28 octobre 2019

Le chef de l'État Islamique est mort comme un chien, tant mieux

"[Abou Bakr al-Baghdadi] est mort comme un chien, il est mort comme un lâche, il gémissait, criait et pleurait."

Voilà comment Donald Trump a annoncé le succès de la mission commando visant à éliminer le chef de l'État Islamique au Moyen-Orient, en fuite depuis des années.

"La nuit dernière, les Etats-Unis ont traduit en justice le leader terroriste numéro un dans le monde", a déclaré Trump dans une allocution prononcée devant la Maison Blanche. "Abu Bakr al-Baghdadi est mort."

"La disparition de Baghdadi montre la poursuite implacable des États-Unis contre les dirigeants terroristes et notre engagement en faveur de la défaite totale et durable de l'Etat islamique et d'autres organisations terroristes", a ajouté M. Trump.

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Le repaire d'al-Baghdadi, détruit après le raid (capture de vidéo)

Depuis l'annonce de dimanche nous en savons plus sur l'opération qui eut lieu en Syrie.

L'opération commando

Baghdadi avait longtemps échappé à des attaques contre lui, au point d'avoir été annoncé mort plusieurs fois de façon prématurée. Les Américains avaient lancé des offensives jusque pendant ces dernières semaines. Mais la CIA commença à recevoir des informations "surprenantes" sur la localisation générale de Baghdadi au cours de l'été. Selon ces informations, il se cachait dans un village situé au cœur de la partie du nord-ouest de la Syrie contrôlée par des groupes fondamentalistes rivaux. Selon le NYT, les Kurdes syriens et irakiens auraient été extrêmement utiles pour fournir ces informations. Le dernier indice qui a contribua à permettre le raid vint après l'arrestation et l'interrogatoire de l'une des épouses de Baghdadi et d'un courrier, rapporta le quotidien américain.

Selon un ingénieur syrien qui se serait entretenu avec des villageois vivant à proximité du lieu du raid, Baghdadi aurait cherché refuge chez Abou Mohammed Salama, commandant d'un autre groupe extrémiste, Hurras al-Din. Le destin de Salama n'est pas encore clair.

Alors que les forces américaines se préparaient au raid, Trump arriva à la Maison-Blanche samedi vers 16 heures, en cortège motorisé. Il se précipita dans la salle des opérations, accompagné du vice-président Mike Pence, du conseiller à la sécurité nationale Robert O'Brien, du secrétaire à la Défense Mark Esper et de dirigeants militaires. Ils assistèrent à l'opération, lancée à 0h40 heure locale et qui dura deux heures, alors que des hélicoptères de la société turque Incirlik atterrissaient et que les forces spéciales américaines assaillaient le complexe. Les Russes furent consultés pour laisser passer les appareils. Un soldat arabophone demanda aux civils d'évacuer la zone avant l'assaut. 3 hommes, 3 femmes et un enfant périrent dans celui-ci. Les commandos pourchassant Baghdadi le poursuivirent jusque dans un tunnel sans issue où il "mourut comme un chien", selon la déclaration du Président Trump, en actionnant vraisemblablement un gilet explosif.  Un chien des commandos fut blessé.

Baghdadi fut démembré dans l'explosion mais sa tête fut en suffisamment bon état pour permettre une identification biométrique. Les commandos auraient aussi disposé d'un échantillon d'ADN de sa propre fille pour faciliter son identification.

Malgré l'apparente précision des paragraphes précédents un certain flou subsiste sur les détails, notamment le nombre de victimes - selon certains, Baghdadi aurait été en compagnie de trois de ses enfants lorsqu'il se serait donné la mort - ou sur les méthodes d'identification du cadavre. Nous en saurons plus les prochains jours.

"L'austère savant en religion", "L'amateur de football" et autres regrets

La présentation par les médias de la mort de l'ennemi public numéro 1 fut pour le moins... surprenante, comme ce titre du Washington Post:

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"Abu Bakr al-Baghdadi, austère savant en religion à la tête de l'État Islamique, meurt à 48 ans"

Ou encore celui de Bloomberg News:

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"Le chef de l'État Islamique Abu Bakr al-Baghdadi se transforma, d'un enseignant en récitation coranique peu connu, en dirigeant autoproclamé d'une entité couvrant de vastes zones de Syrie et d'Irak"

Le traitement de l'information était tellement décalé qu'il donna lieu à des parodies ; "Mao Zedong, austère révolutionnaire culturel et avocat de la rééducation des adultes, meurt à 83 ans" ou "Adolf Hitler, aspirant-artiste à la tête du mouvement de réunification allemande, meurt à 56 ans".

Mais l'affaire ne concerne pas que les titres. Pour la presse romande, Le Matin, 20 Minutes ou le 24 Heures livrèrent chacun lundi le même bouillon à base de " Baghdadi, un passionné de football au destin d'avocat ou de militaire contrarié par des résultats scolaires insuffisants et une mauvaise vue..." avant de les changer plus tard dans la journée.

Oubliées, les exactions de l'État Islamique, la violence inouïe de ses sbires, ses viols, ses tortures systématiques, ses exactions sanglantes sur femmes, enfants et prisonniers... Il brûla un prisonnier enfermé dans une cage et diffusa la vidéo sur Internet, se livra à des décapitations de masse en les diffusant tout autant, et la liste serait longue.

Si un Chrétien se livrait à un centième des inimaginables exactions de Baghdadi, combien de médias se contenteraient de le qualifier "d'austère savant en religion"?

À défaut d'avoir quelque chose à répondre, on minimise

trump-smile.jpgIl y a évidemment de l'anti-Trumpisme primaire dans la réaction des médias. Il ne faut pas accorder une victoire au Président en exercice, même si on avait en son temps tressé des lauriers à Obama lorsque, dans des circonstances équivalentes, un autre commando avait éliminé Oussama Ben Laden.

Le décès d'Abou Bakr al-Baghdadi est un cauchemar pour nos médias. Trump remporte une victoire symbolique importante alors que tous les éditorialistes et les incontournables "experts" n'en finissaient pas de critiquer le "retrait" américain de Syrie. Ils en arrivent à minimiser les exactions de l'État Islamique et les responsabilités de son chef. N'en déplaise à ses contempteurs, Trump a réussi en trois ans à démanteler l'EI alors que sous Obama il est né et n'a fait que croître.

