suffisamment fortes pour que non seulement elles se vêtent comme l'exigent les mollahs mais en plus qu'elles prétendent que c'est leur choix lorsqu'on le leur demande, nos gauchistes de service n'y voient plus rien à redire.

Voilà en quoi cette photo ne diffère finalement en rien du monde woke que nous vendent les progressistes. Comme le résume un Internaute, "ces vêtements en sont l'aboutissement logique: safe-space féminin, participantes intersectionnelles qui ont toutes fait le choix conscient et éclairé du port du voile intégral, choix faisant partie intégrale de l'expression de leur liberté. Voilà."

10 septembre 2021

Longue Vie aux Princes du Viol

En Europe de l'Ouest et aux États-Unis, les autorités rivalisent d'appétit pour l'accueil de réfugiés afghans. Pendant le pont aérien de Kaboul, Joe Biden se félicita depuis la Maison Blanche d'avoir évacué "plus de 120'000 personnes" depuis la mi-août - c'est-à-dire essentiellement des Afghans ; les Américains dans le pays, entre 10'000 et 15'000, ne furent qu'un ingrédient mineur de cette foule. 20'000 Afghans furent directement amenés aux États-Unis, et 43'000 autres dispersés sur plusieurs bases américaines à l'étranger en attente d'un prochain rapatriement aux États-Unis, selon des officiels du Pentagone. Du reste on ne sait rien, hormis qu'il y a déjà des problèmes.

Le 28 août, le Royaume-Uni put se féliciter quant à lui d'avoir "évacué 15'000 Afghans et citoyens britanniques sur les deux dernières semaines" par le biais de son ambassadeur à Kaboul, Laurie Bristow. Personne ne lui demanda de préciser la proportion des uns et des autres. De leur côté, les Français envoyèrent au moins 2'600 Afghans vers leur pays, qui vinrent avec le sourire. Ils s'ajouteront aux 41'000 déjà présents dans l'Hexagone, dont 31'000 réfugiés. Mais la plus grosse communauté afghane d'Europe est en Allemagne, avec 148'000 réfugiés afghans sur son sol (en 2020). La plupart des Afghans arrivant en Europe choisissent en priorité l'Allemagne, le Royaume-Uni ou les pays nordiques pour s'installer.

En Suisse, 219 personnes sont venues de Kaboul durant ce seul mois d'août. Si l'UDC met en garde contre les terroristes potentiels, le PS - par l'inénarrable Carlo Sommaruga - trépigne pour en avoir davantage: "la Suisse devrait accueillir 10'000 personnes vulnérables, en particulier des femmes et filles, en provenance d’Afghanistan", clame le politicien. Hélas! Les hommes jeunes, en pleine santé et en état de se battre forment l'écrasante majorité de ces populations importées. Cela ne doit rien au hasard.

Afghans au départ de l'aéroport de Kaboul, fin août 2021

Les talibans revenus au pouvoir en Afghanistan, on prépare le grand public à une nouvelle déferlante migratoire. Mais qu'elle ait lieu ou non, les Afghans sont déjà nombreux en Europe occidentale. Une population particulière que le Dr Cheryl Bernard de l'Institut Rand connaît bien - et qu'elle décrit dans un article de 2017 que chacun devrait lire. Il explique bien des choses sur ces populations de réfugiés afghans que nous accueillons déjà. Voici une traduction de l'essentiel de son propos. La mise en gras est de moi.

 


 

J'ai travaillé avec des réfugiés pendant des décennies. La vague de criminalité afghane en Europe est ahurissante.

Les Afghans se distinguent parmi les réfugiés qui commettent des crimes en Autriche et ailleurs. Pourquoi?

En 2014, lorsque des vagues de réfugiés ont commencé à affluer en Europe occidentale, les citoyens et les responsables ont réagi avec générosité et ouverture. Des réfugiés épuisés sont sortis des trains et des bus pour être accueillis par des foules offrant en cadeaux vêtements et nourriture et brandissant des pancartes indiquant "Refugees Welcome".

Cette lune de miel ne pouvait pas durer (...) [Survint] un développement inattendu, et intolérable: l'incidence importante et croissante des agressions sexuelles commises par les réfugiés contre les femmes autochtones. Il ne s'agissait pas de rendez-vous-galant-dégénérant-à-cause-de-quiproquos-culturels, mais d'attaques violentes et sans préméditation contre des filles et des femmes au hasard, souvent commises par des gangs ou de jeunes hommes en meute. Au début, les incidents furent minimisés ou étouffés - personne ne voulant donner des munitions à la droite nationaliste pour lui permettre de s'agiter. L'espoir résidait dans l'idée qu'il s'agisse de cas isolés causés par un petit groupe problématique. Au fur et à mesure les incidents se multiplièrent, et parce que nombre d'entre eux eurent eu lieu en public (...) il ne devint plus possible de balayer l'affaire sous le tapis du politiquement correct. Et avec la reconnaissance officielle et les rapports publics, une note de bas de page étrange et déroutante émergea. La plupart des agressions étaient commises par des réfugiés d'une nationalité particulière: des Afghans. (...)

Ce n'est pas un article que j'ai eu plaisir à écrire. J'ai travaillé sur des questions liées aux réfugiés pendant une grande partie de ma vie professionnelle, des camps pakistanais pendant l'occupation soviétique de l'Afghanistan au Yémen, au Soudan, en Thaïlande, en Éthiopie, à Djibouti, au Liban, en Bosnie, au Nicaragua et en Irak, et j'éprouve une profonde compassion face aux épreuves traversées. Mais nulle part je n'avais rencontré un phénomène comme celui-ci. J'ai vu des réfugiés pris au piège dans des circonstances qui les rendaient vulnérables au viol, par des gardiens de camp ou des soldats. Mais que des réfugiés deviennent auteurs de ces crimes dans le lieu qui leur avait donné asile? C'était quelque chose de nouveau. De plus, ma vie personnelle et professionnelle m'a offert de nombreux amis afghans et afghano-américains, et ils n'ont collectivement rien de psychopathes. (...) Il est impossible d'imaginer l'un d'entre eux se livrer aux agressions sexuelles extravagantes, bizarres et primitives pour lesquelles leurs jeunes compatriotes deviennent tristement célèbres. Pourtant, nous en sommes là.

Il y a quelques semaines, la ville autrichienne de Tulln a déclaré l'arrêt complet de toute nouvelle admission de réfugiés. Comme le maire l'a précisé, cette décision visait les Afghans, mais pour des raisons juridiques et administratives, elle ne pouvait être promulguée que de manière globale. Telle n'était pas l'intention initiale de la ville - au contraire, elle venait d'achever la construction d'un tout nouvel établissement coûteux pour les demandeurs d'asile, qui serait désormais, déclara le maire, consacré à un autre objectif. Ses mots exacts furent: "Nous en avons eu assez." Après une série d'incidents troublants tous causés par des Afghans, le viol collectif brutal d'une jeune fille de quinze ans fut le point de bascule. Agressée en pleine rue alors qu'elle rentrait chez elle, elle finit enlevée puis violée en série par des réfugiés afghans. (...)

