25 septembre 2019

Gretapocalypse

Elle est partout.

Et même en disant "elle", on sait déjà de qui il s'agit: Greta Thunberg, la méga-star planétaire, la nouvelle Kardashian, l'héroïne de politique-réalité, la vedette qui fait vibrer les foules sans avoir vendu un seul disque. "On ne sait pas trop si on a affaire à Fifi Brindacier ou à Mercredi de la Famille Addams", résume un Internaute. On lui accorde volontiers le sens des réalités de la première et la bonne humeur de la seconde.

réchauffement climatique,manoeuvres politiques,médias
Peak Greta: Greta à l'ONU.

Selon l'hagiographie la page Wikipédia qui lui est dédiée, Greta Thunberg est une militante qui, à l'âge de 15 ans, proteste "devant le Parlement suédois contre l'inaction face au changement climatique malgré l'urgente nécessité d'agir (sic)".

Plus précisément, "le , jour de sa rentrée en neuvième année dans une école de Stockholm, Greta Thunberg fait le piquet de grève devant le Riksdag, et explique aux journalistes conviés (?) qu'elle n'ira pas à l'école jusqu'aux élections générales du . (...) Elle reste assise devant le Parlement suédois chaque jour durant les heures d'école."

Dans une société saine, l'adolescente mineure aurait été renvoyée à l'école (obligatoire en Suède de 7 à 16 ans), les parents réprimandés pour leur laxisme, et l'histoire aurait au mieux fait l'objet d'un entrefilet dans la rubrique insolite de la presse locale.

Mais ça, c'était avant.

Aujourd'hui, Greta est portée aux nues. Greta signe des articles dans les journaux. Greta va à Davos. Greta rencontre le Pape. Greta prend la parole devant le Parlement britannique, réclame devant le Parlement Européen, tance l'Assemblée nationale française, passe un savon aux chefs d'État devant l'ONU. On frise la Gretoverdose.

Il ne fait pas bon critiquer Greta. Celui qui s'y essaye ne peut être qu'un individu infect s'en prenant aux handicapés ; car Greta est autiste asperger, une forme d'autisme qui, entre autres, traduit un manque d'empathie et des obsessions passagères. Greta est parfaitement consciente de son état (autant que peut l'être une jeune fille de seize ans) mais décrit sa forme d'autisme comme un "super-pouvoir". Il est vrai que d'après sa mère Greta serait capable de voir le CO2. À l’œil nu.

Dans une curieuse asymétrie, si on ne peut pas critiquer Greta parce qu'elle est handicapée, on doit au contraire donner plus de poids à son message, et ce, exactement pour la même raison. Dans ce spectacle médiatique, le grand public assiste à une variante du mythe du Bon Sauvage de Rousseau. Ici, l'esprit différent du handicapé le rendrait plus proche de la nature, donc plus authentique, capable de saisir des subtilités échappant aux hommes communs avilis par la "normalité" de la civilisation.

La messagère autiste asperger a donc le double avantage d'être à l'abri de toute critique et d'avoir une parole supérieure à celle de n'importe qui ; nous contemplons le résultat.

La formule ne vaut que si elle va dans le sens de l'histoire, naturellement. Un trisomique annonçant que le Réchauffement climatique n'existe pas n'aurait aucun écho. Les médias y veillent.

Les médias veillent tant et plus sur Greta qu'elle est, littéralement, leur créature. Greta n'a pas la moindre formation scientifique. Elle n'a pas la moindre connaissance sur son sujet - et évite toute question à ce propos. Elle ne connaît le Réchauffement climatique qu'à travers les médias, qui rivalisent chaque jour d'hystérie sur le même thème sans jamais donner la parole à un avis contraire.

La propagande de masse lessive le cerveau de la jeunesse occidentale à une échelle qui n'est permise que par la prolifération d'écrans devant lesquels les adolescents s'abrutissent. Greta était particulièrement sujette à ce matraquage, elle qui finit par en pleurer devant sa télévision lorsqu'elle avait onze ans. Greta ressent, souffre, éprouve de la colère, mais serait bien incapable d'articuler le moindre raisonnement construit, la moindre démonstration. Elle pointe du doigt et condamne.