Des enquêtes finiront sans doute par révéler officiellement la porosité de l'idéologie et de l'armement (fourni par la CIA sous Obama) entre les "rebelles démocratiques syriens" et les "extrémistes de l'État Islamique", ce que tout le monde sait déjà. On attend juste que l'information parvienne enfin au grand public.

D'autres commentateurs regrettent l'emploi des termes de "lâcheté" et de "chien" contre Baghdadi car ces termes seraient particulièrement insultants pour les musulmans. Et alors? Puisque l'islam-ce-n'est-pas-ça, il n'y a aucune réserve à les employer contre une ordure du calibre d'al-Baghdadi.

20 octobre 2019

Élections fédérales 2019, la vie en vert

Il y a quatre ans, en 2015, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) n'était pas encore entrée au Bundestag. Les Anglais n'avaient pas voté le Brexit. Donald Trump n'avait pas été élu Président. Un ministre français à peine connu, Emmanuel Macron, lançait un mouvement qui l'amènerait à la présidence deux ans plus tard. Beaucoup de chose survinrent qui firent bouger les lignes, bousculèrent l'ordre établi. Pour le meilleur ou pour le pire, tout dépend de votre point de vue.

La vague du changement pourrait-elle atteindre la paisible Suisse? Et quelle forme prendrait-elle?

Nous avons désormais la réponse.

Le visage du nouveau parlement: la gauche en force

Selon un décompte encore provisoire, le Conseil national de la législature 2019-2023 devrait avoir cette allure:

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Infographie 24Heures

La poussée verte tant attendue - espérée, même, par tous les médias officiels - a bien eu lieu. Les grands frères socialistes perdent des plumes mais celles-ci sont plus que récupérées par le reste de la gauche plurielle, les Verts augmentant leur députation de 150% (passant de 11 à 28 sièges) alors que les Verts Libéraux n'augmentent la leur "que" de 130% (de 7 à 16 sièges).

Au centre-gauche, contre toute attente, le PDC résiste plutôt bien en ne perdant que deux sièges. Le PLR se voit lui aussi diminué en perdant le double, alors que les sondages d'opinion et l'atmosphère politique générale lui présageaient un retour en grâce l'an dernier encore. La seule chose qui rassurera ces messieurs est la déconfiture de l'UDC avec une perte de 11 sièges (-16% de sa représentation).

La vague verte est stupéfiante en Romandie. À Genève les Verts deviennent la première force politique du Canton avec 24% des suffrages. Dans le Canton de Vaud, ils deviennent la troisième force politique, passant devant l'UDC avec 18,8% (+7.6) contre 17,4% (-5.2). À Neuchâtel, ils doublent carrément leur score avec 20% (+10.7) et deviennent la deuxième force politique derrière le PLR. L'UDC locale boit la tasse, reléguée en cinquième position. Les Verts doublent aussi leur score dans le Jura et dans le Valais.

Les caractéristiques de la politique suisse

La vague verte déferle aussi en Suisse alémanique mais elle y est plus modeste. Les Verts augmentent leurs scores dans de nombreux Cantons, mais ne prennent pas la première place. À Zurich par exemple Verts et Verts Libéraux sont tous deux au coude-à-coude à 14%, derrière le PS (17.3%) et l'UDC (26.7%). À Soleure, ils ne sont que le cinquième parti, comme à Fribourg.

Selon moi, cette différence s'explique simplement par le traitement médiatique du sujet. Dire que les Verts ont bénéficié d'une propagande gratuite et permanente de la RTS et des journaux serait bien en-deçà de la vérité. Mais ce matraquage n'a visiblement pas eu lieu de la même façon en Suisse alémanique, et les résultats des Verts s'en ressentent.

Comme je le dis toujours en ne plaisantant qu'à moitié, les deux caractéristiques principales de la politique suisse sont l'apathie et l'habitude. L'apathie parce que plus de la moitié des citoyens ne prennent même pas la peine de voter, ce qui fait de chaque élu du pays un des moins représentatifs qui soit. L'habitude, parce que la conscience politique d'un Suisse typique se cristallise quelque part autour de vingt ans et se calcifie ensuite.

Clarifions: cette fidélité forcenée n'empêche pas la critique, loin s'en faut. Le Suisse déteste souvent le mouvement politique qu'il s'est choisi. Il n'hésite pas à démolir les candidats que celui-ci présente, la façon dont la campagne politique est menée, la pauvreté des débats, les initiatives et le programme de son parti de prédilection. Il le voue grosso modo aux gémonies. Mais ces démonstrations d'humeur n'ont pas d'importance. Le jour J, il est au rendez-vous pour mettre le bulletin habituel dans l'urne, fidèlement.

Seule une toute petite frange des Suisses change réellement d'opinion politique au cours du temps ; et c'est pour cela qu'une variation de 1.5% des scrutins un jour d'élection fédérale suffit à susciter de hauts cris dans les rédactions. (Avec ce qui vient de se produire aujourd'hui, les journalistes travaillent d'arrache-pied à trouver de nouveaux superlatifs.)

Venons-nous d'assister à une révolution? Je ne pense pas. Je pense que les médias ont fait depuis des mois un travail de propagande, un travail de fond mené de façon remarquable. Disons-le franchement, depuis des mois si ce n'est des années il n'y a pas un soir où la RTS romande ne serve au public un sujet sur la fonte des glaciers / les réfugiés climatiques / les microplastiques / Greta Thunberg / Extinction Rébellion / la pollution / la température dans un siècle. Le thème est inépuisable, l'actualité tout autant. La propagande fut - fortement - dosée pour susciter l'adhésion des apathiques sans irriter les éveillés plus qu'il ne fallait.

