09 juin 2021

5 x Non le 13 juin: réduction des gaz à effet de serre et du porte-monnaie

Finissons le tour d'horizon des votations du 13 juin par le plus insigne des objets proposés au vote, la fameuse Loi fédérale sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (loi sur le CO2).

Ce n'est pas que le reste ne soit pas important - les initiatives mettant l'agriculture en coupe réglée auront des conséquences délétères sur la vie d'un secteur économique entier, et les autres textes ont des effets symboliques forts. Mais aucun d'eux n'aura plus d'impact sur la vie des Suisses et le niveau de prospérité du pays que la Loi sur le CO2.

Précisons en préambule que cette loi, acceptée ou non, n'aura pas le moindre effet sur le climat. Rien, zilch, nada. Comme je l'ai expliqué face au Conseil Communal de Renens, si on se place du point de vue des émissions mondiales annuelles de pollution, dès le premier janvier à midi, la Chine communiste a pollué plus que la Suisse pendant toute l'année. La Suisse compte pour moins d'un demi-pourcent des émissions de gaz à effet de serre mondiaux. Si la loi passe et produit des effets vertueux, la diminution à l'échelle mondiales ne sera même pas mesurable. Même si la Suisse disparaissait dans le néant (peut-être le rêve secret de certains...) l'atmosphère terrestre ne verrait pas la différence.

Du point de vue climatique, pour ceux qui y croient, la Loi sur le CO2 n'aura aucun effet. Nous sommes donc dans le registre symbolique. Il faut "faire quelque chose", "donner un signe". D'autant plus que l'on sait parfaitement que la véritable pollution mondiale a lieu ailleurs qu'en Suisse.

C'est assez logique: le Suisse est un grand défenseur de l'environnement, bien avant que l'écologie politique n'arrive avec ses gros sabots et ses discours aux relents de marxisme. Les Suisses aiment traditionnellement l'ordre, la propreté et un cadre de vie sain. La population suisse a fait de gros efforts en faveur du recyclage, de la qualité de l'eau, de l'air et des sols depuis des dizaines d'années. La tentation est grande pour les ayatollahs verts, pour lesquels rien n'est jamais assez, de vouloir aller toujours plus loin grâce aux méthodes de coercition que permet la loi. Il est assez effrayant qu'ils aient réussi à rassembler une majorité parlementaire en faveur de leur funeste projet, mais nous y reviendrons.

Si on se place d'un point de vue global, pourtant, la démarche est absurde. La pollution - en particulier la pollution atmosphérique - ne connaît pas les frontières. En comparaison internationale, la Suisse est un pays remarquablement propre ; dans la plupart des autres pays, tout reste à faire. Pourquoi vouloir traquer les derniers restes de saleté en Suisse lorsque les dépotoirs se multiplient ailleurs? Dans des pays où en plus la main-d’œuvre est abondante et les investissements bon marché?

Pour une fraction du coût que la Loi sur le CO2 imposera aux ménages helvétiques, il serait possible de faire bien mieux en s'attaquant à la pollution là où elle se trouve - hors de nos frontières. Et la vraie question serait alors la légitimité de cet interventionnisme.

Sans effet sur la pollution globale et essayant de juguler la pollution là où elle est la moins élevée et la plus chère à combattre, la Loi sur le CO2 manque clairement sa cible sur un plan écologique. Mais elle réussit parfaitement à démolir la classe moyenne.

L'hypocrisie au centre du dogme

"Je m'en fiche que l'essence coûte plus cher, je n'ai pas de voiture." Combien d'entre vous ont entendu ce genre de remarque mariole à l'occasion d'une discussion sur la Loi sur le CO2 ? Les Suisses ont la chance unique de pouvoir voter sur les taxes qui s'apprêtent à les frapper ; et ce scrutin devient aussi, en quelque sorte, une mesure réaliste sur les capacités de raisonnement qu'on prête aux citoyens. Si l'on en croit les sondages, le résultat n'est guère brillant.

L'individu qui n'a pas de voiture utilisera quand même de l'énergie pour se déplacer - un transport en commun, un train, une paire de chaussures. Que ce soit celles-ci ou le vélo électrique dont il se vantera auprès de ses amis pour étaler sa fibre "verte", tout aura été fabriqué en Chine et transporté jusqu'à nos latitudes par un cargo propulsé au fioul lourd, puis par camion. Même le boulgour bio-équitable-de-saison du commerce tendance de quartier y aura été livré par camion. Ainsi que les matériau et outils des artisans venus installer l'isolation de son logement. Ou ses achats sur Internet. Ou les produits fabriqués par la société par laquelle il est employé. Ou l'iMac sur lequel il consulte l'actualité et travaille à distance. Ou les smartphones avec lesquels certains coordonnent leurs actions "coup-de-poing" écologistes.