Pour tous ceux qui profitent d'elle, l'autisme dont souffre Greta a un avantage: il l'empêche de voir comment elle est instrumentalisée - par ses parents, par des militants extrémistes, par le capitalisme vert, par des antifas, par Georges Soros, et bien entendu par les médias. Greta est une icône publicitaire. Jamais ceux qui applaudissent Greta ne changeraient leur mode de vie, à commencer par les politiciens et leurs richissimes amis.

réchauffement climatique,manoeuvres politiques,médias

Greta est innocente mais ses complices ne le sont pas. Quitte à admettre la réalité douteuse du Réchauffement climatique, aucun de ces gens ne souhaite que la planète aille mieux ; ils sont seulement motivés par leurs propres intérêts. Ils soufflent à Greta un texte qui ne mentionne jamais la Chine, qui est de loin le premier producteur mondial de CO2, ni l'Arabie Saoudite, qui émet le plus de CO2 par habitant.

Le jour où Greta commencera à parler de ces pays, cela montrera qu'elle en connaît un peu plus sur son sujet. Elle aura commencé à se renseigner par elle-même, ce que tout individu sensé devrait faire avant de brandir une pancarte. Et cela vaut aussi pour tous les adolescents de nos contrées, qui s'enflamment pour une icône fabriquée de toute pièce.

23 septembre 2019

Le PDC montre les dents (de lait)

Tempête la semaine dernière dans le Landerneau politique helvétique: en difficulté dans la campagne pour les élections fédérales, le PDC a tenté quelque chose.

Le fait était suffisamment nouveau pour provoquer l'irritation générale - ou en tout cas l'irritation dans les milieux qui comptent, c'est-à-dire les médias. La cause de tout ce ramdam? L'utilisation par le PDC de Google Ads destinées non pas à promouvoir leurs propres candidats1, mais à critiquer les concurrents.

Le Temps se fait l'écho de la procédure:

Saisissez «Philippe Bauer», conseiller national PLR neuchâtelois, sur le moteur de recherche: le premier lien mène à une page qui vous informe que le politicien souhaite «Imposer au peuple suisse l'accord-cadre avec l'UE, à n'importe quel prix. Faire passer les intérêts des industries exportatrices avant la protection des salaires et laisser les entreprises suisses, leur savoir-faire et leurs places de travail passer sans aucune protection en mains étrangères.» Rien de moins.

Roger Nordmann (PS), Céline Amaudruz (UDC), Hugues Hiltpold (PLR), Lisa Mazzone (Verts), le site fonctionne pour bon nombre de parlementaires en fonction, de candidats, de gauche, de droite, sans distinction. Même des partenaires de liste apparentées sont visés. «Je veux voir de vraies solutions!» indique cependant un bouton salvateur… qui emmène l'internaute sur un argumentaire de promotion politique du PDC. «Soutenez la politique consciente et fiable du parti», dit celui-ci. Consciente et fiable, vraiment?


Nous apprenons ainsi qu'il arrive à un journaliste du Temps de rentrer le nom de Philippe Bauer dans un moteur de recherche, c'est déjà une info.

Le Temps a l'air bien remonté, et il a des complices. Une fois le pot-aux-roses révélé, les journaliste n'ont plus qu'à demander aux copains de Swissinfo de relayer la tempête dans un verre d'eau pour lui donner un petit côté officiel, et chacun peut ensuite s'indigner et froncer les sourcils très fort. Cela permet par exemple de faire le procès du Président du PDC Gerhard Pfister avec des questions neutres style "Comment avez-vous pu oser faire une chose pareille?"... Eh oui, que voulez-vous, n'est pas l'UDC qui veut.

On pourrait s'arrêter là et se gausser de la déconvenue du PDC, mais ce n'est pas aussi simple.

Le PDC fait œuvre de salubrité publique

D'emblée, je n'ai rien à reprocher au PDC. Il n'y a rien de mal à essayer une approche novatrice dans la communication politique et tous les gens avec un minimum d'intelligence (je place la barre assez haut, je sais) qui suivront la suggestion publicitaire comprendront vite qu'ils sont tombés dans le panneau. Cela les fera-t-il changer d'avis pour autant? Rien n'est moins sûr.

élections du 20 octobre 2019
Le vrai-faux site du PDC reprend la palette de couleur propre à chaque
formation concurrente, ici l'UDC (capture d'écran)

Avec une popularité qui s'étiole le PDC n'a plus grand-chose à perdre à essayer une nouvelle approche, sans compter que c'est peut-être la dernière fois qu'il en a les moyens. Le seul reproche est lié à une stratégie liée à la forme plutôt qu'au fond. La direction du parti pense-t-elle réellement qu'il suffit d'amener les citoyens sur un site web pour que les affaires reprennent? Que tout cela n'est qu'un problème de communication?