Les élections d'aujourd'hui font déjà bruisser tous les instituts de sondages et les chercheurs d'opinion, et je pense qu'ils confirmeront mes analyses: selon moi, la plus grande partie des nouveaux électeurs écologistes de ce scrutin seront des gens qui ne votaient pas d'habitude, et non des convertis venus d'autres partis. Il y aura une proportion non nulle de Suisses qui n'ont pas voté comme d'habitude - un écart de conduite, en quelque sorte, vis-à-vis du parti dont ils se sont fait tatouer les initiales sur l'épaule - mais cette proportion restera petite.

Cependant, la vague verte est bien plus que cela. D'où vient le reste?

Selon moi, il vient de nulle part. Ce n'est pas une vague verte, c'est une absence.

Je pense simplement que les électeurs traditionnels ont été plus démobilisés que d'habitude. Mobilisation exceptionnelle des écologistes + écart de conduite (notamment des socialistes) + démobilisation particulière des partis traditionnels = vague verte.

Prenons l'exemple de Genève, ville engloutie sous la vague verte s'il en est. Peut-on croire que les Verts ont soudainement conquis un quart de l'électorat?

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Infographie 24Heures

Bien sûr que non. De nouveaux électeurs Verts sont arrivés sur le marché, ainsi que des transfuges socialistes, alors que l'UDC restait chez elle - trop diabolisée peut-être - et que les PLR et les PDC restaient eux aussi chez eux, dégoûtés de l'affaire Maudet / Dal Busco.

Voilà l'explication posée. Mais que va-t-il se passer ensuite?

La Suisse sous un régime de centre-gauche

Ce 20 octobre 2019 n'est pas que le passage de la vague verte ; c'est aussi la première fois depuis la fondation de la Suisse moderne que la gauche est en mesure d'imposer un gouvernement de centre-gauche.

Je pense qu'elle ne va pas s'en priver.

Pour la gauche le programme, les valeurs affichées, les objectifs annoncés ne sont que des moyens. Le pouvoir est le but. Pendant la campagne les affiches genevoises du PS invitaient les électeurs à se mobiliser pour "renverser la majorité": c'est désormais chose faite.

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La formule magique et ce genre de traditions sont des pis-aller désuets que la gauche consent à suivre seulement quand elle ne peut faire autrement. Arithmétiquement, le futur gouvernement devrait être de deux UDC, deux PLR, deux PS et un Vert en remplacement du PDC ; mais les bulletins étaient à peine dépouillés que la présidente des Verts Regula Rytz s'exprimait sur la SRF en revendiquant déjà le siège du PLR. "Le Conseil fédéral, dans sa composition actuelle, ne correspond plus aux majorités actuelles". CQFD.

Quel que soit le nouveau Conseil fédéral, il aura au moins quatre sièges à gauche. Il n'est pas impossible non plus que les ambitieux fassent preuve d'appétit et proposent un vrai gouvernement d'union de gauche avec deux socialistes, deux Verts, deux PDC et un Vert-Libéral, reléguant PLR et UDC dans l'opposition. Il suffira aux journalistes de justifier "l'urgence climatique" en boucle et les benêts applaudiront à tout rompre.

Les jours qui s'annoncent vont être sombres pour la Suisse. Les Verts ne sont pas des écologistes sympas mais des extrémistes aussi à gauche que les communistes. Les taxes, les amendes, le flicage des poubelles et les interdictions vont pleuvoir. Les automobilistes vont souffrir, l'énergie va être rendue hors de prix, ce qui provoquera récession économique et appauvrissement généralisé.

La classe moyenne helvétique va rapidement découvrir ce qu'il en coûte de choisir d'aller se promener le dimanche en laissant d'autres choisir à sa place.

Ce soir, pour l'avenir de ce pays, je souhaite me tromper. Je souhaite que mon pessimisme soit excessif. Je crains qu'il ne le soit pas.

17 octobre 2019

Pour désinformer, il faut commencer tôt

D'innombrables études le prouvent, l'équilibre droite-gauche au sein d'une population dépend énormément de la classe d'âge. L'opinion politique des gens va vers la droite en vieillissant. Les jeunes sont plus gauchistes que leurs aînés et changent en prenant de la bouteille, comme le résume la célèbre formule: "à vingt ans, celui qui n'est pas de gauche n'a pas de cœur ; à trente, celui qui n'est pas de droite n'a pas de cervelle."

Sachant cela, les tentatives permanentes d'un bord de l'échiquier politique pour accorder le droit de vote à 16 ans s'expliquent aisément. Le but est clair, il faut contrer les vieux. À défaut d'emporter l'adhésion, on se contente de modifier la composition du corps électoral. Ce n'est qu'une des nombreuses façons d'atteindre l'objectif, plusieurs étant tentées simultanément.

Mais pourquoi les jeunes sont-ils plus à gauche que le reste de la population?

La jeunesse a ses propres faiblesses vis-à-vis de la politique ; elle se passionne facilement, manque de recul, croit aux discours de fin du monde, et pense que la responsabilité du futur lui incombe à elle seule. Mais à ces traits de caractère somme toutes véniels s'en rajoute un autre: la vulnérabilité à la propagande.

Rentrons dans le détail avec un exemple, ta_ta_ki.

Ta_ta_ki, kesako?

Vous n'en aviez jamais entendu parler avant, et c'est bien normal si vous avez plus de vingt-cinq ans.

Ta_ta_ki est un canal disponible sur Instagram, qui traite de sujets à destination des 15-25 ans. Il a une certaine popularité avec plus de 26'000 abonnés - pas mal sur ce créneau dans la petite Romandie. L'information est fréquemment renouvelée, colorée, courte, drôle si possible, mais surtout, très engagée. Aux antipodes d'une production naïve "par des jeunes pour des jeunes", on a affaire à des professionnels qui maîtrisent leur sujet et visent leur cœur de cible avec la subtilité d'un pitbull.

