28 mars 2019

L'heure de ne plus changer d'heure?

Le marronnier de saison est là: le passage à l'heure d'été. "Réglez vos montres et vos réveils, mesdames et messieurs, dimanche, à 2:00 heures, l'heure passera à 3:00 heures." Une heure disparaît, absorbée dans les limbes du temps. Elle réapparaîtra à l'automne... Peut-être pour une dernière fois.

L'Heure d'Été tue

L'heure d'été a été inventée en France, cocorico! Et elle ne date pas d'hier: elle remonte à 1916, il y a plus d'un siècle. Déjà, l'argument était celui de l'économie d'énergie: grâce à une heure supplémentaire d'ensoleillement acquise le soir, les Français étaient censés moins s'éclairer. Déjà à cette époque, la brillante idée trouve ses limites et le système est abandonné en 1942, en pleine guerre mondiale. Les Français sous l'Occupation ont d'autres préoccupations que de régler leurs horloges...

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...Mais nous sommes en France, où les mauvaises idées ne meurent jamais complètement. En 1973-1974, le choc pétrolier survient. Le gouvernement doit montrer qu'il agit, la Chasse aux Gaspis n'est plus suffisante, il faut dépasser la simple opération de communication. Et si on remettait l'heure d'été sur la table? Sitôt dit, sitôt fait! Et sitôt suivi d'une bonne partie de l'Europe, bien sûr. À cette époque, le rayonnement de la France n'est pas qu'une phrase creuse. Et puis, en agissant ainsi, les autres gouvernements montrent qu'eux aussi ils font quelque chose face à la politique punitive de l'OPEP et son pétrole devenu hors de prix.

Et en Suisse? L'heure d'été fut rejetée nettement en votation le 28 mai 1978 - à 83,8%, excusez du peu. Cela n'empêche pas le Conseil Fédéral de fouler au pied la volonté populaire trois ans plus tard en appliquant l'heure d'été quand même, au nom de la solidarité européenne. Ce n'était que la première d'une longue série d'entorses à la démocratie directe qui se perpétue encore aujourd'hui.

Bien entendu, c'est stupide. Que ce soit en France ou ailleurs, l'heure d'été ne sert à rien. Aucune étude - malgré le mal que se donnent les chercheurs de l'État pour valider la politique de leur gouvernement - ne vint jamais confirmer les vertus du changement d'heure sur le papier. Certes, il y a bien quelques gains de consommation électrique à peine mesurables, mais qu'en faire? Aux heures où elles se produisent, les plus grands consommateurs d'électricité de chaque pays, les entreprises, sont à l'arrêt. Et dans des contrées où on assure un approvisionnement stable et continu toute l'année, économiser de l'énergie lors des beaux jours, où la production électrique est déjà en surplus, n'a strictement aucun sens.

C'est en hiver qu'il faudrait économiser de l'électricité!

L'heure d'été n'est pas seulement inutile, elle est mortelle. Lors du passage à l'heure d'hiver, il faut se coucher une heure plus tard et se lever une heure plus tard: rares sont ceux qui se plaignent, et surtout pas les enfants. À l'heure d'été, c'est une autre affaire. Se coucher une heure plus tôt, passe encore, quoique l'organisme ait un peu de mal à changer ses habitudes, on tourne et se retourne dans le lit, mais se lever plus tôt quoi qu'il arrive, c'est la catastrophe. Le lundi survient, tout le monde est fatigué... Et certains s'endorment au volant. Plusieurs études ont montré un pic d'accidents de la route les quelques jours qui suivent le passage à l'heure d'été. On compte aussi plus d'infarctus et une hausse de la mortalité générale.

Alors, vous me direz, il faut bien mourir de quelque chose, mais dans une époque où les gouvernements lancent crânement que "tout mort sur la route est un mort de trop" ou votent des réglementations aussi liberticides que Via Sicura, rajouter des morts, et en particulier sur la route, pour quelque chose d'aussi inutile que l'heure d'été, n'est-ce pas un peu idiot?

Alors, Heure d'Été ou Heure d'Hiver?

Signe de l'abêtissement généralisé d'une population déboussolée, et parce que nous vivons la plus grande partie de l'année sous le régime de l'heure d'été, les gens ne savent même plus quelle est la "vraie" heure. Le plus consternant est sans doute de les voir se tourner vers leurs politiciens pour avoir la réponse.

La vraie heure est celle du soleil. Midi est l'heure du zénith, minuit celle du nadir, depuis aussi longtemps que l'humanité compte le temps. Mais à cause de la rotondité de la Terre, midi n'arrive pas au même moment à Chancy et à Piz Chavalatsch. Pendant des siècles ce n'était pas un problème, mais ensuite les moyens de communication moderne firent leur apparition et les gouvernements passèrent par là, "harmonisant" le temps au sein de chaque pays en introduisant un léger décalage avec le midi solaire.

Puis les pays s'accordèrent entre eux et décidèrent de se décaler encore vis-à-vis de l'heure correspondant à leur fuseau horaire naturel, entraînant un décalage de plus en plus grand avec l'heure solaire:

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Fuseaux horaires d'Europe et des pays limitrophes.

Plus les ajustements sont grands plus les aberrations deviennent importantes. Ainsi, on prend deux heures de différence en franchissant la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, et des pays sur la même longitude (comme l'Italie et la Libye) ne sont pas dans le même fuseau horaire...

Rajouter par-dessus toutes ces altérations et ces décalages avec le midi solaire une variation d'une heure selon la période de l'année, ce n'est même plus de la perversité bureaucratique, c'est de l'art.

La politique s'en mêle

Alors que les peuples d'Europe grognent et gémissent deux fois par an pour des ajustements horaires inutiles, la réponse des politiques est toujours la même: c'est trop compliqué, et puis cela nous mettrait en porte-à-faux avec nos voisins.

Dans ce qui restera sans doute la seule bonne idée de son passage à la tête de la toute-puissante Commission Européenne, Jean-Claude Juncker (peut-être à jeun) lance en 2018 l'idée qu'il faille abolir les changements d'heure dès l'année suivante. La suggestion vient de trop haut pour être ignorée, la bureaucratie est rétive. Il va falloir travailler, c'est compliqué, répondent les pays membres. Une seule année pour se préparer c'est trop peu. Alors on vise plutôt 2021.

Même là, les pays devront choisir s'ils abandonnent ou non le changement d'heure, et s'ils l'abandonnent, s'ils restent finalement dans l'ajustement de l'heure d'été ou dans l'heure "habituelle" de l'hiver. Les citoyens s'inquiètent, effrayés par ce vide bureaucratique: il va falloir que les pays discutent entre eux, parviennent à se coordonner, à décider quelque chose ensemble... Est-ce seulement possible?

Le gant est jeté. La Suisse, comme à son habitude, se contente d'observer et de réagir. Il sera intéressant de voir quelle sera sa décision si tous ses voisins n'accordent pas leurs violons! Une chose seulement est acquise: les autorités ignoreront royalement un éventuel vote populaire.

La peur du vide... Législatif?

Peut-être Jean-Claude Juncker a-t-il eu une idée géniale en mettant les pays face à leur liberté et leurs responsabilités, afin qu'ils échouent et concèdent que le cadre de l'Union Européenne est le seul qui vaille pour se mettre d'accord sur quoi que ce soit. Possible, mais peu probable, et surtout risqué. Si les pays européens parviennent effectivement à s'accorder sur un nouveau modus operandi de la gestion du temps, l'UE aura une fois de plus prouvé qu'elle ne sert à rien.