Le site Candidats2019.ch est un peu plus subtil qu'il en a l'air. Si plusieurs politiciens ont une "carte de visite" commune, comme Isabelle Moret ou Olivier Feller, elle est différente de celle de Philippe Bauer, bien que les trois soient encartés au PLR. Il y a donc quelques variations au sein de chaque parti. N'ayant pas le temps d'échantillonner les arguments du PDC contre le moindre candidat aux élections, je me borne à constater que les UDC vaudois Jacques Nicolet et Michaël Buffat ont la même page. Ada Marra pour le PS et Lisa Mazzone pour les Verts permettent de compléter l'échantillonnage des principaux reproches du PDC vis-à-vis des formations politiques concurrentes.

Contre la gauche, le PDC constate ainsi que "notre système de santé menace de s'effondrer financièrement", essentiellement "parce que les coûts de la santé augmentent." Mais, au lieu de s'attaquer aux coûts de la santé, PS et Verts ne pensent "qu'à offrir encore plus de réductions de primes sur le dos des contribuables." Ouille.

À droite, si le PDC concède que "la Suisse fait face à d'énormes défis: notre relation avec l'Union européenne, la mondialisation ou encore la crise migratoire", il regrette que l'UDC "refuse catégoriquement tout accord-cadre avec l'UE" et "fasse passer la réglementation de l'immigration avant la voie bilatérale", laquelle a bien sûr "fait ses preuves". Enfin, les Démocrates du Centre mettent en danger "le modèle de réussite suisse" avec leur "politique de blocage systématique". Il faut avoir vu l'accueil des partis du Parlement face à la moindre initiative émanant de l'UDC pour saisir toute l'ironie de cette dernière remarque...

Le PLR quant à lui ramasse les mêmes critiques acerbes que la gauche sur son inconséquence face aux dérives des coûts de la santé, et s'avère coupable, comme expliqué précédemment, de vouloir "imposer au peuple suisse l'accord-cadre avec l'UE à n'importe quel prix." Étant entendu que seul le PDC, génie incompris, serait en mesure de négocier quelque chose de nouveau avec l'UE. Il faudrait juste la mettre au courant et qu'elle soit d'accord...

Car les PDC ne sont en fin de compte pas meilleurs: pas plus réalistes, pas plus en position d'obtenir des majorités, et encore moins lisibles que les autres. Mais la question n'est pas là. Lorsqu'il parle des autres partis, le site Candidats2019.ch ne ment pas.

  • Oui, le PLR est prêt à faire passer la soumission à l'UE à n'importe quel prix.
  • Oui, l'UDC est prête à remettre sur la table les accords bilatéraux pour supprimer la libre-circulation.
  • Oui, la gauche se livre à toutes les manœuvres démagogiques possibles pour donner aux gens l'impression qu'ils touchent des "subsides" d'assurance-maladie alors que ceux-ci se financent à travers leurs propres impôts.

Alors, Oui, dire que n'importe quel candidat PLR fait "passer les intérêts des industries exportatrices avant la protection des salaires et laisser les entreprises suisses, leur savoir-faire et leurs places de travail passer sans aucune protection en mains étrangères", ça dérange, certes. Mais c'est vrai.

Toutes ces rédactions de journaux coordonnées dans leur indignation s'inquiètent-elles vraiment du style de communication du PDC? Ou sont-elles remontées parce qu'il rappelle les positions des autres partis?

La vraie cible

Rappelez-vous d'une des premières règles du journalisme: rien n'est gratuit. Ni la page ni l'encre, fussent-elles virtuelles, ni le temps du journaliste. La moindre phrase délivrée par un des membres de cette caste supérieure obéit à des objectifs bien définis, sinon elle n'aurait pas lieu d'être.

Un peu plus loin dans son article, le journaliste du Temps donne son verdict sur Candidats2019.ch: "un échec stratégique manifeste". Et de rappeler que, "en perte de vitesse dans les sondages et talonné par les Verts, le paisible parti a tenté l'attaque. Sans succès."

Ces messieurs écrivent déjà leurs conclusions des élections fédérales qui auront lieu dans un mois!

Je ne pense pas qu'ils aient déjà les résultats, mais certaines tendances sont trop lourdement marquées dans les sondages pour être défaussées. Parmi elles, la poursuite de la dégringolade du PDC. Il est probable que la campagne internet du parti n'y change strictement rien, mais les rédactions vont plus loin: elles sous-entendent que Candidats2019.ch est la raison de l'échec électoral du PDC en octobre.