L'existence de Ta_ta_ki ne doit rien au hasard. "Découverte, décryptage, lifestyle et relations sociales, tels sont les angles exploités par la nouvelle entité pure player du Service public romand" nous dit-on avec le charabia marketing de circonstance. Autrement dit, Ta_ta_ki est une antenne de la RTS. La chaîne est pilotée par Manon B., une jeune femme de 31 ans qui a fait des études de sciences politiques à l'UNIL et un master de journalisme et communication à l'UNIGE - le cursus idéal pour bien manipuler informer le public. Papa est président d'une association qui, hormis son activisme écolo-conscient, travaille conjointement avec des entreprises pour promouvoir l'Accueil des Migrants Mineurs non Accompagnés, l'Égalité des Femmes et le Développement durable. Maman travaille dans l'association NELA, dont la mission est de développer "une structure de soutien à la transition des jeunes migrants, par parrainage socioéducatif". Certes, les opinions politiques des parents ne présagent pas à 100% de celle de leurs enfants, mais la pomme tombe rarement loin de l'arbre, comme on dit.

Rien de mieux qu'une petite visite sur Ta_ta_ki pour en avoir le cœur net...

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Quelques-unes des dernières contributions de la chaîne avant les élections fédérales 2019.

Au milieu de quelques vignettes humoristiques ou motivantes (montrant je suppose des Suisses typiques de 2019), l'initiative It's a match? vise à "aider les jeunes à choisir" de quel candidat ils se sentent le plus proche. Une campagne qui mérite le détour.

Opération Manipulation

À première vue, rien de bien extraordinaire: cinq interviews de cinq candidats des plus grands partis de Suisse ("5 représentant-e-s des sections jeunes des principaux partis politiques" explique Ta_ta_ki, l'écriture inclusive faisant partie du package).

À gauche des femmes sont interviewées, à droite des hommes. Hasard également, la candidate souriante des Jeunes PS est une femme de couleur - on sera bien en peine de trouver l'équivalent parmi les élus actuels du PS. Cela ne risque pas de changer avec les prochaines élections non plus, parce qu'il n'y a pas un seul candidat de ce type sur les listes officielles du parti. Ceux-là sont relégués sur des listes exotiques ou jeunes, des porteurs d'eau pour la liste principale.

Mais revenons à ces interviews. Courtes et rythmées, elles balancent à l'écran des thèmes auxquels l'interviewé répond simplement "pour" ou "contre", le plus vite possible avec un mouvement de balayage. L'exercice permet de piéger facilement les interviewés. Je préviens d'avance mes lecteurs: ces vidéos sont un supplice à regarder. Pour les courageux, voici les liens: UDC, PLR, PDC, Socialiste, Vert.

Concentrons-nous sur deux d'entre elles: l'UDC et le PS.

greta_ttk.jpgL'UDC est représentée par Oliver Rumo des Jeunes UDC fribourgeois. Le candidat de 21 ans se prête aux deux minutes et demie du jeu selon les instructions reçues: il lance les images d'un bord à l'autre de l'écran le plus vite possible. Les sujets défilent: "Suicide assisté? Pour. Mariage pour tous? Pour. Taxes sur les billets d'avion? Non, déjà trop cher maintenant..." chacune de ces questions mériterait une soirée de débat à elle seule, et ne font même pas consensus au sein de l'UDC.

Les images s'enchaînent par dizaine, parfois sans le moindre rapport avec les sujets politique actuels. Le porno? L'écriture inclusive? L'aigle de Shakiri? Le revenu universel, bien qu'il ait été balayé dans les urnes il y a trois ans par 76,9 % des votants?.. La vitesse ralentit un peu seulement pour se moquer, comme lorsqu'on pose la question de l'hymne national que le malheureux est évidemment invité à chantonner. Une limite d'âge maximale pour voter? Contre, mais peu importe: on voit que chez certains l'idée est dans les cartons, il s'agit donc de l'implanter dans l'opinion. Le Véganisme? "Pour, ça fait plus de viande pour moi". Après de nombreuses images la séquence se clôt sur la question du fromage vegan ("Non parce que c'est pas du fromage") et Beyoncé ("Non mais pas parce qu'elle est noire.")

port_du_voile.jpgLe PS est représenté par une autre fribourgeoise, Immaculée Mosoba de la liste de la Jeunesse socialiste, 25 ans. La séquence est entièrement différente. Le rythme est plus lent. La jeune femme a parfois droit à plusieurs phrases d'explication sur certaines images (montées pour garder le côté rythmé), ce qui lui donne l'air beaucoup plus intelligente et réfléchie, et tant pis si elle traite moins de sujets. Mais ce qui interpelle immédiatement, c'est que certaines questions sont différentes. Uber? Contre. Le Vote à 16 ans? Pour. Le port du voile à l'école? Pour.

On ne verra pas de questions sur l'accord-cadre avec l'Union Européenne, pourtant décisif pour l'avenir de la Démocratie directe ; on ne remettra pas en cause l'assurance-maladie qui étouffe la classe moyenne ; on ne parlera pas de l'initiative contre l'Immigration de Masse qui fut tout simplement ignorée par les élus à Berne, ni du Renvoi des Criminels Étrangers qui fut édulcoré par les mêmes. En fait il n'y a pas une seule question sur les migrants, les frontières, la criminalité ou l'effondrement en cours des assurances sociales.

Il est clair que ni Oliver Rumo ni Immaculée Mosoba n'ont choisi leurs questions - on les a choisies pour eux, à dessein. La manipulation la plus éhontée est dans la séquence de Mosoba. Le port du voile à l'école n'est qu'un apéritif ; un peu plus loin on lui pose une suite de questions sur le Burkini ("Pour, si elles se sentent mieux en burkini qu'en maillot de bain"), le menu hallal à l'école ("Pour") et les chemises à manches courtes ("Pour, pourquoi pas?" répond-t-elle en riant).

Pourquoi demander à une candidate à une élection au Conseil National ce qu'elle pense des chemises à manches courtes? À priori, cela ne semble avoir aucun sens. Il n'est pas question de discuter à Berne du port des chemises à manches courtes. Mais du foulard islamique ou du burkini, oui. Il faut se donner la peine d'y réfléchir cinq minutes pour comprendre. La juxtaposition des questions est conçue pour donner l'impression que le burkini est équivalent au port de chemises à manches courtes. Cette séquence de questions est donc construite pour amener le spectateur à couper le lien entre le burkini et le prosélytisme musulman. Je-m'habille-comme-je-veux, tiens, aujourd'hui je porte un burkini. Et demain une chemise à manches courtes. Ce ne sont que des vêtements.