Évidemment, l'idée qu'il faille une unification des heures à l'échelle européenne est déjà grotesque. Elle fera rire n'importe quel Américain avec ses quatre fuseaux horaires, ou n'importe quel Russe avec le double. Il s'agit là de fuseaux horaires à l'intérieur d'un même pays. Et au XXIe siècle des pays riches, développés et sur-administrés s'écrouleraient simplement de l'abandon du changement d'heure? Ne nous referait-on pas le coup du Bug de l'an 2000?

Selon les pays, les sondages d'opinion donnent parfois une préférence pour l'heure d'hiver (parce que c'est la vraie) ou pour l'heure d'été (parce qu'elle serait plus "agréable"), mais tout ceci est parfaitement illusoire. On pourrait tout aussi bien décider que le zénith est à 4 heures de l'après-midi et, après avoir passé la matinée dans le noir, profiter d'un soleil couchant jusqu'à "minuit" en été.

L'heure est une donnée astronomique, devenue convention légale. En Europe aujourd'hui, "midi" ne veut plus rien dire. Il a suffi que quelques générations de politiciens passent par là ; et le plus effrayant est sans doute de réaliser que leur pouvoir est tel qu'ils sont désormais en mesure de décréter l'heure qu'il est, à l'échelle d'un continent.

22:52 Publié dans Europe, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : temps, ue |  Facebook

24 mars 2019

Donald Trump blanchi de l'accusation de collusion avec la Russie

L'affaire traînait comme une douleur lancinante de l'élection de Trump: le Président des États-Unis n'avait pas remporté l'élection présidentielle de façon honnête mais en la manipulant, grâce à l'aide de désinformation en provenance de la Russie.

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Beaucoup de mensonges ont été proférés depuis le début de cette chasse aux sorcières commencée il y a plus de deux ans, et comme celle-ci vire désormais à l'eau de boudin pour les Démocrates qui en sont à l'origine, on peut s'attendre dès lundi à un nouveau narrative visant à donner de nouveaux angles d'attaque à l'opposition. Une archive de la page Wikipédia en rapport avec cette affaire permettra de voir "l'évolution de la vérité" officielle... En attendant, faisons le point de la situation.

L'enquête

Robert Mueller, nommé le 17 mai 2017 par le Procureur Général Adjoint Rod Rosenstein (voir ici pour les liens entre les deux personnages) dispose de moyens immenses pour enquêter sur la "possible collusion entre la Russie et l'équipe de campagne de Donald Trump dans le cadre de l'élection de 2016".

La Croix nous donne un aperçu des moyens dont disposait en 2018 le Procureur Spécial:

Robert Mueller (...) dirige une équipe de 16 permanents, des spécialistes de la Russie, de la criminalité organisée, de la fraude fiscale et du blanchiment d’argent, du contre-espionnage, du piratage informatique et de la cybercriminalité, issus du FBI ou recrutés à l’extérieur pour leurs compétences particulières. Le procureur et ses collaborateurs travaillent avec l’appui des services du FBI.


Leur cible?

Le champ d’investigation de l’enquête couvre cinq domaines : les transactions financières de l’entourage de Donald Trump, en particulier les activités de consultant en Ukraine de son ancien directeur de campagne Paul Manafort et les pratiques commerciales de son avocat personnel Michael Cohen ; l’interférence russe dans la campagne de 2016, à travers notamment la diffusion de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux, le piratage des boîtes mails du parti démocrate et du directeur de campagne d’Hillary Clinton et leur publication ; les contacts et la coordination éventuelle entre l’entourage de Donald Trump et des personnes travaillant pour la Russie pendant la campagne électorale ; les contacts entre les Russes et des représentants de Donald Trump pendant la période de transition entre son élection et son entrée en fonction ; l’entrave à la justice, c’est-à-dire les éventuelles actions de Donald Trump et de son entourage pour entraver l’enquête, comme le limogeage du directeur du FBI James Comey en mai 2017.


Des moyens immenses donc, mais pour parvenir à quoi?

Beaucoup de filets, peu de prises

Les résultats concrets de l'enquête de Robert Mueller sont maigres, pour ne pas dire inexistants. Quatre collaborateurs de la campagne de Trump sont formellement inculpés, principalement pour fraude fiscale, blanchiment d’argent et fausses déclarations au FBI, mais aucun pour des activités ayant trait à la raison pour laquelle l'enquête a été ouverte, c'est-à-dire une collusion avec la Russie.

George Papadopoulos, un collaborateur mineur, est condamné à quatorze jours (!) de prison. Alex van der Zwaan, un avocat néerlandais, à trente jours de prison. Michael Flynn, bref conseiller à la sécurité du gouvernement Trump et unique affilié démocrate de son équipe, et Rick Gates, collaborateur de Paul Manafort, sont en attente de jugement, pour des délits de parjure pour le premier et de la fraude fiscale pour le second. Michaël Cohen, ancien avocat de Trump, retourne sa veste et témoigne devant le Congrès - alors même qu'il est mis sous accusation de parjure - pour charger son ancien patron, le traitant désormais de "tricheur", de "raciste" et de "menteur", des termes repris comme du petit lait par les médias. Même lui, pourtant, admet ne pas avoir de "preuves concrètes" d'une collusion avec les Russes.

Le plus gros poisson pêché - et le plus lourdement puni - est Paul Manafort, directeur de campagne de Trump pendant la première moitié de l'année 2016. Il est condamné à travers plusieurs chefs d'accusation à plus de sept ans de prison. Mais, là encore, les faits qui lui valent l'incarcération ont trait à de la fraude fiscale et des délits sans rapport avec l'ingérence russe. En outre, ils sont antérieurs à sa collaboration avec le magnat de l'immobilier.

Sur le plan des chiffres, l'enquête de Robert Mueller semble impressionnante: plus de 200 poursuites pénales et l'inculpation de 34 individus, dont 29 agents russes et trois entreprises. Ces chiffres ont été et seront encore repris par les Démocrates et les médias pour la présenter comme un succès. Malheureusement pour un public avide de sensations, poursuite pénale et inculpation ne veulent pas forcément dire condamnation ; et surtout, rien n'a été jusqu'ici trouvé qui confirme la raison pour laquelle le Procureur Spécial a été nommé, c'est-à-dire, rappelons-le encore, la moindre trace de collusion entre la Russie et l'équipe de Donald Trump ou Donald Trump lui-même.

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On peut penser que Mueller ait été juste à deux doigts de trouver quelque chose de vraiment juteux, un bon gros scandale reliant Trump à Moscou, ou pourquoi pas, pire encore. L'hypothèse fera les délices de tous les amateurs de théories du complot ; comptons bien sur les nombreux "experts" invités sur les plateaux de télévision pour orienter la pensée du grand public en ce sens.