Un peu plus tôt, à Vienne, une jeune étudiante turque en programme d'échange avait été poursuivie jusque dans des toilettes publiques par trois réfugiés afghans. Ils bloquèrent la porte et se mirent à l'attaquer sauvagement. L'attrapant par le cou, ils lui frappèrent la tête à plusieurs reprises contre une cuvette de toilettes en porcelaine pour l'assommer. Comme cela ne réussit pas à briser sa résistance désespérée, ils se relayèrent pour la maintenir et la violer. La jeune femme dut être hospitalisée, après quoi, trop affectée pour reprendre ses études, elle s'enfuit chez elle en Turquie, traumatisée et misérable, incapable de comprendre ce qui s'était passé et incapable, dans une société musulmane conservatrice, de confier son expérience à qui que ce soit... (...)

Il fallut un certain temps pour que ce type d'agression soit identifié car, jusqu'à récemment, les médias d'Europe occidentale s'abstenaient délibérément de préciser le statut de réfugié ou d'asile d'un agresseur, ainsi que son pays d'origine. Ce n'est que lorsque la corrélation est devenue dramatique au point d'en devenir digne d'intérêt que cette politique changea [NdT: en Autriche...]. À ce moment-là, il devint évident que les autorités étaient au courant. Pour des raisons politiques, elles avaient délibérément dissimulé des cas d'agression sexuelle à grande échelle commis par des migrants. Par exemple, un gang d'une cinquantaine d'Afghans qui terrorisaient les femmes dans le quartier de la gare de Linz fut défaussé par un fonctionnaire du gouvernement qui conclut qu'il s'agissait d'une conséquence malheureuse liée au mauvais temps, et qu'une fois l'été venu, les jeunes hommes se disperseraient dans les parcs publics et ne formeraient plus cette vaste meute menaçante. Le public n'en fut guère amusé.

Je pourrais écrire les mêmes choses sur la Suède, l'Allemagne ou tout autre terre d'asile en Europe, mais je me concentre sur des exemples autrichiens parce que c'est le pays européen dont je viens et que je connais le mieux. Jetons donc un œil à la presse autrichienne (...) [On y lit qu'un] Afghan (de dix-huit ans) attaque une jeune femme au festival du Danube. "Encore une fois, il y a eu une tentative de viol par un Afghan. Une touriste slovaque de 21 ans a été assaillie et a subi des attouchements par un groupe d'hommes. Elle a réussi à s'enfuir, mais a été poursuivie par l'un d'entre eux, un demandeur d'asile afghan qui l'a rattrapée et entraînée dans les buissons. Des policiers en civil à proximité ont remarqué la lutte et sont intervenus pour empêcher le viol au dernier moment." Page 10: "Un Afghan de 25 ans a tenté de violer une jeune femme assise au soleil dans le parc. Quatre passants courageux ont traîné l'homme hors de la victime et l'ont retenu jusqu'à l'arrivée de la police." Page 12: "Deux Afghans ont été condamnés pour avoir tenté de violer une femme dans un train à Graz. Les hommes, qui vivent dans une résidence pour demandeurs d'asile, ont d'abord insulté la jeune femme avec des propos obscènes avant de l'agresser. Lorsqu'elle a crié à l'aide, des passagers d'autres parties du train se sont précipités à son secours."

Laissons de côté l'aspect pénal de cette conduite et concentrons-nous sur sa logique, ou plutôt son absence de logique. Ces hommes s'attendent-ils à ce que leurs tentatives soient couronnées de succès? Pensent-ils réellement qu'ils pourront violer une femme dans l'artère principale d'une ville au milieu de la journée? Dans un train rempli d'autres passagers? En début d'après-midi dans un parc public fréquenté? Sont-ils incapables de pensées rationnelles, ou les ignorent-ils délibérément? Veulent-ils simplement provoquer une hystérie féminine momentanée et toucher certains endroits interdits du corps d'une étrangère? Est-ce gratifiant au point de valoir la peine de compromettre leur avenir et d'être jeté en prison par des Européens méprisants et dégoûtés? Qu'est-ce qui se passe ici? Et pourquoi, pourquoi, pourquoi les Afghans? Selon les statistiques de la police autrichienne, les réfugiés syriens sont à l'origine de moins de 10 % des cas d'agressions sexuelles. Les Afghans, dont les effectifs sont comparables, sont responsables de la moitié de tous les cas. (...)

Encore une fois: que se passe-t-il? Pourquoi cela arrive-t-il? Et pourquoi les Afghans? Quelques théories concurrentes circulent.

La première: "ils se saoulent." L'un de mes interlocuteurs, un Afghan de la diaspora qui vit à Vienne depuis des décennies et travaille comme traducteur et conseiller judiciaire agréé, et connaît donc intimement ces affaires et les personnes impliquées, rejette d'emblée cette explication. Au contraire, explique-t-il, ils ont entendu dire que prétendre avoir été atteint d'une incapacité mentale lors de la perpétration d'un crime, dont l'alcool ou la drogue, compte comme une circonstance atténuante. Souvent, raconte-t-il, les prévenus auront été insuffisamment briefés et invoqueront cette excuse de manière maladroite. Par exemple, ils diront qu'ils ont bu deux bières et qu'à partir de celles-ci, ils se sont évanouis, et ne se souviennent plus de rien de leurs actions ultérieures. Cette théorie n'explique pas non plus pourquoi les Afghans devraient être plus sujets aux agressions sexuelles induites par l'alcool que les autres jeunes hommes réfugiés issus de milieux comparables.

Une deuxième explication émet l'hypothèse d'une confusion liée à des valeurs culturelles conflictuelles. Ces jeunes hommes, selon la théorie, viennent d'un pays où les femmes ne sont que des silhouettes sombres complètement cachées sous des burqas plissées. Confrontés à des filles en débardeurs et shorts courts, ils perdent la tête et leurs hormones dictent leur conduite. Cette théorie, en plus d'être à la limite de faire endosser la responsabilité de leurs viols aux victimes, ne tient pas la route. Encore une fois, la même réaction devrait également être manifestée par d'autres jeunes hommes issus de sociétés islamiques strictes où la ségrégation entre les sexes est la norme. Pourquoi seuls les Afghans réagiraient de cette façon? Et comment cela explique-t-il des cas comme celui d'une retraitée de soixante-douze ans promenant son chien lorsqu'elle a été attaquée, battue et violée par un jeune Afghan? Ou en Suède, d'un écolier kidnappé et violé en réunion par un groupe d'Afghans?