Il faut une belle connaissance des ressorts de la manipulation pour mettre en place ce genre de désinformation quasi subconsciente. Goebbels serait fier d'une telle séquence.

Entendons-nous bien: Oliver Rumo pas plus qu'Immaculée Mosoba ne seront élus dimanche au Conseil National. Sur des listes "alternatives" des grands partis, ils n'ont aucune chance. L'un comme l'autre ne sont que des outils à travers lesquels Ta_ta_ki imprègne le public-cible de son message, et donne une image de leurs partis respectifs.

L'objectif est pleinement atteint: vue plus de 136'000 fois, la vidéo d'Oliver Rumo est assortie d'une avalanche de près de 3'000 commentaires dont les quatre-cinquièmes oscillent entre le négatif et le franchement haineux.

Les jeunes ont un intérêt pour l'UDC, le nombre de vues de sa vidéo le prouve. Mais ensuite, grâce à Ta_ta_ki, le plus grand parti de Suisse se voit présenté d'une façon simpliste et repoussante, afin de susciter l'hostilité et le dégoût. Plus d'une centaine de milliers de jeunes Romands ont été imprégnés de ce message avant même d'avoir l'âge de voter. L'objectif est donc pleinement atteint, ce qui interpelle certains.

Merci la RTS et son antenne "jeune".

06 octobre 2019

Quand l'État Français éprouve à son tour un "sentiment d'insécurité"

Dans l'affaire de "l'attaque au couteau à la Préfecture de Police" de Paris, tout a été tenté pour essayer d'étouffer dans l’œuf l'hypothèse de l'attaque terroriste islamique. Mais il suffit de lire Le Figaro du jeudi 3 octobre pour voir que la digue commençait déjà à se lézarder.

La préfecture de police reste extrêmement prudente sur la piste terroriste [pourquoi?]. Si cette hypothèse n’est pas écartée, la piste d’un différend d’ordre privé était aussi évoquée, sans qu’aucune source officielle ne le confirme. Dans une confusion totale, certains parlaient jeudi d’une «peine de cœur». D’autres affirmaient que l’attaquant, converti à l’islam il y a dix-huit mois, aurait été convoqué par sa responsable pour un entretien visant à savoir pourquoi il ne saluait plus les femmes. (...) Le procureur de Paris a indiqué avoir «ouvert une enquête (...) C'est bien pour le moment le parquet de Paris [Et non le parquet national antiterroriste] qui reste saisi», a-t-il ajouté.


À ce moment l'épouse de l'islamiste jouait déjà un double-jeu:

L'épouse de l'assaillant a été placée en garde à vue. Entendue par les enquêteurs, celle-ci a déclaré que son mari aurait eu des visions et entendu des voix la nuit qui a précédé son passage à l'acte, ont appris FranceInfo et BFMTV de sources proches de l'enquête. Toujours selon elle, son mari était alors incohérent. L'épouse de l'assaillant a également indiqué aux enquêteurs que son mari avait le sentiment de ne pas être reconnu par sa hiérarchie à sa juste valeur et n'avait pas eu, selon lui, la progression qu'il méritait, rapporte FranceInfo de source policière.


Las! Les menus détails s'accumulèrent assez vite. À Gonesse dans le Val d'Oise, un habitant vivant dans la résidence de l'assaillant assura aux enquêteurs qu'il aurait crié "Allah Akbar !" à deux reprises vers 3-4h du matin, la nuit précédant l’équipée meurtrière. Pas de chance, ce témoin était policier. Et l'information fut confirmée par un second voisin.

On apprit également, pêle-mêle:

  • que l'individu, Mickaël Harpon, était converti à l'islam depuis une dizaine d'années ;
  • qu'il avait été signalé à sa hiérarchie après avoir "célébré" l'attentat contre Charlie-Hebo en janvier 2015 ;
  • que ces quatre dernières années, le comportement de cet agent administratif avait plusieurs fois "attiré l'attention" ;
  • qu'il avait acheté, le jour même de son attentat un couteau de 33 cm de long avec une lame de céramique pour franchir les détecteurs de métaux des portiques (certains syndicalistes osèrent prétendre que c'était un couteau "pour son casse-croûte" !) ce qui implique la préméditation ;
  • qu'une des victimes, vraisemblablement la première, fut égorgée (des "blessures à la gorge" en novlangue) ;
  • qu'il se rendait régulièrement dans une mosquée du Val-d'Oise dont le prédicateur était connu de la DGSI ;
  • qu'il avait troqué depuis quelques mois ses tenues occidentales pour des habits musulmans traditionnels lorsqu'il se rendait dans cette même mosquée ;
  • que le matin de la tuerie il avait refusé de saluer les femmes, et que ses relations avec les femmes de son milieu professionnel s'étaient progressivement dégradées ;
  • qu'il avait fait l'objet d'une condamnation pour violences conjugales, avec dispense de peine, par le tribunal de Pontoise le 28 octobre 2009, suivie d'un blâme administratif ;
  • qu'il échangea 33 SMS "à connotation exclusivement religieuse" avec son épouse entre 11h21 et 11h50, moins d'une demi-heure avant l'acquisition des couteaux et une heure avant de passer à l'acte. Son dernier message: "Allah Ouakbar, suis notre Prophète et médite le coran".

C'est dans ces circonstances et après un examen "rigoureux et approfondi" que le Parquet national antiterroriste français décida que, oui, finalement, la piste terroriste islamique méritait bien d'être examinée...

Il n'est de pire aveugle...

Mis bout à bout, ces éléments - certains consécutifs au drame, mais bien d'autres, non - brossent un tel portrait de Mickaël Harpon qu'on se demande comment le service de Renseignement de la police a pu rester aveugle à ce qui se passait au sein de ses propres murs.

Paris-prefecture-de-police.jpg

Rappelons que M. Harpon travaillait depuis 2003 au service de maintenance informatique du département. Citant Le Point:

En charge de la maintenance des ordinateurs du millier de fonctionnaires du renseignement parisien, [le terroriste] avait accès à des informations ultrasensibles, entre autres celles en lien avec l'islam radical. Il disposait d'une habilitation secret-défense, situation qui impose une enquête administrative approfondie. « Il disposait notamment des adresses de chaque fonctionnaire », s'inquiète un policier. (...)