Malheureusement, cette analyse ne tient pas debout. D'une part, Robert Mueller enquête pratiquement sans limite depuis presque deux ans et dispose d'une quantité d'information immense ; rappelons qu'Obama espionna toute la campagne Trump (sur la base de faux documents) bien avant que celui-ci ne soit élu. Si ces archives avaient produit quoi que ce soit d'utile contre Trump, le filon aurait été exploité depuis longtemps. De plus, la grande porosité entretenue à dessein entre l'équipe de Mueller et les médias - certains furent carrément avertis à l'avance de cibles d'arrestations pour venir préparer leurs caméras - laisse à penser que si la fameuse piste prometteuse avait existé, le grand public en aurait déjà entendu parler. Mueller en aurait eu besoin pour relancer son enquête.

L'hypothèse la plus vraisemblable est que Mueller n'a rien trouvé. Nous aurons le fin mot de l'histoire lorsque le rapport sera rendu public, ce qui se produira rapidement. Mais même en attendant ce moment, nous savons déjà que le Procureur Spécial a capitulé. Deux faits indiscutables nous le prouvent.

Premièrement, Robert Mueller a affirmé qu'il n'y aura pas de nouvelles inculpations, c'est-à-dire que son enquête n'a pas produit d'éléments suffisants pour inquiéter qui que ce soit de plus que les gens déjà poursuivis. Ni Trump, ni les membres de sa famille, ni les membres de son gouvernement, ni ses proches collaborateurs ne sont donc soupçonnés de quoi que ce soit de crédible.

Deuxièmement, dans une lettre envoyée aux membres du Congrès, le Procureur Général William Barr, première personne à lire le rapport, précise qu'il n'y a pas eu d'obstruction à la justice de la part du Président Trump. Le principal argument que les Démocrates pensaient employer pour poursuivre leur guérilla judiciaire vient de faire long feu.

On peut toujours chanter que la vérité est ailleurs, mais il est de plus en plus difficile de ne pas passer pour un illuminé...

Deux ans de mensonges et un retour de bâton bien mérité

Depuis le lendemain de l'élection de Trump et l'émergence de ce soi-disant "complot russe", les médias américains alignés sur les Démocrates (et les médias internationaux reprenant le tout avec empressement) ont bâti de toute pièce un mensonge colossal et s'en sont servi pour créer une atmosphère détestable. Trump n'était pas le Président légitime des États-Unis. Il avait volé son élection. Chaque jour apportait son lot de nouvelles révélations. Chaque jour, l'étau se resserrait. Chaque jour était un pas de plus vers la destitution de l'imposteur.

Au-delà des mensonges, ces assertions contribuèrent à diviser la société américaine comme jamais. Il y avait d'un côté "ceux qui savaient", appuyés par les médias, cultivant leur haine de Trump et pensant que sa destitution était imminente, et de l'autre les "naïfs" ou les "croyants", supporters de Trump évidemment en faute, accusés non seulement de soutenir un Président illégitime mais en plus d'être devenus les alliés de fait d'intérêts étrangers. Finalement, ces accusations de "complot russe" mirent à mal les relations entre deux puissances nucléaires.

Pour un bon compte-rendu de cette situation et de l'importance des conclusions du rapport Mueller, le présentateur vedette Tucker Carlson de Fox News fit un résumé remarquable des enjeux.

Voici une traduction des meilleurs passages de la vidéo, dont on peut trouver une transcription complète.

Pour le moment, nous aimerions prendre un instant pour mettre en perspective cette histoire tentaculaire. Notre travail dans cette émission est de nous rappeler les choses, de créer un enregistrement de ce qui s'est passé dans ce pays au cours des dernières années et de ce qui lui est arrivé. Nos petits-enfants voudront savoir. Si la gauche l'emporte, ils ne verront jamais ces détails. Tout sera blanchi à la chaux, comme beaucoup d'autres passages de notre histoire. Alors rappelons-nous, pour mémoire, des buts de l'enquête de Robert Mueller, pourquoi un Procureur Spécial a été nommé au départ. Il ne s'agissait pas de savoir si le Président avait trafiqué des abattements d'impôts sur ses déclarations de revenus d'il y a trente ans. Il ne s'agissait pas de savoir s'il voulait construire un autre hôtel dans un pays étranger. Dès le premier jour, l'enquête de Mueller se justifiait par une seule question: Donald Trump a-t-il commis une collusion avec le gouvernement russe pour voler l'élection présidentielle de 2016? Le Président a-t-il trahi son pays? Pendant près de trois ans, les Démocrates nous ont dit qu'il l'avait effectivement fait.

Beto O'Rourke: "Il ne fait aucun doute que même s'il n'y avait pas collusion, il y avait au moins une tentative de collusion."

Adam Schiff: "Je pense qu'il existe de nombreuses preuves de collusion ou de complot exposées à la vue de tous."

Maxine Waters: "Il y a encore beaucoup à apprendre à ce sujet. Je crois qu'il y a eu collusion."

John Podesta : "Ça sent de plus en plus une odeur de collusion."

Nancy Pelosi: "Nous avons vu des preuves irréfutables de la campagne Trump: la famille Trump avait bien l'intention de s'entendre avec la Russie en fin de compte."

Si vous avez vécu dans ce pays, il est difficile d'avoir manqué les accusations comme celles que vous venez d'entendre. Maxine Waters est une personne inconséquente, un festival sur pieds. Mais Nancy Pelosi n'est pas du même calibre. Elle préside la Chambre des Représentants. Elle est troisième dans l'ordre de succession de la Présidence. Adam Schiff est Président du comité du renseignement de la Chambre. Il est au courant des informations les plus secrètes que possède notre gouvernement. John Podesta a été le chef d'état-major d'une Maison Blanche et le conseiller principal d'une autre. Beto O'Rourke a collecté plus d'argent que tous les autres candidats à la présidence en 2020. Ces gens ne sont pas des personnages périphériques. Ce sont les membres les plus éminentes du parti démocrate actuel . Nous les avons pris au sérieux. Nous nous sommes sentis obligés de comprendre pourquoi ils traitaient le Président des États-Unis de traître.


Il y a encore bien davantage dans la séquence de 11 minutes, y compris une couverture médiatique stupéfiante incluant des commentateurs comparant Trump à Benedict Arnold et suggérant ouvertement qu'il soit pendu.

Rien de tout cela n'était accidentel ni ne survint par erreur. Dès l'instant où Donald Trump prit ses fonctions, les Démocrates et les médias mirent en branle un récit qu'ils souhaitaient désespérément voir devenir vrai. Ils ne furent jamais réellement préoccupés par l'état du pays. À la place, ils cherchaient simplement une excuse pour destituer Trump de ses fonctions car ils n'aimaient pas le résultat des élections de 2016.

Le plan était d'une simplicité extrême: creuser jusqu'à trouver quelque chose. Piéger des collaborateurs sur des accusations de parjure ou des faits sans rapport avec une collusion, puis leur faire miroiter une amnistie et les faire chanter pour atteindre le domino suivant, et ainsi de suite jusqu'à Trump. Tout le monde étant corrompu à New York, le magnat de l'immobilier devait bien avoir quelque chose à cacher. Au pire, si vraiment aucun lien avec la Russie n'était déterré, on pourrait toujours l'accuser d'obstruction à la justice. Mais malgré deux ans d'enquête, rien n'y fit.