Ils n'en sont pas à clamer que sans cette manœuvre le PDC serait à 13%, mais presque.

Pourquoi cette attitude?

élections du 20 octobre 2019Selon moi, elle vise à fragiliser la position du chef du PDC, Gerhard Pfister. L'idéal serait qu'il rende son tablier après avoir été jugé responsable de la déculottée de son parti aux prochaines élections.

Car il faut comprendre que Gerhard Pfister n'est pas un PDC comme les autres - c'est un homme de conviction. La phrase est surprenante à entendre à propos d'un parti qui a offert sa carrière à un Christophe Darbellay, mais Gerhard Pfister se fit remarquer par des positions à contre-courant médiatique, comme de dire que "l'islam n'appartient pas à la Suisse". Il critiqua le Conseil Fédéral et fut à l'origine d'un texte sur le fondamentalisme religieux.

Pour les médias romands, un homme qui rappelle que "sans christianisme, il n’y aurait pas de siècle des Lumières ni de démocratie" et qui regrette que "beaucoup de représentants de l’Eglise [soient] devenus des travailleurs sociaux" est un criminel du politiquement correct - un homme à abattre.

Et s'il faut monter de toute pièce dans les médias un scandale exagéré sur une campagne politique du PDC sur Internet pour se débarrasser de l'intrus, qu'il en soit ainsi.

 


 
Note 1: franchement, qui entre jamais le nom de l'un d'eux, sauf pour s'en moquer? Si la dégringolade du PDC est imputable à quelqu'un, le voyage en Corée du Nord de M. Béglé vient certainement avant candidats2019.ch.

20 septembre 2019

Climat: les taxes pleuvent

Pendant que les bobos et fils-à-papa écologistes bloquaient le Pont Bessières à Lausanne  - quelques jours après avoir sali la Limmat à Zurich en la teignant en vert  - le Parlement donnait suite à une motion d'un Vert libéral bernois pour taxer les voyages en avion.

Le National a accepté jeudi par 112 voix contre 62 une motion (...) [demandant] d'introduire une taxe qui soit calculée en fonction de l'impact effet de chaque vol sur le climat. Elle sera répercutée sur les voyageurs.

Après son renvoi en décembre dernier, la révision totale de la loi sur le CO2, qui sera débattue la semaine prochaine au Conseil des Etats, prévoit désormais une taxe sur les billets d'avion. Elle serait comprise entre 30 et 120 francs, sauf pour les passagers en transit ou transfert. Le tarif serait plus élevé sur les vols long courrier.


Chaque passager qui souhaitera prendre l'avion depuis la Suisse se verra donc grevé d'une nouvelle taxe entre 30 et 120 francs suisses sur les trajets les plus courts - soit, sur de nombreuses destinations, bien plus que le prix du billet lui-même.

Que les naïfs au dernier degré qui s'imaginent que le projet soit retoqué au Conseil des États reviennent sur terre ; la Commission dudit Conseil qui examina la révision de la loi sur le CO2 fut particulièrement enthousiaste à l'idée de créer des taxes sur les billets d'avion.

planeTrip.jpg
Une vue bientôt réservée à une élite fortunée. Les gueux n'ont qu'à rester chez eux!

Les commentaires furent rapidement filtrés dans les articles de presse. Si 20 Minutes montre encore quelques réactions négatives sur la manifestation à Lausanne (des commentaires soutenus par plus de 400 lecteurs ont tout bonnement disparu) plus personne ne peut commenter celui sur la taxe sur les billets d'avion, qui avait lui aussi entraîné une vague de plusieurs centaines de réactions négatives avant que la rédaction ne "fasse son travail", dirons-nous pudiquement.

Notons que les compagnies aériennes opérant en Suisse proposaient déjà de nombreux programmes de compensation des émissions de CO2. La classe politique à Berne, empreinte de dirigisme, tient absolument à ne laisser le choix à personne. Les Suisses vont donc s'appauvrir mais ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes, puisque c'est ce qu'ils préconisent dans les sondages. Ils risquent de moins se réjouir dès les prochaines vacances, mais tant pis pour eux.

L'actualité s'accélère alors que les élections fédérales se rapprochent ; la classe politique fait feu de tout bois pour montrer à quel point elle est "sensible" aux questions réchauffistes. Comme par hasard la seule solution sur laquelle les politiciens s'entendent est celle de nouvelles taxes, étant entendu qu'il suffit de délester tout un chacun de son écot pour que l'air rafraîchisse.