On devine que ces informations "ultrasensibles" ont dû être bien partagées au sein des milieux islamistes, permettant à beaucoup de gens de savoir à quoi s'attendre de la part de la police. L'attaque au couteau était meurtrière, mais que penser d'une faille de sécurité majeure, qui dure probablement depuis des années?

Les dénégations et les explications habituelles sur la base de l'incompétence et du manque de communication ne valent qu'un moment. Les journalistes du Point rapportent que des policiers auraient reçu des pressions pour ne pas dénoncer leur collègue:

Des policiers, sous couvert de l'anonymat, évoquent (...) des pressions sur des membres de la DRPP pour ne rien révéler des alertes passées sur le comportement de l'adjoint administratif. Quelques-uns en ont fait état à la Crim', refusant que leurs propos soient consignés sur procès-verbal.

Les autorités ont-elles cherché à minimiser la réalité ou, à tout le moins, retarder l'échéance de l'annonce d'un acte terroriste commis de l'intérieur ?


Quelle autre hypothèse, sinon? Tout le monde aurait évidemment préféré que cette tuerie soit l'œuvre d'un simple "dément", un "fou furieux" sans lien avec l'islam, qui, on le sait bien, "n'est pas ça". Un délégué syndical VIGI police confirma que "la Préfecture de police a essayé d’occulter la radicalisation. On a voulu nous orienter vers la piste de la démence."

Le sujet est éminemment politique.

FranceInfo révéla que la radicalisation au sein des forces de police concerne plusieurs dizaines de personnes:

"Le directeur général de la police nationale indiquait au mois de juin dernier que sur 150'000 fonctionnaires de la police nationale, 28 faisaient l'objet d'un suivi pour radicalisation" a précisé Jean-Charles Brisard [président du Centre d'Analyse du Terrorisme]. "S'agissant de la préfecture de police spécifiquement, l'ancien préfet de police, Michel Delpuech, indiquait quant à lui, que sur 43'000 agents, une quinzaine avaient fait l'objet d'un signalement, une dizaine pour suspicion de comportement radicalisé, et 5 cas de fonctionnaires en contact avec des milieux radicalisés."


Encore ne s'agit-il là que de la partie émergée de l'iceberg. Pour chaque individu fiché et surveillé, combien de Mickaël Harpon naviguent en eaux troubles?

castaner_sympa.jpgMais admettre cela, c'est admettre que les menaces viennent de l'islamisme et non des gilets jaunes ou de l'extrême-droite ; c'est admettre que les services de renseignement sont défaillants depuis des années ; c'est admettre que les politiciens le sont aussi (M. Castaner est assez symptomatique de cette caste où la morgue le dispute à la malhonnêteté, tant ces gens sont obnubilés par le fichage de leurs opposants politiques). Finalement, admettre cela, c'est reconnaître qu'il faut repartir à zéro, un chantier qui s'annonce immense et une remise en question qui laissera des traces.

Alors, sans surprise, on préfère mentir et privilégier, au forceps, la thèse de la démence. Comme c'est pratique!

Le déni n'offre aucune sécurité

Quelque chose me dit que les pouvoirs publics français vont se livrer à un profilage beaucoup plus poussé et beaucoup moins politiquement correct des personnes qui sont en mesure de côtoyer les puissants. Les chauffeurs, les cuisiniers, le personnel de chambre de l’Élysée et tutti quanti vont repasser au crible, et pas qu'un peu. Lorsque cela se saura, les accusations de racisme et les imprécations à base de Droits de l'Homme ne vont pas manquer, ce qui sera amusant à regarder.

Mais que vaut une vérification des antécédents faite par une organisation policière qui n'a même pas été capable de déceler un islamiste radicalisé au sein de son propre service de renseignement? Voilà la pensée qui va en empêcher plus d'un de trouver le sommeil. Et c'est salutaire. Les tours d'ivoire doivent être abattues, et leurs occupants redescendre sur terre. Il est temps pour certaines élites françaises de ressentir ce fameux "sentiment d'insécurité" dans lequel baignent les Français depuis des années.

03 octobre 2019

Trump et le piège ukrainien

Un vent de fureur semble s'être emparé des Démocrates américains, qui se sont désormais officiellement lancés dans la procédure d'Impeachment, une destitution légale du Président. Leurs motifs remontent au jour noir de l'élection de Trump, mais une goutte vient faire déborder le vase: l'affaire du coup de fil ukrainien.

Les médias (en Europe et aux États-Unis) oscillent entre l'hystérie et l'éructation dès que Trump est concerné. Comme il est difficile d'enquêter correctement au beau milieu des deux minutes de haine anti-Trump quotidiennes, faisons le travail dont aucun journaliste n'est plus capable...

Le Narrative ukrainien

Commençons par établir la version de l'histoire, un narrative comme disent les médias, comportant des faits suffisamment graves pour lancer une procédure de destitution d'un Président.

Les Démocrates présentent une histoire où Trump conspire avec un leader étranger dans le but d'interférer avec les élections présidentielles américaines de 2020, en salissant le principal adversaire de Trump d'après les sondages, c'est-à-dire Joe Biden, l'ancien Vice-Président d'Obama. Trump ferait donc exactement ce dont il accuse les Démocrates depuis 2016, lorsqu'il leur reproche d'avoir monté un faux "dossier russe" pour miner sa présidence ; au faux "dossier russe" du clan Clinton de 2016, il rétorquerait avec un faux "dossier ukrainien" visant cette fois-ci Joe Biden.

Le point d'orgue de ce crime est un coup de fil passé par Trump à son homologue ukrainien Volodomyr Zelensky, lorsque Trump l'appelle pour le féliciter de sa victoire électorale. Dans celle-ci, il demande carrément à M. Zelensky de trouver de quoi salir M. Biden.