Maintenant que le pseudo-récit est en train de s'effondrer, il devrait y avoir des répercussions. Tucker poursuit sur cette voie:

Tout ceci doit avoir des conséquences. Une fois le rapport Mueller publié et qu'il devient incontestable que, quels que soient ses défauts, Donald Trump n’a pas collaboré avec les Russes, les nombreuses personnes qui ont prétendu de manière persistante et sans la moindre preuve qu’il avait collaboré avec les Russes doivent être punies. Non pas inculpées ni emprisonnées, mais obligées de s'excuser et de porter un regard critique quant à leur propre comportement.

Si des Républicains avaient passé trois années entières à prétendre de façon erronée que Barack Obama agisse en collusion avec le gouvernement iranien, ceux qui l'auraient prétendu pourraient-ils continuer à travailler dans la politique ou dans les médias? C’est une question rhétorique.


Que ces gens soient licenciés ou non, ils ne devraient plus avoir la moindre crédibilité après un tel fiasco. Tout journaliste, homme politique démocrate ou ancien responsable de la CIA perpétuant ce mensonge et refusant un mea culpa sincère ne devrait plus jamais être pris au sérieux. Il devrait également y avoir une véritable enquête sur la légalité de ce qui s'est passé et les personnes qui ont divulgué des informations classifiées pour nourrir cette farce. Si John Brennan et Adam Schiff organisaient des fuites vers CNN, comme on le soupçonne depuis longtemps, ils devraient être tenus pour responsables devant la loi. Si des responsables de l'Administration Obama ont utilisé de faux prétextes et révélés des individus de façon sélectives pour forcer une enquête partisane, cela devrait entraîner des conséquences réelles. Si les responsables du FBI ont menti à un tribunal, cela ne peut pas être simplement écarté d'un revers de la main.

Rien de tout cela n'est une vengeance judiciaire contre des ennemis politiques. C'est le besoin essentiel d'un système de justice fonctionnant de façon équitable et impartiale. Ce triste épisode de l'histoire américaine a été profondément préjudiciable, entraînant des disputes et des violences publiques alors que les membres du mouvement #resistTrump se déchaînaient, poussés par un récit qui n’avait jamais eu de fondement factuel. 67% des Démocrates pensent aujourd'hui encore que Trump a non seulement collaboré avec la Russie, mais que celle-ci a changé le résultat des votes. C'est complètement fou et le résultat direct de mensonges quotidiens sur des faits avancés sans la moindre preuve.

Crédibilité en miettes

Nous ne devons jamais oublier ce qui vient de se passer. Alors même que le Rapport Mueller est remis au Gouvernement des États-Unis, les médias commencent à en diminuer l'importance ou à passer gentiment à autre chose. C'est trop facile.

Pendant deux ans, ils ont surfé sur la vague du complot russe, ils ont érigé des autels à Robert Mueller et lui ont brûlé des cierges. Ils ont menti continuellement au grand public comme des arracheurs de dents, sans retenue et sans remords.

Tous les politiciens, tous les médias, tous les éditorialistes, tous les experts, tous les leaders d'opinion sur Twitter et tous les membres du grand public qui ont gobé sans hésitation cette fable débile de complot russe se sont officiellement discrédités à vie. L'autorité et la crédibilité restent uniquement entre les mains de la minorité qui avait gardé assez de sang-froid pendant ce tsunami de propagande sans précédent.

Et il est temps pour la justice américaine de se remettre au travail et de déterminer les responsabilités de ce qu'il faut bien appeler, comme Trump le fait depuis deux ans, une chasse aux sorcières.

20 mars 2019

De Christchurch à Utrecht

Christchurch en Nouvelle-Zélande. Un "extrémiste de droite", Brenton Tarrant, ouvre le feu dans deux mosquées de la ville, provoquant 50 morts et autant de blessés, des victimes de 3 à 77 ans. Il s'agit du massacre le plus meurtrier en temps de paix dans ce pays depuis plus d'un siècle.

Dans la tête d'un terroriste anti-musulman

Brenton Tarrant a préparé son coup. Peu avant la tuerie - qu'il filme et diffuse en direct sur les réseaux sociaux - il publie en ligne un manifeste de 74 pages expliquant qui il est et pourquoi il a conduit cette attaque, tout en affirmant avoir été inspiré par le tueur norvégien Anders Breivik.

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Le tireur a marqué les noms de suprémacistes blancs sur ses armes et ses chargeurs

Le texte contient un dialogue avec lui-même à travers une série de questions réponses, la première d'entre elle demandant: "qui êtes-vous"? Citant l'Independent:

"Je suis un homme blanc ordinaire, âgé de 28 ans. Né en Australie d'une famille de travailleurs à bas revenus.

Mes parents sont d'origine écossaise, irlandaise et anglaise. J'ai eu une enfance ordinaire, sans grand problème. J'avais peu d'intérêt pour l'enseignement dispensé à l'école, parvenant tout juste à décrocher mon diplôme."

Il ajoute: "Je suis juste un homme blanc ordinaire, d'une famille ordinaire. Qui a décidé de se mettre debout pour donner un futur à son peuple."
Il se décrit comme une personne "renfermée et principalement introvertie" et admet qu'il est raciste, ajoutant qu'il est "éco-fasciste par nature".


Éco-fascisme? Selon Tarrant, les maux de l’humanité sont tous causés par la surpopulation. Et les peuples ethniquement européens seraient les seuls à ne pas "surpeupler la planète". Quant au choix de sa cible, elle est essentiellement due au hasard:

Selon lui, la Nouvelle-Zélande n'était pas le premier choix pour une attaque ; il dit qu'il y vint temporairement seulement pour planifier son coup et s'entraîner.
Sur la planification de l'attentat, il écrit: "J'ai commencé à planifier le concept de l'attaque il y a environ deux ans et l'attaque précisément contre les lieux de Christchurch trois mois avant."


Il donne aussi son avis sur l'actualité politique.

Quant à savoir s'il soutient le Brexit, il écrit: "Oui, bien que pas pour  les raisons politiques officielles. La vérité est que, finalement, les gens doivent faire face au fait que cela n’avait rien à voir avec l’économie.

C'était le peuple anglais ripostant contre l'immigration de masse, les changements culturels et le globalisme, et c'était une chose grande et merveilleuse."

Quant à savoir s'il soutient le Président Trump, il écrit: "Comme le symbole d'une identité blanche renouvelée dans un but commun? Certainement. Comme législateur et leader? Mon Dieu non."


D'autres détails filtrent dans la presse anglaise, notamment l'Indépendant:

Brenton Tarrant affirme également que son idée d'attaque lui a été inspirée par les attentats islamistes, pour se "venger" d'un attentat terroriste commis en Suède et faisant une jeune fille parmi les victimes.

"Deux ans avant l'attaque [de Christchurch], cela a radicalement changé mon point de vue. La période allait d'avril 2017 à mai 2017", écrit-il. "Le premier événement qui a marqué le début du changement a été l'attaque terroriste de Stockholm le 7 avril 2017. Je ne pouvais plus tourner le dos à la violence. Quelque chose était différent cette fois. Cette différence était entre Ebba Akerlund... Ebba se rendait à pied à la rencontre de sa mère après l'école quand elle fut assassinée par un attaquant islamiste."

Expliquant son plan pour le massacre, le tireur écrit qu'il agit "avant tout pour montrer aux envahisseurs que nos terres ne seront jamais leurs terres, que nos foyers sont à nous, et que, aussi longtemps que vit un homme blanc, ils ne conquerront JAMAIS nos terres et ne remplaceront jamais nos peuples."