En effet, si nous passons en revue le schéma des attaques, nous pouvons écarter cette théorie. En règle générale, les cibles privilégiées ne sont pas ce que les stéréotypes pourraient laisser penser - de jeunes femmes habillées de manière si provocante qu'un musulman confus issu d'un arrière-pays ultraconservateur interprèterait à tort comme une invitation à la promiscuité. Non ; souvent, les victimes sont des mères de jeunes enfants. Je suppose que pour un prédateur, elles semblent être des cibles plus faciles, car entravées dans leur capacité à se défendre, mais il pourrait aussi y avoir une dimension plus freudienne qui m'échappe.

Dans un cas récent qui a soulevé un tollé général, une femme se promenait dans un parc sur une colline surplombant le Danube. Avec elle venaient ses deux enfants, un tout-petit et un bébé dans une poussette. À l'improviste, un réfugié afghan lui sauta dessus, la jeta à terre, la mordit, l'étrangla et tenta de la violer. Dans la lutte, le landau partit en roue libre dans la pente et le bébé faillit plonger dans le fleuve en contrebas. Sous les yeux de son fils aîné consterné, la femme combattit vaillamment son agresseur, arrachant la capuche de sa veste, ce qui permit plus tard à un chien policier autrichien de le retrouver.

Lors d'une autre attaque, deux jeunes femmes se promenaient à midi dans la zone piétonne d'une petite ville autrichienne, poussant devant elles leurs bébés dans des poussettes, et furent brutalement attaquées par plusieurs réfugiés afghans. Ils se jetèrent sur elles et arrachèrent leurs vêtements, mais furent appréhendés avant qu'ils ne puissent causer d'autres dommages. Il est clair que de tels événements contrarient le grand public. Il est également clair que nous pouvons rejeter les théories du "ils étaient ivres et ne savaient pas ce qu'ils faisaient", ainsi que celle du "ils pensaient que c'était ce que les femmes voulaient".

Cela nous amène à une troisième théorie, plus convaincante et assez troublante, celle que mon ami afghan, le traducteur judiciaire, avance. Sur la base de ses centaines d'interactions avec ces jeunes hommes à titre professionnel au cours des dernières années, il est arrivé à la conclusion qu'ils sont motivés par un mépris profond et durable pour la civilisation occidentale. Pour eux, les Européens sont l'ennemi, et leurs femmes sont un butin légitime, comme toutes les autres choses qu'on peut leur prendre: logement, argent, passeports. Peu importe leurs lois, leur culture est inintéressante et, finalement, leur civilisation va de toute façon s'effondrer face à une horde dont ils sont le fer de lance. Pas besoin de s'assimiler, de travailler dur, ou d'essayer de se construire une vie décente ici. Les Européens sont trop mous pour vous punir sérieusement pour une transgression, et leurs jours sont comptés.

Et cela ne concerne pas que les crimes sexuels, note mon interlocuteur. Ce sont peut-être ceux qui agitent le plus l'opinion publique, mais l'abus délibéré et insidieux du système de protection sociale est tout aussi conséquent. Les réfugiés afghans, dit-il, ont une propension particulière à se jouer du système: mentir sur leur âge, mentir sur leur situation, prétendre être plus jeunes, être handicapés, appartenir à une minorité ethnique alors que même l'œil fatigué d'un juge autrichien parvient à distinguer les traits délicats d'un Hazara de ceux d'un Pachtoune.

Je vois de quoi il parle. Au cours de mes recherches, j'ai rencontré des trentenaires en famille en Autriche qui se faisaient passer pour des "mineurs non accompagnés". J'ai rencontré des gens qui faisaient passer un ancien accident de la route comme la preuve qu'ils avaient été torturés. J'ai entendu parler d'une famille afghane qui avait émigré en Hongrie il y a vingt ans. Les enfants y sont nés et fréquentèrent les écoles hongroises. Lorsque la crise des réfugiés [entamée en 2014] éclata, attirée par la perspective de tous les avantages associés, cette famille décida de prendre une nouvelle identité et de se rendre en Suède. Ils prétextèrent être des réfugiés de fraîche date. Affirmant avoir perdu leurs papiers lors de leur "fuite", ils s’inscrivirent sous de nouveaux noms d'emprunt et réduisirent l'âge de leurs enfants ; la mère se déclara veuve. Désormais installés à titre gracieux dans un logement confortable avec leur père vigoureux, corpulent et très vivant - qu'ils firent passer pour un oncle - et disposant d'un chèque d'aide sociale mensuel, ils sont des parasites infiltrés qui se nourrissent littéralement de la crédulité des contribuables suédois.

Les systèmes juridiques occidentaux sont méticuleux et procéduraux, fonctionnant sur la base de règles, de droits, de formulaires et de documents. Ils vous considèrent comme innocent jusqu'à ce que votre culpabilité soit prouvée. Il n'a pas fallu longtemps aux réfugiés pour comprendre comment en tirer parti à leur avantage. "Ils restent là, chauves, tempes grises, et insistent sur leur âge de dix-huit ans", me confie un procureur autrichien exaspéré. Ayant "perdu" leurs documents, le seul moyen de réfuter même la plus manifestement absurde de telles affirmations est de passer par de coûteux tests en laboratoire. Si vous n'avez aucun papier d'identité et aucun scrupule, vous pouvez affirmer à peu près n'importe quoi, puis vous adosser confortablement en attendant que le système essaie de prouver le contraire. Si vous êtes rejeté, pas de problème: vous pouvez lancer plusieurs recours. Une fois que vous aurez mis les pieds en Europe, il sera presque impossible de se débarrasser de vous ; même si vous avez littéralement commis un meurtre. Si un tribunal vous déclare coupable de viol, vous n'avez qu'à faire valoir que si vous êtes renvoyé chez vous, votre société conservatrice vous tuera pour cet acte déshonorant - et donc vous ne pouvez être renvoyé, les lois de l'Union Européenne interdisant l'extradition si la vie de l'individu est en danger. Les meurtriers ne peuvent pas être renvoyés dans des pays où la peine de mort existe, ou dont le système judiciaire est simplement réputé sévère.

Mais un mystère subsiste. La fraude à l'aide sociale est une chose: elle a un certain sens, si vous n'avez aucun respect pour la primauté du droit ou l'équité et que vous êtes paresseux. Mais pourquoi cette cohorte actuelle d'Afghans s'impose-t-elle en tant que prédateurs sexuels? Et aussi ineptes que stupides, de surcroît? En quête d'une réponse, peut-être devrions-nous observer les victimes de plus près. Nous avons éliminé les tenues inappropriées et les manières involontairement séduisantes, mais pourraient-elles avoir d'autres traits en commun pour faire la lumière sur les raisons pour lesquelles ces femmes sont devenus la cible d'une telle folie? En les passant en revue, un mot me vient à l'esprit: l'épanouissement. Une étudiante turque en échange universitaire, heureuse de poursuivre ses études en design industriel dans une bonne université de Vienne. Une fille dans un parc, profitant du soleil. Deux amies, promenant leurs bébés. Une mère, profitant d'une balade estivale avec ses deux enfants. Une vieille dame satisfaite, promenant son animal de compagnie. Des gens attrayants, accomplis, heureux, normaux... un spectacle insupportable, peut-être, pour – et je suis ici d'accord avec le président Trump - des losers. Il a proposé que nous qualifions les terroristes ainsi, et il a raison. Ces jeunes hommes, même sans gilet explosif, sont des perdants, ce qui les a amenés à devenir des terroristes sociaux.