Trump_on_phone.jpg

Lisons la façon Adam Schiff, ténor démocrate et Président de la Commission du Renseignement de la Chambre des Représentants, parle de cet appel devant les médias et les élus du peuple américain:

Et quelle est la réponse du Président? Eh bien, cela se lit comme un coup monté classique du crime organisé. En substance, le président Trump lance comme suit: "Nous avons été très bons avec votre pays. Très bons. Aucun autre pays n'a fait autant que nous. Mais vous savez quoi, je ne vois pas beaucoup de réciprocité ici. Vous savez ce que je veux dire? J'entends ce que vous voulez. J'ai une faveur que je veux de votre part cependant. Et je vais le dire seulement sept fois, alors vous feriez mieux de bien écouter. Je veux que vous traîniez dans la boue mon adversaire politique, vous comprenez? Beaucoup de saleté, sur ceci et sur cela. Je vais vous mettre en contact avec des gens, et pas n'importe qui. Je vais vous mettre en contact avec le procureur général des États-Unis - mon procureur général, Bill Barr -, il a tout le poids de la police américaine derrière lui. Et je vais vous mettre en contact avec Rudy, vous allez l’aimer. Croyez-moi. Vous savez ce que je vous demande, je ne vais donc le dire que quelques fois de plus, de plusieurs manières. Et ne m'appelez plus. Je vous appellerai quand vous aurez fait ce que je vous ai demandé."


Pire encore, préalablement à son appel, Trump aurait retenu le versement d'aide militaire américaine en Ukraine pour mieux faire pression sur M. Zelensky.

Par chance, l'appel aura été rapporté par un courageux lanceur d'alerte (et agent de la CIA), ce qui permit aux Démocrates de révéler à leur tour l'affaire aux médias et au peuple américain, lançant dans la foulée une procédure de destitution.

Un étrange coup de fil

Depuis sa présentation, le narrative ci-dessus n'en finit pas de prendre l'eau, tant et si bien qu'il coule auprès de tous ceux qui s'intéressent un tant soit peu à ce dossier.

Quelques détails mineurs: le récit du coup de fil relaté par Adam Schiff ci-dessus est entièrement inventé. Livré sans aucune mise en garde ni aucun filtre au Congrès et diffusé en boucle sur toutes les chaînes de télévision, il ne s'agit pas des propos tenus par Trump (dont Adam Schiff était au courant) mais seulement de l'interprétation d'Adam Schiff - lequel, coincé par la déclassification de la transcription de l'appel, fut bien obligé d'avouer, énervé et contrit, que son intervention n'était qu'une parodie et qu'il fallait la prendre comme telle. On ne rit pas. Au beau milieu d'une procédure aussi cruciale pour le Gouvernement américain, cela fait un peu tache.

Une fois rendu disponible, tous les médias se penchèrent donc sur le verbatim de l'appel entre Donald Trump et Volodomyr Zelensky. Certains, comme ABC, CNN, MSNBC, CBS, et NPR citèrent une partie de la conversation de cette façon:

"Je voudrais que vous nous fassiez une faveur (...) On parle beaucoup du fils de Biden et du fait que Biden ait arrêté l’enquête et beaucoup de gens veulent en savoir plus sur le sujet, donc cela serait formidable si vous pouviez vous pencher dessus."


Pour situer la bonne foi de ces médias, rien ne vaut une image qui montre ce qui est caché par l'ellipse "(...)":

ellipse_ukraine.jpg
Une ellipse bien calculée (cliquez pour agrandir)

Les médias ne rapportent pas non plus la phrase consécutive, pourtant très importante: "Biden s'est vanté un peu partout qu'il est parvenu à arrêter l'enquête donc si vous pouviez y jeter un œil... Cela semble horrible à mes yeux." Nous allons y revenir.

Trump a rendu publique la conversation qu'il a eu avec le Président ukrainien Volodomyr Zelensky parce qu'il savait qu'elle ne contenait absolument rien de pénalement répréhensible, loin des accusations démocrates virant à l'hystérie.

L'appel a depuis été jugé conforme par tous les juristes consultés. Il s'agit d'une conversation raisonnable et cordiale entre deux chefs d'États. À aucun moment Trump ne menace son homologue de quoi que ce soit. Il n'y a aucun chantage, à l'inverse de ce que rapportèrent initialement les médias.

Au cours de cette conversation, Trump demande au Président ukrainien de vérifier si tout est correct dans l'arrêt soudain de l'enquête (pour corruption) visant Hunter Biden. Il est parfaitement dans son droit, parce qu'il s'agit de vérifier si l'arrêt de cet enquête est régulier. Les États-Unis ont un accord d’entraide judiciaire avec l'Ukraine.

Au cours de l'appel, Trump ne fait que de rares mentions du nom de Biden, et il fait référence au fils, pas à son père. Lorsque Joe Biden proclame que "Trump a voulu s'en prendre à un adversaire politique", il extrapole sur les intentions de Trump et les dégâts d'image éventuels. À aucun moment Trump n'évoque Joe Biden comme cible de quoi que ce soit, ni qu'il souhaite que l'enquête ne permette de l'impliquer.

Les Démocrates étayèrent leur dossier en accusant Trump de retarder le versement d'une aide militaire américaine pour mieux influer sur le Président ukrainien, mais les Ukrainiens n'apprirent le retard dans le versement des fonds que plus d'un mois après le coup de fil...

Pour finir, et c'est sans doute le plus douloureux à admettre pour certains, Joe Biden n'est pas un "adversaire politique" de Trump. À l'heure actuelle, Joe Biden n'est rien de plus qu'un citoyen américain comme les autres. Il n'a pas de mandat depuis 2017 et la fin de sa vice-présidence. Il n'est pas le candidat démocrate faisant face à Trump - le processus d'investiture du parti démocrate a à peine commencé, et compte encore 18 prétendants.

En prétextant qu'on s'attaque au processus démocratique, M. Biden fait seulement référence à des sondages d'opinion dans lesquels il est bien placé, et rien de plus. Ses piètres prestations lors des débats montrent d'ailleurs que rien n'est joué.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur la façon dont le scandale a éclaté - et dont certains démocrates semblent en avoir su plus que tout le monde avant même que le "lanceur d'alerte" de la Maison-Blanche ne trouve un écho dans les médias - mais le fait est que juridiquement, le dossier est vide.