Radicalisé en France. La "seconde étape" de sa radicalisation vient d'un séjour en France. Citant Ouest-France:

La victoire d’Emmanuel Macron contre Marine Le Pen lors de la présidentielle française de 2017, est celle, selon lui, d’un "ancien banquier internationaliste, mondialiste, anti-blanc" contre une "mollassonne" et "timide". Il juge d’ailleurs le parti de Marine Le Pen "complètement incapable de créer un réel changement".

Il fait le portrait d'une France peuplée d’envahisseurs "non-blancs", qu’importe la taille de la ville. Les Français y sont décrits comme "pessimistes", le pays comme "en perte de culture et d’identité" et l'auteur du Manifeste déplore la pauvreté des "solutions politiques offertes".


En observant dans un cimetière militaire "les croix blanches" à l’horizon, Brenton Tarrant dit avoir "éclaté en sanglots", précise LCI.

D'autres détails filtrent encore dans les médias, mais sont moins rapportés. Le terroriste conçoit parfaitement la possibilité qu'il meure au cours de l'attaque. Mais s'il y survit, dit-il, il se fera un plaisir de "contribuer à être à la charge de l'État tout le reste de sa vie," une façon supplémentaire d'afficher sa haine des gouvernements comme celui de Nouvelle-Zélande.

Manque de chance, le pays a aboli la peine de mort pour tous les crimes en 1989. Et maintenant des gens manifestent pour la rétablir. Apparemment l'idée que certains crimes méritent une peine adéquate (re)fait gentiment son chemin.

Traitement médiatique

Les quelques extraits ci-dessus montrent que le terroriste, son acte et sa personnalité ont intéressé les médias aux plus haut point, bien qu'ils soient gênés de "faire de la publicité" à l'acte et à son auteur. Les médias évoquent la réaction de Néo-zélandais qui offriraient des millions de dollars de dons aux victimes, se couvriraient la tête ou achèteraient en réaction de la viande halal. On attendra la symétrie des musulmans qui offriraient des millions de dollars à des victimes de l'islam, rejetteraient le voile ou achèteraient du porc comme protestation après un attentat islamiste...

Il ne fallut que quelques heures avant que la polémique sur le contrôle des armes ne surgisse. "Ils n'apprennent jamais", se lamenta Leesa K. Donner sur LibertyNation.

La Nouvelle-Zélande applique déjà une politique assez stricte de contrôle des armes à feu. Posséder une arme au pays des Kiwis n’est pas un droit, mais un privilège accordé à ceux qui sont prêts à obéir à toutes les lois sur les armes à feu. Et elles sont nombreuses. Tout le monde doit avoir une licence et faire vérifier ses antécédents. Ils doivent tous suivre un cours sur la sécurité - la possession légale d'une arme à feu est un processus long et ardu. Si vous pouvez imaginer une loi sur le contrôle des armes à feu, la Nouvelle-Zélande l'a probablement déjà dans ses tablettes.


1,2 millions de citoyens disposent déjà d'une arme, dans un pays vaste et peu peuplé qui contient plus de moutons que d'humains. Il ne sera pas facile de désarmer tout le monde ; mais comme le rappelle la chroniqueuse, "cela n'aurait eu aucun effet sur la tuerie de Christchurch de toute façon".

L'ONU devient d'extrême-droite. Suivant un scénario rodé, l'assassin est associé aux personnalités politiques gênantes du moment ; les médias français sont à deux doigts d'accuser Marine Le Pen de complicité dans la tuerie. Ici, pas de déséquilibré, pas de "piste terroriste possible", pas de padamalgam - c'est tout le contraire.

Le manifeste du terroriste est aussi jeté aux orties, puisqu'il expose la théorie du Grand Remplacement qui ne saurait être qu'un délire issu de l'esprit fiévreux d'un militant d'extrême-droite. Dommage que celle-ci soit officiellement disponible sur le site de l'ONU sans compter les innombrables déclarations des responsables de l'organisation encourageant les migrations massive de population du Tiers-monde comme moyen "d'équilibrer" la démographie de l'occident vieillissant.

Pendant ce temps au Nigeria... Certains internautes pointent du doigt un certain déséquilibre: ainsi, Breitbart.com rapporte que 120 chrétiens ont été tués au Nigeria par des islamistes durant les trois dernières semaines. Quels médias mainstream ont évoqué ces massacres? La réponse est rapide: aucun.

Les réseaux sociaux font l'objet de furieuses polémiques. Un Internaute s'insurge ainsi que 122 attentats terroristes islamistes aient eu lieu dans les 30 derniers jours, provoquant 859 morts dans 21 pays. Mais Facebook veille à ce que l'information ne s'affiche pas facilement:

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L'outrage semble surtout être vis-à-vis des opinions politiques de Facebook...

Et si l'ont prend des statistiques plus anciennes, on en serait à 34'717 morts  dans le monde depuis le 11 septembre 2001 - en prenant uniquement en compte les attentats islamistes terroristes identifiés comme tels et non pas les attaques, coups de poignards, écrasement par véhicule et autre égorgements proférés par de simples "déséquilibrés".

"Peut-être que la vie des musulmans vaut plus que celle des chrétiens?" demandent des Internautes. Je ne pense pas que cela soit le cas, simplement parce que les musulmans sont les premières victimes du terrorisme islamiste. Selon moi, la particularité de la tuerie de Christchurch vient de la personnalité du tueur et de ses motivations.

Les services de sécurité du monde entier sont sur la sellette, et la Nouvelle-Zélande ne fait pas exception. Elle emploie d'immenses ressources pour mener la vie dure à Kim Dotcom de Megaupload, doubla son budget depuis 2012, mais s'avéra incapable de déceler un profil comme celui du terroriste de Christchurch. Alors, à quoi sert tout cet argent?

Dans la tête d'un terroriste musulman

L'attaque terroriste de Christchurch monopolisa les médias, mais elle ne fut même pas la dernière de ces jours. Une actualité chasse l'autre, comme on dit. Lui succéda, le 18 mars, une "fusillade" à Utrecht, aux Pays-Bas. L'auteur serait un certain Gökmen Tanis, Turc de 37 ans passé par la Tchétchénie et en contact avec des individus partis faire le djihad au sein de l'État Islamique.

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Bien que le mode opératoire et la personnalité du tueur fassent partie des grands classiques, on parla longtemps d'acte terroriste "possible", l'autre possibilité étant le "déséquilibre", tant il est commun de se promener en ville en ouvrant le feu sur les individus croisés en chemin.

On n'en sait encore peu sur Gökmen Tanis, mais certains détails de son passage à l'acte sont clairs, même si les médias évitent d'en parler. Le passage à l'acte de Gökmen Tanis à Utrecht pourrait être consécutif à celui de Brenton Tarrant à Christchurch.

Autrement dit, face à un déséquilibré ouvrant le feu sur des musulmans innocents, un autre déséquilibré à l'autre bout du monde ouvrirait le feu sur des civils innocents.

Ainsi, Gökmen Tanis aurait publié sur un compte Twitter lui appartenant une photographie du fusil utilisé par le tireur de Nouvelle Zélande.