Les jeunes agresseurs afghans disent que oui, ils n'ont aucun contrôle sur leurs impulsions, que leurs hormones font rage et qu'ils se détestent eux-mêmes et le monde entier, mais surtout, qu'ils ne toléreront pas les femmes heureuses, confiantes et se sentant en sécurité l'espace public. Ils nous disent qu'ils n'ont aucune intention de respecter la loi, les coutumes, l'opinion publique, les valeurs locales ni les bonnes mœurs, qu'ils détestent tellement tout cela qu'ils sont prêts à mettre leur propre vie, leur avenir et leur liberté en jeu pour la satisfaction d'infliger des traumatismes.

Les Afghans de la diaspora de la classe moyenne établie sont naturellement contrariés et gênés de voir leur nationalité ainsi déshonorée par ces nouveaux arrivants primitifs. Et pourtant, ils font partie du problème. Bon nombre de leurs actions et réactions, qu'elles soient naturelles ou involontaires, relèvent de la complicité. Ils dissimulent, trouvent des excuses, conseillent sur les meilleurs moyens de se soustraire aux conséquences et encouragent même directement les tromperies, les actes illégaux et les manières honteuses d'amis, de parents et d'Afghans parfaitement inconnus.

Les raisons en sont multiples. Il y a l'obligation perçue d'être loyal envers les amis, les parents et les compatriotes. Je pense qu'il y a aussi un certain manque de sincérité envers les notions occidentales de réalité administrative et biographique ; beaucoup, sinon la plupart, des Afghans qui vivent actuellement en Occident charrient un lot de mensonges issu de leur passé. Celui d'entre eux qui arrivait en premier (un père, un frère aîné) devait généralement inventer un nom de famille et une date de naissance à la volée, car à la maison, jusqu'à il y a une génération, la plupart des gens n'avaient pas de nom de famille et les dates de naissance n'étaient pas enregistrées. Je connais d'honorables familles afghanes respectueuses de la loi où les anniversaires de tout le monde suivent une séquence invraisemblable — le 1er juin, le 2 juin, le 3 juin et ainsi de suite, parce que celui d'entre eux qui a rempli les documents d'immigration a dû inventer des dates de naissance et a pensé que ce serait plus facile de se souvenir d'elles de cette façon. (...)

[La pertinence avec la politique d'accueil des réfugiés] est tristement évidente. Il faudra en effet un contrôle rigoureux pour écarter ces jeunes mâles dégénérés et profondément perturbés dont la volonté de tromper est si prononcée et dont les motivations sont si irrationnelles.

Ce qui m'amène à une dernière théorie exprimée en Autriche: que ces jeunes hommes destructeurs et fous sont intentionnellement infiltrés en Europe occidentale pour faire des ravages: pour enlever la liberté et la sécurité des femmes ; changer les modèles de comportement ; approfondir les divisions entre les libéraux [NdT: au sens américain, gauchistes], qui continuent de les défendre et de leur trouver des excuses, et une droite qui appelle à des mesures impitoyables et à des réponses brutales ; d'infliger des coûts élevés aux tribunaux et un engorgement du système judiciaire et, de manière générale, de gâcher les choses.

Pour mémoire, je ne suis pas convaincue qu'il y ait un plan délibéré derrière cela, mais je suis d'accord pour dire que les jeunes hommes en colère et instables sont susceptibles d'emprunter des voies destructrices. Ces voies peuvent conduire à l'extrémisme idéologique et au terrorisme, ou à la formation de gangs et de meutes qui attaquent, nuisent et détruisent. Comme nous l'avons vu, actuellement beaucoup de leurs attaques sont ineptes et facilement bloquées par des passants survenant au hasard [NdT: donc tout va "bien"!..]. Mais ils deviendront plus habiles avec le temps, et l'Europe ferait mieux de développer une défense contre eux. (...)

Chaque réfugié et demandeur d'asile arrivant devrait être soumis à une vérification rigoureuse du récit de son histoire, y compris la validation de son âge, par des tests en laboratoire en cas de doute. Oui, c'est compliqué et coûteux, mais pas aussi compliqué et coûteux que de laisser entrer les mauvaises personnes, et moins cher que de laisser des centaines de milliers d'étrangers profiter de manière permanente ou semi-permanente d'avantages sociaux indus. Les pays européens doivent partager les données entre eux ; et les identités devraient être liées aux empreintes digitales, pas à des documents à l'authenticité douteuse, voire pas de document du tout. (...)

Enfin, la gauche doit se remettre en question. C'est chouette d'être accueillant, bienveillant et bien disposé envers l'arrivée d'étrangers sur nos rivages, mais gardons quelques pensées bienveillantes pour nos propres valeurs, nos libertés et notre mode de vie. Les filles et les femmes devraient continuer à se sentir en sécurité dans les espaces publics, pouvoir assister à des festivals, porter des vêtements adaptés à la météo et à leurs goûts, voyager en train, aller au parc, promener leurs chiens et vivre leur vie. Il s'agit d'un magnifique succès de l'Occident, qui mérite d'être défendu.

30 août 2021

Un parfum d'autoritarisme sanitaire

Par la voix d'Alain Berset, le Conseil Fédéral a donc communiqué mercredi dernier les changements à venir dans la gestion de la crise du Coronavirus. Nous entrons dans la "phase de consultation".

À quelle sauce seront-nous mangés?

Parmi les principales mesures envisagées, l'obligation de fournir un certificat. Son utilisation serait des plus larges, puisqu'elle concernerait pratiquement tout événement se déroulant à l'intérieur. Ainsi on compterait les restaurants, les lieux culturels et de loisirs, et les activités sportives et culturelles (musique, théâtre) en intérieur, y compris entraînements ou répétitions. Les hôtels seraient aussi concernés à partir d'une durée de séjour de plus d'une nuit.

Les rares exceptions concernent les manifestations religieuses, les funérailles et les manifestations politiques jusqu'à 30 personnes (le Centre est sauvé!) Elles démontrent au passage que même l'urgence-sanitaire-critique-et-absolue que nous traversons reste relative. Le pieux virus ne circulerait pas pendant une messe?