Le mode de vie du plus bobo des citadins, du plus engagé des écologistes, repose entièrement sur les énergies fossiles. Même s'ils n'ont pas de voiture. Même s'ils exècrent la voiture.

La grande force des écologistes politiques est d'avoir monopolisé le débat public pour faire croire que le CO2 est une sorte de poison, alors que, vital pour les plantes à l'origine de toute la chaîne alimentaire, il n'existe que sous la forme de traces dans l'atmosphère. Ils sont parvenus à imposer la conclusion que toute activité humaine, produisant nécessairement du CO2, est du même coup néfaste. Misanthropes, ils ont une approche entièrement négative de l'Humanité. Elle ne peut expier le crime de son existence qu'en s'abandonnant entièrement à la Cause de Gaïa - une cause qu'ils professent à l'envi mais qu'ils adoptent eux-mêmes bien peu dans leur vie privée. Le méprisant "faites ce que je dis et pas ce que je fais" est leur marque de fabrique et ruine toute leur crédibilité.

L'énergie, un point faible pris pour cible

Les écologistes savent bien qu'ils ne peuvent pas tout interdire, même si l'envie les démange. Leur approche, à coup de taxes, consiste à rendre chères les énergies compétitives, et à gaver de subventions celles qui ne le sont pas. Avec ces ajustements, ils parviennent à donner l'impression d'une équivalence, comme si toutes les options se valaient, faussant la perception du plus grand nombre. Mais pour finir, l'énergie bon marché n'existe plus pour personne. Le résultat est une baisse du niveau de vie de la population entière.

L'augmentation du prix à la pompe augmentera les prix de tout ce qui est transporté par camion - donc, de tout. Pourtant, ce n'est là que la partie émergée de l'iceberg. La hausse des prix diminuera aussi les capacités exportatrices de nos entreprises, puisque leurs coûts seront plus élevés.

Les locataires verront s'envoler leur facture de chauffage, puisqu'elle leur incombe. Et s'ils protestent pour avoir un remplacement de la chaudière, ils donneront une excuse idéale aux propriétaires qui ne souhaitent rien d'autre que de mettre dehors au prétexte de travaux ceux qui louent à un tarif inchangé depuis trente ans. De grandes déconvenues attendent ceux qui pensent qu'ils paieront moins de frais de chauffage. Ce sera peut-être vrai, mais seulement pour le nouveau logement au loyer doublé dans lequel ils auront été obligés de déménager.

Gagner et trahir, le choix du PLR

Comme le dit l'adage, "les solutions de la gauche sont si bonnes qu'elles doivent être imposées de force". Et en termes d'imposition et de taxes, les Suisses vont être servis. Cependant, et les partisans du texte insistent là-dessus, les taxes sont incitatives. L'argent collecté sera reversé. Et voilà comment la gauche a réussi, au-delà de ses supplétifs habituels du centre, à amener le PLR à tourner casaque pour obtenir une majorité au parlement helvétique.

Évidemment, c'est une arnaque. Les taxes que vous payez ne vous seront évidemment pas rendues telles quelles, sinon, il n'y aurait nul besoin de les prélever.

Une partie des taxes sur les billets d'avion et sur les huiles minérales sera "reversée à la population" en passant par les caisses des assurances-maladie, structures dont on connaît la transparence, et la propension à mal payer leur personnel, leurs comités de direction, et leurs lobbyistes. Le reste sera attribué à une nouvelle structure, un Fonds pour le climat, une entité bureaucratique dont on peut être sûr qu'elle rémunèrera royalement les copains politiques qui se distribueront les sièges à pourvoir.

Un fonds qui justifie son existence tant que le climat mondial est prétendument "déréglé", c'est la planque ultime, éternelle et plaquée or.

Non seulement l'administration prélèvera sa dîme au passage, mais la direction du Fonds pour le climat va aussi investir. L'argent public sera donc reversé à des régions de montagne, des entreprises développant des technologies "respectueuses du climat"... La redistribution de cette manne donnera lieu à des arbitrages que l'on imagine déjà juteux, en coulisses. C'est qu'il va falloir bien défendre les dossiers, voyez-vous.

Voilà comment tant des élites économiques du PLR, siégeant au Parlement se sont subitement laissées convaincre de ne pas barrer la route à la Loi sur le CO2. Tant de chefs d'entreprise qui se frottent les mains de tous ces mandats pour isoler des maisons et des immeubles! De vendre des chaudières à gaz et des pompes à chaleur avec une marge juteuse royalement payée par les contribuables! À ce tarif, ils poseraient même des éoliennes au sommet du Cervin!