D'autres taxes suivront, sur les carburants, les billets de train, les déplacements en voiture à travers des péages urbains, la consommation d'énergie et bien plus encore. Dès octobre et peut-être même avant, les nouvelles taxes vont pleuvoir. Le matraquage médiatique paye ; en Suisse le consentement à l'impôt pour des raisons climatiques n'a jamais été aussi élevé.

Rappelez-vous: 112 voix contre 62 dans le vote de ce jour, soit 64% du Conseil National en faveur de nouvelles taxes. Si le Parlement est encore plus à gauche cet automne, comme les sondages le prévoient, la pluie de nouvelles taxes aura tôt fait de se transformer en orage.

À moins d'un réveil rapide des citoyens, le pouvoir d'achat des Suisses va virer à l'enfer vert.

14 septembre 2019

Les Anti-Brexit tirent leurs dernières cartouches

Mauvaise semaine pour Boris Johnson. À en croire la presse continentale européenne de ces derniers jours, il a été giflé, il a pris une douche écossaise, un camouflet, il s'attire les foudres des Irlandais, il subit revers sur revers, des défaites, il est le dos au mur, il a bu le calice jusqu'à la lie. Pour tout dire, alors qu'il n'est pas en poste depuis un mois et demi, il a déjà un bilan calamiteux.

Fichtre!

On dirait que le Premier Ministre Boris Johnson vit ses dernières heures... Alors qu'en vérité, ce sont plutôt ses adversaires qui grillent leurs dernières cartouches ; aucune surenchère de termes négatifs ne permettra de cacher cette réalité bien longtemps. Mais cela mérite quelques explications.

b_johnson_G7.jpg

Boris face au Marais

De quoi Boris Johnson est-il coupable pour mériter pareille condamnation médiatique? De populisme, bien entendu. Le populisme, voilà l'ennemi. Le populisme, dans ce dossier, revient à vouloir appliquer la décision de quitter l'Union Européenne, exprimée en juin 2016 dans les urnes par près de 52% des citoyens de Sa Majesté.

On l'aura compris au traitement du dossier, la classe médiatique européenne est franchement europhile. Toute subtilité ayant disparu des rédactions depuis longtemps, il faut vraiment être épais pour ne pas s'en rendre compte.

Dans d'autres pays de l'Union, lorsque les gens ne votent pas correctement, on s'adapte. En France ou aux Pays-Bas, on passe les traités refusés par le Parlement. En Irlande, on revote. La Suisse mérite largement sa place dans ce petit monde à travers le refus de la classe politique d'appliquer l'initiative contre l'immigration de masse. Comme disait Coluche, si voter servait à quelque chose, cela aurait été interdit depuis longtemps.

Mais voilà, Boris Johnson a eu le toupet de démissionner du gouvernement précédent parce qu'il estimait qu'il trahissait le vote des citoyens, et souhaite désormais appliquer la décision. Son mandat? Faire en sorte que le Royaume-Uni quitte l'Union Européenne, ni plus ni moins. Plus de ce Brexit interminable et constamment repoussé. Tant pis si cela doit signifier un hard Brexit, une sortie sans accord.

En face de lui, et c'est ce qui causera leur perte, les anti-hard-Brexit (faute d'un meilleur nom) avancent en ordre dispersé. Il y a ceux qui veulent rester et que les citoyens qui ont voté pour le départ de l'UE en 2016 aillent au diable ; ceux qui sont d'accord pour partir, mais "pas de cette façon" ; et ceux qui souhaitent rejouer le match avec un nouveau référendum.

Une seule chose les unit, la volonté d'arrêter Boris. Cela ne suffira pas.

Qui s'accroche?

Depuis qu'il est au pouvoir, Boris affronte une succession de coups d'éclats. Ils se suivent avec une régularité toute médiatique. Qu'il s'agisse de la démission de la Ministre du Travail Amber Rudd, du passage dans l'opposition d'un député ou de la rupture de Jo, le propre frère de Boris (ce qui a permis au grand public de découvrir que Boris avait un frère), chacun tire son quart d'heure de gloire comme il peut.

Les politiciens et leurs relais dénoncent comme un "coup d'État" la volonté du Premier Ministre de fermer le Parlement pendant cinq semaines, sans mentionner que la session parlementaire qui vient de se dérouler est la plus longue depuis 400 ans, ni qu'il est parfaitement en droit de le faire.

