07 avril 2019

Les petits papiers du Qatar

Le grand public connaît le Qatar surtout pour son rachat du club de football Paris-Saint-Germain en 2011, par le biais du fonds souverain Qatar Investment Authority. Mais ce n'est de loin pas la seule façon dont l'émirat s'immisce dans les affaires occidentales à travers des agissements sont autrement plus sinistres.

quatar_papers.jpgL'explication est dans Qatar Papers, le dernier livre de Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Les deux journalistes (le premier travaille sur France Inter, le second au Figaro) se connaissent bien depuis qu'ils furent capturés et pris en otage en 2004 par l'Armée islamique en Irak. Ils en restèrent prisonnier pendant plus de quatre mois, largement de quoi tisser quelques liens et perdre une certaine naïveté.

Depuis cet épisode, les deux auteurs ont publié différents livres sur le Qatar comme Qatar - Les secrets du Coffre-fort (2013) ou Nos Très Chers Émirs (2016). Les Qatar Papers suivent mais ont le mérite de reposer sur des documents incontestables. Citant le quatrième de couverture de leur dernier ouvrage:

Les "Qatar Papers" révèlent la cartographie du prosélytisme en France et en Europe mené par Qatar Charity, la plus puissante ONG de l'émirat. Ces documents confidentiels, divulgués pour la première fois, détaillent la plupart des 140 projets de financement de mosquées, écoles et centres islamiques, au profit d'associations liées à la mouvance des Frères musulmans. Ils dévoilent le salaire payé à Tariq Ramadan, figure de l'islam politique que Doha sponsorise hors de ses frontières.
Au terme d'une enquête dans six pays européens et une douzaine de villes de l'Hexagone, les auteurs exposent la dissimulation, parfois le double langage, des associations islamiques sur leur financement étranger, ainsi que la politique de l'autruche suivie par de nombreux maires, par électoralisme ou ignorance. Ils pointent l'absurdité de la situation : avec le seul argent des fidèles comme subside, comment les mosquées en France pourraient-elles se priver des aides venues de l'étranger ?
Un voyage dans les coulisses d'une ONG richissime et opaque liée au sommet de l'État qatarien, comme le révèle son financement par plusieurs membres de la famille régnante, les al-Thani.


Les Qatar Papers reposent sur une fuite qui a permis aux journalistes de mettre la main sur la comptabilité de Qatar Charity, une ONG qatarie chargée d’aider les communautés musulmanes en Europe - c'est-à-dire, de financer la progression de l'islam, principalement par le biais des Frères Musulmans.

La manne financière du Qatar inonde les Frères Musulmans d'Europe

En France, Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères Musulmans, véritable "tête d'affiche des Frères dans l'Hexagone" avant ses mises en examen pour viols, a rapatrié du Qatar des "fonds personnels" pour un montant de 590'000 euros. Il a en outre acheté avec son épouse deux appartements à Paris, pour un montant de 670'000 euros. À ces modestes flux financiers en euros s'en ajoutent d'autres. 24Heures précise ainsi que le prosélyte musulman n'est pas en reste sur le territoire helvétique:

[Tariq Ramadan] touche 35'000 euros par mois comme «consultant» de la Qatar Foundation, une autre ONG de l’Émirat. C’est ce que montre une note de l’organisme de surveillance financière Tracfin en France. La même note précise que début 2018, au moment de son arrestation, Tariq Ramadan a reçu 19'000 euros d’organisations comme la Ligue des musulmans de Suisse, dont le siège est à Prilly.


Largement de quoi se payer quelques chambres d'hôtel de luxe pour y avoir de troubles relations avec ses "conquêtes". L'argent versé aux vedettes de l'islamisation n'est cependant qu'un filet d'eau parmi les rivières d'argent qui se déversent en Europe. Citant toujours 24Heures:

Un tableau interne de 2014 [donc une seule année!] liste 113 projets de mosquées et de centres islamiques, financés à hauteur de 71 millions d’euros par l’ONG, soit un peu moins du tiers de leur coût total. En Suisse, la Qatar Charity aurait injecté plus de 3,6 millions d’euros dans cinq projets, dont Prilly, Bienne, La Chaux-de-Fonds et Lugano.