Les médias ont été prompts à expliquer ce revirement de Petra Gössi soudainement convaincue de "l'urgence climatique", et éventuellement de ses prétendus dividendes électoraux. À mon avis, la vérité est ailleurs, et fort simple: le PLR s'est fait acheter. L'argent n'a pas d'odeur, et le PLR nous montre qu'il n'a pas non plus de principes. La perspective de goûter au capitalisme de connivence - dans lequel le PLR a déjà mordu à pleine dents avec la LAMal - a séduit à l'interne, mais principalement les dirigeant du parti, ceux qui en profiteront. D'où les tensions, pour le moins, avec la section jeune et sa base électorale.

C'est un peu le problème avec le capitalisme de connivence: quand on n'est pas une des souris dans le fromage, on y trouve moins son compte.

Un superbe test démocratique

Notez bien que toute la Loi sur le CO2 est d'une totale vacuité. Tout ce qu'elle présente pourrait tout à fait être entrepris sur une base privée et personnelle. Les compagnies aériennes proposent déjà des compensations volontaires du CO2 émis par le trajet lors de la prise du billet, par exemple. Et l'argent récolté par les taxes pourrait tout aussi bien être versé directement par ceux qui approuvent le texte, en direction d'un Fonds pour le Climat géré de façon privée (et qui rendrait davantage de comptes ainsi, d'ailleurs).

Je me réjouis du référendum sur la Loi sur le CO2. Il permet de vérifier dans les urnes le sentiment réel de la majorité des votants quant à l'idéologie verte lorsqu'elle se concrétise, inévitablement sous la forme de taxes et d'interdictions. À l'inverse de tant de votations cruciales mais d'une portée lointaine ou symbolique, la Loi sur le CO2 apporte du concret, très vite, et pour chacun d'entre nous.

Si elle est rejetée, elle signera l'arrêt de la "vague verte" tant vantée par les médias, qui rivaliseront alors de formules apocalyptiques (enfin, celles qu'ils leur restent après l'abandon du projet d'Accord-cadre avec l'UE, la plaie est trop fraîche) pour rendre compte de son échec. On glosera sur "l'égoïsme du Suisse face aux enjeux planétaires", la Suisse qui "fait cavalier seul à contre-courant sur le réchauffement", "l'impassibilité du Helvète devant notre maison qui brûle" et autres variations sur le thème, jusqu'à la nausée. Mais le référendum aura aussi démontré l'indépendance d'esprit des citoyens face à des élites enfermées dans leurs délires, et leurs complices des médias qui matraquent le mantra jour après jour. Les dindes auront refusé de voter pour Noël.

Si elle passe, les taxes seront mises en place au plus tôt, au nom de l'urgence climatique n'est-ce-pas, et elles frapperont. Fort. C'est le but. Faire mal, pour altérer les choix de la population par la contrainte. Le Fonds pour le climat se retrouvera à la tête d'une véritable fortune extorquée de force et donnera naissnce, d'ici quelques années, à divers scandales de népotisme, de trafic d'influence et de corruption, je suis prêt à prendre les paris. La population suisse s'appauvrira et se plaindra que tout devient cher, y compris et surtout ceux qui n'avaient, pourtant, même pas de voiture! Mais je me doute bien que les médias trouveront des boucs émissaires pour détourner l'attention...

Dans les deux cas, j'espère que le vote final, qu'il soit Oui ou Non, verra un résultat marqué. Il est important que les décisions soient prises avec force lorsqu'elles sont suivies de conséquences. Les mauvais choix doivent être douloureux, et ici, ils le seront.

Commentaires

Le danger supplémentaire de cette loi, c'est qu'une fois qu'elle est approuvée, les augmentations de taxe pourront passer par un simple vote au Parlement. Chaque fois qu'il y aura une prétendue catastrophe climatique, boum on augmente la taxe. Le merveileux Fonds pour le Climat a des problèmes? Augmentons la taxe. Les avions vous dérangent au point de vouloir vider le ciel? Augmentons la taxe.

Cette loi donne bien trop de pouvoir au lobby khmer vert. Il faut absolument voter NON!

Écrit par : Noth | 10 juin 2021

@Noth: tout à fait. Et j'ajouterais que la taxation est permanente, tandis que le gros de la redistribution est ponctuel.

Par exemple, vous décidez d'isoler chez vous ou de changer de chaudière, à l'aide des généreuses subventions. Fort bien. Mais les cinquante années plus tard, quels qu'aient été vos efforts, vous continuerez quand même à verser votre tribut à chaque fois que vous prenez l'avion, ou que vous faites le plein, ou que vous achetez quelque chose qui a été transporté par un camion.

L'enfer de ces taxes climatiques (qui ne feront qu'augmenter, vous faites bien de le remarquer) n'a pas de sortie.

Des taxes permanentes contre un plat de lentilles...

Écrit par : Stéphane Montabert | 10 juin 2021

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