Les décisions du Premier Ministre font quant à elles l'objet de contestations devant les tribunaux, alors même que le Parlement outrepasse ses prérogatives en exigeant "un Brexit avec accord, sinon rien" lorsque la politique étrangère n'est pas de son ressort.

Comme chacun peut le constater, les médias donnent le mauvais rôle à Boris. Ils tentent de le faire passer pour affaibli et isolé. Pourtant, hors du Parlement, il est loin d'être seul contre tous. En plus des deux tiers des membres du Parti Conservateur qui l'ont nommé à son poste en remplacement de la médiocre Theresa May, M. Johnson a avec lui la population anglaise. Selon l'institut de sondage ICMresearch, en cas d'élections anticipées, son parti est crédité de 37% des voix, contre 30% pour les travaillistes et 9% pour le parti du Brexit. Loin d'être "effrayés" par un Brexit sans accord, les Anglais sont tellement excédés par la tragi-comédie de leur classe politique qu'ils sont désormais une majorité à vouloir le Brexit par tous les moyens.

Tout le monde le sait en Angleterre - même et y compris les parlementaires qui s'opposent à Boris Johnson.

Nous en avons eu la preuve définitive lundi soir. Le Parlement refusa l'offre du Premier Ministre de convoquer des élections anticipées pour la mi-octobre. Au pied du mur, les élus anglais ont choisi de s'accrocher à leurs sièges. Les anti-Brexit, majoritaires parmi les élus du Parlement, savent très bien qu'ils sont minoritaires dans l'opinion et le seront dans les urnes au prochain vote.

Nous assistons donc ainsi une nouvelle fois à la démonstration d'une classe politique parfaitement consciente de sa non-représentativité mais accrochée au pouvoir comme une palourde à son rocher. Toute ressemblance avec d'autres pays européens est fortuite...

Remise à plat

Aujourd'hui, David Cameron ne regrette rien, mais peu importe. Il n'a plus aucune crédibilité. Son appel à une réforme de l'Union Européenne et à un référendum du Brexit n'étaient que des miroirs aux alouettes dont la seule finalité était de le maintenir au pouvoir. Mais la population anglaise refusa de suivre le script prévu. Elle s'empara de la première occasion de s'exprimer pour dire ce qu'elle pensait du Super-État européen et de la trajectoire à donner au Royaume-Uni dans cet ensemble.

Depuis, la classe politique britannique se déchire pour donner l'impression qu'elle prend au sérieux l'expression populaire tout en faisant exactement le contraire. Theresa May fut l'incarnation vivante de cette école de pensée ; vidant le référendum de toute substance, elle élabora en connivence avec Bruxelles un accord de soumission perpétuelle tellement honteux qu'elle fut désavouée par son propre camp. Personne ne s'étonnera que les politiciens européens répètent depuis que c'est "le meilleur accord possible" - tout dépend du point de vue où l'on se place.

Boris Johnson est quant à lui un héros aux motivations peut-être moins nobles qu'on souhaiterait. Au pied du mur, il s'aligna et soutint le traité de Brexit ramené de Bruxelles par Mme May. Aujourd'hui, s'il est en butte contre une bonne partie des caciques de son propre parti, c'est parce qu'ils jouent sur des objectifs différents. Eux veulent maintenir le Royaume-Uni dans l'Union Européenne, quoi qu'il leur en coûte ; lui cherche moins à respecter la volonté populaire qu'à sauver le Parti Conservateur du naufrage, quitte à l'épurer des éléments les plus compromis. Il est sans cesse grignoté par le Parti du Brexit de Nigel Farage, un mouvement à la dénomination aussi limpide que le verbe de son fondateur.

Personne ne veut rien renégocier. Le Parlement britannique rejeta à plusieurs reprise (ce qui est déjà illégal, on ne vote pas plusieurs fois sur le même texte!) le traité de Mme May. L'Union Européenne, calcifiée par la règle de l'unanimité et par une position qu'elle pense avantageuse, refuse de reculer d'un pouce. Côté anglais, le Parlement est incapable de formuler une demande intelligible sur ce qu'il veut précisément renégocier, et de quelle façon.

La "frontière extérieure de l'Union" en Irlande du Nord ne verra jamais le jour, les gouvernements irlandais et britanniques ayant annoncé que ni l'un ni l'autre ne verserait un centime d'euro pour mettre en place une frontière physique. On imagine mal la Commission Européenne envoyer des contingents de douanier européens là-bas pour embêter les Irlandais alors qu'il n'y a plus d'argent anglais dans les caisses. Mais personne ne veut rendre son indépendance politique au Royaume-Uni.