Seuls les jeunes de moins de 16 ans seraient dispensés de certaines de ces mesures. L'autre possibilité, bien sûr, serait d'avoir toujours sur soi un certificat ; c'est à dire, une preuve de vaccination ou un test de dépistage récent - dès le 1er octobre, aux frais de l'individu.

La fin de la gratuité des tests de dépistage nous donne un aperçu de la perversité de l'administration helvétique, référence en la matière. En effet, comme les situations l'exigent parfois, un individu éprouvant les symptôme d'un COVID potentiel pourra toujours se faire dépister gratuitement, mais ce test (s'il est négatif) ne pourra pas servir à obtenir le fameux certificat. Même chose pour un test de dépistage gratuit effectué à l'entrée d'un EMS ou d'un hôpital.

Si vous voulez un certificat qui vous permettra temporairement d'avoir une vie normale, il vous faudra le payer de votre poche, voilà. Même si vous en avez fait un gratuitement une heure plus tôt, quelle qu'en soient les raisons!

Cette discrimination au certificat est parfaitement assumée, impliquant une foule de détails pour couvrir tous les cas (sauf les réfugiés et autres, bien entendu).

En une phrase, l'État a décidé de rendre infernale la vie des non-vaccinés.

Les "responsables" en charge n'ont pas été capables d'interdire les liaisons aériennes Wuhan-Zurich au plus fort de la flambée de l'épidémie en Chine. Ils ont toujours refusé le moindre contrôle aux frontières, pas même un dépistage des passagers arrivés dans les aéroports. On pourrait multiplier les exemples absurdes. Mais pour infliger des mesures vexatoires contre leurs propres habitants de ce pays, ils restent des champions.

La Suisse rejoindra le groupe bienheureux instaurant le fameux Pass sanitaire...

Tout ceci n'est que de la musique d'avenir, bien entendu, car les propositions sont mises en consultation. Le CF consulte ses partenaires pour mesurer leur enthousiasme. Mais qu'on ne s'y trompe pas, il donne le ton. Les rares aménagements n'auront lieu qu'à la marge.

La fracture face au vaccin

Le clivage est profond dans la société entre les pro-vaccins et les anti-vaccins. Catégories qui ne recouvrent absolument pas les vaccinés et les non-vaccinés. Mais c'est déjà un abus de langage instauré par les médias ; les anti-vaccins sont moins des gens opposés au principe de la vaccination qu'à celui d'une vaccination systématique et obligatoire, ce qui n'est pas du tout la même chose. De même les pro-vaccins ne sont pas les gens vaccinés (quoi qu'ils aient pu l'être) mais ceux qui exigent une vaccination totale et obligatoire.

Il est donc plus juste de parler de pro-obligation et d'anti-obligation.

Clairement, les pro-obligation tiennent le haut du pavé. On le voit aux politiques mises en place, ouvertement discriminatoires et faisant fi du secret médical. On le voit aussi dans les médias, qui soumettent les anti-obligation au feu roulant de leurs insultes habituelles ("complotisme, extrémisme, bêtise crasse, ignorance, anti-science") qu'il tentent maladroitement de faire passer pour des arguments.

Les professionnels de la santé ont fait bien plus d'étude de médecine que les éditorialistes qui les critiquent ou les fonctionnaires qui veulent leur rendre la vie impossible. S'il y a des gens méfiants face au vaccin parmi le personnel médical, la logique voudrait qu'on écoute leurs arguments et qu'on en tienne compte.

À la place, on nous sort d'autres experts (voire des individus pas experts du tout mais qu'on présente comme tels) pour leur opposer un point de vue contradictoire. Les discussions politico-sanitaires virent fréquemment à la foire d'empoigne. Mais lorsqu'il y a querelle d'experts, c'est surtout qu'il n'y a pas de consensus. Et lorsqu'il n'y a pas de consensus, pourquoi vouloir forcer la main dans une direction plutôt qu'une autre?

L'esprit de meute propre aux pro-obligation les plus virulents s'abreuve à la même sources que tous les totalitarismes: "pour que ça marche, il faut que tout le monde joue le jeu, sinon ça ne marchera pas." La corollaire est immédiate: si ça ne marche pas, c'est à cause de ceux qui ne jouent pas le jeu, les traîtres, puis les tièdes. Il faut les éliminer de l'équation, physiquement au besoin. Sur les réseaux sociaux, ces propositions circulent. Les envoyer dans des camps, par exemple. Ou, comme l'a plaisamment suggéré le Général Michael Hayden, ancien directeur de la NSA et de la CIA américaines sous le Président George W. Bush, les envoyer en Afghanistan. Pour qu'ils y meurent. Bon débarras!

Alors, ces propos ne sont qu'une plaisanterie, on rigole, c'est marrant. Mais, sortant de la bouche d'un général, ils restent un peu inquiétants.

Je n'irai pas jusqu'à dire que tous les anti-obligation sont des gens bien dans leur tête, loin s'en faut. Il y a des olibrius partout, encore plus avec l'atmosphère de mensonge entretenue par les officiels avec leurs revirements continuels. Mais les anti-obligation que j'ai pu rencontrer avaient des revendications fort modestes: qu'on fiche la paix aux non-vaccinés, c'est tout.

À notre époque, vivre et laisser vivre est devenu une ligne de conduite dont les classes politiques massivement pro-obligation ne veulent plus. Alors, pour sortir de chez soi, aller dans un commerce, au restaurant, dans une salle de sport, le certificat de vaccination deviendra obligatoire. À défaut, les réfractaires - ou ceux qui ne peuvent pas être vaccinés pour raisons médicales - subiront la pénitence régulière consistant à devoir se curer le nez à leurs frais tous les deux jours avec une tige pour avoir un test négatif, et le droit de vivre normalement.

À titre temporaire.

Est-ce réellement lié à la crise sanitaire ou à d'autres objectifs plus sournois, comme le Grand Reset ou la décroissance écologique? La question reste ouverte.

Rendez-vous en novembre

Exiger le retour à une vie normale via la vaccination est un désir absurde. Même si les non-vaccinés disparaissaient comme par enchantement, les absolutistes du vaccin ne pourraient l'emporter. Non seulement les vaccins n'ont jamais offert une protection à 100% contre le COVID-19 souche historique, mais ils sont en plus moins efficaces contre le Variant Delta, et pour finir, leur efficacité s'étiole avec le temps. Sans oublier que sans contrôle aux frontières une vaccination à 100% ne dure que le temps qu'un nouveau porteur du virus, non vacciné, ne rentre dans le pays.

Un des pays les plus vaccinés du monde – Israël – a fait face à une recrudescence incroyable de cas, dépassant la vague pandémique qui a eu lieu alors que le vaccin n’était pas disponible, à cause du Variant Delta. Variant qui s’est répandu comme un feu de brousse dans une population vaccinée. Et les scientifiques israéliens d’affirmer désormais preuve à l’appui que l'immunité naturelle acquise contre le virus est 13 fois plus efficace que celle apportée par le vaccin. De plus, ils sont 27 fois moins sujets à des complications graves face à une nouvelle infection. Et ces chiffres se basent sur une population exposée au Variant Delta!