Une guerre civile qui ne dit pas son nom

Un autre Bretton Tarrant serait difficile à déceler tant il fut banal avant son passage à l'acte. Il existe probablement des centaines de milliers, voire des millions de Bretton Tarrant d'avant Christchurch de par le monde. La plupart ne passeront heureusement jamais à l'acte, mais d'autres, si.

De même, il existe des centaines de milliers, voire des millions de Gökmen Tanis d'avant Utrecht de par le monde. La plupart ne passeront heureusement jamais à l'acte, mais d'autres, si.

Le but de l'exercice n'est pas de compter la proportion des uns et des autres, mais de comprendre que les Bretton Tarrant et les Gökmen Tanis sont tous deux persuadés d'être en guerre, une guerre totale. Ils n'hésitent pas à s'attaquer à des civils désarmés dans des tueries plus ou moins improvisées, fut-ce à 20'000 kilomètres l'un de l'autre, dans un échange mortel.

Les gens normaux sont saisis d'horreur face à leurs actes, mais une partie de l'opinion publique peut aussi penser que nous nous dirigeons petit à petit vers une guerre civile en bonne et due forme. Elle éclatera réellement si une proportion suffisante de gens le pensent ainsi - en particulier des leaders politiques - peu importe le désir de paix de la majorité.

La masse critique n'est pas encore atteinte, mais lorsque les opérations punitives commencent à s'enchaîner de part et d'autre du globe, la trajectoire devient franchement inquiétante.

14 mars 2019

Un rejet total de la théorie du Réchauffement climatique (première partie)

Ce 14 mars le Conseil Communal de Renens examine un postulat décrétant à Renens la mise en place d'un plan climat. Ce genre de texte - dans la continuité d'un texte similaire adopté au niveau du Canton, on a les élus qu'on mérite - réclame un état des lieux des émissions de CO2 et un plan, avec objectifs chiffrés et méthodes de mise en œuvre pour réduire nos émissions.

Le totalitarisme écologique est en marche. Au vu de l'énergie déployée pour le matraquer dans tous les esprits helvétiques, les fruits de cette fuite en avant seront certainement récoltés lors des élections fédérales de l'automne.

Mais, échaudé par plusieurs interventions visant à préparer le terrain, je me suis dit qu'il fallait protester. Fut-ce seul, et même le dernier, je serais l'homme qui dit Non. Gageure: essayer de désamorcer l'hystérie climatique dans le temps imparti pour l'intervention à la tribune d'un Conseiller Communal.

Voici donc mon humble tentative, qui suscita de nombreux remous. Le texte prononcé ne contenait évidemment pas de liens mais puisque Internet le permet, autant s'en servir!

 


 

Mesdames et Messieurs,

Le Réchauffement Climatique - Pardon, le Changement Climatique - Pardon, le Dérèglement Climatique, est à nos portes. Sonnez le tocsin! Réclamez l'état d'urgence! "La maison brûle et nous regardons ailleurs", déclamait le Président français Jacques Chirac au Sommet de Johannesburg en 2002, il y a à peine dix-sept ans, sous la plume d'un certain Nicolas Hulot.

Dix-sept ans. M. Chirac faisait référence au bon vieux Protocole de Kyoto signé cinq ans plus tôt dans la foulée du premier rapport alarmiste du GIEC, l'organisation politique, et surtout pas scientifique, en charge du climat au sein de l'ONU.

L'hystérie climatique fêtera bientôt ses trente ans. Elle est plus ancienne que la chair à canon écolière que les enseignants envoient dans les rues. Mais elle marche! Elle marche comme jamais! Et je comprends qu'on l'aime et qu'on en redemande. Voir tous ces pauvres gens militer et scander pour réclamer qu'on leur inflige plus d'interdictions et de taxes, pour un politicien de gauche, une réussite pareille doit mettre la larme à l’œil! Tout cela pendant qu'à Davos on vient en jet privé pleurer à chaudes larmes sur la planète. 1500 vols de jets privés lors de l'édition 2019 du Forum de Davos, qui durait une semaine. Un nombre en hausse de 15% par rapport à l'année précédente! Oui, l'inquiétude climatique atteint tous les records.

J'espère que de nombreux élèves se délecteront de leurs voyages d'étude en train pour que des gens plus importants qu'eux puissent continuer à vivre dans un confort digne de leur statut. Voilà l'essence même du combat climatique.

Pour combattre le méchant climat, il est essentiel que chacun sache où est sa place. La place de la Suisse est facile à deviner: le bon élève sacrificiel, comme d'habitude. Alors que notre pays est l'un des plus propres du monde, il faut se saigner aux quatre veines pour faire encore mieux - réduire de moitié d'ici 2030 nos émissions de CO2 par rapport à 1990. Nous nous y sommes engagés, paraît-il.

À quoi cela sert-il ? Strictement à rien. Le monde entier s'en fiche. Quant aux effets sur le climat, c'est encore pire. Thomas Matter, Conseiller National, rappela à Berne que si la Suisse réduisait ses émissions de CO2 à zéro, "la température du globe n’en serait pas modifiée d’un millionième de degré." La Chine, de son côté, "émet une telle quantité de CO2 que le 1er janvier à midi déjà, ce pays atteint le taux d'émissions annuel de la Suisse."

L'individu doté d'un zeste d'esprit critique, s'il en existe encore, pourrait penser que réduire la pollution chinoise pourrait avoir plus d'effet que de s'acharner inutilement ici. Mais non. Les fameux Accords de Paris érigés en texte sacré de la nouvelle religion réclament des sacrifices de notre part, mais aucun de la Chine. La Chine, elle, n'a qu'à "stabiliser ses émissions de CO2", quelque part vers 2035. Une injustice dont les défenseurs de l'environnement s'accommodent décidément fort bien.

Mais tout cela n'a aucune importance, et je vous l'expliquerai dans une prochaine intervention. Pour conclure, quelques chiffres: notre pays représente 0,03% de la superficie mondiale et 0,11% de sa population. Renens représente 0,0071% de la superficie de la Suisse, et 0,24% de sa population.

Je suis sûr que Gaïa attend le Plan Climat de Renens avec impatience.

Oh, je sais, "les petits ruisseaux font les grandes rivières", "il n'y a que le premier pas qui coûte", les proverbes ne coûtent pas cher lorsqu'il s'agit de faire passer le suppositoire. On n'emploiera pas en revanche "un sou est un sou" ou "je ne crois que ce que je vois", parce que l'apocalypse se fait attendre. En attendant, l'argent des indulgences climatiques n'est pas perdu pour tout le monde.

Je vous remercie.

07 mars 2019

Bigard et la Spirale de la Pureté

Jean-Marie Bigard est dans la tourmente.

Jean-Marie_Bigard.jpgLe comique français, spécialiste depuis des décennies de l'humour gras, a commis un impair à une heure de grande écoute. Dans Touche Pas À Mon Poste sur C8, le 11 février, il raconte sa blague de "la déchirure".

Alors que l'émission arrive son terme, Cyril Hanouna invite le comique à raconter une dernière blague pour clôturer l'émission. "Oui, mais elle est terrible. Tout le monde va se faire virer", prévient Jean-Marie Bigard. Le présentateur de C8 propose alors d'apposer sur l'émission la pastille "moins de 10 ans". (...)