Boris Johnson pliera-t-il? Ira-t-il quémander une nouvelle extension de trois mois du Brexit à la fin octobre, comme ses parlementaires lui imposent? Deviendra-t-il le Winkelried du Brexit? Si personne ne trouve le courage de percer l'abcès, il se pourrait bien que le Brexit dure encore des années. Cela détournera encore plus la confiance des électeurs anglais des partis traditionnels. Voilà ce dont M. Johnson ne veut pas.

Les Anti-Brexit ont trépigné, légiféré, attaqué en justice, vilipendé et trahi. Tout l'arsenal y est passé. Ils n'ont plus rien dans leur besace. Sur ce champ de bataille dévasté, l'initiative appartient maintenant à Boris Johnson.

05 septembre 2019

Le Crédit Social, l'orwellien futur chinois

"Êtes-vous un type bien?"

Voilà une question bien personnelle. Nous sommes pour la plupart des gens bien, ou pensons l'être. Mais en fait le verdict appartient surtout aux autres, à ce qu'ils pensent de nous. Le sexe, l'appartenance politique, l'origine culturelle, la couleur de peau, le milieu socio-professionnel, le niveau d'instruction, la religion ou l'âge sont autant de facteurs parmi des milliers qui altèrent à priori notre jugement. Nos divers biais par rapport à ces facettes nous font plus facilement apprécier ou nous méfier d'autrui, avant même qu'il ne prononce un seul mot.

Chacun conviendra pourtant que tout cela est personnel ; les caractéristiques qui font que vous plaisez à votre mari ou à votre femme ne sont pas forcément celles qui emportent l'adhésion de votre belle-famille.

Mais se peut-il qu'il existe une échelle absolue de la qualité d'une personne? Et cette valeur hypothétique devrait-elle résider entre les mains de l'État? Les autorités communistes chinoises pensent que oui. Elles la calculent pour les 1.3 milliards de Chinois et lui ont donné un nom: le crédit social.

Bienvenue en enfer. Un enfer né en Chine - mais qui vous atteindra bien assez vite, n'en doutez pas une seconde.

chine,surveillance,informatique

Souriez, vous êtes jugés

Lancé officiellement en 2018, le système attribue à chaque individu un score de crédit social qui évolue selon la récolte toujours plus large d'informations croisées (réseaux sociaux, habitudes de consommation, comportement en ligne, amendes de circulation, etc.) dans un Big Data analysant toujours plus finement les comportements "socialement acceptables", et pénalisant ceux qui ne s'y conforment pas.

Mieux encore, le système analyse vos relations: si vous fréquentez quelqu'un qui ne se comporte pas comme il faut - ou si c'est un membre de votre famille - votre propre score en souffrira.

Sur son blog, Paul Joseph Watson explique qu'une mauvaise note de crédit a des conséquences très concrètes: des millions de Chinois se voient ainsi interdit de prendre l'avion. "La Chine a empêché 2,56 millions d'entités discréditées (sic) d'acheter des billets d'avion au mois de juillet, et 90'000 d'acheter des billets de trains à grande vitesse", annonce fièrement le Global Times, un média à la solde du gouvernement chinois.

Depuis la mise en place du système en novembre 2018, 6,7 millions de Chinois ont ainsi rejoint la liste des personnes bannies. Les chiffres prennent l'ascenseur. Plus sympathique encore, les Chinois ne connaissent ni les règles établissant leur score de crédit social, ni leur propre score de crédit social. C'est au détour d'une réservation de billet d'avion annulée qu'ils apprennent qu'ils font désormais partie des parias!

Ne pas connaître les règles d'un système ni ne pouvoir en sortir sont deux traits caractéristiques d'un régime totalitaire. Sur son blog, Doug Casey relate le fonctionnement du crédit social dans le monde réel:

"[Une] étudiante de 16 ans de Jiangsu, en Chine, tenta de prendre le train. Elle n'arriva même pas à acheter un ticket. L'étudiante, Zhong Pei, essayait de s'inscrire à des cours de son université ; mais elle n'y parvint pas davantage. Zhong avait commis un crime grave: elle était coupable d'être en relation avec quelqu'un d'autre.

Son père avait tué deux personnes dans l'accident de voiture dans lequel il avait trouvé la mort. Le gouvernement chinois inscrit donc sa fille sur une liste de personnes "malhonnêtes".