Alex Berenson, reprenant ces informations par tweet pour les faire connaître, se vit bannir de Twitter dès le lendemain.

Au Japon, Haruo Ozaki, le Président de l'Association de Médecine de Tokyo (Tokyo-Chiyoda) déclara mi-août que l'Ivermectine était un médicament prometteur contre le Coronavirus - toutes souches confondues. Dans la foulée, il recommanda publiquement que tous les docteurs du Japon prescrivent immédiatement l'Ivermectine pour traiter le COVID.

En avez-vous entendu parler? J'en doute.

En Europe et aux États-Unis, les gouvernements s'arc-boutent pour marteler leur message auprès du grand public: la seule porte de sortie passe par une campagne de vaccination avec des substances à base d'ARNm. Maintenant que tant de doses ont été commandées, n'est-ce-pas, il faut bien qu'elles servent à quelque chose...

Alors, les pro-obligation et les anti-obligation, combien de divisions? En Suisse, nous le saurons au fond des urnes le 28 novembre. Au moins le peuple helvétique aura l'occasion de dire à sa classe politique ce qu'il pense de tout cela, un luxe rare par les temps qui courent.

21 août 2021

L'Afghanistan, tombeau des illusions

Il y a une semaine, les talibans entraient victorieusement à Kaboul, surprenant le monde entier par la vitesse de leur assaut. L'Afghanistan s'effondrait, ses défenseurs abandonnant armes et positions, son président s'enfuyant avec tout l'argent liquide qu'il pouvait trouver.

À l'opposé de la guerre "illégale" en Irak - que les Démocrates américains soutinrent pendant des années avant un brusque revirement pour des calculs électoraux - la guerre d'Afghanistan était dès le départ une "bonne guerre". C'était une guerre juste et justifiée, rassemblant l'assentiment des deux ailes de la politique américaine. Au plus haut de l'occupation américaine, plus de cent mille soldats américains furent déployés dans le pays. L'argent coulait à flot pour élever l'instruction de la population afghane, pacifier les régions, mater les chefs de guerre...

Comment vingt ans d'effort ont-ils pu être réduits à néant en si peu de temps? Quelles sont les responsabilités, les complicités, les conséquences? Le temps est venu de se livrer à une petite analyse.

La faute de Trump?

Commençons par la première polémique du moment, le jeu du à-qui-la-faute. Le réflexe de la gauche américaine au pouvoir a immédiatement été d'attribuer le fiasco afghan au Président Donald Trump. De ce côté de l'Atlantique, on boit cette propagande comme du petit lait ; elle a l'avantage de charger un bouc émissaire privé d'antenne (les médias y veillent) et de dédouaner son successeur.

Pour donner de l'eau à leur moulin, de nombreux tweets de Trump - d'avant 2016 - abondent dans le sens d'un retrait d'Afghanistan:


Une sélection de tweets de Trump sur l'Afghanistan (cliquez pour agrandir)

Cependant, il faut faire preuve d'un minimum de bonne foi pour remettre ces informations en perspective face à la réalité du terrain. Trump souhaitait un retrait d'Afghanistan, et plus encore la fin de cette absurde et coûteuse aventure de nation-building, situation dont il avait hérité depuis l'ère Bush, tout comme Obama avant lui. Obama qui libéra de Guantánamo en 2014 le leader actuel des talibans avec la promesse qu'il renonce au terrorisme, puisqu'on parle des erreurs des uns et des autres...

Une fois président, Trump altéra la politique américaine de façon progressive. Son plan, formellement signé à Doha en 2020 avec les parties impliquées, permettait aux talibans soutenus par le Qatar de continuer à exister, à condition qu'ils ne s'en prennent ni aux intérêts des États-Unis et de leurs alliés, ni au gouvernement afghan. Ils devaient de plus renoncer au terrorisme et à leurs liens avec Al-Qaïda. Les soldats américains encore en place devaient y veiller. L'implication américaine en Afghanistan devait devenir strictement militaire, jusqu'à un retrait complet conditionné à la disparition de la menace. Le Secrétaire d'État Mike Pompeo parla d'un accord "mesuré" et "réaliste" qui visait à un désengagement progressif des États-Unis dans le pays, sans jamais l'abandonner aux mains des terroristes.

Trump, malgré son dépit, n'avait pas prévu d'abandonner le pays à travers un brutal retrait unilatéral. L'idée était de se retirer d'un Afghanistan capable de se tenir sur ses deux jambes, pas de le livrer à la guérilla islamiste. Ainsi, le retrait complet des troupes n'eut pas lieu sous son égide. Au contraire, dans les premiers mois de son mandat, Trump envoya 4'000 hommes supplémentaires en Afghanistan. Sous Trump, la situation était sous contrôle. C'est en la gardant sous contrôle qu'il fit diminuer le nombre de soldats présents à 2'500. Dans les cinq dernières années, les GI subirent moins de victimes là-bas que les résidents de Baltimore dans des accidents automobiles sur la même période.

Joe Biden livre l'Afghanistan aux talibans

Prenant le contrepied de Trump dans tous les domaines, Joe Biden s'attaqua au dossier afghan avec pour but de rapatrier les derniers soldats vaille qui vaille - quoi qu'il en coûte à la population afghane. Les accords de Doha contenaient une clause de sortie si la situation sur le terrain échappait à tout contrôle. Autrement dit, le retrait militaire était subordonné à la paix sur le terrain. Mais pour un Biden face à des talibans reprenant du poil de la bête, admettre cette réalité aurait impliqué de renvoyer massivement des hommes là-bas, ce qui était hors de question.

Biden proposa plutôt aux talibans de partager le pouvoir avec le gouvernement afghan. Il avait déjà donné la couleur: dès les premiers jours de son administration, le 23 janvier 2021, il annonça unilatéralement le retrait de toutes les forces américaines stationnées en Afghanistan. Le retrait final devait avoir lieu avant le 11 septembre 2021 et les vingt ans de l'attaque contre les Twin Towers.

Par ses déclaration, Biden offrit aux talibans la carotte du retrait sans jamais manier le bâton de la riposte. Il invoqua tardivement les accords de Doha comme excuse pour s'abriter, alors même qu'il les avait remplacés par une nouvelle stratégie de son cru.

La situation se dégrada progressivement, jusqu'à un effondrement total survenant en à peine un mois.


L'Afghanistan, du 9 juillet à la chute de Kaboul le 15 août.