Jean-Marie Bigard commence alors le récit de sa blague : "C'est une bonne femme qui exaspère son médecin. Elle vient trois fois par semaine. Lui, il n'en peut plus. Et elle vient une fois de trop, en disant : 'Je viens vous voir parce que j'ai une déchirure'". Et l'auteur du sketch "Le lâcher de salopes" de continuer, gestes à l'appui : "Le médecin lui dit : 'Déshabillez-vous. Je vous demande vous déshabiller. La jupe, le string, à poil !'". En plateau, l'animateur esquisse un sourire alors que le silence plane du côté des chroniqueurs. "Il arrive. Il la chope par le chignon. Et là, clac, sur son bureau. Il défouraille ! Il l'attrape par les hanches et il l'encule ! A sec ! Voilà, ça c'est une déchirure", termine-t-il, provoquant un énorme malaise dans l'émission. "On ne cautionne pas du tout cette blague", lâche le présentateur.


La séquence est coupée au montage dans la rediffusion de l'émission. Est-ce une décision de Cyril Hanouna, le spécialiste de la provocation convenue, ou de plus haut dans la hiérarchie de la chaîne? Mystère. Mais le gant est jeté: plus de 200 signalements sont recensés au CSA 24 heures après la diffusion. La polémique enfle, peu apaisée par la réaction du principal intéressé.

En France en 2019, celui qui fait une blague politiquement incorrecte à la télévision doit faire preuve de contrition sous peine de sanction. Et les sanctions finissent par tomber. En début de semaine, Jean-Marie Bigard annonce, sous le choc, avoir été écarté du festival d'humour "Var Matin", pour lequel il devait effectuer une tournée cet été, à cause de cette séquence.

"Je reste assis parce que je suis détruit. Mes chers amis, je viens de prendre un coup de barre à mine sur la tête. Je devais faire la tournée 'Var Matin' cet été. 49 dates. C'était tout mon été de travail. Et je viens d'apprendre que j'étais viré, en fait" explique-t-il, avant de s'en prendre au directeur du festival.

Jean-Marie Bigard vient de découvrir bien malgré lui ce qu'un Internaute américain appelle la Spirale de la Pureté, qu'il tient à rappeler à tous les bien-pensants de passage:

Ils viendront pour vous ensuite.

Vous utiliserez le "mauvais" pronom.
Vous raconterez la "mauvaise" blague.
Vous ferez le "mauvais" geste de la main.
Vous prononcerez le "mauvais" mot, porterez le "mauvais" vêtement, commanderez le "mauvais" plat, fredonnerez la "mauvaise" chanson...

Personne ne peut prendre la mesure de tant de "règles", pas même vous.

Finalement, vous commettrez un impair. Et ils vous étiquetteront de noms comme "d'extrême-droite", "bigot", "islamophobe", "beauf", "haineux", "pourriture de Blanc", "patriarche" etc. etc.

Tous vos agissements précédents pour afficher vos belles valeurs compteront pour rien. Il y a des crimes pour lesquels toute excuse est impossible, voyez-vous. Ces crimes ne peuvent être pardonnés, car ceux qui les pardonneraient pourraient être accusés à leur tour de ne pas être assez vigilants face à eux.

Vous serez une persona non grata. Impossible à embaucher. Impossible à aimer. Impossible à accepter. Impossible à tolérer. Exactement comme ceux que vous tourmentez en ce moment.

C'est le Meilleur des Mondes que vous avez créé.

Bienvenue dans la Spirale de la Pureté.

C'est un long chemin descendant.


Qu'on apprécie ou non le style de Bigard, là n'est pas la question. Cette censure et les réactions qui s'ensuivent sont des marqueurs de la société française d'aujourd'hui - un marqueur inquiétant. La communication publique bascule de plus en plus nettement vers un manichéisme pudibond assez extraordinaire. "Il le dit, ça veut donc dire qu'il le pense", voilà ce qui ressort en filigrane, comme si un comédien était l'homme de ses rôles.

Au delà des questions d'humour, la liberté d'expression est en France en voie d'effondrement rapide. Autant la police et la sécurité disparaissent des rues, autant la police de la pensée montre qu'elle est omniprésente.

03 mars 2019

Censure et contre-censure

Sur Internet la liberté d'expression se réduit comme peau de chagrin, mais tout n'est pas perdu.

Facebook, pris encore une fois dans un scandale de manipulation

La duplicité de Facebook a été dévoilée le 27 février par Project Veritas, un site spécialisé dans la traque de la corruption. Grâce à un lanceur d'alerte employé de Facebook, le site dévoile preuve à l'appui les mécanismes internes du géant de l'Internet pour filtrer les contenus politiquement déplaisants et les utilisateurs en relation.

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Le lanceur d'alertes, amenant avec lui des preuves sous la forme de documentation et de photos d'écran, révèle que le réseau social géant a "pour habitude" de supprimer des pages politiquement connotées à droite. Le réseau social ne s'appuie ni sur un filtrage manuel ni sur des signalements d'utilisateurs mais sur un processus systématique, automatisé et appuyé par une batterie de programmes, notamment le logiciel d'intelligence artificielle "Sigma".

Sigma analyse les mots-clés associés par exemple à une vidéo et peut ensuite déclencher une "dégradation" de la publication, appelée ActionDeboostLiveDistribution. Équivalent à un coefficient de visibilité négatif, cette dégradation diminue la fréquence de présence de la vidéo dans les flux de nouvelles des autres utilisateurs, supprime les options de partage, et désactive les notifications interactives liées à sa présence.

Le lanceur d'alertes put citer de nombreuses personnalités conservatrices ciblées par Facebook, comme le comédien et commentateur de droite Steven Crowder, qui obtint en 2016 un accord financier extra-judiciaire avec Facebook après avoir dénoncé une limitation arbitraire de la visibilité de ses vidéos. Il ne put en revanche citer aucune personnalité de gauche ciblée par cette politique.

L'Intelligence artificielle Sigma, développée à l'origine pour détecter des publications invitant au suicide ou à l'automutilation, a semble-t-il trouvé bien d'autres sujets à traiter. L'outil s'inscrit dans la stratégie développée dans un document de Facebook écrit par deux ingénieurs, Seiji Yamamoto et Eduardo Arino de la Rubia, visant à combattre les "abus coordonnés" sur la plateforme. La définition de ces abus est de plus en plus élastique ; s'y rattachent désormais les publications "qui ne sont pas à proprement parler des discours de haine mais qui s'en rapprochent", c'est-à-dire, alors qu'aucune définition juridique n'existe pour un discours de haine, de choses "qui pourraient offenser quelqu'un". Vaste programme...

Qu'on se rassure, la définition d'une offense est politiquement orientée d'emblée grâce au vocabulaire employé. Ainsi, évoquer les Social Justice Warriors, surnom donné à ces militants engagés dans toutes les causes de la gauche, est un marqueur immédiat d'évaluation négative. Même chose pour ceux qui emploient le terme de pilule rouge: il est important, aux yeux des ingénieurs de Facebook, que nul utilisateur ne soit "amené à remettre en question sa représentation de la réalité" à travers la plateforme. On se croirait en pleine dystopie.

Les médias habituels sont évidemment muets sur le sujet: cela correspond tant à leur propre point de vue! Mais la liberté de penser trouve toujours un chemin...