Il lui fallut quatre mois de démarches pour annuler cette décision et pouvoir se rendre à son université."


L'anecdote remonte à 2015, aux prémices du mécanisme de crédit social actuel. Il n'est pas sûr qu'elle se serait aussi bien terminée aujourd'hui.

Dans une vidéo sur le crédit social, Paul Joseph Watson nous apprend que les citoyens sont punis d'un abaissement de leur score de crédit pour s'être adonné à des comportements socialement répréhensibles, notamment:

  • Être un mauvais conducteur de voiture ;
  • Fumer dans un train ;
  • Acheter trop de jeux vidéo ;
  • Acheter trop de Junk Food ;
  • Acheter trop d'alcool ;
  • Appeler un ami qui a un mauvais score de crédit social ;
  • Propager la diffusion de "fake news" en ligne [selon la définition du gouvernement, naturellement] ;
  • Critiquer le gouvernement ;
  • Aller sur des sites web non autorisés ;
  • Promener son chien sans lui mettre une laisse ;
  • Laisser son chien aboyer trop souvent.

Réjouissons-nous, la liste des mauvaises actions s'allonge chaque jour. On apprend ainsi que les étudiants chinois sont maintenant filmés pour leur comportement en classe - s'ils discutent, ou regardent trop leurs téléphones plutôt que le tableau...

Un futur de jugement permanent

La technologie en soi n'a rien de bien ou de mal ; elle n'est qu'un outil. Le reste dépend de ce que l'on veut en faire. Malheureusement, l'idée n'a rien de rassurant lorsque les progrès technologiques fulgurants entrent en ligne de compte. L'avancée de l'intelligence artificielle et de l'analyse de données permet aujourd'hui d'envisager un contrôle de la population que les auteurs de science-fiction du passé n'auraient même pas imaginé.

chine,surveillance,informatique

Le plus effrayant est la ferveur avec laquelle les États du monde soi-disant libre s'empressent d'emboîter le pas à leurs homologues du régime collectiviste chinois. Ils ont toujours d'excellentes raisons: prévention du crime, surveillance contre le terrorisme, lutte contre les fake news ou la propagation de rumeurs...

Nul doute que les ingénieurs sociaux qui sommeillent - oh, si peu! - chez tous les politiciens appartenant à des partis collectivistes se féliciteront de cette évolution. En France, imagine-t-on la facilité de ficher et punir tout individu manifestant aux côtés des Gilets Jaunes? En Suisse, imagine-t-on l'envie de certains de pénaliser ceux qui trient mal leurs déchets ou achètent trop de produits emballés avec du plastique?

Aux États-Unis, on envisage le précrime de Philip K. Dick, basé là encore sur des comportements anormaux. Enfermer des gens pour des crimes qu'ils vont "probablement" commettre.

Et tout le monde sera d'accord - et en réalité, est déjà d'accord - avec l'idée d'interdire l'accès aux réseaux sociaux et de priver de liberté d'expression les gens dont l'opinion politique leur déplaît. Il y aurait directement matière à produire une série sur Netflix, mais personne ne produira cette série, parce que l'hypothèse séduit. La Silicon Valley est déjà en train d'implémenter son propre mécanisme de crédit social.

À moins d'une vigilance dont la classe politique occidentale semble singulièrement dépourvue, nous y passerons tous. Les promoteurs de ces systèmes seront les premiers à protester lorsqu'ils se feront pénaliser pour des histoires de selfies, des insultes à un policier ou un appétit sexuel mal maîtrisé ; le résultat sera là et il sera trop tard pour se plaindre - à supposer que leur nouveau statut de paria leur accorde encore le droit de s'exprimer.

"On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs", rétorquera-t-on sans doute. Pas fous, les politiciens seront les premiers à s'octroyer des passe-droits dans la notation du crédit social, ou à couler leurs adversaires politiques - des "dysfonctionnement" qui ne seront jamais vraiment corrigés. Quant aux plus riches, ils n'auront que faire des interdictions d'avion, ils disposent de leurs jets privés. Le reste de la population n'aura pas tous ces avantages, et devra accepter très vite sa nouvelle condition d'esclave.

Un like sur un post polémique sur Facebook fera reculer votre dossier de bail pour l'appartement que vous convoitez. La présence sur votre smartphone d'une application que le gouvernement déconseille nuira à vos chances de décrocher un emploi. Les déboires alcoolisés de votre frère mineront la perspective de trouver une place en crèche pour votre fille.

Bienvenue dans le futur.