Depuis le début la politique de Biden semble avoir été guidée par le retrait des forces américaines en Afghanistan quitte à faire tomber le pays entre les mains des talibans - une divergence fondamentale d'avec ses prédécesseurs, et un gâchis incontestable de tous les efforts entrepris jusque-là. Si Trump avait voulu obtenir un si piètre résultat il n'aurait pas attendu la fin de son mandat.

Joe Biden et son équipe avaient prévu d'abandonner l'Afghanistan aux talibans. Ils commirent simplement une erreur de timing. Ils estimaient sans doute que les talibans s'empareraient du pays après le départ des troupes américaines. La Maison Blanche aurait certes regretté l'échec du régime afghan - qui ne fut même pas consulté dans la prise de décision américaine - mais s'en serait lavée les mains.

Les talibans incontrôlés refusèrent de suivre le script. Ils redoublèrent de combativité et parvinrent à reprendre la capitale en moins d'un weekend. Dix mille civils américains vivent encore à Kaboul, sans parler des autres occidentaux. Tous ces gens sont otages de fait. De la fuite éperdue des foules vers l'aéroport à l'évacuation en panique du personnel de l'ambassade américaine par hélicoptère Chinook, la chute de Kaboul livre des images symboliques d'une débâcle qui hantera longtemps la politique étrangère américaine.

Joe Biden connaît ce genre de moment ; il était déjà sénateur depuis deux ans lors de la chute de Saïgon en 1975...

Reconnaissons-lui une belle persévérance dans l'erreur. Depuis sa campagne jusqu'à son accès au poste suprême, il ne remit jamais en cause le désengagement des troupes si les circonstances ne s'y prêtaient pas. Il assuma encore la responsabilité pleine et entière de l'administration démocrate dans un discours le 14 avril 2021, où il énonça une vision pour le pays, le devenir de la présence américaine et la paix future.

On peut trouver une transcription de ses propos. Il n'était alors question ni de la "responsabilité de Trump", ni de la "lâcheté de l'armée afghane", ni des accords de Doha qui lui auraient lié les mains, ni de l'incompétence du gouvernement afghan, ni même de la duplicité des talibans.

La folie du nation-building

Le 12 juillet 2014, répondant à un commentaire sur mon billet "Longue vie au Djihadistan" (concernant l'Irak à l'époque) j'écrivais:

[Le] "nation building" - projet auquel j'étais opposé déjà à l'époque - était une énorme erreur, une tâche impossible au coût virtuellement infini, dont nous voyons tous l'échec aujourd'hui.

Selon moi la mission américaine en Irak aurait dû se terminer lorsque Saddam a été tiré de son trou à rat, terminant enfin une guerre commencée en 1991. Les Boys auraient dû repartir, quitte à prévenir qu'ils reviendraient. La même chose vaut pour l'Afghanistan.


Dans les cendres du 11 septembre 2001, l'Amérique ne pouvait pas plus ignorer le régime taliban, qui avait hébergé et permis l'entraînement des terroristes. Et elle s'en occupa promptement et efficacement. Le régime taliban tomba en quelques semaines de bombardement intensif ; le 7 octobre 2001, les talibans n'étaient plus au pouvoir. La mission américaine là-bas était terminée. L'Amérique avait fait passer le mot qu'il ne fallait pas la chercher.

Mais c'était sans compter sur l'état d'esprit des néo-conservateurs américains et leurs alliés démocrates. Tous virent l'occasion de faire de l'Afghanistan une démocratie modèle. L'absurdité du postulat est aujourd'hui patente. Il fut pourtant défendu, notamment sur le plan économique, sur deux décennies.

Comme le résume John Nolte, l'idéologie néo-conservatrice est morte à Kaboul:

En Afghanistan, l'Amérique dépensa des milliards de dollars, perdit des milliers de vies précieuses et œuvra 20 ans durant pour réaliser le fantasme néoconservateur de la construction d'une nation. La paix dans le monde est facile ! nous dirent-ils. Nous devons libérer les peuples opprimés, construire des écoles et des routes et leur donner le droit de vote. Si nous faisons cela, la paix se répandra partout !

Depuis 20 ans, ces imbéciles nous racontent que la concrétisation de leur fantasme est imminente. Pendant 20 ans, notre pays a versé sang et fortunes dans leur stupide expérience, et en un jour – un seul jour – tout s'est effondré. (...)

Bien sûr, notre armée n'a pas perdu contre les talibans. Bien sûr, notre technologie est supérieure. Personne n'en doute. Mais nous avons quand même échoué pour une raison simple… Trop d'Afghans ont préféré le 7e siècle au 21e. Trop d'Afghans ont préféré leur mode de vie barbare, leurs coutumes primitives, leurs chefs de guerre et leurs chefs tribaux à l'autodétermination et à la démocratie.

En tant qu'ex-néoconservateur, encore embarrassé par son soutien à cette idée stupide selon laquelle les vies américaines et l'argent des contribuables sont bien dépensés pour répandre la démocratie dans des pays remplis d'hommes des cavernes, je pense qu'il faut vraiment surveiller les néoconservateurs qui persistent aujourd'hui… À la surprise de personne, pas un seul n'est prêt à admettre que toute cette débâcle a commencé lorsque la mission américaine en Afghanistan est passée de l'élimination des terroristes qui nous ont frappés le 11 septembre à la transformation d'un pays arriéré en démocratie florissante. (...)

[Alors] nous sommes restés, et restés encore et encore, et 2'448 de nos soldats sont morts, dont deux juste cette année (aux mains des talibans), le tout au nom de l'idée ridicule que les Afghans soient tous une bande de Thomas Jefferson en puissance, aspirant à être libres. Et maintenant, au lieu d'avoir quitté l'Afghanistan forts et victorieux le 8 octobre 2001, nous couinons la queue entre les jambes. Non seulement nous sommes humiliés et avons l'air stupides et lâches, mais nous sommes devenus un pays auquel personne ne devrait faire confiance maintenant, pour tenir nos promesses de rester et de protéger ceux qui s'allient avec nous.


Il est difficile de chiffrer précisément les sommes folles dépensées dans le nation-building afghan, mais on peut articuler un montant prudent de 2'200 milliards de dollars. Cela représente près de 58'000 dollars par Afghan, des sommes dont la population n'aura évidemment jamais vu la couleur. Il est évident que derrière ses objectifs absurdes d'émancipation de peuples sauvages, le nation-building était aussi un mécanisme de transfert de richesses du public vers le privé à une échelle encore jamais vue.

En 2011, Julian Assange de Wikileaks révélait au monde que la campagne d'Afghanistan ne visait qu'à blanchir l'argent des contribuables des États-Unis et d'Europe pour qu'il revienne entre les mains d'une élite transnationale des services de sécurité - l'objectif étant une "guerre sans fin" et non une "guerre victorieuse". Ce n'était évidemment pas sa propre vision personnelle mais celle des informations qu'il avait récolté à travers Wikileaks. Combien de médias diffusèrent ne serait-ce qu'un entrefilet sur ces révélations? Combien de journalistes cherchèrent à savoir d'où provenaient ses affirmations?