Une petite enquête

Peut-être avez-vous remarqué que lorsqu'un "scandale dérangeant" éclate (un scandale dérangeant est un scandale qui pourrait impliquer une personnalité idéologiquement proche du journaliste) l'accent est toujours mis sur le cheminement du scandale, et jamais sur le scandale lui-même.

Transposé ici, cela revient à poser la question: que s'est-il passé avec Hunter Biden en Ukraine? Qu'est-ce que c'est que cette histoire de procureur déposé et d'enquête annulée?

Hunter Biden eut en Ukraine une carrière pour le moins météorique. Deux mois après avoir été chassé de la Navy pour consommation de cocaïne, et après avoir rendu à Hertz Arizona une voiture de location en oubliant une pipe à crack dedans, Hunter Biden, qui n'avait pas la moindre expérience dans le secteur de l'énergie, fut nommé en mai 2014 au Conseil d'Administration de la société Burisma, en Ukraine, pour un salaire annuel de 600'000 dollars. Là-bas, il put siéger aux côtés d'un revenant de la CIA, Joseph Cofer Black.

Tous ceux qui pensent que sa nomination doit quelque chose à son père, alors Vice-Président des États-Unis d'Amérique, ne peuvent être que des cyniques se complaisant dans la médisance. Et lorsqu'une campagne anti-corruption fut lancée en Ukraine, visant notamment Burisma, le risque de conflit d'intérêt entre le père et le fils ne se posa pas davantage, puisque la Maison Blanche dirigée par Obama décréta qu'il en était ainsi.

Par un curieux hasard, l'enquête contre Burisma se termina abruptement avec le renvoi du Procureur général ukrainien Viktor Shokin, en charge des investigations, par le président ukrainien Poroshenko. La raison invoquée est officiellement que M. Shokin n'avait pas assez avancé dans ses enquêtes. Viktor Shokin a une autre explication et la livre dans un témoignage du 4 septembre 2019:

6. [Le Président] Poroshenko me demanda de démissionner à cause de la pression exercée par l'Administration US, en particulier de Joe Biden, qui était le Vice-Président des États-Unis. Biden menaçait de retenir le versement d'un milliard de dollars de subsides destinés à l'Ukraine jusqu'à ce que je perde ma charge.

8. La vérité est que j'ai été forcé de partir parce que je menais une enquête sur la corruption de grande ampleur sur Burisma Holdings ("Burisma"), une entreprise de gaz naturel active en Ukraine, et dont le fils de Joe Biden, Hunter Biden, occupait un siège au Conseil d'Administration.

9. À plusieurs occasions le Président Poroshenko me demanda de regarder où en était l'enquête sur cette société et de considérer la possibilité de diminuer les actions en rapport avec cette compagnie, mais je refusai de clore l'enquête. (...) [Poroshenko] parlait avec emphase de l'arrêt de mes investigations concernant Burisma. Quand je répondis par la négative, il dit que les USA (via Biden) refusaient de libérer un milliard de dollars promis à l'Ukraine. Il me dit qu'il n'avait pas d'autre choix que de me demander ma démission.

10. Quand Poroshenko [me] demanda de démissionner, il me présenta la chose comme une action faite pour le bien du pays, et avec laquelle je devrais être d'accord, et aussi comme un geste patriotique. J'acceptai de donner ma démission sur cette base.

11. Après ma démission Joe Biden fit une déclaration publique, affirmant - et même se vantant - de m'avoir fait licencier. C'est alors qu'il devint clair que la véritable raison de mon départ était mes actions en rapport avec Burisma et l'intérêt personnel de Biden dans cette société (...)


Peut-être est-ce là le témoignage d'un homme aigri, avide d'accuser un innocent comme Joe Biden. Peut-être. Mais ceux qui croient cela feraient mieux de changer d'avis rapidement, au risque de passer pour des imbéciles. Les faits ont été confirmés de façon décontractée par Joe Biden lui-même, le 23 janvier 2018, devant un parterre de journalistes. Et tout a été filmé.

Donnons une transcription des citations les plus significatives:

J'allais à Kiev pour, je pense, la douzième ou la treizième fois. Et j'étais supposer annoncer qu'il y aurait encore une garantie de prêt d'un milliard de dollars. Et j'avais obtenu la promesse de Poroshenko et de Yatsenyuk qu'ils prendraient les mesures contre le procureur du gouvernement. Et ils ne l'avaient pas fait.

Alors ils me dirent qu'ils l'avaient fait - ils ressortaient d'une conférence de presse. Et je dis "Non, je ne vais pas - nous n'allons pas vous donner ce milliard de dollars. Ils dirent, vous n'avez pas autorité. Vous n'êtes pas le Président. Le Président a dit - Je leur dis, appelez-le [rires dans le public]. Je dis, je vous l'affirme, vous n'allez pas avoir le milliard de dollars. Je vais partir d'ici dans, je pense que c'était dans cinq ou six heures. Je les ai regardés et je leur ai dit: Je m'en vais dans six heures. Si le procureur n'est pas viré, vous n'aurez pas l'argent." Bien, fils de pute [rires dans le public]. Il a été viré. Et ils mirent à sa place quelqu'un qui était sérieux à ce moment.


N'importe quel journaliste faisant un travail d'information pourrait facilement trouver et montrer les éléments rassemblés dans ce billet. Aucun ne le fera. Les journalistes ne font pas un travail d'information, mais de propagande.

La triste réalité est que, selon un schéma convenu, les Démocrates reprochent à Trump exactement ce qu'ils ont fait en Ukraine, et en pire. Joe Biden a utilisé l'argent des contribuables américains comme un moyen de chantage pour faire pression sur un gouvernement ami pour limoger un innocent, dans le but de faire cesser une enquête anti-corruption gênante parce qu'elle pouvait atteindre un membre de sa famille.

Tout cela est prouvé, étayé, documenté, et même filmé.

Les Démocrates américains et les médias semblent croire que le grand public est trop stupide pour se rendre compte par lui-même qu'on essaye de l'enfumer avec un dossier anti-Trump aussi minable. Le futur de la procédure de destitution du Président Trump, et la cote du Parti Démocrate américain aux prochaines élections, nous diront ce qu'il en est.