Gab, la riposte

Né en 2016, Gab (via Gab.ai ou Gab.com) est un réseau social particulier car réduit à sa plus simple expression. Son intitulé de mission est limpide:

"Un réseau social qui promeut la liberté d'expression, la liberté individuelle et le libre flux d'information en ligne."


Pour lire un peu de prêt-à-penser sur Gab, rien de mieux qu'une visite sur Wikipédia:

Gab est un service de réseautage social en ligne basé à Austin, au Texas, créé pour servir d'alternative aux réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et Reddit.

[Il] permet à ses utilisateurs de lire et d'écrire des messages comportant jusqu'à 300 caractères, appelé « gabs ». Le site propose également des fonctionnalités multimédia et s'est donné pour mission de servir ses « utilisateurs et la liberté de parole en premier ».

Il gagne en audience après la tuerie de la synagogue de Pittsburgh, le terroriste antisémite ayant un profil vérifié sur le site. Gab cible une audience marquée à l’extrême droite, comme les néo-nazis, les conservateurs (sic!), l'alt-right et les suprématistes blancs. Plusieurs figures de ces mouvements y sont par ailleurs actives, comme Richard B. Spencer, Mike Cernovich, ou Alex Jones.


On admirera la tournure... Typique de Wikipédia, dirons-nous, de la description du réseau social. L'utilisation de la tuerie de Pittsburgh contre Gab est particulièrement savoureuse: non seulement Gab désactiva le profil de l'utilisateur dès qu'il eut connaissance de son identité, mais si un tel argument était recevable pour détruire un réseau social, alors Facebook ou Twitter devaient être mis hors ligne séance tenante pour héberger des milliers de comptes liés à des terroristes, des tueurs en série ou des extrémistes musulmans (lire ici et ici pour quelques exemples).

Néanmoins, l'argument fut aussi facilement reçu que Gab était une menace - une menace contre l'approche corporatiste et contrôlée de la diffusion d'information sur les réseaux sociaux. Dire que Gab fut combattu est bien en-deçà de la vérité. D'importantes manœuvres eurent lieu pour lui couper l'accès à ses serveurs du jour au lendemain, pour couper son financement et pour empêcher ses utilisateurs de l'employer. Aujourd'hui encore l'application mobile Gab a été retirée tant de l'App Store que du Play Store - sans aucune explication ni d'Apple ni de Google.

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Rien dans ce que fait ou propose Gab n'est contraire à la loi. Contrairement aux mensonges délibérément propagés, on ne peut pas dire n'importe quoi sur Gab. La société est basée au Texas et obéit donc à la législation américaine en matière de liberté d'expression. Celle-ci est vaste, c'est vrai, mais ni infinie, ni incontrôlée.

Des individus peu recommandables sont allés sur Gab après avoir été bannis d'autres réseaux sociaux, c'est incontestable. Mais d'autres individus parfaitement recommandables ont aussi été bannis des réseaux sociaux à cause de leurs opinions politiques, dans une chasse aux sorcières qui ne semble pas avoir de limite. De nombreux utilisateurs concernés comprennent donc que le contrôle des GAFA sur Internet prend une tournure de plus en plus inquiétante et qu'il devient nécessaire de s'inscrire sur Gab.

Gab rencontre donc un certain succès. Gab a désormais ses propres serveurs, son propre gestionnaire de domaine, son propre processus de paiement et résiste à des attaques de déni de service quotidiennes. Suivant l'adage du "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort", il a surmonté tant de tentatives pour l'éteindre qu'on peut estimer qu'il devrait tenir debout encore longtemps.

Voire, de riposter.

Dissenter, le gant est jeté

Si les patrons de Facebook ou de Google détestaient Gab, ils ont désormais une bonne raison de le haïr: Gab Dissenter.

facebook,liberté d'expression,censureGab Dissenter - ou simplement Dissenter - est un nouveau service récemment lancé par Gab. Il permet tout simplement de commenter n'importe quelle page Internet au sein de la communauté Gab.

Comment cela fonctionne-t-il? Rien de plus simple. Il suffit d'installer sur son navigateur le plug-in Dissenter et ensuite, depuis n'importe quelle page du web, de cliquer sur l'icône et d'écrire son commentaire ou de consulter ceux des autres utilisateurs. On peut aussi, naturellement, voter pour les commentaires d'autrui ou y répondre. D'autres fonctionnalités sont prévues comme de permettre d'intégrer directement les commentaires dans un site.

Du point de vue technique, c'est absolument imparable: l'identité unique d'une page est reconnue de la même façon par Dissenter qu'elle l'est par les robots des moteurs de recherche. Autrement dit, à moins de saboter sa visibilité pour ne plus apparaître sur Google, personne ne peut empêcher les utilisateurs de Dissenter de commenter la page.

Alors que le service n'est même pas vieux d'une semaine, les commentaires Dissenter apparaissent déjà sur des lieux normalement fermés aux commentaires - qu'il s'agisse de vidéos YouTube, de pages de Wikipédia ou d'articles de presse suscitant des réactions qui ne s'inscrivent pas dans la pensée officielle.

Dissenter n'a rien de révolutionnaire ; un service comme hypothes.is permet déjà le même genre d'annotation de site web. Même Google proposa un service équivalent appelé Sidewiki dix ans plus tôt, mais qui fut abandonné faute d'avoir décollé. Car ce n'est pas tout que de proposer un service, il faut que celui-ci atteigne son public ; et à l'heure actuelle, l'initiative de Dissenter tape dans le mille.

Il faudra peut-être un peu plus de temps pour que Dissenter perce en langue francophone mais cela viendra, ne serait-ce qu'à cause de la frustration accumulée par les Internautes face à des articles fermés aux commentaires sur 24Heures ou 20 Minutes, pour ne prendre que l'exemple de la presse romande.

Conclusion

Il y a plusieurs façons de contrôler l'information sur Internet, mais celle qui prévaut aujourd'hui sur la plupart des médias en ligne se résume en une phrase: "comme certains utilisateurs disent des choses déplaisantes, nous devons désactiver les commentaires pour tout le monde".

En suivant exactement la même logique, puisque Hitler buvait de l'eau, il faudrait interdire la consommation d'eau. On voit à quel point l'argument ne tient pas debout. Celui qui enfreint la loi doit être puni, il n'y a aucune raison de censurer l'opinion de tout le monde... À moins que l'idée ne soit justement de contrôler par la force les "opinions acceptables" qu'un média souhaite laisser afficher sur ses pages. Les rédactions choisissent l'option nucléaire dès que la discussion risque d'aller hors des sentiers balisés. Une alternative comme Dissenter pourrait leur faire perdre aussi cette bataille.

L'idée que la censure soit nécessaire pour "lutter contre l'extrême-droite", fantasme ou réalité, revient à dire que des gens réellement convaincus d'opinions racistes, extrémistes, xénophobes, antisémites, nazies ou autres ne pourraient se voir opposer des arguments solides dans le cadre de la liberté d'expression. L'argument est absurde: ces opinions ont précisément reculé à des époques où la liberté d'expression était bien plus répandue qu'aujourd'hui.

En revanche, on comprend bien mieux l'utilité de la censure lorsque l'anathème de l'extrême-droite n'est qu'un prétexte jeté au visage d'adversaires politiques pour mieux les réduire au silence.