Voilà un autre volet de l'aventure américaine en Afghanistan qui ne sera sans doute jamais écrit.

La responsabilité des réseaux sociaux

Aujourd'hui, Donald Trump est banni des réseaux sociaux. Les leaders des talibans ne le sont pas. Mais ce n'est pas tout. Les réseaux sociaux et les outils de communication récents - au premier chef desquels WhatsApp - auraient joué un rôle-clef dans le succès des islamistes.

C'est ce qu'affirme Preston Byrne dans un article convaincant, citant notamment le New York Times qui présentait déjà cette étonnante information en 2019.

WhatsApp présente des avantages uniques dans la lutte contre les talibans, qui s'appuient également sur l'application pour mettre à jour leurs supérieurs et s'informer auprès de leurs combattants. La bataille est devenue une guerre de petits gains tactiques rapides - un quartier par ici, un village par là - et pour cela, les avantages de l'application, disent-ils, dépassent de loin la vulnérabilité potentielle.

Surtout, l'application est rapide et flexible. Les décisions urgentes quant à une attaque imminente ne doivent plus attendre que les ministres et les commandants se rendent dans un centre d'opérations sécurisé. Les groupes WhatsApp sont devenus des centres d'opérations virtuels, avec des ministres et des commandants envoyant des décisions depuis leur chambre, entre les réunions ou même depuis un salon d'aéroport.


Preston Byrne se demande comment le renseignement américain a pu ignorer et laisser prospérer un tel réseau de communication juste devant son nez depuis des années. Les talibans ont utilisé et utilisent encore de la technologie américaine, des serveurs hébergés aux États-Unis, pour menacer les intérêts américains, mettre en danger des citoyens américains et promouvoir le jihad.

Et tout cela avec l'assentiment de Facebook, propriétaire de WhatsApp!

Comprenons bien le monde dans lequel nous vivons. Il suffit d'évoquer la fraude électorale des élections présidentielles américaines de 2020, d'émettre des doutes quant à la politique de vaccination obligatoire ou de s'interroger sur la dangerosité du COVID au nom duquel nous devons sacrifier nos libertés individuelles pour se voir censuré sur toutes les plateformes majeures. Mais on peut sans problème appeler au meurtre de masse des juifs, à la soumission du monde à l'islam ou même contrôler un groupe terroriste reconnu sans que cela ne pose problème.

L'incompétence et la censure à géométrie variable sont de plus en plus difficiles à distinguer de la trahison.

Nous entrons dans une ère de chaos

L'absurdité est devenue la norme. L'Administration Biden suggère au gouvernement des talibans d'inclure des femmes. Un politicien français regrette que les islamistes ne comprennent pas les enjeux de la transition écologique. Cerise sur le gâteau, Joe Biden, après avoir réclamé le retour à marche forcée des troupes américaines stationnées en Afghanistan, veut renvoyer immédiatement des milliers de soldats là-bas. Quitter le pays pour mieux l'envahir à nouveau?

Du coté de Kaboul, les talibans ont obtenu la base de données biométriques des dizaines de milliers d'Afghans qui ont aidé les Américains, comme guides, traducteurs ou informateurs. La traque impitoyable et sanglante a déjà commencé, évoquant le destin des harkis à la fin de l'Algérie française. De leur côté, les Afghans se préparent à être massacrés.

Les talibans ont aussi mis la main sur de l'armement de pointe abandonné par les Américains et l'armée afghane en perdition. Le journal The Hill fait l'inventaire hallucinant de l'arsenal envoyé en Afghanistan depuis vingt ans:

Entre 2003 et 2016, les États-Unis ont transféré 75'898 véhicules, 599'690 armes, 162'643 pièces d'équipement de communication, 208 avions et 16'191 pièces d'équipement de renseignement, de surveillance et de reconnaissance aux forces afghanes, selon un rapport du Government Accountability Office de 2017.

De 2017 à 2019, les États-Unis ont également donné aux forces afghanes 7'035 mitrailleuses, 4'702 Humvees, 20'040 grenades à main, 2'520 bombes et 1'394 lance-grenades, entre autres équipements, selon un rapport de l'année dernière de l'inspecteur général spécial pour la reconstruction de l'Afghanistan (SIGAR).


Largement de quoi concrétiser les idées de pas mal de terroristes! Un autre rapport du SIGAR mentionne que l'armée afghane disposait fin juin de 211 appareils fournis par les États-Unis. 46 d'entre eux ont fui avec leurs pilotes en Ouzbékistan, mais cela leur en laisse plus de cent à disposition, avec hangars d'entretien et pièces de rechange. On parle notamment d'hélicoptères de combat, dont des Sikorsky UH-60 Black Hawk qu'ils peuvent afficher sur les réseaux sociaux... De nombreux soldats entraîné par les États-Unis ayant fait défection, on peut donc penser qu'ils ne manqueront pas plus de pilotes.


Taliban Air Force

Au chaos des métastases islamistes issues d'Afghanistan s'ajoutera un nouveau chaos migratoire annoncé, avec son lot d'éléments d'infiltrés, de sympathisants de l'oumma venus détruire les pays hôtes, ou simplement d'illettrés inemployables qui pèseront sur nos sociétés jusqu'à ce qu'elles s'écroulent. Les élites mondialistes en Europe de l'Ouest salivent devant une telle aubaine!

Le chaos est aussi désormais dans le sillage d'une politique étrangère américaine devenue illisible. Que valent les accords signés avec les États-Unis, que valent leurs promesses d'assistance, que reste-t-il de leur protection? La question n'a rien d'anodin alors que la Chine lorgne ouvertement sur Taïwan depuis des décennies et trouve peut-être avec Biden une fenêtre d'opportunité pour se lancer. La même chose vaut pour Poutine l'autocrate du Kremlin, les Iraniens et tout ce que le monde compte d'individus ambitieux que seule la peur d'une riposte américaine faisait hésiter...

Dans le monde réel, les actions entraînent des conséquences. Les mauvaises décisions se payent. Les diplomates américains à Kaboul, terrés on ne sait où, ne peuvent plus faire fièrement flotter le drapeau arc-en-ciel LGBT sous le drapeau américain de leur ambassade, comme il y a dix jours. Il aura suffi d'un été pour que l'Afghanistan reparte vingt ans en arrière et redevienne le pays violent et arriéré du premier régime taliban.

Le gâchis est inqualifiable, et sème des graines d'incertitude et de violence dans de nombreuses régions du monde, pour des décennies. Si ce mois d'août 2021 devait servir à quel chose, c'est à rappeler à chacun qu'en matière de politique étrangère, aucune certitude n'est absolue.

Rome ne s'est pas faite en un jour, mais il n'en a fallu qu'un pour qu'elle brûle.