Au cœur de cette nébuleuse, le couple formé par Mohamed et Nadia Karmous joue un rôle central. Le livre indique que leur Musée des civilisations de l’islam à La Chaux-de-Fonds - soutenu par l'extrême-gauche, bien entendu - a reçu près de 1,4 millions de francs suisses en deux ans entre 2011 et 2013. Nadia Karmous, égérie de la RTS, se fit remarquer de par sa défense résolue de Tariq Ramadan dans ses multiples affaires de viol ; on comprend mieux désormais ce qui les relie.

Son mari Mohamed occupe quant à lui de nombreuses fonctions administratives: trésorier de l'Institut européen de Sciences humaines (un nom ronflant pour un centre de formation inféodé aux Frères musulmans), président de la Ligue des musulmans de Suisse et du Wakef suisse… Des associations qui ont financé les mosquées de la Madretschstrasse à Bienne (mosquée Salah-Eddine) et de Prilly (Complexe Culturel musulman de Lausanne).

Dans cette commune de l'Ouest lausannois, le Qatar aurait contribué par le biais de la Qatar Charity à hauteur de 1,6 million de francs en 2011. Cela n'exclut pas l'apport de fonds supplémentaire délivré à travers des associations-écrans comme celles gérées par les époux Karmous, qui permettent de donner l'apparence d'une "diversification" de l'origine des dons et de cacher l'origine des fonds. Une partie de l'argent reçu par Tariq Ramadan a ainsi transité par la mosquée de Prilly.

Une législation à revoir

Contacté par la rédaction de Tamedia, Mohamed Karmous explique juste que l'influence du Qatar n'est, selon lui, pas un problème "puisque nous respectons les lois suisses".

Même ligne de défense du côté de l'ancien président de l'Union Vaudoise des Associations Musulmanes Pascal Gemperli, le converti modèle pour les médias, qui prétend que le financement des mosquées du pays est à "98%" d'origine suisse. Une affirmation d'autant plus facile à formuler qu'elle est impossible à prouver au royaume de l'argent liquide passant de main en main. Elle ne semble clairement pas cadrer avec la compatibilité des Qatar Papers. "Qui finance influence", rappelle Georges Malbrunot.

Visiblement, les lois d'ingérence étrangère en matière de prosélytisme religieux sont à revoir d'urgence. Ivan Rioufol rappelait récemment la déclaration faite en 2002, à destination du monde européen, par le théologien Youssef al-Qaradâwî, référence des Frères musulmans, réfugié au Qatar:

"Avec vos lois démocratiques nous vous coloniserons, avec nos lois coraniques, nous vous dominerons."


Qatar Charity
"a des partenariats avec la fondation Bill Gates, travaille avec le programme alimentaire des Nations unies, l'Unicef, l'Organisation mondiale de la santé..." explique M. Gemperli. Effectivement, mais ces partenariats ne démontrent rien d'autre que le niveau d'infiltration atteint. Les Frères Musulmans bénéficient d'une bienveillance douteuse en Europe de l'Ouest mais d'autres pays sont plus clairvoyants, comme la Russie qui a classé l'organisation comme terroriste depuis 2003. Pour Moscou, cette définition correspond à trois critères:

  • Des activités visant à changer l'ordre constitutionnel russe à travers la violence, ce qui inclut des méthodes terroristes ;
  • Des liens avec des groupes armés illégaux et d'autres organisations extrémistes opérant dans le Caucase ;
  • Des associations ou des liens avec des organisations considérées comme terroristes par la Communauté internationale.

Il serait plus que temps que les esprits des politiques européens commencent enfin à se réveiller - du moins, ceux des élus qui ne sont pas déjà vendus aux Qataris.